
Les maladies chroniques concernent désormais trois adultes américains sur quatre. En 2023, 76,4 % d’entre eux, soit environ 194 millions de personnes, déclaraient au moins une des douze affections suivies par les Centres américains de contrôle et de prévention des maladies (CDC), et 51,4 % (environ 131 millions) en cumulaient deux ou plus.
Le chiffre qui change vraiment la lecture, c’est l’âge. Chez les 18-34 ans, la part déjà atteinte est passée de 52,5 % à 59,5 % entre 2013 et 2023, soit 5,2 millions de jeunes adultes supplémentaires, principalement sous l’effet de l’obésité et de la dépression.
Pour se situer, près d’un adulte américain sur deux (48,1 %) répond à la définition américaine de l’hypertension, mais seulement 22,5 % l’ont sous contrôle. Environ 40,1 millions de personnes vivaient avec un diabète en 2023, et 115,2 millions d’adultes avec un prédiabète. Dans le monde, les maladies non transmissibles ont tué au moins 43 millions de personnes en 2021.
Combien d’adultes américains ont une maladie chronique ?
Trois adultes sur quatre, d’après la synthèse actuelle des CDC, qui s’appuie sur l’enquête téléphonique de surveillance des facteurs de risque (BRFSS) de 2023 analysée par Watson et ses collègues. Une maladie chronique y est une affection qui dure un an ou plus et qui demande des soins réguliers, limite les activités quotidiennes, ou les deux.
La photographie nationale est brutale dès la jeunesse. Parmi les 18-34 ans, 59,5 % déclaraient au moins une des douze affections retenues. La proportion grimpe à 78,4 % entre 35 et 64 ans, puis à 93,0 % à partir de 65 ans. La multimorbidité, c’est-à-dire deux maladies ou plus, suit la même pente. Elle concerne 27,1 % des plus jeunes, 52,7 % des adultes d’âge intermédiaire et 78,8 % des plus âgés.
Ces totaux ne disent pas que tout le monde est au même stade de gravité. Une obésité isolée n’équivaut pas à un infarctus, et une dépression n’équivaut pas à une insuffisance rénale. Ils disent en revanche que le « capital santé » américain se dégrade tôt, bien avant l’âge où l’on range encore ces maladies dans le tiroir du grand âge.
La Cleveland Clinic rappelle qu’une maladie chronique dure en général un an ou davantage et qu’elle est souvent installée pour le reste de la vie. Peu d’entre elles se guérissent. L’enjeu, pour la personne comme pour le système de soins, devient alors de ralentir l’évolution, de limiter les complications et de préserver ce que la personne veut encore faire au quotidien.

Quelles affections chroniques dominent selon l’âge ?
Les maladies les plus fréquentes ne sont pas les mêmes à 25, 50 ou 75 ans. Chez les jeunes adultes américains, l’obésité (27,3 %), la dépression (25,0 %) et le cholestérol élevé (16,3 %) arrivent en tête. À l’âge intermédiaire, l’obésité (37,1 %), le cholestérol élevé (36,9 %) et l’hypertension (35,0 %) prennent le relais. Après 65 ans, l’hypertension (61,4 %), le cholestérol élevé (55,1 %) et les affections articulaires au sens large des enquêtes américaines (51,3 %) dominent.
Sur l’ensemble des adultes, les trois postes les plus cités en 2023 étaient le cholestérol élevé (35,3 %), l’hypertension déclarée (34,5 %) et l’obésité (32,7 %). Le diabète concernait 12,1 % des adultes dans cette même enquête téléphonique. Les maladies d’organe plus « tardives », cœur, cancer hors peau, BPCO, accident vasculaire cérébral ou maladie rénale, restent moins fréquentes en population générale, mais pèsent beaucoup plus sur la mortalité.
| Tranche d’âge | Au moins une maladie | Deux maladies ou plus | Affections les plus fréquentes |
|---|---|---|---|
| 18-34 ans | 59,5 % | 27,1 % | Obésité, dépression, cholestérol élevé |
| 35-64 ans | 78,4 % | 52,7 % | Obésité, cholestérol, hypertension |
| 65 ans et plus | 93,0 % | 78,8 % | Hypertension, cholestérol, affections articulaires |
| Ensemble des adultes | 76,4 % | 51,4 % | Cholestérol, hypertension, obésité |
Cette table, tirée de l’analyse BRFSS 2023, aide à voir pourquoi un slogan unique (« la moitié des adultes ») ne décrit plus la réalité vécue. Un jeune adulte américain a surtout affaire à l’excès de poids et à la souffrance psychique. Un retraité a surtout affaire à la tension, aux lipides et aux articulations. Les messages de prévention n’ont pas à être les mêmes.
Les maladies cardiaques, les cancers et le diabète restent, côté CDC, les grandes causes de décès et d’invalidité. Le décalage est classique en santé publique. Ce qui est le plus répandu (obésité, cholestérol, tension) prépare ce qui tue le plus (cœur, cancer, diabète). Attendre le diagnostic « noble » pour s’en occuper, c’est arriver après la bataille.
Pourquoi les chiffres de prévalence divergent-ils ?
Le chiffre « un adulte sur deux » n’est pas une erreur de calcul, c’est une autre liste. Les travaux plus anciens des CDC, sur l’enquête nationale par entretien (NHIS), comptaient dix maladies diagnostiquées. Ils laissaient souvent de côté l’obésité, la dépression et le cholestérol élevé. Avec cette liste courte, on retombait autour d’une moitié d’adultes atteints et d’un quart en multimorbidité.
L’analyse de Watson et collègues, que les CDC mettent aujourd’hui en avant, utilise le BRFSS et douze affections. Elle inclut l’obésité, la dépression, l’asthme actuel, l’hypertension, le cholestérol élevé, le diabète, les maladies cardiaques, l’AVC, le cancer hors peau, la BPCO, la maladie rénale chronique et les affections articulaires. Ajouter trois affections très répandues fait mécaniquement monter le total vers les trois quarts.
Les modes de mesure bougent aussi. Dans le BRFSS, l’hypertension auto-déclarée touche 34,5 % des adultes. Quand on mesure la tension et qu’on applique le seuil américain de 130/80 mmHg (ou un traitement en cours), on arrive à 48,1 %. Une partie des personnes concernées ignore encore son chiffre, ou le déclare mal. Le même écart existe pour le poids. L’obésité « déclarée » du BRFSS (32,7 %) est plus basse que les 42 % retenus, pour les États-Unis, dans la comparaison internationale de 2025 parue dans The Lancet Public Health.
Pour un lecteur en France, la leçon est simple. Avant de comparer « notre » pays à « leur » pays, il faut demander quelle liste, quelle année et quel seuil. Un article qui mélange une liste de dix maladies diagnostiquées et une liste de douze affections dont l’obésité produit des titres contradictoires alors que les deux photographies peuvent être justes.
Quels facteurs de risque peut-on encore modifier ?
La plupart des maladies chroniques évitables tiennent, du côté des CDC, à une liste courte d’habitudes. Tabac, alimentation déséquilibrée, manque d’activité physique, usage nocif d’alcool. Cette liste n’efface ni l’âge, ni les gènes, ni le quartier où l’on vit. Elle désigne ce que les politiques et les soins peuvent encore faire bouger.
Le tabac reste le poste le plus meurtrier de cette liste. Il cause plus de 480 000 morts par an aux États-Unis, et plus de 16 millions d’Américains vivent avec une maladie liée au tabagisme. Cancers, maladies du cœur et des vaisseaux, AVC, BPCO, diabète. Arrêter de fumer ne « lave » pas le passé, mais il coupe une source continue de dégâts.
L’assiette et le mouvement pèsent ensuite sur l’obésité, le diabète de type 2, les maladies cardiaques, l’AVC, certains cancers et la dépression. Seul un adulte américain sur dix mange les quantités recommandées de fruits et de légumes. L’alcool, pris de façon nocive, s’ajoute à la tension, aux maladies du foie, à certains cancers et aux troubles psychiques. Les CDC parlent d’usage excessif sans en faire, dans cette page, un seuil universel. En France, c’est le médecin ou le pharmacien qui situe la consommation par rapport aux repères locaux.
Ces leviers tiennent en quatre phrases utiles, pas en un programme miracle.
- Le tabagisme reste le facteur le plus meurtrier parmi les habitudes que l’on peut encore changer.
- Une alimentation trop pauvre en végétaux et trop riche en produits ultra-transformés alimente obésité et diabète.
- L’insuffisance d’activité physique entretient le surpoids, la tension élevée et le risque cardiaque.
- L’usage nocif d’alcool s’ajoute à l’hypertension, aux maladies du foie et à certains cancers.
Rien de tout cela ne se décide seulement à la table de la cuisine. Les CDC soulignent que le lieu de vie, l’accès à des aliments de qualité, la présence d’espaces pour bouger et la distance jusqu’à un médecin pèsent sur les « choix ». Présenter la maladie chronique comme une faute individuelle rate la moitié du tableau.
Les États-Unis sont-ils plus touchés que la France ?
Oui, sur l’obésité et le diabète, et l’écart est large. Dans la comparaison de 2025 menée par Papanicolas et ses collègues, l’obésité adulte atteint 42 % aux États-Unis contre 10 % en France (données 2022 rassemblées par les auteurs). Le diabète concerne 10,7 % des 20-79 ans aux États-Unis contre 5,3 % en France. Ce n’est pas un classement moral. C’est une photographie de fardeaux métaboliques différents.
Le paradoxe américain, dans la même étude, est que le système de soins dépiste et traite souvent bien les personnes qui y accèdent, alors que la prévention hors hôpital (alimentation, produits transformés, couverture universelle) est plus faible que chez les voisins riches. La couverture maladie y était de 92 % en 2023, contre 100 % en France, au Royaume-Uni et en Allemagne. Huit adultes sur cent restent hors du filet. Cela retarde les dépistages et le suivi d’une tension ou d’un glucose qui dérapent.
Les États-Unis ne sont pas « le monde ». Les maladies non transmissibles ont tué au moins 43 millions de personnes en 2021, soit 75 % des décès hors pandémie. Dix-huit millions de ces morts sont survenues avant 70 ans, et 82 % de ces morts précoces dans des pays à revenu faible ou intermédiaire. Les maladies cardiovasculaires pesaient pour au moins 19 millions de décès, les cancers pour 10 millions. Le défi américain est donc une version riche d’un problème mondial, pas une exception isolée.
Pour un lecteur en France, ces écarts ne sont pas une assurance. L’obésité et le diabète progressent aussi en Europe. Ils rappellent surtout que le modèle alimentaire, la marche quotidienne et l’accès aux soins primaires ne sont pas des détails de confort. Là où ces leviers faiblissent, les courbes américaines montrent ce qui arrive.
Quel poids pour le système de santé américain ?
Les maladies chroniques sont, du côté des CDC, le premier moteur des 5 300 milliards de dollars de dépenses de santé des États-Unis en 2024. Cœur, cancer et diabète y figurent à la fois comme causes majeures de mort et comme postes lourds pour l’assurance, les hôpitaux et les ménages.
La multimorbidité coûte plus cher qu’une maladie isolée, parce qu’elle multiplie les rendez-vous, les médicaments et les hospitalisations évitables. Chez les 65 ans et plus, 78,8 % avaient au moins deux affections en 2023. Le système américain absorbe surtout le suivi de personnes qui vivent longtemps avec plusieurs diagnostics.
Aucun de ces montants ne se traduit tel quel en France. Les tarifs, l’assurance maladie et le panier de soins diffèrent. Le mécanisme, lui, se ressemble. Plus une population accumule tôt obésité, tension et glucose élevé, plus les dépenses de demain sont déjà engagées.
Que faire au quotidien pour limiter le risque ?
Aucun geste de cuisine ne « guérit » une maladie chronique déjà là. Plusieurs habitudes, maintenues, peuvent réduire le risque d’apparition ou de complication. Les CDC demandent, pour les adultes capables de le faire, au moins 150 minutes d’activité d’intensité modérée par semaine, plus deux jours de renforcement musculaire. C’est une cible américaine. En France, le médecin traitant ou le masseur-kinésithérapeute adapte la dose à l’âge, aux articulations et aux maladies déjà présentes.
L’assiette compte autant que les baskets. Le constat américain (un adulte sur dix seulement dans les quantités recommandées de fruits et légumes) vaut comme avertissement, pas comme menu. Une alimentation centrée sur les végétaux, les céréales complètes, les légumineuses et les matières grasses de qualité, avec moins de produits ultra-transformés, est le cadre que les CDC décrivent pour limiter obésité, diabète et maladies du cœur.
Le tabac n’a pas de dose sûre dans ce dossier. Plus de 480 000 morts par an aux États-Unis suffisent à classer l’arrêt comme prioritaire, y compris après soixante ans. L’alcool se discute au cas par cas. L’usage nocif aggrave tension, foie, cancers et santé mentale. Les seuils chiffrés relèvent des repères du pays où l’on se soigne, pas d’un copier-coller américain.
Quatre appuis concrets, à travailler avec un professionnel plutôt qu’en solo.
- Faire mesurer tension, glucose et bilan lipidique, même en l’absence de symptômes.
- Demander une aide à l’arrêt du tabac plutôt que de compter sur la seule volonté.
- Inscrire 150 minutes de marche soutenue dans la semaine si le corps le permet.
- Remettre fruits, légumes et plats peu transformés au centre des courses, pas en décoration.
Ces pistes n’annulent pas une prédisposition familiale ni un quartier sans commerce alimentaire correct. Elles donnent une prise là où il en reste une.
Comment soigner plusieurs maladies chroniques à la fois ?
Dès que deux maladies de longue durée coexistent, le guide britannique NICE NG56 demande de soigner la personne, pas la juxtaposition des recommandations de chaque maladie. La multimorbidité, dans ce texte, recouvre au moins deux affections durables, y compris un trouble psychique associé à une maladie physique, une douleur chronique ou une fragilité. L’objectif affiché est de réduire la charge de traitement, les effets indésirables et les hospitalisations non prévues.
Cette charge, les patients la connaissent sans la nommer. Plusieurs comprimés, des rendez-vous qui se chevauchent, des régimes qui se contredisent, une peur des interactions. Le NICE invite à clarifier ce qui compte pour la personne (rester autonome, éviter un AVC, diminuer les chutes, travailler encore) avant d’ajouter un énième médicament « parce que la fiche de la maladie le dit ».
La revue Cochrane de 2021, portant sur des essais en soins primaires, calme les attentes. Réorganiser le suivi (gestion de cas, équipe élargie, éducation du patient) donne des résultats mêlés sur les critères cliniques, l’usage des soins et les coûts. Les interventions visant la dépression associée améliorent davantage la santé mentale. Autrement dit, un programme « tout en un » ne remplace pas le traitement ciblé d’un facteur qui pourrit le quotidien.
En France, c’est le médecin traitant, parfois avec le pharmacien et l’équipe d’éducation thérapeutique, qui applique les recommandations locales. Le texte NICE n’a pas force de règle ici. Il sert de boussole. Quand les ordonnances s’empilent, demander qui coordonne, ce que l’on peut arrêter, et comment on suit l’humeur, n’est pas un luxe.
Maladie chronique, quels signes imposent une consultation ?
Une maladie chronique se suit au long cours, mais certains symptômes ne « relèvent » pas du prochain rendez-vous de routine. Douleur ou gêne au centre ou à gauche de la poitrine, qui dure ou qui revient, irradiant vers un bras, la mâchoire, le cou ou le dos, avec essoufflement, sueur froide ou malaise, c’est le tableau d’infarctus décrit par les CDC. Il faut appeler le 15 ou le 112, pas prendre sa voiture.
L’accident vasculaire cérébral a sa propre urgence. Faiblesse ou engourdissement brutal d’un côté du visage ou d’un bras, parole brouillée, trouble visuel soudain, perte d’équilibre. Les CDC rappellent de noter l’heure de début, parce que ce délai oriente le traitement. Là encore, le 15 ou le 112, pas un proche au volant.
| Situation | Conduite à tenir |
|---|---|
| Douleur thoracique, essoufflement, sueur froide, malaise | Appeler le 15 ou le 112 sans délai |
| Faiblesse d’un côté, parole étrange, vision ou équilibre brutalisés | Appeler le 15 ou le 112, noter l’heure de début |
| Tension, glucose ou symptômes habituels qui s’aggravent | Joindre le médecin traitant dans la journée |
Entre deux urgences, le suivi banal sauve des années. Tension, glucose, cholestérol, tabac, poids. La définition américaine de l’hypertension (130/80 mmHg ou un traitement) n’est pas un seuil français. Votre médecin appliquera la recommandation locale. Le geste, lui, est le même. Se faire mesurer la tension, y compris hors cabinet si le diagnostic est en discussion, plutôt que de deviner.
Pourquoi les jeunes adultes américains vont-ils moins bien ?
Parce que l’obésité et la dépression y progressent, et que cela suffit à faire monter toute la courbe. Entre 2013 et 2023, la part des 18-34 ans avec au moins une des douze affections est passée de 52,5 % à 59,5 %, soit 5,2 millions de personnes de plus. La multimorbidité a suivi, de 21,8 % à 27,1 %. L’obésité y atteint 27,3 %, la dépression 25,0 %.
Ce n’est plus un problème de « plus tard ». Une génération qui entre dans la vie active avec un excès de poids, un cholestérol déjà élevé (16,3 %) et une dépression sur quatre arrive à 50 ans avec une longueur d’avance sur l’hypertension, le diabète et les maladies du cœur. Attendre 65 ans pour prévenir, pour cette cohorte, arrive trop tard.
Huit adultes américains sur cent n’avaient pas d’assurance maladie en 2023, contre une couverture complète en France. Moins de suivi, moins de dépistage, plus de maladies qui s’installent sans bruit. La dépression, de son côté, n’est pas un à-côté. Dans la revue Cochrane, les programmes de multimorbidité qui la ciblent sont ceux qui bougent vraiment un résultat. L’humeur n’est pas un luxe une fois le corps malade. C’est un levier clinique.
Rien n’interdit à un lecteur français de 30 ans de se reconnaître dans cette photographie s’il fume, s’il ne bouge plus, si sa tension n’a jamais été prise ou s’il glisse vers un surpoids. Les pourcentages américains ne sont pas les pourcentages français. Les mécanismes, si.
Questions fréquentes
Qu’est-ce qu’une maladie chronique ?
C’est une affection qui dure un an ou plus et qui demande des soins réguliers, limite la vie quotidienne, ou les deux, selon les CDC. Hypertension, diabète, obésité, cancer, asthme, dépression ou maladie du cœur entrent dans cette famille. La Cleveland Clinic ajoute qu’il s’agit souvent d’une maladie installée pour longtemps, que l’on soigne plus qu’on ne l’efface.
Une maladie chronique se guérit-elle ?
Le plus souvent, non. Quelques infections longues ou certains cancers détectés tôt peuvent guérir, mais la plupart des maladies chroniques se gèrent. L’objectif réaliste est de ralentir l’évolution, de réduire les symptômes et de garder une vie possible, pas de promettre une disparition.
Que signifie multimorbidité ?
Avoir au moins deux maladies de longue durée en même temps. Le NICE y inclut aussi un trouble psychique associé à une maladie physique, une douleur chronique ou une fragilité. Aux États-Unis, 51,4 % des adultes étaient dans ce cas en 2023 d’après l’enquête à douze affections.
Ces chiffres concernent-ils aussi les lecteurs en France ?
Ils décrivent les États-Unis, pas la France. L’obésité y était estimée à 42 % contre 10 % en France, et le diabète à 10,7 % contre 5,3 %, dans la comparaison de 2025. Les mêmes leviers (tabac, alimentation, activité, tension, glucose) comptent ici, avec des seuils et des organisations de soins que votre médecin appliquera localement.
L’arrêt du tabac réduit-il vraiment les risques ?
Oui. Le tabac cause plus de 480 000 morts par an aux États-Unis et laisse plus de 16 millions de personnes avec une maladie liée au tabagisme. Cœur, vaisseaux, poumons, cancers, diabète. L’arrêt reste l’un des leviers les plus solides, à tout âge, sans garantir à lui seul l’absence de maladie.
Faut-il mesurer sa tension même sans symptômes ?
Oui. Près de 48,1 % des adultes américains répondent à la définition américaine (130/80 mmHg ou un traitement), et seulement 22,5 % ont une tension contrôlée. L’hypertension se tait longtemps. Le seuil français peut différer. Le geste, lui, est de se faire prendre la tension par un professionnel.
Conclusion
La photographie américaine n’est plus celle d’une maladie de retraités. Trois adultes sur quatre vivent avec au moins une affection chronique, la moitié avec plusieurs, et les 18-34 ans sont la tranche qui se dégrade le plus vite, sous l’effet de l’obésité et de la dépression. Les listes courtes qui donnaient « un adulte sur deux » n’étaient pas fausses. Elles ne comptaient tout simplement pas ce qui, aujourd’hui, pèse le plus tôt dans la vie.
Si vous lisez ceci en France, le chiffre utile n’est pas le 76,4 % d’outre-Atlantique. C’est votre tension, votre glucose, votre poids, votre tabac et le nombre de minutes où vous bougez vraiment. Un bilan avec le médecin traitant, sans attendre un symptôme, permet de savoir où vous vous situez, avec les seuils français, pas avec les 130/80 mmHg américains.
Gardez le 15 et le 112 pour la douleur thoracique, l’essoufflement brutal, le malaise, ou un visage, un bras ou une parole qui basculent d’un coup. Pour le reste, la maladie chronique se gagne rarement en une bataille. Elle se perd, ou s’apaise, par une succession de mesures banales, répétées, et coordonnées par quelqu’un qui voit l’ensemble de vos ordonnances plutôt que chaque maladie à part.
Sources
- CDC : About Chronic Diseases. Centers for Disease Control and Prevention, 14 mai 2026.
- Watson KB, Wiltz JL et al. : Trends in Multiple Chronic Conditions Among US Adults, By Life Stage, Behavioral Risk Factor Surveillance System, 2013–2023. Preventing Chronic Disease, 17 avril 2025.
- WHO : Noncommunicable diseases. World Health Organization, 25 septembre 2025.
- What Is a Chronic Illness? How To Cope. Cleveland Clinic, 27 octobre 2025.
- NICE : Multimorbidity: clinical assessment and management. National Institute for Health and Care Excellence, 21 septembre 2016.
- Smith SM, Wallace E et al. : Interventions for improving outcomes in patients with multimorbidity in primary care and community settings. Cochrane Database of Systematic Reviews, 15 janvier 2021.
- Papanicolas I, Sawaya T et al. : Comparing US prevention efforts to other high-income countries. The Lancet Public Health, novembre 2025.
- CDC : High Blood Pressure Facts. Centers for Disease Control and Prevention, 2 juin 2026.
- CDC : National Diabetes Statistics Report. Centers for Disease Control and Prevention, 16 septembre 2026.
- CDC : Living with a Chronic Condition. Centers for Disease Control and Prevention, 14 mai 2026.
- CDC : About Heart Attack Symptoms, Risk, and Recovery. Centers for Disease Control and Prevention, 24 octobre 2024.
- CDC : Signs and Symptoms of Stroke. Centers for Disease Control and Prevention, 19 mai 2026.
