Caféine et niveaux d’œstrogènes chez la femme

Caféine et niveaux d’œstrogènes chez la femme

La caféine ne fait pas monter les œstrogènes de la même façon chez toutes les femmes. À partir d’environ 200 mg par jour, l’estradiol libre a baissé chez les femmes blanches et a augmenté chez les femmes asiatiques dans l’étude BioCycle, menée auprès de 259 participantes par le National Institutes of Health (NIH) américain et parue en 2012.

Beaucoup de lectrices cherchent un effet unique, du type « le café dérègle les hormones ». Les dosages ne montrent pas cela. Le soda caféiné et le thé vert, à raison d’au moins une tasse par jour, ont été liés à un estradiol plus élevé dans tous les groupes de cette cohorte, alors que le café seul ne reproduisait pas ce schéma.

En Europe, l’Autorité européenne de sécurité des aliments (EFSA) juge sans inquiétude, pour un adulte en bonne santé hors grossesse, jusqu’à 400 mg de caféine par jour, et 200 mg pendant la grossesse ou l’allaitement. Le Centre international de recherche sur le cancer (CIRC) a classé le café en groupe 3 en 2016, sans preuve de cancérogénicité, et le World Cancer Research Fund retient une baisse probable du cancer de l’endomètre. Au-delà de 300 mg par jour, une méta-analyse de 2021 a observé une association avec l’endométriose, sans établir de lien de cause à effet.

La caféine fait-elle monter ou baisser les œstrogènes ?

Elle peut faire les deux, et le sens de la variation dépend du moment du cycle, de la boisson et du profil de la femme. Il n’existe pas de hausse unique, valable pour toutes, que l’on pourrait lire sur une étiquette de paquet de café.

Dans BioCycle, les 259 femmes, âgées de 18 à 44 ans, ont été suivies pendant un ou deux cycles entre 2005 et 2007. Elles consommaient en moyenne 90,9 mg de caféine par jour. L’équipe a dosé les hormones jusqu’à huit fois par cycle. Chez les femmes blanches, un apport d’au moins 200 mg par jour s’accompagnait d’un estradiol libre plus bas. Chez les femmes asiatiques, le même seuil s’accompagnait d’un estradiol plus haut. Chez les femmes noires, la hausse n’était pas statistiquement significative. Les auteurs soulignent eux-mêmes que les sous-groupes asiatique et noir étaient de petite taille.

Une cohorte plus large, issue des Nurses’ Health Study, va dans le même sens pour la phase lutéale. Chez 524 femmes encore réglées, Joanne Kotsopoulos et ses collègues ont trouvé, en 2009, un estradiol total lutéal de 117 pg/ml dans le quartile de caféine le plus élevé, contre 134 pg/ml dans le plus bas. L’estradiol libre suivait la même pente. La progestérone lutéale était un peu plus haute. Après la ménopause, chez 713 femmes, la caféine n’était plus liée à l’estradiol circulant, mais à une globuline de liaison des hormones sexuelles (SHBG) un peu plus élevée, 52 contre 47 nmol/l.

Toutes les observations ne disent pas la même chose. En 2001, une étude de phase folliculaire précoce avait lié plus de 500 mg de caféine par jour à un estradiol plus haut, d’environ 28 à 45 pg/ml. Ce travail plus ancien porte sur un moment du cycle et une dose que BioCycle n’a presque pas explorés. On ne « moyenne » pas ces chiffres. On les lit comme des photographies différentes, lutéale contre folliculaire, 200 mg contre 500 mg.

Ces écarts restent des associations. Personne n’a tiré au sort, sur des milliers de femmes, le café contre l’eau pendant des années pour prouver que la caféine fabrique un taux d’œstrogènes. Les variations observées n’ont pas, à court terme, bouleversé l’ovulation dans BioCycle. Elles suffisent toutefois à écarter le slogan simple d’une hormone « dopée » par chaque tasse.

Illustration des effets de la caféine sur la santé

Café, thé ou soda, le type de boisson change-t-il l’effet ?

Oui, le contenant n’est pas neutre. Dans BioCycle, le soda caféiné et le thé vert, à partir d’une tasse de 240 ml par jour, étaient liés à un estradiol libre plus haut chez toutes les participantes, quelle que soit l’origine déclarée. Le café, pris isolément, ne reproduisait ce schéma que chez les femmes asiatiques.

Le thé noir ne montrait pas la même liaison que le thé vert. Cette distinction compte si votre habitude est le thé du petit-déjeuner plutôt qu’un soda au bureau. Les auteurs avancent que d’autres composés de la boisson, sucres, polyphénols, volume, peuvent peser autant que la molécule caféine. Un soda n’est pas un expresso dilué.

Les métabolites urinaires, mesurés chez 587 femmes de la Nurses’ Health Study II par Julia Sisti et ses collègues en 2015, confirment que café et caféine ne dessinent pas le même profil. Dans le quartile de caféine le plus haut, la 16α-hydroxyestrone urinaire était plus élevée de 28 %, et le 16-épiestriol de 13 %. Le café, à quatre tasses par jour ou plus, était surtout lié à davantage de 2-catéchols, +57 % de 2-hydroxyestradiol et +52 % de 2-hydroxyestrone par rapport à six tasses par semaine ou moins. Le décaféiné, à deux tasses par jour ou plus, s’accompagnait d’un estriol plus bas de 25 % et n’était pas lié à la voie 2. Le thé allait plutôt avec plus de 17-épiestriol.

Ces voies 2 et 16 n’ont pas le même intérêt biologique dans les laboratoires. Cela ne permet pas de dire qu’une tasse « protège » ou « menace » un sein. Cela montre que le grain, la feuille et le soda ne sont pas interchangeables si l’on parle d’hormones. Quand vous comptez votre caféine, notez aussi ce que vous buvez, pas seulement le total en milligrammes.

Pourquoi l’effet n’est pas le même chez toutes les femmes

La caféine et l’estradiol passent tous deux par une enzyme du foie, le cytochrome P450 1A2 (CYP1A2). Des variants de ce gène changent la vitesse à laquelle le café est éliminé et, dans d’autres travaux, les taux d’estradiol. BioCycle rappelle aussi que le métabolisme de la caféine et le risque de certains cancers du sein ou de l’ovaire ont déjà été décrits comme différents entre femmes blanches et asiatiques.

L’étude n’a pas génotypé les participantes. L’écart observé selon l’origine déclarée reste donc une piste, pas une preuve que « les Asiatiques » ont une hormone trop haute dès la deuxième tasse. Trente-sept femmes asiatiques et cinquante et une femmes noires, ce n’est pas une carte génétique de la population française. C’est assez pour ne plus parler d’un effet universel, pas assez pour adapter votre tasse à votre état civil.

L’âge, le tabac, l’alcool, la masse grasse et le stress perçu ont été pris en compte dans les modèles. Ils n’effaçaient pas l’interaction avec l’origine. D’autres facteurs non mesurés peuvent encore jouer, le type de café, l’heure de la tasse, un contraceptif oral ou le tabagisme. Votre médecin ou votre pharmacien, qui voit vos traitements, est mieux placé pour juger d’une interaction locale que n’importe quelle moyenne américaine.

Après la ménopause, le tableau change encore. Dans les Nurses’ Health Study, la caféine n’était plus liée à l’estradiol libre, mais à un peu plus de SHBG. Cette protéine capture une partie des hormones sexuelles. L’American Institute for Cancer Research (AICR) retient cette hausse de SHBG comme l’un des mécanismes possibles par lesquels le café pourrait réduire la fraction d’œstrogène disponible pour certains tissus. Mécanisme plausible, pas ordonnance.

Cycle menstruel, ovulation et règles

Les variations d’estradiol liées à la caféine n’ont pas semblé empêcher l’ovulation dans BioCycle. L’équipe avait cette hypothèse en tête, parce que des modèles animaux suggéraient un blocage de la maturation de l’ovocyte. Chez les 259 femmes, le café au-dessus du seuil de 200 mg n’était pas associé à un cycle anovulatoire.

Un signal isolé mérite d’être lu avec prudence. Le thé vert, à une tasse par jour ou plus, s’accompagnait d’une cote plus élevée d’anovulation. Le nombre de ces cycles était faible, 42 sur 509, soit 8,3 %. Un tel résultat, non confirmé par le café ni par le total de caféine, ne justifie pas d’abandonner le thé vert. Il justifie de ne pas en faire un levier hormonal.

Les participantes tenaient un journal de sommeil, d’exercice et d’alimentation. Aucun des écarts d’estradiol n’a été présenté comme un dérèglement des règles. Si vos cycles deviennent très courts, très longs, ou s’arrêtent, la caféine n’est pas le premier suspect. Une grossesse, une autre affection hormonale ou une charge d’entraînement excessive expliquent bien plus souvent ce tableau. Le médecin traitant ou le gynécologue cherche ces causes avant de compter vos tasses.

Fertilité et projet de grossesse

Un apport inférieur à 200 mg par jour est le seuil que les sources cliniques retiennent quand une femme veut concevoir ou est déjà enceinte. La Mayo Clinic, dans sa fiche de janvier 2025 sur le café, demande de limiter la caféine à 200 mg par jour si vous êtes enceinte, si vous essayez de l’être ou si vous allaitez. Cela correspond, dans ce texte, à environ 36 cl de café.

L’American College of Obstetricians and Gynecologists (ACOG), dans une note d’octobre 2020, indique qu’une consommation modérée, moins de 200 mg par jour, ne cause pas de fausse couche ni d’accouchement prématuré. L’ACOG rappelle que le thé, le chocolat, les sodas et les boissons énergisantes comptent dans le total. L’Organisation mondiale de la Santé (OMS), mise à jour le 9 août 2023, vise un autre seuil. Elle recommande aux femmes enceintes qui dépassent 300 mg par jour de baisser cet apport, pour réduire le risque de perte de grossesse et de petit poids de naissance. On ne fusionne pas 200 et 300. En France, votre obstétricien appliquera la recommandation locale. En attendant, rester sous 200 mg aligne ACOG, EFSA et Mayo.

Pendant la grossesse, la caféine quitte le sang maternel beaucoup plus lentement, précise l’OMS. Elle traverse le placenta. Le fœtus ne la métabolise pas. C’est pour le fœtus, et non pour « rééquilibrer vos œstrogènes », que le seuil existe. BioCycle n’a pas montré qu’une tasse de plus fermait l’ovulation. Cela ne transforme pas un litre de café en boisson de conception.

Si vous n’êtes pas enceinte et que vos cycles sont réguliers, rien dans ces études n’oblige à passer au décaféiné pour « protéger la fertilité ». Si vous cherchez un enfant depuis plus d’un an sans contraception, le rendez-vous de fertilité porte d’abord sur l’ovulation, les trompes et le sperme. La caféine y est un détail à déclarer, pas le diagnostic.

Quelle quantité de caféine par jour selon les seuils officiels

Pour un adulte en bonne santé qui n’est pas enceinte, 400 mg de caféine répartis dans la journée ne soulèvent pas d’inquiétude de sécurité, selon l’avis de l’EFSA de 2015. Une dose unique jusqu’à 200 mg, soit environ 3 mg par kilo pour 70 kg, non plus. Dès 100 mg, surtout le soir, le sommeil peut raccourcir chez certaines personnes. La Food and Drug Administration (FDA) américaine, dans une mise à jour d’août 2024, cite le même plafond de 400 mg pour la plupart des adultes. La Mayo Clinic, en février 2025, le reprend, soit environ quatre tasses de café infusé, dix canettes de cola ou deux « shots » énergisants, avec l’avertissement que les teneurs varient fortement.

Ces chiffres ne sont pas une cible à atteindre. Ce sont des plafonds. En Europe, les apports moyens des adultes de 18 à 65 ans allaient, selon les enquêtes reprises par l’EFSA, de 37 à 319 mg par jour selon les pays. Le café fournissait 40 à 94 % de la caféine des adultes, sauf au Royaume-Uni et en Irlande, où le thé dominait.

Situation Seuil cité Document
Adulte hors grossesse 400 mg par jour EFSA 2015, FDA 2024, Mayo 2025
Dose unique 200 mg EFSA 2015
Sommeil 100 mg le soir peuvent le gêner EFSA 2015
Grossesse ou allaitement 200 mg par jour EFSA 2015, ACOG 2020, Mayo 2025
Grossesse à fort apport Baisser si plus de 300 mg par jour OMS 2023
Intoxication aiguë Vers 1 200 mg pris rapidement FDA 2024

Le décaféiné n’est pas une boisson à zéro. La FDA indique 2 à 15 mg pour une tasse de 24 cl. Les barres « énergie », certains antalgiques et les compléments peuvent ajouter une part invisible. Si vous prenez un médicament à base d’éphédrine, la Mayo Clinic déconseille la caféine, à cause d’un risque cardiovasculaire. Pour tout autre traitement, le pharmacien voit les interactions mieux qu’une liste générale.

Cancers hormonodépendants, sein, endomètre et ovaire

Le café n’est plus classé comme « peut-être cancérogène ». En 2016, un groupe de travail du CIRC a relu plus de 1 000 études et a fait passer la boisson du groupe 2B, jugement de 1991, au groupe 3, non classable quant à sa cancérogénicité chez l’humain. Les experts n’ont pas trouvé d’effet cancérogène pour le pancréas, le sein de la femme ni la prostate. Ils ont vu des risques plus bas pour le foie et l’endomètre de l’utérus. Ce qui reste classé « probablement cancérogène » (groupe 2A), ce sont les boissons très chaudes, au-dessus d’environ 65 °C, pour le cancer de l’œsophage. La température, pas le grain.

Le rapport du World Cancer Research Fund, repris par l’AICR dans une fiche mise à jour en avril 2021, juge « probable » que le café diminue le risque de cancer du foie et de cancer de l’endomètre. Pour le sein, le pancréas, l’ovaire et plusieurs autres localisations, les preuves restent trop limitées pour trancher. L’AICR évoque une SHBG plus haute, qui lierait une partie de l’estradiol, parmi d’autres pistes, antioxydants, insuline, composés du grain. Ce n’est pas une démonstration que la caféine « soigne » un cancer hormonodépendant.

BioCycle et les Nurses’ Health Study avaient été conçues, en partie, parce que des taux d’œstrogènes durablement hauts ou bas sont impliqués dans l’endométriose, l’ostéoporose et certains cancers du sein, de l’endomètre et de l’ovaire. L’écart d’estradiol mesuré sur deux cycles n’est pas un pronostic de tumeur à dix ans. Personne, dans ces papiers, ne recommande d’augmenter le café pour « protéger le sein » ni de l’arrêter pour « éviter l’ovaire ».

Si vous avez un cancer hormonodépendant, ou un traitement qui bloque les œstrogènes, la question du café se pose à votre oncologue, pas à une moyenne de cohorte. Le décaféiné conserve une partie des composés du grain. Il n’est pas un placebo hormonal, comme le montrent les métabolites de Sisti, mais il n’est pas non plus une hormonothérapie.

Endométriose, os et ménopause

La caféine, prise dans son ensemble, n’apparaît pas associée à l’endométriose. Une méta-analyse de 2021, portant sur dix études et plus de 38 000 participantes, trouve un risque relatif de 1,12, intervalle 0,97 à 1,28, donc non significatif, au-dessus de 100 mg par jour. Au-dessus de 300 mg, le risque relatif passe à 1,30, intervalle 1,04 à 1,63, avec une hétérogénéité encore élevée. Les auteurs, Konstantinos Kechagias et ses collègues, écrivent qu’il ne faut pas en déduire une cause. La caféine peut n’être que le marqueur d’autres habitudes.

Si vous vivez avec une endométriose, ces chiffres ne justifient ni l’interdiction du café ni l’idée qu’une troisième tasse « nourrit » les lésions via l’estradiol. Ils justifient de rester dans la zone modérée, déjà conseillée pour le cœur, le sommeil et, le cas échéant, une grossesse. Le traitement de la douleur et, si besoin, la chirurgie restent le cadre de soin. Votre gynécologue fixe ce cadre, pas le compteur de caféine.

Côté os, la Mayo Clinic, en janvier 2025, indique que certaines études lient cinq tasses de café par jour ou plus à une densité osseuse plus basse chez une partie des femmes, et qu’un apport plus élevé de calcium dans l’alimentation peut limiter cet effet. L’EFSA, dans son avis de 2015, n’a pas fait de l’os le motif d’un plafond plus bas que 400 mg pour l’adulte en bonne santé. Les deux lectures peuvent coexister. Si vous avez une ostéoporose ou une carence en calcium, parlez de vos tasses avec le médecin qui suit votre densité, plutôt que d’arrêter le café sur une crainte isolée.

Après la ménopause, la caféine n’a pas le même lien avec l’estradiol qu’avant. Elle reste un stimulant. Si le sommeil est déjà fragmenté, avancer la dernière tasse, comme le suggère l’EFSA pour les doses dès 100 mg le soir, est une épreuve simple, réversible, qui n’exige pas d’attendre une prise de sang d’hormones.

Signes d’un excès de caféine et quand consulter

L’excès se reconnaît d’abord aux signes du stimulant, pas à un dosage d’estradiol. La FDA et la Mayo Clinic décrivent le même tableau. Vous pouvez le comparer à votre semaine, sans thermomètre hormonal.

  • Le cœur s’accélère, bat de façon irrégulière, ou une tension plus haute apparaît après plusieurs tasses.
  • Le sommeil se fractionne, l’endormissement recule, même si la dernière tasse date de la fin d’après-midi.
  • L’anxiété, les tremblements ou l’irritabilité montent alors que rien d’autre n’a changé dans la journée.
  • L’estomac brûle, les nausées reviennent, ou les envies d’uriner se rapprochent au point de gêner le travail.
  • Un mal de tête s’installe quand vous sautez le café, ce qui oriente plutôt vers un sevrage que vers une hormone.

Ces signes justifient de réduire, progressivement, pour éviter le rebond de fatigue et de céphalée. Si des palpitations s’accompagnent d’une douleur thoracique, d’un essoufflement brutal ou d’un malaise, appelez le 15 ou le 112. Ce n’est plus une question de tasse, c’est un tableau cardiaque.

Prenez rendez-vous avec le médecin traitant si vos règles changent durablement, si une douleur pelvienne évoque une endométriose, si vous préparez une grossesse alors que vous dépassez 300 mg par jour, ou si un traitement, un trouble anxieux ou une incontinence rendent la caféine malvenue. Emmenez un relevé de 24 heures, café, thé, soda, chocolat, boisson énergisante et comprimés. Le chiffre concret aide plus qu’une impression de « je ne bois pas tant que ça ».

Comment estimer vos apports au quotidien

Les portions officielles sont des moyennes, pas la tasse de votre bar. L’EFSA propose des ordres de grandeur européens. La FDA, elle, donne pour le café américain une fourchette de 113 à 247 mg dans 35 cl. Une « grande crème » de comptoir peut donc à elle seule approcher le seuil de grossesse.

Boisson Portion type (EFSA) Caféine approximative
Café filtre 200 ml 90 mg
Expresso 60 ml 80 mg
Thé noir 220 ml 50 mg
Cola 355 ml 40 mg
Boisson énergisante 250 ml 80 mg
Chocolat noir 50 g 25 mg
Chocolat au lait 50 g 10 mg

Trois expressos du matin font déjà environ 240 mg. Ajoutez un cola à midi et un thé à 17 h, vous dépassez 300 mg sans avoir l’impression de « beaucoup boire ». Le chocolat, les boissons « sport » et certains antalgiques sans ordonnance s’y ajoutent. La FDA rappelle que le fabricant doit lister la caféine quand elle est ajoutée comme ingrédient, mais pas quand elle arrive via le cacao.

Pour un relevé utile, choisissez une journée de semaine et une journée de week-end. Notez l’heure, la boisson, le volume. Convertissez avec le tableau ci-dessus, puis avec l’étiquette si elle existe. Comparez le total à 400 mg si vous n’êtes pas enceinte, à 200 mg si vous l’êtes, si vous allaitez ou si vous essayez de concevoir. Si le chiffre dépasse le seuil et que vous avez des palpitations, un sommeil cassé ou un projet de grossesse, apportez ce papier à la consultation. Le médecin n’a pas besoin d’un estradiol de cycle pour commencer par ajuster les tasses.

Questions fréquentes

Le café décaféiné change-t-il aussi les hormones ?

Un peu, et pas sur les mêmes voies que le café caféiné. Chez Sisti et ses collègues, le décaféiné n’était pas lié aux 2-catéchols, mais s’accompagnait de moins d’estriol et de 17-épiestriol urinaires à deux tasses par jour ou plus. Il contient encore 2 à 15 mg de caféine par tasse de 24 cl, selon la FDA. Ce n’est donc ni un neutre hormonal, ni l’équivalent d’un expresso.

La pilule contraceptive change-t-elle l’effet de la caféine ?

BioCycle a exclu les femmes qui prenaient une contraception hormonale dans les trois mois précédents. Ses chiffres d’estradiol ne s’appliquent donc pas tels quels à une femme sous pilule. Pendant la grossesse, l’OMS indique que la caféine quitte le sang plus lentement. Pour un contraceptif précis, le pharmacien ou le médecin reste la bonne adresse. Ce n’est pas une raison d’arrêter la contraception.

Faut-il doser l’estradiol si l’on boit beaucoup de café ?

Non, pas pour cette seule raison. Les écarts de BioCycle et des Nurses’ Health Study sont des moyennes de groupes, pas un diagnostic individuel. Un dosage d’estradiol se justifie pour un cycle qui s’arrête, une infertilité, une ménopause précoce ou un suivi de traitement, pas pour « vérifier » l’effet d’une troisième tasse.

Les boissons énergisantes comptent-elles comme du café ?

Elles comptent dans le total de caféine, et souvent davantage par gorgée. L’EFSA retient environ 80 mg pour une canette de 250 ml. La FDA décrit des fourchettes beaucoup plus larges, jusqu’à plus de 200 mg selon les marques. Elles n’ont pas été isolées dans BioCycle. Elles entrent néanmoins dans les 200 mg de grossesse et les 400 mg de l’adulte.

La caféine protège-t-elle du cancer du sein ?

Les synthèses actuelles ne permettent pas de l’affirmer. Le CIRC n’a pas trouvé d’effet cancérogène du café sur le sein. Le World Cancer Research Fund juge les preuves trop limitées pour trancher sur cette localisation, alors qu’il retient une baisse probable pour le foie et l’endomètre. Boire du café n’est pas un traitement préventif du cancer du sein.

Peut-on arrêter la caféine d’un seul coup ?

Vous le pouvez, mais le sevrage est souvent désagréable. La Mayo Clinic décrit maux de tête, fatigue, irritabilité et difficulté à se concentrer pendant quelques jours. Réduire d’une tasse par jour, passer une partie des bols en décaféiné et avancer la dernière prise évite une bonne part de ce rebond.

Conclusion

La caféine peut faire varier l’estradiol, mais pas selon une règle unique. BioCycle a montré une baisse chez les femmes blanches et une hausse chez les femmes asiatiques à partir de 200 mg par jour, tandis que soda et thé vert haussaient l’estradiol dans tous les groupes. Les Nurses’ Health Study ont retrouvé moins d’estradiol lutéal et, après la ménopause, un peu plus de SHBG. Aucune de ces variations n’a transformé le café en cause prouvée d’infertilité, d’endométriose ou de cancer du sein.

Les documents utiles pour décider sont datés et nominatifs. L’EFSA en 2015 et la FDA en 2024 retiennent 400 mg par jour hors grossesse. L’ACOG en 2020, l’EFSA et la Mayo Clinic s’accordent sur 200 mg pendant la grossesse, alors que l’OMS en 2023 demande surtout de redescendre quand on dépasse 300 mg. Le CIRC, en 2016, a retiré au café le statut de cancérogène possible qu’il lui donnait en 1991.

Avant la prochaine consultation, additionnez café, thé, soda, chocolat et canettes sur deux journées réelles, puis posez la question qui vous concerne, projet de grossesse, endométriose, traitement hormonal ou palpitations. Le chiffre et le motif suffisent au médecin ou au pharmacien pour ajuster les tasses à votre situation, plutôt qu’à une moyenne de cohorte.

Sources

  1. Schliep KC, Schisterman EF, Mumford SL et al. : Caffeinated beverage intake and reproductive hormones among premenopausal women in the BioCycle Study. The American Journal of Clinical Nutrition, février 2012.
  2. Kotsopoulos J, Eliassen AH, Missmer SA et al. : Relationship between caffeine intake and plasma sex hormone concentrations in premenopausal and postmenopausal women. Cancer, 15 juin 2009.
  3. Sisti JS, Hankinson SE, Caporaso NE et al. : Caffeine, coffee, and tea intake and urinary estrogens and estrogen metabolites in premenopausal women. Cancer Epidemiology, Biomarkers & Prevention, août 2015.
  4. EFSA : Caffeine: how much is it safe to consume?. European Food Safety Authority, mai 2015.
  5. FDA : Spilling the Beans: How Much Caffeine is Too Much?. U.S. Food and Drug Administration, 28 août 2024.
  6. ACOG : How much coffee can I drink while I’m pregnant?. American College of Obstetricians and Gynecologists, octobre 2020.
  7. WHO : Restricting caffeine intake during pregnancy. World Health Organization, 9 août 2023.
  8. IARC : IARC Monographs evaluate drinking coffee, maté, and very hot beverages. International Agency for Research on Cancer, 15 juin 2016.
  9. AICR : Coffee and Cancer Prevention, Lowering the Risk. American Institute for Cancer Research, 4 avril 2021.
  10. Kechagias KS, Katsikas Triantafyllidis K, Kyriakidou M et al. : The Relation between Caffeine Consumption and Endometriosis: An Updated Systematic Review and Meta-Analysis. Nutrients, 29 septembre 2021.
  11. Caffeine: How much is too much?. Mayo Clinic, 21 février 2025.
  12. Coffee and health: What does the research say?. Mayo Clinic, 31 janvier 2025.

À propos de l’auteur

Pauline Cécile TessierRédactrice médicale

J’ai fait mes études d’infirmière à l’IFSI La Capelette. Après mon congé maternité, je me suis tournée vers la rédaction et la relecture de textes médicaux. Pour chaque article, je lis les recommandations officielles, les études et les guides cliniques, et j’utilise aussi des outils d’IA dans mon travail. Chaque affirmation peut être vérifiée dans les sources citées de l’article.