
Pour un carcinome opérable de la langue mobile, la première étape reste l’exérèse chirurgicale, pas une chimiothérapie donnée seule pour « éviter le bistouri ». Les cytotoxiques ont leur place après l’opération si les marges ou les ganglions sont à haut risque, ou avec la radiothérapie lorsque la tumeur n’est plus résécable.
Cette hiérarchie n’est pas un détail de protocole. Une équipe du Michigan a comparé une chimiosélection d’induction, calquée sur les cancers du larynx, à une chirurgie d’emblée pour des carcinomes avancés de la cavité buccale. À cinq ans, la survie globale était de 32 % après induction contre 65 % après opération première. Le résumé PDQ du National Cancer Institute, mis à jour le 14 mai 2025, confirme qu’aucun essai randomisé n’a encore montré un gain de survie globale ou sans maladie grâce à une chimiothérapie néoadjuvante dans cette localisation.
Les registres SEER, pour les diagnostics de 2016 à 2022, estiment à 71,4 % la part des patients qui, tous stades confondus, survivent cinq ans par rapport à la population générale, et à 88,2 % lorsque la tumeur est encore localisée. En juin 2025, la FDA a autorisé le pembrolizumab périopératoire pour certains carcinomes avancés opérables exprimant PD-L1. Une plaie, une tache ou un ganglion qui dure plus de deux semaines justifie un examen, pas l’attente d’un aphte « qui passera ».
Pourquoi opérer avant de donner une chimiothérapie
La chirurgie est le traitement de première intention d’un carcinome épidermoïde de la langue mobile tant que la tumeur peut être enlevée avec des marges et que l’état général le permet. Gonzalez et Riera March le formulent sans ambiguïté dans StatPearls (mise à jour du 2 mai 2023). Sauf contre-indication claire ou lésion non résécable, l’opération doit être proposée d’emblée. Une radio-chimiothérapie exclusive, utile pour d’autres sites de la tête et du cou, contrôle mal le foyer buccal et complique souvent une chirurgie de rattrapage.
Le protocole testé à Ann Arbor visait à transposer une idée qui marche pour le larynx. On donnait un cycle de cisplatine et de fluorouracile, puis une radio-chimiothérapie si la tumeur rétrécissait d’au moins 50 %, sinon une chirurgie. Dix des dix-neuf patients ont répondu ; trois seulement étaient indemnes de maladie à cinq ans. Parmi les neuf opérés après une mauvaise réponse, deux étaient vivants sans cancer au même terme. L’essai de phase 2 a été fermé parce que le seuil de 40 % de conservation d’organe n’était pas atteint.
La comparaison appariée, publiée en février 2014 dans JAMA Otolaryngology–Head & Neck Surgery par Chinn, Chepeha et leurs collègues, porte sur 19 patients d’induction et 53 opérés d’emblée, de stades III et IV comparables. La survie spécifique à cinq ans était de 46 % contre 75 %, le contrôle locorégional de 26 % contre 72 %. Ce n’est pas un essai randomisé de grande taille, mais le signal va dans le même sens que les synthèses plus récentes. Pour la bouche, retarder l’exérèse au nom d’une « préservation d’organe » coûte du contrôle local.
Le PDQ professionnel du NCI le dit autrement. La chimio néoadjuvante a été testée pour réduire le volume tumoral avant chirurgie ou irradiation. Les essais randomisés n’ont pas démontré de bénéfice en survie sans maladie ni en survie globale. L’Educational Book de l’ASCO (Mohamad, Hosni et coll., 18 mai 2023) laisse une fenêtre étroite. On peut discuter une induction seulement si l’on vise à épargner la mandibule chez un patient très sélectionné, après avis multidisciplinaire, sans promettre un allongement de la vie.
Langue mobile et base de langue, deux maladies
Un nodule sur les deux tiers antérieurs de la langue n’est pas le même dossier qu’une tumeur de la base, cachée dans la gorge. La Mayo Clinic (31 octobre 2024) sépare nettement le cancer de la langue orale, souvent visible dès l’examen dentaire, et le cancer oropharyngé de la base, qui peut rester silencieux jusqu’à l’apparition d’un ganglion cervical. Le premier se traite comme un cancer de la cavité buccale ; le second, surtout lorsqu’il est lié au papillomavirus humain (HPV), répond souvent mieux à une radio-chimiothérapie et relève d’un autre algorithme.
Environ 90 % des tumeurs de la cavité buccale sont des carcinomes épidermoïdes. Tabac, alcool et leur association restent les principaux leviers du carcinome de la langue mobile. Le HPV, surtout le type 16, pèse davantage sur la base de langue et l’oropharynx. Gonzalez et Riera March précisent qu’une tumeur HPV-positive de la base répond mieux au traitement, alors que le statut HPV n’a pas, pour l’instant, la même valeur pronostique sur les deux tiers antérieurs.
Cette distinction change la conversation en consultation. Un patient jeune, non fumeur, avec une masse de la base et un ganglion du cou n’entend pas le même plan qu’un fumeur de 65 ans avec un ulcère du bord lingual. Confondre les deux sites, c’est appliquer au mauvais organe une stratégie d’« organe préservé » conçue pour le larynx ou l’oropharynx HPV-positif.
L’âge médian au diagnostic, dans SEER, est de 65 ans ; les hommes sont plus souvent atteints que les femmes (5,5 contre 2,1 nouveaux cas pour 100 000 et par an, 2019-2023). Ces chiffres américains ne se transposent pas tels quels à la France, mais ils rappellent que la maladie n’est plus réservée à un profil unique. Le généraliste ou le chirurgien-dentiste reste le premier filet, quel que soit l’âge.
Comment on pose le diagnostic
Le diagnostic repose sur l’œil, le doigt et un fragment de tissu, pas sur une prise de sang. L’examen de la Mayo Clinic décrit une inspection de la bouche, de la gorge et du cou, souvent une endoscopie souple par le nez, puis une biopsie, pièce coupée ou parfois cytoponction à l’aiguille. Le laboratoire cherche des cellules cancéreuses et, selon le siège, des marqueurs liés au HPV.
L’imagerie précise la taille, le contact avec la mandibule et les ganglions. Scanner injecté, IRM, parfois TEP, éventuellement une échographie cervicale. Le choix dépend de ce que l’examen clinique a déjà montré. Une lésion de la langue mobile se biopsie souvent au fauteuil, sous anesthésie locale. Une lésion de la base peut exiger une endoscopie au bloc.
La classification TNM de l’AJCC (8e édition), reprise par le PDQ, combine désormais la taille et la profondeur d’invasion. Une tumeur de 2 cm ou moins avec une invasion d’au plus 5 mm est T1 ; au-delà de 5 mm, ou entre 2 et 4 cm avec une invasion limitée, elle passe T2. L’extension extra-nodale fait monter le N. Ces détails décident du curage, de la radio et de l’ajout de cisplatine. Ils ne se devinent pas sur une photo de smartphone.
Avant tout traitement, une évaluation dentaire, nutritionnelle et, si besoin, de la déglutition prépare la suite. Fumer pendant une radiothérapie s’associe, dans le PDQ, à de moins bonnes réponses. L’arrêt du tabac n’est pas un conseil moral, c’est un levier de contrôle local. Le schéma exact (délais, examens, réunion d’équipe) est fixé par le centre qui vous prend en charge, selon les habitudes françaises.
Stades, survie et limites des pourcentages
Pour le carcinome de la langue, tous stades réunis, SEER situe à 71,4 % la survie relative quinquennale des cas de 2016 à 2022. Ce chiffre compare les personnes malades à la population générale et ne prédit pas un parcours individuel. Il est nettement plus haut qu’une lecture « une personne sur deux » encore fréquente pour les formes avancées.
Le stade au diagnostic pèse davantage que le nom de la maladie. SEER répartit les cas en 28 % encore localisés (survie relative 88,2 %), 58 % déjà régionaux avec ganglions (69,9 %) et 10 % métastatiques (38,4 %). Autrement dit, plus de la moitié des tumeurs sont découvertes après un premier relais ganglionnaire. Pour 2026, le même programme, en s’appuyant sur les projections de l’American Cancer Society, attend environ 20 420 nouveaux cas de cancer de la langue et 3 560 décès aux États-Unis. L’ACS estime, pour la cavité buccale et l’oropharynx réunis, près de 60 480 diagnostics et 13 150 décès la même année.
| Extension au diagnostic (SEER, 2016–2022) | Part des cas | Survie relative à 5 ans |
|---|---|---|
| Localisée, limitée à la langue | 28 % | 88,2 % |
| Régionale, ganglions ou voisinage | 58 % | 69,9 % |
| À distance, métastases | 10 % | 38,4 % |
| Non classée | 4 % | 57,7 % |
Le PDQ donne un autre ordre de grandeur, plus ancien mais utile pour la langue antérieure. On y lit 70 à 85 % de contrôle pour les lésions T1–T2 traitées par chirurgie ou radiothérapie seule, et autour de 30 à 40 % pour les volumineuses lésions après traitement combiné. Gonzalez et Riera March rappellent qu’au stade avancé, la survie à cinq ans tourne souvent près de 50 %. Ces fourchettes ne se moyennent pas, car elles décrivent des populations différentes.
Un pourcentage ne dit rien de la parole, de la déglutition ni d’un second cancer des voies aérodigestives, fréquent après un premier carcinome buccal. Il ne dit pas non plus si l’équipe a commencé par une opération ou par une chimio d’attente. Pour une décision concrète, le compte rendu opératoire et le compte rendu d’anatomopathologie pèsent plus qu’une moyenne nationale.
Glossectomie, ganglions du cou et reconstruction
L’opération s’appelle une glossectomie. On enlève la tumeur et une couronne de tissu sain. La Mayo Clinic en fait le traitement le plus fréquent. L’étendue va de l’exérèse limitée d’un bord à une hémiglossectomie, parfois à une glossectomie quasi totale. StatPearls vise, lorsque c’est possible, une marge d’au moins 1 cm, contrôlée en extemporané. Une reconstruction par lambeau libre (avant-bras, cuisse, fibula si l’os est emporté) se discute dès que l’on prévoit un déficit majeur de parole ou de déglutition.
Les cancers de la langue mobile se drainent surtout vers les niveaux I à III du cou. Même un cou « négatif » à l’examen et à l’imagerie peut cacher des micrométastases. Gonzalez et Riera March citent, pour une profondeur d’invasion de 5 à 8 mm, jusqu’à 40 à 50 % de risque ganglionnaire occulte. L’Educational Book de l’ASCO situe ce risque autour de 20 à 30 % dans les stades précoces cliniquement N0. C’est pourquoi un évidement électif, souvent sélectif I–III, est proposé à la plupart des patients, ou, dans des cas très choisis, une biopsie du ganglion sentinelle.
Un curage n’est pas une punition de plus. Il enlève la maladie microscopique et oriente la radio. Un N0 histologique n’appelle pas le même complément qu’un N2 avec rupture capsulaire. Si des ganglions sont déjà palpables, l’évidement s’élargit. La Mayo Clinic décrit aussi, dans certaines situations, une biopsie du sentinelle pour limiter le geste.
Après l’ablation, la rééducation commence tôt. Orthophonie, adaptation alimentaire, parfois sonde temporaire. L’objectif n’est pas une langue « comme avant », c’est une parole intelligible et une alimentation sûre. Les équipes de la Mayo Clinic insistent sur ce travail conjoint. En France, l’organisation (kinésithérapeute, orthophoniste, diététicien) dépend du centre ; le principe reste le même.
Quand la chimiothérapie a encore un rôle
La chimiothérapie n’a pas disparu, elle a changé de moment. Elle n’est pas le traitement unique d’un carcinome opérable de la langue mobile. Elle devient utile, le plus souvent, collée à la radiothérapie après l’opération, ou dans une maladie non résécable, récidivante ou métastatique.
Deux indications adjuvantes sont tenues pour absolues dans StatPearls, à savoir une marge envahie et une extension extra-nodale. D’autres éléments font discuter au moins une irradiation, notamment une tumeur T3 ou T4, une marge trop proche, des emboles lymphovasculaires, un envahissement périnerveux, deux ganglions ou plus. L’ASCO résume le standard des formes à haut risque par le cisplatine pendant la radiothérapie postopératoire. Si le cisplatine n’est pas possible, le même texte évoque le docétaxel avec la radio, ou d’autres associations (cétuximab, carboplatine–fluorouracile, carboplatine–paclitaxel). Le choix concret appartient à l’oncologue qui applique la pratique locale.
La FDA, dans le libellé de juin 2025 du pembrolizumab périopératoire, retient le cisplatine avec la radio adjuvante lorsque la marge est inférieure à 1 mm ou qu’il existe une extension extra-nodale. Ce n’est pas une posologie à recopier chez soi. Toute dose, tout calendrier et toute contre-indication viennent de l’équipe et, en France, du circuit du médicament hospitalier.
Une chimio d’induction avant chirurgie n’est pas le standard de survie. Le PDQ le répète. Les essais randomisés n’ont pas montré de gain. L’ASCO accepte d’en parler pour tenter d’épargner la mandibule, pas pour remplacer l’exérèse. En maladie métastatique, chirurgie hors jeu, StatPearls oriente vers radio-chimiothérapie, chimiothérapie ou immunothérapie. La Mayo Clinic réserve aussi les thérapies ciblées aux formes qui reviennent ou qui se disséminent.
- Une tumeur encore résécable se discute d’abord en chirurgie, avec ou sans radio ensuite.
- Une marge envahie ou une rupture capsulaire fait habituellement ajouter le cisplatine à l’irradiation.
- Une maladie non opérable ou métastatique bascule vers un traitement systémique, parfois avec de la radio.
- Une induction « pour voir si ça fond » n’est pas le schéma de référence de la langue mobile.
Radiothérapie après l’opération
La radiothérapie vient le plus souvent après le bistouri, pour stériliser le lit opératoire et les relais du cou. La Mayo Clinic la décrit aussi comme traitement principal si l’opération est impossible ou refusée, et parfois en même temps que la chimiothérapie lorsque les ganglions sont atteints. Elle n’est pas un « plus » automatique. Un petit T1 à marge large, sans facteur de risque, peut s’en passer.
Lorsque l’irradiation est indiquée, StatPearls situe la dose habituelle de la cavité buccale entre 60 et 65 Gy, en 30 à 35 séances. Le PDQ insiste sur un autre point pratique. Allonger le calendrier fait perdre du contrôle local. On évite donc les interruptions inutiles. Une évaluation dentaire précède le masque de contention, car extraire une dent infectée après les séances expose à une ostéoradionécrose.
Les effets attendus concernent la muqueuse, la salive, le goût et la déglutition. Manger peut faire mal ; l’équipe anticipe la douleur et la nutrition, parfois avec une sonde. Arrêter le tabac avant les séances n’est pas négociable si l’on veut garder le bénéfice de la dose. Le PDQ cite des réponses plus faibles chez ceux qui continuent de fumer pendant l’irradiation.
La radio exclusive reste une option pour certaines lésions T1–T2 de la langue antérieure, avec des taux de contrôle voisins de ceux de la chirurgie dans le PDQ (70 à 85 % pour les petites lésions). On la choisit surtout si le geste mutilerait trop, si l’anesthésie est trop risquée, ou selon l’expertise disponible. Pour une tumeur avancée encore opérable, la séquence chirurgie puis radio (avec ou sans cisplatine) reste la ligne la plus étayée.
Immunothérapie périopératoire depuis l’autorisation de 2025
Le pembrolizumab n’a pas pris la place du bistouri. Il s’y ajoute, chez une fraction de patients, avant et après l’opération. Le 12 juin 2025, la FDA a autorisé cet anticorps anti-PD-1 chez l’adulte porteur d’un carcinome épidermoïde de la tête et du cou, localement avancé et résécable, dont la tumeur exprime PD-L1 (score CPS ≥ 1). On donne deux cycles néoadjuvants, puis, après chirurgie, le pembrolizumab avec la radiothérapie plus ou moins le cisplatine, puis le pembrolizumab seul. La dose retenue par l’agence est de 200 mg toutes les 3 semaines ou 400 mg toutes les 6 semaines.
L’essai KEYNOTE-689, paru le 3 juillet 2025 dans le New England Journal of Medicine sous la plume d’Uppaluri, Haddad, Tao et des investigateurs, a tiré au sort 714 patients (stades III–IVA). Dans le groupe CPS ≥ 1, la survie sans événement médiane était de 59,7 mois avec pembrolizumab contre 29,6 mois dans le bras standard (rapport de risques 0,70). À 36 mois, 58,2 % des patients CPS ≥ 1 du bras pembrolizumab étaient sans événement, contre 44,9 % dans le bras chirurgie et radio plus ou moins cisplatine. L’opération a pu être menée chez environ 88 % des patients de chaque bras ; 1,4 % n’ont pas été opérés pour effet indésirable, dans les deux groupes.
Ces chiffres mesurent la survie sans progression, récidive ou décès, pas la qualité de la parole. Les effets de grade 3 ou plus liés au traitement étaient proches (44,6 % contre 42,9 %), avec des décès attribués au traitement chez 1,1 % et 0,3 % respectivement. Des effets immunitaires de grade 3 ou plus ont concerné 10,0 % du bras pembrolizumab. La FDA rappelle les habituelles mises en garde, réactions immunitaires, perfusion et toxicité fœtale.
Cette autorisation américaine n’est pas, à elle seule, une règle française. L’accès, l’indication exacte et le remboursement se décident avec l’oncologue et la pharmacie hospitalière. Le message utile pour le patient est plus simple. Si une immunothérapie entre en jeu, elle encadre l’opération, elle ne la remplace pas.
Plaie, tache ou ganglion, quand consulter
Une plaie de langue qui ne cicatrise pas, une tache blanche ou rouge, un épaississement, un saignement ou une douleur de l’oreille du même côté ne sont pas des « aphtes qui traînent ». La Mayo Clinic liste aussi un mal de gorge persistant, une impression de corps étranger, un engourdissement, une gêne pour mâcher ou avaler, un changement de voix. Cleveland Clinic (13 novembre 2025) conseille de prendre rendez-vous dès qu’une lésion nouvelle dure plus de deux semaines, et de garder un suivi dentaire régulier.
Le premier interlocuteur est le généraliste ou le chirurgien-dentiste, qui oriente vers un ORL ou un chirurgien maxillo-facial. Inutile d’attendre que la douleur soit insupportable. Beaucoup de lésions précoces saignent peu et font moins mal qu’un abcès dentaire. Un ganglion cervical qui grossit, même indolore, appartient à la même liste.
| Situation | Conduite raisonnable |
|---|---|
| Plaie, tache ou bosse de langue depuis plus de 2 semaines | Consultation chez le généraliste ou le dentiste |
| Ganglion du cou qui persiste, douleur d’oreille unilatérale | Avis ORL ou maxillo-facial sans attendre des mois |
| Difficulté croissante à parler, mâcher ou avaler | Bilan clinique et, souvent, biopsie |
| Saignement de bouche qui ne s’arrête pas, gêne respiratoire | Appel du 15 ou du 112 |
Un saignement qui inonde la bouche, une langue qui gonfle au point de bloquer l’air, ou l’impossibilité d’avaler sa salive ne relèvent plus du rendez-vous de la semaine. Dans ces cas, on appelle le 15 (SAMU) ou le 112. Ce n’est pas le scénario le plus fréquent d’un petit ulcère du bord, mais c’est celui où chaque minute compte.
Le tabac et l’alcool restent les leviers les plus solides pour réduire le risque d’un premier ou d’un second carcinome buccal. La vaccination contre le HPV s’adresse surtout à la prévention des cancers de l’oropharynx et d’autres sites. Elle se discute avec le médecin, selon l’âge et le calendrier vaccinal. Elle ne soigne pas une lésion déjà là.
Questions fréquentes
La chimiothérapie peut-elle remplacer l’opération de la langue ?
Non, pas lorsqu’un carcinome de la langue mobile est encore résécable et que vous pouvez être opéré. Les séries comparatives, dont celle de Chinn et Chepeha en 2014, montrent un moins bon contrôle local après une stratégie d’induction calquée sur le larynx. La chimio garde un rôle après l’exérèse, ou si la tumeur n’est plus opérable.
Faut-il enlever une partie de la langue dans tous les cas ?
Oui, dès que l’on choisit la chirurgie. On retire la tumeur avec une marge, ce qui enlève toujours un fragment de muscle. L’étendue va d’une exérèse limitée à une glossectomie large, parfois reconstruite par un lambeau. La Mayo Clinic rappelle que la parole et la déglutition dépendent du volume enlevé et de la rééducation, pas seulement du nom de l’intervention.
Les ganglions du cou sont-ils opérés même s’ils sont « normaux » ?
Souvent oui, parce qu’un cou normal à l’examen peut déjà contenir des micrométastases. StatPearls lie une invasion de 5 à 8 mm à un risque occulte élevé ; l’ASCO cite 20 à 30 % de N+ cachés aux stades précoces. L’équipe peut proposer un évidement électif ou, dans des cas choisis, un ganglion sentinelle.
Quelle survie attendre après un cancer de la langue ?
SEER estime à 71,4 % la survie relative à 5 ans tous stades, à 88,2 % si la tumeur est localisée, à 69,9 % si les ganglions sont atteints et à 38,4 % s’il existe des métastases. Ces moyennes américaines (diagnostics 2016–2022) ne prédisent pas votre cas. Le compte rendu pathologique et la réponse au traitement pèsent davantage.
Une plaie de langue qui dure deux semaines, est-ce forcément un cancer ?
Non. Beaucoup d’ulcères traumatiques, d’aphtes et de mycoses durent aussi. Cleveland Clinic retient pourtant le seuil de deux semaines pour consulter, parce que seule une biopsie distingue une lésion bénigne d’un carcinome. Attendre que « ça passe tout seul » retarde le stade le plus favorable.
L’immunothérapie évite-t-elle désormais la chirurgie ?
Non. Dans KEYNOTE-689, le pembrolizumab s’ajoute à une chirurgie prévue, avant et après, chez des patients PD-L1 positifs. La FDA a autorisé ce schéma le 12 juin 2025 aux États-Unis ; il n’efface pas l’exérèse. En France, l’indication se discute avec l’oncologue selon l’autorisation et les circuits locaux.
Conclusion
Un carcinome opérable de la langue mobile se traite d’abord au bloc, pas par une chimiothérapie d’attente inspirée du larynx. La chimio revient ensuite, surtout collée à la radio, lorsque les marges ou les ganglions sont à haut risque ; l’immunothérapie périopératoire, autorisée en 2025 par la FDA pour certaines tumeurs PD-L1 positives, encadre l’opération au lieu de la remplacer. Les registres montrent une survie relative de 71,4 % à cinq ans tous stades, et de 88,2 % tant que la maladie reste locale. Le moment du diagnostic pèse autant que le nom du protocole.
Si une lésion de langue, une tache ou un ganglion du cou dure plus de deux semaines, prenez rendez-vous chez votre médecin ou le dentiste et demandez une orientation ORL. Au moment du plan de soins, trois questions utiles tiennent en une phrase. La tumeur est-elle résécable d’emblée, quels facteurs du compte rendu imposeront une radio avec ou sans cisplatine, et un test PD-L1 a-t-il un sens dans votre situation. Un saignement qui ne s’arrête pas ou une gêne respiratoire relèvent du 15 ou du 112, pas d’un forum.
Les chiffres de cette page viennent de cohortes américaines et d’essais internationaux. Votre équipe appliquera la pratique française, les médicaments disponibles et votre état général. Aucun pourcentage ne remplace le compte rendu que vous pouvez demander et relire avec le chirurgien.
Sources
- PDQ Adult Treatment Editorial Board : Lip and Oral Cavity Cancer Treatment (PDQ®) – Health Professional Version. National Cancer Institute, mis à jour le 14 mai 2025.
- Tongue cancer – Diagnosis and treatment. Mayo Clinic, 31 octobre 2024.
- Tongue cancer – Symptoms and causes. Mayo Clinic, 31 octobre 2024.
- Chinn SB, Spector ME, Bellile EL et al. : Efficacy of induction selection chemotherapy vs primary surgery for patients with advanced oral cavity carcinoma. JAMA Otolaryngology–Head & Neck Surgery, février 2014.
- National Cancer Institute : Cancer Stat Facts: Tongue Cancer. SEER Program, 2026.
- Oral Cavity and Oropharyngeal Cancer Key Statistics. American Cancer Society, 2026.
- Mohamad I, Glaun MDE, Prabhash K et al. : Current Treatment Strategies and Risk Stratification for Oral Carcinoma. ASCO Educational Book, 18 mai 2023.
- FDA approves neoadjuvant and adjuvant pembrolizumab for resectable locally advanced head and neck squamous cell carcinoma. U.S. Food and Drug Administration, 12 juin 2025.
- Uppaluri R, Haddad RI, Tao Y et al. : Neoadjuvant and Adjuvant Pembrolizumab in Locally Advanced Head and Neck Cancer. New England Journal of Medicine, 3 juillet 2025.
- Gonzalez M, Riera March A : Tongue Cancer. StatPearls, 2 mai 2023.
- Tongue Cancer: Symptoms, Signs, Causes & Treatment. Cleveland Clinic, 13 novembre 2025.
