Artères durcies et plaques cérébrales : risques

Artères durcies et plaques cérébrales : risques

Chez les personnes très âgées sans démence, des artères plus raides s’associent plus souvent à des plaques de peptide β-amyloïde dans le cerveau et à des lésions de la substance blanche. Ce lien, observé par imagerie, ne prouve pas que le durcissement artériel cause la maladie d’Alzheimer et ne suffit pas, à lui seul, à poser ce diagnostic.

Dans une cohorte de Pittsburgh, 44 des 91 participants âgés de 83 à 96 ans, tous sans démence, avaient déjà un dépôt amyloïde visible à la TEP. Chaque écart-type supplémentaire de vitesse d’onde de pouls (VOP) bras-cheville multipliait presque par deux la chance d’être « amyloïde-positif », selon Hughes et ses collègues dans Neurology.

Le guide AHA/ACC de 2025 a relevé au rang de recommandation de classe I un objectif de pression systolique inférieur à 130 mm Hg pour limiter le trouble cognitif léger et la démence, alors que le texte de 2017 se contentait de juger cette baisse « raisonnable ». L’essai SPRINT MIND a réduit le trouble cognitif léger (rapport de risques 0,81) sans abaisser de façon significative la démence probable. La Commission Lancet de 2024 vise 130 mm Hg ou moins dès 40 ans.

Ce que sont les artères durcies et les plaques amyloïdes

Les artères durcies désignent une perte d’élasticité des gros vaisseaux, surtout de l’aorte. Le sang part du cœur sous forme d’une onde de pression. Quand la paroi est souple, cette onde avance à une vitesse modérée. Quand le collagène remplace l’élastine, l’onde accélère, la pression pulsée monte et les petits vaisseaux du cerveau reçoivent un flux plus brutal. Les médecins parlent de rigidité artérielle. Le langage courant dit artères durcies. Les deux expressions décrivent le même phénomène mécanique, distinct des plaques d’athérome qui rétrécissent le calibre.

Les plaques cérébrales dont il est question ici ne sont pas ces plaques d’athérome. L’Alzheimer’s Association décrit des dépôts d’un fragment protéique, le peptide β-amyloïde, qui s’accumulent dans les espaces entre les neurones. Des enchevêtrements d’une autre protéine, la tau, se forment à l’intérieur des cellules. Ces deux anomalies existent à un degré moindre avec l’âge. Chez les personnes atteintes de maladie d’Alzheimer, elles sont plus nombreuses et suivent un ordre plus prévisible, souvent à partir des régions de la mémoire.

Alzheimer n’est pas un oubli banal du vieillissement. L’association américaine en fait la cause de 60 à 80 % des démences. La Mayo Clinic estime qu’environ 6,9 millions d’adultes de 65 ans ou plus vivent avec cette maladie aux États-Unis, et que 60 à 70 % des quelque 55 millions de démences dans le monde lui sont attribués. Les premiers signes portent surtout sur les faits récents, les rendez-vous et les conversations. Les changements biologiques, plaques comprises, peuvent précéder les symptômes d’environ vingt ans.

Avoir des plaques n’équivaut pas à avoir une démence. Plus de la moitié des octogénaires sans trouble cognitif majeur peuvent déjà présenter un signal amyloïde à la TEP, comme l’ont rappelé les auteurs de Pittsburgh. Le diagnostic clinique repose sur le retentissement quotidien et, si besoin, une consultation mémoire. La Mayo Clinic range aussi l’hypertension, le manque d’activité, l’obésité, le tabac, le diabète mal équilibré et un LDL élevé à l’âge mûr parmi les facteurs liés au risque de démence.

Ce que montrent les études de Pittsburgh

Le signal le plus cité vient d’un sous-groupe de l’essai Ginkgo Evaluation of Memory. Quatre-vingt-onze personnes sans démence, âgées de 83 à 96 ans (moyenne 87 ans), ont eu une IRM et une TEP au composé B de Pittsburgh en 2009, puis une mesure de rigidité en 2011. Quarante-quatre d’entre elles, soit près de la moitié, étaient amyloïde-positives. Celles-ci avaient en moyenne une pression systolique et une VOP bras-cheville plus élevées.

Le rapport de cotes pour le statut amyloïde-positif valait 1,90 (intervalle 1,17–3,10) par écart-type de vitesse bras-cheville, après ajustement sur l’âge, le sexe, l’indice de masse corporelle et les antihypertenseurs. Pour la pression systolique, ce rapport était de 1,69. Quand les deux mesures entraient dans le même modèle, l’effet de la vitesse restait visible alors que celui de la tension s’atténuait. Plus de 70 % des participants prenaient déjà un médicament contre l’hypertension. Le lien n’était donc pas un simple reflet de la tension du jour.

Les lésions de substance blanche, hypersignaux en IRM, suivaient surtout la rigidité centrale (vitesse carotido-fémorale). Le dépôt amyloïde suivait plutôt la vitesse mixte bras-cheville. Les deux anomalies n’étaient pas corrélées entre elles dans cet échantillon. Leur coexistence, parfois appelée « double atteinte », montrait les rapports de cotes les plus élevés. Chaque écart-type de vitesse multipliait par deux à quatre la chance d’avoir à la fois un fort dépôt amyloïde et une charge élevée de substance blanche, par rapport aux personnes négatives pour les deux.

Dans le suivi publié en 2014, la même équipe a revu 81 participants avec une seconde TEP. La part amyloïde-positive est passée de 48 % à 75 % en deux ans. La vitesse bras-cheville restait plus haute chez les personnes positives. La rigidité centrale, elle, s’associait à l’augmentation du dépôt dans le temps (P = 0,001 pour la vitesse carotido-fémorale). Hughes et ses collègues en ont conclu qu’une maladie vasculaire encore silencieuse peut accompagner la progression du peptide β-amyloïde, sans en faire une preuve de cause.

Ces chiffres décrivent des volontaires très âgés, surtout des hommes, issus d’un centre unique. Ils ne s’appliquent pas tels quels à une personne de 60 ans. Ils montrent toutefois que le durcissement ne se résume pas à la tension du jour, et que des plaques peuvent exister sans démence.

Ce que d’autres cohortes ont ajouté ou nuancé

Une méta-analyse de Scheuermann et de ses collègues, parue dans le Journal of the American Heart Association le 6 novembre 2023, a rassemblé 37 études et 27 952 participants pour la rigidité. Chaque écart-type supplémentaire s’associait à une maladie des petits vaisseaux cérébraux (rapport de cotes 1,24). Pour les hypersignaux de substance blanche, ce rapport montait à 1,42. Environ 85 % des études qualitatives allaient dans le même sens. Les auteurs demandent encore des suivis longitudinaux. L’association avec les lésions vasculaires du cerveau est donc plus solide, à l’échelle de dizaines de milliers de personnes, que le seul lien avec les plaques amyloïdes.

À Framingham, Cooper, O’Donnell, Beiser et leurs collègues ont examiné 257 adultes sans démence, âgés en moyenne de 54 ans. La raideur aortique et la pulsatilité centrale s’associaient à une charge de protéine tau dans le cortex entorhinal et rhinal, surtout après 60 ans. Elles ne s’associaient pas à la charge amyloïde globale. Ce résultat, publié le 6 juin 2022 dans JAMA Neurology, empêche de réduire le sujet à une équation simple entre artères dures et plaques d’Alzheimer. L’âge de la cohorte, le lit vasculaire mesuré et la protéine visée changent le tableau.

La déclaration scientifique de l’American Heart Association sur les contributions vasculaires aux troubles cognitifs, mise à jour le 26 mai 2026, décrit la lésion mixte comme le schéma habituel du grand âge. La maladie des petits vaisseaux coexiste souvent avec l’amyloïde et la tau. Contrôler les facteurs vasculaires reste, pour ces auteurs, la stratégie la plus efficace aujourd’hui pour préserver le cerveau, sans prétendre inverser à elle seule une maladie neurodégénérative déjà installée.

Selon l’âge et l’outil, le tableau change. À Pittsburgh, la vitesse mixte allait avec l’amyloïde. À Framingham, la pulsatilité allait avec la tau régionale. Dans la synthèse de 2023, la rigidité allait avec la substance blanche. Plus les gros vaisseaux sont raides, plus le cerveau montre des traces vasculaires, parfois des protéines d’Alzheimer, sans que la cause soit tranchée.

Comment une artère plus raide peut toucher le cerveau

Le cerveau est un organe à fort débit et à faible résistance. Quand l’aorte perd son rôle d’amortisseur, l’énergie pulsée descend plus loin dans les artérioles perforantes. Des épisodes répétés d’ischémie minuscule, une barrière hémato-encéphalique moins étanche et une substance blanche fragilisée peuvent s’ensuivre. C’est le mécanisme le plus souvent avancé pour les hypersignaux et les infarctus silencieux.

Un second mécanisme concerne l’élimination du peptide β-amyloïde. Le liquide interstitiel chemine le long des membranes basales des artères cérébrales. Des parois trop rigides, une pulsatilité anormale ou une angiopathie amyloïde peuvent ralentir ce drainage. Hughes évoquait déjà cette piste dans la discussion de 2013. Cooper la reprend pour la tau et l’amyloïde. Elle reste une hypothèse de travail, pas une démonstration chez un patient donné.

Association n’est pas sens unique. Les auteurs de Pittsburgh écrivaient qu’il fallait encore établir si le dépôt est une cause, une conséquence, ou les deux. La déclaration AHA de 2026 ajoute que dysfonction endothéliale, inflammation de bas grade et raideur pariétale se renforcent avec l’âge. Réduire la seule tension ne répare pas tous ces étages. Elle reste le levier le mieux étayé par des essais.

Trois idées utiles en consultation, sans en faire un diagnostic.

  • Une tension normale le jour de la visite n’exclut pas une aorte déjà raide, car la rigidité intègre des années de charge.
  • Des hypersignaux de substance blanche parlent d’abord de petits vaisseaux, pas d’un verdict Alzheimer.
  • Un dépôt amyloïde isolé chez une personne autonome n’autorise pas, à lui seul, le mot démence.

Comment on mesure la rigidité artérielle

La mesure de référence dans les études citées est cette VOP, en mètres par seconde. On chronomètre le temps que met l’onde à parcourir une distance connue entre deux sites artériels. Plus le trajet est raide, plus le chiffre monte. La voie carotide-fémorale estime surtout l’aorte. La voie bras-cheville mélange aorte et artères périphériques. C’est cette dernière qui, à Pittsburgh, allait le plus nettement avec le statut amyloïde.

L’enregistrement se fait en clinique, souvent allongé, sans injection ni rayons. Il n’est pas un examen de routine dans tous les cabinets français. Le médecin traitant s’appuie d’abord sur une tension bien mesurée, au cabinet et à la maison. La pression pulsée et l’âge ne donnent qu’un aperçu imparfait de la raideur.

Une confusion fréquente mélange cette VOP et l’index de pression systolique cheville-bras. Le second compare la pression à la cheville et au bras. Il sert à dépister une artériopathie des membres inférieurs. Ce n’est pas l’outil qui a produit les rapports de cotes de Pittsburgh. Dire qu’un « index cheville-bras » a mesuré la rigidité de ces 91 personnes est inexact.

Mesure Ce qu’elle reflète Ce qu’elle ne dit pas
VOP carotido-fémorale Rigidité surtout aortique Un diagnostic de maladie d’Alzheimer
VOP bras-cheville Rigidité mixte, centrale et périphérique La même chose que l’index cheville-bras
Pression artérielle de consultation Charge hémodynamique du moment L’histoire mécanique de la paroi
Index de pression cheville-bras Possible artériopathie d’un membre La vitesse de l’onde de pouls
TEP amyloïde Charge de peptide β-amyloïde Une démence clinique à elle seule
IRM, hypersignaux de substance blanche Atteinte fréquente des petits vaisseaux La cause unique des oublis

Aucune de ces lignes ne remplace l’entretien sur la mémoire, les gestes quotidiens et le calendrier des symptômes. Une vitesse élevée oriente vers le risque vasculaire. Elle n’écrit pas le nom de la maladie.

Quelle cible de tension pour le risque cognitif

Aux États-Unis, le guide AHA/ACC publié le 14 août 2025 recommande, en classe I, un objectif de pression systolique inférieur à 130 mm Hg chez l’adulte hypertendu pour prévenir le trouble cognitif léger et la démence. Le même tableau compare cette phrase à celle de 2017, où baisser la tension pour le cerveau était seulement « raisonnable » (classe 2a). Le changement de grade s’appuie surtout sur SPRINT, sur son suivi cognitif et sur d’autres essais de baisse intensive.

SPRINT MIND a tiré au sort 9 361 adultes de 50 ans ou plus, hypertendus, sans diabète ni antécédent d’AVC, vers une systolique inférieure à 120 mm Hg ou inférieure à 140 mm Hg. Après 5,11 ans de suivi médian, la démence probable survenait à 7,2 contre 8,6 cas pour 1 000 personnes-années (rapport de risques 0,83), une différence non significative. Le trouble cognitif léger baissait (rapport 0,81), comme l’ensemble trouble cognitif léger ou démence probable (rapport 0,85). L’essai, arrêté tôt pour un bénéfice cardiovasculaire, manquait de puissance pour la démence seule. Le guide de 2025 note qu’un suivi d’environ sept ans a conservé le bénéfice sur le trouble cognitif léger et le critère composite. Les effets indésirables (hypotension, syncope, chutes) existaient mais restaient peu fréquents.

La Commission Lancet du 31 juillet 2024, conduite par Livingston, Huntley, Liu et leurs collègues, inscrit l’hypertension parmi 14 leviers qui, ensemble, pourraient concerner près de la moitié des démences à l’échelle d’une population. Elle propose de viser 130 mm Hg ou moins dès 40 ans. Ce n’est pas un ordre individuel. C’est un objectif de santé publique, à discuter avec le médecin selon l’âge, l’orthostatisme et les autres maladies.

L’OMS, dans ses lignes directrices du 15 juillet 2026, écrit que la prise en charge de l’hypertension peut être proposée pour réduire le risque de déclin cognitif ou de démence. La formulation est plus prudente que la classe I américaine. Les cibles chiffrées applicables en France sont celles que le médecin traitant ou le cardiologue retiennent d’après les textes locaux, pas une transposition automatique du seuil de 120 mm Hg de SPRINT. Les brassards, le nombre de mesures et le contexte (cabinet, domicile, 24 heures) changent le chiffre autant que le comprimé.

Activité physique, poids et autres leviers du quotidien

La Commission Lancet de 2024 relie l’activité physique à un risque plus bas de démence toutes causes (risque relatif 0,80 dans une méta-analyse de 58 études) et de maladie d’Alzheimer (0,86). Le bénéfice le plus net apparaît quand une personne passe d’une vie très sédentaire à un minimum de mouvement régulier. Les commissaires encouragent le sport et l’exercice sans promettre l’effacement des plaques.

La Mayo Clinic décrit le même faisceau que pour le cœur. Marcher, limiter le tabac, soigner un diabète, surveiller le LDL avant 65 ans et traiter une baisse d’audition ou de vision s’inscrivent dans la réduction du risque, pas dans un protocole anti-amyloïde.

Le poids entre dans ce tableau de deux façons. L’obésité à l’âge mûr figure parmi les 14 leviers de 2024. Une perte de poids peut aussi faire baisser la tension, d’environ 1 mm Hg de systolique par kilogramme perdu selon le guide AHA/ACC 2025. Hughes, dans les commentaires autour de Pittsburgh, soulignait déjà l’intérêt de l’activité et de la charge cardiométabolique. Il n’a pas démontré, dans ces 91 personnes, qu’un régime ou un entraînement réduisait le dépôt amyloïde.

L’OMS 2026 recommande un schéma alimentaire équilibré, de façon conditionnelle, pour le risque cognitif. Elle insiste sur le régime dans son ensemble plutôt que sur un nutriment isolé. Arrêter le tabac fait l’objet d’une recommandation forte, même si le niveau de preuve pour la démence reste bas. Réduire une consommation d’alcool élevée, traiter un diabète et proposer des aides auditives font partie du même paquet de prévention, pas d’un traitement des plaques.

Les essais montrent des effets modestes, plus nets sur le risque à long terme que sur une image TEP. Pour une personne déjà très âgée, l’objectif raisonnable est de rester mobile, de faire mesurer la tension et de signaler un changement de mémoire.

Vitamine D et oméga-3, ce que les essais n’ont pas confirmé

Des textes grand public ont parfois affirmé que la vitamine D3 et les acides gras oméga-3 aidaient le système immunitaire à « nettoyer » les plaques. Les lignes directrices actuelles ne retiennent pas cette idée comme une conduite à tenir.

L’OMS, le 15 juillet 2026, a confirmé une recommandation contre la supplémentation en vitamines B et E, en oméga-3 et en complexes multivitaminés ou minéraux dans le but précis de réduire le déclin cognitif ou la démence, en l’absence de carence diagnostiquée. La force de la recommandation est forte, le niveau de preuve modéré. Le groupe d’experts n’a pas jugé que de nouvelles données inversaient l’avis déjà formulé en 2019. Un régime diversifié reste recommandé. Un comprimé d’oméga-3 n’en est pas l’équivalent.

La Mayo Clinic parle d’activité, d’alimentation de type méditerranéen, de tension, de diabète, de LDL et d’arrêt du tabac. Elle ne place pas un couple vitamine D plus oméga-3 parmi les moyens de faire reculer les plaques. Une carence en vitamine D se traite pour l’os et le muscle, d’après le médecin ou le pharmacien. Les oméga-3 du poisson s’inscrivent dans un régime. Les capsules n’ont pas montré, dans les synthèses retenues par l’OMS, un bénéfice cognitif qui l’emporte sur d’éventuels inconvénients.

Troubles de mémoire, quand consulter le médecin

Un oubli isolé de prénom ou de clé n’est pas une urgence. Une mémoire qui se répète, qui gêne les courses, la cuisine, les factures ou l’orientation dans un quartier connu mérite un rendez-vous avec le médecin traitant. La Mayo Clinic invite aussi l’entourage à proposer une consultation si la personne ne voit pas le changement. Plusieurs affections réversibles imitent une démence. Un bilan sanguin, une revue des médicaments et, si besoin, une IRM font partie du tri habituel.

Le médecin peut orienter vers une consultation mémoire. L’imagerie amyloïde n’est pas le premier examen d’une tension un peu haute. Elle se discute dans des filières spécialisées, souvent quand un diagnostic précis changerait un projet de soin. La rigidité artérielle, si elle est mesurée, reste un marqueur de risque vasculaire. Elle ne classe pas la personne dans une maladie d’Alzheimer.

Certains tableaux n’attendent pas le créneau du cabinet. L’American Heart Association décrit une urgence hypertensive au-delà de 180/120 mm Hg lorsqu’apparaissent une douleur thoracique, un essoufflement, une douleur dans le dos, un engourdissement, une faiblesse, un trouble de la vue ou une difficulté à parler. En France, ces signes, comme un déficit brutal d’un membre, une bouche déviée ou une parole soudain brouillée, relèvent du 15 ou du 112. Une confusion qui s’installe en quelques minutes avec l’un de ces signes se traite comme un accident vasculaire jusqu’à preuve du contraire.

Deux listes aident à trier, sans les confondre.

  • Prenez rendez-vous si les oublis se répètent, gênent le quotidien ou s’accompagnent d’un changement d’humeur durable.
  • Appelez le 15 ou le 112 si le trouble est soudain et associé à une faiblesse, une parole altérée, une vision double ou une céphalée brutale inhabituelle.
  • Apportez les chiffres de tension pris à domicile, la liste des médicaments et un exemple précis d’oubli récent.
  • Signalez une chute liée à un traitement antihypertenseur, un vertige au lever ou une perte de poids involontaire.

Le guide AHA/ACC 2025 rappelle que l’hypotension orthostatique et les chutes font partie de la surveillance quand on vise une tension plus basse, surtout après 75 ans. Baisser la tension pour le cerveau n’autorise pas à ignorer le risque de malaise.

Ce que ce lien ne permet pas de conclure

La rigidité artérielle n’est pas un synonyme de maladie d’Alzheimer, ni un autre nom de l’hypertension. Pittsburgh, son suivi et Framingham décrivent des associations, à des âges et avec des outils différents. La méta-analyse de 2023 ancre surtout le lien avec les petits vaisseaux. Aucune étude citée n’a montré qu’assouplir l’aorte efface les plaques.

Présenter un index cheville-bras comme la mesure de ces études, ou une vitamine comme un moyen de laver l’amyloïde, dépasse les sources. L’intérêt des antihypertenseurs pour le cerveau, dans SPRINT MIND et le guide de 2025, passe d’abord par la baisse de la pression systolique. Les démences du grand âge sont souvent mixtes, écrit l’AHA en 2026. Traiter la tension, marcher et faire voir une mémoire qui change restent utiles, sans garantir l’absence de maladie.

Questions fréquentes

La rigidité artérielle signifie-t-elle que j’ai la maladie d’Alzheimer ?

Non. Elle s’associe, chez des personnes très âgées sans démence, à un dépôt amyloïde plus fréquent et à plus de lésions de substance blanche. Beaucoup de personnes avec des plaques restent autonomes. Le diagnostic d’Alzheimer repose sur les symptômes, leur évolution et un bilan, pas sur une VOP.

Peut-on assouplir des artères trop raides ?

Une part de la raideur vient de l’âge et du remaniement de la paroi. L’activité régulière, une perte de poids si l’indice de masse corporelle est élevé et une tension mieux contrôlée peuvent améliorer certains indices de rigidité dans des essais, sans promesse de retour à une aorte de 40 ans. Le médecin adapte l’objectif à votre situation.

Faut-il une TEP amyloïde si la tension est élevée ?

Non en première intention. Une tension haute se traite et se surveille. La TEP amyloïde se discute dans une filière mémoire lorsque le résultat changerait la prise en charge. Elle n’est pas un test de dépistage de la rigidité artérielle.

L’index de pression cheville-bras mesure-t-il la rigidité ?

Non. Cet index compare les pressions du bras et de la cheville pour chercher une artériopathie. La rigidité se mesure par la VOP. Les deux examens peuvent coexister. Ils ne racontent pas la même chose.

Un traitement contre l’hypertension efface-t-il les plaques ?

Aucun essai cité ici n’a montré qu’un antihypertenseur faisait disparaître les plaques amyloïdes. SPRINT MIND a réduit le trouble cognitif léger avec une cible systolique plus basse. Le guide AHA/ACC 2025 en a tiré un objectif inférieur à 130 mm Hg pour le risque cognitif, aux États-Unis. Votre médecin applique la cible locale.

Marcher davantage réduit-il les plaques dans le cerveau ?

La Commission Lancet de 2024 et la Mayo Clinic relient l’activité à un risque plus bas de démence. Elles ne démontrent pas une baisse mesurable des plaques chez une personne donnée. Marcher reste utile pour le cœur, l’équilibre et la tension. Ce n’est pas un traitement anti-amyloïde.

Conclusion

Le durcissement des artères et les plaques de peptide β-amyloïde peuvent coexister chez des personnes très âgées qui n’ont pas de démence. À Pittsburgh, près d’une personne sur deux était déjà amyloïde-positive, et la VOP allait de pair avec ce signal comme avec les lésions de substance blanche. D’autres cohortes insistent davantage sur la tau, sur les petits vaisseaux, ou sur les deux à la fois. Le tableau n’est pas celui d’une cause unique.

Le geste le plus concret n’est pas de chercher une TEP « pour voir les plaques ». C’est de faire mesurer la tension correctement, d’apporter les chiffres du domicile et de décrire un oubli précis qui gêne le quotidien. Aux États-Unis, le guide AHA/ACC 2025 fixe une systolique sous 130 mm Hg pour le risque cognitif. En France, le médecin traitant traduit cet enjeu dans la cible qui vous concerne, en surveillant les malaises au lever.

Si une faiblesse brutale, une parole brouillée ou une tension au-delà de 180/120 mm Hg avec douleur thoracique apparaît, le numéro utile est le 15 ou le 112. Pour le reste, l’activité que vous tenez, le tabac que vous arrêtez et la mémoire que vous faites examiner pèsent plus qu’un complément vendu pour « nettoyer » le cerveau.

Sources

  1. Hughes TM, Kuller LH, Barinas-Mitchell EJ et al. : Pulse wave velocity is associated with β-amyloid deposition in the brains of very elderly adults. Neurology, 16 octobre 2013.
  2. Hughes TM, Kuller LH, Barinas-Mitchell EJ et al. : Arterial Stiffness and β-Amyloid Progression in Nondemented Elderly Adults. JAMA Neurology, mai 2014.
  3. Scheuermann BC, Parr SK, Schulze KM et al. : Associations of Cerebrovascular Regulation and Arterial Stiffness With Cerebral Small Vessel Disease: A Systematic Review and Meta-Analysis. Journal of the American Heart Association, 6 novembre 2023.
  4. Cooper LL, O’Donnell A, Beiser A et al. : Association of Aortic Stiffness and Pressure Pulsatility With Global Amyloid-β and Regional Tau Burden Among Framingham Heart Study Participants Without Dementia. JAMA Neurology, 6 juin 2022.
  5. Jones DW, Ferdinand KC, Taler SJ et al. : 2025 AHA/ACC/AANP/AAPA/ABC/ACCP/ACPM/AGS/AMA/ASPC/NMA/PCNA/SGIM Guideline for the Prevention, Detection, Evaluation and Management of High Blood Pressure in Adults. Hypertension, 14 août 2025.
  6. SPRINT MIND Investigators : Effect of Intensive vs Standard Blood Pressure Control on Probable Dementia: A Randomized Clinical Trial. JAMA, 28 janvier 2019.
  7. Livingston G, Huntley J, Liu KY et al. : Dementia prevention, intervention, and care: 2024 report of the Lancet standing Commission. The Lancet, 31 juillet 2024.
  8. Risk reduction of cognitive decline and dementia: WHO guidelines, second edition. World Health Organization, 15 juillet 2026.
  9. Alzheimer’s disease – Symptoms and causes. Mayo Clinic, 1er août 2026.
  10. What is Alzheimer’s Disease?. Alzheimer’s Association, mis à jour en 2026.
  11. Sorond FA, Gorelick PB, Bae HJ et al. : Vascular Contributions to Cognitive Impairment and Brain Health: Clinical Update and Mechanistic Considerations: A Scientific Statement From the American Heart Association. Stroke, 26 mai 2026.
  12. What is High Blood Pressure?. American Heart Association, 14 août 2025.

À propos de l’auteur

Pauline Cécile TessierRédactrice médicale

J’ai fait mes études d’infirmière à l’IFSI La Capelette. Après mon congé maternité, je me suis tournée vers la rédaction et la relecture de textes médicaux. Pour chaque article, je lis les recommandations officielles, les études et les guides cliniques, et j’utilise aussi des outils d’IA dans mon travail. Chaque affirmation peut être vérifiée dans les sources citées de l’article.