
Les statines restent le traitement médicamenteux de première intention pour baisser le cholestérol à lipoprotéines de basse densité (LDL), lorsqu’elles sont tolérées. Les alternatives qui augmentent le nombre de récepteurs du LDL, l’ézétimibe, les anticorps anti-PCSK9 et l’acide bempédoïque, peuvent réduire le risque d’infarctus ou d’accident vasculaire cérébral de façon comparable pour chaque millimole par litre de LDL en moins.
Ce qui a changé n’est pas le rang des statines, c’est le dossier des autres classes. L’essai CLEAR Outcomes, publié en 2023, a montré que l’acide bempédoïque à 180 mg par jour diminuait de 13 % le risque d’un composite d’événements majeurs chez des patients qui ne pouvaient pas, ou ne voulaient plus, prendre de statine. La mise à jour européenne de 2025 place désormais cette molécule, avec l’ézétimibe et les anti-PCSK9, parmi les traitements à bénéfice cardiovasculaire démontré.
Une méta-analyse de 49 essais, soit 312 175 participants, a associé chaque baisse de 1 mmol/L (38,7 mg/dL) de LDL à une réduction de 23 % des événements vasculaires majeurs sous statine. L’ézétimibe s’ajoute souvent à 10 mg par jour. Une douleur musculaire inexpliquée, surtout aux cuisses ou aux bras, se signale au médecin ; une douleur brutale avec urines foncées justifie d’appeler le 15 ou le 112.
Les statines restent-elles le traitement de première intention
Oui, tant qu’elles sont tolérées. Le consensus de l’American College of Cardiology de 2022 le rappelle pour les quatre groupes de patients déjà décrits par la recommandation AHA/ACC de 2018 sur le cholestérol sanguin. La mise à jour 2025 de la Société européenne de cardiologie et de la Société européenne d’athérosclérose confirme le même ordre, la statine d’abord, puis un traitement non statine à bénéfice cardiovasculaire prouvé si l’objectif de LDL n’est pas atteint.
Cette priorité n’est pas un réflexe d’habitude. Les essais randomisés qui ont réduit infarctus, accidents vasculaires cérébraux et revascularisations portent, pour l’essentiel, sur les statines. Le document américain de 2022 en tire une règle pratique. On commence par l’intensité adaptée au risque, on vérifie la tolérance, et on n’ajoute une autre classe qu’ensuite.
Les seuils numériques, eux, ne sont pas universels. La Mayo Clinic vise en général un LDL sous 100 mg/dL (2,6 mmol/L), et sous 70 mg/dL (1,8 mmol/L) après un infarctus ou en cas de risque très élevé. La revue de 2024 du Cleveland Clinic Journal of Medicine situe les cibles absolues, selon le profil, entre 55 mg/dL (1,4 mmol/L) et 100 mg/dL. Au Royaume-Uni, le NICE vise plutôt une baisse de plus de 40 % du cholestérol non HDL en prévention primaire. En France, le médecin applique la recommandation locale ; les chiffres américains ou britanniques ne remplacent pas cette discussion.
Si une statine est indiquée et que vous la tolérez, elle reste le premier comprimé. Si le LDL reste trop haut, ou si le muscle empêche d’atteindre la dose utile, d’autres classes ont désormais des essais d’événements, pas seulement un bilan.

Comment les statines baissent le LDL et le risque d’infarctus
Elles bloquent l’HMG-CoA réductase, enzyme limitante de la synthèse du cholestérol dans le foie. Le foie fabrique alors davantage de récepteurs du LDL à sa surface, ce qui accélère la clairance du « mauvais » cholestérol déjà présent dans le sang. La Mayo Clinic, dans sa fiche de 2024, relie aussi ces médicaments à une baisse du risque de maladie cardiaque, d’accident vasculaire cérébral et, pour certaines personnes, de caillots.
L’ampleur de la baisse dépend de la molécule et de la dose. La recommandation AHA/ACC de 2018 classe l’intensité ainsi. Une statine dite de forte intensité vise une baisse d’au moins 50 % du LDL ; une intensité modérée vise 30 à 49 % ; en dessous de 30 %, l’intensité est faible. L’atorvastatine et la rosuvastatine occupent le haut de cette échelle ; la simvastatine, la pravastatine ou la fluvastatine servent plutôt des schémas plus doux, au choix du prescripteur.
Le bénéfice clinique suit surtout la baisse absolue du LDL, pas le nom commercial. Silverman, Sabatine et leurs collègues ont relu 49 essais randomisés menés jusqu’en 2016, soit 39 645 événements vasculaires majeurs. Pour les statines, le risque relatif d’événement par millimole par litre de LDL en moins était de 0,77, soit environ 23 % de baisse. Les interventions plus anciennes qui agissent aussi par les récepteurs du LDL (régime, chélateurs des acides biliaires, pontage iléal, ézétimibe) donnaient un chiffre presque identique, 0,75, sans différence statistiquement significative entre les deux groupes.
Ce parallèle ne dit pas qu’un régime ou une résine vaut une statine dose pour dose. Il dit que, lorsque le LDL baisse vraiment par cette voie, le risque d’événement suit à peu près la même pente. La niacine et les inhibiteurs de la CETP, dans la même méta-analyse, n’ont pas tenu la promesse attendue de leur effet sur le LDL.
Qui a vraiment besoin d’une statine
Pas uniquement les personnes dont le bilan « dépasse la normale ». La Mayo Clinic, en s’appuyant sur l’USPSTF, l’ACC et l’AHA, décrit quatre situations où le médicament peut aider, même si le LDL n’est pas spectaculaire.
La première est une maladie cardiovasculaire athéroscléreuse déjà déclarée, infarctus, angor, accident ischémique transitoire, artériopathie des membres, chirurgie ou pontage pour désobstruer une artère. La deuxième est un LDL d’emblée très élevé, à 190 mg/dL (4,92 mmol/L) ou plus, souvent le signe d’une hypercholestérolémie familiale. La troisième est un diabète entre 40 et 75 ans, avec un LDL entre 70 et 189 mg/dL. La quatrième est un risque à dix ans d’événement suffisamment haut, calculé avec les autres facteurs (tabac, pression, âge, sexe).
L’USPSTF, dans sa recommandation de 2022, propose un seuil plus exigeant en prévention primaire. Entre 40 et 75 ans, sans maladie cardiovasculaire connue, avec au moins un facteur (dyslipidémie, diabète, hypertension ou tabac) et un risque à dix ans d’au moins 10 %, elle recommande de prescrire une statine (grade B). Entre 7,5 % et moins de 10 %, elle propose seulement de l’offrir de façon sélective (grade C). Au-delà de 76 ans, les preuves pour commencer une statine de toutes pièces lui paraissent insuffisantes.
Le NICE britannique, mis à jour en 2025, part du QRISK3. Il propose l’atorvastatine 20 mg par jour lorsque le risque à dix ans atteint 10 %, et 80 mg après un accident cardiovasculaire, sauf contre-indication. Ces posologies sont britanniques ; le médecin français choisit la molécule et la dose prévues localement.
La mise à jour européenne de 2025 remplace l’ancien SCORE par SCORE2 et SCORE2-OP. Chez une personne en apparente bonne santé, un risque à dix ans d’au moins 20 % est classé très élevé, entre 10 et 20 % élevé. Ces outils ne s’emploient pas après une maladie athéroscléreuse déjà déclarée, ni pour « recalculer » le risque une fois le traitement commencé.
Intolérance aux statines : que faire avant de changer
L’intolérance réelle existe, mais elle est moins fréquente dans les essais que dans les salles d’attente. La revue de Singh et Cho (2024) cite une méta-analyse selon laquelle 5 à 17 % des patients arrêtent la statine à cause d’effets indésirables, bien plus que dans les essais contrôlés. Dans le registre PALM, plus d’un adulte sur quatre qui remplissait les critères n’en prenait pas ; parmi ceux qui avaient arrêté, près de 55 % invoquaient un effet ressenti.
Le consensus ACC de 2022 s’appuie aussi sur les essais SAMSON et ASCOT-LLA. Une grande part des douleurs rapportées sous statine apparaît également sous placebo (effet nocebo, un symptôme lié à l’attente d’un mal). Cela n’efface pas une douleur vraie. Cela invite à tester une autre molécule, une dose plus basse, ou une prise un jour sur deux, plutôt qu’à tout arrêter.
La Mayo Clinic le dit sans détour. La plupart des gens tolèrent les statines ; certains effets s’estompent quand le corps s’habitue ; on ne cesse pas le comprimé sans en parler à l’équipe soignante. Les symptômes les plus souvent cités sont les maux de tête, les nausées, une légère hausse de la glycémie, et des courbatures. Chez une personne déjà au bord du diabète de type 2, cette hausse de sucre peut faire basculer le diagnostic, alors que le bénéfice sur l’infarctus reste, pour beaucoup, plus grand que ce risque.
Avant de parler d’alternative, le prescripteur vérifie aussi les interactions et les causes secondaires d’un LDL élevé. Le NICE demande, avant de commencer, un bilan qui inclut le profil lipidique, la fonction rénale, les transaminases, et une TSH si la thyroïde est suspecte. Un alcool excessif, un diabète mal contrôlé, une hypothyroïdie, une maladie du foie ou un syndrome néphrotique peuvent fausser le tableau. Le pharmacien est souvent le premier à voir un mélange à risque, jus de pamplemousse avec certaines statines, macrolide, ou autre hypolipémiant.
Ézétimibe : quand l’ajouter et que montrent les essais
C’est souvent le premier comprimé qu’on ajoute à une statine déjà à la dose maximale tolérée, ou qu’on essaie si aucune statine n’est possible. Il bloque la protéine NPC1L1 dans l’intestin grêle, donc l’absorption du cholestérol alimentaire et biliaire. Le foie, privé de cette source, augmente ses récepteurs du LDL. Le consensus ACC de 2022 indique 10 mg par jour, avec ou sans repas, et une baisse moyenne d’environ 18 % en monothérapie, ou 25 % en plus d’une statine.
IMPROVE-IT, publié en 2015, a tiré au sort 18 144 patients hospitalisés pour un syndrome coronaire aigu. Tous recevaient de la simvastatine 40 mg ; la moitié y ajoutait 10 mg d’ézétimibe. Le LDL moyen pondéré a été de 53,7 mg/dL (1,4 mmol/L) avec l’association, contre 69,5 mg/dL (1,8 mmol/L) avec la statine seule. À sept ans, le critère principal (décès cardiovasculaire, infarctus, angor instable, revascularisation ou AVC) était de 32,7 % contre 34,7 %, soit 2 points de moins, hazard ratio 0,936. Les effets musculaires, biliaires, hépatiques et les cancers ne différaient pas.
Cinquante personnes environ, dans cet essai, devaient être traitées sept ans pour éviter un événement. L’intérêt est ailleurs. Un médicament qui n’est pas une statine, ajouté à une statine, réduisait des événements, et pas seulement le bilan. La revue de Cleveland Clinic 2024 rappelle aussi l’essai RACING de 2022, où rosuvastatine d’intensité modérée plus ézétimibe n’était pas inférieure à une rosuvastatine de forte intensité, avec moins d’arrêts pour intolérance (4,8 % contre 8,2 %).
L’ézétimibe est oral et n’exige pas d’adaptation rénale selon le consensus américain. Il n’est pas recommandé en cas d’insuffisance hépatique modérée ou grave. Si le LDL doit encore chuter de 30 % ou plus, Singh et Cho jugent plus logique de viser d’emblée un anti-PCSK9, sous réserve du remboursement et des injections.
Inhibiteurs de PCSK9 : pour qui, quel bénéfice
Ils s’adressent surtout aux personnes déjà sous statine maximale, souvent avec ézétimibe, dont le LDL reste trop haut, et à celles qui ont une hypercholestérolémie familiale. La PCSK9 est une protéine qui pousse le foie à détruire ses récepteurs du LDL. Un anticorps monoclonal (évolocumab ou alirocumab) la neutralise dans le sang ; l’inclisiran, un petit ARN interférent, diminue sa fabrication dans le foie. Le consensus ACC de 2022 décrit le même but, plus de récepteurs, plus de clairance du LDL.
FOURIER, en 2017, a inclus 27 564 patients avec maladie athéroscléreuse et un LDL d’au moins 70 mg/dL (1,8 mmol/L) malgré une statine. L’évolocumab, 140 mg toutes les deux semaines ou 420 mg une fois par mois en sous-cutané, a baissé le LDL de 59 % par rapport au placebo, de 92 mg/dL (2,4 mmol/L) à 30 mg/dL (0,78 mmol/L). Le critère principal est passé de 11,3 % à 9,8 % (hazard ratio 0,85). Le critère décès cardiovasculaire, infarctus ou AVC est passé de 7,4 % à 5,9 % (hazard ratio 0,80). Seules les réactions au point d’injection étaient plus fréquentes (2,1 % contre 1,6 %). Le diabète de novo et les événements cognitifs n’ont pas différé.
L’essai ODYSSEY Outcomes, résumé dans la revue de 2024, a donné un résultat voisin avec l’alirocumab après un syndrome coronaire aigu, 9,5 % d’événements contre 11,1 %. Ces deux anticorps ont donc un bénéfice clinique mesuré. Ils exigent une injection et, souvent, une demande de prise en charge. Le médecin ou le pharmacien dira ce qui est possible en France.
L’inclisiran, 284 mg en sous-cutané le jour 1, à trois mois, puis tous les six mois, abaisse le LDL d’environ 48 à 52 % selon la notice citée par l’ACC en 2022. Les essais d’événements n’étaient pas terminés à cette date. Singh et Cho le présentent comme une option d’observance, pas comme un équivalent déjà prouvé sur les infarctus.
Acide bempédoïque si la statine n’est pas possible
C’est l’option orale qui a le plus changé le paysage depuis la méta-analyse de 2016. L’acide bempédoïque inhibe l’ATP-citrate lyase, une enzyme en amont de celle que bloquent les statines. Le foie active la prodrogue ; le muscle squelettique n’a pas l’enzyme d’activation, ce qui explique, dans les essais, un taux de symptômes musculaires proche du placebo. Le consensus ACC indique 180 mg une fois par jour. En monothérapie, la baisse de LDL va d’environ 17 à 26 % ; sur fond de statine, elle est plutôt de 16 à 18 % ; avec l’ézétimibe, elle peut approcher 38 %.
CLEAR Outcomes a tiré au sort 13 970 adultes intolérants à la statine, avec maladie cardiovasculaire ou haut risque. Après 6 mois, le LDL avait baissé de 29,2 mg/dL de plus sous acide bempédoïque que sous placebo, soit 21,1 points de pourcentage. À 40,6 mois de suivi médian, le critère principal (décès cardiovasculaire, infarctus, AVC ou revascularisation) était de 11,7 % contre 13,3 %, hazard ratio 0,87. L’infarctus et les revascularisations diminuaient aussi. L’AVC isolé, la mort cardiovasculaire et la mortalité totale ne différaient pas de façon significative.
Les effets plus fréquents étaient la goutte (3,1 % contre 2,1 %), la lithiase biliaire (2,2 % contre 1,2 %), et de petites hausses de créatinine, d’acide urique et d’enzymes du foie. L’Agence européenne des médicaments, dans la fiche Nilemdo mise à jour en 2026, ajoute hyperuricémie, douleur des membres et anémie parmi les effets fréquents, jusqu’à une personne sur dix. Elle interdit l’usage pendant la grossesse et l’allaitement, et l’association à plus de 40 mg par jour de simvastatine.
La mise à jour ESC de 2025 recommande l’acide bempédoïque chez les patients qui ne peuvent pas prendre de statine, pour atteindre la cible de LDL. Elle envisage aussi de l’ajouter à la dose maximale tolérée de statine, avec ou sans ézétimibe, chez les personnes à risque élevé ou très élevé. L’autorisation européenne permet les deux lectures, en complément d’une statine ou sans statine. Le remboursement et la place exacte dans l’ordonnance française se discutent avec le médecin, pas à partir d’un texte américain ou britannique.
Comparer les traitements : baisse du LDL et événements
On ne choisit pas une classe sur le pourcentage de LDL seul. On regarde si un essai a aussi compté infarctus, AVC ou revascularisations, et chez qui. Silverman et coll. ont fourni la règle de trois. Une baisse de 1 mmol/L de LDL par une voie qui augmente les récepteurs s’accompagne d’environ 23 % d’événements en moins. FOURIER, IMPROVE-IT et CLEAR Outcomes ont ensuite montré que cette pente tient pour l’évolocumab, l’ézétimibe et l’acide bempédoïque, chacun dans sa population.
| Traitement | Baisse typique du LDL | Essai d’événements | Source |
|---|---|---|---|
| Statine de forte intensité | au moins 50 % | nombreux essais, RR 0,77 par mmol/L | AHA/ACC 2018, Silverman 2016 |
| Ézétimibe 10 mg avec statine | 13 à 25 % en plus | IMPROVE-IT, 18 144 personnes, HR 0,936 | Cannon 2015, ACC 2022 |
| Évolocumab 140 mg / 2 semaines | 59 % contre placebo | FOURIER, 27 564 personnes, HR 0,85 | Sabatine 2017 |
| Acide bempédoïque 180 mg / jour | 21 % contre placebo | CLEAR Outcomes, 13 970 personnes, HR 0,87 | Nissen 2023 |
Une baisse de 50 % chez quelqu’un qui partait de très haut peut déjà valoir un bénéfice ; on ajoute alors plutôt que l’on remplace. Ni la niacine ni les inhibiteurs de la CETP n’ont reproduit, dans la méta-analyse de 2016, la baisse d’événements promise par leur effet sur le LDL. Le coût, la voie, la goutte, la grossesse et les interactions pèsent autant que le pourcentage. Après un infarctus avec un LDL encore haut, la mise à jour européenne de 2025 pousse à intensifier dès l’hospitalisation, plutôt qu’à attendre six mois « pour voir ».
Niacine, fibrates et compléments : ce qui ne remplace pas
Ils ne tiennent pas lieu de statine pour le LDL et le risque d’athérome. Singh et Cho le formulent nettement. Les fibrates et la niacine servent surtout les triglycérides ; les essais n’ont pas montré, à l’ère des statines, une baisse fiable des événements cardiovasculaires. La niacine est souvent mal tolérée. Associer un fibrate à une statine augmente les myalgies. Ces médicaments peuvent encore avoir une place si les triglycérides sont très hauts, sous avis spécialisé, pas comme plan B du cholestérol LDL.
Les compléments font l’objet d’une recommandation négative dans la mise à jour ESC de 2025. Vitamines et extraits sans efficacité documentée sur le LDL et sans dossier de sécurité ne sont pas indiqués pour réduire le risque d’athérosclérose. La revue de Cleveland Clinic cite l’essai SPORT. La rosuvastatine 5 mg a baissé le LDL de 35,2 % en 28 jours ; huile de poisson, cannelle, ail, curcuma, stérols végétaux et levure de riz rouge n’ont pas fait mieux que le placebo. Cet essai ne mesurait pas les infarctus, mais il écarte l’idée d’une « statine naturelle » équivalente.
Les chélateurs des acides biliaires (colestyramine, colesevelam) baissent le LDL d’environ 15 % seuls, au prix de nausées, constipation et interactions. Un essai ancien, le Lipid Research Clinics, avait montré un peu moins d’événements coronaires. Leur usage a reculé, les classes plus récentes étant mieux tolérées.
Reste le socle commun. Arrêter le tabac, bouger, limiter les graisses saturées et les acides gras trans. La Mayo Clinic le place avant le comprimé, et à côté de lui. Un régime n’est pas une alternative « douce » à une statine indiquée après un infarctus.
Douleurs musculaires sous statine : quand consulter
Toute douleur, crampe, sensibilité ou faiblesse musculaire inexpliquée, surtout aux bras ou aux cuisses, se signale au médecin, sans arrêter le comprimé de votre propre chef. La Mayo Clinic décrit ces signes comme les plus fréquents à rapporter. Le NICE, dans NG238, précise que le risque de douleur musculaire liée à la statine est faible et que la rhabdomyolyse, destruction grave du muscle, est extrêmement rare.
Cette rhabdomyolyse reste le signal qui ne se discute pas à la maison. Très rarement, surtout à forte dose, les cellules musculaires se rompent et libèrent de la myoglobine, ce qui peut abîmer les reins. Une douleur musculaire intense, une faiblesse qui empêche de se lever ou des urines foncées comme du thé sont des motifs d’appeler le 15 ou le 112. Ce n’est pas le tableau habituel d’une courbature du lendemain de sport.
Le foie donne un autre motif de contrôle, plus souvent biologique que clinique. Les statines peuvent élever les transaminases. Une hausse légère, écrit la Mayo Clinic, n’impose pas toujours l’arrêt. Le NICE demande un dosage avant de commencer et n’exclut pas d’emblée un patient dont les enzymes restent sous trois fois la normale. Une fatigue inhabituelle ou un malaise après le début du traitement se signale le jour même.
| Signal | Conduite | D’après |
|---|---|---|
| Courbatures ou crampes nouvelles, sans effort inhabituel | Contacter le médecin traitant, ne pas arrêter seul | Mayo Clinic, 2024 |
| Douleur musculaire intense, faiblesse, urines foncées | Appeler le 15 ou le 112 | Mayo Clinic, 2024 ; NICE, 2025 |
| Maux de tête, nausées, gêne après le début du traitement | En parler au médecin ou au pharmacien | Mayo Clinic, 2024 |
| Hausse de sucre ou diagnostic de diabète de type 2 | Revoir le dossier, sans conclure trop vite à l’arrêt | Mayo Clinic, 2024 |
La mémoire et la concentration inquiètent certains patients. La Mayo Clinic note que des études n’ont pas confirmé un lien causal. Ce n’est pas une raison de taire un trouble nouveau, ni d’arrêter le soir même. Le bon réflexe est une consultation, parfois un essai d’une autre statine, parfois un dosage des CPK si le tableau musculaire est franc.
Questions fréquentes
Les statines font-elles vraiment baisser le risque d’infarctus ?
Oui, c’est le point le mieux établi de la classe. La méta-analyse de Silverman et coll. (2016) a mesuré environ 23 % d’événements vasculaires majeurs en moins pour chaque millimole par litre de LDL retirée sous statine. Le bénéfice absolu est plus grand après un infarctus ou avec un LDL d’emblée très haut.
Peut-on arrêter les statines une fois le cholestérol normal ?
En général, non, pas sans un plan. La Mayo Clinic présente le traitement comme un engagement de longue durée. Si le comprimé a fait baisser le LDL, l’arrêter le laisse souvent remonter. Une perte de poids importante peut parfois faire rediscuter la dose, avec le médecin.
L’ézétimibe peut-il remplacer une statine ?
Il peut la compléter, et parfois la remplacer si aucune statine n’est tolérée, mais ce n’est pas un équivalent dose pour dose. IMPROVE-IT l’a testé ajouté à la simvastatine, pas à la place de toutes les statines. Sa baisse de LDL, autour de 18 % seul, reste plus modeste qu’une statine de forte intensité. Le consensus ACC de 2022 le met en première alternative orale, pas en premier choix quand une statine est possible.
Les anti-PCSK9 se prennent-ils à vie ?
Tant que le risque reste élevé et que le LDL remonterait à l’arrêt, le traitement se conçoit sur la durée, comme une statine. FOURIER a suivi les patients un peu plus de deux ans. L’effet sur le LDL dépend de la poursuite des injections, car les récepteurs du foie se raréfient à nouveau si la PCSK9 n’est plus bloquée. La fréquence (toutes les deux semaines, une fois par mois, ou deux fois par an pour l’inclisiran) se discute avec le prescripteur.
Les compléments alimentaires remplacent-ils un médicament ?
Non, pas pour le risque d’athérome. La mise à jour ESC de 2025 déconseille vitamines et extraits sans dossier solide. Dans l’essai SPORT, cité par Singh et Cho, aucun des compléments testés n’a baissé le LDL davantage que le placebo, alors que 5 mg de rosuvastatine le faisaient chuter d’un tiers. Un stérol végétal ou une levure de riz rouge n’est pas une statine générique.
Que faire si je suis diabétique et qu’on me propose une statine ?
Le diabète entre 40 et 75 ans est précisément l’une des situations où Mayo Clinic, AHA/ACC et USPSTF considèrent la statine, souvent à intensité modérée, parfois plus forte s’il y a d’autres facteurs. Une légère hausse de glycémie est possible. Chez une personne déjà diabétique, le bénéfice sur l’infarctus l’emporte en général sur cette hausse, mais le suivi du sucre fait partie du contrat, pas un détail.
Conclusion
Le meilleur hypolipémiant n’est plus « la statine ou rien ». C’est encore, le plus souvent, une statine à l’intensité voulue, parce qu’elle a le plus grand volume de preuves et la baisse de LDL la plus prévisible au premier comprimé. Quand le muscle, le foie ou un LDL resté trop haut empêchent d’en rester là, l’ézétimibe, un anti-PCSK9 et l’acide bempédoïque ont désormais des essais d’événements, ce que n’avaient pas les alternatives de la seule méta-analyse de 2016.
Les chiffres à retenir tiennent sur une ligne. Environ 23 % d’événements en moins par millimole de LDL retirée ; 10 mg d’ézétimibe ; 180 mg d’acide bempédoïque ; 140 mg d’évolocumab toutes les deux semaines dans FOURIER. Ces doses viennent d’essais et de notices, pas d’une ordonnance universelle. Le médecin ou le pharmacien les adapte et applique la règle française.
Le geste utile, avec un bilan en poche, est d’apporter le LDL, le non-HDL s’il figure, le calcul de risque, et de dire si une statine a déjà été essayée, à quelle dose, avec quel symptôme. Une douleur musculaire se raconte ; elle ne se tranche pas seul devant l’armoire. Une douleur brutale avec urines foncées se traite comme une urgence, en composant le 15 ou le 112.
Sources
- 2025 Focused Update of the 2019 ESC/EAS Guidelines for the management of dyslipidaemias. European Society of Cardiology, 29 août 2025.
- Lloyd-Jones DM, Morris PB et al. : 2022 ACC Expert Consensus Decision Pathway on the Role of Nonstatin Therapies for LDL-Cholesterol Lowering in the Management of Atherosclerotic Cardiovascular Disease Risk. Journal of the American College of Cardiology, août 2022.
- Grundy SM, Stone NJ et al. : 2018 AHA/ACC/AACVPR/AAPA/ABC/ACPM/ADA/AGS/APhA/ASPC/NLA/PCNA Guideline on the Management of Blood Cholesterol. Circulation, 2018.
- Silverman MG, Ference BA et al. : Association Between Lowering LDL-C and Cardiovascular Risk Reduction Among Different Therapeutic Interventions: A Systematic Review and Meta-analysis. JAMA, 27 septembre 2016.
- Cannon CP, Blazing MA et al. : Ezetimibe Added to Statin Therapy after Acute Coronary Syndromes. New England Journal of Medicine, 18 juin 2015.
- Sabatine MS, Giugliano RP et al. : Evolocumab and Clinical Outcomes in Patients with Cardiovascular Disease. New England Journal of Medicine, 4 mai 2017.
- Nissen SE, Lincoff AM et al. : Bempedoic Acid and Cardiovascular Outcomes in Statin-Intolerant Patients. New England Journal of Medicine, 13 avril 2023.
- Statins: Are these cholesterol-lowering drugs right for you?. Mayo Clinic, 6 mars 2024.
- Singh A, Cho LS : Nonstatin therapy to reduce low-density lipoprotein cholesterol and improve cardiovascular outcomes. Cleveland Clinic Journal of Medicine, janvier 2024.
- US Preventive Services Task Force : Statin Use for the Primary Prevention of Cardiovascular Disease in Adults: Preventive Medication. U.S. Preventive Services Task Force, 23 août 2022.
- National Institute for Health and Care Excellence : Cardiovascular disease: risk assessment and reduction, including lipid modification. NICE, mis à jour le 2 septembre 2025.
- Nilemdo (bempedoic acid). European Medicines Agency, mis à jour le 27 février 2026.
