
Le trouble bipolaire s’accompagne souvent d’un vieillissement biologique plus rapide que l’âge civil. Les télomères, extrémités protectrices des chromosomes, sont en moyenne plus courts, et des maladies habituellement liées à l’âge (cœur, diabète, excès de poids) apparaissent plus tôt. Ce décalage n’est pas une condamnation individuelle. Toutes les personnes concernées ne vieillissent pas au même rythme.
Le risque le plus concret n’est pas un test de laboratoire. D’après la fiche de l’OMS, les personnes qui vivent avec ce trouble meurent en moyenne 13 ans plus tôt que le reste de la population. Le tabac, l’alcool, les maladies cardiovasculaires ou respiratoires et un accès plus difficile aux soins pesent dans cet écart.
Une méta-analyse de 2025, sur 2 330 patients et 2 912 témoins, trouve des télomères plus courts (g de Hedges −0,42). Une autre synthèse, sur 678 353 personnes, estime le risque de décès toutes causes à peu près doublé (rapport de risques 2,02). Le NICE britannique demande au moins un bilan physique annuel (poids, tension, glycémie ou HbA1c, lipides, foie).
Âge civil et âge biologique, ce qui change
L’âge civil compte les années depuis la naissance. L’âge biologique décrit l’usure réelle des cellules, des vaisseaux et du cerveau. Deux personnes nées la même année peuvent donc avoir des organes qui « datent » très différemment. Dans le trouble bipolaire, plusieurs équipes cherchent à savoir si cette usure avance plus vite que chez des témoins du même âge.
Les télomères servent de marqueur le plus étudié. Ce sont des répétitions d’ADN (séquence TTAGGG) placées aux extrémités des chromosomes. À chaque division, ils raccourcissent un peu. Quand ils deviennent trop courts, la cellule cesse de se diviser ou meurt. Le tabac, le surpoids, le stress chronique et certaines inflammations accélèrent cette perte. Une enzyme, la télomérase, peut au contraire rallonger ces extrémités.
Ce trouble n’est pas rare. L’OMS estime qu’en 2023, 36 millions de personnes (0,4 % de la population mondiale) vivaient avec un trouble bipolaire, dont environ 32 millions d’adultes. Aux États-Unis, le NIMH retient 2,8 % des adultes sur l’année écoulée et 4,4 % au cours de la vie, d’après l’enquête NCS-R (2001-2003). Parmi les cas de l’année, 82,9 % avaient une gêne jugée sérieuse. Ces chiffres décrivent des populations différentes. Ils rappellent surtout qu’il ne s’agit pas d’une affection marginale.
Le lien avec le vieillissement n’est pas seulement théorique. Les personnes concernées ont plus souvent une maladie cardiovasculaire, un trouble thyroïdien ou une obésité, selon la Mayo Clinic. La Cleveland Clinic ajoute le cœur et l’excès de poids parmi les affections qui coexistent souvent. Le vieillissement biologique est une façon de relier ces faits. Il ne remplace ni le diagnostic psychiatrique ni le suivi somatique.
- L’âge civil ne dit pas à quelle vitesse les cellules s’usent chez une personne donnée.
- Les télomères mesurent une usure cellulaire, pas l’humeur du moment.
- Un marqueur raccourci n’annonce pas à lui seul une maladie d’organe.
- Le suivi utile reste clinique (humeur, poids, tension, analyses), pas un kit « âge biologique ».

Les télomères sont-ils vraiment plus courts
Oui, en moyenne, d’après la synthèse la plus récente. Uzman Ozbek, Akyol et Bora ont réuni 24 études (2 330 personnes avec un trouble bipolaire, 2 912 témoins) publiées jusqu’en novembre 2024. La longueur des télomères était plus courte chez les patients (g de Hedges −0,42 ; intervalle de confiance à 95 % de −0,60 à −0,21). Les auteurs y voient un vieillissement cellulaire associé à la maladie, tout en demandant des suivis longitudinaux.
L’effet n’est pas identique partout. Les écarts d’indice de masse corporelle entre groupes pesaient sur la taille de l’effet. En revanche, les sous-groupes selon la prise de lithium, la durée de maladie, la méthode de mesure, l’exclusion des consommations de substances, la qualité de l’étude ou une période de stabilité de l’humeur ne changeaient pas le résultat de façon statistiquement nette. Autrement dit, le lithium n’efface pas, à l’échelle de cette synthèse, la différence moyenne avec les témoins.
Les premières études isolées allaient dans des sens opposés. Certaines trouvaient des télomères plus courts, d’autres plus longs, souvent chez des patients traités au long cours par le lithium. Powell et ses collègues, en 2017, ont mesuré l’ADN buccal de 63 patients, 74 parents au premier degré et 80 témoins non apparentés. Les parents sans trouble psychiatrique avaient des télomères plus courts que les témoins. Les patients sous lithium avaient des télomères plus longs que ceux qui n’en prenaient pas.
Cette étude de 2017 reste utile pour le risque familial. Elle ne clôt pas le débat. L’échantillon est petit, les patients étaient en rémission, et la mesure se faisait sur frottis buccal, pas sur sang. La méta-analyse de 2025, plus large, donne la lecture d’ensemble. Elle ne dit pas non plus que chaque personne suivie pour un trouble bipolaire a des télomères courts. Elle décrit une moyenne, avec une hétérogénéité encore importante.
Un test commercial d’« âge télomérique » n’a pas sa place dans le diagnostic. Ni le NIMH, ni la Mayo Clinic, ni le NICE ne fondent le diagnostic sur cette mesure. Le diagnostic reste clinique, sur l’histoire des épisodes maniaques, hypomaniaques et dépressifs.
Un sous-groupe de jeunes déjà marqués
Le raccourcissement n’est pas uniformément réparti. Dans la cohorte française FACE-BD, Spano, Marie-Claire, Etain et leurs collègues ont mesuré les télomères sanguins de 542 personnes (âge médian 33 ans, 64,4 % de femmes). Un algorithme de classification a séparé trois groupes. L’un rassemblait des personnes plus âgées (moyenne 51,73 ans) avec des télomères déjà courts. Un autre rassemblait des jeunes (moyenne 29,02 ans) aux télomères encore longs. Entre les deux, 265 personnes jeunes (moyenne 29,64 ans) avaient une longueur comparable à celle du groupe le plus âgé.
Aucune des variables cliniques testées (type de trouble, nombre d’épisodes, âge de début, tabac, traumatismes infantiles, lithium, antipsychotiques, antidépresseurs) n’était nettement liée à ce groupe « jeune déjà usé ». L’absence de lien statistique ne prouve pas l’absence de cause. Elle montre surtout que l’on ne peut pas, aujourd’hui, reconnaître ce profil à l’œil nu dans un cabinet.
Sur un sous-échantillon de 129 personnes, l’expression de 29 gènes liés à l’âge ou à l’entretien des télomères a été comparée. MYC, POT1 et CD27 étaient moins exprimés dans le groupe jeune aux télomères courts. Après ajustement sur l’âge, le sexe, l’IMC et le tabac, seul POT1 restait différent. POT1 fait partie du complexe shelterin, qui protège l’extrémité du chromosome. Une baisse d’expression pourrait favoriser le raccourcissement. Cette piste reste exploratoire. Les auteurs n’ont pas comparé ces niveaux à ceux de témoins sains, et l’activité de la télomérase n’a pas pu être mesurée.
Pour vous, le message est plus simple que le nom du gène. Une partie des personnes encore jeunes sur le papier peut déjà porter une usure cellulaire d’un âge plus avancé. Cela justifie d’autant plus un suivi métabolique précoce, pas un test génétique de POT1 en ville.
Pourquoi la mortalité arrive plus tôt
Le vieillissement biologique n’est pas qu’un sujet de laboratoire. Il se lit aussi dans les courbes de mortalité. Biazus, Beraldi, Tokeshi et leurs collègues ont réuni 57 échantillons (678 353 personnes) dans Molecular Psychiatry en 2023. Le risque de décès toutes causes était à peu près doublé (RR 2,02 ; intervalle 1,89 à 2,16). Le suicide avait le rapport le plus élevé (RR 11,69). Les morts dites naturelles étaient aussi plus fréquentes (RR 1,90), de même que les décès cardiovasculaires (RR 1,76), respiratoires (RR 3,18) et cérébrovasculaires (RR 1,57). La mortalité par cancer, elle, n’était pas augmentée (RR 0,99).
Chan, Tong, Wong, Chen et Chang, dans The British Journal of Psychiatry en 2022, ont traduit cet excès en années. Sur 13 études (128 989 personnes), la moyenne pondérée des années de vie potentiellement perdues était de 12,89 ans. L’espérance de vie regroupée, sur 11 études, était de 66,88 ans (70,51 ans chez les femmes, 64,59 ans chez les hommes). L’OMS reprend ce travail pour écrire que les personnes concernées meurent en moyenne 13 ans plus tôt. La synthèse de 2022 fournit le chiffre unique le plus précis.
Les causes de cet écart ne se réduisent pas au suicide, même si celui-ci reste grave et fréquent. Biazus et ses collègues rappellent le poids des maladies physiques, des effets indésirables des traitements, d’un accès inégal aux soins et, probablement, de mécanismes inflammatoires ou oxydatifs propres à la maladie. L’OMS ajoute que beaucoup de personnes sont mal diagnostiquées ou non traitées, et qu’elles rencontrent plus souvent le tabac, l’alcool et une maladie cardiovasculaire ou respiratoire.
Ces chiffres sont des moyennes de populations. Ils ne prédisent pas votre durée de vie. Ils indiquent surtout où agir. Réduire le risque cardiovasculaire, soigner un diabète, arrêter le tabac et traiter l’humeur ne « rajeunissent » pas un chromosome. Ils ciblent les causes de décès les plus évitables.
Lithium et marqueurs d’âge, espoir et limites
Le lithium est le traitement de fond le plus étudié pour l’humeur, pas un médicament « anti-âge ». Le NICE britannique (CG185) le propose en première ligne pour le traitement au long cours, car il reste le plus efficace pour prévenir les rechutes. Cela n’autorise pas à le commencer dans le seul espoir de rallonger des télomères.
Plusieurs travaux cliniques lient malgré tout un traitement chronique à des télomères plus longs et à une activité plus élevée de la télomérase. Courtes, Fries et leurs collègues ont passé en revue 19 études (sur 6 400 notices) en 2024. Le lithium dominait la littérature. L’effet le plus reproduit était un allongement des télomères sanguins, surtout après une prise prolongée. Des résultats négatifs existaient aussi. Les méthodes de mesure restent peu standardisées. Le valproate et la lamotrigine n’ont, pour l’instant, que des signaux faibles.
Chez Powell et ses collègues, les patients sous lithium avaient des télomères plus longs que les patients non traités et que les parents. La dose moyenne était de 904 mg (600 à 1 200 mg) et la durée moyenne de 3,8 ans, dans cet échantillon seulement. Ni la dose ni la durée ne corrélaient avec la longueur des télomères dans cette étude. On ne peut donc pas en tirer une posologie « pour l’âge biologique ».
Le NICE fixe, pour les personnes qui commencent le lithium, un objectif de lithiémie entre 0,6 et 0,8 mmol/L. Un essai à 0,8-1,0 mmol/L peut être discuté après une rechute ou des symptômes résiduels gênants. La lithiémie se contrôle une semaine après le début ou un changement de dose, puis tous les trois mois la première année, puis tous les six mois (tous les trois mois dans certains groupes à risque). Le médecin français applique la pratique locale. Ces chiffres britanniques servent de repère, pas d’ordonnance.
Le lithium exige un suivi de laboratoire. Le NICE demande de contrôler le rein, la thyroïde et la calcémie. Il déconseille les anti-inflammatoires non stéroïdiens en vente libre, qui peuvent faire monter la lithiémie. Confusion, vomissements importants, secousses musculaires marquées ou trouble de la vision doivent faire consulter en urgence, d’après la Cleveland Clinic. Ces signes parlent d’intoxication, pas de vieillissement.
Cœur, diabète et poids, le terrain métabolique
Le raccourcissement des télomères et la surmortalité cardiovasculaire se rencontrent sur le même terrain. La Mayo Clinic range les maladies cardiaques, les troubles thyroïdiens et l’obésité parmi les problèmes de santé physique qui coexistent souvent avec le trouble bipolaire. La Cleveland Clinic cite aussi le cœur et l’excès de poids. Ces affections ne sont pas de simples « détails » à côté de l’humeur. Elles pèsent sur l’espérance de vie.
Le NICE demande d’identifier tôt une hypertension, un bilan lipidique anormal, une obésité ou un risque d’obésité, un diabète ou un risque de diabète, et l’inactivité. Il renvoie ensuite vers ses guides britanniques sur ces sujets. En France, le médecin traitant et le psychiatre se partagent souvent ce suivi. On cherche les facteurs de risque cardiovasculaire au lieu d’attendre un infarctus. Le médecin applique la recommandation locale.
Une partie du risque vient des traitements. L’OMS note que certains médicaments peuvent provoquer somnolence, tremblements ou changements métaboliques, dont une prise de poids. Ces effets réduisent parfois l’observance. Ils ne justifient pas d’arrêter un thymorégulateur ou un antipsychotique sans avis. Ils justifient de peser, de mesurer le tour de taille et de contrôler la glycémie quand le traitement change.
Le tabac et l’alcool aggravent le tableau. L’OMS les cite parmi les habitudes plus fréquentes dans ce trouble. Ils multiplient les maladies cardiovasculaires et respiratoires. Arrêter de fumer et réduire l’alcool n’est pas un conseil vague de « bien-être ». C’est l’un des leviers les plus concrets sur l’écart de mortalité.
Le marqueur utile au quotidien tient dans une balance, un brassard et une prise de sang, pas dans un test d’âge cellulaire.
Quel bilan physique demander chaque année
Un bilan annuel ne « mesure » pas le vieillissement biologique. Il cherche ce qui le traduit en risque de maladie. Après le transfert des soins physiques vers la médecine de premier recours, le NICE (CG185) demande un contrôle chaque année au minimum, centré sur le cœur, le diabète, le poids et les maladies respiratoires. Une copie des résultats doit aller au psychiatre et au dossier de soins secondaires, dans l’organisation britannique. En France, vous pouvez demander que le médecin traitant et le psychiatre reçoivent les mêmes chiffres.
Le contenu du bilan est précis. Le NICE y met le poids ou l’IMC, l’alimentation, l’état nutritionnel et l’activité physique ; le pouls et la tension ; une glycémie à jeun ou une HbA1c et un bilan lipidique ; les enzymes du foie. Sous lithium au long cours s’ajoutent la fonction rénale, la thyroïde et la calcémie. Ce n’est pas une liste à faire « un jour ». C’est le minimum britannique, à adapter avec votre médecin.
| Élément du bilan (NICE CG185) | À quoi il sert | Rythme habituel |
|---|---|---|
| Poids ou IMC, alimentation, activité | Repérer une prise de poids et une sédentarité | Tous les 12 mois |
| Pouls et tension artérielle | Dépister une hypertension et un risque cardiaque | Contrôle annuel |
| Glycémie à jeun ou HbA1c | Repérer un diabète ou un prédiabète | Une fois par an |
| Bilan lipidique | Chercher une dyslipidémie | Chaque année |
| Bilan hépatique | Surveiller le foie, surtout sous certains traitements | Bilan annuel |
| Rein, thyroïde, calcium (si lithium) | Dépister les effets du lithium | Souvent tous les 6 mois |
Un bilan isolé ne suffit pas si rien n’est traité ensuite. Le NICE demande d’agir dès qu’une hypertension, un cholestérol trop haut, un poids qui grimpe ou une glycémie anormale apparaît. Si le poids augmente vite, si les lipides se dégradent ou si le sucre devient difficile à contrôler, il faut regarder ensemble le médicament, l’état psychique, les autres maladies et le mode de vie.
Apportez les derniers résultats à la consultation suivante. Notez le poids actuel, la tension, l’HbA1c, le LDL et, si vous prenez du lithium, la lithiémie, la créatinine et la TSH. Cette liste tient sur une feuille. Elle oriente mieux la discussion qu’une question générale sur le « vieillissement ».
Hippocampe, mémoire et volume cérébral
Les télomères ne parlent pas seulement du sang. Dans l’échantillon de Powell, Dima, Frangou et Breen, une longueur plus grande allait de pair avec un hippocampe plus volumineux, à gauche comme à droite, et avec un meilleur rappel différé au test des paires verbales. L’association valait pour l’ensemble des participants, patients, parents et témoins. Elle ne prouve pas qu’un télomère court « rétrécit » l’hippocampe. Elle relie un marqueur d’usure cellulaire à une région impliquée dans la mémoire et les émotions.
Le volume hippocampique ne différait pas clairement d’un groupe à l’autre une fois l’âge et le sexe pris en compte. La dose et la durée du lithium ne prédisaient pas non plus ce volume. Un télomère plus court s’accompagnait d’une mémoire épisodique un peu plus faible, sans que l’imagerie ne sépare nettement les familles.
Ces données ne justifient ni une IRM de routine pour « voir l’âge du cerveau », ni un test de télomères pour expliquer un trou de mémoire. Un oubli fréquent, une désorientation ou une baisse nette des capacités doit faire parler le médecin. Dépression, médicaments, sommeil ou thyroïde expliquent souvent mieux le tableau qu’un marqueur d’âge cellulaire.
Un sommeil régulier, le traitement d’un épisode dépressif et la réduction de l’alcool aident la mémoire. Ni l’OMS ni la Mayo Clinic ne recommandent un complément vendu pour les télomères.
Sommeil, tabac et rythme quotidien
Ni l’OMS ni la Mayo Clinic ne proposent de régime pour rallonger les télomères. Elles décrivent des habitudes qui réduisent les rechutes et le risque physique. L’OMS recommande un sommeil régulier, une activité physique, une alimentation équilibrée, moins de facteurs de stress et un suivi de l’humeur, en plus des médicaments et d’une psychothérapie. La Mayo Clinic insiste sur le sommeil, l’arrêt des drogues et de l’alcool, et la prise régulière du traitement.
Le sommeil est un levier à part. Un manque de sommeil peut déclencher un virage maniaque ou hypomaniaque. Un excès de sommeil accompagne souvent la dépression. Garder des horaires stables, y compris le week-end, n’est pas une lubie de « routine ». C’est une partie du traitement, au même titre qu’un comprimé. Si le travail de nuit ou les vols long-courriers sont fréquents, signalez-le. Le médecin pourra en tenir compte.
Le tabac mérite une phrase nette. Il est plus fréquent dans ce trouble, d’après l’OMS, et il accélère les maladies cardiovasculaires et respiratoires, premières causes de morts naturelles en excès. Un accompagnement au sevrage (consultation, substituts, suivi) a plus d’effet sur l’écart de mortalité qu’un discours sur les chromosomes. L’alcool et les autres substances, eux, déstabilisent l’humeur et compliquent les traitements.
L’activité physique entre dans le bilan annuel du NICE. Elle aide le poids, la tension, le sucre et, souvent, le sommeil. Il n’est pas nécessaire de viser un marathon. Des marches régulières, validées avec le médecin si le cœur est déjà malade, suffisent comme premier palier. Une prise de poids rapide après un antipsychotique ou un thymorégulateur doit être dite tôt.
- Un horaire de sommeil stable réduit le risque de bascule maniaque.
- Le tabac et l’alcool pèsent sur le cœur autant que sur l’humeur.
- Une prise de poids rapide après un nouveau médicament justifie un rendez-vous, pas l’attente du bilan suivant.
- L’activité physique fait partie du suivi, au même titre que la tension.
Quand consulter pour l’humeur et le corps
Consultez un médecin ou un psychiatre dès que des signes de manie ou de dépression s’installent, même si vous « fonctionnez encore ». La Mayo Clinic le dit sans détour. Le trouble ne s’arrange pas tout seul, et l’euphorie d’un virage maniaque fait souvent reculer la demande d’aide. Le NICE demande une orientation urgente vers un service spécialisé si une manie ou une dépression grave est suspectée, ou si la personne est un danger pour elle-même ou pour autrui.
Les pensées de suicide, les projets de se faire du mal, les hallucinations ou les délires changent la conduite à tenir. La Cleveland Clinic et la Mayo Clinic demandent alors une aide immédiate. En France, appelez le 15 (SAMU) ou le 112, ou rendez-vous aux urgences. Un proche peut appeler à votre place si vous n’y arrivez pas. Ce n’est pas « trop dramatique ». C’est le seuil retenu par ces sources.
Le corps a ses propres seuils. Une douleur thoracique, un essoufflement brutal, une faiblesse d’un côté, une parole embrouillée ou une vision qui bascule font le même numéro, 15 ou 112. Sous lithium, confusion, vomissements importants, secousses musculaires marquées ou changement de vision doivent aussi faire consulter tout de suite. Le NICE demande aussi un avis médical en cas de diarrhée, de vomissements ou de maladie aiguë, et de maintenir les apports en eau en cas de fièvre ou de forte transpiration.
| Situation | Conduite | Source |
|---|---|---|
| Manie, dépression grave, danger pour soi ou autrui | Avis spécialisé urgent | NICE CG185 |
| Idées suicidaires, hallucinations, délire | 15 ou 112, ou urgences | Mayo Clinic, Cleveland Clinic |
| Douleur thoracique, signes d’accident vasculaire | 15 ou 112 | OMS, surmortalité cardiovasculaire |
| Confusion, vomissements forts, vision altérée sous lithium | Aide immédiate | Cleveland Clinic |
| Poids qui grimpe vite, lipides ou glycémie anormaux | Médecin traitant ou psychiatre sous quelques jours | NICE CG185 |
| Bilan annuel absent depuis plus d’un an | Prendre rendez-vous pour le contrôle physique | NICE CG185 |
Entre deux crises, le rendez-vous utile est plus calme. Demandez si votre dernier bilan date de plus d’un an, si la tension et le poids ont été notés, et si, sous lithium, la lithiémie, le rein et la thyroïde sont à jour. Cette question est plus concrète qu’une demande d’« âge biologique ».
Questions fréquentes
Le trouble bipolaire raccourcit-il forcément l’espérance de vie ?
Non. Les moyennes de population montrent un écart d’environ 13 ans (OMS, d’après Chan et al., 2022) et un risque de décès à peu près doublé (Biazus et al., 2023). Votre trajet dépend du tabac, du poids, du cœur, du traitement et de l’accès aux soins. Ces leviers se discutent avec le médecin. Ils ne se lisent pas sur un test de télomères.
Un test de télomères sert-il au diagnostic ?
Non. Le diagnostic repose sur l’histoire des épisodes, un examen clinique et l’élimination d’autres causes, d’après la Mayo Clinic et la Cleveland Clinic. La longueur des télomères reste un outil de recherche. Elle varie avec l’âge, l’IMC, le tabac et la méthode de laboratoire. Un résultat isolé ne change pas le traitement.
Faut-il prendre du lithium pour rajeunir les cellules ?
Non. Le lithium se discute pour prévenir les rechutes, comme le NICE le propose en première ligne au Royaume-Uni. Des études lient un traitement chronique à des télomères plus longs, mais la revue de Courtes et al. (2024) signale aussi des résultats négatifs. Commencer ou arrêter ce médicament pour « l’âge biologique » n’a pas de base solide.
Quels examens physiques peut-on demander au médecin traitant ?
Le minimum britannique du NICE comprend poids ou IMC, pouls, tension, glycémie ou HbA1c, lipides et bilan du foie, une fois par an. Sous lithium s’ajoutent rein, thyroïde et calcium. En France, le médecin adaptera cette liste. Apporter les derniers résultats évite de tout recommencer.
Les frères, sœurs ou enfants ont-ils le même risque cellulaire ?
Ils peuvent partager une part du risque. Powell et al. (2017) ont trouvé des télomères plus courts chez des parents au premier degré, y compris sans trouble bipolaire. L’échantillon était petit. Cela n’implique pas de tester les télomères des proches. Un frère ou une sœur qui a des bascules d’humeur doit consulter pour l’humeur, pas pour un kit génétique d’âge.
Que faire si le traitement fait prendre du poids ?
Dites-le tôt au prescripteur. Le NICE demande de tenir compte du médicament, de l’état psychique et du mode de vie si le poids, les lipides ou la glycémie se dégradent. L’OMS rappelle que les changements métaboliques réduisent parfois l’observance. On ajuste souvent le traitement ou l’accompagnement, on n’arrête pas seul un thymorégulateur.
Conclusion
Le trouble bipolaire peut avancer l’horloge biologique, au sens des télomères et des maladies liées à l’âge. La méta-analyse de 2025 trouve des extrémités chromosomiques plus courtes en moyenne. Les synthèses de 2022 et 2023 chiffrent l’écart de mortalité à près de 13 ans et un risque de décès à peu près doublé, suicide compris, mais aussi cœur, poumons et vaisseaux. Une fraction de personnes encore jeunes porte déjà des télomères d’un âge plus avancé, sans signe clinique qui les distingue à coup sûr.
Le lithium peut accompagner des télomères plus longs chez certains patients. Il n’est pas un traitement du vieillissement, et il exige un suivi de la lithiémie, du rein et de la thyroïde. Les leviers qui changent le pronostic physique restent le tabac, le poids, la tension, le sucre, le sommeil et la continuité du soin psychique.
Sur une feuille, notez la date du dernier bilan, le poids, la tension, l’HbA1c, les lipides et, si vous prenez du lithium, la lithiémie et la créatinine. Demandez si ce contrôle a plus d’un an et ce qu’il faudrait traiter en premier. Si une douleur thoracique, des idées suicidaires ou des signes d’intoxication au lithium apparaissent, appelez le 15 ou le 112.
Sources
- Bipolar disorder. World Health Organization, 11 septembre 2026.
- Bipolar Disorder. National Institute of Mental Health, mis à jour en 2023.
- Bipolar disorder: assessment and management. National Institute for Health and Care Excellence, mise à jour en 2025.
- Bipolar disorder – Symptoms and causes. Mayo Clinic, 7 mai 2026.
- Bipolar Disorder: What It Is, Symptoms & Treatment. Cleveland Clinic, 20 avril 2026.
- Biazus TB, Beraldi GH, Tokeshi L et al. : All-cause and cause-specific mortality among people with bipolar disorder: a large-scale systematic review and meta-analysis. Molecular Psychiatry, 25 juillet 2023.
- Chan JKN, Tong CHY, Wong CSM et al. : Life expectancy and years of potential life lost in bipolar disorder: systematic review and meta-analysis. The British Journal of Psychiatry, septembre 2022.
- Uzman Ozbek S, Akyol K, Bora E : Does bipolar disorder accelerate cellular aging? A systematic review and meta-analysis of telomere length. European Neuropsychopharmacology, octobre 2025.
- Powell TR, Dima D, Frangou S et al. : Telomere Length and Bipolar Disorder. Neuropsychopharmacology, 16 juin 2017.
- Spano L, Marie-Claire C, Godin O et al. : Decreased telomere length in a subgroup of young individuals with bipolar disorders: replication in the FACE-BD cohort and association with the shelterin component POT1. Translational Psychiatry, 1er mars 2024.
- Courtes AC, Jha R, Topolski N et al. : Exploring accelerated aging as a target of bipolar disorder treatment: A systematic review. Journal of Psychiatric Research, décembre 2024.
