Jus de betterave et dysfonction érectile : ce que l’on sait

Jus de betterave et dysfonction érectile : ce que l'on sait

Le jus de betterave n’a pas d’essai clinique publié qui montre qu’il traite la dysfonction érectile (DE). Les nitrates qu’il contient peuvent dilater les vaisseaux et, dans des essais sur la tension, baisser un peu la pression systolique, ce qui reste un argument vasculaire et non une preuve d’érection plus ferme.

La piste du « Viagra végétal » repose surtout sur ce mécanisme et sur des récits isolés. L’essai enregistré pour tester un nitrate alimentaire sur le score d’érection (NCT04116060) n’a toujours pas de résultat public. Un résumé de congrès de 2024 a mesuré des érections nocturnes chez dix hommes, mais avec un comprimé mélangeant citrulline, ginseng, muira puama et un extrait de betterave, pas avec un verre de jus.

Une méta-analyse de 2024 estime une baisse de tension de cabinet d’environ 5 mmHg chez des hypertendus. Les urologues européens placent les comprimés inhibiteurs de la PDE5 en première ligne, avec une modification du mode de vie. Une érection douloureuse qui dure plus de quatre heures relève du 15 ou du 112.

Le jus de betterave soigne-t-il vraiment la dysfonction érectile ?

Non. Il n’existe pas, à ce jour, d’essai randomisé publié dont le critère principal soit la fonction érectile après du jus de betterave seul. La dysfonction érectile, telle que la définissent les recommandations de l’Association européenne d’urologie, est l’incapacité persistante d’obtenir ou de maintenir une érection suffisante pour un rapport satisfaisant. Un verre de jus, même riche en nitrate, n’a pas été testé contre ce critère avec un groupe placebo et un questionnaire validé du type IIEF.

Un protocole a pourtant été déposé. L’essai NCT04116060, mené à Essen, prévoyait d’inclure une quarantaine d’hommes déjà répondeurs aux comprimés de PDE5, de leur donner du nitrate de sodium (pas du jus) pendant quatre semaines, et de suivre le score IIEF-5. Le statut public reste « inconnu » et aucun article n’en a repris les chiffres. Tant que ces données ne sont pas parues, on ne peut pas affirmer que le nitrate alimentaire améliore l’érection.

Le résumé présenté en 2024 au congrès de médecine sexuelle ne comble pas ce vide. Dix hommes d’âge moyen 52 ans, score SHIM moyen 18, ont pris un complément commercial (citrulline 750 mg, extrait de betterave 45 mg, ginseng, muira puama). L’aire sous la courbe des érections nocturnes a augmenté, le nombre d’érections par nuit n’a pas changé. L’étude était financée par l’industriel du produit. Extraire de là un protocole de jus quotidien pour « soigner » un trouble d’érection serait une extrapolation.

La confusion vient du mécanisme, qui est réel pour les vaisseaux. L’érection dépend d’un afflux de sang dans les corps caverneux, et l’oxyde nitrique y participe. La Cleveland Clinic rappelle que la forme vasculaire est la plus fréquente, et que plus de la moitié des hommes entre 40 et 70 ans rapportent un trouble à un moment ou un autre. Cela explique l’intérêt pour tout aliment vasodilatateur. Cela n’autorise pas à conclure qu’un jus donné rétablit une érection.

Betterave sur une planche avec du jus, un remède potentiel pour la dysfonction érectile.

Des nitrates alimentaires à l’oxyde nitrique

Le jus n’apporte pas d’oxyde nitrique tout fait. Il apporte surtout du nitrate inorganique, que le corps recycle en nitrite puis en oxyde nitrique, une petite molécule qui relâche le muscle lisse des parois vasculaires. Cette voie, distincte de celle de la L-arginine et de la NO-synthase, a été décrite dans la littérature sur la betterave et la tension. Elle passe par la salive et par des bactéries de la bouche.

Après absorption intestinale, une partie du nitrate revient dans la salive. Les réductases bactériennes de la langue transforment ce nitrate en nitrite. Une fois avalé, le nitrite peut être réduit en oxyde nitrique dans les tissus. Un bain de bouche antibactérien, un dentifrice antiseptique très fréquent ou un usage régulier de chewing-gum fortement aromatisé peuvent limiter cette conversion, d’après la monographie Drugs.com sur la betterave. Ce n’est pas une raison d’arrêter l’hygiène dentaire. C’est une raison de ne pas attendre un effet vasculaire du jus si la flore orale est fortement perturbée.

L’oxyde nitrique n’est pas un aphrodisiaque. Il n’augmente pas le désir. Dans le pénis, il favorise la production de GMP cyclique, ce qui relâche le muscle des corps caverneux et laisse le sang entrer. Les comprimés de sildénafil, tadalafil, vardénafil ou avanafil n’apportent pas cet oxyde nitrique. Ils empêchent la dégradation du GMP cyclique, et seulement en présence d’une stimulation sexuelle. Les comprimés seuls ne déclenchent pas une érection, comme l’expliquent les pages de la Mayo Clinic.

Deux précisions évitent de surinterpréter le jus. D’abord, la quantité de nitrate varie d’une bouteille à l’autre, selon la variété, le sol et la concentration. Ensuite, le nitrate alimentaire inorganique n’est pas le même objet chimique que les dérivés nitrés prescrits pour l’angine de poitrine. Confondre les deux mène soit à des peurs inutiles, soit à des imprudences avec les comprimés d’érection.

Tension artérielle et érection, deux questions distinctes

Les essais solides sur le jus concernent la tension, pas le sexe. Une hypertension prolongée abîme les artères et peut contribuer à un trouble d’érection. Baisser un peu la tension de cabinet n’équivaut pas, pour autant, à restaurer une rigidité pénienne. Les deux phénomènes partagent un terrain vasculaire. Ils ne se mesurent pas avec les mêmes outils.

La méta-analyse de Grönroos et coll., parue en 2024 dans Nutrition, Metabolism and Cardiovascular Diseases, a regroupé onze essais randomisés chez des adultes hypertendus au sens de la Société européenne d’hypertension (140/90 mmHg ou plus). Le jus, comparé à un placebo, à de l’eau ou à l’absence de prise, abaissait la systolique de cabinet de 5,31 mmHg en moyenne (intervalle de confiance de −7,46 à −3,16). L’effet sur la diastolique de cabinet et sur la tension des 24 heures n’était pas démontré. Les auteurs classent la certitude GRADE comme basse et demandent de lire le résultat avec prudence.

Un essai plus ancien, celui de Kapil et coll. en 2015, reste souvent cité parce qu’il était contrôlé contre un jus privé de nitrate. Soixante-huit hypertendus, la moitié déjà traités, ont bu 250 ml par jour pendant quatre semaines. La tension de cabinet baissait de 7,7/2,4 mmHg, la tension ambulatoire de 24 heures de 7,7/5,2 mmHg, la tension à domicile de 8,1/3,8 mmHg. La fonction endothéliale, mesurée par dilatation flux-médiée, s’améliorait d’environ 20 %. L’effet tenait sur le mois, sans tachyphylaxie évidente. Ce protocole mesure des artères et un endothélium. Il ne contient pas de questionnaire d’érection.

Kapil et la synthèse de 2024 ne disent pas la même chose sur la tension des 24 heures. L’essai de 2015 observe une baisse ambulatoire. L’analyse groupée plus récente ne confirme pas cet effet sur 24 heures. On ne moyenne pas ces chiffres. Pour un lecteur, le message utile est plus simple. Le jus riche en nitrate peut faire baisser un peu la systolique mesurée au cabinet. Cet effet n’est pas une ordonnance contre la dysfonction érectile, et il n’a pas la force d’un traitement antihypertenseur validé à long terme.

Quelle quantité de jus a été testée

Il n’existe pas de dose officielle de jus de betterave pour l’érection, parce que l’indication n’est pas établie. Les volumes qui reviennent dans les essais de tension se situent souvent entre 70 et 250 ml par jour, pour un apport de nitrate d’environ 200 à 800 mg d’après Grönroos et coll. Dans l’essai de Kapil, 250 ml correspondaient à environ 6,4 mmol de nitrate. Drugs.com rappelle que les données manquent pour un dosage thérapeutique standard.

Boire « une tasse par jour » n’est donc pas une posologie d’érection. C’est, au mieux, l’ordre de grandeur des protocoles de tension. Le nitrate n’est pas indiqué sur toutes les bouteilles du supermarché. Un jus frais maison, un shot concentré pour sportifs et une betterave cuite n’en apportent pas la même quantité. Sans dosage du nitrate, comparer les produits au protocole de Kapil n’a pas de sens.

Le moment de prise, dans les essais de tension, était souvent le matin, à heure fixe. L’effet vasculaire aigu du nitrate alimentaire se voit en quelques heures chez des volontaires. Cela ne dit rien d’un « créneau » avant un rapport sexuel, contrairement aux comprimés de sildénafil, pour lesquels la notice DailyMed indique environ une heure avant l’activité sexuelle (fenêtre de 30 minutes à 4 heures), à la dose habituelle de 50 mg chez beaucoup d’adultes.

Si vous ajoutez ce jus à votre alimentation, parlez-en au médecin ou au pharmacien, surtout en cas de traitement antihypertenseur, de tension déjà basse, de diabète ou de calculs. Le professionnel pourra juger, selon la pratique française, si un suivi tensionnel simple a du sens. Il n’y a pas de schéma à copier depuis un forum.

Peut-on associer ce jus au sildénafil

La contre-indication formelle des comprimés d’érection porte sur les donneurs d’oxyde nitrique de type nitrates ou nitrites organiques, pas sur un aliment. La notice DailyMed du sildénafil l’écrit sans ambiguïté. Trinitrine, dinitrate ou mononitrate d’isosorbide, « poppers » (nitrite d’amyle ou de butyle), de façon régulière ou intermittente, rendent le sildénafil dangereux. L’association peut faire chuter la tension de façon imprévisible. Le nicorandil, qui a aussi une composante donneuse d’oxyde nitrique, est cité comme contre-indication dans les textes européens d’urologie. Le riociguat, stimulateur de la guanylate cyclase, est également interdit avec ces comprimés.

Le nitrate inorganique du jus n’est pas cette classe de médicaments. Aucun essai clinique n’a, toutefois, testé un verre concentré pris le même jour qu’un sildénafil ou un tadalafil. Les deux voies finissent par le GMP cyclique et par une vasodilatation. Une dose unique de 100 mg de sildénafil, chez des volontaires, a fait baisser la tension assise de 8,3/5,3 mmHg d’après la même notice. Un jus dosé comme dans Kapil a fait baisser la tension de plusieurs millimètres de mercure. Empiler les deux sans en parler à personne n’a pas été évalué.

Les alpha-bloquants (souvent prescrits pour la prostate) et les antihypertenseurs demandent déjà de la prudence avec le sildénafil. La notice conseille d’être stable sous alpha-bloquant avant de commencer, et de débuter à 25 mg. Si vous prenez déjà un comprimé d’érection, signalez le jus, les poudres et les « boosters NO » au prescripteur. Si vous prenez un dérivé nitré pour la poitrine, le sujet n’est plus le jus. C’est l’interdiction des comprimés de PDE5, à traiter avec le cardiologue et l’urologue.

Les notices américaines et les recommandations européennes se rejoignent sur ce point de sécurité. Les noms de spécialités et les conditions de délivrance en France relèvent de votre pharmacien et de votre médecin. N’achetez pas de sildénafil sur un site opaque.

Betterurie, oxalates et autres précautions

Chez la plupart des adultes, une consommation raisonnable de betterave ou de jus est bien tolérée. L’effet le plus visible est la betterurie, une urine rose à rouge après ingestion. Drugs.com l’estime à environ 15 % des personnes. Les selles peuvent aussi foncer. Ce n’est pas du sang. La couleur disparaît quand on arrête la betterave. Si l’urine rouge persiste hors de tout repas de betterave, ou s’accompagne de douleur lombaire ou de brûlures, il faut consulter, car une hématurie se cherche autrement.

La betterave figure parmi les aliments très riches en oxalate, aux côtés des épinards, de la blette, des amandes et de la rhubarbe, selon la National Kidney Foundation (mise à jour de septembre 2025). Un régime strict pauvre en oxalate n’est pas utile à tout le monde. Pour les personnes qui ont déjà fait des calculs d’oxalate de calcium, limiter les sources très concentrées (jus, « shots », poudres, cures) est plus raisonnable que d’interdire toute betterave cuite dans une assiette. Manger du calcium alimentaire au même repas (laitage, par exemple) peut réduire l’absorption d’oxalate. L’eau reste le levier principal, avec un objectif souvent cité de l’ordre de 2,5 litres d’urine par jour, à individualiser.

D’autres précautions reviennent dans les monographies. Une tension déjà basse, ou plusieurs médicaments antihypertenseurs, rendent une baisse supplémentaire peu souhaitable sans avis. L’hémochromatose et la maladie de Wilson sont mentionnées par Drugs.com comme situations où un excès de betterave n’est pas conseillé, en raison de l’accumulation possible de fer et de cuivre. Les données de grossesse sur les extraits concentrés manquent. Le jus retire une grande partie des fibres de la racine. Un homme diabétique a donc intérêt à surveiller sa glycémie s’il boit un grand verre sucré, et à en parler à son médecin plutôt qu’à ajuster l’insuline tout seul.

Les symptômes qui doivent faire arrêter l’expérience et consulter sont simples.

  • Un malaise, des vertiges ou une tension nettement plus basse qu’à l’habitude après le jus méritent un avis médical rapide.
  • Une douleur lombaire, du sang confirmé dans les urines ou de la fièvre ne s’expliquent pas par la betterurie.
  • Un prurit, un gonflement ou une gêne respiratoire après un jus évoquent une allergie, rare mais possible.
  • Toute érection douloureuse de plus de quatre heures est une urgence, liée aux médicaments d’érection plus qu’au jus.
Les betteraves sur une table, riches en nutriments bénéfiques pour la santé.

Ce que recommandent les sociétés d’urologie

Les recommandations 2025 de l’Association européenne d’urologie, résumées par Salonia et coll. dans European Urology et détaillées sur Uroweb, ne placent pas le jus de betterave dans l’algorithme. La première ligne médicamenteuse reste les inhibiteurs de la PDE5, avec un niveau de recommandation fort, une fois les contre-indications écartées. Le patient doit être informé du mode d’emploi. Un comprimé mal pris, sans stimulation sexuelle, trop tôt ou trop tard, est la cause la plus fréquente d’échec apparent.

La modification du mode de vie n’est pas un à-côté. L’EAU lui donne aussi un niveau fort, à commencer avant le traitement ou en même temps. Activité physique, surtout aérobie, perte de poids si besoin, contrôle du diabète, de la tension et des lipides, arrêt du tabac. Ces leviers peuvent améliorer la fonction érectile et, surtout, le risque cardiovasculaire qui voyage avec le trouble. L’EAU rappelle que la DE est un symptôme, souvent un marqueur de maladie vasculaire, pas une fatalité du vieillissement.

Pour les hommes qui refusent un médicament et n’ont qu’un trouble léger, l’EAU ouvre une porte étroite aux compléments de L-arginine ou de ginseng, avec une recommandation faible et l’avertissement que le gain peut rester minime. Une revue Cochrane sur le ginseng, citée dans le chapitre, ne montre qu’un effet trivial sur les scores validés. Le jus de betterave n’entre même pas dans cette rubrique. Les injections intra-caverneuses, l’alprostadil local, les ondes de choc de faible intensité, la pompe à vide et la prothèse ont chacun leur place, selon l’invasivité acceptée.

La notice américaine du sildénafil et les pages de la Mayo Clinic convergent sur le même premier réflexe oral, avec la même interdiction des dérivés nitrés. Les seuils biologiques, les noms de spécialités et le remboursement diffèrent d’un pays à l’autre. En France, c’est le médecin traitant, parfois l’urologue, qui applique le cadre local. Un jus du marché n’a pas à précéder ce bilan.

Troubles de l’érection, quand consulter

Un échec isolé, un soir de fatigue, d’alcool ou de stress, est banal. La Mayo Clinic, dans sa mise à jour de mars 2025, insiste sur ce point. Le trouble devient un motif de rendez-vous lorsqu’il se répète, qu’il inquiète, qu’il s’accompagne d’autres symptômes sexuels (éjaculation trop rapide ou trop tardive, baisse de désir) ou qu’il survient chez un homme déjà suivi pour diabète ou maladie cardiaque. Attendre des années pour « tester un jus » fait perdre la fenêtre où l’on dépiste une hypertension, un diabète ou un tabagisme encore accessibles.

Le bilan de base, tel que le décrivent l’EAU et les cliniques de référence, n’est pas un parcours d’humiliation. Histoire médicale et sexuelle, examen ciblé, tension, tour de taille, glycémie ou HbA1c, lipides, testostérone totale du matin à jeun. Des érections matinales encore présentes orientent parfois vers une composante psychogène. Leur disparition durable oriente vers l’organique. Les deux s’intriquent souvent. Le questionnaire IIEF ou SHIM aide à suivre l’évolution, il ne remplace pas l’entretien.

Le cœur n’est pas un chapitre à part. Les artères du pénis sont de petit calibre. Un trouble d’érection d’origine vasculaire peut précéder de quelques années un événement coronaire, surtout avant 50 ans, d’après le chapitre de l’EAU. Cela ne signifie pas qu’un rapport va déclencher un infarctus le soir même. Cela signifie qu’un homme qui consulte pour l’érection mérite une estimation de son risque, et parfois un avis cardiologique avant de reprendre une activité sexuelle intensive ou un vasodilatateur.

Situation Conduite
Échec d’érection isolé, contexte de fatigue ou d’alcool Observer, corriger le contexte, consulter si cela se répète.
Trouble fréquent, qui dure des semaines ou des mois Prendre rendez-vous avec le médecin traitant pour un bilan.
Diabète, douleur de poitrine, tabac ou surpoids associés Faire évaluer le risque vasculaire, ne pas se limiter à un jus.
Traitement par dérivé nitré (trinitrine, isosorbide) Ne pas prendre de comprimé de PDE5, le signaler avant toute ordonnance.
Érection douloureuse de plus de 4 heures Appeler le 15 ou le 112, c’est une urgence.

La dernière ligne du tableau n’est pas un effet du jus. Elle concerne surtout les médicaments d’érection et les injections. La notice DailyMed demande des soins immédiats au-delà de quatre heures, pour éviter une lésion irréversible des corps caverneux.

Alimentation, activité physique et autres leviers

Le levier alimentaire le plus documenté pour la dysfonction érectile n’est pas un shot de betterave. C’est un régime global de type méditerranéen, riche en légumes, fruits, légumineuses, céréales complètes et graisses insaturées. Le NIDDK, dans sa page d’octobre 2024, range explicitement la betterave parmi les légumes utiles, aux côtés des choux et des feuilles vertes. L’aliment s’inscrit dans une assiette. Il n’est pas un protocole de jus.

La même page conseille de limiter les graisses saturées, les produits ultra-transformés, les sucres ajoutés, l’alcool et le sel excessif. Ces choix réduisent le risque de diabète, d’obésité et de maladie cardiaque, trois compagnons fréquents du trouble d’érection. Un diététicien peut aider à traduire cela en menus, surtout en cas de calculs, de diabète ou de maladie rénale.

L’activité physique a un effet plus tangible que n’importe quel jus isolé. La Cleveland Clinic évoque, pour certains troubles légers, un exercice cardiovasculaire vigoureux d’au moins 45 minutes, trois fois par semaine. Marche rapide, natation, vélo si la selle n’est pas douloureuse. L’EAU cite aussi la perte de poids, y compris après chirurgie bariatrique, comme facteur d’amélioration possible. Arrêter le tabac peut améliorer un trouble léger en quelques mois. Réduire l’alcool en dessous des repères habituels (en France, le médecin ou le pharmacien rappelleront les seuils locaux) évite un effet dépresseur direct sur l’érection.

Le stress, l’anxiété de performance et les tensions de couple entretiennent le cercle. Un échec rend le suivant plus probable. La Mayo Clinic propose d’associer le partenaire à la consultation quand c’est possible, et d’orienter vers un psychologue ou un sexologue si le moral ou la relation sont au premier plan. Ce n’est pas « tout dans la tête ». C’est une partie du mécanisme, souvent mêlée au vasculaire.

Jus, racine entière ou gélule

La racine cuite, le jus frais, le shot concentré et la gélule d’extrait ne sont pas interchangeables. La betterave entière garde ses fibres, une partie de son folate et de son potassium, et s’insère dans le régime décrit par le NIDDK. Le jus concentre le nitrate et le sucre, retire la plupart des fibres, et ressemble davantage aux protocoles de Kapil. Les extraits de congrès dosent parfois 45 mg d’extrait par comprimé, très loin des 250 ml de l’essai de tension. Les poudres et « superfood » à base de betterave figurent, pour la Kidney Foundation, parmi les produits trop riches en oxalate quand on a déjà fait des calculs.

Le goût terreux pousse beaucoup de gens à couper le jus avec de la pomme ou de l’orange. Cela n’améliore pas l’érection. Cela ajoute du sucre. Un homme qui surveille sa glycémie s’en passera plus facilement avec une betterave rôtie dans une salade. Les compléments vendus comme « boosters d’oxyde nitrique » mélangent souvent arginine, citrulline, ginseng et extraits divers. L’EAU n’accorde au ginseng et à l’arginine qu’une recommandation faible, pour un trouble léger, après information sur le bénéfice limité. La FDA a déjà alerté, via les pages Mayo, sur des « Viagra à base de plantes » adultérés. Un comprimé non déclaré de sildénafil dans une gélule « naturelle » est un risque réel, surtout si vous prenez déjà un dérivé nitré.

Choisir un aliment plutôt qu’un shot n’est pas un renoncement. C’est aligner la betterave sur ce qui est démontré, une place dans une alimentation vasculaire, et laisser les comprimés d’érection, quand ils sont indiqués, faire le travail pour lequel ils ont été autorisés.

Questions fréquentes

Une tasse de jus par jour suffit-elle pour l’érection ?

Non, cette quantité n’a jamais été validée comme traitement de l’érection. Elle correspond, à peu près, aux volumes des essais de tension (souvent 70 à 250 ml). Sans mesure du nitrate de la bouteille, on ne reproduit même pas ces protocoles.

Le jus peut-il remplacer un comprimé de sildénafil ?

Non. Les recommandations européennes de 2025 gardent les inhibiteurs de la PDE5 en première ligne médicamenteuse. Le jus n’a pas d’essai d’érection publié. Remplacer un traitement efficace par une boisson fait perdre du temps et, parfois, un dépistage cardiaque.

L’urine rouge après la betterave est-elle dangereuse ?

Le plus souvent non. La betterurie touche environ 15 % des personnes et s’arrête avec l’aliment. Une urine rouge sans betterave, des caillots, une fièvre ou une douleur de fosse lombaire imposent un avis médical.

Un homme diabétique peut-il boire ce jus ?

Seulement après en avoir parlé à son médecin. Le jus concentre le sucre et retire les fibres. Le diabète est déjà une cause majeure de trouble d’érection. Un grand verre sucré n’est pas le premier levier à tester.

La betterave cuite a-t-elle le même effet que le jus ?

Pas pour le nitrate concentré des essais. Comme légume d’une alimentation utile au cœur et à l’érection, la racine cuite a sa place. Le NIDDK cite la betterave dans une liste de légumes, pas comme un jus thérapeutique.

Faut-il arrêter le bain de bouche antibactérien pour que le jus « marche » ?

Un bain de bouche antiseptique quotidien peut réduire la conversion du nitrate par les bactéries de la langue. Cela n’en fait pas un conseil d’arrêter l’hygiène. Cela relativise encore l’attente d’un effet vasculaire du jus.

Homme méditant, illustrant des changements de mode de vie pour améliorer la dysfonction érectile.

Conclusion

Le jus de betterave est un aliment riche en nitrate, capable, dans des essais de quelques semaines, de faire baisser un peu la tension systolique de cabinet. Il n’a pas démontré qu’il traitait la dysfonction érectile. L’essai spécifiquement enregistré sur ce point n’a pas livré de résultat, et le résumé de 2024 qui circule porte sur un mélange de gélules chez dix hommes. Les urologues européens, dans leur mise à jour de 2025, gardent les comprimés de PDE5 et le mode de vie au centre, sans ouvrir de ligne « betterave ».

Si le trouble se répète, le geste utile n’est pas d’augmenter la dose de jus. C’est de voir le médecin traitant, de faire mesurer la tension, le sucre, les lipides et, souvent, la testostérone du matin, et de dire les médicaments du cœur, y compris une trinitrine ou un isosorbide. La betterave peut rester dans l’assiette, à côté d’autres légumes, comme le suggère le NIDDK. Le verre concentré, les poudres et les « boosters NO » se discutent, surtout en cas de calculs, d’hypotension ou de traitement vasodilatateur.

Apportez à la consultation la liste de ce que vous avalez déjà, y compris les gélules du sport ou du sommeil. Demandez si un inhibiteur de la PDE5 est possible dans votre cas, comment le prendre, et quels signes doivent vous faire appeler le 15. Cette question-là change le pronostic sexuel et, parfois, le pronostic cardiaque. Le jus, lui, n’en a jamais porté la preuve.

Sources

  1. Management of Erectile Dysfunction. European Association of Urology, mis à jour en 2025.
  2. Salonia A, Capogrosso P, Boeri L et al. : European Association of Urology Guidelines on Male Sexual and Reproductive Health: 2025 Update on Male Hypogonadism, Erectile Dysfunction, Premature Ejaculation, and Peyronie’s Disease. European Urology, juillet 2025.
  3. Erectile dysfunction – Symptoms and causes. Mayo Clinic, 1er mars 2025.
  4. Erectile dysfunction – Diagnosis and treatment. Mayo Clinic, 1er mars 2025.
  5. Erectile Dysfunction (ED): Causes, Diagnosis & Treatment. Cleveland Clinic, 28 août 2023.
  6. Grönroos R, Eggertsen R, Bernhardsson S et al. : Effects of beetroot juice on blood pressure in hypertension according to European Society of Hypertension Guidelines: A systematic review and meta-analysis. Nutrition, Metabolism and Cardiovascular Diseases, 25 juin 2024.
  7. Kapil V, Khambata RS, Robertson A et al. : Dietary nitrate provides sustained blood pressure lowering in hypertensive patients: a randomized, phase 2, double-blind, placebo-controlled study. Hypertension, février 2015.
  8. SILDENAFIL tablets, for oral use. DailyMed, mai 2023.
  9. Eating, Diet, & Nutrition for Erectile Dysfunction. National Institute of Diabetes and Digestive and Kidney Diseases, octobre 2024.
  10. Dietary Nitrate and Erectile Dysfunction. ClinicalTrials.gov, 2020.
  11. Beetroot Uses, Benefits & Dosage. Drugs.com, 15 janvier 2026.
  12. Calcium Kidney Stones. National Kidney Foundation, 2 septembre 2025.

À propos de l’auteur

Pauline Cécile TessierRédactrice médicale

J’ai fait mes études d’infirmière à l’IFSI La Capelette. Après mon congé maternité, je me suis tournée vers la rédaction et la relecture de textes médicaux. Pour chaque article, je lis les recommandations officielles, les études et les guides cliniques, et j’utilise aussi des outils d’IA dans mon travail. Chaque affirmation peut être vérifiée dans les sources citées de l’article.