
Tenir moins de vingt secondes sur une jambe, les yeux ouverts, s’associe dans une cohorte japonaise à davantage d’infarctus lacunaires et de microhémorragies à l’IRM, ainsi qu’à des scores cognitifs plus bas. Ce n’est pas un diagnostic de lésion cérébrale. Le geste est un signal, pas une preuve, et l’oreille interne, les médicaments, les articulations ou un simple manque d’entraînement suffisent souvent à faire chuter le chronomètre.
Chez 1 702 adultes de 51 à 75 ans, échouer à rester dix secondes sur un pied allait de pair, après ajustement sur l’âge, le sexe, l’indice de masse corporelle (IMC) et les maladies associées, avec un risque de décès toutes causes multiplié par 1,84 sur un suivi médian de sept ans. Le chiffre frappe, mais l’étude reste observationnelle. Elle ne dit pas que l’équilibre « prédit la durée de vie » à lui seul.
Le protocole de Kyoto plafonnait à 60 secondes et retenait un seuil de 20 secondes pour les lésions des petits vaisseaux. Les CDC, dans le test STEADI en quatre étapes, jugent surtout l’appui tandem de 10 secondes pour le risque de chute. Au Royaume-Uni, la recommandation NICE NG249 d’avril 2025 a remplacé le guide CG161 de 2013 et élargit l’évaluation aux 50-64 ans exposés.
Un test simple n’est pas un diagnostic cérébral
Un appui unipodal trop court n’équivaut pas à un infarctus cérébral, ni à une démence. Il dit seulement que, dans certains groupes d’adultes d’âge mûr, les personnes qui tiennent le moins longtemps ont plus souvent des signes de maladie des petits vaisseaux à l’IRM et des performances cognitives un peu plus faibles. La relation est statistique, pas individuelle.
Les auteurs de la cohorte de Kyoto parlent d’une mesure simple d’instabilité posturale, qui peut accompagner des anomalies cérébrales déjà présentes. Ils n’ont pas suivi les participants dans le temps. On ne sait donc pas si un chronomètre qui se dégrade annonce une lésion à venir, ou si la lésion, l’âge et la corpulence raccourcissent d’abord l’appui.
Beaucoup de lecteurs transforment ce lien en test de « santé du cerveau » à faire dans la cuisine. Ce glissement dépasse les données. Un échec isolé, sans chute, sans vertige, sans trouble de la parole ni de la marche, n’impose pas une IRM. Il justifie d’en parler au médecin traitant, qui regardera la tension, les médicaments, la vision, les pieds et l’histoire des chutes avant d’éventuels examens.
Le registre NICE de 2025 va dans le même sens pour les chutes. Il demande de ne pas utiliser d’outils de prédiction du risque de chute, et de s’appuyer sur ce qui s’est déjà passé (chute dans l’année, blessure, impossibilité de se relever, fragilité). L’appui unipodal reste un examen clinique utile. Il ne remplace pas cet entretien, et il ne tranche pas entre un problème d’oreille, un effet indésirable de médicament et une atteinte des petites artères du cerveau.

Ce que l’IRM a montré dans la cohorte de Kyoto
L’étude de Tabara et de ses collègues, parue en ligne le 18 décembre 2014 dans Stroke, a porté sur 1 387 habitants d’Ehime, au Japon, d’âge moyen 67 ans (546 hommes, 841 femmes), indemnes d’accident vasculaire cérébral symptomatique. Chaque personne tenait sur la jambe de son choix, yeux ouverts, jusqu’à 60 secondes, deux fois ; le meilleur essai entrait dans l’analyse. Une IRM cérébrale 3 T cherchait des infarctus lacunaires, des microhémorragies et une hyperintensité périventriculaire.
La part de participants incapables de dépasser 20 secondes montait avec le nombre de lésions. Elle était de 9,7 % sans infarctus lacunaire, 16,0 % avec une lacune et 34,5 % avec plus de deux lacunes. Pour les microhémorragies, les chiffres étaient de 10,1 % (aucune), 15,3 % (une) et 30,0 % (plus de deux). Après ajustement sur l’âge, le sexe, l’IMC, le tabagisme, les psychotropes, l’hypertension, le diabète de type 2 et l’épaisseur intima-média carotidienne, le lien avec les lacunes et les microhémorragies restait significatif, pas celui avec l’hyperintensité périventriculaire.
Un temps court s’associait aussi à un score plus bas à une batterie cognitive informatisée, y compris après prise en compte des lésions IRM. À l’inverse, la maladie des petits vaisseaux n’apparaissait pas comme un déterminant indépendant du temps d’appui, car l’âge et la corpulence pesaient davantage. Autrement dit, un chronomètre court et une IRM anormale voyagent souvent ensemble, sans que l’un « cause » l’autre de façon démontrée.
Les limites pèsent sur l’interprétation. Le devis est transversal. Les chutes, la vitesse de marche et la condition physique n’ont pas été mesurées. La population est japonaise, où la part des infarctus lacunaires parmi les accidents ischémiques est plus élevée que dans beaucoup de cohortes occidentales. Les paramètres de posturographie (pieds joints, yeux ouverts puis fermés) n’étaient plus liés aux lésions une fois les covariables ajustées. Le test sur une jambe, plus exigeant, restait le signal le plus clair.
Dix secondes et vingt secondes ne disent pas la même chose
Les durées qui circulent sur les réseaux ne mesurent pas la même chose. Vingt secondes, yeux ouverts, plafond à 60 secondes, c’est le seuil de Tabara et al. pour relier l’appui à des lésions IRM. Dix secondes, pied libre posé contre le mollet opposé, jusqu’à trois essais, c’est le test de Araujo et al. dans le British Journal of Sports Medicine de 2022, lié à la mortalité toutes causes, pas à une IRM. Les confondre revient à lire un thermomètre comme un tensiomètre.
La cohorte CLINIMEX a inclus 1 702 personnes de 51 à 75 ans (68 % d’hommes). Au total, 20,4 % n’ont pas tenu les dix secondes. Pendant un suivi médian de sept ans, 7,2 % des participants sont morts. Dans le groupe qui échouait, 17,5 % sont décédés, contre 4,6 % dans le groupe qui réussissait. Après ajustement, le rapport de risques était de 1,84 (intervalle de confiance à 95 % de 1,23 à 2,78). Les auteurs n’avaient pas les chutes récentes, l’activité physique ni les médicaments qui perturbent l’équilibre. Les participants étaient des Brésiliens blancs ; l’extrapolation à d’autres populations reste prudente.
Un troisième protocole, plus ancien, ne se superpose ni aux 10 ni aux 20 secondes. Dans la cohorte britannique de naissance du MRC, Cooper et ses collègues ont chronométré l’appui unipodal yeux fermés, jusqu’à 30 secondes, à l’âge de 53 ans. Les personnes incapables de faire les tests de capacité physique, ou classées dans le cinquième le plus faible, mouraient davantage au cours des treize années suivantes. Fermer les yeux retire la vision et sollicite davantage l’oreille interne et la proprioception. Ce n’est pas le test « viral » des dix secondes.
| Protocole | Comment le test est fait | Seuil | Ce qu’un échec a été associé à |
|---|---|---|---|
| Tabara, Stroke, 2014 | Yeux ouverts, jambe au choix, 2 essais, plafond 60 s | Moins de 20 s | Lacunes, microhémorragies, scores cognitifs plus bas |
| Araujo, BJSM, 2022 | Pied libre contre le mollet, bras le long du corps, 3 essais | Échec à 10 s | Mortalité toutes causes (HR 1,84) |
| Cooper, BMJ, 2014 | Yeux fermés, plafond 30 s, à 53 ans | Cinquième le plus faible ou incapacité | Mortalité entre 53 et 66 ans |
| CDC STEADI, 4 étapes | Yeux ouverts, sans canne ; 4 positions de 10 s | Tandem < 10 s | Risque de chute accru chez les 65 ans et plus |
Comment se passe l’appui unipodal
Pour un essai à domicile, placez-vous près d’une table ou d’un plan de travail. Chaussez des souliers stables ou restez pieds nus sur un sol plat, sans tapis. Levez un pied sans vous accrocher. Le chronomètre s’arrête dès que le pied revient au sol, que le pied d’appui pivote, ou que vous devez vous retenir. Deux essais, on garde le meilleur, comme à Kyoto, suffisent pour se faire une idée.
Le protocole d’Araujo est plus codifié. Le dos du pied libre se pose contre le mollet de la jambe d’appui, les bras restent le long du corps, le regard est fixé droit devant. Jusqu’à trois essais, n’importe quel pied. Ce détail change la difficulté. Comparer votre temps à un seuil lu dans un article n’a de sens que si la consigne est la même.
Les CDC, dans le programme STEADI, n’isolent pas d’emblée la station unipodale. Ils proposent quatre positions de dix secondes, yeux ouverts, sans canne ni déambulateur, d’abord pieds côte à côte, puis un pied décalé contre le gros orteil, puis l’appui tandem (talon contre orteils), enfin un pied. On n’avance que si la position précédente tient dix secondes. L’adulte âgé qui ne tient pas le tandem au moins dix secondes est considéré à risque accru de chute. La quatrième étape, sur un pied, affine l’examen ; elle n’est pas le seuil officiel de ce document.
Une évaluation complète de l’équilibre, soulignent les cliniciens de Cleveland Clinic, combine plusieurs outils. Le test des dix secondes, à lui seul, ne dit pas si le problème vient de la force des hanches, de l’oreille interne ou de la peur de tomber. Fermer les yeux rend l’exercice plus vestibulaire ; ce n’est pas le geste de l’étude sur la mortalité, et il est déconseillé tant que l’appui yeux ouverts reste instable.
L’âge change le temps d’appui, pas seulement le cerveau
Le temps passé sur une jambe diminue nettement après soixante ans, y compris chez des personnes sans accident vasculaire connu. Dans la cohorte de Kyoto, l’âge était l’un des deux grands déterminants du chronomètre, avec l’IMC. Un résultat « court » à 78 ans n’a donc pas la même lecture qu’à 52 ans.
Dans la cohorte CLINIMEX, l’échec aux dix secondes devenait nettement plus fréquent avec l’âge. Environ une personne sur cinq de l’échantillon global n’a pas réussi le test. Ces proportions décrivent une population d’examens d’aptitude à l’effort, pas un cabinet de médecine générale français. Elles rappellent surtout que rater dix secondes après 70 ans est banal, et que cela ne « prouve » pas une lésion cérébrale.
Plus d’une personne de 65 ans et plus sur quatre chute chaque année aux États-Unis, et moins de la moitié en parle à son médecin, d’après les CDC. Une première chute double le risque d’une suivante. Environ une chute sur dix entraîne une blessure qui limite les activités ou pousse à consulter, et les chutes restent la cause la plus fréquente de traumatisme crânien chez les plus âgés. Le chronomètre unipodal s’inscrit dans ce paysage de fragilité, pas dans une radiographie du cerveau.
Le médecin traitant interprète le geste avec le reste. Avez-vous déjà chuté, vous sentez-vous instable, avez-vous peur de tomber ? Ces trois questions, au cœur du dépistage STEADI pour les 65 ans et plus, pèsent souvent plus qu’une seconde de plus ou de moins sur un pied. Un temps long n’annule pas une chute récente. Un temps court, sans autre problème, n’impose pas à lui seul un bilan neurologique lourd.
Oreille interne, médicaments et nerfs parmi les autres causes
La plupart des troubles de l’équilibre viennent de l’organe vestibulaire de l’oreille interne, pas d’une plaque d’IRM. Le vertige positionnel paroxystique bénin, cause la plus fréquente de vertige de l’adulte selon la Mayo Clinic, survient quand des cristaux de calcium se déplacent dans un canal semi-circulaire et donnent une impression de rotation en se couchant ou en levant la tête. Viennent ensuite la névrite vestibulaire, le vertige persistant postural-perceptif, la migraine vestibulaire, plus rarement la maladie de Ménière ou un schwannome vestibulaire.
Perdre l’équilibre en marchant peut aussi venir d’une neuropathie des jambes, d’une faiblesse musculaire, d’articulations instables, d’une baisse de vue, d’un effet indésirable médicamenteux, d’une spondylose cervicale ou d’une maladie de Parkinson. Une hypotension orthostatique, une arythmie ou un rétrécissement artériel peuvent donner une sensation de tête vide en se levant. L’anxiété et un accès d’hyperventilation brouillent parfois le même tableau.
Les médicaments souvent en cause, d’après les pages Mayo et les CDC, comprennent certains antidépresseurs, sédatifs, anxiolytiques, antiépileptiques et antihypertenseurs, ainsi que des produits en vente libre qui assombrissent la vigilance. Aux États-Unis, le programme STEADI demande de revoir ces traitements. Au Royaume-Uni, NG249 prévoit une revue structurée des médicaments, avec une attention particulière aux psychotropes. En France, c’est le médecin ou le pharmacien qui applique la conduite locale. N’arrêtez pas un traitement sur la seule foi d’un test de cuisine.
Une liste courte aide à trier ce qui relève d’un rendez-vous, pas d’un autodécret « cerveau malade ».
- Un vertige rotatoire bref en se tournant dans le lit oriente plutôt vers l’oreille interne.
- Une instabilité surtout dans l’obscurité évoque un déficit visuel ou proprioceptif.
- Une sensation de tête vide en se levant fait chercher une chute de tension.
- Un temps court sans aucun de ces signes reste un signal, pas une cause.
Infarctus silencieux et microhémorragies des petits vaisseaux
La maladie des petits vaisseaux cérébraux désigne un ensemble de lésions des artérioles, infarctus lacunaires, hyperintensités de la substance blanche et microhémorragies. Cleveland Clinic estime qu’elle touche environ 5 % des personnes de 50 ans et presque 100 % de celles de plus de 90 ans, et qu’elle contribuerait à près de 45 % des démences et 25 % des accidents vasculaires cérébraux. Ces ordres de grandeur expliquent pourquoi un test d’équilibre, très banal, croise parfois une IRM déjà marquée par l’âge.
Beaucoup de ces lésions restent « silencieuses », sans paralysie ni trouble du langage. Elles restent toutefois pertinentes sur le plan clinique. Elles s’accompagnent plus souvent de troubles de la marche, de chutes, de troubles de l’attention et, à plus long terme, d’un risque plus élevé d’accident vasculaire symptomatique. L’hypertension artérielle, le diabète, le cholestérol élevé, le tabac, l’apnée du sommeil et la maladie rénale chronique figurent parmi les facteurs associés.
Le diagnostic repose sur l’IRM, pas sur un chronomètre. Le radiologue cherche de petits infarctus profonds, des taches blanches en T2/FLAIR au contact des ventricules, de minuscules dépôts d’hémosidérine en T2*. Tabara a montré qu’un appui de moins de 20 secondes était plus fréquent quand ces images s’accumulent, sans que le test dise où siégera la prochaine lacune.
Il n’existe pas de médicament spécifique de cette microangiopathie. La prise en charge vise les facteurs de risque, surtout la pression artérielle, le glucose, le tabac et l’activité physique. Un échec à l’appui unipodal peut être l’occasion de mesurer la tension assis et debout, de parler du sel, du tabac et du sommeil, plutôt que de courir vers un scanner « pour voir le cerveau ». L’imagerie se discute si s’ajoutent un déficit neurologique, un déclin cognitif net, des chutes répétées ou un doute sur un autre diagnostic.
Ce que les cohortes mesurent sur la mortalité et les chutes
Les études de survie ne disent pas que « mal tenir sur un pied fait mourir ». Elles disent que, dans un groupe donné, les personnes qui échouent meurent plus souvent, en partie parce qu’elles sont plus âgées, plus souvent diabétiques, hypertendues ou sédentaires. Araujo a ajusté ces variables et a encore trouvé un excès de mortalité. Il manquait l’activité physique et les chutes, deux explications possibles de ce qui reste inexpliqué.
Dans la cohorte britannique évaluée à 53 ans, la combinaison force de préhension, vitesse pour se lever d’une chaise et équilibre yeux fermés prédisait mieux la mortalité que chaque test isolé. L’équilibre pesait particulièrement. Ici encore, les personnes incapables de réaliser les épreuves pour raison de santé avaient les taux les plus élevés. L’incapacité à faire le geste renseigne parfois davantage que la seconde exacte affichée par le chronomètre.
Les chutes, elles, ont une épidémiologie plus concrète. Aux États-Unis, les CDC dénombrent chaque année environ 4,5 millions de passages aux urgences pour chute chez les personnes âgées, dont 1,4 million d’hospitalisations, et près de 319 000 hospitalisations pour fracture de hanche. Environ 37 % des personnes qui chutent déclarent une blessure ayant nécessité des soins ou limité l’activité au moins un jour. La peur de retomber réduit ensuite l’activité, ce qui affaiblit encore les muscles.
NICE, en 2025, réserve une évaluation complète des chutes aux personnes de 65 ans et plus, ou de 50 à 64 ans à risque, qui ont chuté dans l’année et présentent au moins un de ces éléments (fragilité, blessure ayant nécessité un traitement, perte de connaissance, impossibilité de se relever, ou au moins deux chutes). Les autres, après une chute unique, ont droit à une évaluation de la marche et de l’équilibre, puis, s’il existe un trouble, à un programme d’exercices. Ce cadre britannique n’est pas une règle française ; il donne une idée de ce qu’un médecin peut juger utile, au-delà d’un test isolé.
Quand consulter pour un équilibre qui flanche
Consultez votre médecin traitant si vous avez déjà chuté, si vous vous sentez instable en marchant, si vous avez peur de tomber, ou si l’appui unipodal s’est clairement dégradé en quelques semaines. Un vertige qui revient, qui dure, qui gâche le quotidien ou qui n’a pas d’explication claire relève aussi d’une consultation, selon la Mayo Clinic. Le rendez-vous sert à raconter les circonstances, à revoir les médicaments avec le pharmacien si besoin, et à examiner la marche, la tension allongé puis debout, la vue et les pieds.
Appelez le 15 ou le 112 devant un vertige ou un déséquilibre brutal associé à l’un des signes d’alerte retenus par la Mayo Clinic (céphalée soudaine et intense, douleur thoracique, cœur très rapide ou irrégulier, faiblesse ou engourdissement d’un bras, d’une jambe ou du visage, trouble de la marche, vision double, baisse d’audition soudaine, confusion, parole empâtée, essoufflement, malaise, convulsion ou vomissements persistants). Cleveland Clinic ajoute, dans le contexte d’une maladie des petits vaisseaux, une perte de vision d’un œil ou des deux et une incapacité à parler. Ces tableaux peuvent être un accident vasculaire. Le test sur une jambe n’a alors plus aucune place.
Après une chute, les mêmes seuils de gravité reviennent dans les guides américains et britanniques. Une suspicion de traumatisme de la tête, du cou, du dos ou de la hanche, ou l’impossibilité de se relever, justifie les secours. Une douleur, une plaie ou un malaise après la chute demande un avis médical rapide. Même sans blessure, signalez la chute, car c’est l’un des meilleurs prédicteurs de la suivante.
| Situation | Conduite à tenir |
|---|---|
| Vertige brutal avec faiblesse, trouble de la parole, vision double ou céphalée en coup de tonnerre | Appeler le 15 ou le 112 |
| Chute avec choc à la tête, au cou, au dos ou à la hanche, ou impossibilité de se relever | Appeler le 15 ou le 112 |
| Chutes répétées, peur de marcher, instabilité depuis plusieurs semaines | Prendre rendez-vous avec le médecin traitant |
| Échec isolé aux 10 ou 20 secondes, sans autre symptôme | En parler au médecin ; pas d’IRM « automatique » |
| Vertige rotatoire en se couchant, sans signe neurologique | Consulter, souvent pour un problème d’oreille interne |
Ce que les essais ont mesuré sur les exercices d’équilibre
L’exercice réduit les chutes chez les personnes âgées qui vivent à domicile. La revue Cochrane de Sherrington et de ses collègues (108 essais, 23 407 participants, âge moyen 76 ans) a conclu, avec un niveau de preuve élevé, que l’exercice diminue le taux de chutes d’environ 23 % et la part de personnes qui chutent d’environ 15 %. Les programmes centrés sur l’équilibre et les tâches fonctionnelles baissent le taux de chutes de 24 %. Les programmes mixtes, le plus souvent équilibre plus renforcement, le baissent probablement de 34 %. Le tai-chi peut le réduire d’environ 19 %.
La marche seule, la danse ou le renforcement isolé n’ont pas montré le même bénéfice dans cette synthèse. Les événements indésirables rapportés étaient surtout musculaires et peu graves. Rien dans ces essais ne prouve que gagner cinq secondes sur un pied efface des lacunes ou des microhémorragies. L’objectif réaliste est de moins tomber, de mieux se relever d’une chaise, de garder une marche sûre.
NICE décrit des programmes progressifs, adaptés, centrés sur l’équilibre, la coordination, la force et la puissance, avec des réévaluations régulières, délivrés par des professionnels formés. Les CDC orientent vers la kinésithérapie ou un programme de prévention des chutes, dont le tai-chi, lorsque la marche, la force ou l’équilibre sont déficitaires. Cleveland Clinic insiste sur le fait que le travail n’est pas « réussi une fois pour toutes ». S’entraîner près d’un point d’appui, quelques instants par jour, puis allonger la durée, reste plus sûr qu’un défi les yeux fermés sur un sol mouillé.
Deux précautions évitent de transformer un bon réflexe en accident. D’abord, une personne déjà instable a davantage besoin d’un kinésithérapeute que d’un défi chronométré. Ensuite, les recommandations nationales divergent sur la vitamine D. STEADI propose de vérifier les apports et de supplémenter en cas de déficit, alors que NG249 juge les preuves insuffisantes pour prescrire de la vitamine D dans le seul but de prévenir les chutes, tout en renvoyant aux conseils osseux habituels. Demandez à votre médecin ou à votre pharmacien ce qui s’applique dans votre situation, plutôt que d’ajouter un comprimé « pour l’équilibre ».
Questions fréquentes
Combien de temps faut-il tenir sur une jambe ?
Il n’existe pas une durée unique valable à tout âge. Dans l’étude de Kyoto, le seuil retenu pour les lésions IRM était de 20 secondes, yeux ouverts. Dans l’étude CLINIMEX, l’échec se définissait par l’incapacité à tenir 10 secondes. Après 70 ans, rater dix secondes est fréquent et ne constitue pas, à lui seul, un diagnostic.
Un mauvais appui unipodal veut-il dire que j’ai un AVC ?
Non. Il s’agit d’une association statistique avec des lésions souvent silencieuses, pas d’un infarctus en cours. Un accident vasculaire se reconnaît à un déficit brutal (faiblesse, parole, vision, coordination). Dans ce cas, appelez le 15 ou le 112, sans perdre de temps à vous chronométrer.
Faut-il une IRM si je n’arrive pas à tenir dix secondes ?
Pas automatiquement. L’IRM se discute si s’ajoutent un déclin cognitif, des chutes répétées, un déficit neurologique ou un autre élément d’alerte. Le premier pas reste l’examen clinique, tension, médicaments, vision, pieds, oreille interne et histoire des chutes.
Le test les yeux fermés est-il le même que celui des dix secondes ?
Non. La cohorte britannique de Cooper chronométrait l’appui yeux fermés à 53 ans, jusqu’à 30 secondes, dans un but de recherche sur la mortalité. Fermer les yeux augmente nettement la difficulté et sollicite davantage l’oreille interne. Ce n’est pas le geste recommandé pour un essai à la maison.
Peut-on améliorer son équilibre après 60 ans ?
Oui, en général, avec un entraînement régulier d’équilibre et de renforcement. La revue Cochrane de 2019 a montré une baisse du taux de chutes d’environ 23 % grâce à l’exercice. Gagner en stabilité ne prouve pas que l’IRM se « répare ». Cela peut réduire le risque de tomber.
Quels médicaments peuvent gâcher l’équilibre ?
Certains psychotropes, sédatifs, antihypertenseurs et antiépileptiques, ainsi que des produits vendus sans ordonnance qui diminuent la vigilance, peuvent perturber la stabilité. NICE et les CDC recommandent une revue des traitements chez les personnes qui chutent. Faites le point avec le médecin ou le pharmacien, sans interrompre un médicament de votre propre initiative.
Conclusion
L’appui unipodal a une vraie valeur de signal. Un temps court s’associe, dans des cohortes précises, à plus de lésions des petits vaisseaux, à des scores cognitifs un peu plus bas et, pour le seuil de dix secondes, à une mortalité plus élevée. Il ne dit pas à lui seul ce qui se passe dans votre cerveau, et il ne remplace ni l’histoire des chutes, ni l’examen de la marche, ni le traitement de la tension, du diabète ou d’un vertige d’oreille interne.
Si vous tenez moins de dix ou vingt secondes, notez le protocole que vous avez utilisé, vos chutes de l’année, vos médicaments et la façon dont la tête tourne ou non. Apportez ces éléments au médecin traitant. Demandez si une évaluation de la marche et de l’équilibre, éventuellement par un kinésithérapeute, est indiquée, plutôt qu’une IRM « pour voir ».
Un déséquilibre soudain avec faiblesse, trouble de la parole, vision double ou céphalée brutale n’attend pas un rendez-vous. C’est le 15 ou le 112. Pour le reste, les essais montrent qu’un travail d’équilibre et de force, progressif et encadré, réduit les chutes. C’est le levier le plus solide dont on dispose, bien plus qu’un record personnel sur un pied.
Sources
- Tabara Y, Okada Y et al. : Association of Postural Instability With Asymptomatic Cerebrovascular Damage and Cognitive Decline: The Japan Shimanami Health Promoting Program Study. Stroke, 18 décembre 2014.
- Araujo CG, de Souza e Silva CG et al. : Successful 10-second one-legged stance performance predicts survival in middle-aged and older individuals. British Journal of Sports Medicine, septembre 2022.
- Cooper R, Strand BH et al. : Physical capability in mid-life and survival over 13 years of follow-up: British birth cohort study. British Medical Journal, 29 avril 2014.
- Balance problems – Symptoms and causes. Mayo Clinic, 18 juin 2020.
- Dizziness: Symptom. Mayo Clinic, 26 septembre 2024.
- The 4-Stage Balance Test. Centers for Disease Control and Prevention, 2019.
- Facts About Older Adult Falls. Centers for Disease Control and Prevention, 4 septembre 2026.
- National Institute for Health and Care Excellence : Falls: assessment and prevention in older people and in people 50 and over at higher risk. NICE, 29 avril 2025.
- Sherrington C, Fairhall NJ et al. : Exercise for preventing falls in older people living in the community. Cochrane Database of Systematic Reviews, 31 janvier 2019.
- Microvascular Ischemic Disease. Cleveland Clinic, 5 mai 2022.
- Can the 10-Second Balance Test Predict Your Lifespan?. Cleveland Clinic, 13 février 2025.
