
Le café n’aggrave pas, à lui seul, la maladie d’Alzheimer chez l’être humain. Chez une personne déjà malade, la caféine peut surtout déranger le sommeil, l’anxiété ou l’agitation de fin de journée, sans effet identique d’un patient à l’autre.
L’idée d’une aggravation générale vient surtout du travail de Baeta-Corral, Johansson et Giménez-Llort sur des souris 3xTg-AD exposées sept mois à 0,3 mg/ml de caféine dans l’eau, une dose que les auteurs jugent proche de 500 mg par jour chez l’humain, soit environ cinq tasses. Chez ces animaux, la peur de la nouveauté et les comportements d’anxiété ont augmenté, avec peu de gain sur l’apprentissage.
Chez l’adulte en bonne santé, l’Autorité européenne de sécurité des aliments (EFSA, 2015) et la Food and Drug Administration américaine (FDA, page du 28 août 2024) placent le seuil usuel à 400 mg de caféine par jour. Une méta-analyse de 2024, portant sur 38 cohortes et 751 824 personnes, relie 1 à 3 tasses de café par jour à un risque de démence plus bas, avec une certitude jugée faible. En établissement, supprimer la caféine après midi a amélioré le sommeil chez 21 résidents.
Le café aggrave-t-il vraiment les symptômes d’Alzheimer
Non, aucune étude humaine de bonne taille n’a montré que le café fait progresser la maladie d’Alzheimer comme le ferait un toxique. Ce qui est documenté, c’est un effet variable sur le sommeil et sur certains symptômes psychologiques et comportementaux, que les soignants francophones appellent souvent SPC.
Le travail de Baeta-Corral, Johansson et Giménez-Llort, paru le 15 février 2018 dans Frontiers in Pharmacology, a suivi des souris mâles 3xTg-AD et des souris de même âge sans transgène, de 6 à 13 mois. La caféine a modifié la plupart des mesures comportementales, surtout la néophobie, l’anxiété et la flexibilité. Les auteurs eux-mêmes parlent d’une exacerbation du profil de type SPC chez les souris Alzheimer, et d’un bénéfice cognitif limité, visible seulement après une analyse fine des stratégies de nage. Ce modèle aide à poser une question ; il ne décrit pas un patient.
Chez l’humain, le tableau est plus nuancé. Une revue systématique d’Ashfaq et de ses collègues, publiée le 20 mars 2025 dans Cureus, a retenu seulement quatre études humaines sur la progression. Les auteurs y voient plutôt un signal protecteur pour une consommation supérieure à 200 mg par jour, surtout en trouble cognitif léger. Ils rappellent aussi qu’il manque des essais cliniques pour fixer une dose.
L’Alzheimer’s Association américaine écrit qu’aucun aliment, boisson, ingrédient, vitamine ou complément n’a été prouvé capable de prévenir, traiter ou guérir la maladie d’Alzheimer. Garder ou réduire le café n’est donc pas un traitement. C’est un réglage du quotidien, à juger sur le sommeil, l’humeur et la tolérance individuelle.

Caféine, risque de démence et évolution de la maladie
Boire du café n’est pas une méthode validée pour empêcher une maladie d’Alzheimer. Les grandes cohortes montrent au mieux une association, souvent faible et parfois contradictoire selon que l’on parle de démence toutes causes ou de maladie d’Alzheimer au sens strict.
Li et ses collègues ont rassemblé, dans Food & Function en 2024, 38 cohortes, 13 017 cas de démence et 17 341 cas de maladie d’Alzheimer. Pour la démence, le risque relatif des plus forts consommateurs, comparé aux plus faibles, était de 0,84 pour le thé, 0,95 pour le café et 0,94 pour la caféine ; les deux derniers intervalles croisaient 1. Pour la maladie d’Alzheimer, le café donnait 1,01 (0,90–1,12) et la caféine 1,34 (1,04–1,74), cette dernière estimation reposant sur deux études et une certitude jugée très faible. La courbe café–démence n’était pas linéaire, et l’association favorable se situait entre 1 et 3 tasses par jour.
Ces chiffres ne disent pas « buvez trois tasses pour vous protéger ». Les personnes qui boivent du café diffèrent souvent par l’activité, le tabac, le niveau d’études ou les maladies cardiovasculaires. La certitude GRADE de cette méta-analyse est basse. Un lecteur français ne peut pas non plus transposer une « tasse » américaine à un expresso de bar.
Chez des patients déjà suivis pour un trouble cognitif léger ou une maladie d’Alzheimer, la cohorte française BALTAZAR, rapportée par Blum et ses collègues le 4 août 2024 dans Alzheimer’s & Dementia, a interrogé 263 personnes (147 troubles cognitifs légers, 116 maladies d’Alzheimer). La médiane de caféine était de 216 mg par jour. Après ajustement sur l’âge, le sexe, le niveau d’études, le tabac et l’allèle APOE ε4, une consommation inférieure ou égale à ce seuil s’associait à un profil plus souvent amnésique (rapport de cotes 2,49 ; intervalle 1,13 à 5,46). Les taux de peptide amyloïde Aβ1-42 dans le liquide céphalorachidien étaient un peu plus bas chez les petits consommateurs. En revanche, la conversion du trouble cognitif léger vers la maladie d’Alzheimer ne différait pas selon la classe de caféine (p = 0,94). Association n’est pas preuve d’un effet causal.
Comment la caféine agit sur le cerveau
La caféine bloque surtout les récepteurs de l’adénosine, un signal qui, en s’accumulant, favorise l’endormissement. En les occupant, elle augmente la vigilance et retarde le sentiment de fatigue. L’EFSA le décrit comme un stimulant du système nerveux central, utile à dose modérée, capable de réduire l’envie de dormir.
Cet éveil a un prix quand le cerveau est déjà fragile. Une dose unique de 100 mg, soit un peu plus qu’un expresso de 60 ml selon les chiffres de l’EFSA, peut modifier la durée et l’architecture du sommeil chez certains adultes, surtout près du coucher. Chez une personne âgée, l’élimination est souvent plus lente. La même tasse de 16 heures reste donc plus longtemps active qu’à 40 ans.
La Mayo Clinic (21 février 2025) rappelle que la caféine peut augmenter l’anxiété, les tremblements, les envies d’uriner et les palpitations. Ces effets, banals chez un adulte bien portant, se lisent autrement quand la personne a déjà des réveils nocturnes, une incontinence ou une inquiétude de fin de journée. Le bénéfice de vigilance du matin peut alors se payer en agitation le soir.
Le café n’est pas que de la caféine. D’autres composés existent, mais aucun n’a un statut de médicament contre la maladie d’Alzheimer. Les pages officielles ne leur attribuent pas non plus une dose, un schéma ou une indication. Ils restent des constituants d’un aliment, soumis aux mêmes limites de caféine dès lors que la tasse est caféinée. La page de l’Alzheimer’s Association sur les traitements alternatifs le dit sans détour. Un aliment n’a pas d’indication démontrée pour cette maladie. Attribuer au café un pouvoir « neuroprotecteur » garanti dépasse ce que les essais permettent d’affirmer.
Sommeil et caféine chez une personne atteinte d’Alzheimer
La caféine du soir est l’élément le plus clairement lié à un moins bon sommeil dans la démence. Ce n’est pas une preuve qu’elle accélère la maladie ; c’est une raison fréquente de nuits cassées.
Les troubles du sommeil touchent, selon l’introduction de l’essai de Pooter-Stijnman, Vrijkotte et Smalbrugge (1er octobre 2018, European Geriatric Medicine), 25 à 35 % des personnes atteintes de maladie d’Alzheimer. Dans cette étude pilote, 21 résidents d’une unité spécialisée ont progressivement perdu la caféine l’après-midi et le soir, tout en gardant le café du matin (environ 75 mg par tasse de 150 ml). Les scores de sommeil se sont améliorés (p = 0,015). L’apathie a diminué (p = 0,020). L’agitation, l’irritabilité et les comportements moteurs aberrants n’ont pas changé de façon significative.
Les auteurs de l’essai en établissement rappellent une observation pilote chez 29 résidents, où plus de caféine dans la journée, et surtout après 18 h, allait de pair avec davantage de levers nocturnes. Ces travaux restent de petite taille, sans tirage au sort robuste. Ils suffisent toutefois à justifier un essai de réduction, pas une interdiction générale.
L’Alzheimer’s Society britannique conseille de passer aux boissons sans caféine à partir du déjeuner, parce que l’effet stimulant dure plusieurs heures et que la caféine fait aussi uriner. Le guide NICE NG97 (20 juin 2018) propose, pour les troubles du sommeil liés à une démence, une approche personnalisée qui associe hygiène de sommeil, lumière du jour, activité physique et occupations adaptées. Réduire le café de l’après-midi entre dans cette hygiène ; ce n’est pas un somnifère de substitution.
Anxiété, apathie et symptômes psychologiques
La caféine n’élève pas tous les SPC d’un cran. Selon le moment et la personne, elle peut plutôt réduire l’apathie le jour et gêner le calme le soir.
Chez les 29 résidents de l’observation rappelée en 2018, davantage de caféine allait de pair avec moins d’apathie et moins de comportements moteurs aberrants, sans lien net avec l’agressivité, la dépression, l’anxiété ou l’irritabilité. L’intervention qui coupait la caféine après midi a elle aussi fait baisser l’apathie, sans toucher l’agitation. Les deux résultats ne se contredisent pas complètement. Une tasse le matin peut soutenir l’éveil, alors qu’une tasse à 17 h entretient l’insomnie, elle-même source de retrait le lendemain.
La FDA liste l’anxiété, les tremblements et les palpitations parmi les signes d’un excès. La Mayo Clinic ajoute que certaines personnes réagissent déjà à de petites quantités, surtout si elles ne boivent pas de café tous les jours. Dans une maladie d’Alzheimer, cette sensibilité se mélange à la peur, à la désorientation et à la douleur. On ne peut pas conclure, à partir de ce modèle animal, que « la caféine aggrave l’anxiété Alzheimer » chez tous les patients.
Le NICE demande, avant tout traitement d’une détresse, une évaluation structurée des causes, notamment la douleur, une infection, l’ennui, l’environnement et les médicaments. Le café arrive dans cette liste comme un facteur modifiable, pas comme le diagnostic. Noter l’heure des tasses pendant une semaine, à côté des moments d’angoisse, donne souvent plus d’information qu’un arrêt brutal.
Quelques points concrets aident à lire le comportement sans tout attribuer au café :
- Une apathie qui s’aggrave après un sevrage brutal peut être un simple manque de stimulant, le temps que le sommeil se réorganise.
- Une anxiété qui monte une heure après un expresso double oriente davantage vers la caféine que vers une « poussée » de la maladie.
- Des hurlements à 3 h du matin après un café à 18 h justifient d’abord un essai de décaféiné l’après-midi.
- Une agitation nouvelle avec fièvre ou douleur n’est pas une affaire de tasse, elle demande un avis médical.
Syndrome du coucher du soleil et café du soir
Le syndrome du coucher du soleil, parfois appelé sundowning, est une confusion et une agitation qui montent en fin d’après-midi. La caféine de l’après-midi peut l’entretenir, sans en être la cause unique.
La Mayo Clinic (26 mars 2024) le décrit comme un ensemble de symptômes, pas une maladie, avec confusion, anxiété, agressivité, refus des consignes ou déambulation. La fatigue, la faible lumière, un lieu inconnu, la faim, la soif, la douleur, une dépression ou une infection urinaire peuvent l’aggraver. Parmi les conseils figurent une routine prévisible, de la lumière le jour, moins de siestes, et la limitation de la caféine et du sucre aux heures du matin.
L’essai néerlandais de Pooter-Stijnman et de ses collègues avait précisément ciblé la fenêtre 15 h–23 h, celle du sundowning. Couper la caféine après midi n’a pas fait baisser l’agitation mesurée, mais a amélioré la nuit. Le bénéfice se joue donc souvent sur le lendemain, car une meilleure nuit réduit la fatigue, l’un des facteurs listés par la Mayo Clinic.
L’Alzheimer’s Society insiste sur le même créneau. À partir de midi, mieux vaut proposer de l’eau, du lait, un jus ou un café décaféiné. Elle rappelle aussi que l’alcool du soir, même s’il endort un moment, fragmente la nuit et multiplie les passages aux toilettes. Cumuler digestif et café après le dîner est donc une mauvaise combinaison pour une personne déjà perdue dans le temps.
Si la confusion de fin de journée apparaît en quelques heures, surtout avec une fièvre, une douleur ou une urine malodorante, le café n’est plus le premier suspect. La Mayo Clinic invite alors à parler au médecin, car une infection ou un effet indésirable de médicament peut mimer un sundowning.
Quelle quantité de caféine rester raisonnable
Pour un adulte en bonne santé, 400 mg de caféine par jour, répartis, ne soulèvent pas de problème de sécurité selon l’EFSA (2015) et restent le chiffre cité par la FDA (2024) et la Mayo Clinic (2025). Ce plafond n’est pas une cible à atteindre, et il n’a pas été établi pour la maladie d’Alzheimer.
Une dose unique jusqu’à 200 mg ne pose pas de problème de sécurité chez l’adulte sain, toujours selon l’EFSA. Cent milligrammes près du coucher suffisent déjà à déranger le sommeil de certaines personnes. Chez un patient âgé, plus sensible, le seuil utile est souvent plus bas que 400 mg. Le médecin ou le pharmacien appliquera la pratique locale ; les textes français de la HAS ne sont pas repris ici.
Les portions de l’EFSA aident à compter, tout en restant des ordres de grandeur, car le contenu réel dépend de la torréfaction, de la machine et du volume servi.
| Boisson (portion retenue par l’EFSA) | Caféine approximative |
|---|---|
| Café filtre (200 ml) | 90 mg |
| Expresso (60 ml) | 80 mg |
| Thé noir (220 ml) | 50 mg |
| Canette de cola (355 ml) | 40 mg |
| Boisson énergisante (250 ml) | 80 mg |
| Chocolat noir (50 g) | 25 mg |
Trois expressos de bar font déjà environ 240 mg. Un grand café filtre américain de 200 ml en fait 90 mg ; deux ou trois restent dans la zone où Li et ses collègues ont vu l’association la plus favorable pour le risque de démence. Au-delà, le bénéfice populationnel s’estompe, et les effets sur le sommeil deviennent plus probables. La revue d’Ashfaq situe plutôt le signal cognitif au-dessus de 200 mg par jour. Ces deux lectures se recoupent autour de deux à trois petites tasses, pas autour de cinq.
D’où vient la caféine du café, du thé et des sodas
La caféine du petit-déjeuner n’est pas la seule. Thé, cola, chocolat, boissons dites énergisantes et certains antalgiques en apportent aussi.
Dans les enquêtes européennes utilisées par l’EFSA, le café fournit 40 à 94 % de la caféine des adultes selon les pays ; au Royaume-Uni et en Irlande, le thé passe devant. Un patient qui « n’aime plus le café » mais boit cinq thés et un cola n’a pas forcément réduit sa dose. Le chocolat noir (environ 25 mg pour 50 g) et le chocolat au lait (10 mg pour 50 g) s’ajoutent, surtout si l’on propose des carrés pour faire passer un comprimé.
Le mot « décaféiné » ne veut pas dire « sans caféine ». La FDA indique qu’une tasse de 240 ml de café décaféiné contient encore typiquement 2 à 15 mg. C’est assez peu pour le soir, trop si la personne réagit à d’infimes doses. Les boissons énergisantes, elles, vont souvent de 41 à 246 mg pour 35 cl selon la même page de la FDA. Elles n’ont aucune place dans le régime d’une personne atteinte de maladie d’Alzheimer.
La Mayo Clinic demande de parler du café lorsqu’un nouveau médicament est prescrit. Elle déconseille formellement d’associer caféine et éphédrine, mélange qui peut élever le risque de poussée tensionnelle, d’infarctus, d’accident vasculaire ou de crises convulsives chez certaines personnes. D’autres interactions existent (certains antibiotiques, antiasthmatiques, stimulants). Le pharmacien est le bon interlocuteur pour le détail, car les listes américaines ne se substituent pas à l’ordonnance française.
Quand le café devient un motif de consultation
Le café devient un sujet médical dès qu’il s’accompagne d’insomnie, d’anxiété nouvelle, de palpitations ou d’une confusion de fin de journée qui s’aggrave. Ce n’est pas une urgence en soi ; le contexte, lui, peut l’être.
La FDA conseille de parler à un professionnel de santé si apparaissent un cœur trop rapide, des palpitations, une pression trop haute, une insomnie, une anxiété, des tremblements, des nausées ou des maux de tête après des boissons caféinées. Chez une personne qui ne peut plus décrire ces signes, le proche observe les mains qui tremblent après le café, le refus du dîner, une déambulation à 22 h ou des levers répétés.
Une confusion qui s’installe en une journée, avec fièvre, douleur ou urines troubles, oriente d’abord vers une cause intercurrente. La Mayo Clinic cite l’infection urinaire et l’apnée du sommeil parmi les facteurs qui font flamber un sundowning. Dans ces cas, retirer le café ne suffit pas.
| Situation observée | Conduite raisonnable |
|---|---|
| Insomnie ou anxiété après le café de l’après-midi | Essai de décaféiné après midi, puis avis du médecin traitant |
| Palpitations, tremblements, maux de tête liés aux tasses | Compter la caféine de toutes les sources et en parler au médecin |
| Confusion brutale, fièvre, douleur ou chute | Consultation rapide : chercher une infection ou un effet de médicament |
| Agression, errance, risque de blessure la nuit | Évaluation structurée des causes, comme le demande le NICE NG97 |
| Danger immédiat pour la personne ou un proche | Appeler le 15 ou le 112 |
Le NICE rappelle que les antipsychotiques n’ont qu’une place étroite, après échec des mesures non médicamenteuses, et seulement s’il y a un risque de danger. Ajuster le café coûte peu et se corrige facilement. Ce n’est pas une raison de retarder un appel au 15 ou au 112 si la personne est en danger.
Comment ajuster le café sans tout supprimer
Un arrêt total n’est pas le premier geste, sauf intolérance nette. Réduire d’abord l’après-midi, puis éventuellement la dose du matin, évite un sevrage brutal.
La FDA et la Mayo Clinic décrivent le même sevrage, avec maux de tête, fatigue, irritabilité et difficulté à se concentrer pendant quelques jours. Chez une personne atteinte de maladie d’Alzheimer, ces signes peuvent être pris pour une aggravation. Mieux vaut enlever une tasse tous les deux ou trois jours, ou remplacer le café de 16 h par un décaféiné, plutôt que tout couper un lundi matin.
Garder le rituel a souvent plus de valeur que la molécule. L’odeur, la tasse habituelle, le moment partagé structurent la journée. On peut donc servir un décaféiné dans la même vaisselle, à la même heure, et réserver le café caféiné au petit-déjeuner. L’Alzheimer’s Society propose aussi l’eau, le lait ou un jus si le décaféiné n’est pas apprécié.
Si la personne vit en établissement, prévenez l’équipe soignante du changement, pour que le distributeur de l’après-midi ne reverse pas un café caféiné par habitude. L’essai néerlandais avait dû masquer les paquets précisément parce que le personnel, laissé dans le doute, servait autrement le matin et l’après-midi. À domicile, un thermos de décaféiné préparé après le déjeuner évite de refaire une cafetière « comme d’habitude » à 16 h.
Tenir un carnet simple pendant sept jours suffit souvent à décider. On y note l’heure et le type de boisson, l’heure du coucher, les réveils, l’humeur de fin d’après-midi. Si les nuits s’allongent après la bascule de midi, on garde ce réglage. Si rien ne change, le café n’était probablement pas le levier principal, et le médecin traitant cherchera ailleurs, dans l’esprit du NICE, du côté de la douleur, de la lumière, de l’activité ou des médicaments.
Questions fréquentes
Faut-il interdire le café après un diagnostic d’Alzheimer ?
Non. Rien dans les études humaines ne justifie une interdiction systématique. On adapte l’heure et la quantité selon le sommeil, l’anxiété et les palpitations. Le médecin traitant ou le pharmacien peut aider à faire le compte avec les autres médicaments.
Une tasse le matin reste-t-elle acceptable ?
Souvent oui, si la personne la tolère et si la nuit reste correcte. L’EFSA situe un expresso à environ 80 mg, loin du plafond de 400 mg de l’adulte sain. L’essai en établissement a d’ailleurs conservé le café du matin tout en coupant celui de l’après-midi.
Le décaféiné est-il sans caféine ?
Non. La FDA indique encore 2 à 15 mg dans une tasse de 240 ml. C’est en général assez bas pour le soir, sauf hypersensibilité. Lire « décaféiné » comme « très peu caféiné » évite les surprises.
Le café protège-t-il contre la maladie d’Alzheimer ?
On ne peut pas l’affirmer. La méta-analyse de Li (2024) trouve une association favorable pour la démence entre 1 et 3 tasses, avec une certitude faible, et aucun lien net entre le café et la maladie d’Alzheimer. L’Alzheimer’s Association rappelle qu’aucune boisson n’a été prouvée préventive.
Que dire au médecin traitant à propos du café ?
Donnez le nombre de tasses, l’heure de la dernière, le thé, les sodas et les antalgiques. Signalez les réveils, l’anxiété de fin de journée et tout nouveau médicament. La Mayo Clinic recommande précisément cette question lors d’une nouvelle ordonnance.
Les boissons énergisantes sont-elles plus risquées que le café ?
Oui, parce que la dose est souvent élevée et mal affichée. La FDA cite des fourchettes de 41 à 246 mg pour 35 cl, parfois davantage. Elles n’apportent rien de spécifique dans une maladie d’Alzheimer et se combinent mal avec un sommeil déjà fragile.
Conclusion
Le café n’est ni un poison pour la mémoire, ni un traitement de la maladie d’Alzheimer. Le modèle murin de Baeta-Corral a montré qu’une dose chronique élevée pouvait aggraver un profil anxieux animal ; les cohortes humaines de 2024 et la revue de 2025 décrivent plutôt des associations mixtes, parfois favorables à une consommation modérée, jamais assez solides pour promettre une protection.
Le levier le plus utile, aujourd’hui, reste l’horloge, avec de la caféine le matin, des boissons sans caféine à partir de midi, et un plafond quotidien bien en dessous de 400 mg si le sommeil ou l’anxiété vacillent. Les petits essais en établissement et les conseils de l’Alzheimer’s Society et de la Mayo Clinic se rejoignent sur ce point, alors que le NICE place ce geste dans une hygiène de sommeil plus large, pas à la place d’un examen des autres causes.
Cette semaine, comptez les milligrammes de toutes les sources, décalez la dernière tasse avant le déjeuner, et notez les nuits. Quand vous verrez le médecin, apportez ce carnet. C’est une question précise, plus utile qu’un débat sur le « bon » ou le « mauvais » café.
Sources
- Caffeine. European Food Safety Authority, avis de mai 2015.
- Spilling the Beans: How Much Caffeine is Too Much?. U.S. Food and Drug Administration, 28 août 2024.
- Dementia: assessment, management and support for people living with dementia and their carers. National Institute for Health and Care Excellence, 20 juin 2018.
- Li F, Liu X et al. : Tea, coffee, and caffeine intake and risk of dementia and Alzheimer’s disease: a systematic review and meta-analysis of cohort studies. Food & Function, 2024.
- Ashfaq Z, Younas Z et al. : Association Between Caffeine Intake and Alzheimer’s Disease Progression: A Systematic Review. Cureus, 20 mars 2025.
- Blum D, Cailliau E et al. : Association of caffeine consumption with cerebrospinal fluid biomarkers in mild cognitive impairment and Alzheimer’s disease: A BALTAZAR cohort study. Alzheimer’s & Dementia, 4 août 2024.
- Caffeine: How much is too much?. Mayo Clinic, 21 février 2025.
- Sundowning: Late-day confusion. Mayo Clinic, 26 mars 2024.
- How to support someone with dementia to sleep better at night. Alzheimer’s Society, mis à jour en 2026.
- Baeta-Corral R, Johansson B et al. : Long-term Treatment with Low-Dose Caffeine Worsens BPSD-Like Profile in 3xTg-AD Mice Model of Alzheimer’s Disease and Affects Mice with Normal Aging. Frontiers in Pharmacology, 15 février 2018.
- de Pooter-Stijnman LMM, Vrijkotte S et al. : Effect of caffeine on sleep and behaviour in nursing home residents with dementia. European Geriatric Medicine, 1er octobre 2018.
- Alternative Treatments. Alzheimer’s Association, mis à jour en 2026.
