Le yaourt soigne-t-il une infection à levures ?

Le yaourt soigne-t-il une infection à levures ?

Le yaourt n’est pas un traitement validé d’une mycose vaginale (candidose vulvo-vaginale). Les recommandations américaines des CDC (2021) et la fiche de la Mayo Clinic (mise à jour en novembre 2024) placent les antifongiques azolés, crème, ovule ou fluconazole par voie orale, au premier rang, avec un soulagement des symptômes et des prélèvements négatifs chez 80 % à 90 % des personnes qui mènent le schéma à son terme.

Trois femmes sur quatre connaissent au moins un épisode dans leur vie, et 40 % à 45 % en ont deux ou plus, d’après les mêmes CDC. Pourtant, l’Office on Women’s Health des États-Unis (page mise à jour en octobre 2025) rappelle qu’environ deux acheteuses d’antifongique en vente libre sur trois n’ont pas réellement une infection à levures. Un produit laitier froid peut calmer un instant une muqueuse irritée sans traiter la cause, et ce délai peut faire manquer une vaginose, une trichomonase ou une simple irritation de contact.

Les CDC indiquent qu’il n’existe pas de preuves solides pour les probiotiques ou les préparations homéopathiques contre cette mycose. La Cleveland Clinic (2025) déconseille d’introduire du yaourt dans le vagin, y compris nature, parce que les sucres du lait peuvent nourrir Candida. Une revue Cochrane (2017) n’évalue que des gélules de probiotiques en appoint d’un antifongique, avec un gain court terme de faible certitude (risque relatif 1,14), sans effet clair à un ou trois mois.

Le yaourt soigne-t-il une mycose vaginale ?

Non. Ni le pot du rayon frais ni un tampon imbibé ne remplacent un azolé lorsque Candida a déjà provoqué démangeaisons, brûlures et pertes épaisses. La fiche CDC de 2021 le dit sans détour. Aucune preuve substantielle ne soutient les probiotiques ni les médicaments homéopathiques pour traiter une candidose vulvo-vaginale. La Mayo Clinic, en 2024, ajoute qu’aucune thérapie alternative n’a démontré qu’elle traite cette infection.

Le malentendu vient d’une analogie trop simple. Le vagin héberge souvent des lactobacilles protecteurs. Le yaourt contient d’autres bactéries lactiques, surtout des souches digestives. On en a déduit, à tort, qu’un aliment fermenté rétablirait l’équilibre vaginal comme un médicament. En laboratoire, certains lactobacilles inhibent Candida. Dans le vagin, levures et lactobacilles coexistent souvent sans s’éliminer, rappelle Harvard Health (2019).

Les essais parfois cités pour « prouver » le yaourt mélangent en réalité yaourt et miel, portent sur de petits effectifs, et mesurent surtout le confort immédiat. Ils ne correspondent pas aux schémas azolés qui, selon les CDC, négativent les cultures dans 80 % à 90 % des candidoses non compliquées. Un soulagement au froid n’est pas une guérison mycologique.

Manger un yaourt nature aux ferments vivants reste un aliment ordinaire, sans danger pour la plupart des adultes. L’enjeu est ailleurs. Présenter ce produit comme un traitement interne, avec les doigts ou un applicateur de tampon, n’est étayé ni par les CDC, ni par la Mayo Clinic, ni par la synthèse d’experts rédigée pour ces mêmes recommandations (Nyirjesy et coll., Clinical Infectious Diseases, 2022).

Yogourt utilisé pour traiter les infections à levures.

D’où vient l’idée des ferments lactiques

L’hypothèse a une base biologique réelle, puis elle dérape. Une flore vaginale dominée par Lactobacillus crispatus ou L. iners s’accompagne souvent d’un pH inférieur à 4,5, milieu peu favorable à plusieurs pathogènes. Candida, lui, peut tout de même proliférer, notamment après un antibiotique à large spectre, une grossesse, un diabète mal équilibré ou une baisse d’immunité, d’après le NHS et l’ACOG.

Les ferments d’un yaourt du commerce sont en général Lactobacillus acidophilus, L. delbrueckii subsp. bulgaricus ou Streptococcus thermophilus, parfois L. rhamnosus. Harvard Health (2019) souligne que ce ne sont pas les espèces dominantes du vagin. Avaler ou insérer ces bactéries n’équivaut donc pas à « réensemencer » la muqueuse avec la bonne souche, au bon dosage, dans un produit stérile conçu pour cet usage.

On lit encore que les lactobacilles du yaourt libéreraient du peroxyde d’hydrogène capable de tuer le champignon. Cet argument mélange un mécanisme de laboratoire et un aliment dont ni la charge bactérienne, ni la survie in situ, ni le sucre résiduel ne sont contrôlés pour une application vaginale. La Cleveland Clinic (2025) rappelle qu’un yaourt même non sucré contient des sucres du lait, susceptibles d’alimenter la levure.

Que valent vraiment les essais yaourt et miel

Deux études reviennent souvent dans les textes grand public. Ni l’une ni l’autre ne justifie d’abandonner un azolé, et leurs chiffres vont parfois à l’encontre du slogan « le yaourt marche mieux que le clotrimazole ».

Abdelmonem, Rasheed et Mohamed (2012) ont comparé, chez 129 femmes enceintes, un mélange vaginal de miel d’abeille et de yaourt (82 personnes) à un antifongique local (47 personnes). L’essai n’était pas randomisé. Le taux de disparition des symptômes a été plus élevé avec le mélange (87,8 % contre 72,3 %), mais le taux de cultures négatives a été plus élevé avec l’antifongique (91,5 % contre 76,9 %). En d’autres termes, davantage de patientes se sentaient mieux avec le mélange, alors que le champignon disparaissait plus souvent sous médicament. En juillet 2026, Archives of Gynecology and Obstetrics a publié une expression d’inquiétude éditoriale sur cet article. Ce signal ne dit pas à lui seul que les données sont fausses. Il empêche d’en faire un fondement de conduite, surtout pendant la grossesse.

Darvishi et coll. (2015) ont tiré au sort 70 femmes non enceintes. Trente-cinq ont reçu sept jours d’une crème vaginale yaourt-miel, trente-cinq une crème de clotrimazole. Les auteurs rapportent une meilleure amélioration de certains symptômes avec le mélange. Les cultures restaient pourtant positives chez 20 % du groupe yaourt-miel contre 8,6 % du groupe clotrimazole à une semaine, et chez 17,1 % contre 8,6 % à quatorze jours. La différence n’était pas statistiquement significative. Elle n’indique en aucun cas une supériorité mycologique du yaourt. L’échantillon est petit, le produit n’est pas un yaourt alimentaire seul, et le miel ajoute une variable.

Nyirjesy et coll. (2022), dans la revue des données préparée pour les CDC, concluent qu’aucune preuve ne soutient les traitements alternatifs, y compris les probiotiques oraux ou vaginaux, pour soigner cette mycose. Les études internationales sur miels, huiles essentielles ou ferments souffrent de biais méthodologiques. Des azolés autorisés existent, avec des taux de succès élevés. Un essai fragile ne doit pas retarder un diagnostic lorsque les symptômes évoquent aussi une infection sexuellement transmissible.

Les probiotiques en appoint des antifongiques

Les gélules étudiées ne sont pas le pot de yaourt. Xie, Feng, Wei et coll. (Cochrane, 2017) ont analysé dix essais randomisés, soit 1 656 femmes non enceintes. Tous les essais ajoutaient un probiotique à un antifongique (clotrimazole, miconazole, fluconazole ou fenticonazole), par voie orale ou vaginale. Aucun ne testait un yaourt du supermarché en monothérapie.

À court terme (cinq à dix jours), l’appoint était associé à un peu plus de disparition des symptômes (risque relatif 1,14 ; 695 participantes, cinq études) et à un peu plus de cultures négatives (risque relatif 1,06 ; 969 participantes, sept études). À un mois, trois essais (388 personnes) trouvaient moins de rechutes (risque relatif 0,34). Ces gains ne se retrouvaient pas clairement sur la guérison clinique ou mycologique à un mois et à trois mois. La certitude des preuves était faible ou très faible. Les auteurs concluent qu’il n’y a pas assez d’éléments pour recommander les probiotiques, seuls ou en appoint, dans cette indication.

La revue excluait grossesse, diabète, immunodépression, co-infections et candidoses récidivantes. Autrement dit, les groupes pour lesquels on cherche le plus d’alternatives n’étaient pas dans le calcul. Les effets indésirables graves n’étaient pas plus fréquents, sur des données limitées. Cela rassure sur la tolérance de gélules étudiées. Cela n’autorise pas à remplacer un ovule de clotrimazole par un dessert lacté.

Si vous discutez d’un complément avec votre médecin ou votre pharmacien, posez la question de la souche, du moment par rapport à l’azolé, et du risque de retarder un prélèvement.

Comment reconnaître une infection à levures

Les signes habituels sont un prurit vulvaire, une brûlure surtout à la miction ou aux rapports, une rougeur, un gonflement, parfois des fissures, et des pertes blanches épaisses, grumeleuses, peu odorantes. Le NHS les compare souvent à du fromage blanc. Aucun de ces signes n’est spécifique, insistent les CDC. Une vaginose bactérienne, une trichomonase, une dermatite de contact, une sécheresse liée à une baisse d’œstrogènes ou une poussée herpétique peuvent mimer le tableau.

Chez une femme en bonne santé, 10 % à 20 % des prélèvements peuvent montrer Candida sans aucun symptôme. Les CDC indiquent alors de ne pas traiter. À l’inverse, des symptômes francs avec un examen à l’état frais négatif peuvent justifier une culture. Le pH vaginal reste en général inférieur à 4,5 dans la candidose, ce qui aide le clinicien à la distinguer d’une vaginose, dont le pH est souvent plus élevé.

Une page du département américain de la Santé (2025) s’appuie sur Ferris et coll. (2002). Environ deux femmes sur trois qui achètent un antifongique en libre accès n’ont pas une mycose. L’ACOG, dans ses questions-réponses mises à jour en 2025, recommande une consultation dès la première série de symptômes vaginaux, avant un produit en vente libre. Même après un épisode déjà confirmé, les CDC notent que l’auto-diagnostic n’est pas fiable à coup sûr. Une persistance après un traitement, ou un retour en moins de deux mois, impose un examen et des tests.

Le NHS conseille aussi de consulter dans les situations suivantes, que votre médecin ou pharmacien traduira dans la pratique française :

  • Vous avez des symptômes de mycose pour la première fois, ou vous n’êtes pas sûre du diagnostic.
  • Vous avez moins de 16 ans ou plus de 60 ans, vous êtes enceinte, ou vous allaitez.
  • Les crises reviennent plus de quatre fois en douze mois, ou le traitement n’a pas suffi.
  • Vos défenses sont affaiblies, par exemple à cause d’un diabète, du VIH ou d’une chimiothérapie.

La seule texture des pertes ne suffit pas à poser un diagnostic.

Traitements azolés validés et durées

Pour une candidose non compliquée (épisode peu fréquent, symptômes modérés, Candida albicans probable, pas d’immunodépression), les CDC retiennent des schémas courts. Une crème ou un ovule d’un à trois jours suffit souvent. Le clotrimazole à 1 % s’emploie à raison de 5 g par voie vaginale chaque jour pendant 7 à 14 jours. La forme à 2 % se limite à trois jours. Le miconazole existe en crèmes 2 % (7 jours) ou 4 % (3 jours) et en ovules de 100 mg, 200 mg ou 1 200 mg. Le fluconazole oral est proposé en une prise unique de 150 mg, hors grossesse. Ces posologies viennent des CDC (2021). Votre pharmacien indiquera l’équivalent disponible en France.

Les crèmes et ovules gras peuvent fragiliser préservatifs et diaphragmes en latex. Le NHS et les CDC le mentionnent. Pendant le traitement, un autre moyen de contraception peut s’imposer si vous comptez sur le latex. Une irritation locale, brûlure ou rougeur, survient parfois avec les formes vaginales. Le fluconazole oral peut donner nausées, douleurs abdominales ou maux de tête, rarement une élévation des enzymes hépatiques, et il interagit avec d’autres médicaments. Ces précisions figurent dans la fiche CDC.

Une mycose dite compliquée (symptômes intenses avec fissures, récidives, espèce non albicans, diabète, VIH, corticoïdes) demande en général 7 à 14 jours de traitement local, ou deux doses de fluconazole à 72 heures d’intervalle, toujours hors grossesse. Pour les récidives, les CDC proposent d’abord un schéma d’attaque, puis du fluconazole une fois par semaine pendant six mois. Ce schéma contrôle souvent les crises. Il guérit rarement de façon définitive. Le NHS situe la disparition des symptômes sous antifongique entre 7 et 14 jours pour un épisode simple.

Femme se sentant à l'aise avec le traitement.

Pourquoi il ne faut pas insérer du yaourt

Introduire un aliment dans le vagin, c’est y apporter sucres, ferments non dosés, éventuellement arômes, épaississants, et des bactéries qui n’ont pas été produites pour une muqueuse. La Cleveland Clinic (2025) le déconseille explicitement. Même un yaourt nature contient des sucres du lait capables d’alimenter Candida. Harvard Health (2019) range parmi les gestes inefficaces et déconseillés, capables d’irriter ou de provoquer de petites lésions de la paroi :

  • un tampon imbibé de yaourt, qui n’apporte pas les lactobacilles dominants du vagin ;
  • une gousse d’ail, dont l’allicine active en laboratoire n’atteint pas une dose utile dans le vagin ;
  • l’huile essentielle d’arbre à thé, sans bénéfice démontré et souvent irritante.

Le froid donne parfois une impression d’apaisement, comme une poche de glace sur une peau inflammée. Cette analogie explique le conseil, encore répandu, de congeler un applicateur rempli. L’effet thermique n’éradique pas le champignon. Il peut retarder la crème ou l’ovule qui, eux, ont un mécanisme antifongique documenté. Les CDC soulignent qu’un usage inutile de préparations non indiquées retarde le traitement d’autres vaginites, avec des conséquences possibles.

L’hygiène interne n’a pas besoin d’être « corrigée » par un aliment. Le NHS recommande l’eau et un émollient plutôt que le savon sur la vulve, le séchage soigneux, des sous-vêtements en coton, et d’éviter douches, déodorants intimes et vêtements trop serrés. Ces gestes réduisent l’inconfort. Ils ne prétendent pas remplacer un azolé. Un pansement occlusif artisanal (tampon + yaourt) maintient au contraire chaleur et humidité, milieu que Candida apprécie.

Si la vulve est très irritée, Harvard Health indique que l’on peut, à l’extérieur seulement, appliquer de la vaseline, de l’huile de coco ou d’olive pour calmer la peau, en sachant que ces corps gras dégradent aussi le latex. Cela protège la peau, sans agir sur la levure.

Manger du yaourt pendant une mycose

Avaler un yaourt aux ferments vivants n’a pas la même logique que de l’insérer. Aucune action antifongique n’en a été démontrée pour une crise déjà installée. La fiche américaine de 2025 écrit qu’il est possible, sans certitude, que huit onces par jour (environ 230 g) de yaourt à ferments vivants, ou des gélules de L. acidophilus, aident à prévenir des épisodes. Elle s’appuie notamment sur un essai ancien d’ingestion (Hilton et coll., 1992) et appelle à davantage de recherches. Les CDC, pour soigner une mycose déjà là, ne retiennent pas cette stratégie.

Vous pouvez continuer à manger du yaourt nature si vous l’appréciez, pendant un antibiotique ou après une mycose, sans en attendre la fin du prurit. Un produit sucré, aromatisé ou au miel n’a aucune raison d’être « meilleur » pour la flore vaginale. La Cleveland Clinic (2025) juge les probiotiques oraux éventuellement utiles pour le microbiome, avec une limite claire. Les compléments ne sont pas contrôlés comme des médicaments aux États-Unis, et insérer le yaourt reste déconseillé. En France, demandez conseil au pharmacien avant d’acheter une gélule « flore intime ».

Quand consulter pour une mycose vaginale

Dès la première crise, un avis professionnel évite de traiter à tort une autre cause. L’ACOG et le NHS en font un critère simple. Après un épisode déjà confirmé, vous pouvez souvent vous adresser au pharmacien pour un azolé local, à condition que le tableau soit le même et qu’il n’y ait pas de signes d’alerte. Les CDC demandent un examen si les symptômes persistent après un produit en vente libre, ou s’ils reviennent en moins de deux mois.

Un retour fréquent n’est pas « juste encore du yaourt qui manque ». Les CDC parlent de candidose récidivante à partir de trois épisodes symptomatiques en moins d’un an, situation qui concerne moins de 5 % des femmes. Le NHS et la page grand public américaine parlent plutôt de plus de quatre épisodes en douze mois. La différence de seuil montre qu’il ne faut pas coller un chiffre unique sur tous les pays. Dans les deux lectures, la conduite est la même. Il faut identifier l’espèce (parfois C. glabrata, moins sensible aux azolés), chercher un diabète, un facteur médicamenteux, et discuter d’un schéma d’entretien.

Certains signes dépassent la mycose banale. Une fièvre, une douleur pelvienne intense, des plaies ou des vésicules, un saignement hors règles, des pertes malodorantes ou colorées, un malaise général, imposent un avis urgent. En France, composez le 15 (SAMU) ou le 112. Ces numéros ne « soignent » pas Candida. Ils évitent de prendre pour une simple mycose une grossesse extra-utérine, une infection pelvienne ou une autre urgence.

Situation Conduite adaptée
Première gêne vulvaire ou doute sur la cause Avis en pharmacie ou chez le médecin, sans yaourt vaginal
Persistance après un azolé, ou retour en moins de deux mois Consultation avec examen et prélèvement
Trois à quatre épisodes ou plus en un an Bilan (diabète, espèce de Candida) et schéma d’entretien
Grossesse ou allaitement Azolé local sur 7 jours, pas de fluconazole oral, d’après les CDC
Fièvre, douleur pelvienne, plaies, saignement hors règles Appeler le 15 ou le 112

Le partenaire n’a pas à « prendre le même ovule » par précaution. En cas de rougeur du gland ou de prurit, un antifongique local peut soulager, selon les CDC. Un dépistage d’infections sexuellement transmissibles a du sens si les symptômes ne collent pas, si vous avez un nouveau partenaire, ou si le tableau revient sans culture de levure.

Grossesse, récidives et situations particulières

Pendant la grossesse, la candidose est fréquente. Les CDC ne retiennent que les azolés locaux pendant sept jours. Une dose unique de fluconazole 150 mg par voie orale n’est pas recommandée. Des études épidémiologiques l’ont associée à un risque accru de fausse couche et d’anomalies congénitales. La page grand public américaine (2025) déconseille aussi le comprimé oral chez la femme enceinte et oriente vers le miconazole ou le clotrimazole en crème ou ovule. Le schéma français précis sera celui de votre sage-femme, médecin ou pharmacien, plutôt qu’un comprimé importé « parce que c’est plus simple ».

Les récidives justifient une culture, parfois un test de sensibilité, surtout si les azolés échouent. C. glabrata et d’autres espèces non albicans représentent 10 % à 20 % des récidives, d’après les CDC. Pour ces cas, après échec d’un azolé non fluconazole sur 7 à 14 jours, les CDC indiquent 600 mg d’acide borique en gélule vaginale une fois par jour pendant trois semaines, avec environ 70 % d’éradication clinique et mycologique. L’acide borique est toxique, voire mortel, s’il est avalé. Il n’est pas indiqué pendant la grossesse. Il s’agit d’une prescription encadrée, pas d’un geste de salle de bain.

Un diabète mal équilibré, une infection par le VIH, des corticoïdes ou une chimiothérapie allongent souvent les schémas (7 à 14 jours). Le traitement de la mycose elle-même ne change pas de principe chez une femme séropositive, précisent les CDC. En revanche, les colonisations et les symptômes sont plus fréquents lorsque l’immunité baisse. Corriger ce qui peut l’être (glycémie, antibiotiques inutiles, vêtements humides) fait partie de la prévention, au même titre que le coton et l’absence de douches vaginales.

La Mayo Clinic (2024) rappelle un point souvent oublié. L’acide borique ne s’emploie que pour des Candida qui ne répondent pas aux autres traitements, jamais par voie orale, jamais en grossesse. Les « capsules artisanales » vendues sans conseil n’ont pas ce cadre de sécurité. Si vos symptômes reviennent dès l’arrêt du fluconazole hebdomadaire, un avis spécialisé vaut mieux qu’un nouveau tour de yaourt.

Questions fréquentes

Peut-on mettre du yaourt dans le vagin pour une mycose ?

Non. La Cleveland Clinic (2025) déconseille cette pratique, y compris avec un yaourt nature, à cause des sucres du lait et de l’absence de formulation vaginale. Harvard Health (2019) ajoute que les tampons imbibés n’apportent pas les lactobacilles du vagin. Utilisez un azolé local ou un schéma prescrit, pas un aliment.

Le yaourt nature remplace-t-il un ovule de clotrimazole ?

Non. Les CDC (2021) et la Mayo Clinic (2024) placent les azolés en traitement de référence, avec 80 % à 90 % de succès sur symptômes et cultures dans les formes simples. Les essais yaourt-miel sont petits, parfois non randomisés, et l’un d’eux (Abdelmonem, 2012) fait l’objet d’une expression d’inquiétude éditoriale en 2026. Un ovule ou une crème antifongique reste le comparateur utile.

Les probiotiques en gélules suffisent-ils sans antifongique ?

Non pour une crise en cours. La revue Cochrane de Xie et coll. (2017) n’a inclus que des probiotiques ajoutés à un antifongique, avec un bénéfice court terme de faible certitude et sans gain clair à moyen terme. Nyirjesy et coll. (2022) ne recommandent pas cette classe en traitement. Un complément ne doit pas retarder le diagnostic.

Faut-il traiter son partenaire en même temps ?

En général, non, tant qu’il n’a pas de symptômes. Les CDC, le NHS et l’ACOG s’accordent sur ce point. Une mycose n’est pas classée comme infection sexuellement transmissible. Une balanite (rougeur, prurit du gland) peut toutefois bénéficier d’une crème antifongique. Des rapports douloureux justifient d’attendre la fin du traitement.

Combien de temps avant que les symptômes reculent avec un azolé ?

Souvent quelques jours, avec une disparition habituelle en 7 à 14 jours d’après le NHS. Un schéma d’un jour peut encore mettre jusqu’à une semaine à tout calmer, précise aussi la logique des fiches d’azolés vaginaux. Si rien n’a bougé au bout d’une semaine, ou si le tableau s’aggrave, reprenez contact. Ce n’est alors plus le moment d’ajouter un yaourt.

Que faire si la mycose revient plusieurs fois par an ?

Consultez pour confirmer qu’il s’agit bien de Candida et pour identifier l’espèce. Les CDC parlent de récidive à partir de trois crises en moins d’un an. Le NHS retient plus de quatre fois en douze mois. Un schéma d’entretien (souvent du fluconazole hebdomadaire pendant six mois, hors grossesse) peut alors se discuter, ainsi qu’un bilan de diabète ou d’immunité.

Conclusion

Le yaourt reste un aliment. Il n’est pas un ovule, pas une crème azolée, et pas un substitut de prélèvement. Les documents qui comptent pour cette question, CDC 2021, revue des données de Nyirjesy et coll. 2022, Mayo Clinic 2024, Cleveland Clinic 2025, vont dans le même sens. Traiter une mycose probable avec un antifongique adapté, ne pas introduire un produit laitier dans le vagin, et vérifier le diagnostic dès que le tableau est inhabituel.

Si c’est votre première crise, le geste le plus utile n’est pas de vider un pot nature dans un applicateur. C’est de décrire vos symptômes au pharmacien ou au médecin, et de demander si un examen est préférable avant tout produit. Apportez la liste de vos antibiotiques récents, de votre contraception et, le cas échéant, le fait que vous êtes enceinte. Pendant une grossesse, la question concrète à poser porte sur un azolé local de sept jours, pas sur un fluconazole unique ni sur un mélange miel-yaourt.

Lorsque les crises s’enchaînent, le nombre d’épisodes sur douze mois et l’identification de la levure comptent davantage qu’un nouveau pot nature. Trois épisodes pour les CDC, plus de quatre pour le NHS. Un schéma d’entretien, un contrôle de la glycémie ou un avis sur une espèce non albicans sont les leviers utiles. Le 15 ou le 112 restent réservés à la fièvre, à la douleur pelvienne, aux plaies ou à un saignement inattendu.

Sources

  1. Vulvovaginal Candidiasis (VVC). Centers for Disease Control and Prevention, 22 juillet 2021.
  2. Yeast infection (vaginal) – Diagnosis and treatment. Mayo Clinic, 19 novembre 2024.
  3. Xie HY, Feng D, Wei DM et al. : Probiotics for vulvovaginal candidiasis in non-pregnant women. Cochrane Database of Systematic Reviews, 23 novembre 2017.
  4. Thrush in men and women. National Health Service, 28 juillet 2023.
  5. Do Home Remedies Actually Work for Yeast Infections?. Cleveland Clinic, 27 mai 2025.
  6. Nyirjesy P, Brookhart C, Lazenby G et al. : Vulvovaginal Candidiasis: A Review of the Evidence for the 2021 Centers for Disease Control and Prevention of Sexually Transmitted Infections Treatment Guidelines. Clinical Infectious Diseases, 13 avril 2022.
  7. Darvishi M, Jahdi F, Hamzegardeshi Z et al. : The Comparison of vaginal cream of mixing yogurt, honey and clotrimazole on symptoms of vaginal candidiasis. Global Journal of Health Science, 3 avril 2015.
  8. Abdelmonem AM, Rasheed SM, Mohamed ASh : Bee-honey and yogurt: a novel mixture for treating patients with vulvovaginal candidiasis during pregnancy. Archives of Gynecology and Obstetrics, juillet 2012.
  9. Does your vagina really need a probiotic?. Harvard Health, 1er juillet 2019.
  10. Office on Women’s Health : Vaginal yeast infections. U.S. Department of Health & Human Services, 24 octobre 2025.
  11. Vaginitis: Frequently Asked Questions. American College of Obstetricians and Gynecologists, mis à jour en décembre 2025.

À propos de l’auteur

Pauline Cécile TessierRédactrice médicale

J’ai fait mes études d’infirmière à l’IFSI La Capelette. Après mon congé maternité, je me suis tournée vers la rédaction et la relecture de textes médicaux. Pour chaque article, je lis les recommandations officielles, les études et les guides cliniques, et j’utilise aussi des outils d’IA dans mon travail. Chaque affirmation peut être vérifiée dans les sources citées de l’article.