Psoriasis : risques cardiovasculaires et quand consulter

Psoriasis : risques cardiovasculaires et quand consulter

Le psoriasis est une maladie inflammatoire chronique de la peau qui s’accompagne d’un risque plus élevé d’infarctus, d’accident vasculaire cérébral, de diabète de type 2 et de rhumatisme psoriasique, surtout lorsque les plaques couvrent une grande surface. Ce sur-risque ne condamne pas chaque patient à une maladie grave. Il justifie un dépistage régulier de la tension, de la glycémie et des lipides, et une consultation rapide si une douleur de poitrine ou d’articulation apparaît.

Une méta-analyse de 31 cohortes, publiée en 2022 dans Frontiers in Cardiovascular Medicine, a regroupé 665 009 personnes atteintes de psoriasis. Le risque de mort cardiovasculaire y était multiplié par 1,46 par rapport aux témoins, et le risque d’événements cardiovasculaires passait de 1,18 en cas de psoriasis léger à 1,41 en cas de psoriasis modéré à étendu.

Le document conjoint de l’American Academy of Dermatology et de la National Psoriasis Foundation (AAD-NPF, 2019) demande de dépister hypertension, diabète et dyslipidémie chez tous les patients, et d’appliquer un coefficient 1,5 aux scores de risque si plus de 10 % de la peau est atteinte, ou lorsqu’une photothérapie ou un médicament général est envisagé. Au Royaume-Uni, le NICE (ligne CG153) propose, pour un psoriasis grave, une évaluation du risque cardiovasculaire dès le diagnostic, puis au moins tous les cinq ans. Le rhumatisme psoriasique touche, d’après ce texte américain de 2019, 30 à 33 % des patients.

Pourquoi le psoriasis dépasse la peau

Le psoriasis n’est pas une simple irritation superficielle. C’est une affection immunitaire dans laquelle des cellules censées défendre l’organisme s’activent à tort et accélèrent le renouvellement de l’épiderme. La Cleveland Clinic rappelle qu’un cycle cutané normal dure environ un mois, alors qu’il tombe à trois ou quatre jours ici. Les cellules s’empilent alors en plaques épaisses, squameuses, souvent prurigineuses.

Jusqu’à 3,2 % des adultes aux États-Unis sont concernés, selon le texte AAD-NPF de 2019. La Cleveland Clinic situe la prévalence au-dessus de 3 % de la population américaine. Song, Soffer et Gelfand (2024) parlent de plus de 8 millions de personnes aux États-Unis. Ces chiffres décrivent les États-Unis et ne se transposent pas tels quels à la France, mais ils montrent qu’il ne s’agit pas d’une maladie rare.

Le type le plus fréquent est le psoriasis en plaques, 80 à 90 % des cas d’après la Cleveland Clinic. Les plaques siègent surtout sur les coudes, les genoux, le cuir chevelu et le bas du dos, mais elles peuvent apparaître partout, y compris sur les ongles, les plis et les organes génitaux. La National Psoriasis Foundation précise que les symptômes commencent souvent entre 15 et 25 ans, parfois plus tôt ou plus tard. La maladie n’est pas contagieuse.

L’inflammation ne s’arrête pas à la peau. Les mêmes médiateurs, dont le TNF-α et les interleukines 17 et 23, circulent et peuvent entretenir une inflammation des vaisseaux, des articulations, du foie ou de l’intestin. C’est pourquoi le guide conjoint de 2019 parle d’une maladie de plusieurs organes, et pourquoi la Mayo Clinic liste, parmi les complications, le rhumatisme psoriasique, l’obésité, le diabète de type 2, l’hypertension, les maladies cardiovasculaires, certaines maladies auto-immunes et les troubles de l’humeur. Un psoriasis limité à quelques plaques n’a pas le même poids qu’une atteinte étendue. Le lien avec les autres maladies se renforce quand la surface cutanée augmente.

Quel est le risque d’infarctus ou d’AVC

Les personnes atteintes de psoriasis ont, en moyenne, plus d’infarctus, plus d’accidents vasculaires cérébraux et plus de morts d’origine cardiaque que les personnes du même âge sans psoriasis. L’analyse de Liu et al. (2022) a porté sur 31 études de cohorte, 665 009 patients et près de 18 millions de témoins. Le risque relatif groupé était de 1,17 pour l’infarctus, 1,19 pour l’AVC et 1,46 pour la mort cardiovasculaire. Pour l’ensemble des événements, il était de 1,18 dans le psoriasis léger et de 1,41 dans le psoriasis modéré à étendu.

Ces chiffres décrivent un sur-risque à l’échelle d’une population, pas une destinée individuelle. Un risque relatif de 1,17 signifie environ 17 % d’infarctus en plus par rapport aux témoins, pas 17 % de chance d’infarctus pour chaque patient. Le risque absolu dépend de l’âge, du tabac, de la tension, du cholestérol, du diabète et du poids.

Une cohorte britannique d’Abuabara, Gelfand et leurs collègues (2010) trouvait, pour un psoriasis grave défini par un traitement systémique, un hazard ratio de mortalité cardiovasculaire de 1,57 après ajustement sur les facteurs classiques. Le cœur y était la cause de décès en excès la plus fréquente. La même équipe (2007) avait estimé que les hommes et les femmes concernés mouraient respectivement 3,5 ans et 4,4 ans plus jeunes que les personnes sans psoriasis. Song, Soffer et Gelfand (2024) résument ces observations de longue durée en cinq années de vie en moins environ, dont 42 % liés aux maladies cardiovasculaires. Ils rappellent aussi que les lignes américaines sur le cholestérol de 2018 classent le psoriasis parmi les facteurs qui majorent le risque d’athérosclérose. Dans le cadre américain, un score à dix ans dit « limite » (5 % à moins de 7,5 %) peut justifier une statine d’intensité modérée. Ces seuils sont ceux des États-Unis. En France, le médecin traitant applique les outils locaux.

Syndrome métabolique, diabète et lipides

Le syndrome métabolique regroupe au moins trois anomalies parmi l’excès de tour de taille, l’hypertension, les triglycérides élevés, un HDL trop bas et une glycémie à jeun anormale. Dans la série britannique de Langan citée par l’AAD-NPF, 34 % des patients atteints de psoriasis répondaient à ces critères, contre 26 % des témoins (odds ratio 1,50). L’association montait avec la surface cutanée, de 1,22 pour un psoriasis léger à 1,98 au-delà de 10 % de la peau. Une synthèse d’Armstrong, également citée dans ce document, donnait un odds ratio groupé de 2,26.

Chaque pièce du puzzle est plus fréquente. Pour le diabète de type 2, la méta-analyse reprise par l’AAD-NPF trouvait un odds ratio de 1,59 dans l’ensemble, 1,53 dans le psoriasis léger et 1,97 dans le psoriasis étendu. Une étude d’assurance allemande du même dossier trouvait un diabète chez 12,1 % des patients contre 6,0 % des témoins. Chez des personnes déjà diabétiques, le psoriasis s’associait à davantage de complications des petits et des gros vaisseaux.

L’obésité suit la même pente. Armstrong, sur 2,1 millions de personnes, rapportait un odds ratio de 1,66 pour l’ensemble et de 2,23 dans le psoriasis modéré à étendu. Dans la série de Langan, 38 % des patients étaient obèses contre 31 % des témoins. Perdre du poids ne guérit pas le psoriasis, mais un essai cité par l’AAD-NPF a montré qu’un régime très hypocalorique pouvait faire baisser modestement l’indice de surface et de sévérité (PASI).

Armstrong trouvait, pour la tension, un odds ratio de 1,58. Takeshita observait qu’une tension déjà haute était plus difficile à contrôler quand la surface cutanée augmentait. La ciclosporine et l’acitrétine peuvent elles-mêmes modifier la tension ou les lipides. Un bilan métabolique fait donc partie du suivi dès que le diagnostic est posé, et il se resserre si la peau s’étend.

Rhumatisme psoriasique, signes à ne pas attendre

Environ un patient sur trois développe un rhumatisme psoriasique. Le texte AAD-NPF de 2019 retient 30 à 33 %. La Cleveland Clinic et la National Psoriasis Foundation parlent d’une personne sur trois. Cette fourchette est plus haute que les 10 % encore souvent cités dans des textes anciens. Elle varie selon les critères utilisés et selon le lieu de recrutement.

La peau précède les articulations dans la majorité des cas. Dans les séries reprises par l’AAD-NPF, les lésions cutanées arrivaient avant l’atteinte articulaire chez 64,5 % à 72,7 % des patients. L’inverse existait dans 15 à 19 % des cas, ce qui complique le diagnostic quand les plaques sont discrètes. La prévalence du rhumatisme augmentait avec la durée de la maladie cutanée et atteignait 20,5 % après trente ans de psoriasis dans une étude européenne. Une plus grande surface cutanée s’associait aussi à un risque plus élevé.

Les signes à retenir sont une douleur articulaire inflammatoire, un gonflement, une raideur matinale prolongée, un doigt ou un orteil « en saucisse » (dactylite), une douleur au talon ou aux insertions des tendons, ou une douleur de la colonne et des fesses en seconde partie de nuit. Le NIAMS demande de consulter rapidement, car un rhumatisme non traité peut laisser des lésions irréversibles. Une fois l’arthrite installée, plus de 50 % des patients vus en service hospitalier de rhumatologie avaient déjà des signes radiologiques de dégât, d’après le document de 2019.

Le dépistage à chaque visite dermatologique est un geste de prévention. Des questionnaires existent (PEST, PASE, ToPAS, EARP). Ils sont imparfaits hors du contexte où ils ont été créés. Une douleur, un gonflement ou une raideur qui durent suffisent à demander un avis. Le rhumatisme alourdit encore le risque cardiométabolique. Traiter tôt la peau et les articulations vise donc deux objectifs, soulager et limiter les dégâts, tout en gardant le bilan cardiaque à l’agenda.

Yeux, intestin et moral, les autres liens

Le psoriasis s’associe à d’autres affections que le cœur et les articulations. La Mayo Clinic cite les maladies de l’œil (conjonctivite, blépharite, uvéite), la maladie de Crohn et d’autres maladies auto-immunes, ainsi que la baisse de l’estime de soi et la dépression. Le NIAMS ajoute certains cancers, le syndrome métabolique, l’ostéoporose, les maladies du foie et des reins. Toutes ces associations n’ont pas la même force. Les plus utiles au quotidien restent l’humeur, l’intestin inflammatoire et l’œil.

La santé mentale n’est pas un à-côté. Une méta-analyse de 2014 citée par l’AAD-NPF trouvait des symptômes dépressifs nettement plus fréquents, avec un risque de dépression au moins multiplié par 1,5. Une cohorte européenne de 2015 donnait un odds ratio de 2,91 pour l’anxiété et de 3,01 pour la dépression. Le texte de 2019 demande d’informer le patient de ce lien, de poser la question des signes d’anxiété ou de dépression, et d’orienter vers un professionnel adapté si ces signes sont là, y compris en cas d’idées suicidaires. Plusieurs essais de biomédicaments ont montré une amélioration parallèle des scores d’humeur quand la peau s’améliore. Ce n’est pas une promesse de guérison psychique.

Une rougeur oculaire douloureuse, une baisse de vision ou une sensibilité extrême à la lumière relèvent d’un avis ophtalmologique rapide. Des selles glaireuses, du sang dans les selles ou des douleurs abdominales répétées justifient d’évoquer une maladie inflammatoire de l’intestin. La Mayo Clinic rappelle que le stress, les infections, le tabac, l’alcool, le froid sec, une blessure cutanée et certains médicaments (lithium, antipaludéens, certains antihypertenseurs) peuvent déclencher une poussée. Couper ce cercle n’efface pas la maladie. Cela réduit la fréquence des poussées.

Le traitement de la peau protège-t-il le cœur

Un traitement qui calme les plaques réduit l’inflammation visible. Savoir s’il réduit aussi les infarctus reste une autre question. Les données d’observation vont plutôt dans ce sens. Les essais randomisés avec l’infarctus ou l’AVC comme critère principal manquent encore. La National Psoriasis Foundation écrit que traiter le psoriasis peut aider à diminuer le risque de comorbidités. Elle formule cela comme une possibilité, pas comme une garantie.

Une cohorte mondiale publiée en 2025 dans PLOS Medicine par Lin et ses collègues a comparé 12 732 patients nouvellement traités par un biomédicament à autant de patients nouvellement traités par un médicament oral sans biomédicament. L’incidence cumulée à cinq ans de toute maladie cardiovasculaire était de 10,68 % sous biomédicament contre 16,17 % sous traitement oral, soit un hazard ratio de 0,621. La baisse concernait surtout les anti-TNF, les anti-IL-17 et les anti-IL-23. Elle n’était pas significative pour les seuls anti-IL-12/23. C’est une association après appariement, pas une preuve de cause à effet.

Le dossier AAD-NPF de 2019 citait déjà des signaux du même ordre, notamment un hazard ratio d’infarctus de 0,50 sous anti-TNF versus topiques (Wu) et des hazard ratios de 0,46 et 0,53 pour les anti-TNF et le méthotrexate dans une cohorte danoise (Ahlehoff). Ces études restent observationnelles. Elles ne permettent pas de choisir un biomédicament « pour le cœur » à la place d’un traitement adapté à la peau.

À l’inverse, les anti-TNF sont relativement contre-indiqués en cas d’insuffisance cardiaque des classes III ou IV de la New York Heart Association, d’après le document de 2019. La ciclosporine peut faire monter la tension. L’acitrétine et la ciclosporine peuvent dérégler les lipides. En France, le choix du médicament suit l’avis local. Aucun comprimé ni aucune injection n’a encore démontré, dans un essai dédié, qu’il évite l’infarctus. La prévention cardiaque repose encore, en parallèle, sur le tabac, la tension, le sucre, les lipides et le poids.

Quels examens demander, et à quel rythme

Un bilan cardiométabolique fait partie du suivi du psoriasis. Le document AAD-NPF de 2019 recommande, pour tous les patients, un dépistage de l’hypertension, du diabète et de l’hyperlipidémie selon les recommandations nationales du pays. Il demande un dépistage plus précoce et plus fréquent si plus de 10 % de la surface corporelle est atteinte, ou lorsqu’une photothérapie ou un médicament systémique est en vue. Dans ces mêmes situations, il propose de multiplier par 1,5 le score de risque cardiovasculaire habituel.

Le NICE britannique (CG153, recommandations de 2012 confirmées en 2017 et réexaminées en mars 2025) vise un public un peu différent. Il réserve l’évaluation formelle du risque cardiovasculaire, au diagnostic puis au moins tous les cinq ans, aux adultes atteints d’un psoriasis grave, défini comme un psoriasis qui nécessite une photothérapie, un traitement systémique ou une hospitalisation. Pour tous les types, il demande d’évaluer les comorbidités, le retentissement psychologique et la présence d’un rhumatisme. Les deux documents ne se contredisent pas. Ils n’ont pas le même seuil de déclenchement. En France, le médecin traitant et le dermatologue appliquent le cadre local. Vous pouvez malgré tout arriver à la consultation avec une liste concrète.

Les mesures utiles, d’après l’AAD-NPF, sont la taille, le poids, le tour de taille, la tension, la glycémie à jeun ou l’hémoglobine glyquée, et un bilan lipidique. Un tour de taille américain de référence dépasse 102 cm chez l’homme et 88 cm chez la femme. Ces seuils viennent de définitions nord-américaines. Le médecin français utilise les références qu’il applique d’habitude.

Situation Document et année Conduite proposée
Tout psoriasis, même limité AAD-NPF, 2019 Dépister tension, glycémie et lipides selon le cadre national
Surface cutanée > 10 % ou traitement général / photothérapie AAD-NPF, 2019 Dépistage plus précoce et plus fréquent ; coefficient 1,5 sur le score de risque
Psoriasis grave (photothérapie, traitement général, hospitalisation) NICE CG153, 2017 Évaluation du risque cardiovasculaire au diagnostic, puis au moins tous les 5 ans
Douleur, raideur ou gonflement articulaire AAD-NPF 2019, NIAMS Consulter sans attendre, avis rhumatologique si le tableau dure
Douleur de poitrine, déficit soudain, plaques généralisées avec fièvre Mayo Clinic, NICE, NIAMS Urgences ou 15 / 112 selon la gravité

Apporter la liste des traitements, le carnet de tension s’il existe, et une estimation de la surface atteinte (la paume de la main représente environ 1 % du corps) aide le médecin à classer le risque. Demandez aussi si un rhumatologue ou un cardiologue doit être vu, surtout si un biomédicament est envisagé ou si un infarctus, un diabète ou une insuffisance cardiaque figurent déjà dans le dossier.

Alimentation, tabac, poids, ce qui change le risque

Les leviers les plus solides contre le sur-risque cardiaque du psoriasis sont les mêmes que dans la population générale, avec une urgence un peu plus grande. Le texte AAD-NPF insiste sur l’arrêt du tabac, une activité physique régulière, un poids plus proche des références et une alimentation qui aide à le maintenir. La Cleveland Clinic reprend le même quatuor et y ajoute le sommeil. Le NIAMS conseille un poids de santé, un régime de type méditerranéen étudié dans plusieurs travaux sur le psoriasis, un plan d’arrêt du tabac et une consommation d’alcool modérée.

Le tabac pèse deux fois. Une méta-analyse citée par l’AAD-NPF donnait, pour le psoriasis chez les fumeurs, un odds ratio de 1,78, et de 1,62 chez les anciens fumeurs. Fumer s’associe aussi à des plaques plus étendues et à un risque cardiovasculaire propre. Arrêter ne fait pas disparaître les lésions en quelques semaines. Cela retire un facteur qui entretient à la fois la peau et les artères. L’alcool à dose élevée figure parmi les déclencheurs de poussée listés par la Mayo Clinic. Réduire une consommation excessive a du sens pour le foie, la tension et le sommeil, même si aucun seuil « anti-psoriasis » n’est démontré.

Le poids mérite un suivi annuel dans les formes modérées à étendues, d’après l’AAD-NPF. Un IMC supérieur à 30 kg/m², ou une obésité abdominale, justifie un accompagnement. Ces lignes évoquent la chirurgie bariatrique si l’IMC dépasse 40 kg/m² après échec des mesures habituelles. Cette indication se discute avec les équipes d’obésité.

Les anti-TNF peuvent faire monter le poids de quelques kilogrammes. L’aprémilast s’est associé, dans les essais de phase 3 cités par l’AAD-NPF, à une perte de plus de 5 % du poids chez 21,9 % des patients suivis 156 semaines. Ces effets se surveillent. Ils ne dictent pas le choix du médicament à eux seuls. Si vous fumez, si votre tour de taille a augmenté, ou si la tension n’a pas été prise depuis plus d’un an, ce sont trois sujets à poser d’emblée.

Psoriasis, quand voir le médecin

Un psoriasis déjà connu justifie un suivi, pas seulement une visite le jour où les plaques deviennent insupportables. La Mayo Clinic conseille de consulter si les lésions s’étendent, font mal, gênent l’apparence au point de faire souffrir, ou ne s’améliorent pas sous traitement. La Cleveland Clinic demande un avis dès qu’une éruption persiste ou s’aggrave, et de parler aussi du risque cardiaque, du diabète et de l’humeur. Le NICE ajoute la fièvre et le malaise, fréquents dans les formes instables (érythrodermie, psoriasis pustuleux généralisé), qui relèvent d’un avis spécialisé rapide.

Certains tableaux ne doivent pas attendre le prochain créneau dermatologique. Une douleur de poitrine, un essoufflement soudain, une faiblesse d’un côté du corps, un visage asymétrique ou une parole embrouillée font craindre un infarctus ou un AVC, deux complications auxquelles le psoriasis expose davantage d’après le NIAMS et Liu. En France, ces signes justifient d’appeler le 15 (SAMU) ou le 112. Une peau qui pèle sur presque tout le corps, avec frissons ou malaise, correspond à l’érythrodermie, forme rare et grave (plus de 90 % de la surface selon la Cleveland Clinic). Une douleur articulaire nouvelle qui dure, un doigt gonflé en saucisse ou un talon inflammatoire relèvent d’une consultation rapide, comme le demande le NIAMS.

  • Une plaque limitée qui démange depuis quelques jours se discute d’abord avec le pharmacien et le médecin traitant.
  • Une extension nette, des fissures qui saignent ou un échec des crèmes justifient un avis dermatologique sans attendre.
  • Une raideur matinale prolongée, un gonflement d’articulation ou un talon douloureux demandent un examen articulaire.
  • Une tristesse durable, une anxiété invalidante ou des idées noires relèvent d’une aide immédiate.
  • Une douleur de poitrine, un déficit neurologique brutal ou une érythrodermie fébrile relèvent du 15 ou du 112.

Le médecin traitant coordonne le bilan tension-glycémie-lipides. Le dermatologue ajuste le traitement cutané et dépiste le rhumatisme. Le rhumatologue prend le relais dès que les articulations parlent. Un cardiologue intervient si un événement a déjà eu lieu, si le score de risque est élevé, ou si un anti-TNF est envisagé en présence d’une maladie du cœur. Vous pouvez arriver avec trois questions, quelle surface est atteinte, quand dater le dernier bilan métabolique, et s’il existe un signe articulaire ou cardiaque à explorer maintenant.

Questions fréquentes

Le psoriasis se transmet-il par contact ?

Non. Ni la Mayo Clinic, ni la Cleveland Clinic, ni la National Psoriasis Foundation n’en font une maladie contagieuse. Serrer la main ou partager une serviette ne transmet pas les plaques. La maladie naît d’un terrain génétique et d’un système immunitaire trop actif, souvent réveillé par une infection, un stress, un médicament ou une blessure de la peau.

Un psoriasis limité au cuir chevelu augmente-t-il le risque cardiaque ?

Le sur-risque cardiovasculaire est plus net quand la surface dépasse 10 % ou qu’un traitement général est nécessaire, d’après l’AAD-NPF 2019 et Liu (2022). Un psoriasis discret n’efface pas pour autant le dépistage de la tension, de la glycémie et des lipides, recommandé pour tous. Les localisations « à fort impact » (cuir chevelu, visage, organes génitaux) pèsent surtout sur la qualité de vie.

Les bêtabloquants aggravent-ils le psoriasis ?

Après revue des études de population, les auteurs du guide de 2019 ne demandent pas d’éviter les bêtabloquants ni les inhibiteurs calciques chez une personne qui a déjà un psoriasis. Quelques séries ont suggéré un lien après plusieurs années de bêtabloquant, d’autres n’en ont pas trouvé. La Mayo Clinic range certains antihypertenseurs parmi les déclencheurs possibles de poussée. N’arrêtez pas un traitement de tension sans avis.

Les crèmes suffisent-elles si le risque cardiovasculaire est élevé ?

Les crèmes traitent les plaques locales. Elles ne remplacent pas le dépistage de la tension, du sucre et des lipides, ni un traitement général quand plus de 10 % de la peau est atteinte ou que les articulations s’enflamment. La Cleveland Clinic réserve les traitements systémiques et la photothérapie aux surfaces plus larges ou aux douleurs articulaires. Un risque cardiaque élevé se gère avec le médecin traitant, parfois un cardiologue, en parallèle du dermatologue.

Un enfant atteint de psoriasis a-t-il les mêmes comorbidités ?

Le psoriasis de l’enfant existe. La Mayo Clinic indique qu’environ un tiers des cas commencent dans l’enfance. Les synthèses cardiovasculaires disponibles portent surtout sur les adultes. Chez l’enfant, on surveille surtout la peau, le retentissement scolaire et l’humeur, et on cherche un rhumatisme s’il se plaint des articulations. Le calendrier de dépistage se discute avec le pédiatre, sans recopier les seuils adultes américains.

Faut-il voir un cardiologue dès le diagnostic ?

Pas systématiquement. L’AAD-NPF demande un dépistage par le médecin de premier recours ou le dermatologue, et un avis cardiologique selon le dossier. Le NICE réserve l’évaluation formelle répétée aux psoriasis graves. Un cardiologue devient utile s’il existe déjà une maladie du cœur, un diabète, une tension difficile à contrôler, ou si un anti-TNF est envisagé en cas d’insuffisance cardiaque.

Conclusion

Le psoriasis mérite d’être suivi comme une maladie inflammatoire qui déborde la peau, pas comme une affaire de squames à camoufler. Le guide américain de 2019, la CG153 du NICE et les synthèses de 2022 et 2024 sur le risque cardiovasculaire convergent sur trois points. Le sur-risque d’infarctus et de mort cardiaque existe, surtout si la surface dépasse 10 % ou si un traitement général est en jeu. Le rhumatisme concerne environ un patient sur trois. Le dépistage de la tension, de la glycémie et des lipides n’est plus optionnel.

Vous pouvez préparer la prochaine consultation avec trois éléments, la date du dernier bilan sanguin et de la dernière prise de tension, une estimation de la surface atteinte, et la liste des douleurs articulaires, thoraciques ou de l’humeur. Si une douleur de poitrine, un déficit soudain ou une éruption généralisée fébrile survient, appelez le 15 ou le 112. Pour le reste, le médecin traitant et le dermatologue peuvent répartir le travail.

Aucun régime ni aucun biomédicament n’efface à lui seul le risque. Traiter les plaques, arrêter le tabac, reprendre une activité et corriger une tension ou un sucre trop haut restent les gestes qui, ensemble, pèsent le plus. Demandez clairement si votre score de risque a été calculé, et si, dans votre situation, un coefficient ou un suivi plus rapproché se discute.

Sources

  1. Elmets CA, Leonardi CL, Davis DMR et al. : Joint AAD-NPF guidelines of care for the management and treatment of psoriasis with awareness and attention to comorbidities. Journal of the American Academy of Dermatology, avril 2019.
  2. National Institute for Health and Care Excellence : Psoriasis: assessment and management. NICE, 24 octobre 2012, mis à jour en 2017.
  3. Psoriasis – Symptoms and causes. Mayo Clinic, 17 décembre 2025.
  4. Psoriasis: What It Is, Symptoms, Causes, Types & Treatment. Cleveland Clinic, 15 septembre 2022.
  5. Liu L, Cui S, Liu M et al. : Psoriasis Increased the Risk of Adverse Cardiovascular Outcomes: A New Systematic Review and Meta-Analysis of Cohort Study. Frontiers in Cardiovascular Medicine, 25 mars 2022.
  6. Lin TL, Fan YH, Fan KS et al. : Cardiovascular disease risk in patients with psoriasis receiving biologics targeting TNF-α, IL-12/23, IL-17, and IL-23: A population-based retrospective cohort study. PLOS Medicine, 17 avril 2025.
  7. About Psoriasis. National Psoriasis Foundation, 24 mars 2026.
  8. Song WB, Soffer DE, Gelfand JM : Using Guidelines of Care to Lower Cardiovascular Risk in Patients with Psoriasis. Dermatologic Clinics, 26 février 2024.
  9. Abuabara K, Azfar RS, Shin DB et al. : Cause-specific mortality in patients with severe psoriasis: A population-based cohort study in the United Kingdom. British Journal of Dermatology, septembre 2010.
  10. Gelfand JM, Troxel AB, Lewis JD et al. : The Risk of Mortality in Patients With Psoriasis: Results From a Population-Based Study. Archives of Dermatology, décembre 2007.
  11. National Institute of Arthritis and Musculoskeletal and Skin Diseases : Psoriasis Symptoms, Causes, & Risk Factors. National Institutes of Health, page consultée en 2026.

À propos de l’auteur

Pauline Cécile TessierRédactrice médicale

J’ai fait mes études d’infirmière à l’IFSI La Capelette. Après mon congé maternité, je me suis tournée vers la rédaction et la relecture de textes médicaux. Pour chaque article, je lis les recommandations officielles, les études et les guides cliniques, et j’utilise aussi des outils d’IA dans mon travail. Chaque affirmation peut être vérifiée dans les sources citées de l’article.