
L’alimentation ne referme pas une hernie hiatale. Elle peut en revanche diminuer les brûlures d’estomac et les régurgitations lorsque le sommet de l’estomac glisse vers le thorax et que l’acide remonte dans l’œsophage. Les plats très gras, les agrumes, les tomates, le chocolat, le café, la menthe et l’alcool reviennent le plus souvent dans les listes de déclencheurs ; les sociétés savantes demandent de les tester, puis de les réduire seulement s’ils aggravent vraiment vos symptômes.
Chez les plus de 60 ans, environ 60 % des personnes aux États-Unis présenteraient une hernie hiatale, d’après la Cleveland Clinic (2023), et la plupart n’en ressentent rien. Bannir d’un coup agrumes, café et chocolat, ou les juger utiles pour tout le monde, manque la nuance de l’American College of Gastroenterology en 2022.
Trois leviers chiffrés encadrent le quotidien. Le National Health Service britannique (NHS, 2024) conseille de dîner 3 à 4 heures avant le coucher et de surélever la tête du lit de 10 à 20 cm. Le NICE britannique propose, en cas de reflux confirmé, un inhibiteur de la pompe à protons (IPP) à dose pleine pendant 4 ou 8 semaines. Une douleur thoracique en étau, une gêne pour avaler ou un amaigrissement involontaire sortent du simple régime et relèvent du médecin, voire du 15.
Qu’est-ce qu’une hernie hiatale et pourquoi l’alimentation compte
Une hernie hiatale, c’est le passage d’une partie de l’estomac dans le thorax à travers le hiatus œsophagien du diaphragme. Les gênes viennent surtout du reflux gastro-œsophagien (RGO), pas de l’orifice lui-même, et l’assiette agit sur le volume gastrique, l’acide et la pression sous le diaphragme.
Le type le plus fréquent est la hernie par glissement. La Cleveland Clinic (2023) l’estime à environ 95 % des cas, la jonction œsophage-estomac montant parfois au-dessus du diaphragme puis redescendant. Les hernies para-œsophagiennes, plus rares, laissent une poche d’estomac monter à côté de l’œsophage. Contrairement à une hernie inguinale, vous ne voyez en général pas de bosse sous la peau.
Beaucoup de petites hernies par glissement restent silencieuses, rappelle la Mayo Clinic (2025). Le Merck Manual professionnel (révision 2026) précise qu’environ 94 % des personnes atteintes d’un RGO ont un certain degré de hernie hiatale, et qu’environ 67 % des personnes qui ont une hernie ont un RGO. L’association est étroite. Elle n’autorise pas à dire que le reflux « fabrique » la hernie, ni que toute hernie impose des brûlures.
Si le sommet de l’estomac passe au-dessus du diaphragme, les muscles qui ferment d’ordinaire le bas de l’œsophage ferment moins bien, explique la Cleveland Clinic, et une poche d’acide peut stagner en haut de l’estomac. Un repas copieux, très gras ou pris juste avant de s’allonger augmente alors la chance que ce contenu remonte. L’alimentation ne répare pas l’orifice, elle réduit les occasions de reflux. Les gênes les plus fréquentes, lorsqu’il y en a, sont le pyrosis (brûlures rétrosternales) après le repas, les régurgitations, le ballonnement, parfois une toux, un enrouement ou une satiété précoce (Mayo Clinic, 2025 ; NHS, 2024). Douleur thoracique, essoufflement ou anémie par saignement lent orientent vers une hernie plus volumineuse ou une complication, pas vers un simple écart de table.

Quels aliments limiter ou tester comme déclencheurs
Aucun aliment n’est interdit à titre universel. Le NIDDK américain (2020), l’ACG (2022) et un consensus européen (Hungin et al., 2024) dressent toutefois une liste courte de déclencheurs fréquents : agrumes et tomates, plats gras ou frits, chocolat, café et autres sources de caféine, menthe, aliments très épicés, alcool et, pour plusieurs textes, boissons gazeuses.
Pour contrôler les symptômes, et non pour traiter la hernie, l’ACG propose d’éviter les aliments déclencheurs, sur une preuve encore faible. En laboratoire, café, caféine, agrumes et plats épicés ont peu d’effet mesuré sur la pression du sphincter inférieur, note le même texte. Chocolat, menthe poivrée, alcool, tabac et repas très gras la font baisser plus clairement, sans que l’éviction ait été prouvée par de grands essais isolés.
Le consensus de 2024 a donné 100 % d’accord à l’identification de ces déclencheurs après le repas, et 90,9 % à un régime plus pauvre en graisses. Manger au-delà de la satiété jusqu’à ne plus rien pouvoir avaler était associé, dans une cohorte citée par ce travail, à un risque de reflux multiplié par 2,85. La Mayo Clinic (2025) ajoute ail et oignon à tester si le pyrosis revient. Le NICE (CG184, revue en 2019) y joint tabac, alcool, café, chocolat, aliments gras et surplus de poids lorsqu’ils sont liés à votre dyspepsie. Ces listes ne justifient pas d’éliminer pain, riz, concombre ou laitages maigres sans un lien personnel.
Tenir un carnet pendant deux semaines reste la méthode la plus honnête. Notez l’heure, le volume du repas, la position ensuite (assis, penché, couché) et les brûlures dans les deux à trois heures. Un aliment accusé à tort appauvrit le menu sans soulager ; un vrai déclencheur, repris trois soirs de suite, mérite une éviction d’essai, puis une réintroduction pour vérifier.
| Famille | Exemples souvent cités | Conduite d’après les sources |
|---|---|---|
| Graisses | Fritures, sauces riches, repas très gras | Préférer un menu plus pauvre en graisses (Hungin, 2024) |
| Acides | Agrumes, tomates et sauces tomate | Les réduire s’ils déclenchent les symptômes (ACG, 2022 ; NIDDK, 2020) |
| Stimulants | Café, chocolat, menthe, caféine | Les tester, puis les limiter en cas de lien (Mayo, 2025 ; NIDDK, 2020) |
| Boissons | Alcool, sodas | Les limiter s’ils font revenir le reflux (Hungin, 2024) |
| Alliacés et épices | Ail, oignon, plats très pimentés | Les retirer s’ils aggravent les brûlures (Mayo, 2025) |
Quels aliments sont en général mieux tolérés
Il n’existe pas de « super-aliment » contre la hernie. Les textes s’accordent sur un menu plus maigre, moins acide si les agrumes vous brûlent, et fractionné, plutôt que sur une liste magique de fruits ou d’épices censés guérir.
Parmi d’autres données, Hungin et al. (2024) citent une étude albanaise où un régime plutôt « non méditerranéen » (produits transformés, sucrés, salés, riches en graisses saturées) était associé à davantage de symptômes de reflux qu’un menu fréquent en fruits, légumes, huile d’olive et poisson (risque ajusté 2,3). Ce n’est pas un régime thérapeutique français, mais une assiette moins grasse et moins ultratransformée s’en rapproche.
Les boissons ont aussi été suivies dans la Nurses’ Health Study, reprise par l’ACG. Six portions par jour de café, de thé ou de soda étaient associées à plus de reflux que zéro portion, alors que lait et jus ne l’étaient pas de la même façon. Remplacer deux de ces portions par de l’eau s’accompagnait d’une baisse du risque. L’eau, le four, la vapeur et les protéines moins grasses collent à ces observations, sans promesse de disparition des brûlures.
Les ferments, yaourts sucrés « probiotiques », kombucha ou vinaigre de cidre n’apparaissent ni dans les conseils du NHS (2024), ni dans ceux du NIDDK, ni dans les listes d’éviction de l’ACG. Le panel de 2024 n’a pas validé des remèdes naturels dont le vinaigre de cidre (36,4 % d’accord seulement). Les présenter comme des neutralisants d’acide gastrique n’a pas de base dans ces documents.
Si un fruit acide vous brûle, le retirer deux semaines puis le retester en petite quantité, à distance du coucher, vaut mieux que de supprimer tous les fruits. Un agrume toléré au petit-déjeuner n’a pas à disparaître par principe. La fibre des légumes et des céréales peut aider le transit, donc la pression liée à la constipation, sans grammes quotidiens fixés pour la hernie.
Comment composer les repas au quotidien
Le volume compte autant que le contenu. Un estomac trop distendu favorise les relâchements transitoires du sphincter inférieur et rapproche la poche acide de l’œsophage ; le consensus de 2024 le rappelle en déconseillant de trop manger, avec 100 % d’accord.
Plusieurs petits repas valent mieux que deux assiettes très copieuses, selon la Mayo Clinic et le NHS. Le NIDDK insiste sur un délai d’au moins 3 heures avant de s’allonger si les symptômes sont nocturnes. Cela se traduit souvent par un déjeuner complet, un goûter léger si besoin, et un dîner plus tôt, plus maigre, sans second service de fromage gras ou de friture.
Les cuissons grasses allongent le travail de l’estomac. Réduire sauces, fritures et charcuteries très grasses suit la recommandation d’un régime plus pauvre en lipides. Poisson, volaille sans peau, œufs, légumineuses si vous les tolérez, et viande maigre se prêtent au four ou à la vapeur. L’huile d’olive en petite quantité n’est pas un médicament, elle reste plus cohérente avec le profil méditerranéen cité plus haut qu’une panure.
Boire de grandes quantités pendant le repas n’est pas une consigne de ces textes. Augmenter le volume gastrique peut jouer contre vous. L’eau entre les repas, ou à la place d’un deuxième café, est l’échange que l’ACG et le consensus de 2024 rendent plausible. Les sodas ajoutent gaz et acidité ; les limiter si le pyrosis suit la bulle fait partie des 21 énoncés du consensus.
Le schéma suivant est une journée type, à ajuster avec le médecin ou le pharmacien, sans en faire un protocole.
- Au petit-déjeuner, un volume modéré, du café seulement si vous le tolérez, pas de jus d’agrumes s’il vous brûle.
- À midi, des protéines plutôt maigres, des légumes cuits, peu de friture, puis un moment assis après la table.
- Le soir, un dîner plus léger, terminé 3 à 4 heures avant le coucher, sans collation au lit.
- Si une envie sucrée revient, évitez chocolat et menthe le soir tant que leur lien n’est pas testé.
- Tenez le carnet les jours de restaurant, pour repérer le trio repas copieux, alcool et canapé.
Habitudes autour de la table et du coucher
La gravité aide le sphincter. S’allonger ou se pencher juste après avoir mangé facilite la remontée. Rester assis ou marcher un peu, sans exercice violent, rejoint les conseils de MedlinePlus (2025) et de la Mayo Clinic.
Un intervalle court entre le dîner et le lit pèse lourd. L’ACG suggère d’éviter de manger dans les 2 à 3 heures avant le coucher. Le NHS parle de 3 ou 4 heures. Le consensus de 2024 cite une étude cas-témoins où un délai dîner-lit inférieur à 3 heures, comparé à 4 heures ou plus, multipliait le risque de symptômes par 7,45, et une étude transversale où dîner dans les 2 heures s’accompagnait d’un risque ajusté de 6,98. Ce n’est pas une loi individuelle, mais l’ordre de grandeur explique pourquoi reculer le dîner aide souvent plus qu’un changement de fruit.
Surélever la tête du lit vise le reflux nocturne. Les hauteurs publiées varient un peu, 10 à 15 cm pour MedlinePlus, 10 à 20 cm pour le NHS, environ 20 cm (8 pouces) pour la Mayo Clinic. Les essais repris par Hungin et al. utilisaient souvent des cales de 20 cm ou un coin de mousse. L’idée est d’élever thorax et tête, pas seulement d’empiler des oreillers qui plient le cou. Dormir sur le côté gauche, plutôt que sur le droit, est l’une des rares mesures de position dont l’ACG juge le mécanisme clair.
Les vêtements serrés à la taille augmentent la pression. Une cohorte citée par le consensus de 2024 trouvait un risque multiplié par 2,19 pour le port de gaines ou corsets serrés. Ceinture trop haute après le repas et vêtements compressifs autour de la taille relèvent de la même logique, sur une base encore mince. Hungin et al. recommandent une activité modérée et régulière surtout en cas de surpoids. Courir le ventre plein ou soulever lourd en flexion du tronc peut augmenter la pression abdominale.
Poids, tabac, alcool et vêtements serrés
Perdre du poids, si vous êtes en surpoids, est la mesure alimentaire la plus solidement recommandée. L’ACG (2022) en fait une recommandation forte, sur des preuves de qualité moyenne. Le consensus de 2024 cite l’étude de population du Nord-Trøndelag. Plus la baisse d’IMC était marquée, plus les symptômes reculaient. Chez des personnes sous traitement, une baisse d’IMC de plus de 3,5 points, comparée à moins de 0,5 point, multipliait presque par quatre (3,95) les chances de voir les symptômes disparaître.
Le tabac affaiblit le sphincter et entretient la toux, donc la poussée sur le hiatus. Dans une cohorte reprise par l’ACG, les personnes qui arrêtaient de fumer pendant un an voyaient leurs symptômes de RGO s’améliorer dans 44 % des cas, contre 18 % chez celles qui continuaient. Hungin et al. rapportent aussi qu’un sevrage quotidien était associé à une amélioration surtout chez les personnes d’IMC normal. L’arrêt reste utile même si la hernie ne disparaît pas.
L’alcool n’est pas un aliment. Le NICE et le NHS conseillent de ne pas en boire trop, et de l’éviter s’il précipite vos symptômes. L’ACG, plus réservée, ne recommande pas une éviction générale, parce que les boissons alcoolisées n’ont pas toutes le même effet. Le consensus de 2024 tranche pour une limitation ciblée, si le pyrosis suit le verre. Isoler le vin dans le carnet évite de tout attribuer au pain.
La grossesse et l’obésité augmentent la pression intra-abdominale (NHS, 2024 ; Mayo Clinic, 2025). Le régime d’une femme enceinte et les médicaments autorisés se discutent avec le médecin et le pharmacien. Hungin et al. considèrent antiacides et associations alginate-antiacide comme une option pendant la grossesse, hors formules à bicarbonate de sodium comme ingrédient principal.

Antiacides, alginates et inhibiteurs de la pompe à protons
Un antiacide peut calmer une brûlure ponctuelle, il ne referme pas la hernie. Le NHS (2024) indique que le pharmacien peut proposer antiacides ou alginates, de préférence pendant le repas ou juste après, et qu’ils n’agissent qu’à court terme, donc pas régulièrement pendant de longues périodes. Le NICE déconseille un traitement antiacide continu, fréquent et prolongé, qui soulage l’instant sans prévenir les symptômes.
Les alginates forment un gel qui surnage et fait barrière. Le consensus de 2024 leur accorde 100 % d’accord, sur des essais de bon niveau. Plusieurs études et méta-analyses les trouvent plus efficaces qu’un placebo (bénéfice relatif allant jusqu’à 60 % dans une synthèse citée) et, dans certains travaux, non inférieurs à l’oméprazole pour des symptômes de reflux. En France, le choix du produit et la durée se font avec le pharmacien. Un gel n’est pas un IPP.
Les IPP restent le traitement médicamenteux de référence du RGO. Au Royaume-Uni, le NICE propose un IPP à dose pleine pendant 4 semaines en cas de dyspepsie non investiguée, et pendant 4 ou 8 semaines en cas de RGO. Aux États-Unis, l’ACG recommande un essai empirique de 8 semaines, une fois par jour, avant un repas, si les symptômes sont typiques et sans signe d’alarme. Le même texte demande de prendre l’IPP 30 à 60 minutes avant un repas, pas au coucher, pour mieux bloquer la pompe à protons. Oméprazole, lansoprazole, ésoméprazole ou pantoprazole portent des noms de spécialité différents selon les pays. Le médecin traitant choisit la molécule et la durée adaptées à la pratique française.
Si les symptômes s’effacent, l’ACG suggère d’essayer d’arrêter l’IPP en l’absence d’œsophagite érosive ou d’endobrachyœsophage. Le NICE encourage la dose minimale efficace, parfois à la demande, puis le retour vers un antiacide ou un alginate. Les anti-H2, par exemple la famotidine, sont une option si la réponse à l’IPP est insuffisante, toujours sur avis médical. Un AINS comme l’ibuprofène, l’aspirine, certains inhibiteurs calciques, nitrates, bisphosphonates ou corticoïdes peuvent aggraver la dyspepsie. Le NICE demande de revoir ces traitements, sans les interrompre de vous-même.
Les IPP n’arrêtent pas les régurgitations mécaniques liées à une grosse hernie, souligne la Cleveland Clinic. Ils diminuent l’acidité du liquide qui remonte. Une hernie qui s’aggrave, une anémie, une dysphagie ou un échec franc du traitement sortent du rayon pharmacie.
Quand voir un médecin pour une hernie hiatale
Des brûlures qui durent, qui empirent ou qui résistent aux mesures de table et aux produits de pharmacie justifient un avis médical, sans attendre qu’elles deviennent quotidiennes depuis des mois. Au Royaume-Uni, le NHS (2024) fixe un seuil de 3 semaines, ou plus tôt si les symptômes sont très gênants ou si les médicaments sans ordonnance n’aident pas. En France, le médecin traitant et le pharmacien appliquent la conduite locale ; ce délai britannique n’est pas une norme nationale, mais un ordre de grandeur utile.
Certains signes ne se gèrent pas par un changement d’assiette. Le NHS demande un avis urgent en cas d’amaigrissement involontaire, de difficulté à avaler, de vomissements fréquents, de sang dans les vomissements ou de douleur du haut du ventre. L’ACG place la fibroscopie en premier examen devant une dysphagie, un amaigrissement ou un saignement digestif. Le NICE exige une orientation spécialisée le jour même si la dyspepsie s’accompagne d’une hémorragie digestive aiguë importante.
Une douleur thoracique permanente, en étau, avec malaise, n’est pas « une hernie jusqu’à preuve du contraire ». Le NICE rappelle d’envisager une cause cardiaque ou biliaire devant une dyspepsie. En France, appelez le 15 ou le 112. Vomir du sang en quantité, ou passer des selles noires comme du goudron, relève du même appel ou des urgences, pas d’un nouveau régime.
Parmi les complications possibles, MedlinePlus (2025) cite une inhalation pulmonaire, un saignement lent avec anémie ferriprive sur une grosse hernie, et un étranglement, jugé très peu fréquent. Les hernies para-œsophagiennes peuvent s’incarcérer. Le Merck Manual indique qu’une forme symptomatique se répare en général chirurgicalement. Douleur intense, vomissements incoercibles ou choc ne se traitent pas à table.
- Si les brûlures durent plus de 3 semaines ou empirent, prenez rendez-vous avec le médecin traitant.
- Si avaler devient douloureux ou difficile, ne prolongez pas les essais d’éviction alimentaire.
- Si vous maigrissez sans le vouloir, dites-le d’emblée, ce n’est pas un succès du régime.
- Si un antiacide quotidien devient indispensable, faites revoir le traitement, le NICE déconseille cette prise continue.
- Si la douleur serre la poitrine, appelez le 15 ou le 112 plutôt que d’attendre le lendemain.
Quand le régime ne suffit plus, examens et chirurgie
Le régime et les IPP suffisent souvent. Ils ne suffisent pas toujours, surtout si la hernie est volumineuse, si l’œsophage s’enflamme, se rétrécit, ou si les régurgitations persistent malgré une acidité réduite.
Le diagnostic est souvent fortuit, pendant un examen pour pyrosis ou douleur haute. La Mayo Clinic décrit le transit baryté, la fibroscopie et la manométrie œsophagienne. Le Merck Manual tient le transit baryté pour l’examen de choix de la hernie, la fibroscopie étant moins sensible pour ce seul diagnostic, utile en revanche pour l’œsophagite, un ulcère de Cameron ou un endobrachyœsophage. Une hernie asymptomatique par glissement n’exige pas de traitement spécifique (Merck, 2026).
Une fundoplicature laparoscopique est envisagée par le NICE (recommandation de 2014 dans CG184) chez l’adulte dont le reflux acide est confirmé, bien contrôlé par le traitement, mais qui ne souhaite pas le poursuivre longtemps, ou qui ne le tolère pas. L’ACG (2022) réserve surtout la chirurgie anti-reflux, faite par un opérateur expérimenté, aux œsophagites graves, aux grandes hernies et aux symptômes gênants persistants, avec preuve objective de reflux. Le NHS indique qu’un avis chirurgical n’arrive en général qu’après échec des autres traitements et symptômes encore très gênants.
L’opération replace l’estomac sous le diaphragme, resserre le hiatus et, souvent, enveloppe le bas œsophage avec le fundus (fundoplicature). La voie cœlioscopique est la plus habituelle (NHS, 2024 ; Mayo Clinic, 2025). Le NHS prévient qu’il peut falloir jusqu’à 6 semaines avant de manger comme on veut, et plusieurs mois pour le ballonnement, les gaz ou une gêne à la déglutition. La Cleveland Clinic (2023) avance un taux de succès d’environ 90 %, et, dans des suivis longs, jusqu’à 50 % de récidive de hernie après des années, pas toujours aussi symptomatique.
Une hernie para-œsophagienne symptomatique se discute d’emblée avec un chirurgien, indépendamment du carnet alimentaire. Pour une hernie par glissement, le menu, le poids, le tabac et l’IPP restent la première ligne. Le moment d’opérer se décide après fibroscopie, parfois pH-métrie et manométrie, selon ce que le gastro-entérologue juge nécessaire.
Questions fréquentes
Le café est-il interdit avec une hernie hiatale ?
Non, le café n’est pas interdit à tout le monde. L’ACG (2022) et Hungin et al. (2024) demandent de le limiter s’il fait revenir vos brûlures, pas de le bannir par principe. Remplacer deux tasses par de l’eau est l’échange que la Nurses’ Health Study, citée par ces textes, rend plausible.
Faut-il supprimer tous les agrumes ?
Seulement s’ils déclenchent vos symptômes. Le NIDDK les classe parmi les aliments acides souvent liés au RGO, et l’ACG précise d’éviter les agrumes lorsqu’ils aggravent le pyrosis. Une orange tolérée au petit-déjeuner n’a pas à disparaître du menu sans test.
Le vinaigre de cidre calme-t-il le reflux ?
Rien dans les textes de l’ACG, du NHS ou du consensus de 2024 ne l’indique, et le panel n’a pas validé ce remède. Le vinaigre est lui-même acide. L’utiliser comme traitement du pyrosis peut irriter l’œsophage. Parlez-en à un pharmacien avant d’en faire une habitude.
L’alimentation peut-elle faire disparaître la hernie ?
Non. La Cleveland Clinic rappelle que les hernies ne se referment pas toutes seules et tendent à s’élargir avec le temps. L’assiette, le poids et les horaires de repas peuvent réduire le reflux associé, pas effacer l’orifice diaphragmatique.
Les aliments fermentés aident-ils une hernie hiatale ?
Ni le NHS, ni le NIDDK, ni l’ACG ne les prescrivent contre le reflux de hernie. Yaourt nature, choucroute ou kéfir peuvent rester au menu s’ils ne vous gonflent pas. Ils ne « neutralisent » pas l’acide gastrique.
Une hernie hiatale s’opère-t-elle toujours ?
Non. Une petite hernie par glissement, silencieuse, se surveille (Merck, 2026 ; NHS, 2024). La chirurgie se discute si les médicaments et les mesures de vie échouent, si des complications apparaissent, ou si une hernie para-œsophagienne devient symptomatique.

Conclusion
La hernie hiatale est fréquente après 50 ans, souvent muette, et gênante surtout par le reflux qu’elle favorise. Agrumes, tomates, gras, chocolat, café, menthe, alcool et sodas méritent un test personnel, pas un bannissement automatique ; le vinaigre de cidre et les ferments n’ont pas pris la place d’un régime plus maigre, d’un dîner plus tôt et d’un lit surélevé de 10 à 20 cm.
Si les brûlures reviennent plusieurs fois par semaine, un carnet de deux semaines, l’arrêt du tabac le cas échéant, et une discussion sur un IPP pris 30 à 60 minutes avant le repas donnent un plan concret à apporter au médecin traitant. Le pharmacien aide pour un alginate de courte durée, pas pour un antiacide quotidien sans fin.
Dysphagie, amaigrissement, sang, vomissements répétés ou douleur thoracique en étau changent d’étage, ce n’est plus une affaire de tomates. Appelez le 15 ou le 112 si la poitrine serre comme un étau, et voyez le médecin sans attendre si avaler devient un obstacle.
Sources
- Hiatal hernia – Symptoms and causes. Mayo Clinic, 3 juillet 2025.
- Hiatal hernia – Diagnosis and treatment. Mayo Clinic, 3 juillet 2025.
- Hiatal Hernia: What It Is, Symptoms, Treatment & Surgery. Cleveland Clinic, 30 juin 2023.
- Hiatus hernia. National Health Service, 8 mai 2024.
- Gastro-oesophageal reflux disease and dyspepsia in adults: investigation and management. National Institute for Health and Care Excellence, 18 octobre 2019.
- Katz PO, Dunbar KB et al. : ACG Clinical Guideline for the Diagnosis and Management of Gastroesophageal Reflux Disease. American Journal of Gastroenterology, 1er janvier 2022.
- Hungin AP, Yadlapati R et al. : Management advice for patients with reflux-like symptoms: an evidence-based consensus. European Journal of Gastroenterology & Hepatology, 1er janvier 2024.
- Eating, Diet, & Nutrition for GER & GERD. National Institute of Diabetes and Digestive and Kidney Diseases, juillet 2020.
- Hiatal hernia: MedlinePlus Medical Encyclopedia. MedlinePlus, 21 avril 2025.
- Lynch KL : Hiatus (Hiatal) Hernia. Merck Manual Professional Edition, février 2026.
