Lupus et cancer du col : risques et dépistage

Lupus et cancer du col : risques et dépistage

Le lupus érythémateux disséminé, aussi appelé lupus systémique, augmente le risque de lésions précancéreuses du col de l’utérus. Plusieurs méta-analyses de cohortes associent aussi cette maladie à un risque plus élevé de cancer du col, surtout lorsque le papillomavirus humain (HPV) persiste au lieu d’être éliminé.

La revue de 2025 de l’American Society for Colposcopy and Cervical Pathology (ASCCP), qui actualise ses consignes de 2019 pour les femmes immunodéprimées sans infection par le VIH, recommande désormais le même schéma de surveillance que celui prévu aux États-Unis pour les femmes vivant avec le VIH, que la patiente prenne ou non un immunosuppresseur. Ce n’est plus seulement une vigilance autour du frottis, comme le formulait encore la Ligue européenne contre le rhumatisme (EULAR) en 2017.

Une cohorte suédoise a mesuré un risque multiplié par 2,12 pour l’ensemble « dysplasie ou cancer ». Une méta-analyse de 20 cohortes prospectives a estimé le risque de cancer du col à 2,17. Chez une personne immunodéprimée, le vaccin HPV se donne en 3 doses, et un saignement après un rapport ou après la ménopause justifie une consultation sans attendre le prochain contrôle de rhumatologie.

Le lupus augmente-t-il le risque de cancer du col ?

Oui, le lupus systémique est associé à davantage de lésions précancéreuses du col, et les synthèses de cohortes récentes retrouvent aussi un excès de cancers du col. Le lien n’est pas une fatalité. Il passe surtout par une infection HPV qui dure plus longtemps, dans un organisme dont l’immunité est déjà dérégulée et souvent freinée par le traitement.

Le LED est une maladie auto-immune. Le système immunitaire s’attaque à des tissus sains et peut toucher la peau, les articulations, les reins, le cerveau, le cœur ou les poumons, d’après la Mayo Clinic (décembre 2025). Aucun médicament ne fait disparaître la maladie, mais plusieurs en limitent l’activité. MedlinePlus indique que presque toutes les personnes atteintes ont, à un moment, des douleurs articulaires, et qu’environ la moitié ont l’éruption « en papillon » sur les joues.

Les registres des Centers for Disease Control and Prevention (CDC) estiment à environ 204 000 le nombre de personnes vivant avec un LED aux États-Unis. Neuf sur dix sont des femmes, le plus souvent entre 15 et 44 ans, pile dans les décennies du dépistage du col. MedlinePlus donne le même créneau, avec un rapport d’environ 10 femmes pour 1 homme.

Le cancer du col, de son côté, n’est presque jamais une tumeur « spontanée ». Le National Cancer Institute (NCI) rappelle qu’une infection persistante par un HPV à haut risque en est la cause de la quasi-totalité des cas. HPV 16 et HPV 18, à eux seuls, expliquent 70 % des tumeurs. La plupart des infections HPV disparaissent en un ou deux ans. Celles qui restent peuvent, sur plusieurs années, faire apparaître une dysplasie, puis, si rien n’est détecté, un cancer.

Deux idées fausses circulent encore. La première consiste à croire que seul un traitement « lourd » expose au risque, alors que Moscicki et ses collègues concluent à un excès de HPV, de lésions malpighiennes et de cancers du col chez les femmes lupiques, avec ou sans immunosuppresseur. La seconde consiste à attendre un symptôme. Aux stades précoces, il n’y en a souvent aucun.

Illustration du lien entre lupus et cancer du col de l'utérus

Pourquoi le HPV persiste-t-il plus souvent ?

Le HPV persiste davantage lorsque l’immunité cellulaire qui devrait l’éliminer est affaiblie, que ce soit par la maladie elle-même ou par un médicament. Le NCI classe clairement l’immunodépression parmi les facteurs qui transforment une infection à haut risque en lésion, aux côtés du tabac, d’un grand nombre de partenaires sexuels et d’un début d’activité sexuelle très précoce.

Dans une méta-analyse reprise par Moscicki et al., le HPV a été détecté sur le col chez 34 % des femmes lupiques contre 15 % des témoins (odds ratio 2,87). Le même travail ne trouvait pas de différence nette selon la prise d’un immunosuppresseur, ni même selon l’azathioprine ou le cyclophosphamide pris isolément. Le terrain lupique semble déjà moins efficace contre le virus, avant le traitement.

Le virus infecte les cellules de la muqueuse. Chez une femme dont l’immunité fonctionne bien, il est le plus souvent éliminé. Chez une femme lupique, la clairance est plus lente et les cellules infectées persistent plus longtemps. Des lésions de bas grade apparaissent, puis parfois de haut grade (néoplasie intraépithéliale cervicale de grade 2 ou 3, CIN 2-3). Sans traitement, une minorité évolue vers un cancer invasif.

D’autres leviers se cumulent, sans être propres au LED.

  • Fumer ou inhaler la fumée des autres rend plus probable le passage d’un HPV à haut risque vers une lésion, selon le NCI (2024).
  • Un grand nombre de partenaires ou un début de vie sexuelle avant 18 ans augmente l’exposition aux types oncogènes.
  • L’obésité peut rendre le prélèvement plus difficile et donc retarder la découverte d’une lésion.
  • Le préservatif diminue la transmission du HPV sans la supprimer, car le virus circule aussi sur la peau non couverte.

Rien de tout cela ne « crée » un cancer à lui seul. Le point commun reste une infection qui n’est pas éliminée. C’est aussi pour cela que le vaccin, qui n’agit pas sur un HPV déjà installé, et le dépistage, qui cherche les lésions, se complètent au lieu de se remplacer.

Quelle est l’ampleur du risque de lésions du col ?

Le signal le plus solide concerne les lésions précancéreuses, pas un doublement démontré du cancer invasif dans chaque étude. Les chiffres varient selon le critère (dysplasie, lésion malpighienne, tumeur invasive) et selon le pays, mais ils vont tous dans le même sens d’un excès de risque.

Wadström et ses collègues ont croisé les registres suédois (4 976 femmes lupiques et 29 703 témoins, suivi 2006-2012). Après ajustement sur l’âge, le niveau d’études, le recours aux soins, le nombre d’enfants, la situation familiale, les antécédents familiaux et le dépistage des cinq années précédentes, le risque d’une première néoplasie cervicale (dysplasie ou cancer) était de 2,12 (intervalle de confiance à 95 % 1,65-2,71).

Le risque de CIN 1 était de 2,33, celui de CIN 2-3 de 1,95. Le cancer invasif, avec seulement quelques cas, n’était pas significativement augmenté (1,64 ; 0,54-5,02). Dire « deux fois plus de cancers du col » mélange donc le critère composite et la tumeur invasive. Dans cette cohorte, ce qui double vraiment, ce sont surtout les lésions que le dépistage est censé trouver et traiter.

Les synthèses élargissent le tableau. Chen, Wu et Liu (Lupus, 2021) ont regroupé les études parues jusqu’en mars 2021. Ils obtiennent un odds ratio ou risque relatif de 2,94 pour l’atypie cervicale, 3,13 pour le cancer du col, 5,00 pour les lésions intraépithéliales malpighiennes et 3,14 pour les lésions de bas grade. L’hétérogénéité est élevée (I² souvent au-dessus de 80 %). Ces chiffres se lisent donc avec prudence.

Zhang et ses collègues (Frontiers in Oncology, 2022) se sont limités aux cohortes. Sur 20 études prospectives et 132 029 patientes, le risque de cancer du col était de 2,17 (1,53-3,07). Moscicki et al. citent aussi un ratio standardisé de 5,38 en Chine et de 3,09 à 3,22 en Corée.

Ces écarts reflètent des programmes de dépistage différents. On n’en fait pas une moyenne unique. Pour une lectrice en France, le message utile reste le même. Le risque est accru, surtout pour les lésions, et le calendrier habituel de frottis ou de test HPV peut être trop lâche.

Les immunosuppresseurs aggravent-ils ce risque ?

Ils peuvent l’aggraver, mais l’absence de ces médicaments ne met pas à l’abri. Dans la cohorte suédoise, le sous-groupe traité par azathioprine, cyclophosphamide, ciclosporine, méthotrexate, mycophénolate ou rituximab avait le risque le plus élevé, supérieur à celui des femmes sous antipaludéens seuls (hydroxychloroquine le plus souvent).

EULAR, dans ses recommandations de 2017 sur la santé des femmes lupiques, écrivait déjà que le dépistage des cancers gynécologiques suit en principe celui de la population générale, avec une vigilance particulière pour les lésions précancéreuses du col en cas d’exposition aux immunosuppresseurs, surtout le cyclophosphamide selon la dose cumulée. Le texte suggérait un frottis annuel chez les patientes très immunosupprimées, ou le programme local chez celles à moindre risque.

La mise à jour américaine de 2025 déplace le curseur. Elle conclut que le LED, traité ou non, s’accompagne d’un excès de HPV, de lésions et de cancers du col, et range cette maladie avec les greffes d’organe parmi les situations où il faut suivre le schéma CDC prévu pour le VIH. Le rhumatologue ne peut plus réserver le rythme rapproché aux seules patientes sous cyclophosphamide.

MedlinePlus liste, pour les formes graves, le mycophénolate, l’azathioprine, le cyclophosphamide (souvent limité à 3 à 6 mois en raison de sa toxicité) et le rituximab, et pour les formes plus limitées l’hydroxychloroquine, la prednisone à faible dose ou le méthotrexate. Ces noms aident à préparer la consultation. Ils ne décident pas, à eux seuls, de l’intervalle de dépistage. Même sans ces molécules, le risque reste plus élevé que dans la population générale.

Le mécanisme n’est pas entièrement tranché. Une maladie plus active conduit plus souvent à un immunosuppresseur, et séparer l’effet du médicament de celui de la gravité du LED reste difficile. Pour vous, la question pratique est plus simple. Quel que soit le comprimé du matin, le col mérite un calendrier écrit dans le dossier.

Quel rythme de dépistage pour une femme lupique ?

Aux États-Unis, l’ASCCP recommande, pour toute femme lupique, le schéma que les CDC appliquent aux femmes vivant avec le VIH, et non le rythme de la population à risque moyen. En France, l’intervalle exact relève de la recommandation locale que votre médecin, votre gynécologue ou votre sage-femme appliquera. L’idée commune est un suivi plus rapproché que le programme habituel.

Le schéma américain, résumé dans le document de 2025, commence à 21 ans, ou dans l’année qui suit le début de l’activité sexuelle si l’immunosuppression a commencé plus tôt. Avant 30 ans, on propose une cytologie (frottis) chaque année. Après trois résultats normaux d’affilée, on peut passer à une cytologie tous les 3 ans. Le co-test, cytologie et HPV ensemble, n’est pas conseillé avant 30 ans.

À partir de 30 ans, deux options existent. Soit la cytologie annuelle, puis tous les 3 ans après trois normaux. Soit un co-test de départ, puis un co-test tous les 3 ans si la cytologie est normale et le HPV négatif. Le dépistage ne s’arrête pas automatiquement à 65 ans. L’arrêt se discute selon l’état de santé et l’espérance de vie.

À titre de comparaison, la mise à jour 2020 de l’American Cancer Society, rappelée par la même revue, propose pour les personnes à risque moyen un test HPV tous les 5 ans à partir de 25 ans (ou un co-test tous les 5 ans, ou une cytologie seule tous les 3 ans). Ce calendrier-là n’est pas celui du LED.

Situation Calendrier américain de référence
Risque moyen (ACS, 2020) Test HPV tous les 5 ans à partir de 25 ans, ou cytologie tous les 3 ans
LED, avec ou sans immunosuppresseur (ASCCP, 2025) Schéma CDC VIH, plus rapproché, dès 21 ans
Moins de 30 ans, LED Cytologie annuelle, puis tous les 3 ans après 3 frottis normaux
30 ans et plus, LED Cytologie annuelle ou co-test, puis tous les 3 ans si tout est normal
Après 65 ans, LED Poursuite possible, arrêt décidé avec le médecin et non par l’âge seul

Le vaccin HPV, même complet, ne change pas ces intervalles. Les titres d’anticorps sont parfois plus bas sous immunosuppresseur, et l’efficacité clinique n’a pas été mesurée dans de grandes études lupiques. Un rythme rapproché reste donc la règle américaine, quelle que soit la carte de vaccination.

Si votre dernier prélèvement date de plus d’un an, ou si vous n’avez jamais eu de test HPV après 30 ans, posez la question au rhumatologue ou au médecin traitant. Le prélèvement peut être fait par un gynécologue, un généraliste ou une sage-femme.

Le vaccin contre le HPV est-il recommandé ?

Oui, le vaccin HPV peut être proposé aux femmes lupiques dont la maladie est stable, selon EULAR 2017, et les CDC américains demandent une série de 3 doses chez toute personne immunodéprimée, même si la première injection a été faite entre 9 et 14 ans. Il ne traite pas une infection déjà là. Il réduit le risque des types viraux qu’il contient, à condition d’être fait de préférence avant les expositions sexuelles.

Les CDC (9 juillet 2024) fixent la vaccination de routine à 11 ou 12 ans, possible dès 9 ans, avec un rattrapage jusqu’à 26 ans. Entre 27 et 45 ans, la décision se discute au cas par cas, car beaucoup d’adultes ont déjà rencontré le virus. Le schéma à 3 doses est 0, puis 1 à 2 mois, puis 6 mois, avec au minimum 4 semaines entre les doses 1 et 2, 12 semaines entre les doses 2 et 3, et 5 mois entre la première et la dernière.

Après 3 doses du vaccin quadrivalent, la séroconversion dépasse souvent 90 % pour HPV 16 et HPV 18 chez les femmes lupiques. Une méta-analyse reprise par Moscicki et al. donne 96,4 % pour le type 16 et 91,8 % pour le type 18 à 7 mois. Les titres peuvent être un peu plus bas sous corticoïdes ou immunosuppresseurs. Un essai a vu une non-réponse chez une patiente qui recevait du rituximab pendant la série. EULAR demande de vacciner de préférence à distance d’une poussée, avec prudence en cas de profil antiphospholipidique à haut risque.

Le vaccin n’est pas conseillé pendant la grossesse. Un test de grossesse n’est pas exigé avant l’injection. Si une dose a été reçue alors qu’une grossesse a été découverte ensuite, les CDC ne demandent pas d’intervention. On reporte les doses restantes après l’accouchement.

  • La série à 3 doses reste la référence chez une personne immunodéprimée, y compris si elle a commencé le vaccin avant 15 ans.
  • Un vaccin déjà commencé se termine, on ne recommence pas la série sans raison.
  • La vaccination ne dispense jamais du dépistage, car elle ne couvre pas tous les types oncogènes.

En France, le calendrier, le nom commercial et l’âge de rattrapage sont ceux que le médecin ou le pharmacien appliquent localement. La question utile à poser est concrète. « Ma maladie est-elle assez calme pour vacciner, et dois-je recevoir 3 doses plutôt que 2 ? »

Quels signes au niveau du col doivent faire consulter ?

Les lésions précoces et le cancer de début n’ont le plus souvent aucun signe. C’est le dépistage, et non l’attente d’un saignement, qui protège. Dès qu’un symptôme apparaît, il faut le faire voir, même si un frottis récent était normal.

Le NCI (page mise à jour le 13 octobre 2022) décrit, pour un stade encore localisé, un saignement après un rapport, un saignement après la ménopause, un saignement entre les règles ou des règles plus longues et plus abondantes que d’habitude, un écoulement aqueux, malodorant ou teinté de sang, une douleur pelvienne ou une douleur pendant les rapports. Au stade plus avancé s’ajoutent une jambe gonflée, des urines difficiles ou sanglantes, une constipation douloureuse ou du sang dans les selles, une douleur lombaire sourde, une douleur abdominale et une fatigue marquée.

Ces signes ont beaucoup d’autres causes, d’une infection à un fibrome. Les ignorer peut pourtant laisser grandir une tumeur. Le NCI insiste. Consulter tout de suite donne plus de chances à un traitement, s’il s’avère nécessaire.

Situation Conduite raisonnable
Aucun symptôme, dernier test du col il y a plus d’un an Prendre rendez-vous pour un dépistage, sans attendre une douleur
Saignement après un rapport ou après la ménopause Voir le médecin ou le gynécologue dans les jours qui viennent
Écoulement malodorant ou teinté de sang, douleur pelvienne Consultation rapide pour un examen et, au besoin, un prélèvement
Jambe très gonflée, sang dans les urines ou les selles Avis médical urgent, le jour même si possible
Saignement vaginal très abondant, malaise, perte de connaissance Appeler le 15 (SAMU) ou le 112

Appelez le 15 ou le 112 si le saignement vaginal est très abondant, si un malaise ou une perte de connaissance s’y ajoute, ou si vous n’arrivez plus à uriner. Ce n’est pas dramatiser un lupus. C’est traiter une hémorragie ou une obstruction comme n’importe quelle autre urgence.

Entre deux rendez-vous, un carnet simple suffit. Date du dernier frottis ou test HPV, résultat, date du prochain contrôle, statut vaccinal. Beaucoup de patientes voient souvent le rhumatologue et rarement le gynécologue. Le suivi du col se perd alors dans la liste des prises de sang.

Que faire après un dépistage anormal ?

Un résultat anormal n’est pas un diagnostic de cancer. Il indique qu’il faut un contrôle plus proche ou un examen du col à la loupe (colposcopie), parfois avec une petite biopsie. Dans le schéma CDC repris par l’ASCCP pour le LED, le seuil d’alerte est plus bas que pour une femme à risque moyen.

Une cytologie plus grave qu’un simple ASC-US (cellules squameuses atypiques de signification indéterminée) oriente vers la colposcopie. Un ASC-US associé à un HPV positif, ou une lésion de bas grade (LSIL) ou plus, également. Un HPV 16 ou 18, même avec une cytologie normale, conduit à la colposcopie. Si le HPV est positif mais n’est ni 16 ni 18 et que la cytologie est normale, le co-test se répète à un an. Un ASC-US sans test HPV se contrôle par une nouvelle cytologie à 6-12 mois.

Ces règles sont américaines. En France, le laboratoire et le gynécologue suivent le circuit local (deuxième lecture, test HPV de triage, adresse en colposcopie). Ce qui ne change pas, c’est le principe. Un résultat « pas tout à fait normal » ne se range pas dans un tiroir jusqu’au prochain bilan annuel de lupus.

Si une lésion de haut grade est confirmée, elle se traite le plus souvent au cabinet ou en hôpital de jour, par destruction ou exérèse d’une petite zone du col. Le NCI le rappelle. Trouver et soigner une lésion avant qu’elle ne devienne un cancer est le but du dépistage. Après traitement, le rythme de surveillance, en général plus serré pendant quelques années, appartient au spécialiste.

Prévenez le rhumatologue du résultat. Certains immunosuppresseurs se discutent à la lumière d’une lésion HPV persistante. L’équipe pèse à la fois l’activité du LED et le col. Un texte général ne justifie pas d’arrêter un comprimé.

Quels autres facteurs surveiller au long cours ?

Le LED n’augmente pas seulement le risque lié au HPV. La méta-analyse de Zhang (2022) trouve un risque global de cancer de 1,62 et une mortalité par cancer de 1,52, avec un excès pour les lymphomes, le poumon, le foie, le vagin et la vulve. La Mayo Clinic écrit que le lupus « semble » élever le risque de cancer, tout en soulignant que cet excès reste limité. Cela appelle un suivi organisé, pas une panique.

Le tabac se cumule avec le LED. Le NCI en fait un facteur qui aide le HPV à haut risque à devenir une lésion. Arrêter de fumer aide aussi les poumons et le cœur, déjà mis à l’épreuve par la maladie. MedlinePlus recommande de rester à jour des vaccins, de limiter l’alcool, d’éviter le tabac et de prévoir un suivi cardiaque et osseux.

Le calendrier du col se discute à chaque changement de traitement. Commencer un immunosuppresseur, une biothérapie ou une forte corticothérapie est le bon moment pour vérifier la date du dernier prélèvement. EULAR 2017 proposait déjà d’offrir le vaccin HPV lorsque la maladie est calme. Moscicki et al. ajoutent qu’il vaut mieux, quand c’est possible, terminer la série vaccinale avant une greffe ou avant un traitement très immunosuppresseur.

Trois interlocuteurs se partagent souvent le dossier. Le rhumatologue connaît l’activité du LED et les molécules. Le médecin traitant tient le calendrier de dépistage organisé. Le gynécologue ou la sage-femme font le prélèvement et gèrent un résultat anormal. Une phrase dans le compte rendu, avec la date du prochain test, évite que chacun croie que l’autre s’en occupe.

Questions fréquentes

Le frottis seul suffit-il, ou faut-il un test HPV ?

Avant 30 ans, le schéma américain pour le LED s’appuie sur la cytologie annuelle, sans co-test de routine. À partir de 30 ans, le co-test (frottis et HPV) est une option, et un HPV 16 ou 18 positif oriente vers la colposcopie. En France, le choix entre cytologie et test HPV dépend du protocole local. Demandez quel examen a été prescrit et à quelle date le refaire.

La vaccination HPV remplace-t-elle le dépistage ?

Non. Le vaccin ne couvre pas tous les types oncogènes et n’agit pas sur une infection déjà installée. Moscicki et al. le disent sans ambiguïté. Même après 3 doses, le rythme de surveillance du LED reste celui d’un dépistage intensifié, pas celui de la population générale.

Un lupus uniquement cutané augmente-t-il le même risque ?

Les études de risque portent sur le lupus systémique (LED), pas sur le seul lupus discoïde. MedlinePlus distingue d’ailleurs les formes limitées à la peau. Si votre diagnostic est un LED, même peu actif et sans immunosuppresseur, le document américain de 2025 vous place quand même dans le groupe à rythme rapproché. Un doute sur le type exact de lupus se tranche avec le rhumatologue.

Peut-on se faire vacciner pendant une poussée de lupus ?

EULAR 2017 conseille de vacciner lorsque la maladie est stable ou inactive. Les petites études de tolérance ont surtout inclus des patientes peu actives. Une poussée en cours, une forte corticothérapie ou un rituximab récent sont des raisons de reculer la première dose de quelques semaines, sans abandonner la série. Le rhumatologue fixe le créneau.

Faut-il arrêter le dépistage du col après 65 ans ?

Pas automatiquement. Pour le LED, Moscicki et al. reprennent la logique CDC. On peut continuer au-delà de 65 ans, et l’arrêt se discute selon les derniers résultats, les antécédents de lésion et l’état général, pas selon l’âge seul. Une hystérectomie totale pour une cause bénigne change la question. C’est le chirurgien ou le gynécologue qui dit si un prélèvement de voûte reste utile.

Le tabac augmente-t-il encore le risque si le lupus est calme ?

Oui, le NCI identifie le tabac et le tabagisme passif comme des facteurs qui favorisent le passage d’un HPV à haut risque vers une lésion, indépendamment du LED. Une maladie calme ne neutralise pas cet effet. Arrêter de fumer reste l’un des leviers que vous contrôlez, avec le dépistage et, le cas échéant, la vaccination.

Conclusion

Le lupus systémique ne condamne pas à un cancer du col. Il rend plus fréquentes les lésions que le HPV laisse derrière lui, et les grandes cohortes retrouvent aussi un excès de tumeurs. L’écart le plus net, dans la cohorte suédoise de Wadström, concerne la dysplasie. Le cancer invasif n’y était pas significativement augmenté, ce qui plaide pour un dépistage qui trouve les lésions à temps plutôt que pour une angoisse sans levier.

Deux documents structurent aujourd’hui le conseil international. EULAR 2017 demandait une vigilance accrue sous immunosuppresseur et autorisait le vaccin HPV si la maladie est calme. La revue ASCCP de 2025 va plus loin et aligne toutes les femmes lupiques, traitées ou non, sur un rythme de type CDC VIH. Votre médecin en France appliquera la version locale de cette idée.

Le geste utile, dès que le dossier est sous les yeux, est de retrouver la date du dernier frottis ou test HPV et de demander si l’intervalle prévu pour vous est plus serré que celui du programme général.

Un saignement après un rapport, après la ménopause ou entre les règles, un écoulement inhabituel ou une douleur pelvienne nouvelle ne se « classent » pas comme une poussée de lupus. Il faut les montrer au médecin. Si le saignement est très abondant ou s’accompagne d’un malaise, le 15 ou le 112 reste le bon numéro.

Sources

  1. Wadström H, Arkema EV, Sjöwall C et al. : Cervical neoplasia in systemic lupus erythematosus: a nationwide study. Rheumatology (Oxford), 1 avril 2017.
  2. Chen Y, Wu X, Liu L : Association between systemic lupus erythematosus and risk of cervical atypia: A meta-analysis. Lupus, novembre 2021.
  3. Zhang M, Wang Y, Wang Y et al. : Association Between Systemic Lupus Erythematosus and Cancer Morbidity and Mortality: Findings From Cohort Studies. Frontiers in Oncology, 4 mai 2022.
  4. Moscicki AB, Flowers L, Huchko MJ et al. : Updated Review for Guidelines for Cervical Cancer Screening in Immunosuppressed Women Without HIV Infection. Journal of Lower Genital Tract Disease, 1 avril 2025.
  5. Andreoli L, Bertsias GK, Agmon-Levin N et al. : EULAR recommendations for women’s health and the management of family planning, assisted reproduction, pregnancy and menopause in patients with systemic lupus erythematosus and/or antiphospholipid syndrome. Annals of the Rheumatic Diseases, mars 2017.
  6. HPV Vaccine Recommendations. Centers for Disease Control and Prevention, 9 juillet 2024.
  7. People with Lupus. Centers for Disease Control and Prevention, 15 mai 2024.
  8. Lupus – Symptoms and causes. Mayo Clinic, 12 décembre 2025.
  9. Systemic lupus erythematosus. MedlinePlus, 28 janvier 2025.
  10. Cervical Cancer Causes, Risk Factors, and Prevention. National Cancer Institute, 2 août 2024.
  11. Cervical Cancer Symptoms. National Cancer Institute, 13 octobre 2022.

À propos de l’auteur

Pauline Cécile TessierRédactrice médicale

J’ai fait mes études d’infirmière à l’IFSI La Capelette. Après mon congé maternité, je me suis tournée vers la rédaction et la relecture de textes médicaux. Pour chaque article, je lis les recommandations officielles, les études et les guides cliniques, et j’utilise aussi des outils d’IA dans mon travail. Chaque affirmation peut être vérifiée dans les sources citées de l’article.