BPCO et emphysème : quelle est la difference

BPCO et emphysème : quelle est la difference

La BPCO, ou bronchopneumopathie chronique obstructive, est le diagnostic d’une obstruction persistante du flux d’air, confirmée par une spirométrie. L’emphysème est une lésion des alvéoles, ces petits sacs où l’oxygène passe dans le sang : leurs parois se rompent, l’air stagne et la surface d’échange diminue. Les deux se recouvrent souvent, mais l’un n’est pas le nom de l’autre.

En 2023, 3,8 % des adultes américains déclaraient un diagnostic de BPCO, d’emphysème ou de bronchite chronique, d’après le National Center for Health Statistics. La même année, l’Organisation mondiale de la Santé a dénombré 3,4 millions de décès par BPCO dans le monde, au troisième rang des causes de mortalité. Le malentendu le plus fréquent est de traiter l’emphysème comme un synonyme, ou au contraire comme une maladie à part entière, alors que le rapport GOLD de 2023 le range parmi les anomalies alvéolaires qui, avec les bronches, produisent l’obstruction.

Le seuil retenu par GOLD reste un rapport VEMS/CVF inférieur à 0,7 après bronchodilatateur. Un scanner peut pourtant montrer un emphysème chez des personnes encore au-dessus de ce seuil : dans la cohorte COPDGene publiée en 2025 dans le JAMA, 15,4 % des participants sans obstruction spirométrique ont été reclassés comme ayant une BPCO lorsqu’on ajoutait l’imagerie et les symptômes. Le déficit héréditaire en alpha-1 antitrypsine n’explique qu’environ 1 % des BPCO.

BPCO et emphysème : ce qui les distingue

La BPCO est un cadre clinique et fonctionnel. Elle rassemble des symptômes respiratoires chroniques (essoufflement, toux, crachats, poussées) et une obstruction du souffle qui ne se lève pas complètement après un bronchodilatateur. L’emphysème est une description anatomique : destruction permanente des parois alvéolaires, élargissement des espaces aériens, sans fibrose associée. On peut donc poser une BPCO sans emphysème marqué, et voir un emphysème au scanner sans encore remplir le critère spirométrique de BPCO.

Au Québec, le sigle usuel est MPOC, maladie pulmonaire obstructive chronique. En France, le nom courant est BPCO. L’anglais dit COPD. Derrière ces trois étiquettes se trouve la même entité, distincte de l’emphysème pris isolément. Les équipes de la Mayo Clinic rappellent que l’emphysème et la bronchite chronique sont les deux types les plus fréquents de BPCO, et qu’ils coexistent le plus souvent, dans des proportions variables d’une personne à l’autre.

La bronchite chronique, elle, se définit par une toux productive pendant au moins trois mois par an, deux années de suite. Sans obstruction persistante, elle n’entre pas dans la BPCO. L’emphysème sans trouble ventilatoire obstructif n’y entre pas non plus, du moins dans le schéma GOLD classique, même si cette image n’est pas sans conséquence. Le NICE demande une spirométrie lorsqu’un scanner ou une radiographie montre un emphysème fortuit, parce que cette image est aussi un facteur de risque indépendant de cancer du poumon.

Critère BPCO Emphysème
Nature Diagnostic clinique et fonctionnel d’une obstruction persistante Lésion anatomique des alvéoles, visible surtout au scanner
Confirmation Spirométrie après bronchodilatateur, rapport VEMS/CVF < 0,7 Imagerie (scanner) ou anatomopathologie, parfois diffusion réduite
Lésion dominante Bronches et/ou alvéoles, selon la personne Parois alvéolaires détruites, air piégé, surface d’échange réduite
Peut exister sans l’autre Oui, si l’atteinte est surtout bronchique Oui, si le rapport VEMS/CVF reste ≥ 0,7 (pré-BPCO possible)
Traitement spécifique Bronchodilatateurs, parfois corticoïde inhalé selon les éosinophiles Valves, réduction de volume ou bullectomie dans des formes graves sélectionnées

Ce tableau ne remplace pas un bilan. Deux personnes avec le même VEMS peuvent n’avoir ni le même scanner ni la même gêne. C’est précisément pour cela que GOLD, depuis 2023, décrit la BPCO comme une maladie hétérogène, et non comme un simple « emphysème du fumeur ».

Illustration des poumons montrant les sacs aériens et les bronchioles.

Que se passe-t-il dans les poumons

L’air entre par la trachée, se divise dans les bronches, puis dans des milliers de bronchioles qui aboutissent à des grappes d’alvéoles. Chez un poumon souple, ces sacs se gonflent à l’inspiration et se vident à l’expiration grâce à leur élasticité. L’oxygène traverse leurs parois minces vers les capillaires ; le dioxyde de carbone prend le chemin inverse.

Dans l’emphysème, les cloisons entre alvéoles se rompent. Plusieurs petits sacs n’en forment plus qu’un grand, moins élastique, d’où l’air vicié sort mal. Il reste moins de place pour l’air frais, et moins de surface pour oxygéner le sang. Les bronchioles, qui s’appuyaient sur ces cloisons pour rester ouvertes, s’affaissent à l’expiration. C’est ce collapsus, plus que le « trou » visible au scanner, qui bloque le flux.

Dans la composante bronchique, les parois s’épaississent, le mucus abonde, le calibre se réduit. La toux devient un travail quotidien pour dégager les voies aériennes. La plupart des personnes suivies pour une BPCO portent les deux lésions à des degrés différents, souligne le National Heart, Lung, and Blood Institute. Le tableau clinique dépend de ce mélange : l’un s’essouffle surtout à la marche, l’autre crache et s’infecte, un troisième accumule les deux.

Avec le temps, le thorax peut s’arrondir, le diaphragme s’aplatir, le cœur droit peiner à pomper contre des artères pulmonaires trop tendues. Cette hypertension pulmonaire et le cœur pulmonaire sont des complications de l’emphysème avancé, pas un autre nom de la BPCO. Un pneumothorax, plus rare, peut survenir si une bulle géante se rompt.

Quels symptômes comparer

Les signes de BPCO et d’emphysème se recouvrent largement, parce que beaucoup de patients ont les deux. Ils s’installent lentement. On les attribue à l’âge, au tabac ou à un manque d’entraînement, et l’on cesse de monter les étages sans consulter. Les symptômes n’apparaissent souvent qu’après des lésions déjà étendues, selon la Mayo Clinic.

L’essoufflement à l’effort est le symptôme central de l’emphysème. Un sifflement à l’expiration, une toux, une oppression thoracique, une fatigue inhabituelle s’y ajoutent. La BPCO y joint souvent une toux productive, des crachats clairs, blancs, jaunes ou verdâtres, des infections à répétition. Plus tard peuvent venir un amaigrissement, un gonflement des chevilles, une teinte bleutée des lèvres ou des ongles.

  • Une toux qui dure des mois, avec ou sans crachats, n’est pas une simple « toux du fumeur » à relativiser.
  • Un essoufflement qui fait ralentir sur le plat ou s’arrêter après une centaine de mètres doit faire mesurer le souffle.
  • Un changement de couleur, d’odeur ou de volume des crachats peut annoncer une poussée ou une infection.
  • Une fatigue qui dure plus d’une journée, des maux de tête matinaux ou un nouvel œdème des chevilles méritent un rendez-vous.

Le NICE, au Royaume-Uni, propose de suspecter une BPCO après 35 ans en présence d’un facteur de risque (le plus souvent le tabac) et d’au moins un de ces signes : dyspnée d’effort, toux chronique, expectoration régulière, « bronchites » hivernales fréquentes, sifflements. Une douleur thoracique ou des crachats sanglants sont peu habituels dans la BPCO et orientent vers un autre diagnostic, cancer et embolie compris.

Les exacerbations, ou poussées, durent des jours à des semaines. Un rhume, la grippe, un air pollué, le froid ou une odeur irritante peuvent les déclencher. La respiration devient plus laborieuse, la poitrine se serre, la toux s’intensifie, les crachats changent, une fièvre apparaît parfois. GOLD définit la poussée comme une aggravation de la dyspnée et/ou de la toux et des crachats en moins de 14 jours. Ce n’est pas un mauvais jour qui passe avec deux bouffées de secours.

Tabac, pollution et gènes

Dans les pays à revenu élevé, le tabac explique plus de 70 % des BPCO, d’après l’OMS. Dans les pays à revenu faible ou intermédiaire, il n’en explique que 30 à 40 %, et la pollution intérieure liée aux combustibles de cuisson et de chauffage pèse lourd. Tous les fumeurs ne développent pas la maladie : d’autres gènes, le calibre des poumons à l’âge adulte et les infections de l’enfance jouent aussi.

La fumée de cigare, de pipe, de cannabis et le tabagisme passif figurent parmi les expositions citées par la Mayo Clinic. Les poussières, vapeurs et fumées professionnelles (céréales, coton, bois, mines, produits chimiques) s’y ajoutent, surtout si l’on fume en même temps. L’asthme, surtout associé au tabac, augmente le risque. Les symptômes d’emphysème commencent le plus souvent après 40 ans.

Le déficit en alpha-1 antitrypsine, lié au gène SERPINA1, est le facteur génétique le plus net, mais il reste rare. La protéine, fabriquée par le foie, protège le poumon contre des enzymes qui digèrent le tissu. Quand elle manque, un emphysème peut apparaître plus tôt, parfois dans la vingtaine ou la quarantaine, y compris chez des jamais-fumeurs, et le foie peut aussi souffrir. Environ 1 % des BPCO relèvent de ce mécanisme, selon la Mayo Clinic.

Le NHLBI propose d’en parler au médecin en cas d’antécédent familial, de BPCO diagnostiquée vers 40-50 ans chez un fumeur de la famille, de maladie du foie inexpliquée, ou de symptômes respiratoires précoces. Un dosage sanguin de la protéine, puis un test génétique si le taux est bas, posent le diagnostic. Il n’y a pas de guérison, mais un traitement substitutif (augmentation) peut ralentir l’aggravation pulmonaire chez certaines personnes déficitaires, en plus des soins habituels de BPCO. Le médecin ou le pharmacien indiquera ce qui est disponible en France.

Comment le diagnostic se pose

Le diagnostic de BPCO exige une spirométrie. On souffle fort et longtemps dans un embout relié à un appareil qui mesure le volume expiré en une seconde (VEMS) et la capacité vitale forcée (CVF). On répète la manœuvre après un bronchodilatateur. Un rapport VEMS/CVF qui reste inférieur à 0,7 confirme l’obstruction persistante, dans un contexte clinique compatible. GOLD tient ce seuil fixe ; d’autres sociétés, ATS et ERS, préfèrent la limite inférieure de la normale selon l’âge, pour moins surdiagnostiquer les personnes âgées. Le médecin français applique la recommandation locale.

Le VEMS, exprimé en pourcentage de la valeur prédite, grade l’obstruction. La Cleveland Clinic reprend les seuils GOLD : grade 1 si le VEMS est à 80 % ou plus, grade 2 entre 50 et 79 %, grade 3 entre 30 et 49 %, grade 4 au-dessous de 30 %. Ce grade ne dit pas à lui seul combien vous êtes gêné. Depuis le rapport GOLD de 2023, le choix initial des inhalateurs s’appuie surtout sur les symptômes et les poussées, via les groupes A, B et E, et non plus sur le seul chiffre de VEMS.

Le scanner montre l’emphysème bien mieux qu’une radiographie. Il aide aussi à chercher un cancer, une dilatation des bronches, une insuffisance cardiaque, et à discuter d’une réduction de volume ou de valves. La radiographie reste utile pour écarter d’autres causes, pas pour affirmer une BPCO. Les gaz du sang artériel mesurent l’oxygène et le dioxyde de carbone lorsque la maladie est avancée. Un oxymètre de pouls donne une saturation, mais ne remplace pas la spirométrie.

Le NICE demande cette spirométrie au diagnostic, pour reconsidérer le diagnostic si la réponse au traitement est exceptionnelle, et pour suivre l’évolution. Chez une personne plus âgée avec un rapport inférieur à 0,7 mais sans symptômes typiques, il faut penser à un autre diagnostic. Chez une personne plus jeune très symptomatique, l’inverse est vrai : un rapport encore au-dessus de 0,7 n’écarte pas toute maladie. Le médecin traitant oriente vers un pneumologue si le tableau est atypique, précoce, ou s’il existe une suspicion de déficit en alpha-1 antitrypsine.

Un emphysème sans obstruction, est-ce une BPCO

Pas dans le schéma GOLD actuel, qui exige encore le rapport VEMS/CVF inférieur à 0,7 après bronchodilatateur. Cela n’autorise pas à classer l’image au rang d’anecdote. GOLD reconnaît des personnes avec symptômes, lésions structurelles (emphysème) ou anomalies physiologiques (piégeage, diffusion réduite, déclin rapide du VEMS) sans obstruction : on parle de pré-BPCO. Toutes n’évolueront pas vers une obstruction, mais le risque est plus élevé.

La cohorte COPDGene, publiée le 18 mai 2025 dans le JAMA, a testé un schéma plus large, qui ajoute le scanner (emphysème, épaississement bronchique) et les symptômes au VEMS. Parmi 9 416 adultes fumeurs ou anciens fumeurs, 15,4 % de ceux qui n’avaient pas d’obstruction ont été nouvellement classés comme ayant une BPCO. Ces personnes avaient environ deux fois plus de décès toutes causes, davantage de poussées et un déclin plus rapide du VEMS que celles restées hors diagnostic. À l’inverse, 6,8 % des participants obstructifs, sans symptômes ni lésion structurelle, ont été retirés du diagnostic et ont eu un devenir proche des personnes sans obstruction.

Jusqu’à la moitié des fumeurs ou anciens fumeurs ont déjà un emphysème ou un épaississement des parois bronchiques au scanner, alors que leur spirométrie reste au-dessus du seuil, rappellent les auteurs. La directive NG115 du NICE demande une consultation et une spirométrie devant un emphysème fortuit. Si la personne fume encore, le sevrage reste prioritaire même avec un souffle « normal ». Si elle ne fume plus, que la spirométrie est normale et qu’il n’y a pas de symptômes, le texte britannique rassure sur l’évolution de l’image, tout en signalant le sur-risque de cancer du poumon lié à l’emphysème.

Cette discussion n’est pas un appel à multiplier les scanners. L’irradiation, le coût et les nodules fortuits existent. Elle dit plutôt ceci : un emphysème vu sur un examen fait pour une autre raison n’est ni une BPCO automatique, ni un feu vert pour ne rien faire. Une spirométrie, un interrogatoire sur le tabac et les métiers poussiéreux, et parfois un dosage d’alpha-1 antitrypsine, suffisent souvent à trier.

Un médecin effectuant un test de spirométrie sur un patient.

Quels traitements ralentissent l’aggravation

Aucun traitement ne reconstitue les alvéoles détruites. Arrêter toute fumée inhalée reste le levier le plus puissant pour ralentir le déclin, à tout stade, fumeur actuel ou exposé au tabagisme passif. Les substituts nicotiniques et les médicaments d’aide au sevrage augmentent les chances d’arrêt durable, rappelle GOLD. Le médecin et le pharmacien français proposent les outils disponibles localement.

Les bronchodilatateurs inhalés relâchent le muscle des bronches. Les formes d’action brève (salbutamol, ipratropium) servent de secours. Les formes d’action prolongée, bêta-2 (LABA) et antimuscariniques (LAMA), se prennent tous les jours. Depuis le rapport GOLD de 2023, l’association LABA plus LAMA est le choix initial préféré pour les groupes B (gêne marquée, peu de poussées) et E (poussées fréquentes ou hospitalisation), plutôt qu’un corticoïde inhalé d’emblée associé à un seul bronchodilatateur. Un corticoïde inhalé se discute surtout dans le groupe E si les éosinophiles sanguins atteignent 300 par microlitre ou plus, parce que le bénéfice sur les exacerbations et, dans certains essais, sur la mortalité, est alors plus net.

Pour une poussée suffisamment gênante, le NICE propose 30 mg de prednisolone par voie orale pendant cinq jours. GOLD retient l’équivalent de 40 mg de prednisone pendant cinq jours. Les deux documents s’accordent sur une courte durée. Un antibiotique n’est pas automatique : il se discute si les crachats deviennent purulents et plus abondants et si la dyspnée s’aggrave. Les méthylxanthines (théophylline) ne sont plus le traitement de première intention des exacerbations, en raison des effets indésirables.

La FDA américaine a autorisé en 2024 des options supplémentaires, l’ensifentrine en nébulisation (inhibiteur PDE3 et PDE4) et des médicaments biologiques déjà connus dans l’asthme, dupilumab et mépolizumab, pour certains patients avec poussées fréquentes et inflammation éosinophile malgré un traitement inhalé bien conduit. La Mayo Clinic les décrit comme des ajouts, pas des substituts des bronchodilatateurs. Le NICE a ouvert en 2026 une section sur ces médicaments biologiques dans la BPCO non contrôlée. La disponibilité, l’indication et le remboursement en France se décident avec le pneumologue et le pharmacien, selon les autorisations locales.

La réadaptation respiratoire combine exercice, éducation et techniques de respiration. Elle améliore la capacité d’effort, les symptômes et la qualité de vie, y compris après une hospitalisation, où elle peut réduire le risque de revenir trop tôt. L’oxygène au long cours n’est pas un confort de dyspnée isolée. GOLD le réserve à une hypoxémie de repos sévère (PaO2 ≤ 55 mmHg, ou < 60 mmHg s’il existe un cœur pulmonaire ou une polyglobulie). Le NICE fixe un seuil voisin, PaO2 inférieure à 7,3 kPa à l’état stable sur deux gazométries à au moins trois semaines d’intervalle, et vise au moins 15 heures par jour. Le NICE ne propose pas cette oxygénothérapie aux personnes qui continuent de fumer malgré une aide au sevrage, en raison du risque d’incendie. Cette règle britannique n’est pas le texte GOLD : le prescripteur français applique la pratique locale.

Quand l’essoufflement justifie de voir un médecin

Dès qu’une toux s’installe, que les crachats deviennent quotidiens ou que l’effort habituel coupe le souffle, un rendez-vous chez le médecin traitant se justifie, surtout après 40 ans, en cas de tabac, de métier poussiéreux ou d’antécédents familiaux de maladie du poumon ou du foie. Attendre que les lèvres bleuissent fait perdre des années pendant lesquelles le sevrage et les inhalateurs peuvent encore changer la pente du VEMS. La spirométrie est brève, indolore, réalisable en ville.

Si le diagnostic est déjà posé, il faut revoir le soignant lorsque l’essoufflement s’aggrave, que les crachats changent, que la toux ou les sifflements augmentent, qu’un œdème des chevilles persiste après une nuit pieds surélevés, qu’un amaigrissement ou une prise de poids inexpliquée apparaît, que des maux de tête matinaux ou des vertiges se répètent, qu’une fièvre s’installe, ou que le traitement de secours est utilisé beaucoup plus souvent. La Cleveland Clinic y ajoute une fatigue extrême qui dure plus d’une journée et des signes d’infection ORL. Un plan d’action écrit, préparé en consultation, indique ce que vous pouvez commencer à la maison et à quel seuil il faut appeler.

Il faut composer le 15 (SAMU) ou le 112 si vous ne parvenez plus à parler ni à reprendre votre souffle, si les lèvres ou les ongles deviennent bleus ou gris, si le cœur s’emballe, si vous vous sentez confus ou si l’entourage trouve votre comportement inhabituel. La Mayo Clinic retient ces mêmes seuils. Une fièvre très élevée, une somnolence, des propos incohérents ou un traitement de poussée qui ne fait plus effet relèvent aussi de l’urgence. Apporter la liste des inhalateurs, le dernier compte rendu de spirométrie et, le cas échéant, le débit d’oxygène prescrit accélère la prise en charge.

Une douleur thoracique brutale ou des crachats franchement sanglants ne sont pas « une BPCO qui s’énerve ». Ils imposent d’écarter une embolie, un pneumothorax, une pneumonie ou un cancer. GOLD rappelle que pneumonie, insuffisance cardiaque et embolie pulmonaire miment souvent une exacerbation. Le SAMU décide du lieu de soins ; ce n’est pas au patient de trancher entre ces diagnostics.

Chirurgie, valves et gestes du quotidien

Quand l’emphysème reste très invalidant malgré les inhalateurs, la réadaptation et, si elle est indiquée, l’oxygène, quelques gestes ciblés peuvent alléger le thorax. Ils ne concernent qu’une minorité de patients, après bilan en centre spécialisé. La bullectomie retire une ou plusieurs bulles géantes qui compriment le poumon restant. La chirurgie de réduction de volume enlève des coins d’emphysème, souvent aux sommets, pour que le diaphragme retrouve une course plus efficace. Chez des personnes bien sélectionnées, elle peut améliorer le souffle et, parfois, la durée de vie, indique la Mayo Clinic.

Les valves endobronchiques unidirectionnelles, posées par fibroscopie, laissent l’air sortir du lobe le plus détruit sans le remplir à nouveau. Ce lobe se dégonfle, le lobe voisin gagne de la place. L’intervention est moins lourde qu’une thoracotomie, mais elle n’est possible que si la scissure est suffisamment étanche. Un pneumothorax reste une complication possible. La transplantation pulmonaire s’adresse à un très petit nombre de malades très avancés. Elle peut redonner une activité plus normale, au prix d’une immunosuppression à vie, d’un risque de rejet et d’infections. Le NHLBI décrit un séjour hospitalier d’une à trois semaines, puis un suivi serré.

Au quotidien, quelques habitudes pèsent autant que le choix de l’inhalateur. Boire suffisamment, tousser de façon contrôlée et, parfois, humidifier l’air aident à dégager le mucus. L’activité physique régulière, même modeste, entretient les muscles respiratoires ; un programme trop ambitieux juste après une poussée grave se discute avec le kinésithérapeute. Une alimentation adaptée évite à la fois la fonte musculaire et un surpoids qui aggrave la dyspnée. Rester à l’intérieur les jours de mauvais air, éviter les fumées et les poussières, se vacciner contre la grippe, le pneumocoque, le Covid-19 et, selon l’âge et les maladies associées, le virus respiratoire syncytial, réduit le risque d’infection qui ferait basculer une semaine ordinaire en hospitalisation.

La technique d’inhalation se vérifie à chaque renouvellement. Un dispositif mal utilisé dépose le médicament dans la bouche, pas dans les bronches. Demander au pharmacien de regarder le geste, et de rappeler l’ordre des sprays s’il y en a plusieurs, évite des mois de sous-dosage silencieux.

Questions fréquentes

BPCO et emphysème, est-ce la même maladie ?

Non. La BPCO est le diagnostic d’une obstruction persistante du souffle. L’emphysème est la destruction des alvéoles, souvent présente dans une BPCO, parfois visible sans encore d’obstruction. Beaucoup de patients ont les deux, dans des proportions différentes.

Peut-on avoir un emphysème sans avoir jamais fumé ?

Oui. Le tabac reste la première cause dans les pays riches, mais la pollution intérieure, les poussières professionnelles et le déficit en alpha-1 antitrypsine suffisent parfois. Une spirométrie se justifie même chez un jamais-fumeur essoufflé ou tousseur chronique.

Un scanner suffit-il pour parler de BPCO ?

Non. Le scanner montre l’emphysème ; la spirométrie confirme l’obstruction. Un emphysème fortuit doit toutefois faire mesurer le souffle, arrêter le tabac s’il y en a, et discuter d’un dosage d’alpha-1 antitrypsine si le tableau est précoce ou familial.

L’emphysème peut-il régresser ?

Les alvéoles détruites ne se reconstruisent pas. Arrêter de fumer, les inhalateurs, la réadaptation et, dans des cas sélectionnés, les valves ou la chirurgie peuvent ralentir l’aggravation et améliorer le quotidien. Aucun de ces moyens ne « répare » le parenchyme.

Faut-il chercher un déficit en alpha-1 antitrypsine ?

Le NHLBI le propose en cas de BPCO précoce, d’antécédents familiaux, de maladie du foie inexpliquée ou d’emphysème chez un jamais-fumeur. Un dosage sanguin, puis un test génétique si le taux est bas, suffisent. Ce déficit n’explique qu’environ 1 % des BPCO.

Les inhalateurs réparent-ils les bronches ?

Ils relâchent le muscle bronchique, réduisent l’inflammation chez certains patients et diminuent les poussées. Ils n’effacent ni l’emphysème ni le rétrécissement chronique. La technique d’inhalation et l’observance pèsent autant que le nom du spray.

Un homme fumant devant un panneau interdisant de fumer.

Conclusion

La question « BPCO ou emphysème » se tranche rarement par un seul mot. La BPCO dit que le souffle reste coincé après un bronchodilatateur ; l’emphysème dit que les alvéoles sont détruites. Les deux informations servent, l’une pour le traitement inhalé et le suivi des poussées, l’autre pour l’imagerie, le risque de bulles et, parfois, un geste de réduction de volume. Les confondre fait manquer soit une spirométrie, soit un scanner qui changerait l’indication chirurgicale.

Les documents récents ont déplacé le centre de gravité. Le rapport GOLD de 2023 a fusionné les anciens groupes C et D en un groupe E centré sur les exacerbations, et place deux bronchodilatateurs de longue durée en première ligne lorsque la gêne ou les poussées le justifient. La directive NG115 du NICE refuse de laisser un emphysème fortuit sans spirométrie. La cohorte COPDGene de 2025 montre que des personnes sans obstruction classique, mais avec emphysème et symptômes, meurent davantage et s’aggravent plus vite que celles dont le scanner et le questionnaire sont rassurants.

Si vous avez plus de 40 ans, une toux qui dure ou un essoufflement qui fait éviter les escaliers, demandez une spirométrie à votre médecin traitant. Apportez le compte des paquets-années, la liste des métiers poussiéreux, d’éventuels comptes rendus de scanner et les cas familiaux de maladie du poumon ou du foie. Cette liste, plus qu’un nouveau nom de spray, est ce qui permet de savoir si l’on parle d’une BPCO, d’un emphysème isolé, des deux, ou d’autre chose.

Sources

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  2. Weeks JD, Elgaddal N : Chronic Obstructive Pulmonary Disease in Adults Age 18 and Older: United States, 2023. NCHS Data Brief, mai 2025.
  3. About COPD | COPD | CDC. Centers for Disease Control and Prevention, mis à jour en 2024.
  4. COPD – What Is COPD?. National Heart, Lung, and Blood Institute, 8 novembre 2024.
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  6. COPD – Symptoms and causes. Mayo Clinic, 27 juin 2026.
  7. Emphysema – Symptoms and causes. Mayo Clinic, 19 novembre 2024.
  8. COPD – Diagnosis and treatment. Mayo Clinic, 27 juin 2026.
  9. Agustí A, Celli BR, Criner GJ et al. : Global Initiative for Chronic Obstructive Lung Disease 2023 Report: GOLD Executive Summary. American Journal of Respiratory and Critical Care Medicine, 1er avril 2023.
  10. Chronic obstructive pulmonary disease in over 16s: diagnosis and management. National Institute for Health and Care Excellence, 29 juillet 2026.
  11. Chronic Obstructive Pulmonary Disease (COPD). Cleveland Clinic, 19 août 2024.
  12. COPDGene 2025 Diagnosis Working Group, CanCOLD Investigators : A Multidimensional Diagnostic Approach for Chronic Obstructive Pulmonary Disease. JAMA, 18 mai 2025.

À propos de l’auteur

Pauline Cécile TessierRédactrice médicale

J’ai fait mes études d’infirmière à l’IFSI La Capelette. Après mon congé maternité, je me suis tournée vers la rédaction et la relecture de textes médicaux. Pour chaque article, je lis les recommandations officielles, les études et les guides cliniques, et j’utilise aussi des outils d’IA dans mon travail. Chaque affirmation peut être vérifiée dans les sources citées de l’article.