
La testostérone n’est pas un médicament du diabète de type 2. Les recommandations de l’Endocrine Society déconseillent de la prescrire dans le seul but d’améliorer le contrôle glycémique ; elle peut en revanche être discutée si un hypogonadisme symptomatique est confirmé par deux dosages matinaux.
Dans la sous-étude diabète de l’essai TRAVERSE, parue en 2024, le gel n’a pas réduit le passage du prédiabète au diabète et n’a pas fait baisser l’HbA1c chez les hommes déjà diabétiques, malgré un déficit hormonal documenté.
Environ un homme sur trois atteint de diabète de type 2 a un taux bas, selon la même société savante. Un essai de 24 semaines a observé une hausse de 32 % de la sensibilité à l’insuline sans baisse de l’HbA1c. En février 2025, la FDA a retiré l’encadré d’alerte cardiovasculaire des produits à base de testostérone, tout en imposant un avertissement sur la pression artérielle.
Un taux bas est-il fréquent chez l’homme diabétique ?
Oui, un taux bas de testostérone est fréquent chez l’homme qui vit avec un diabète de type 2, surtout en cas de surcharge pondérale. La recommandation de l’Endocrine Society, publiée en 2018, estime qu’environ un tiers de ces hommes ont une concentration basse, et que la testostérone totale y est en moyenne inférieure de 86 ng/dL (environ 3,0 nmol/L) à celle des témoins.
Ce chiffre décrit une association, pas une cause unique. L’obésité centrale, l’insulinorésistance et la baisse de la SHBG (globuline de liaison des hormones sexuelles) abaissent souvent la testostérone totale mesurée, alors que la fraction libre reste parfois dans la norme. Un taux isolé ne suffit donc pas à poser le diagnostic d’hypogonadisme.
Le diabète de type 2 mal contrôlé et l’obésité figurent, sur la page Cleveland Clinic mise à jour en 2026, parmi les facteurs qui rendent un déficit plus probable. Le tableau le plus courant est un hypogonadisme secondaire, dit aussi hypogonadotrope : les testicules reçoivent un signal insuffisant depuis l’hypothalamus et l’hypophyse, sans lésion testiculaire évidente.
Le lien va dans les deux sens. Un excès de graisse viscérale favorise l’aromatisation des androgènes en œstrogènes et l’inflammation, ce qui peut freiner l’axe hormonal. Un déficit confirmé s’accompagne souvent d’une masse grasse plus élevée et d’une masse musculaire relative plus basse. Distinguer un simple taux bas d’un hypogonadisme clinique reste la première étape, avant toute discussion de substitution.

Quels symptômes justifient un dosage ?
Le dosage se discute surtout devant des signes sexuels évocateurs, pas de façon automatique chez tout homme diabétique. L’Endocrine Society demande des symptômes ou signes compatibles avec un déficit, plus deux concentrations basses, mesurées le matin à jeun. Les signes les plus spécifiques restent la baisse de libido, la raréfaction des érections matinales et la difficulté à obtenir ou à maintenir une érection.
D’autres indices existent, moins spécifiques. Fatigue, humeur maussade, perte de force, diminution de la pilosité, gynécomastie ou anémie inexpliquée peuvent accompagner un déficit, mais ils ont beaucoup d’autres causes chez un homme diabétique. Les symptômes sexuels restent les plus parlants, selon la Cleveland Clinic, et l’âge seul n’établit pas le diagnostic.
Le prélèvement se situe entre 8 h et 10 h, souvent sur plus d’un jour, parce que le taux est plus haut le matin et varie d’un jour à l’autre, précise la page Mayo Clinic de 2024. Une maladie aiguë, un mauvais sommeil ou certains médicaments (opioïdes, glucocorticoïdes) abaissent temporairement le résultat. Un second dosage évite de traiter un creux passager.
Les pratiques ne sont pas identiques partout. Le guide américain d’urologie (AUA, 2018) propose de doser la testostérone totale chez un homme diabétique même sans symptôme, parce que le déficit y est fréquent. L’Endocrine Society, la même année, déconseille le dépistage de masse dans la population générale et n’ouvre le traitement qu’en présence de signes. En France, le médecin traitant ou l’endocrinologue applique la conduite locale, plutôt qu’un seuil unique repris d’un laboratoire étranger.
Si la testostérone totale est à la limite basse, ou si la SHBG est probablement anormale (obésité, diabète, hypo- ou hyperthyroïdie), un dosage de testostérone libre par dialyse d’équilibre, ou un calcul fiable, aide à interpréter le résultat. Un taux de LH et de FSH, plus une prolactine, permet ensuite de séparer une origine testiculaire d’une origine hypophysaire.
La testostérone fait-elle baisser l’HbA1c ?
Non, pas de façon assez constante pour en faire un outil de contrôle du diabète. La recommandation 2.6 de l’Endocrine Society (2018) est explicite : chez l’homme diabétique de type 2 qui a un taux bas, il ne faut pas prescrire la testostérone dans le but d’améliorer le contrôle glycémique. Le guide AUA de 2018 juge lui aussi les données insuffisantes pour affirmer un bénéfice sur les mesures du diabète.
Un essai américain de 24 semaines, dirigé par Sandeep Dhindsa et Paresh Dandona et paru dans Diabetes Care en 2016, a pourtant nourri beaucoup d’espoir. Parmi 94 hommes diabétiques, 44 avaient un hypogonadisme hypogonadotrope. Ceux-ci ont reçu 250 mg de cipionate de testostérone en intramusculaire toutes les deux semaines, ou un placebo. La sensibilité à l’insuline, mesurée par clamp euglycémique hyperinsulinémique, a augmenté de 32 % sous hormone, sans changement sous placebo.
Le poids total n’a presque pas bougé. La masse grasse sous-cutanée a diminué de 3,3 kg et la masse maigre a augmenté de 3,4 kg. La graisse viscérale et la graisse hépatique n’ont pas changé. La glycémie à jeun a baissé dans le groupe traité (de 126 à 115 mg/dL, soit environ 7,0 à 6,4 mmol/L), avec une différence moyenne de −26,4 mg/dL par rapport au placebo. L’HbA1c, elle, n’a pas diminué. Les auteurs eux-mêmes jugeaient la durée trop courte, et le taux de départ déjà proche de 7 %.
Cette étude ne posait pas le diagnostic comme le font les guides : les symptômes n’étaient pas exigés. Vingt hommes ont terminé le bras testostérone, quatorze le bras placebo. Un gain de sensibilité à l’insuline sur six mois, dans un petit échantillon, ne remplace pas un critère clinique comme l’HbA1c sur plusieurs années.
Ce que montrent les essais T4DM et TRAVERSE
Deux essais beaucoup plus grands ont précisé le tableau, et ils ne disent pas la même chose selon la population. T4DM, publié en 2021 dans The Lancet Diabetes & Endocrinology par Gary Wittert et ses collègues, a tiré au sort 1 007 hommes de 50 à 74 ans, tour de taille d’au moins 95 cm, testostérone ≤ 14,0 nmol/L, sans hypogonadisme pathologique, avec intolérance au glucose ou diabète de type 2 tout juste découvert. Tous suivaient un accompagnement diététique et d’activité physique. La moitié recevait 1 000 mg d’undécanoate de testostérone en intramusculaire à 0 et 6 semaines, puis tous les trois mois pendant deux ans.
À deux ans, une glycémie à 2 heures ≥ 11,1 mmol/L était observée chez 12 % des hommes sous hormone (55 sur 443) contre 21 % sous placebo (87 sur 413), soit un risque relatif de 0,59. La glycémie à 2 heures baissait de 0,75 mmol/L de plus sous testostérone. L’effet ne dépendait pas du taux de départ. Les critères principaux restaient l’épreuve d’HGPO, pas l’HbA1c. Un déclencheur de sécurité pour un hématocrite supérieur à 54 % a concerné 22 % des hommes traités contre 1 % sous placebo.
TRAVERSE a répondu à une autre question. Publié en 2023 dans le New England Journal of Medicine, cet essai de non-infériorité a inclus 5 246 hommes de 45 à 80 ans, avec symptômes d’hypogonadisme, deux taux à jeun inférieurs à 300 ng/dL (10,4 nmol/L) et un risque cardiovasculaire élevé. Le gel 1,62 % n’a pas augmenté les événements cardiaques majeurs : 7,0 % contre 7,3 % (rapport de risques 0,96). La fibrillation atriale, l’insuffisance rénale aiguë et l’embolie pulmonaire étaient plus fréquentes sous hormone.
La sous-étude diabète de TRAVERSE, dirigée par Shalender Bhasin et parue en février 2024, a suivi 1 175 hommes prédiabétiques et 3 880 déjà diabétiques. Le gel n’a pas réduit le passage au diabète (10,1 % contre 14,6 % à 24 mois, test global non significatif). Il n’a pas amélioré la glycémie ni l’HbA1c, ni favorisé une rémission chez ceux qui avaient déjà un diabète. Les auteurs concluent que la substitution seule ne doit pas servir à prévenir ou à traiter le diabète.
| Objectif visé | Place de la testostérone | Base |
|---|---|---|
| Baisser l’HbA1c | Non recommandée comme moyen | Endocrine Society, 2018 |
| Prévenir le diabète chez l’homme déjà hypogonadique | Pas d’effet démontré sans mesures hygiéno-diététiques | TRAVERSE diabète, 2024 |
| Réduire le diabète à l’HGPO chez l’homme à risque, avec un accompagnement pondéral | Signal favorable à 2 ans sur l’épreuve orale | T4DM, 2021 |
| Soulager un hypogonadisme confirmé | Peut être discutée au cas par cas | Endocrine Society, 2018 |
| Hématocrite ≥ 54 % sous traitement | Adapter la dose, parfois saignée | Merck Manuals, 2025 |
T4DM recrutait des hommes à la limite haute du « bas », souvent sans déficit classique, et ajoutait un programme de perte de poids. TRAVERSE recrutait un hypogonadisme plus strict, sans ce programme, chez des hommes plus souvent déjà diabétiques. Les deux essais se complètent : un effet possible sur la glycémie à l’HGPO n’équivaut pas à un bénéfice d’HbA1c dans la vie réelle.
Composition corporelle et sensibilité à l’insuline
La testostérone peut modifier la répartition entre muscle et graisse, ce qui explique une partie des résultats de laboratoire. Dans l’essai de Buffalo, la masse maigre a gagné 3,4 kg et la graisse sous-cutanée a perdu 3,3 kg en 24 semaines, sans perte de poids global. L’expression de gènes de la signalisation insulinique (IR-β, IRS-1, AKT-2, GLUT4) dans le tissu adipeux, plus basse au départ chez les hommes déficitaires, a augmenté sous traitement. Les acides gras libres, la CRP, l’interleukine-1β, le TNF-α et la leptine ont baissé.
Ces mécanismes restent plausibles. Plus de muscle et moins de graisse sous-cutanée peuvent améliorer l’absorption du glucose. Une baisse des acides gras libres réduit un frein connu de la signalisation de l’insuline. Cela n’implique pas que l’HbA1c suive, surtout si le régime, l’activité et les médicaments du diabète restent inchangés.
T4DM a observé, en plus du critère d’HGPO, une baisse de graisse totale d’environ 2,7 kg, une hausse de masse musculaire d’environ 1,7 kg et un tour de taille moindre de 2,1 cm par rapport au placebo. Ces chiffres vont dans le même sens que l’essai de clamp, sur une durée plus longue et un effectif plus large. Ils restent des critères intermédiaires.
La graisse viscérale, souvent incriminée dans l’insulinorésistance du diabète de type 2, n’a pas diminué de façon nette dans l’essai de Buffalo. Si le bénéfice métabolique passe surtout par le muscle et la graisse sous-cutanée, on comprend qu’il soit visible au clamp et discret sur l’HbA1c. Pour le lecteur, le message utile est simple : un meilleur rapport muscle-graisse n’autorise pas à réduire seul un antidiabétique.
Quand le traitement est indiqué
Le traitement se discute pour corriger les symptômes d’un déficit confirmé, pas pour « soigner le sucre ». L’Endocrine Society recommande la substitution chez l’homme hypogonadique afin de rétablir les caractères sexuels secondaires et d’atténuer les symptômes, après un échange sur les bénéfices, les risques et le suivi. Chez l’homme de 65 ans ou plus, elle déconseille une prescription de routine sur le seul chiffre, et propose une décision individuelle si les signes sont clairs.
Les bénéfices attendus, lorsqu’ils surviennent, portent surtout sur la libido, parfois sur les érections, la masse musculaire et la densité osseuse. La Cleveland Clinic mentionne aussi l’énergie et l’humeur, sans garantir un résultat. L’AUA fixe un objectif de taux dans le tiers moyen de la normale, souvent autour de 450 à 600 ng/dL (environ 15,6 à 20,8 nmol/L), et suggère d’arrêter après trois à six mois si les symptômes ne bougent pas alors que le taux s’est normalisé.
Un désir d’enfant proche contre-indique la substitution exogène. L’hormone apportée de l’extérieur freine LH et FSH, donc la spermatogenèse. La Mayo Clinic et le Merck Manual rappellent que la fertilité, en cas d’hypogonadisme secondaire, se discute plutôt avec des gonadotrophines, sous avis spécialisé. Le clomifène n’est pas une alternative à improviser : sa place, hors AMM dans de nombreux pays, se décide avec l’andrologue.
Le pharmacien et le médecin vous indiqueront les spécialités disponibles en France et les modalités de délivrance. Les noms commerciaux américains cités dans les pages Mayo ou Cleveland Clinic ne correspondent pas forcément aux présentations vendues ici. Une posologie d’essai ne se recopie pas. Le cipionate 250 mg toutes les deux semaines de l’étude de 2016, comme l’undécanoate 1 000 mg de T4DM, sont des protocoles de recherche, pas une ordonnance type.
Contre-indications et effets indésirables
Plusieurs situations interdisent de commencer, d’après l’Endocrine Society (2018) : cancer du sein ou de la prostate, nodule prostatique palpable, PSA supérieur à 4 ng/mL (ou supérieur à 3 ng/mL en cas de risque accru, sans avis urologique), hématocrite déjà élevé, apnée du sommeil obstructive grave non traitée, symptômes urinaires bas très gênants, insuffisance cardiaque non contrôlée, infarctus ou accident vasculaire cérébral dans les six derniers mois, thrombophilie, projet de fertilité proche.
Le Merck Manual, révision de 2025, ajoute l’érythrocytose, l’acné, la gynécomastie et la baisse du spermogramme parmi les effets possibles. Un hématocrite ≥ 54 % doit faire discuter une baisse de dose et, parfois, une saignée. La FDA, le 28 février 2025, a retiré des notices américaines l’encadré qui liait ces produits à un surrisque d’événements cardiovasculaires, après TRAVERSE. Elle a exigé, en parallèle, un avertissement sur la hausse de la pression artérielle, confirmée par des études ambulatoires de tous les produits de la classe.
TRAVERSE n’efface pas tout risque vasculaire. L’absence de surrisque d’infarctus, d’AVC ou de décès cardiaque n’annule pas l’excès observé d’embolie pulmonaire, de fibrillation atriale et d’insuffisance rénale aiguë. Un antécédent de thrombose veineuse, une fibrillation déjà connue ou une maladie rénale fragile pèsent dans la balance. Le médecin les met en regard du bénéfice sexuel ou osseux attendu.
Les signes qui doivent faire interrompre le traitement et consulter sans attendre sont concrets.
- Une douleur thoracique brutale, un essoufflement soudain ou un mollet douloureux et gonflé font craindre un caillot ou une embolie.
- Une faiblesse d’un côté du corps, un trouble de la parole ou une bouche déviée évoquent un accident vasculaire.
- Des mictions très difficiles, du sang dans les urines ou une hausse confirmée du PSA imposent un avis urologique.
- Des maux de tête, des bouffées congestives et une tension qui monte nettement peuvent traduire un excès de dose ou d’hématocrite.
Ces listes ne remplacent pas l’examen. Elles aident à ne pas banaliser un symptôme nouveau dans les premiers mois, période où le suivi est le plus serré.
Formes de traitement et suivi
Plusieurs formes existent ; le choix dépend de la préférence, du coût, du suivi possible et des effets propres à chaque voie. La Cleveland Clinic décrit des gels cutanés quotidiens, des injections intramusculaires chaque semaine ou toutes les deux semaines ou, pour certaines présentations longues, toutes les dix semaines environ, des implants sous-cutanés tous les trois à six mois, un gel nasal et des comprimés d’undécanoate réservés à certains déficits organiques. La Mayo Clinic insiste sur le risque de transfert du gel à un proche tant qu’il n’est pas sec, et sur l’irritation cutanée des dispositifs transdermiques.
Les formes orales anciennes alkylées exposaient le foie ; elles ne sont plus le standard. L’undécanoate oral absorbé par la lymphe, autorisé aux États-Unis pour certains déficits, n’est pas automatiquement disponible partout. Demandez à votre pharmacien ce qui est effectivement délivré en France, plutôt que de commander un produit étranger.
Le suivi n’est pas optionnel. Plusieurs prises de sang sont prévues la première année, puis un contrôle annuel, d’après la Mayo Clinic. L’Endocrine Society demande d’évaluer précocement la réponse, les effets indésirables et l’observance, de doser la testostérone et l’hématocrite, et de revoir le risque prostatique. Une hausse confirmée du PSA de plus de 1,4 ng/mL au-dessus du départ, un PSA qui dépasse 4,0 ng/mL ou une anomalie au toucher rectal pendant la première année justifient un avis urologique.
Le Merck Manual propose de mesurer hématocrite, PSA et testostérone chaque trimestre la première année, puis deux fois par an, et d’offrir un toucher rectal aux mêmes moments. Ces calendriers américains ne sont pas des obligations françaises : ils donnent un ordre de grandeur. Votre médecin adaptera le rythme aux spécialités locales, à votre âge et à vos antécédents prostatiques.
Perte de poids et autres leviers
Avant d’ouvrir une boîte d’ampoules, le mode de vie reste le levier le plus sûr pour le diabète et, souvent, pour le taux lui-même. La Cleveland Clinic place l’alimentation et l’activité physique en première ligne, pendant six à douze mois, sauf symptômes très gênants. Une perte de poids nette s’accompagne souvent d’une remontée de la testostérone chez l’homme obèse, parfois assez pour éviter une substitution.
Traiter une apnée du sommeil, réduire les opioïdes quand c’est possible, et équilibrer le diabète vont dans le même sens. Une hyperprolactinémie, une surcharge en fer ou un médicament qui freine l’axe méritent d’être cherchés avant d’attribuer le taux bas au seul « âge ». Ces causes, une fois corrigées, rendent parfois le traitement hormonal inutile.
Les compléments vendus pour « booster la testostérone » n’ont pas la place d’un médicament autorisé. La Cleveland Clinic déconseille de s’en remettre à ces produits. Ils n’ont pas démontré qu’ils reproduisent l’effet d’une hormone dosée, et certains mélanges non déclarés exposent à un vrai androgène caché.
Le traitement du diabète, lui, ne se discute pas à la place de l’hormone. Metformine, inhibiteurs de SGLT2, agonistes du GLP-1 et insuline restent les outils validés pour l’HbA1c, le poids et le risque cardiovasculaire ou rénal. Si une substitution est commencée, les doses de ces médicaments ne se touchent que sur prescription, après de nouveaux contrôles.
Testostérone et diabète : quand consulter
Prenez rendez-vous avec votre médecin traitant si une baisse de désir, des érections matinales plus rares ou une érection insuffisante s’installent, surtout si s’y ajoutent une fatigue inhabituelle ou une perte de force. Apportez la liste de vos médicaments et, si vous en avez, d’anciens résultats de testostérone, de PSA et de numération. Deux prélèvements matinaux à jeun, éventuellement complétés par la SHBG, la LH et la prolactine, suffisent souvent à décider de la suite.
Consultez plus vite, ou appelez le 15 ou le 112, en cas de douleur thoracique, d’essoufflement soudain, de mollet gonflé, de trouble de la parole ou de faiblesse d’un côté. Ces signes ne sont pas « normaux sous hormone ». Ils peuvent traduire un caillot, une embolie ou un accident vasculaire, complications rares mais décrites dans TRAVERSE pour l’embolie pulmonaire et la fibrillation.
Un PSA qui grimpe, un jet urinaire qui s’affaiblit nettement ou du sang dans les urines relèvent de l’urologue, pas d’une simple baisse de dose à la maison. De même, des céphalées, une rougeur du visage et une tension qui s’élève doivent faire contrôler l’hématocrite et la pression, conformément à l’avertissement ajouté par la FDA en 2025. Le médecin français appliquera les règles locales de suivi ; l’important est de ne pas rester seul avec un effet qui s’aggrave.
Questions fréquentes
Faut-il doser la testostérone chez tous les hommes diabétiques ?
Pas de façon automatique selon l’Endocrine Society, qui réserve le diagnostic aux hommes symptomatiques. L’AUA, aux États-Unis, propose néanmoins un dosage chez l’homme diabétique, même sans signe, parce que le déficit y est fréquent. En pratique française, la décision se prend avec le médecin, surtout s’il existe une baisse de libido, des troubles de l’érection ou une anémie inexpliquée.
Un seul dosage bas suffit-il pour commencer un traitement ?
Non. Il faut deux prélèvements matinaux à jeun, clairement bas, plus des symptômes compatibles. Un taux unique peut refléter une nuit courte, une infection ou un médicament. La Mayo Clinic recommande souvent de répéter le test un autre jour avant de conclure.
Peut-on encore concevoir un enfant sous traitement ?
La substitution exogène diminue en général la production de spermatozoïdes. Si un projet d’enfant est proche, l’Endocrine Society déconseille de commencer. Un avis d’andrologie permet d’envisager d’autres approches, notamment les gonadotrophines en cas d’hypogonadisme secondaire.
Le gel est-il préférable aux injections ?
Ni l’un ni l’autre n’est « le » meilleur pour tout le monde. Le gel évite les pics d’injection mais peut se transférer à un proche. Les injections sont moins fréquentes, avec des hauts et des bas entre les doses. Le choix se fait sur le suivi, le coût et votre mode de vie.
Combien de temps avant de sentir un effet sur la libido ?
Certains hommes décrivent un changement en quelques semaines, d’autres plus tard, d’autres aucun. L’AUA suggère de réévaluer à trois ou six mois : si le taux s’est normalisé sans soulagement, poursuivre n’a pas d’intérêt clair. Le diabète, les médicaments et l’atteinte des nerfs ou des vaisseaux pesent autant que l’hormone sur l’érection.
La testostérone remplace-t-elle les médicaments du diabète ?
Non. Ni T4DM ni TRAVERSE ni le guide de 2018 n’en font un substitut de la metformine, des analogues du GLP-1 ou de l’insuline. Même si la sensibilité à l’insuline s’améliore sur un clamp, l’HbA1c ne suit pas assez pour retirer un traitement antidiabétique sans avis médical.
Conclusion
Un taux bas de testostérone est courant chez l’homme diabétique de type 2, surtout en cas d’obésité. Cela ne transforme pas l’hormone en traitement du sucre : l’Endocrine Society l’écarte comme moyen de contrôle glycémique, et la sous-étude TRAVERSE de 2024 n’a pas montré de baisse d’HbA1c ni de frein au passage vers le diabète chez des hommes déjà hypogonadiques.
Un bénéfice reste possible sur la libido, la composition corporelle et, dans T4DM, sur la glycémie à l’HGPO quand un suivi diététique est déjà en place. Ce bénéfice se paie d’un hématocrite qui grimpe souvent, d’une pression artérielle à surveiller et d’un petit excès d’embolie pulmonaire ou de fibrillation. La décision n’est donc pas « pour ou contre le diabète », mais « pour ou contre des symptômes d’hypogonadisme, à quel prix ».
Si vous vous reconnaissez dans une baisse de désir ou d’érections matinales, demandez deux dosages matinaux à jeun et apportez vos résultats d’HbA1c, de numération et de PSA. Posez une question précise : le traitement vise-t-il mes symptômes, et comment surveiller hématocrite et tension les six premiers mois ? C’est ce cadre, plus qu’un espoir de faire baisser l’HbA1c, qui rend la discussion utile.
Sources
- Bhasin S, Brito JP et al. : Testosterone Therapy in Men With Hypogonadism: An Endocrine Society Clinical Practice Guideline. The Journal of Clinical Endocrinology & Metabolism, 1 mai 2018.
- Testosterone Therapy for Hypogonadism Guideline Resources. Endocrine Society, 19 mars 2018.
- Wittert G, Bracken K et al. : Testosterone treatment to prevent or revert type 2 diabetes in men enrolled in a lifestyle programme (T4DM): a randomised, double-blind, placebo-controlled, 2-year, phase 3b trial. The Lancet Diabetes & Endocrinology, 17 décembre 2020.
- Lincoff AM, Bhasin S et al. : Cardiovascular Safety of Testosterone-Replacement Therapy. New England Journal of Medicine, 13 juillet 2023.
- Bhasin S, Lincoff AM et al. : Effect of Testosterone on Progression From Prediabetes to Diabetes in Men With Hypogonadism: A Substudy of the TRAVERSE Randomized Clinical Trial. JAMA Internal Medicine, 5 février 2024.
- Dhindsa S, Ghanim H et al. : Insulin Resistance and Inflammation in Hypogonadotropic Hypogonadism and Their Reduction After Testosterone Replacement in Men With Type 2 Diabetes. Diabetes Care, janvier 2016.
- FDA issues class-wide labeling changes for testosterone products. U.S. Food and Drug Administration, 28 février 2025.
- Low Testosterone (Low T): Hypogonadism, Symptoms & Treatment. Cleveland Clinic, mis à jour le 23 février 2026.
- Male hypogonadism – Diagnosis and treatment. Mayo Clinic, 20 septembre 2024.
- Jimbo M : Male Hypogonadism. Merck Manual Professional Edition, février 2025.
- Mulhall JP, Trost LW et al. : Evaluation and Management of Testosterone Deficiency: AUA Guideline. The Journal of Urology, août 2018.
