
Un tour de taille élevé s’associe à un taux sanguin de vitamine D plus bas. Cette observation, répétée dans des méta-analyses et des suivis de cohortes, ne prouve pas que la vitamine D fasse fondre la graisse du ventre, ni qu’un dosage soit utile chez toute personne au ventre volumineux.
Chez 2 459 adultes de 50 ans et plus suivis quatre ans dans l’English Longitudinal Study of Ageing, une obésité abdominale au départ (tour de taille supérieur à 102 cm chez l’homme et à 88 cm chez la femme) a augmenté le risque d’insuffisance ultérieure de 36 % et celui de carence de 64 %, alors que tous avaient un taux suffisant au début.
Les chiffres qui suivent viennent de ces travaux et des documents officiels. Le Food and Nutrition Board américain juge un taux de 25-hydroxyvitamine D (25(OH)D) inférieur à 30 nmol/L (12 ng/mL) à risque de carence osseuse, et un taux d’au moins 50 nmol/L (20 ng/mL) généralement adéquat. L’Endocrine Society, dans sa recommandation de 2024, n’endosse plus la cible de 75 nmol/L (30 ng/mL) de 2011 et déconseille le dépistage de routine, y compris en cas d’obésité.
Le tour de taille élevé s’associe à moins de vitamine D
Oui, plus le tour de taille est grand, plus le 25(OH)D tend à être bas. Ce lien est statistique, mesuré sur des milliers d’adultes, et il persiste après ajustement sur plusieurs facteurs de mode de vie.
Zahra Hajhashemy et ses collègues ont regroupé, dans Nutrition Reviews en 2022, dix-huit études transversales. En combinant cinq investigations et 7 997 personnes, le tertile ou le groupe de tour de taille le plus élevé, comparé au plus bas, s’accompagnait d’une hausse de 82 % des chances d’avoir un 25(OH)D inférieur à 30 ng/mL, soit 75 nmol/L (rapport de cotes 1,82 ; intervalle de confiance à 95 % de 1,34 à 2,49). Quand les deux sexes étaient analysés ensemble, le même contraste de tour de taille s’associait à 61 % de chances en plus d’un taux inférieur à 20 ng/mL, soit 50 nmol/L (rapport de cotes 1,61 ; de 1,12 à 2,31).
Ces seuils ne sont pas ceux du Food and Nutrition Board. Les 30 ng/mL correspondent à l’ancienne cible clinique de 75 nmol/L, plus haute que les 50 nmol/L jugés suffisants pour l’os par le comité américain. Un même ventre peut donc « compter » comme carence dans un article et comme simple zone grise dans un autre. L’association, elle, reste dans le même sens.
L’avis américain de 2021 (USPSTF) chiffre, pour l’obésité, un risque de carence multiplié environ par 1,3 à 2, selon le seuil retenu. Le mécanisme n’est pas entièrement élucidé. Le tour de taille reste un marqueur simple, sans imagerie, et c’est ce que les études de population peuvent mesurer à grande échelle. Ces rapports de cotes ne disent pas qu’un centimètre de taille « consomme » une quantité fixe de vitamine. Ils disent seulement que, dans les enquêtes, les ceintures les plus larges et les taux les plus bas vont souvent de pair.

Pourquoi la graisse du ventre piège la vitamine D
La vitamine D est liposoluble. Elle se dissout dans les graisses, circule mal quand le stock adipeux est volumineux, et le taux mesuré dans le sang baisse même si la peau fabrique encore le précurseur.
D’après la fiche 2025 de l’Office of Dietary Supplements des NIH, un indice de masse corporelle de 30 ou plus s’accompagne de 25(OH)D plus bas que chez les personnes sans obésité. L’obésité ne réduit pas la capacité de la peau à synthétiser la vitamine sous ultraviolet B. En revanche, un volume plus grand de graisse sous-cutanée en séquestre davantage. Les personnes concernées peuvent donc avoir besoin d’apports plus élevés pour atteindre le même taux sanguin.
Les adipocytes isolent la vitamine D et la rendent moins disponible pour l’intestin, l’os et le muscle, d’après la Cleveland Clinic. Un IMC supérieur à 30 figure parmi les situations où un complément à dose plus haute est souvent nécessaire pour normaliser le taux, sous avis médical.
Ni le vieillissement ni l’obésité n’empêchent l’absorption intestinale de la vitamine D alimentaire, toujours d’après la fiche des NIH. Le problème n’est pas un intestin fermé, c’est la dilution dans un plus grand réservoir de graisse. Une chirurgie de bypass gastrique ajoute en revanche un vrai déficit d’absorption, car une partie de l’intestin grêle proximal est court-circuitée. Les sociétés de chirurgie bariatrique ont des protocoles de dosage et de substitution avant et après l’opération.
Le tour de taille n’égale pas un scanner de graisse viscérale. Il reste un indicateur utile. Dans la cohorte anglaise ELSA, le seuil retenu était celui des NIH américains, plus de 102 cm chez l’homme et plus de 88 cm chez la femme, mesuré à mi-distance entre la dernière côte et la crête iliaque.
La carence fait-elle grossir le ventre ?
Non, on ne peut pas l’affirmer. Les études d’observation montrent que le ventre précède souvent la baisse du taux. Les essais qui donnent de la vitamine D sans régime ne font pas maigrir.
Thaís Barros Pereira da Silva et ses collègues ont isolé, dans Nutrients en 2022, 2 459 participants ELSA déjà « suffisants » (plus de 50 nmol/L). Après quatre ans, l’obésité abdominale de départ prédisait une insuffisance incidente (plus de 30 et jusqu’à 50 nmol/L) avec un rapport de risques relatifs de 1,36, et une carence (30 nmol/L ou moins) avec un rapport de 1,64. L’association tenait encore après exclusion des personnes qui prenaient déjà un complément. Autrement dit, le ventre venait avant la chute du taux, pas l’inverse dans cette cohorte.
Joyce da Silva Milliati et l’équipe d’Alexandre ont poussé plus loin en 2026, toujours sur ELSA, 5 520 personnes de 50 ans et plus suivies six ans. Par rapport à l’absence des deux facteurs, le couple obésité abdominale plus carence (moins de 30 nmol/L) s’associait au risque de décès le plus élevé (rapport de risque 2,23 ; de 1,50 à 3,33). L’obésité abdominale avec un taux déjà suffisant restait associée à un rapport de risque de 1,47. C’est une association ajustée, pas une preuve que corriger le 25(OH)D allonge la vie.
La fiche NIH est nette sur le poids. Les essais cliniques ne soutiennent pas un lien de cause à effet entre vitamine D et perte de poids. Une méta-analyse d’interventions amaigrissantes (restriction calorique, activité physique, ou les deux) a même montré que ceux qui perdaient du poids voyaient davantage monter leur 25(OH)D. Le stock adipeux qui se réduit libère, ou du moins cesse de diluer, une partie de la vitamine.
Le scénario inverse, une carence qui « fabriquerait » du ventre, reste une hypothèse mal étayée. Un taux bas peut aussi n’être que le marqueur d’un mode de vie moins ensoleillé, moins actif, plus sédentaire. Distinguer ces explications exige des essais, pas seulement des courbes de survie.
Faut-il doser la vitamine D si on a du ventre ?
Chez un adulte par ailleurs en bonne santé, les grandes sociétés ne recommandent pas un dosage systématique du seul fait d’un tour de taille élevé. Le médecin peut le prescrire s’il existe une indication établie, par exemple une hypocalcémie, une ostéomalacie suspectée ou un suivi après chirurgie bariatrique.
La recommandation 14 de l’Endocrine Society (juin 2024, Journal of Clinical Endocrinology & Metabolism) suggère de ne pas dépister en routine le 25(OH)D chez l’adulte avec obésité. Le panel n’a pas trouvé, dans les essais, de seuil de 25(OH)D lié à un bénéfice clinique propre à cette population. La même ligne vaut pour l’adulte en bonne santé et pour les personnes à peau foncée. Ce texte remplace le guide de 2011, qui proposait encore une cible de 30 ng/mL (75 nmol/L) et un dépistage plus large.
En avril 2021, l’USPSTF conclut que les preuves sont insuffisantes pour peser bénéfices et risques d’un dépistage chez l’adulte asymptomatique vivant à domicile, non enceinte, sans signe de carence et sans maladie qui justifie déjà un traitement. C’est un avis « I », ni pour ni contre. Il ne s’applique pas aux personnes hospitalisées ou en institution.
Le 25(OH)D reste le meilleur marqueur d’exposition. Sa demi-vie proche de quinze jours reflète à la fois le soleil, les aliments et les comprimés. Les dosages varient selon les laboratoires et les techniques (anticorps ou chromatographie). Un résultat isolé, surtout près d’un seuil, se lit avec le tableau clinique, la saison et les apports, pas comme un verdict définitif.
Le médecin traitant et le biologiste appliquent les règles locales de prescription et de remboursement. Si vous avez des douleurs osseuses, une faiblesse musculaire, une maladie digestive qui empêche d’absorber les graisses, ou un bypass, le dosage peut alors s’inscrire dans un bilan ciblé.
| Taux de 25(OH)D | Équivalent | Lecture du Food and Nutrition Board (NASEM) |
|---|---|---|
| Moins de 30 nmol/L | Moins de 12 ng/mL | Risque de carence, rachitisme ou ostéomalacie |
| 30 à moins de 50 nmol/L | 12 à moins de 20 ng/mL | Souvent jugé inadéquat pour l’os |
| 50 nmol/L ou plus | 20 ng/mL ou plus | Généralement adéquat pour la plupart des gens |
| Plus de 125 nmol/L | Plus de 50 ng/mL | Effets indésirables possibles, surtout au-delà de 150 nmol/L |
Douleurs osseuses, fatigue et moment de consulter
Une carence vraie se manifeste surtout par l’os et le muscle. Beaucoup de personnes n’ont aucun signe, ce qui explique la tentation du dépistage de masse, tentation que les recommandations actuelles ne retiennent pas.
Chez l’adulte, la Cleveland Clinic cite la fatigue, les douleurs osseuses, la faiblesse ou les crampes musculaires, et parfois un changement d’humeur. Une carence prolongée peut aboutir à une ostéomalacie, os mal minéralisé, douloureux, fragile. Chez l’enfant, le tableau est celui du rachitisme, avec os mous et déformations. Les NIH ajoutent, dans les formes graves de rachitisme, des convulsions hypocalcémiques, des spasmes, une atteinte cardiaque et des anomalies dentaires.
Ces signes ne « prouvent » pas un 25(OH)D bas. Ils justifient un rendez-vous avec le médecin traitant, qui décidera des analyses (calcium, phosphate, parathormone, 25(OH)D) selon le contexte. Les personnes âgées qui chutent souvent, celles qui s’exposent peu au soleil, celles à peau foncée, ou celles qui vivent avec une maladie de Crohn, une maladie cœliaque ou une insuffisance rénale font partie des groupes où le clinicien pèse plus facilement l’intérêt d’un dosage.
| Situation | Conduite raisonnable |
|---|---|
| Fatigue isolée, sans autre signe | Parler d’abord au médecin traitant, sans conclure seul à une carence |
| Douleur osseuse, faiblesse musculaire, chutes répétées | Consultation médicale, bilan possible selon l’examen |
| Suspicion d’ostéomalacie ou de rachitisme | Avis médical rapide, analyses du calcium et de la vitamine D |
| Vomissements, confusion, soif intense sous forte dose de complément | Arrêt du produit et appel du 15 ou du 112, hypercalcémie possible |
| Convulsions, spasmes sévères, douleur thoracique | Urgences, 15 ou 112 |
Un surdosage de complément, et non le soleil, provoque l’hypercalcémie toxique. Nausées, vomissements, faiblesse, confusion, calculs rénaux, troubles du rythme. Ce tableau n’est pas celui de la carence. Il impose d’arrêter les mégadoses et de faire soigner sans délai.
Aliments, soleil et apports du quotidien
Les apports de référence américains, calculés comme si l’exposition solaire était minimale, sont de 15 µg (600 UI) par jour de 1 à 70 ans, et de 20 µg (800 UI) après 70 ans. La grossesse et l’allaitement restent à 15 µg dans ce barème. Le Royaume-Uni vise plus bas. Le Scientific Advisory Committee on Nutrition, cité par les NIH, retient 10 µg (400 UI) dès 4 ans, et le NHS conseille d’envisager ce complément chaque automne et chaque hiver.
Ces chiffres ne sont pas une ordonnance française. Le pharmacien et le médecin appliqueront la posologie locale. Ils montrent surtout que deux pays proches ne parlent pas d’une seule « dose mondiale ».
Très peu d’aliments en contiennent naturellement. Les NIH classent en tête l’huile de foie de morue, les truites et saumons, certains champignons exposés aux UV, puis le lait enrichi (pratique courante aux États-Unis, pas au Royaume-Uni). Un jaune d’œuf ou une portion de foie n’apporte qu’une fraction de l’apport quotidien.
- Une cuillère à soupe d’huile de foie de morue fournit environ 34 µg (1 360 UI), bien au-dessus de l’apport quotidien usuel.
- Une portion de 85 g de saumon sockeye cuit apporte environ 14,2 µg (570 UI) de vitamine D.
- Un grand œuf brouillé n’en contient qu’environ 1,1 µg (44 UI), presque tout dans le jaune.
- Le lait de vache britannique n’est en général pas enrichi, contrairement à une grande partie du lait américain.
Le soleil reste une source majeure, avec des limites. Les UVB ne traversent pas le verre. La mélanine, l’âge, la saison, la latitude, les vêtements et un écran solaire diminuent la synthèse. Le NHS indique qu’entre octobre et début mars, au Royaume-Uni, la peau ne fabrique plus assez de vitamine D. Le nord de la France se situe dans une bande de latitude comparable. Augmenter le temps d’exposition sans protection pour « soigner le ventre » n’est pas une stratégie, car les UV restent un facteur de cancer de la peau.
Compléments, doses plus hautes et limites de sécurité
Un complément peut combler un apport alimentaire trop bas. Il ne remplace ni le traitement d’une ostéomalacie, ni le suivi d’un bypass, ni l’avis du médecin si le taux est déjà très bas.
Pour un adulte en bonne santé de moins de 75 ans, l’Endocrine Society 2024 déconseille une supplémentation empirique au-dessus des apports de référence, c’est-à-dire au-delà de ce que le Food and Nutrition Board a fixé. Elle suggère en revanche une supplémentation empirique (aliments enrichis et/ou complément) chez l’enfant et l’adolescent de 1 à 18 ans, chez la femme enceinte, chez l’adulte de 75 ans et plus, et chez l’adulte à prédiabète à haut risque, en plus des mesures hygiéno-diététiques. Quand un apport est indiqué après 50 ans, le panel préfère une prise quotidienne à des bolus intermittents élevés.
Les personnes avec obésité peuvent avoir besoin de plus de vitamine D pour le même 25(OH)D, écrivent les NIH. La Cleveland Clinic le répète. Ni l’un ni l’autre ne publient ici une posologie unique en microgrammes. La dose de correction d’une carence documentée se discute avec le prescripteur. L’automédication à plusieurs milliers d’unités internationales, reprise d’anciens schémas, n’est plus le message du guide 2024.
La limite supérieure tolérable du Food and Nutrition Board est de 100 µg (4 000 UI) par jour chez l’adulte, tous apports confondus. Le NHS retient le même plafond, sauf avis médical contraire. Mayo Clinic souligne qu’au-delà de 4 000 UI par jour, nausées, perte d’appétit, faiblesse, trouble de la pensée, troubles du rythme et calculs rénaux deviennent plausibles. Une toxicité franche s’accompagne souvent d’un 25(OH)D supérieur à 375 nmol/L (150 ng/mL).
Plusieurs médicaments interfèrent. L’orlistat diminue l’absorption. Les glucocorticoïdes perturbent le calcium et l’usage de la vitamine D. Les thiazidiques, associés à la vitamine D, augmentent le risque d’hypercalcémie. Phénobarbital et phénytoïne accélèrent la dégradation de la vitamine. La digoxine, en cas d’hypercalcémie, devient plus dangereuse. Signalez vos comprimés au médecin et au pharmacien avant d’ajouter un flacon de cholécalciférol à haute dose.
La vitamine D ne fait pas fondre la graisse du ventre
Prendre de la vitamine D dans l’espoir de réduire le tour de taille n’est pas étayé par les essais. C’est l’un des malentendus les plus fréquents autour de cette association.
Lili Ge et ses collègues ont publié en juillet 2025, dans Diabetology & Metabolic Syndrome, une méta-analyse de vingt-cinq essais randomisés (trente bras) chez des adultes en surpoids, obèses ou atteints de troubles métaboliques. Dans l’ensemble, la supplémentation n’a pas modifié de façon significative les triglycérides, le cholestérol, la glycémie à jeun, l’insuline, l’HOMA-IR, l’HbA1c, le tour de taille ni le poids. Une baisse de l’IMC n’apparaissait qu’après correction d’un possible biais de publication. Des sous-groupes (par exemple le HDL chez des personnes diabétiques) bougeaient parfois, sans inverser le message principal.
Les NIH résument de la même façon. Consommer davantage de vitamine D ou avaler un complément ne favorise pas la perte de poids. Une méta-analyse d’essais sans restriction calorique n’a pas montré d’effet sur le poids ni sur la masse grasse par rapport au placebo. Quand le poids baisse grâce au régime et à l’activité, le 25(OH)D a tendance à remonter. La séquence la plus cohérente est donc un ventre plus large puis un taux plus bas, et une perte de graisse puis un taux un peu plus haut, plutôt que l’inverse.
Cela n’interdit pas de corriger une carence osseuse. Cela interdit de vendre la vitamine D comme un « brûle-graisse abdominal ». Le tour de taille se discute avec l’alimentation, le mouvement, le sommeil et, si besoin, un suivi spécialisé de l’obésité. La vitamine D, dans ce dossier, est un marqueur et un nutriment osseux, pas un coupe-faim.
Os, prédiabète et ce que les essais montrent vraiment
La vitamine D sert d’abord à absorber le calcium et à minéraliser l’os. Sans elle, l’enfant risque un rachitisme et l’adulte une ostéomalacie. Avec le calcium, elle contribue à limiter la perte minérale liée à l’âge. Au-delà de l’os, les associations observationnelles (cœur, cancers, infections, humeur) n’ont pas toutes résisté aux essais.
Les données sur la prévention des cancers restent mixtes, juge la fiche Mayo Clinic de mars 2025, qui rappelle aussi que les suppléments traitent l’ostéomalacie de carence et le rachitisme. L’Endocrine Society 2024, qui a priorisé les essais contre placebo, ne retient pas un bénéfice net de doses au-dessus des apports de référence chez l’adulte sain de moins de 75 ans. Elle retient un possible effet, à discuter au cas par cas, chez l’adulte à prédiabète à haut risque pour ralentir le passage vers le diabète, toujours à côté des changements d’alimentation et d’activité.
Sur ce terrain, 2 423 adultes avec prédiabète et un IMC moyen de 32,1 ont reçu 100 µg (4 000 UI) de vitamine D3 par jour ou un placebo pendant une médiane de 2,5 ans, d’après la fiche des NIH. La plupart avaient déjà un taux d’au moins 50 nmol/L. La vitamine D n’a pas réduit de façon significative l’incidence du diabète dans l’analyse principale. Une analyse a posteriori suggérait un bénéfice chez ceux qui partaient sous 30 nmol/L. Ce n’est pas une indication à s’automédiquer à 4 000 UI.
Chez les plus de 50 ans qui ont une indication, le groupe d’experts de 2024 préfère une prise quotidienne à dose plus basse aux fortes doses espacées, car certains essais de bolus ont signalé plus de chutes. La mégadose mensuelle n’est donc plus le réflexe par défaut.
Questions fréquentes
Un gros ventre impose-t-il un dosage de vitamine D ?
Non, pas à lui seul d’après l’Endocrine Society 2024 et l’avis d’insuffisance de preuves de l’USPSTF 2021. Le médecin peut prescrire un 25(OH)D s’il soupçonne une ostéomalacie, une hypocalcémie, un trouble d’absorption ou s’il suit une chirurgie bariatrique. En France, les règles de remboursement relèvent du prescripteur et du biologiste.
La vitamine D fait-elle maigrir au niveau du ventre ?
Non. La méta-analyse de Ge et coll. (2025) n’a pas montré d’effet sur le tour de taille ni sur le poids, et les NIH écrivent que les essais ne soutiennent pas un usage amaigrissant. Réduire la graisse abdominale passe par l’alimentation et l’activité, ce qui peut ensuite faire remonter un peu le 25(OH)D.
Quelle dose quotidienne viser avec un IMC élevé ?
Les apports américains de base restent 15 µg (600 UI) jusqu’à 70 ans et 20 µg (800 UI) ensuite, avec un plafond de 100 µg (4 000 UI) sauf avis médical. Les NIH et la Cleveland Clinic indiquent qu’une obésité peut exiger davantage pour le même taux, sans publier ici une multiplication unique. La dose de correction se décide après examen, parfois après un dosage s’il est indiqué.
D2 ou D3, laquelle choisir ?
Les deux formes élèvent le 25(OH)D. Les NIH notent que le cholécalciférol (D3) le fait souvent davantage et plus longtemps que l’ergocalciférol (D2). Mayo Clinic rappelle les mêmes équivalents d’apport (600 ou 800 UI selon l’âge). Le pharmacien indiquera la spécialité disponible et adaptée.
Le soleil d’hiver suffit-il à remplir les réserves ?
Au Royaume-Uni, le NHS estime que d’octobre à début mars la peau ne synthétise plus assez de vitamine D, et propose alors 10 µg (400 UI) par jour. Le nord de la France connaît une saison UV courte comparable. Cela ne justifie pas les expositions prolongées sans protection, car le risque cutané demeure.
Peut-on prendre trop de vitamine D ?
Oui, presque toujours via les compléments, jamais via le soleil selon les NIH. Au-delà de 100 µg (4 000 UI) par jour chez l’adulte, sauf schéma prescrit, le risque d’hypercalcémie augmente. Vomissements, confusion, soif intense ou douleur lombaire sous forte dose justifient un appel au 15 ou au 112.
Conclusion
Le lien entre graisse du ventre et vitamine D plus basse est solide sur le plan statistique. Hajhashemy 2022 le chiffre en rapports de cotes, l’ELSA 2022 le voit dans le temps, l’ELSA 2026 l’associe même à une mortalité plus haute quand les deux facteurs coexistent. Le sens le plus plausible, aujourd’hui, va du réservoir adipeux vers un 25(OH)D dilué, pas d’une gélule vers un ventre plus plat.
Le cadre clinique a changé. Le document de l’Endocrine Society de 2024 abandonne la cible de 75 nmol/L (30 ng/mL) de 2011 et déconseille le dépistage de routine, y compris en cas d’obésité, chez l’adulte par ailleurs sans indication. L’USPSTF n’a pas les preuves pour recommander un dépistage de masse. Les apports de référence restent modestes (15 ou 20 µg selon l’âge aux États-Unis, 10 µg en hiver au Royaume-Uni), avec un plafond adulte de 100 µg, et une toxicité réelle si l’on empile les flacons.
Si le pantalon serre à la taille, la question utile au médecin traitant n’est pas « combien de milliers d’unités pour fondre le ventre ». Demandez plutôt s’il existe une raison de doser (os, calcium, malabsorption, bypass, chutes), quel apport alimentaire et quel complément correspondent à la pratique française, et quels signes (douleur osseuse, faiblesse, ou nausées sous forte dose) doivent faire revenir plus tôt, le cas échéant via le 15 ou le 112.
Sources
- Vitamin D — Health Professional Fact Sheet. National Institutes of Health, 27 juin 2025.
- Demay MB, Pittas AG et al. : Vitamin D for the Prevention of Disease: An Endocrine Society Clinical Practice Guideline. The Journal of Clinical Endocrinology & Metabolism, 12 juillet 2024.
- Hajhashemy Z, Foshati S, Saneei P : Relationship between abdominal obesity (based on waist circumference) and serum vitamin D levels: a systematic review and meta-analysis of epidemiologic studies. Nutrition Reviews, 8 avril 2022.
- da Silva TBP, Luiz MM et al. : Is Abdominal Obesity a Risk Factor for the Incidence of Vitamin D Insufficiency and Deficiency in Older Adults? Evidence from the ELSA Study. Nutrients, 7 octobre 2022.
- da Silva Milliati J, Barros Pereira da Silva T et al. : Does the Combination of Abdominal Obesity and Vitamin D Deficiency Increase the Risk of Death in Individuals Aged 50 or Older? Evidence From the ELSA Study. Diabetes, Obesity and Metabolism, 6 mai 2026.
- Ge L, Gao S et al. : Effect of vitamin D supplementation on body composition, lipid profile, and glycemic indices in patients with obesity-associated metabolic syndrome: a systematic review and meta-analysis. Diabetology & Metabolic Syndrome, 18 juillet 2025.
- Vitamin D. Mayo Clinic, 21 mars 2025.
- Vitamin D Deficiency. Cleveland Clinic, 2 août 2022.
- Vitamin D Deficiency in Adults: Screening. US Preventive Services Task Force, 13 avril 2021.
- Vitamin D – Vitamins and minerals. National Health Service, mis à jour en 2026.
