
Écouter ou pratiquer la musique peut réduire la douleur, l’anxiété et les symptômes dépressifs dans plusieurs situations de soin, en complément du traitement habituel et non à sa place. Une musicothérapie clinique n’est pas l’écoute d’une playlist à l’hôpital. C’est une séance conçue et menée par un musicothérapeute formé, avec des objectifs précis.
Beaucoup de familles attendent de la musique qu’elle « ramène » la mémoire d’un proche atteint de maladie d’Alzheimer. La revue Cochrane de mars 2025, qui rassemble 30 essais et 1 720 personnes, conclut plutôt à une légère baisse des symptômes dépressifs par rapport aux soins habituels, sans bénéfice clair sur la cognition ni sur l’agitation, et sans effet durable une fois les séances arrêtées.
Après une opération, une synthèse de 73 essais a observé une baisse de la douleur (différence moyenne standardisée −0,77) et de l’anxiété (−0,68). Au Royaume-Uni, le guide NICE NG236 de 2023 ne recommande pas la musicothérapie en routine après un AVC et demande d’abord des essais de meilleure qualité. Une exposition prolongée à 85 dB(A) ou plus peut aussi abîmer l’audition.
Quelle est la différence entre musicothérapie et écoute ?
La musicothérapie est un soin. Un professionnel formé évalue vos besoins, vos goûts, vos souvenirs liés aux morceaux, puis construit des séances (chanter, jouer, improviser, écouter et en parler). Mettre un casque pour se calmer peut aider, mais cela n’entre pas dans cette définition.
La musicothérapie s’inscrit dans une relation thérapeutique, avec un plan, des objectifs et un suivi, comme le décrit la fiche 2023 de la Cleveland Clinic. L’écoute au chevet, proposée par une infirmière pour détendre un patient, reste utile dans le quotidien hospitalier. Elle n’équivaut pas à un traitement individualisé. Vous n’avez pas besoin de savoir jouer d’un instrument. Les séances existent en hôpital, en établissement pour personnes âgées, en centre de santé mentale, à l’école ou en ambulatoire, seules ou en petit groupe.
Deux grandes familles d’expériences reviennent dans les essais. Les approches actives vous font produire du son (voix, percussions, improvisation). Les approches réceptives s’appuient sur l’écoute d’un morceau choisi, puis souvent sur une discussion. Le National Center for Complementary and Integrative Health (NCCIH) des États-Unis, dans sa synthèse de 2022, appelle « music medicine » l’écoute d’enregistrements proposée par des soignants qui ne sont pas musicothérapeutes. Cette distinction n’est pas un détail académique. Dans le cancer, les effets de la musicothérapie menée par un thérapeute sont plus stables d’un essai à l’autre que ceux de la simple diffusion d’un enregistrement.
En France, le titre, la formation et le remboursement ne suivent pas le modèle américain de certification « Music Therapist-Board Certified ». Votre médecin traitant, l’équipe de l’hôpital ou un pharmacien peuvent vous orienter vers l’offre locale. Personne ne devrait arrêter un médicament, une psychothérapie ou une rééducation au motif qu’une playlist « suffit ».

Comment la musique agit sur le cerveau et le stress
Chanter, jouer ou écouter active des réseaux du cerveau liés à l’attention, au mouvement, à la sensation et aux émotions. Le NCCIH rappelle que la musique fait libérer des neurotransmetteurs et des hormones qui colorent le souvenir, le plaisir et le lien social. Chez les musiciens, surtout ceux qui ont commencé tôt, certaines structures cérébrales sont plus volumineuses. Cela décrit une plasticité, pas une garantie de soin.
Le stress se mesure de deux façons. D’un côté, le ressenti (inquiétude, agitation, rumination). De l’autre, le corps (pouls, pression artérielle, hormones du stress). Une revue de 104 essais, soit 9 617 participants, résumée par le NCCIH en 2022, trouve un effet petit à moyen sur les marqueurs physiologiques et un effet moyen à large sur le ressenti. Une seconde analyse, limitée à la musicothérapie (47 essais, 2 747 personnes), observe un effet un peu plus marqué. Les auteurs attribuent l’écart à la possibilité d’ajuster la séance à la personne, ce que le casque seul ne fait pas.
Le tempo n’est pas magique, mais il n’est pas indifférent. Une musique très stimulante peut accélérer le pouls ; un morceau plus lent, avec des silences, s’accompagne parfois d’un ralentissement. Ces variations ne remplacent pas un traitement de l’hypertension ni un suivi cardiologique. Elles aident à comprendre pourquoi un même album apaise l’un et agace l’autre.
Trois précautions de lecture restent utiles devant les infographies qui promettent une « hormone du bonheur » :
- Un effet statistiquement détectable sur le cortisol n’équivaut pas à une disparition du stress chronique.
- La plupart des essais de laboratoire durent une séance, rarement des mois.
- Le goût musical, le souvenir attaché au morceau et le contexte (hôpital, salon, transport) pèsent autant que le genre. Les mécanismes existent. Les preuves cliniques restent souvent préliminaires.
La musique réduit-elle la douleur après une opération ?
Oui, dans plusieurs revues d’essais, l’écoute autour d’une intervention s’accompagne d’une douleur et d’une anxiété un peu plus basses, parfois d’une consommation d’analgésiques un peu moindre. L’effet n’est pas celui d’un morphinique, et la durée d’hospitalisation ne change pas.
La synthèse de Hole, Hirsch, Ball et Meads, publiée dans The Lancet en 2015, a porté sur 73 essais randomisés chez l’adulte (hors chirurgie du système nerveux central, de la tête et du cou). La musique baissait la douleur (différence moyenne standardisée −0,77), l’anxiété (−0,68) et l’usage d’analgésiques (−0,37), et améliorait la satisfaction. La durée de séjour ne différait pas. Le choix du morceau et le moment (avant, pendant ou après) pesaient peu dans les sous-groupes. L’effet persistait même lorsque le patient était sous anesthésie générale, ce qui écarte l’idée d’une simple distraction consciente.
Ces chiffres datent de 2015. Ils restent la grande photographie péri-opératoire souvent citée. Des revues plus récentes, citées par le NCCIH, retrouvent un soulagement de la douleur aiguë ou chronique, avec une hétérogénéité importante et un risque de biais élevé. Le patient qui choisit lui-même le morceau semble parfois mieux soulagé dans la douleur chronique ; ce n’était pas le facteur décisif dans la synthèse de 2015.
À l’hôpital, cela se traduit par des gestes simples. Un casque, une durée d’écoute compatible avec le monitorage, un volume qui laisse entendre les alarmes et les consignes. Demandez à l’équipe si l’écoute est autorisée au bloc ou en salle de réveil. N’apportez pas d’appareil qui gêne un accès veineux ou un dispositif stérile. La musique ne dispense pas du protocole antalgique prescrit.
La fibromyalgie illustre la même prudence. Une revue de 2020 (7 études, 334 personnes), rapportée par le NCCIH, suggère un bénéfice sur la douleur, l’humeur dépressive et la qualité de vie, avec un volume de recherche limité et une qualité faible. Ce n’est pas un argument pour retarder un suivi dans un centre douleur.
Dépression, anxiété et cancer, ce que montrent les revues
Ajoutée au traitement habituel, la musicothérapie peut baisser à court terme les symptômes dépressifs et l’anxiété. Elle n’a pas démontré, avec un niveau de preuve comparable, qu’elle vaut mieux qu’une psychothérapie, ni qu’elle guérit un épisode dépressif.
La revue Cochrane d’Aalbers et coll. (2017) a inclus 9 études et 421 personnes, de l’adolescent à la personne âgée. La musicothérapie plus les soins usuels l’emportait sur les soins usuels seuls, avec un effet large sur les scores du clinicien (différence moyenne standardisée −0,98) et du patient (−0,85). L’anxiété et le fonctionnement quotidien s’amélioraient aussi. La qualité de vie ne différait pas de façon convaincante. Les événements indésirables n’étaient pas plus fréquents. En revanche, la comparaison avec les psychothérapies restait trop petite pour trancher, et l’on ne savait pas si une forme (active ou réceptive) valait mieux qu’une autre.
Chez les adultes atteints de cancer, la mise à jour Cochrane de Bradt, Dileo, Myers-Coffman et Biondo (12 octobre 2021) s’appuie sur 81 essais et 5 576 participants. Les interventions musicales peuvent réduire l’anxiété (en moyenne 7,73 points sur l’échelle STAI de Spielberger, de 20 à 80), la dépression (différence −0,41), la douleur (−0,67) et, plus modestement, la fatigue (−0,28). Aucun effet indésirable n’a été rapporté. La certitude globale est faible ou très faible, car la plupart des essais sont à haut risque de biais. Les bénéfices sont plus cohérents lorsqu’un musicothérapeute conduit la séance. Pour la qualité de vie et la fatigue, un signal apparaît surtout de ce côté, pas du côté de la seule écoute enregistrée. Les données pédiatriques restent trop rares, hors une piste sur l’anxiété.
Ces résultats autorisent une discussion avec l’oncologue, l’équipe de soins de support ou le psychiatre. Ils n’autorisent pas d’arrêter un antidépresseur, une chimiothérapie ou un suivi psychologique. Si l’humeur s’assombrit, si le sommeil s’effondre, si des idées de mort apparaissent, contactez votre médecin sans attendre qu’une playlist « fasse effet ».
La musique aide-t-elle vraiment la mémoire dans la démence ?
Elle peut encore toucher une personne qui parle peu, et elle améliore probablement un peu l’humeur dépressive en institution. Elle n’a pas montré d’effet clair sur la mémoire, le raisonnement ou l’agitation, et l’avantage s’estompe souvent après l’arrêt des séances.
La mise à jour Cochrane de van der Steen et coll., publiée le 7 mars 2025 (données jusqu’au 30 novembre 2023), change le récit populaire. Trente essais, 1 720 personnes, surtout en établissement, au moins cinq séances. Par rapport aux soins habituels, les interventions musicales améliorent probablement légèrement les symptômes dépressifs (différence −0,23 ; 9 études, 441 personnes) et peuvent améliorer un peu les troubles du comportement globaux (différence −0,31). Elles n’améliorent probablement pas l’agitation ni l’agressivité. Cognition, bien-être émotionnel et anxiété ne bougent pas de façon convaincante. Quatre semaines ou plus après la fin, aucun effet durable n’apparaît, avec une certitude faible. Les effets indésirables graves n’ont pas été rapportés, mais ils étaient mal mesurés.
Ce constat ne vide pas la musique de son intérêt humain. Un proche peut encore fredonner un refrain d’enfance alors que les mots du quotidien se dérobent. Au Royaume-Uni, le standard de qualité NICE QS184 (28 juin 2019), adossé au guide NG97, demande d’offrir un éventail d’activités de bien-être adaptées aux goûts de la personne. La musicothérapie y figure parmi d’autres exemples (jardinage, art, réminiscence, marche). Ce n’est pas une ordonnance pour « soigner la démence ». C’est une invitation à proposer ce que la personne aime, sans surcharge sensorielle.
En France, les recommandations de la Haute Autorité de santé ne sont pas reprises ici. Demandez à l’équipe gériatrique ou au médecin traitant ce qui est proposé dans l’établissement. Un volume trop fort, ou plusieurs sources sonores en même temps, peuvent agiter plus qu’apaiser. Si un comportement change brutalement (fièvre, douleur, chute, confusion aiguë), cherchez d’abord une cause médicale plutôt qu’un « manque de musique ».
Que recommandent les guides après un AVC ou dans Parkinson ?
Après un AVC, certaines études de rééducation observent des gains sur la marche, l’équilibre, l’humeur ou l’attention. Le guide britannique NICE NG236 du 18 octobre 2023 ne prescrit pas pour autant la musicothérapie en routine. Il pose une question de recherche sur son efficacité clinique et son coût après un premier AVC ou une récidive.
Une revue de 2019 (27 études, 730 personnes), résumée par le NCCIH, trouve que la stimulation auditive rythmique, souvent un métronome couplé à la marche, aide la démarche et l’équilibre, tandis que l’écoute pendant une autre tâche aide l’humeur et certains aspects cognitifs. Ces signaux collent à l’idée que le rythme donne un appui moteur. Ils ne remplacent pas la physiothérapie, l’ergothérapie ni l’orthophonie. Le même guide NICE demande au moins trois heures de rééducation par jour, au moins cinq jours par semaine, pour les personnes qui le peuvent. La musique, si elle entre dans le programme, s’ajoute à ce cadre, elle ne le raccourcit pas.
Dans la maladie de Parkinson, trois pistes reviennent. La stimulation auditive rythmique (5 études, 209 personnes, 2021) améliore la vitesse de marche et la longueur du pas, avec une preuve de faible qualité. Les thérapies de mouvement en musique (17 études, 598 personnes) peuvent aider la motricité, l’équilibre, le blocage à la marche, la vitesse de marche et la santé mentale, sans effet clair sur la qualité de vie. Le chant a surtout été étudié pour la parole (7 études, 102 personnes, 2016), avec des signaux favorables dans cinq d’entre elles. Ici encore, le neurologue et le kinésithérapeute restent les interlocuteurs pour l’adaptation locale, le risque de chute et les interactions avec le traitement dopaminergique.
Un AVC en cours n’est pas un moment pour « tester un morceau ». Une faiblesse brutale d’un côté, une bouche croche, un trouble de la parole, un mal de tête en coup de tonnerre, une perte de vision, appellent le 15 ou le 112.

Insomnie, fibromyalgie et autres usages étudiés
Hors bloc opératoire et hors dépression caractérisée, les données sont plus dispersées. Certaines pistes tiennent, d’autres non, et presque toutes reposent sur des essais courts.
Pour l’insomnie, une revue Cochrane de 2022 (13 études, 1 007 personnes), citée par le NCCIH, n’a pas trouvé d’effet sur la gravité de l’insomnie par rapport à l’absence de traitement. Elle suggère en revanche, avec une certitude modérée, une meilleure qualité de sommeil ressentie, et, avec une certitude faible, un endormissement un peu plus rapide. Chez les personnes âgées, les résultats sont mêlés. Un disque au coucher peut donc être un rituel utile. Il ne remplace pas un bilan si les apnées, les jambes sans repos, un médicament ou une dépression empêchent de dormir.
D’autres champs, toujours d’après la fiche NCCIH de 2022, restent modestes.
- Pour la BPCO, 12 études (812 personnes) suggèrent un effet sur l’essoufflement, l’anxiété et le sommeil, pas sur la dépression.
- Dans la sclérose en plaques, dix essais aident la marche, l’équilibre et l’humeur, sans effet clair sur la mémoire.
- Pour la schizophrénie, 18 études (1 212 personnes) peuvent aider les symptômes négatifs, sans réduire les hallucinations.
- Dans l’autisme, un essai multinational de 364 enfants n’a pas montré d’avantage net sur la communication sociale.
- Pour les acouphènes, les thérapies sonores n’apportent qu’un soulagement modeste, et la musique « encochée » n’a pas convaincu.
Le fil commun est la modestie. Un usage quotidien reste possible s’il vous convient. Un diagnostic, un traitement de fond et un suivi ne se délèguent pas à une application.
Volume trop fort, souvenirs douloureux et crises
La musique comporte des risques dès qu’elle est trop forte, trop liée à un traumatisme, ou, très rarement, lorsqu’elle déclenche une crise d’épilepsie. Les essais de musicothérapie ne signalent en général pas d’effets indésirables graves, ce qui n’efface pas ces risques du quotidien.
Des sons à 70 dB(A) ou moins, même longtemps, n’abîment en principe pas l’audition, selon la page du National Institute on Deafness and Other Communication Disorders mise à jour le 16 avril 2025. Une exposition longue ou répétée à 85 dB(A) ou plus le peut. Une conversation se situe vers 60 à 70 dB(A). Un casque au volume maximal, un concert ou un événement sportif montent souvent à 94–110 dB(A). Les cellules ciliées de l’oreille interne ne se régénèrent pas chez l’humain. Un sifflement (acouphène) après une soirée trop forte, une impression que les voix sont étouffées, un besoin de monter le téléviseur, sont des signes d’alerte. Écartez-vous de la source, baissez le volume, protégez les enfants trop jeunes pour le faire seuls.
Un morceau peut aussi faire ressurgir un deuil, une agression, une période de guerre, comme le soulignent le NCCIH et la Cleveland Clinic. Le musicothérapeute interroge l’histoire et les déclencheurs pour ajuster le répertoire ; une playlist automatique ne le fait pas. Jouer beaucoup d’un instrument peut provoquer douleur et blessure de surcharge. Danser ou taper du pied sans tenir compte d’une hanche opérée, d’un Parkinson ou d’un risque de chute, expose à une chute.
L’épilepsie musicogène est une épilepsie réflexe rare, où un style, un instrument, parfois un hymne, déclenche une crise. L’Epilepsy Foundation la classe parmi les réflexes complexes, distincts des crises sonores simples, elles aussi très rares. Si un morceau est suivi, de façon répétée, d’une perte de contact, de convulsions, d’une chute ou d’une confusion, arrêtez ce stimulus et voyez un neurologue. Ce n’est pas un argument pour interdire la musique à toutes les personnes épileptiques. C’est un argument pour ne pas transformer une synchronicité cérébrale observée en laboratoire en « traitement des crises ».
Quand parler de musique à votre médecin
Parlez-en lorsque la musique devient un outil de soin (douleur, dépression, démence, rééducation) ou lorsqu’elle devient un problème (volume, souvenir douloureux, crise). Le médecin n’a pas à « aimer le même groupe que vous ». Il a à situer l’écoute dans le reste du traitement.
Les situations suivantes justifient un rendez-vous, parfois un appel d’urgence. Elles ne font pas de la musique un danger en soi. Elles évitent de perdre du temps sur un symptôme qui relève d’un autre diagnostic.
| Situation | Ce que vous pouvez faire | Quand consulter |
|---|---|---|
| Douleur après une opération | Demander si un casque est autorisé, garder un volume bas | Douleur non contrôlée, fièvre, saignement, gêne respiratoire (15 ou 112) |
| Tristesse, anxiété, cancer | Tenir un rituel d’écoute, sans arrêter le traitement | Idées de mort, impossibilité de s’alimenter, panique (médecin, 15 ou 112) |
| Démence en établissement | Proposer des morceaux connus, sans télévision en fond | Confusion brutale, fièvre, chute, refus alimentaire |
| Rééducation après AVC | Intégrer le rythme seulement si l’équipe l’inclut | Nouveau déficit, mal de tête brutal, trouble de la parole (15 ou 112) |
| Concert, casque très fort | S’éloigner, faire des pauses, protéger les enfants | Acouphène persistant, oreille bouchée, baisse d’audition soudaine |
| Crise pendant un morceau | Arrêter le morceau, allonger la personne, chronométrer | Convulsions, perte de connaissance, première crise (15 ou 112) |
Apportez des faits, pas un genre musical. Depuis quand écoutez-vous, à quel volume, combien de minutes, avec quel effet sur la douleur cotée de 0 à 10, sur le sommeil, sur l’humeur. Si un soignant hospitalier propose de la musique autour d’un geste, demandez si un musicothérapeute intervient ou s’il s’agit d’une écoute enregistrée. Les deux peuvent coexister. Ils n’ont pas le même niveau de preuve.
Un enfant peut participer. Les séances s’adaptent à l’âge, au comportement et aux apprentissages, selon la Cleveland Clinic. Les données pédiatriques, hors quelques essais en cancérologie, restent minces. Le pédiatre reste le filtre avant d’en faire un « programme ».
Comment utiliser la musique au quotidien sans remplacer les soins
Vous pouvez l’utiliser comme un geste de confort, à condition de garder le volume raisonnable et de ne pas en faire un substitut médical. Le bénéfice le plus reproductible concerne la douleur et l’anxiété péri-opératoires, le stress ressenti, et, en complément, les symptômes dépressifs à court terme.
Quelques repères concrets aident à rester du bon côté de la preuve.
- Choisissez vous-même le répertoire lorsque c’est possible, surtout en douleur chronique.
- Limitez-vous à une écoute que vous pourriez encore commenter à voix haute, signe que le volume laisse de la place à la parole.
- Pour un proche atteint de démence, préférez des morceaux familiers, à volume modéré, sans second bruit de fond.
- Après un AVC ou dans Parkinson, ne « bricolez » pas un métronome à la place des séances prescrites.
- Si un morceau vous serre la gorge au point de vous figer, changez, et parlez-en si cela se répète.
Les hôpitaux n’ont pas tous un musicothérapeute. Demandez au cadre de service, à l’équipe douleur ou aux soins de support ce qui existe. À domicile, une écoute régulière, dans un fauteuil stable, suffit comme essai personnel. Notez ce qui change et ce qui ne change pas. Apportez cette note à la prochaine consultation. Les personnes appareillées, porteuses d’un implant ou d’un stimulateur, suivent les consignes du médecin, pas un conseil générique.
Questions fréquentes
Faut-il aimer la musique classique pour en tirer un bénéfice ?
Non. Les revues péri-opératoires n’ont pas trouvé que le genre décidait du résultat, et plusieurs essais de douleur chronique favorisent le morceau choisi par la personne. Un répertoire qui vous est étranger, imposé pour « être thérapeutique », peut irriter. L’essentiel est que vous puissiez l’écouter sans crispation, à un volume sûr.
La musicothérapie remplace-t-elle les médicaments contre la dépression ?
Non. La revue Cochrane de 2017 montre un bénéfice à court terme lorsqu’elle s’ajoute aux soins habituels, pas lorsqu’elle les remplace. La comparaison avec les psychothérapies est trop faible pour trancher. N’arrêtez pas un antidépresseur, un suivi ou une hospitalisation sur la foi d’une séance.
Peut-on écouter de la musique pendant une anesthésie générale ?
Dans la synthèse du Lancet de 2015, un effet sur la douleur persistait même sous anesthésie générale. Cela ne signifie pas que tous les blocs l’autorisent. Le matériel, la stérilité, le monitorage et le type d’intervention tranchent. Posez la question à l’anesthésiste lors de la consultation.
Combien de temps une séance doit-elle durer ?
Il n’existe pas de durée unique validée comme une posologie. Les essais péri-opératoires varient beaucoup ; la méta-analyse de 2015 n’a pas identifié le moment de l’écoute comme facteur décisif. En démence, la Cochrane 2025 exigeait au moins cinq séances pour entrer dans l’analyse. Demandez au professionnel qui vous suit un cadre (durée, fréquence, objectifs), puis réévaluez.
Un enfant peut-il suivre une musicothérapie ?
Oui, les musicothérapeutes travaillent aussi avec les enfants, sans exiger de talent musical. Dans le cancer pédiatrique, trop peu d’essais permettent de conclure, hors une piste sur l’anxiété. Dans l’autisme, un grand essai n’a pas montré d’avantage net sur la communication sociale. Le pédiatre reste l’interlocuteur pour décider si une séance a sa place à côté des soins déjà en cours.
La musique peut-elle déclencher une crise d’épilepsie ?
Oui, mais c’est rare. L’épilepsie musicogène est une forme réflexe où un stimulus musical précis déclenche la crise. Si le lien se répète, évitez ce morceau et consultez un neurologue. Pour la plupart des personnes épileptiques, écouter de la musique n’est pas un facteur déclenchant identifié. Une première crise, des convulsions ou une perte de connaissance relèvent du 15 ou du 112.

Conclusion
La musique peut être un soin d’appoint utile, surtout contre la douleur et l’anxiété autour d’une opération, et, ajoutée au traitement habituel, contre des symptômes dépressifs à court terme. Elle n’efface pas une démence, ne répare pas à elle seule un AVC, et ne se substitue pas aux médicaments ni à la rééducation. La distinction entre une séance menée par un musicothérapeute et une écoute enregistrée explique une partie des écarts entre essais.
Si vous avez une intervention prévue, posez à l’anesthésiste une question précise, à savoir si un casque est possible, à quel moment et à quel volume. Si vous accompagnez un proche atteint de démence, demandez à l’établissement quelles activités de bien-être existent réellement, plutôt que d’espérer un réveil de la mémoire. Si l’humeur, la douleur, une crise ou l’audition dérapent, le prochain geste utile est un appel au médecin traitant, ou au 15 ou au 112 lorsque les signes d’urgence du tableau ci-dessus sont là.
Gardez un volume sous le seuil où la conversation devient impossible. Ce geste, banal, protège l’oreille tout en laissant à la musique le peu qu’on peut lui demander sans se mentir, un soulagement mesurable, pas une guérison.
Sources
- Music and Health: What You Need To Know. National Center for Complementary and Integrative Health, septembre 2022.
- Music Therapy: Types & Benefits. Cleveland Clinic, 18 juillet 2023.
- Bradt J, Dileo C et al. : Can music interventions benefit people with cancer?. Cochrane Database of Systematic Reviews, 12 octobre 2021.
- van der Steen JT, van der Wouden JC et al. : Does music-based therapy help people with dementia?. Cochrane Database of Systematic Reviews, 7 mars 2025.
- Aalbers S, Fusar-Poli L et al. : Music therapy for depression. Cochrane Database of Systematic Reviews, 16 novembre 2017.
- Stroke rehabilitation in adults. National Institute for Health and Care Excellence, 18 octobre 2023.
- Quality statement 5: Activities to promote wellbeing. National Institute for Health and Care Excellence, 28 juin 2019.
- Hole J, Hirsch M et al. : Music as an aid for postoperative recovery in adults: a systematic review and meta-analysis. The Lancet, 12 août 2015.
- Noise-Induced Hearing Loss. National Institute on Deafness and Other Communication Disorders, 16 avril 2025.
- Reflex Epilepsies. Epilepsy Foundation, 10 septembre 2019.
