Cigarettes électroniques : métaux toxiques et risques

Cigarettes électroniques : métaux toxiques et risques

Une cigarette électronique ne produit pas de vapeur d’eau. Une résistance métallique chauffe un e-liquide, et des traces de nickel, de chrome, de plomb, de manganèse et de zinc passent dans l’aérosol inhalé, parfois au-dessus de limites sanitaires américaines.

Le contraste le plus net ne concerne plus seulement les anciens « mods » rechargeables. En 2025, une équipe de l’université de Californie à Davis a mesuré, sur certains modèles jetables de marque Esco Bar, une quantité de plomb jusqu’à treize fois plus élevée en 200 bouffées que dans un paquet de cigarettes classiques. Le plomb ne venait pas du filament chauffant, mais d’un bronze au plomb dans des pièces en contact avec le liquide.

Sur 56 appareils de vapoteurs quotidiens, 48 % des aérosols dépassaient la norme américaine de qualité de l’air pour le plomb. Le nickel urinaire monte avec la concentration dans l’aérosol. Le NICE britannique juge le vapotage nicotinique nettement moins nocif que la combustion, alors que l’OMS ne le recommande pas comme outil de sevrage à l’échelle d’une population.

D’où viennent les métaux dans l’aérosol ?

La source principale n’est pas le flacon d’e-liquide neuf. C’est le contact avec les pièces métalliques de l’appareil, surtout la résistance qui chauffe le liquide, et parfois d’autres alliages du réservoir, de la gaine ou des soudures.

Les résistances courantes sont en nichrome (nickel et chrome), en kanthal (fer, chrome, aluminium) ou en acier inoxydable (fer, chrome, nickel). L’étain sert souvent aux joints. Quand le liquide touche ces alliages, puis est porté à haute température, une fraction des métaux se dissout ou se détache en particules, puis se retrouve dans l’aérosol. La mesure de 56 appareils de vapoteurs quotidiens l’a montré de façon directe. Dans le flacon, les teneurs restaient basses. Dans le réservoir déjà chauffé et dans l’aérosol, nickel, chrome, plomb et zinc grimpaient de façon marquée.

Le plomb pose un problème particulier. Il ne figure pas parmi les métaux nominaux des filaments. Pendant longtemps, on ne savait pas s’il fuyait d’un alliage, d’une soudure ou d’une autre pièce. Les travaux de 2025 sur des puffs jetables ont identifié, au moins pour une marque, un bronze au plomb dans la gaine et les connecteurs, donc hors de la résistance. L’arsenic, lui, était déjà présent dans une minorité de flacons, à des niveaux comparables après chauffage. Il vient donc plutôt de la formulation du liquide que du filament.

Deux mécanismes peuvent coexister, un lessivage chimique du métal par le liquide, surtout avec des sels de nicotine acides, et une érosion du filament à chaque cycle de chauffe. Les deux aboutissent au même résultat pour l’utilisateur. Ce qui est inhalé n’est pas seulement de la glycérine, du propylène glycol, un arôme et de la nicotine.

Vapeurs de cigarettes électroniques contenant des métaux toxiques

Quelles concentrations a-t-on mesurées dans les appareils ?

Les teneurs varient de plusieurs ordres de grandeur d’un appareil à l’autre. Les médianes d’une série de 56 mods utilisés au quotidien restent le point de comparaison le plus clair, parce que chaque appareil a été testé trois fois, d’abord le flacon sans contact avec la résistance, puis l’aérosol, puis le liquide resté dans le réservoir.

Métal Flacon (µg/kg) Aérosol (µg/kg) Réservoir (µg/kg)
Nickel 2,03 68,4 233
Chrome inférieur à 0,5 8,38 55,4
Plomb 0,476 14,8 40,2
Zinc 13,1 515 426
Aluminium 10,9 16,3 31,2
Manganèse 1,09 2,42 31,9

Les rapports appariés (même appareil, avant et après contact) sont encore plus parlants. Le zinc de l’aérosol était en médiane 29,5 fois plus élevé que dans le flacon, le plomb 25,4 fois, le nickel 8,43 fois, le chrome 6,78 fois. Dans le réservoir, le plomb atteignait un rapport de 116. Ces chiffres ne décrivent pas une dose unique « du vapotage ». Ils montrent que le matériel contamine le liquide une fois mis en service.

Une fois converties en concentration dans l’air inhalé, ces valeurs dépassaient des seuils sanitaires américains pour une part importante des échantillons. Cinquante-sept pour cent dépassaient le niveau de risque minimal de l’ATSDR pour le nickel. Soixante-huit pour cent dépassaient le seuil retenu pour les brouillards de chrome hexavalent, un choix prudent car l’étude de 2018 n’avait pas déterminé la forme chimique du chrome. Quarante-huit pour cent dépassaient la norme nationale américaine de qualité de l’air pour le plomb. Le cadmium, métal emblématique de la fumée de cigarette, restait souvent sous le seuil de détection dans les flacons et n’apparaissait que dans une partie des aérosols.

Les appareils n’étaient pas interchangeables. Une tension plus élevée, le type de filament et la fréquence de remplacement de la résistance modifiaient les teneurs. Vingt marques différentes figuraient dans l’échantillon, trop dispersées pour isoler un modèle « sûr ».

Les puffs jetables changent-elles le tableau ?

Certains jetables récents ne sont pas une version allégée des anciens mods. Sur trois marques très vendues auprès des adolescents américains (ELF Bar, Flum Pebble, Esco Bar), le chrome et le nickel de l’aérosol ont augmenté jusqu’à mille fois au fil de la vie de l’appareil, à mesure que le filament se dégradait.

Un exemple chiffré. Sur un ELF Bar aromatisé, le chrome de l’aérosol est passé d’environ 4 à 1 960 µg/kg entre 100 et 1 500 bouffées, et le nickel de 37 à 19 000 µg/kg. Ce n’est plus une contamination de fond. C’est une trajectoire qui s’aggrave tant que l’appareil fonctionne. Les e-liquides « vierges » de ces mêmes modèles, avant usage, contenaient peu de chrome et de fer. Après quelques centaines de bouffées, le liquide restant dans l’appareil était nettement plus chargé. La chauffe, et non le flacon d’origine, expliquait la hausse.

Le plomb raconte une autre histoire. Dans les Esco Bar, les e-liquides encore non utilisés étaient déjà très contaminés (jusqu’à 175 ppm de plomb, soit 175 000 µg/kg), ainsi que de nickel, de cuivre et de zinc. L’analyse des pièces a montré un bronze au plomb dans la gaine et les connecteurs de batterie, en contact avec le liquide. Pour les 200 premières bouffées, ces appareils ont délivré en moyenne 4,9 µg de plomb (version aromatisée) et 15,4 µg (version « clear »), contre 1,2 µg pour le paquet de cigarettes le plus chargé cité par les auteurs. Ce résultat ne s’applique pas à toutes les puffs. Il s’applique à des produits identifiés, largement répandus, et illustre ce qui se passe quand un alliage inadapté touche un liquide corrosif.

Une comparaison plus large, publiée en 2023 sur 104 mods, 67 pods et 23 jetables, va dans un autre sens pour la moyenne des appareils. Les mods produisaient en général plus de métaux dans l’aérosol, sauf le cobalt et le nickel, plus élevés dans les pods et jetables. Les arômes tabac des pods étaient plus chargés que la menthe ou la mangue. La leçon n’est pas « jetable égal toujours pire ». C’est que la marque, l’alliage, l’usure et l’arôme pèsent autant que le geste de vapoter.

Ces métaux passent-ils dans l’urine et la salive ?

Oui, au moins pour le nickel et le chrome. Chez 64 vapoteurs du Maryland, les concentrations de nickel dans l’aérosol de leur propre appareil prédisaient les concentrations dans l’urine et la salive. Le tertile le plus élevé d’aérosol correspondait à 72 % de nickel urinaire en plus et à 321 % de nickel salivaire en plus, par rapport au tertile le plus bas. Le tertile le plus élevé de chrome dans l’aérosol correspondait à 193 % de chrome salivaire en plus.

Les habitudes comptaient autant que l’appareil. Vapoter plus tôt le matin et changer la résistance plus souvent allaient de pair avec un nickel urinaire plus élevé. Une consommation hebdomadaire d’e-liquide et une tension intermédiaires étaient liées à un nickel salivaire plus haut. Ces associations ne prouvent pas à elles seules une maladie. Elles montrent que l’émission mesurée dans l’aérosol n’est pas un artefact de laboratoire. Une fraction entre dans le corps.

Une revue de 18 études, parue en 2024, confirme le tableau d’ensemble. L’exposition active, et dans certains travaux l’exposition passive, s’accompagne de teneurs plus élevées de plusieurs métaux (dont le plomb et le cadmium) dans des prélèvements biologiques, par rapport aux non-consommateurs. Les fumeurs de cigarettes combustibles ont en général des niveaux comparables ou plus hauts que les vapoteurs exclusifs. Passer du tabac brûlé au vapotage ne « remet pas les compteurs à zéro ». Cela déplace le mélange de toxiques, avec moins de cadmium typique de la fumée, et davantage de nickel ou de chrome liés au matériel.

Le chrome mesuré dans le sang ou l’urine n’est pas forcément du chrome hexavalent, forme classée cancérogène pour le poumon. Sur les jetables testés en 2025, le chrome de l’aérosol était du chrome(III). L’antimoine, en revanche, mélangeait une forme considérée comme peu toxique et de l’antimoine(III), classé cancérogène possible. Sans spéciation, un chiffre de « chrome total » peut faire peur à tort, ou rassurer à tort.

Quels risques pour les poumons, le cœur et le cerveau ?

Inhaler des métaux n’est pas équivalent à les avaler. Le poumon absorbe une part plus grande de la dose, et certains métaux y exercent des effets que l’alimentation ne produit pas aux mêmes doses. Le nickel inhalé est un cancérogène respiratoire connu. Le chrome hexavalent l’est aussi, ce qui rend la forme chimique décisive. Le plomb est neurotoxique, surtout pour un cerveau en développement, et associé aux maladies cardiovasculaires. Le manganèse, utile en traces par voie orale, devient toxique pour le système nerveux lorsqu’il est respiré.

L’aérosol peut contenir, outre la nicotine, des substances cancérogènes, des particules ultrafines, des composés organiques volatils, des arômes comme le diacétyle (lié à une bronchiolite oblitérante), et des métaux lourds dont le nickel, l’étain et le plomb, selon les CDC. La Cleveland Clinic y ajoute le cadmium et souligne que le vapotage peut aggraver un asthme, irriter les voies aériennes et endommager d’autres organes via la nicotine (pression artérielle, artères, cerveau en développement).

Il manque encore le lien le plus important. On sait qu’il y a exposition. On ne dispose pas d’essais de longue durée qui chiffrent, chez l’humain, le surcroît de cancers du poumon, d’accidents coronariens ou de troubles cognitifs imputable aux seuls métaux du vapotage. Les évaluations de risque publiées sur des concentrations hautes de nickel et de chrome concluent parfois à des excès inacceptables si l’on extrapole les pires échantillons à une consommation quotidienne. Ces calculs dépendent d’hypothèses (volume d’e-liquide, forme chimique, durée de vie). Ils ne sont pas un diagnostic individuel.

Une lésion pulmonaire aiguë a fait 2 807 hospitalisations aux États-Unis entre août 2019 et janvier 2020, avec 68 décès recensés au 18 février 2020. Cette épidémie, appelée EVALI, a été fortement liée à l’acétate de vitamine E dans des produits au THC issus de circuits informels, pas aux métaux des résistances. Confondre les deux mécanismes serait une erreur. Les métaux posent un problème de toxicité chronique possible. L’EVALI était une agression aiguë, souvent liée à un additif gras.

Vapoter est-il moins toxique que fumer ?

Pour un fumeur adulte qui abandonne complètement la combustion, l’aérosol d’une cigarette électronique réglementée contient en général moins de substances nocives que les quelque 7 000 composés de la fumée, dont de nombreux cancérogènes de combustion. Les agences américaines le formulent ainsi, tout en ajoutant que cela ne rend pas le produit sûr. Moins toxique que la cigarette n’est pas synonyme d’innocent.

Le double usage (cigarette et vapoteuse) est un piège fréquent. Il n’est pas une stratégie de protection. Il peut augmenter l’exposition aux toxiques et aggraver les symptômes respiratoires par rapport à l’un ou l’autre produit seul. L’OMS va plus loin. Elle estime que ce double usage est au moins aussi dangereux, et probablement plus, que chaque produit isolé. Beaucoup de personnes « réduisent » sans s’arrêter. Elles empilent alors nicotine, goudrons de combustion et métaux de résistance.

Le nickel de l’aérosol peut dépasser, dans certains échantillons, ce que l’on trouve dans la fumée. Le cadmium, à l’inverse, reste souvent plus élevé chez le fumeur. Le plomb dépend du matériel. Sur les Esco Bar déjà cités, la dose de plomb de 200 bouffées dépassait celle d’un paquet. Sur d’autres mods de 2018, les médianes restaient plus modestes, avec une queue de distribution très haute. Comparer « la » cigarette électronique à « la » cigarette n’a donc de sens que produit par produit, et à condition d’arrêter réellement de fumer.

Pour quelqu’un qui n’a jamais fumé, le calcul est différent. Il n’y a pas de bénéfice de substitution. Il n’y a qu’une nouvelle source de nicotine, de particules et de métaux. L’OMS souligne qu’une consommation même brève chez les jeunes est associée à un triplement approximatif du passage ultérieur à la cigarette combustible. Le produit présenté comme une sortie du tabac peut devenir une entrée.

La cigarette électronique aide-t-elle à arrêter de fumer ?

Les autorités ne disent pas la même chose, et il faut les nommer plutôt que de les fondre. La revue Cochrane mise à jour en 2026, avec des données jusqu’au 1er janvier 2026, apporte une certitude élevée. Les cigarettes électroniques nicotinées augmentent le sevrage à six mois par rapport aux substituts nicotiniques. Pour 100 personnes, 8 à 10 s’arrêtent avec l’e-cigarette nicotinée, contre 6 avec un patch ou une gomme. Les événements indésirables graves étaient rares et, avec une certitude modérée, de fréquence comparable à celle des substituts. Les gênes les plus citées étaient une irritation de la gorge, une toux, des céphalées et des nausées. Ces essais concernaient des produits nicotinés réglementés, pas des liquides au THC ni des puffs illicites.

La recommandation britannique NG209 (volet e-cigarettes daté de 2021, guide actualisé en février 2025 par le NICE) place les e-cigarettes nicotinées parmi les options à proposer avec un accompagnement comportemental, aux côtés de la varénicline, de la cytisine et de l’association de substituts. Le texte précise que le vapotage est « probablement nettement moins nocif » que fumer, qu’il n’y a pas assez de données sur les dégâts à long terme, et que toute cigarette restante doit disparaître. Au Royaume-Uni, aucun de ces produits n’était alors autorisé comme médicament par l’agence du médicament.

Dans sa foire aux questions de janvier 2024, et dans sa ligne de 2024 sur le sevrage de l’adulte, l’OMS refuse d’en faire un outil de sevrage grand public. Elle juge qu’ils n’ont pas fait la preuve d’une efficacité à l’échelle d’une population, et que le risque d’entrée des jeunes pèse lourd. Sa ligne de traitement de l’adulte laisse les e-cigarettes hors champ, en attendant davantage de données, et renvoie vers les conseils brefs, les lignes d’aide, les substituts et les médicaments autorisés.

L’agence américaine du médicament (FDA) n’a pas homologué les e-cigarettes comme aide au sevrage. MedlinePlus et les CDC recommandent, pour arrêter, les patchs, gommes, comprimés, sprays et inhalateurs nicotinés validés, plus un suivi. En France, le médecin traitant et le pharmacien appliquent le cadre local. Ils peuvent proposer des substituts et, le cas échéant, un médicament de sevrage. Ils ne s’appuient pas sur un statut de médicament pour la vapoteuse.

Qui devrait éviter le vapotage ?

Les jeunes, les femmes enceintes et les personnes qui ne fument pas n’ont rien à y gagner. Les CDC, l’OMS et la Cleveland Clinic le formulent de la même façon. La nicotine perturbe le développement du cerveau jusqu’à environ 25 ans (attention, apprentissage, humeur, contrôle des impulsions) et est toxique pour le fœtus. Le vapotage pendant la grossesse a été associé à un faible poids de naissance et à la prématurité. Aucun métal de résistance ne justifie de « remplacer » une cigarette par une vapoteuse chez une femme enceinte. Les substituts nicotiniques validés, sous avis médical, restent le cadre habituel si un sevrage nicotinique est nécessaire.

Les enfants sont exposés deux fois. Par l’aérosol des adultes, d’abord. Une revue de 2024 rapporte des métaux dans des prélèvements de non-consommateurs vivant avec un vapoteur, et même, dans une étude de cas, dans le sang de cordon et le lait. Par l’e-liquide avalé, ensuite. Plus de 80 % des appels aux centres antipoison américains pour cigarette électronique concernent des enfants de moins de 5 ans. Un flacon sucré et coloré n’est pas un jouet. La nicotine concentrée peut provoquer des vomissements, des convulsions, une détresse respiratoire.

Les personnes déjà asthmatiques, ou atteintes d’une maladie cardiaque, n’ont pas de « vapotage thérapeutique ». Le produit peut irriter les bronches et la nicotine resserre les vaisseaux. Ceux qui fument encore tout en vapotant cumulent les deux expositions. Pour eux, l’objectif utile n’est pas de « mieux vapoter ». C’est d’arrêter la combustion, puis de sevrer aussi la nicotine.

Quels signes doivent faire consulter après avoir vapoté ?

Une toux nouvelle, un essoufflement, une douleur thoracique ou une fièvre après des jours ou des semaines de vapotage ne sont pas « normaux ». Ils justifient un avis médical, d’autant plus si l’appareil ou le liquide vient d’un circuit informel, ou contient du THC. Lors de l’épidémie d’EVALI, 95 % des patients avaient des symptômes respiratoires (toux, douleur thoracique, essoufflement) et 77 % des symptômes digestifs (nausées, vomissements, diarrhée, douleur abdominale). Plus de la moitié avaient une saturation en oxygène inférieure à 95 % à l’air ambiant. Une radiographie du thorax est alors indiquée. Une hospitalisation l’est en cas de détresse respiratoire ou de saturation basse.

Situation Conduite
Essoufflement brutal, lèvres bleutées, douleur thoracique intense, malaise Appeler le 15 ou le 112
Toux, fièvre et essoufflement après vapotage, surtout avec un produit au THC Consulter le jour même, radiographie possible
Nausées, vomissements ou diarrhée associés à une gêne respiratoire Consulter sans attendre le lendemain
Convulsion, confusion ou vomissements répétés chez un jeune vapoteur Appeler le 15 ou le 112
Enfant qui avale de l’e-liquide, même en petite quantité Appeler le 15 ; ne pas faire vomir
Toux chronique, sifflements, crise d’asthme plus fréquente depuis le vapotage Voir le médecin traitant pour un bilan

Des crises convulsives après vapotage ont aussi été signalées aux CDC, surtout chez des adolescents et de jeunes adultes. Les batteries défectueuses ont provoqué des brûlures et des incendies, souvent pendant la charge. Ce n’est pas une toxicité des métaux. C’est un risque matériel à traiter comme tel. En cas de brûlure étendue, le 15 ou le 112 restent le bon numéro.

Dire à votre médecin que vous vapotez, avec quelle marque, quelle saveur, quelle fréquence et si le liquide contient du THC, change la recherche d’une pneumonie, d’un asthme ou d’une EVALI. Sans cette information, le tableau mime une infection courante.

Comment limiter l’exposition si vous vapotez déjà ?

Le levier le plus sûr est d’arrêter aussi la vapoteuse, une fois la cigarette abandonnée, avec le même type d’aide que pour le tabac, patch, gomme, comprimés, suivi, application ou ligne d’aide. Si vous fumez encore, cesser la combustion d’abord. Garder les deux produits n’allège pas la charge de toxiques.

Tant que vous vapotez, quelques choix réduisent, sans l’annuler, le flux de métaux. Mieux vaut éviter les appareils endommagés, les résistances calcinées et les jets de puissance extrême, ne pas ajouter d’huile, de vitamine E, d’alcool ou d’un produit non prévu pour l’inhalation, et ne pas acheter de cartouches au THC auprès d’un particulier ou en ligne hors circuit identifié. Changer une résistance trop souvent n’est pas forcément protecteur. Dans la cohorte de 2017, les changements fréquents allaient avec plus de nickel urinaire, ce qui suggère que les filaments neufs relarguent aussi. À l’inverse, sur les jetables de 2025, chrome et nickel montaient avec le nombre de bouffées. Ni le matériel « tout neuf » ni l’appareil usé jusqu’à la dernière goutte n’est une garantie.

Les listes suivantes résument ce qui, dans les sources, pèse vraiment.

  • Un fumeur adulte qui passe entièrement à une e-cigarette nicotinée réglementée réduit en général l’exposition aux toxiques de combustion, pas à zéro.
  • Un non-fumeur, un adolescent ou une femme enceinte n’a pas de bénéfice net à commencer, quels que soient l’arôme et la marque.
  • Un double usage cigarette plus vapoteuse peut empirer le bilan toxique par rapport à un seul produit.
  • Un liquide au THC d’origine incertaine a déjà été lié à des lésions pulmonaires graves, distinctes des métaux de résistance.
  • Un enfant de moins de 5 ans reste la première victime des intoxications accidentelles à l’e-liquide.

Le pharmacien peut indiquer les substituts nicotiniques disponibles près de chez vous. Le médecin traitant peut prescrire une aide médicamenteuse au sevrage et chercher une cause à une toux récente. Ni l’un ni l’autre n’a besoin que vous minimisiez votre consommation. Un chiffre honnête de bouffées par jour, et le nom du matériel, suffit à orienter.

Questions fréquentes

Les e-liquides du commerce sont-ils déjà chargés en métaux ?

Le plus souvent, non, ou seulement à l’état de traces. Dans la série de 56 appareils, les flacons contenaient peu de nickel, de chrome et de plomb. Les teneurs montaient après contact avec la résistance. Certaines puffs jetables font exception. Leur liquide était déjà très chargé en plomb, cuivre et zinc à cause d’alliages du boîtier, avant même la première bouffée.

Le chrome inhalé est-il forcément cancérogène ?

Non. Le chrome hexavalent est un cancérogène pulmonaire. Le chrome(III) ne l’est pas au même titre. Les études de 2018 comparaient souvent le chrome total à des seuils prévus pour le chrome(VI), par prudence. Sur les jetables analysés en 2025, tout le chrome de l’aérosol était du chrome(III). Le nickel, lui, reste un cancérogène respiratoire quelle que soit cette discussion sur le chrome.

Faut-il craindre l’arsenic dans le vapotage ?

Il a été détecté dans 10,7 % des flacons de la série de 56, à une médiane de 26,7 µg/kg, sans hausse nette après chauffage. Ce n’est donc pas un relargage de filament. C’est une contamination du liquide, inexpliquée, présente dans une minorité d’échantillons. Elle justifie de ne pas traiter l’e-liquide comme un produit alimentaire contrôlé, pas de conclure que « tout vapoteur inhale de l’arsenic ».

Les patchs nicotiniques exposent-ils aux mêmes métaux ?

Non. Un patch, une gomme ou un comprimé de nicotine n’a pas de résistance métallique chauffée. Ils délivrent de la nicotine sans aérosol de métaux de filament. C’est l’une des raisons pour lesquelles MedlinePlus et la FDA les placent, pour le sevrage, avant les e-cigarettes. Ils ont leurs propres effets indésirables (irritation cutanée, hoquet, troubles du sommeil), d’une autre nature.

Le vapotage passif dépose-t-il des métaux chez l’entourage ?

Les aérosols exhalés élèvent les particules et la nicotine dans l’air intérieur. Quelques études, rassemblées en 2024, ont trouvé des métaux dans l’urine ou les cheveux de non-consommateurs vivant avec un vapoteur, à des niveaux souvent proches des témoins, parfois un peu plus hauts pour le cobalt. Ce n’est pas l’équivalent d’une pièce enfumée. Ce n’est pas non plus un air neutre, surtout pour un nourrisson ou une femme enceinte dans la même pièce.

Peut-on vapoter pendant la grossesse pour fumer moins ?

Non comme stratégie recommandée. La nicotine est toxique pour le fœtus. Le vapotage pendant la grossesse a été associé à un faible poids de naissance et à la prématurité. Les CDC et l’OMS demandent aux femmes enceintes de ne pas utiliser ces produits. Un sevrage encadré, avec des substituts si besoin, se discute avec le médecin ou la sage-femme, selon la pratique française.

Conclusion

Les métaux de la cigarette électronique ne sont plus une hypothèse de laboratoire. Ils quittent les alliages, contaminent le liquide du réservoir, se retrouvent dans l’aérosol, puis, pour le nickel et le chrome, dans l’urine et la salive. Les médianes d’une série de mods quotidiens dépassaient déjà des limites américaines pour le plomb, le nickel et le chrome dans une fraction importante des échantillons. Certaines puffs jetables, avec un bronze au plomb ou un filament qui s’use, ont ensuite montré des teneurs autrement plus hautes. La forme chimique compte. Le chrome n’est pas toujours hexavalent. Le nickel et le plomb, eux, n’ont pas besoin de ce débat pour préoccuper.

Arrêter de fumer reste le geste qui sauve le plus d’années de vie. Si une e-cigarette nicotinée réglementée vous y aide vraiment, sans cigarette en parallèle, le bilan toxique de combustion s’allège, au prix d’une exposition nouvelle aux métaux et à la nicotine. Si vous n’avez jamais fumé, si vous êtes enceinte, ou si vous avez moins de 18 ans, ce calcul n’a pas de versant positif. Un essoufflement, une douleur thoracique, une fièvre ou des vomissements après avoir vapoté, surtout avec un produit au THC, relèvent du médecin le jour même, et du 15 ou du 112 dès que la respiration devient difficile.

Le prochain geste utile est concret. Notez la marque, le type (mod, pod, puff), le nombre de bouffées par jour et si le liquide contient du THC, puis apportez cette liste au médecin traitant ou au pharmacien. Demandez une aide validée pour arrêter la nicotine, et une auscultation si la toux a changé. Les métaux ne se voient pas dans la fumée blanche. Ils se discutent avec des faits, pas avec un slogan de « vapeur d’eau ».

Sources

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  12. Siegel DA, Jatlaoui TC, Koumans EH et al. : Update: Interim Guidance for Health Care Providers Evaluating and Caring for Patients with Suspected E-cigarette, or Vaping, Product Use Associated Lung Injury — United States, October 2019. Morbidity and Mortality Weekly Report, 18 octobre 2019.

À propos de l’auteur

Pauline Cécile TessierRédactrice médicale

J’ai fait mes études d’infirmière à l’IFSI La Capelette. Après mon congé maternité, je me suis tournée vers la rédaction et la relecture de textes médicaux. Pour chaque article, je lis les recommandations officielles, les études et les guides cliniques, et j’utilise aussi des outils d’IA dans mon travail. Chaque affirmation peut être vérifiée dans les sources citées de l’article.