
Les perfusions d’acide ascorbique à dose pharmacologique ne sont pas un traitement du cancer autorisé par la Food and Drug Administration (FDA) des États-Unis, et elles ne remplacent ni la chimiothérapie, ni la radiothérapie, ni l’immunothérapie. Les données humaines restent contradictoires, avec un signal de survie dans un petit essai randomisé sur le pancréas métastatique en 2024 et une absence de bénéfice dans un essai randomisé contre placebo dans le cancer de la prostate la même année.
L’idée d’une vitamine capable de sensibiliser les tumeurs à la chimio et à la radio a beaucoup circulé après une petite série de l’université de l’Iowa sur le glioblastome. Le résumé PDQ du National Cancer Institute (NCI), mis à jour le 13 mai 2025, rappelle pourtant que ces études sont souvent de petite taille, parfois sans bras de comparaison contemporain, et trop fragiles pour changer la pratique.
Aux États-Unis, l’apport alimentaire recommandé chez l’adulte est de 75 à 90 mg par jour selon la fiche professionnelle de l’Office of Dietary Supplements des NIH, actualisée le 31 juillet 2025. Les essais d’oncologie utilisent souvent 75 g par perfusion, plusieurs fois par semaine. Un déficit en glucose-6-phosphate déshydrogénase (G6PD), une maladie rénale ou une tendance aux calculs figurent parmi les contre-indications à ces perfusions.
La vitamine C à haute dose soigne-t-elle le cancer ?
Non. Ni la FDA ni les résumés d’information du NCI ne présentent l’acide ascorbique injectable comme un traitement anticancéreux validé. La version grand public du PDQ, revue le 28 mai 2024, le précise, et la version destinée aux soignants a intégré en mai 2025 deux essais de phase II de 2024 aux conclusions opposées.
Des observations des années 1970, associées aux noms d’Ewan Cameron et de Linus Pauling, avaient suggéré un allongement de la survie chez des personnes en phase avancée. Deux essais randomisés contre placebo menés à la Mayo Clinic, cités par le NCI, ont ensuite testé 10 g par jour par la bouche, sans perfusion. Ils n’ont pas montré de différence sur les symptômes, l’état général ou la survie. Cette contradiction tient surtout à la voie d’administration, pas à un « oubli » de la vitamine dans l’assiette.
Depuis, des équipes ont repris l’hypothèse avec des perfusions capables d’atteindre des concentrations millimolaires. Quelques études pilotes ont rapporté une meilleure tolérance de la chimiothérapie ou des taux de contrôle comparés à des séries historiques. D’autres combinaisons n’ont montré aucun effet antitumoral. La Mayo Clinic, dans une note du 15 décembre 2023, résume la situation actuelle : rien n’indique que la vitamine à elle seule guérisse un cancer, et aucun grand essai contrôlé n’a encore démontré un effet substantiel.
Pour le lecteur britannique, une page de Cancer Research UK revue le 22 avril 2022 aboutit à la même lecture. Il n’existe pas de recherche de bonne qualité montrant que la vitamine aide la chimiothérapie à mieux agir ou à moins fatiguer. Les apports de référence ne sont pas les mêmes d’un pays à l’autre. En France, c’est l’oncologue ou le pharmacien hospitalier qui applique le cadre local, et qui juge si un essai clinique est la seule voie raisonnable.

Perfusion ou comprimés, pourquoi les concentrations diffèrent
Avaler des grammes de comprimés ne reproduit pas une perfusion de 75 g. L’absorption intestinale de l’acide ascorbique est saturable. D’après la fiche des NIH, environ 70 % à 90 % de la dose est absorbée entre 30 et 180 mg par jour, mais cette fraction tombe sous 50 % au-delà de 1 g. L’excédent non métabolisé part dans les urines.
La modélisation pharmacocinétique citée par les NIH indique qu’une prise orale de 1,25 g par jour ne porte le pic plasmatique qu’à environ 135 µmol/L. Même 3 g toutes les quatre heures ne dépasseraient guère 220 µmol/L. Le PDQ du NCI situe le plafond oral sous 300 µM. Par la veine, les mêmes documents rapportent des pics de l’ordre de 20 mM, soit 20 000 µmol/L, et jusqu’à 26 000 µmol/L dans certaines mesures. Au-delà de 500 mg en injection, la concentration sanguine s’écarte nettement de celle d’une dose orale identique.
Ces taux millimolaires se maintiennent plus de quatre heures après la perfusion, selon les études de phase I reprises par le NCI. Ce n’est donc pas une demi-vie très courte qui impose la voie veineuse. C’est le plafond oral, trop bas par rapport aux concentrations qui, en laboratoire, tuent certaines lignées tumorales.
Les protocoles d’essai visent souvent 1 à 1,5 g par kilogramme, ou une dose fixe de 75 g, deux ou trois fois par semaine, après un dépistage du déficit en G6PD et un contrôle de la fonction rénale. Hoffer et ses collègues, cités par le NCI, ont jugé 1,5 g/kg acceptable chez des volontaires et des patients sans lithiase, sans maladie rénale et sans déficit enzymatique. Ces schémas n’ont rien à voir avec un comprimé de 500 mg, ni avec l’apport alimentaire américain de 75 à 90 mg, ni avec les 40 mg par jour cités au Royaume-Uni par Cancer Research UK.
Un régime riche en fruits et légumes peut fournir plus de 200 mg par jour. Cela couvre les besoins nutritionnels et la synthèse du collagène, pas une stratégie antitumorale. Confondre l’assiette, le complément oral et la perfusion millimolaire est la principale source de malentendus autour de ce sujet.
Comment l’ascorbate pharmacologique agit dans la tumeur
À dose alimentaire, l’acide ascorbique se comporte surtout comme un antioxydant et comme cofacteur d’enzymes, notamment pour le collagène. À concentration pharmacologique, le même composé peut au contraire agir comme un pro-oxydant. Le NCI résume le mécanisme le plus étudié : l’autoxydation de l’ascorbate dans le liquide extracellulaire génère du peroxyde d’hydrogène.
Les cellules tumorales de certains modèles de poumon non à petites cellules et de glioblastome accumulent davantage de fer labile redox-actif, en lien avec un métabolisme mitochondrial altéré. En présence de ce fer, le peroxyde d’hydrogène alimente une chimie de type Fenton et des lésions d’ADN. Les cellules saines, mieux armées pour dégrader le peroxyde, y résistent davantage dans ces modèles. C’est l’hypothèse développée par Schoenfeld et ses collègues, reprise dans le PDQ. Un effet en boîte de Petri ne prédit pas un bénéfice clinique, et ces mécanismes ne sont pas interchangeables d’un organe à l’autre.
La même biologie impose des précautions. Si un cytotoxique tue en produisant des espèces réactives de l’oxygène, un antioxydant oral à forte dose pourrait, en théorie, l’atténuer. À l’inverse, l’ascorbate pharmacologique est étudié pour augmenter le stress oxydant tumoral. Les deux situations ne se valent pas, parce que les concentrations plasmatiques n’appartiennent pas au même ordre de grandeur. Les NIH demandent donc de parler à l’oncologue avant tout complément pendant une chimio ou une radiothérapie, surtout à dose élevée.
Le bortézomib illustre le risque d’interaction. Des expériences cellulaires et animales, citées par le NCI, montrent que l’acide ascorbique peut réduire l’effet inhibiteur du protéasome de ce médicament. Toute personne traitée pour un myélome ou un autre cancer par bortézomib doit signaler vitamine et perfusions à l’hématologue avant d’y toucher.
Ce que les essais récents montrent selon le cancer
Le tableau clinique n’est plus celui d’une seule petite série de glioblastome. Deux essais randomisés de 2024, désormais cités par le PDQ de mai 2025, tirent dans des directions opposées. Un essai de poumon de 2022 et un essai de glioblastome de 2024, tous deux à un seul bras, restent comparés à des contrôles historiques.
| Localisation | Schéma publié | Effectif évalué | Résultat principal | Limite majeure |
|---|---|---|---|---|
| Pancréas métastatique | 75 g IV 3 fois/semaine + gemcitabine et nab-paclitaxel (Bodeker, 2024) | 34 personnes traitées | Survie médiane 16 mois contre 8,3 mois | Petit essai, non masqué, arrêté à l’analyse intermédiaire |
| Prostate métastatique résistant à la castration | 1 g/kg IV 2 fois/semaine + docétaxel (Paller, 2024) | 47 personnes | Pas de gain de réponse PSA (41 % contre 33 %) | Arrêt pour futilité, population très prétraitée |
| Poumon non à petites cellules avancé | 75 g IV 2 fois/semaine + carboplatine-paclitaxel (Furqan, 2022) | 38 personnes | Réponse objective 34,2 % contre 20 % historique | Un seul bras, contrôle historique |
| Glioblastome | Ascorbate + radio-témozolomide (Petronek, 2024) | 55 personnes | Survie médiane 19,6 mois contre 14,6 mois historique | Un seul bras, pas de groupe contemporain |
Dans l’essai pancréatique PACMAN 2.1, 36 personnes ont été tirées au sort, 34 ont reçu le traitement assigné. L’ascorbate à 75 g trois fois par semaine, ajouté à la gemcitabine et au nab-paclitaxel, a donné une survie globale médiane de 16 mois contre 8,3 mois (rapport des risques 0,46 ; intervalle de confiance à 90 % 0,23–0,92). La survie sans progression est passée de 3,9 à 6,2 mois. Le taux de réponse objective était de 38 % contre 23 %. Les auteurs n’ont pas observé de surplus de toxicité ni de dégradation de la qualité de vie. L’essai, ouvert, a été arrêté à l’analyse intermédiaire. Trente-quatre personnes, ce n’est pas une preuve de pratique courante.
L’essai de prostate de Paller et ses collègues, publié en août 2024, est le premier randomisé, en double aveugle, contre placebo, sur cette question. Quarante-sept hommes atteints d’un cancer métastatique résistant à la castration recevaient du docétaxel 75 mg/m², avec soit 1 g/kg d’acide ascorbique, soit un placebo, deux fois par semaine. Quatre-vingt-neuf pour cent avaient déjà reçu au moins trois lignes. La réponse PSA de 50 % n’a pas différé de façon significative (41 % contre 33 %). La survie sans progression radiographique était de 10,1 contre 10,0 mois. L’étude a été suspendue pour futilité. Les auteurs concluent qu’il n’y a pas lieu d’utiliser ces perfusions en routine dans cette indication, hors essai.
Glioblastome et cancer du poumon, des signaux encore fragiles
La série de l’Iowa qui a popularisé le sujet était un essai de phase I. Treize personnes atteintes de glioblastome ont reçu radio-témozolomide plus perfusions dosées pour viser un pic de 20 mM. Onze ont été retenues pour la survie. La médiane observée était de 18,2 mois, la moyenne de 21,5 mois, contre 14 mois dans la série historique de Stupp. L’effectif interdit toute conclusion d’efficacité, ce que les auteurs écrivaient déjà. Transformer une médiane et une moyenne en fourchette de 18 à 22 mois contre 14 à 16 mois donnait une impression de précision que l’étude n’avait pas.
Petronek, Allen, Spitz et leurs collègues ont ensuite publié, le 17 janvier 2024, l’analyse d’un essai de phase II à un seul bras chez 55 personnes. La survie globale médiane était estimée à 19,6 mois (intervalle de confiance à 90 % 15,7–26,5), contre 14,6 mois dans un contrôle historique. Une cartographie T2 à l’IRM, marqueur indirect du fer tumoral, séparait deux groupes. Un T2 initial inférieur à 50 ms s’associait à une survie sans progression de 11,2 mois contre 5,7 mois. Sans bras contrôle contemporain, l’effet propre de l’ascorbate reste emmêlé avec la sélection des patients et l’évolution des soins de support.
Côté poumon, Furqan et l’équipe de l’Iowa ont testé 75 g deux fois par semaine avec carboplatine et paclitaxel chez 38 personnes naïves de chimio, atteintes d’un cancer non à petites cellules avancé sans altération moléculaire actionnable. L’objectif était de dépasser le taux de réponse historique de 20 %. Le taux observé a été de 34,2 %, exclusivement des réponses partielles confirmées. Le contrôle de la maladie a atteint 84,2 %. La survie sans progression médiane était de 5,7 mois, la survie globale de 12,8 mois. Un décès de grade 5 par fièvre neutropénique et cinq événements de grade 4, surtout hématologiques, ont été rapportés. Ici encore, le comparateur est historique.
Ces chiffres ne justifient pas d’interrompre une radio-chimiothérapie standard, ni d’ajouter des perfusions hors essai en espérant reproduire 19,6 mois de survie. Ils justifient de demander à l’oncologue s’il existe un essai randomisé ouvert, avec un bras contrôle, pour ce type de tumeur, dans un centre qui dépiste le G6PD et surveille le rein.
Compléments oraux de vitamine C pendant un cancer
Les comprimés n’atteignent pas les concentrations millimolaires des essais. Ils peuvent malgré tout poser problème. Les NIH rappellent que la sécurité des antioxydants pendant une chimio ou une radiothérapie reste débattue. Certaines données, souvent critiquées pour leur méthode, suggèrent une protection des cellules tumorales vis-à-vis d’agents alkylants ou de la doxorubicine. D’autres suggèrent une protection des tissus sains.
Mieux vaut, selon Cancer Research UK, ne pas prendre de compléments pendant un traitement anticancéreux sans en parler à l’équipe, et s’appuyer d’abord sur un régime équilibré. La fiche MedlinePlus, actualisée en 2025, fixe pour l’adulte un apport de 90 mg par jour chez l’homme et 75 mg chez la femme, plus 35 mg si la personne fume, et un plafond oral de 2 000 mg par jour. Au-delà, diarrhée, crampes et, plus rarement, calculs rénaux deviennent plausibles. Ces plafonds américains ne s’appliquent pas tels quels en France. Ils donnent un ordre de grandeur. Le pharmacien indiquera la référence locale.
Les essais de prévention par complément oral n’ont en général pas réduit l’incidence des cancers. Un régime riche en fruits et légumes reste associé à un moindre risque de certains cancers, sans que l’on puisse attribuer l’effet à la seule vitamine des aliments. Pendant un cancer, une carence vraie existe chez certaines personnes dénutries, fumeuses, ou après une chirurgie digestive étendue. Le scorbut reste rare mais possible. Le corriger relève d’un dosage biologique et d’une prescription, pas d’une automédication à plusieurs grammes.
Risques, contre-indications et interactions
Dans les essais, les perfusions ont souvent été bien tolérées, avec soif, polyurie, nausées transitoires, frissons, céphalées ou sécheresse de bouche. Ce profil plutôt bénin ne s’applique qu’après sélection. Le NCI et MedlinePlus dressent une liste plus grave dès que le terrain est défavorable.
| Terrain ou signe | Pourquoi c’est un obstacle | Conduite |
|---|---|---|
| Déficit en G6PD | Hémolyse parfois grave après forte dose | Ne pas perfuser ; dépister avant tout essai |
| Maladie rénale, dialyse, calculs oxaliques | Insuffisance rénale et lithiase oxalique décrites | Contre-indication fréquente dans les protocoles |
| Hémochromatose | L’ascorbate augmente l’absorption et l’usage du fer | Doses élevées déconseillées |
| Bortézomib | Baisse d’activité du médicament en laboratoire | Avis de l’hématologue avant toute prise |
| Urines porto, ictère, dyspnée après perfusion | Hémolyse possible | Appeler le 15 ou le 112 |
| Lecteur de glycémie au bout du doigt | Fausse hyperglycémie, risque d’insuline inadaptée | Glycémie de laboratoire, pas de bandelette |
Le déficit en G6PD, plus fréquent dans certaines familles d’origine méditerranéenne, africaine ou asiatique, n’est pas toujours connu. Des cas d’hémolyse après 30 g en perfusion ont été publiés chez des personnes dont le déficit n’avait pas été dépisté. Urines très foncées, jaunisse d’apparition brutale, essoufflement et malaise après une perfusion relèvent d’une urgence. En France, le 15 (SAMU) ou le 112 prennent ces tableaux.
La transformation d’une fraction d’ascorbate en oxalate explique les calculs et les néphropathies oxaliques, surtout si le débit de filtration glomérulaire est déjà bas. Les personnes ayant déjà fait des calculs, ou sous dialyse, n’ont rien à gagner d’un protocole veineux hors indication. Une surcharge hydrique liée au volume perfusé a aussi été rapportée. Elle tient parfois au soluté plus qu’à la molécule, mais elle compte chez une personne cardiaque.
Les lecteurs de glycémie par bandelette peuvent afficher des valeurs faussement hautes pendant des heures, parfois des jours. Une personne sous insuline risque alors un accident hypoglycémique si la dose suit l’écran du glucomètre. Dans l’essai pancréatique de Bodeker, les personnes qui se piquaient le doigt n’étaient incluses qu’avec l’accord du promoteur, précisément pour cette interférence.
Pour la voie orale, des interactions possibles avec certaines statines, les œstrogènes, les inhibiteurs de protéase et la warfarine figurent aussi dans les fiches des NIH et de la Mayo Clinic. Ces alertes suffisent à justifier d’apporter la liste complète des médicaments à l’oncologue et au pharmacien.
Quand en parler à l’oncologue
Le bon moment n’est pas après la première perfusion dans un cabinet non oncologique. C’est avant d’interrompre un traitement validé, avant d’ajouter un antioxydant à plusieurs grammes, et avant de payer un protocole hors essai. Le NCI propose des questions concrètes, que l’on peut poser telles quelles.
- Quels effets indésirables attendez-vous de ces perfusions dans ma situation, au-delà de la nausée transitoire ?
- Mon dossier comporte-t-il un dosage de G6PD, une créatinine récente et un historique de calculs ?
- Cette proposition fait-elle partie d’un essai enregistré, avec un bras contrôle, ou d’une pratique hors AMM ?
- Y a-t-il un risque que l’ascorbate atténue le bortézomib, le platine ou la radiothérapie que je reçois ?
- Comment surveiller la glycémie si je suis diabétique, sans me fier à une bandelette pendant et après la perfusion ?
Si l’équipe ne propose pas d’essai, la réponse honnête, au vu du PDQ de 2025 et de la note Mayo de 2023, est que l’efficacité antitumorale n’est pas établie en pratique courante. Un refus n’est pas un manque d’ouverture. C’est la lecture des essais négatifs, comme celui de la prostate, et des essais trop petits sur le pancréas, le poumon et le cerveau.
Les personnes déjà suivies pour un adénocarcinome pancréatique métastatique, un glioblastome ou un cancer bronchique non à petites cellules peuvent demander si un centre recrute encore sur un protocole d’ascorbate pharmacologique. Le pharmacien hospitalier et l’oncologue restent les interlocuteurs pour le cadre réglementaire français, que ce texte ne peut pas inventer.
Qualité de vie et effets indésirables des traitements
L’espoir le plus souvent vendu n’est pas la guérison, c’est une chimio moins dure. Le PDQ cite deux études dans lesquelles des perfusions s’accompagnaient d’une meilleure qualité de vie ou de moins de toxicités liées au cancer. Un essai pilote ovarien de Ma et ses collègues, avec carboplatine et paclitaxel, a rapporté moins d’effets indésirables dans le bras ascorbate. Ces signaux existent, et ils restent limités par la taille et le dessin des études.
L’essai de prostate de 2024, plus rigoureux, n’a pas montré de baisse des toxicités du docétaxel. Les scores de qualité de vie n’ont pas différé. Promettre une chimio plus légère grâce à des perfusions n’est donc pas étayé de façon homogène. Cancer Research UK souligne que de fortes doses, surtout orales, peuvent elles-mêmes provoquer des troubles digestifs et des calculs. Les nausées d’une perfusion trop rapide s’ajoutent parfois à celles de la chimio.
Si l’objectif est de mieux manger, de corriger une carence documentée ou de limiter les aphtes, le diététicien d’oncologie a des leviers validés. Pour la douleur, les nausées et la fatigue, les traitements de support ont un niveau de preuve sans commune mesure avec l’ascorbate. Les demander explicitement en consultation reste le geste le plus utile, que l’on envisage ou non un essai de perfusion.
Questions fréquentes
Peut-on prendre de la vitamine C pendant une chimiothérapie ?
Pas sans en parler à l’oncologue, surtout au-delà des apports alimentaires. Les NIH et la Mayo Clinic demandent cet avis parce qu’un complément antioxydant pourrait, en théorie, gêner certains cytotoxiques, tandis que les perfusions millimolaires sont précisément étudiées pour augmenter le stress oxydant tumoral. Un comprimé de 500 mg n’équivaut pas à 75 g en veine, mais il n’est pas sans effet pendant un protocole.
Les perfusions d’acide ascorbique sont-elles un traitement autorisé du cancer ?
Non. La FDA n’a pas autorisé cet usage, d’après le PDQ patient du NCI. En France, le cadre n’est pas le même qu’aux États-Unis, et ce texte ne substitue pas une AMM ou une recommandation de la HAS. Hors essai, une perfusion présentée comme anticancéreuse relève d’un usage non validé. L’oncologue et le pharmacien hospitalier indiquent ce qui est possible localement.
Quelle quantité devient trop élevée à avaler ?
Aux États-Unis, MedlinePlus et les NIH situent le plafond oral à 2 000 mg par jour chez l’adulte, au-delà duquel diarrhée et calculs deviennent plus plausibles. L’apport recommandé y est de 75 à 90 mg, et de 40 mg dans le chiffre britannique cité par Cancer Research UK. En France, demandez la référence en vigueur à votre pharmacien plutôt que de copier un chiffre américain.
Un déficit en G6PD contre-indique-t-il les perfusions ?
Oui. Le NCI s’appuie sur des cas d’hémolyse après de fortes doses. Les protocoles d’essai excluent ces personnes et dépistent l’enzyme avant randomisation. Ictère brutal, urines foncées et essoufflement après une perfusion imposent d’appeler le 15 ou le 112.
Les agrumes et les poivrons aident-ils à soigner une tumeur ?
Ils couvrent les besoins en vitamine et aident à l’absorption du fer non héminique. Les NIH lient surtout le bénéfice apparent des fruits et légumes à l’ensemble du régime, pas à un gramme isolé d’acide ascorbique. Aucun fruit n’atteint les concentrations millimolaires des essais. Continuer à en manger reste utile pour l’état nutritionnel, pas comme substitut d’un traitement oncologique.
Faut-il un essai clinique pour recevoir de l’ascorbate à dose pharmacologique ?
C’est la seule voie que les synthèses du NCI et de la Mayo Clinic jugent cohérente avec le niveau de preuve. Un essai randomisé, avec dépistage du G6PD et suivi rénal, n’est pas une contrainte administrative. C’est ce qui a permis de voir, en 2024, qu’un schéma aidait peut-être dans le pancréas métastatique et n’aidait pas dans la prostate résistante à la castration.
Conclusion
Le dossier a changé. Là où une petite série de glioblastome avait été lue comme la preuve qu’une vitamine rendait la chimio plus efficace, le PDQ du NCI de mai 2025 juxtapose un essai pancréatique randomisé positif mais minuscule et un essai prostatique randomisé négatif, arrêté pour futilité. Les survies de 19,6 mois dans le glioblastome et de 12,8 mois dans le poumon restent des comparaisons à l’histoire, pas à un bras contrôle tiré au sort la même année.
Si vous envisagez des perfusions, la question utile à poser à l’oncologue n’est pas de savoir si « ça marche en général ». C’est de savoir s’il existe, pour votre tumeur, un essai randomisé qui dépiste le G6PD, surveille le rein, et compare le schéma à la prise en charge standard. Hors ce cadre, les risques d’hémolyse, de calculs, d’interférence avec le bortézomib et de fausse glycémie pèsent plus lourd qu’un espoir calqué sur trente-quatre personnes.
Garder une alimentation variée, corriger une carence documentée, et ne pas interrompre un traitement validé pour un protocole non autorisé, c’est déjà une stratégie. Les 75 à 90 mg quotidiens des tables américaines, ou les 40 mg cités au Royaume-Uni, se trouvent dans l’assiette. Les 75 g des essais ne s’y trouvent pas, et n’ont pas à s’y trouver.
Sources
- Intravenous Vitamin C (PDQ®) – Health Professional Version. National Cancer Institute, 13 mai 2025.
- Intravenous Vitamin C. National Cancer Institute, 28 mai 2024.
- High-dose vitamin C: Can it kill cancer cells?. Mayo Clinic, 15 décembre 2023.
- Vitamin C – Health Professional Fact Sheet. National Institutes of Health Office of Dietary Supplements, 31 juillet 2025.
- Vitamins and diet supplements. Cancer Research UK, 22 avril 2022.
- Bodeker KL, Smith BJ, Berg DJ et al. : A randomized trial of pharmacological ascorbate, gemcitabine, and nab-paclitaxel for metastatic pancreatic cancer. Redox Biology, 2 octobre 2024.
- Paller CJ, Zahurak ML, Mandl A et al. : High-Dose Intravenous Vitamin C Combined with Docetaxel in Men with Metastatic Castration-Resistant Prostate Cancer: A Randomized Placebo-Controlled Phase II Trial. Cancer Research Communications, 1er août 2024.
- Furqan M, Abu-Hejleh T, Stephens LM et al. : Pharmacological ascorbate improves the response to platinum-based chemotherapy in advanced stage non-small cell lung cancer. Redox Biology, 20 avril 2022.
- Petronek MS, Monga V, Bodeker KL et al. : Magnetic Resonance Imaging of Iron Metabolism with T2* Mapping Predicts an Enhanced Clinical Response to Pharmacologic Ascorbate in Patients with GBM. Clinical Cancer Research, 17 janvier 2024.
- Vitamin C: MedlinePlus Medical Encyclopedia. MedlinePlus, 21 janvier 2025.
