Harcèlement scolaire et santé mentale des enfants

Harcèlement scolaire et santé mentale des enfants

Le harcèlement scolaire peut contribuer à l’anxiété, à la dépression et à des pensées de type psychotique chez l’enfant. Une partie de ces effets s’atténue en deux à cinq ans dans les études de jumeaux, mais des associations avec la santé mentale existent encore à l’âge adulte dans des cohortes suivies jusqu’au milieu de la vie.

L’idée que « ça passe tout seul » est trop simple. Dans une méta-analyse de 16 études quasi expérimentales, l’effet sur les symptômes internalisés (anxiété, tristesse) reste net à un an ou moins (d = 0,33), puis n’est plus statistiquement significatif à plus long terme (d = 0,06). Cela n’efface ni la souffrance actuelle, ni le risque plus élevé de dépression mesuré ailleurs.

Les ordres de grandeur aident à décider. Aux États-Unis, 19 % des lycéens ont été harcelés à l’école en 2023, et 34,0 % des 12-17 ans l’ont été sur 12 mois entre 2021 et 2023. Chez ces derniers, les symptômes d’anxiété atteignaient 29,8 % contre 14,5 % chez les autres. L’Académie américaine de psychiatrie de l’enfant et de l’adolescent (AACAP, 2023) déconseille les politiques de « tolérance zéro » et oriente vers un climat scolaire positif, ainsi que vers une évaluation médicale des enfants qui souffrent.

Qu’est-ce que le harcèlement scolaire et le cyberharcèlement ?

Le harcèlement est une agression répétée, voulue, dans un rapport de force inégal. Il peut être physique, verbal, relationnel ou numérique, et il vise à blesser, isoler ou contrôler.

Une fiche des Centers for Disease Control and Prevention (CDC) d’octobre 2024 le définit comme un comportement agressif non désiré d’un jeune ou d’un groupe, hors fratrie et hors partenaire amoureux actuel, avec un déséquilibre de pouvoir observé ou perçu, répété ou très susceptible de l’être. MedlinePlus en distingue trois formes hors ligne. Le harcèlement physique blesse le corps ou les affaires. Le harcèlement verbal passe par les insultes, les moqueries et les menaces. Le harcèlement social, parfois appelé relationnel, vise la réputation ou les amitiés, par la rumeur ou l’exclusion.

Le cyberharcèlement circule par SMS, réseaux sociaux, forums ou jeux en ligne. Il peut rester anonyme, arriver à toute heure et laisser une trace publique difficile à effacer. Les adultes le voient moins souvent qu’une bagarre dans la cour. Poster une rumeur, partager une photo humiliante, divulguer des informations privées ou créer un faux compte pour ridiculiser quelqu’un en sont des exemples courants.

Un même enfant peut être cible, auteur, ou les deux. Les CDC soulignent que les jeunes « harceleurs-harcelés » cumulent souvent les conséquences les plus lourdes. Les témoins ne sont pas à l’abri non plus. Ils peuvent manquer l’école et présenter plus tard davantage de problèmes psychiques ou de consommations à risque.

Ces définitions viennent de textes américains. En France, le médecin, l’école et, si besoin, les services de protection de l’enfance appliquent le cadre local. Le mot « intimidation », fréquent au Canada, désigne ici le même phénomène que les familles nomment le plus souvent harcèlement scolaire.

Un garçon triste assis sur un banc dans la cour de récréation, illustrant l'impact de l'intimidation sur la santé mentale des enfants.

Quels effets le harcèlement a-t-il sur la santé mentale ?

Être harcelé est associé à plus d’anxiété, de dépression, de plaintes physiques et de pensées suicidaires. L’association est plus forte quand les faits sont fréquents, et plus forte encore chez ceux qui sont à la fois auteurs et cibles.

Une revue de 165 études, publiée en 2017 dans World Journal of Psychiatry par Moore et coll., a trouvé un lien causal jugé solide avec la dépression (odds ratio 2,21), l’anxiété (1,77), la mauvaise santé générale et les idées ou gestes suicidaires. Les tentatives de suicide avaient un odds ratio de 2,13. L’automutilation non suicidaire se situait à 1,75. Quand le harcèlement était fréquent plutôt qu’occasionnel, le risque de dépression passait de 1,78 à 3,26, et celui d’idées suicidaires de 1,53 à 2,59.

Une méta-analyse de 2023, portant sur 31 enquêtes et 133 688 enfants ou adolescents, a confirmé le gradient des rôles. Le risque de symptômes dépressifs était 2,77 fois plus élevé chez les cibles, 1,73 fois chez les auteurs, et 3,19 fois chez ceux qui occupaient les deux positions. Ces chiffres décrivent des associations, pas une destinée individuelle.

Les symptômes ne sont pas seulement « dans la tête ». MedlinePlus et les CDC listent maux de tête, maux de ventre, troubles du sommeil, notes en baisse et décrochage. Les auteurs ont, de leur côté, un risque plus élevé de consommations, de difficultés scolaires et de violences plus tard. Rien de tout cela ne prouve qu’un enfant donné « deviendra » dépressif. Cela indique qu’il faut prendre au sérieux un changement durable de l’humeur, du sommeil ou de l’envie d’aller en classe.

Combien de temps durent les effets chez l’enfant ?

Chez des jumeaux suivis de 11 à 16 ans, l’anxiété liée au harcèlement restait visible à deux ans et n’était plus significative à cinq ans. Les pensées paranoïdes et la désorganisation cognitive, elles, restaient associées au harcèlement cinq ans plus tard.

L’étude de Singham, Viding, Schoeler et coll., parue le 1er novembre 2017 dans JAMA Psychiatry, a porté sur 11 108 jumeaux (5 894 filles et 5 214 garçons) de la Twins Early Development Study, nés en Angleterre et au Pays de Galles. L’exposition a été mesurée à 11 et 14 ans avec l’échelle multidimensionnelle de victimisation par les pairs. La santé mentale a été évaluée à 11 et 16 ans. En comparant les jumeaux monozygotes, les chercheurs ont réduit le poids des gènes et du foyer commun.

Les contributions les plus strictes allaient dans le sens d’un effet causal immédiat sur l’anxiété, la dépression, l’hyperactivité et l’impulsivité, l’inattention et les problèmes de conduite. Pour l’anxiété, le coefficient β valait 0,27 au même âge (intervalle de confiance à 95 % 0,22-0,33), 0,12 deux ans plus tard (0,04-0,20), puis n’était plus significatif à cinq ans. Les auteurs parlent d’une dissipation possible et d’un potentiel de résilience. Ils notent aussi que le harcèlement peut en partie signaler des vulnérabilités déjà là.

La méta-analyse de Schoeler et coll. (2018) agrège 101 estimations quasi expérimentales. Après ajustement, l’effet sur les symptômes internalisés reste petit (d = 0,27). Il est plus faible pour les symptômes externalisés (0,15) et les difficultés scolaires (0,10). Quand l’informateur de l’exposition n’est pas le même que celui du symptôme, l’effet internalisé tombe à 0,14. À long terme, l’effet internalisé n’est plus significatif (d = 0,06, intervalle −0,01 à 0,13). À un an ou moins, il l’est encore (d = 0,33).

Ces deux lectures se complètent. Le mal-être immédiat est réel. Une partie des symptômes mesurables baisse avec le temps, surtout l’anxiété. Cela n’autorise pas à attendre cinq ans sans aider l’enfant.

Les traces peuvent-elles rester à l’âge adulte ?

Oui, certaines cohortes retrouvent encore des écarts de santé mentale, de santé physique et de situation sociale au milieu de la vie. Ces liens sont observationnels. Ils restent après prise en compte de plusieurs facteurs de confusion, sans prouver à eux seuls un lien de cause à effet aussi net que les études de jumeaux.

La revue annuelle de Louise Arseneault, publiée en avril 2018 dans le Journal of Child Psychology and Psychiatry, s’appuie sur des suivis prospectifs dans quatre pays. Les mesures de harcèlement datent de l’enfance. Les issues sont relevées à l’âge adulte. Les analyses tiennent compte des problèmes psychiques déjà présents dans l’enfance, du QI, du niveau socio-économique des parents, d’autres adversités et du sexe. L’auteure en tire que l’impact peut persister une fois les faits arrêtés, et que le soutien aux anciennes cibles reste utile après la fin du harcèlement.

Ce message n’annule pas Singham 2017 ni Schoeler 2018. Les études de jumeaux isolent mieux la part « directe » du harcèlement sur quelques années d’adolescence. Les cohortes d’adultes capturent un mélange d’effet persistant, de vulnérabilités antérieures et de parcours de vie. Nommer les deux évite deux erreurs. La première consiste à dire que tout s’efface. La seconde consiste à dire que l’enfant est marqué pour toujours.

Moore et coll. avaient déjà noté un lien probable avec le tabac et les drogues illicites, en plus des troubles de l’humeur. Arseneault ajoute des issues physiques et socio-économiques. Pour une famille, la conduite pratique reste la même. Protéger l’enfant maintenant, soigner l’anxiété ou la dépression s’il y en a, et ne pas considérer que « l’année prochaine suffira ».

Quels enfants sont plus souvent ciblés ?

Aucun profil ne « mérite » d’être harcelé. Certains groupes sont toutefois plus souvent visés, ce qui oriente la vigilance des adultes sans désigner un coupable chez l’enfant.

Dans l’enquête nationale américaine d’entretien de santé auprès des adolescents (juillet 2021-décembre 2023), 34,0 % des 12-17 ans déclaraient avoir été harcelés durant les 12 mois précédents. La part était plus haute entre 12 et 14 ans (38,4 %) qu’entre 15 et 17 ans (29,7 %), plus haute chez les filles (38,3 %) que chez les garçons (29,9 %), plus haute chez les adolescents issus de minorités sexuelles ou de genre (47,1 % contre 30,0 %), et plus haute en cas de trouble du développement (44,4 % contre 31,3 %). Parmi les harcelés, 1,7 % l’étaient presque chaque jour.

Au lycée, l’enquête YRBS de 2023 situe le harcèlement sur le lieu scolaire à 19 %, en hausse par rapport à 15 % en 2021, alors que le harcèlement électronique reste à 16 %. Plus des trois quarts des élèves déclaraient un usage fréquent des réseaux sociaux, associé à davantage de harcèlement, de tristesse et de risque suicidaire. Ces chiffres sont américains. Ils ne se transposent pas tels quels à une classe française, mais ils corrigent l’idée d’un phénomène rare ou en voie de disparition.

MedlinePlus ajoute des facteurs souvent observés. Un enfant perçu comme différent (poids, habillement, origine), fragile, anxieux, peu entouré ou en situation de handicap intellectuel ou développemental est plus souvent ciblé. Du côté des auteurs, on retrouve soit des jeunes très connectés à leurs pairs et soucieux de popularité, soit des jeunes isolés, eux-mêmes anxieux ou déprimés, qui cèdent à la pression du groupe. Un climat familial violent ou des parents peu présents augmente aussi le risque de devenir auteur.

L’AACAP note que certaines sous-populations, notamment les élèves LGBTQ, sont plus exposées. La politique de 2023 demande d’examiner le langage des règlements scolaires pour mieux les protéger. En France, le médecin qui suit l’enfant indiquera les relais locaux. Il n’existe pas, dans les sources anglophones lues ici, de barre officielle française à citer.

Quels signes d’alerte observer au quotidien ?

Beaucoup d’enfants n’en parlent pas. Les changements de comportement, de sommeil, d’appétit ou de rapport à l’école sont souvent le premier signal.

Une page StopBullying.gov revue le 10 novembre 2021 rappelle qu’environ 20 % seulement des faits de harcèlement scolaire étaient signalés dans une enquête américaine de 2018. La honte, la peur des représailles, la crainte de passer pour un « rapporteur » ou le sentiment que personne ne peut aider expliquent ce silence. Chercher uniquement une confidence claire fait donc passer à côté de la majorité des situations.

Les signes les plus cités par StopBullying.gov, MedlinePlus et les CDC se recoupent.

  • Des blessures inexpliquées ou des affaires cassées, perdues ou volées reviennent sans récit crédible.
  • Des maux de tête ou de ventre fréquents servent parfois à éviter la classe ou la cantine.
  • Le sommeil se casse, les cauchemars se multiplient, l’appétit change soudainement.
  • Les notes chutent, l’intérêt pour le travail scolaire s’éteint, l’enfant refuse d’y aller.
  • Les amis disparaissent, les sorties s’arrêtent, l’estime de soi s’effondre.
  • Des paroles sur la mort, des gestes d’automutilation ou une fugue exigent une aide immédiate.

Une mise à jour de la Mayo Clinic du 27 janvier 2024 situe à deux semaines ou plus le seuil d’une tristesse qui justifie de consulter. Elle y ajoute le repli, les crises de colère inhabituelles, les maux physiques répétés et le décrochage. Ces signes peuvent aussi traduire une dépression, une anxiété ou un autre problème sans harcèlement. La conversation avec l’enfant, les enseignants et le médecin sert à départager, pas à coller une étiquette le soir même.

Que peuvent faire les parents et l’école ?

Écouter sans accuser, protéger l’enfant, et travailler avec l’école plutôt que de lui demander de « se défendre tout seul ». Les programmes qui misent sur la punition spectaculaire aident peu. Ceux qui changent le climat de l’établissement aident davantage.

La conduite proposée par MedlinePlus reste simple. Écouter et se concentrer sur ce que l’enfant raconte. Dire clairement que ce n’est pas sa faute. Accepter qu’il peine à parler et, si besoin, l’orienter vers un psychologue, un conseiller d’éducation ou un autre professionnel. Répéter des réponses possibles, y compris s’éloigner et ne pas répondre aux messages. Associer l’enfant, les parents et l’école à une solution, puis vérifier que les faits s’arrêtent vraiment.

Le rôle des témoins est souligné par les CDC. Un élève qui intervient, interrompt ou alerte un adulte devient un « upstander », quelqu’un qui refuse de laisser faire. Enseigner l’empathie, la gestion des conflits et le travail en équipe fait partie des leviers scolaires qu’ils retiennent. Encourager l’enfant à pratiquer ce qu’il aime aide aussi à retrouver des amis et un peu de confiance.

La déclaration d’octobre 2023 de l’AACAP est nette sur ce qui ne marche pas. Les politiques de tolérance zéro, les grandes assemblées et la médiation entre pairs n’ont pas fait leurs preuves et peuvent même aggraver la situation de la cible. À l’inverse, les interventions comportementales positives à l’échelle de l’école (PBIS) ont réduit la fréquence du harcèlement. L’Académie demande aussi d’adresser vers un bilan médical et psychologique les cibles et les auteurs qui présentent des symptômes.

En France, le premier interlocuteur reste le professeur principal, le conseiller principal d’éducation ou le chef d’établissement, puis le médecin traitant. Les modalités précises (protocoles, numéros d’écoute, signalement) relèvent du cadre local. Un texte américain ne les remplace pas.

Les programmes scolaires réduisent-ils vraiment l’anxiété ?

Ils peuvent réduire le harcèlement. L’effet direct sur l’anxiété et la dépression reste petit. Il faut donc à la fois faire baisser les faits et soigner l’enfant qui souffre déjà.

Schoeler et coll. en tirent une conséquence concrète. Puisque l’effet causal à court terme existe, surtout sur l’anxiété et la dépression, la prévention primaire (moins de harcèlement dans l’école) reste indispensable. Puisque cet effet baisse ensuite, et puisque le harcèlement signale parfois une vulnérabilité antérieure, la prévention secondaire doit travailler la résilience et ces fragilités déjà là, plutôt que de s’arrêter au règlement intérieur.

Arseneault 2018 va dans le même sens. Réduire les comportements de harcèlement protège la santé mentale des enfants. Soutenir les cibles, y compris après l’arrêt des faits, vise les traces qui peuvent durer. Identifier tôt les enfants isolés, anxieux ou en situation de handicap vise à éviter qu’ils deviennent des cibles.

Aucun des travaux cités ne promet qu’un programme « guérit » l’anxiété d’un enfant. Une baisse du harcèlement dans une école n’efface pas une dépression déjà installée. Inversement, un suivi psychologique sans sécurité à l’école laisse l’enfant revenir chaque matin dans le même climat. Les deux leviers se complètent. Le médecin traitant, le psychologue scolaire s’il existe, et la famille décident ensemble de l’ordre des actions.

Les chiffres inventés du type « 30 % de cas en moins grâce à des ateliers d’éducation émotionnelle » ou « 76 % des jeunes se sentent plus en sécurité avec un bouton de signalement » n’apparaissent dans aucune des sources primaires ci-dessus. Mieux vaut s’en tenir aux odds ratios et aux coefficients publiés.

Quand consulter pour un enfant harcelé

Consultez votre médecin ou un pédiatre si la tristesse, l’anxiété, les maux physiques ou le refus d’école durent, ou si le harcèlement continue malgré l’école. En cas de paroles suicidaires, d’automutilation ou de danger immédiat, appelez le 15 ou le 112.

Il est utile, selon la Mayo Clinic, de décrire au professionnel les comportements qui inquiètent, et de demander aussi aux enseignants ce qu’ils ont vu. Le diagnostic d’un trouble psychique chez l’enfant repose sur les symptômes et sur leur retentissement à la maison et à l’école. Il peut prendre du temps. Une psychothérapie (parfois par le jeu chez les plus jeunes) est le traitement le plus souvent proposé. Un médicament n’entre en ligne de compte que si le médecin l’estime utile, après discussion des bénéfices et des risques. Aucune de ces options n’est un remède miracle contre le harcèlement.

Situation Conduite à tenir
Tristesse ou anxiété depuis au moins 2 semaines Prendre rendez-vous en médecine générale ou en pédiatrie
Maux de tête ou de ventre répétés, refus d’école Alerter l’école et consulter le médecin
Harcèlement qui continue malgré les adultes de l’école Consulter et demander une évaluation psychologique
Enfant à la fois harcelé et harceleur, avec un mal-être visible Même bilan, sans se limiter à la sanction
Automutilation, paroles sur la mort ou le suicide Appeler le 15 ou le 112
Blessure, menace grave ou danger immédiat Appeler le 15 ou le 112

Le harcèlement peut aller jusqu’à la blessure, la détresse sociale et, dans les cas extrêmes, la mort, rappellent les CDC. Ce n’est pas une raison de paniquer à la première moquerie. C’est une raison de ne pas minimiser un enfant qui ne dort plus, qui s’isole ou qui parle de disparaître. Le médecin appliquera les recommandations en vigueur en France. Les seuils ci-dessus viennent de textes américains (Mayo Clinic, CDC, StopBullying.gov) et servent de repères, pas de protocole national.

Questions fréquentes

Un enfant peut-il s’en sortir tout seul ?

Certains voient leurs symptômes baisser en deux à cinq ans une fois l’exposition réduite, surtout l’anxiété. Cela ne veut pas dire qu’il faut le laisser se débrouiller. La majorité des faits n’est pas signalée, et le mal-être immédiat reste réel.

Le harcèlement laisse-t-il plus de traces s’il est fréquent ?

Oui, les revues trouvent un effet de dose. Dans Moore 2017, la dépression et les idées suicidaires sont plus nettement associées au harcèlement fréquent qu’au harcèlement occasionnel. Un enfant harcelé presque chaque jour (1,7 % des adolescents américains dans l’enquête 2021-2023) mérite une réaction rapide.

Les témoins sont-ils aussi concernés ?

Oui. MedlinePlus et les CDC indiquent que les élèves qui voient le harcèlement ont davantage de risques de manquer l’école et de présenter plus tard des problèmes psychiques ou des consommations à risque. Les aider à alerter un adulte fait partie de la prévention.

La tolérance zéro protège-t-elle les élèves ?

Pas d’après l’AACAP en 2023. Les exclusions automatiques, les assemblées uniques et la médiation entre pairs n’ont pas montré d’efficacité et peuvent nuire à la cible. Un travail de climat scolaire, du type PBIS, a en revanche réduit la fréquence des faits dans les études retenues par cette académie.

Comment aider un enfant qui refuse d’en parler ?

Observer le sommeil, l’appétit, les notes et les maux physiques, puis ouvrir la conversation sans le forcer à « tout dire ». Proposer un adulte de confiance à l’école et, si les signes durent, un rendez-vous médical. La honte et la peur des représailles expliquent souvent le silence, pas l’absence de problème.

Les harceleurs ont-ils aussi besoin d’aide ?

Souvent oui. Ils ont un risque plus élevé de dépression (odds ratio 1,73 dans Ye 2023), de consommations et de violences ultérieures. L’AACAP demande une évaluation pour les auteurs qui présentent des symptômes, en plus de la cible.

Conclusion

Le harcèlement scolaire n’est pas un rite de passage. Il pèse sur l’anxiété et la dépression dès qu’il a lieu, avec des odds ratios autour de 2 pour la dépression et les tentatives de suicide dans les revues. Chez les jumeaux, une partie de l’anxiété n’est plus mesurable à cinq ans, alors que d’autres symptômes tiennent plus longtemps et que des cohortes d’adultes retrouvent encore des écarts au milieu de la vie. Les deux constats tiennent ensemble. La souffrance actuelle compte. La possibilité de récupérer aussi.

Si votre enfant dort mal, invente des maladies le matin ou s’isole depuis plus de deux semaines, notez trois faits précis (dates, phrases, notes) et prenez rendez-vous avec le médecin traitant ou le pédiatre. Demandez à l’école ce qui a déjà été tenté, et si une approche de climat scolaire existe, plutôt qu’une assemblée unique ou une exclusion automatique. En cas de paroles sur la mort, d’automutilation ou de danger, appelez le 15 ou le 112.

Les chiffres de prévalence cités ici sont surtout américains (19 % des lycéens en 2023, 34,0 % des 12-17 ans en 2021-2023). Ils servent à mesurer l’ampleur du phénomène, pas à coller un pourcentage sur une classe française. Le professionnel que vous verrez appliquera le cadre local et décidera, avec vous, s’il faut un suivi psychologique, un signalement scolaire, ou les deux.

Sources

  1. Singham T, Viding E et al. : Concurrent and Longitudinal Contribution of Exposure to Bullying in Childhood to Mental Health: The Role of Vulnerability and Resilience. JAMA Psychiatry, 1er novembre 2017.
  2. Schoeler T, Duncan L et al. : Quasi-experimental evidence on short- and long-term consequences of bullying victimization: A meta-analysis. Psychological Bulletin, décembre 2018.
  3. Moore SE, Norman RE et al. : Consequences of bullying victimization in childhood and adolescence: A systematic review and meta-analysis. World Journal of Psychiatry, 22 mars 2017.
  4. Arseneault L : Annual Research Review: The persistent and pervasive impact of being bullied in childhood and adolescence: implications for policy and practice. Journal of Child Psychology and Psychiatry, avril 2018.
  5. Haile G, Arockiaraj B et al. : Bullying Victimization Among Teenagers: United States, July 2021 – December 2023. NCHS Data Brief, octobre 2024.
  6. 2023 Youth Risk Behavior Survey Results. Centers for Disease Control and Prevention, 29 septembre 2024.
  7. Bullying (Youth Violence Prevention). Centers for Disease Control and Prevention, 28 octobre 2024.
  8. Policy Statement on Prevention of Bullying. American Academy of Child and Adolescent Psychiatry, octobre 2023.
  9. Bullying and Cyberbullying. MedlinePlus, page consultée en 2026.
  10. Mental illness in children: Know the signs. Mayo Clinic, 27 janvier 2024.
  11. Warning Signs for Bullying. StopBullying.gov, 10 novembre 2021.
  12. Ye Z, Wu D et al. : Meta-analysis of the relationship between bullying and depressive symptoms in children and adolescents. BMC Psychiatry, 30 mars 2023.

À propos de l’auteur

Pauline Cécile TessierRédactrice médicale

J’ai fait mes études d’infirmière à l’IFSI La Capelette. Après mon congé maternité, je me suis tournée vers la rédaction et la relecture de textes médicaux. Pour chaque article, je lis les recommandations officielles, les études et les guides cliniques, et j’utilise aussi des outils d’IA dans mon travail. Chaque affirmation peut être vérifiée dans les sources citées de l’article.