
Les études d’observation relient souvent l’acide folique et les multivitamines, pris avant ou pendant la grossesse, à un risque plus bas de troubles du spectre de l’autisme (TSA) chez l’enfant. Elles ne prouvent pas qu’un comprimé empêche un diagnostic. Le lien reste statistique, et les recommandations officielles visent d’abord les anomalies du tube neural.
Dans les communautés américaines suivies par les CDC, environ 1 enfant de 8 ans sur 31 avait un TSA en 2022, soit 32,2 pour 1 000. Ce chiffre de surveillance, publié en 2025, dépasse nettement les anciennes estimations du même réseau. Il décrit un dépistage plus large, pas un argument pour avaler des doses libres de vitamines.
Les doses qui comptent sont précises. Les CDC demandent 400 µg d’acide folique par jour à toute personne capable de concevoir ; la USPSTF a réaffirmé en 2023 une fourchette de 400 à 800 µg, à commencer au moins un mois avant une conception prévue. Une revue parapluie de 2025 portant sur 3 millions de paires mère-enfant trouve un risque relatif de 0,70, tout en restant observationnelle.
Les suppléments réduisent-ils le risque d’autisme ?
Un lien statistique existe dans plusieurs cohortes et dans des synthèses récentes. Les enfants dont la mère a pris de l’acide folique, une multivitamine, ou les deux, reçoivent un peu moins souvent un diagnostic de TSA. Ce n’est pas une preuve de prévention. Personne n’a mené un essai randomisé assez large pour dire « ce comprimé évite l’autisme », et les auteurs des grandes études le soulignent.
Le mécanisme invoqué est biologique, pas magique. L’acide folique (vitamine B9 de synthèse) entre dans la fabrication de l’ADN et dans les réactions de méthylation au moment où le tube neural se ferme, souvent avant que la grossesse soit connue. Un déficit à cette fenêtre augmente le risque d’anomalies du cerveau et de la moelle. Extraire de ce fait une promesse anti-TSA dépasse ce que les données autorisent.
Deux lectures coexistent. D’un côté, les femmes qui prennent des vitamines sont aussi, en moyenne, celles qui planifient, consultent plus tôt et fument moins, si bien que l’association peut refléter ce mode de vie. De l’autre, le signal survit à plusieurs ajustements et revient dans des pays sans enrichissement obligatoire des farines, ce qui rend un effet nutritionnel plausible. La revue de 2025 tranche pour une association « hautement suggestive » au sens GRADE, pas pour une certitude clinique.
Pour une lectrice en France, la conduite reste simple. Le médecin traitant ou le pharmacien pose l’acide folique pour fermer le tube neural, selon la pratique locale, pas pour « annuler » un TSA. Un enfant autiste n’est pas le résultat d’un comprimé oublié. Les causes sont surtout génétiques, avec une part environnementale encore mal cernée.

Ce que montrent les cohortes d’Israël et de Norvège
La cohorte israélienne de Levine et coll., parue dans JAMA Psychiatry en 2018, a suivi 45 300 enfants nés entre 2003 et 2007 jusqu’en 2015. Parmi eux, 572 (1,3 %) ont reçu un diagnostic de TSA. L’exposition venait des registres de délivrance (acide folique, multivitamines aux codes ATC A11, ou les deux), dans une fenêtre « avant grossesse » (540 à 271 jours avant l’accouchement) et pendant la grossesse.
Le risque relatif ajusté était de 0,39 pour une exposition avant la grossesse et de 0,27 pendant la grossesse, par rapport à l’absence d’exposition dans la même fenêtre. Les sous-analyses séparant acide folique et multivitamines allaient dans le même sens. L’équipe n’avait pas de comparaison entre frères et sœurs, et une mère qui achetait ses vitamines sans ordonnance pouvait passer pour « non exposée ». L’étude ne peut donc pas conclure à un effet causal.
En Norvège, Surén et coll. ont utilisé la cohorte MoBa, soit 85 176 enfants nés de 2002 à 2008, suivis jusqu’en 2012. L’exposition d’intérêt était l’acide folique de 4 semaines avant le début de grossesse (premier jour des dernières règles) jusqu’à 8 semaines après. Le trouble autistique concernait 0,10 % des enfants exposés (64 sur 61 042) contre 0,21 % des non exposés (50 sur 24 134). L’odds ratio ajusté était de 0,61 (intervalle 0,41–0,90). Aucun lien n’apparaissait pour le syndrome d’Asperger ni pour le trouble envahissant non spécifié, avec une puissance limitée.
Le même travail a testé l’huile de poisson. Les mères qui en prenaient ressemblaient, sur le papier, à celles qui prenaient de l’acide folique. Le trouble autistique n’était pas plus rare chez leurs enfants. Cette comparaison interne affaiblit l’idée qu’un simple « profil de mère attentive » explique tout le signal des folates, sans pour autant le transformer en preuve d’efficacité.
Ces deux cohortes datent de plus de sept ans. Ce sont des observations de long cours, encore citées parce que leurs effectifs restent rares. Elles ne remplacent pas une synthèse actualisée, ni une recommandation de société savante.
La synthèse de 2025 sur des millions de dyades
Abate, Tusa, Sendekie et coll. ont publié le 18 novembre 2025 dans PLOS One une revue parapluie. Huit revues systématiques ou méta-analyses, 101 études primaires et plus de 3 millions de paires mère-enfant y sont réunies. Le modèle à effets aléatoires donne un risque relatif de 0,70 (intervalle 0,62–0,78) pour l’acide folique, les multivitamines, ou les deux. En sous-groupe, les multivitamines sortent à 0,66 et l’acide folique à 0,70. Le GRADE est « hautement suggestif ».
Six des huit revues incluses allaient dans le même sens. Les deux autres, l’une sur l’acide folique, l’autre sur les multivitamines, ne trouvaient pas d’association. Les estimations d’origine s’étalaient de 0,57 à 0,91. L’hétérogénéité restait légère à modérée malgré les sous-groupes. Les auteurs notent que les doses, le moment de la prise et les formules varient d’une étude à l’autre, et que certaines revues n’avaient pas enregistré de protocole.
Une revue parapluie empile des synthèses, donc des biais déjà présents dans les articles de départ. Elle ne crée pas un essai. Elle dit surtout que le signal observé n’est plus celui d’une seule équipe israélienne. Il traverse plusieurs revues et plusieurs millions de dyades, tout en laissant deux synthèses discordantes sur la table.
Pour la décision quotidienne, cela change peu le comprimé et beaucoup le discours. On peut dire qu’un déficit en folates au tout début de grossesse est indésirable, et que les femmes qui se supplémentent ont, en moyenne, moins souvent un enfant avec un diagnostic de TSA. On ne peut pas promettre une baisse de 30 % « grâce au comprimé », ni vendre une multivitamine comme outil anti-autisme.
L’acide folique protège d’abord le tube neural
La raison officielle de prendre de l’acide folique n’est pas le TSA. C’est la fermeture du tube neural, qui devient cerveau et moelle. Quand cette fermeture échoue, on parle d’anomalies de fermeture du tube neural (AFTN), d’anencéphalie, d’encéphalocèle ou de spina bifida. La USPSTF rappelle qu’environ 3 000 grossesses sont touchées chaque année aux États-Unis, avec un risque de décès ou de handicap. La prise quotidienne d’acide folique réduit ce risque. C’est le bénéfice démontré, pas un espoir neurodéveloppemental.
Les CDC demandent 400 µg par jour à toute femme capable de concevoir, via un comprimé, des aliments enrichis, ou les deux. Attendre la première visite prénatale arrive trop tard, car le tube se ferme au premier mois. La USPSTF, recommandation de grade A réaffirmée le 1er août 2023, vise 400 à 800 µg, à débuter au moins un mois avant une conception prévue et à poursuivre les deux ou trois premiers mois. Près de la moitié des grossesses américaines n’étant pas planifiées, le conseil s’adresse aussi à celles qui pourraient concevoir.
L’ACOG, mise à jour en 2026, fixe le besoin total à 600 µg par jour une fois enceinte, dont au moins 400 µg dans la vitamine prénatale, à commencer si possible un mois avant. Après un enfant atteint d’une AFTN, la dose américaine passe à 4 mg par jour, en comprimé séparé, dès trois mois avant une nouvelle grossesse et pendant les trois premiers mois. Au Royaume-Uni, le NHS et le NICE (guide NG247, 15 janvier 2025) restent à 400 µg en population générale et passent à 5 mg prescrits si le risque est élevé.
La forme compte. Les CDC écrivent que l’acide folique est le seul type de folate dont on a montré qu’il prévient les anomalies du tube neural. Certains flacons affichent du 5-MTHF à la place. Aucun essai n’a démontré que cette forme protège le tube. Un variant fréquent du gène MTHFR (C677T) abaisse un peu le folate sanguin chez les homozygotes TT, d’environ 16 % en moyenne. Les CDC ne recommandent ni test génétique ni dose spéciale, car 400 µg d’acide folique élèvent le taux quel que soit le génotype.
En France, le médecin ou le pharmacien applique la conduite locale. Ne copiez pas une posologie américaine ou britannique sans l’avoir fait confirmer.
Quelle dose et à quel moment commencer
La dose utile n’est pas « le plus possible ». Elle dépend du pays de la recommandation, du moment (avant conception ou déjà enceinte) et de quelques situations à risque. Le tableau ci-dessous compare les textes officiels, sans les transformer en ordonnance française.
| Situation | États-Unis (CDC, ACOG, USPSTF) | Royaume-Uni (NICE 2025, NHS) |
|---|---|---|
| Personne pouvant concevoir | 400 µg/j (CDC) ; 400 à 800 µg (USPSTF) | 400 µg/j, idéalement 3 mois avant |
| Une fois enceinte | 600 µg au total (ACOG), dont ≥400 µg en comprimé | 400 µg jusqu’à 12 semaines |
| Antécédent d’AFTN | 4 mg/j dès 1 à 3 mois avant, 3 premiers mois | 5 mg/j sur prescription |
| Diabète, antiépileptiques, VIH, drépanocytose, thalassémie | Hors champ USPSTF ; à décider avec le médecin | 5 mg/j si projet ou <12 semaines |
| IMC ≥ 25 kg/m² isolé | Pas une indication de forte dose dans ces textes | NICE : rester à 400 µg sauf autre facteur |
| Vitamine D | 600 UI soit 15 µg/j (ACOG) | 10 µg soit 400 UI, octobre–mars |
La fenêtre périconceptionnelle pèse plus que le troisième trimestre. Surén a vu le signal sur les quatre semaines avant et les huit semaines après le début de grossesse. Levine a aussi un signal « avant grossesse », mais sa fenêtre calendaire (jusqu’à 540 jours avant l’accouchement) mélange projet de conception et simple délivrance de vitamines. Aucune de ces études ne dit de commencer deux ans à l’avance « pour l’autisme ».
Le NICE 2025 a tranché un point souvent mal compris. Un IMC à 25 kg/m² ou plus, ou un risque de prééclampsie, ne justifie pas à lui seul de dépasser 400 µg. La forte dose (5 mg au Royaume-Uni) est réservée aux antécédents d’anomalie, au diabète de type 1 ou 2, à certaines maladies du sang, aux médicaments qui gênent les folates (antiépileptiques, certains antirétroviraux), et aux histoires familiales concernées.
Si vous prévoyez une grossesse, le geste concret est de lire l’étiquette demain matin. Le flacon doit mentionner de l’acide folique, pas seulement « folate » ou « folinate ». La quantité usuelle des vitamines prénatales se situe entre 400 et 800 µg aux États-Unis, parfois 800 à 1 000 µg. Doubler la prise pour « rattraper » un oubli n’est pas la conduite des textes ACOG.
Multivitamines, fer, iode et choline
Une vitamine prénatale n’est pas un traitement du TSA. C’est un filet pour des nutriments dont le besoin augmente, parce que l’alimentation seule laisse souvent un trou. L’ACOG le dit clairement, le comprimé complète l’assiette et ne la remplace pas. Une carence documentée se corrige par un complément ciblé, pas en avalant deux plaquettes.
Le fer passe de 18 mg hors grossesse à 27 mg par jour selon l’ACOG, pour fabriquer le sang supplémentaire et limiter l’anémie. La plupart des prénatales l’apportent. Le NHS, lui, ne le donne pas en routine. Le taux est dosé à la première visite et vers 28 semaines, et le comprimé n’arrive que si le résultat le demande. Deux pays, deux habitudes. En cas de fatigue marquée, de pâleur ou d’essoufflement inhabituel, c’est le dosage qui tranche, pas un achat d’officine improvisé.
L’iode (220 µg/j pour l’ACOG) sert au cerveau du fœtus. On le trouve dans le sel iodé, les produits laitiers, les œufs et les poissons. La choline (450 mg/j) participe au développement du cerveau et de la moelle ; l’ACOG précise qu’elle manque dans la plupart des prénatales et qu’il faut surtout la chercher dans les œufs, la viande, le lait, le soja et les arachides. Une lectrice végétalienne a donc deux questions à poser au professionnel, la B12 et la choline, et non « une marque anti-autisme ».
Le calcium (1 000 mg/j de 19 à 50 ans) et la vitamine D travaillent ensemble pour les os et les dents. Les vitamines gélifiées tiennent souvent mal le fer, et l’ACOG prévient qu’un complément de fer séparé peut alors devenir nécessaire. Le même collège conseille une marque établie plutôt qu’un produit vu sur un réseau social, les compléments n’étant pas encadrés comme des médicaments aux États-Unis.
Vitamine D et oméga-3, ce que l’on sait vraiment
Ni la vitamine D ni les oméga-3 n’ont le statut de prévention du TSA dans les textes officiels. On les donne pour les os, les dents, la peau, la vue, et, pour les poissons gras, pour le développement cérébral général. En faire une promesse anti-autisme dépasse ces sources.
L’ACOG fixe la vitamine D à 600 UI (15 µg) par jour, enceinte ou non, et propose un dosage sanguin si le clinicien soupçonne un déficit. Le NHS et le NICE 2025 demandent 10 µg (400 UI) d’octobre à mars, et toute l’année si la peau est peu exposée, très couverte, ou foncée (origines africaines, afro-caribéennes, sud-asiatiques). Ne pas dépasser 100 µg par jour, écrit le NHS, car l’excès peut nuire. L’écart 10 µg / 15 µg montre que l’on parle de politiques nationales, pas d’une vérité unique.
Les oméga-3 à longue chaîne se trouvent surtout dans le poisson. Mayo Clinic et ACOG recommandent un complément si l’assiette n’en contient pas. L’ACOG vise deux ou trois portions de 110 g par semaine, en évitant thon obèse, thazard, espadon, requin, marlin, hoplostète et poisson-tile, et en limitant le thon blanc à 170 g par semaine à cause du mercure. Le sushi cru est déconseillé pour le risque infectieux, pas pour les oméga-3.
La cohorte de Surén sert ici de garde-fou. Les mères sous huile de poisson n’avaient pas moins de trouble autistique, alors que le profil social ressemblait à celui des utilisatrices d’acide folique. Un bénéfice cognitif possible n’équivaut pas à une baisse du TSA. Si votre alimentation est pauvre en poisson, parlez d’un complément d’oméga-3 pour le développement cérébral, pas pour « éviter l’autisme ».
Les excès de vitamines à éviter
Plus n’est pas mieux. L’ACOG interdit de doubler ou de tripler la vitamine prénatale pour compenser une carence, car certains constituants, au premier rang la vitamine A préformée (rétinol), peuvent alors provoquer des malformations. Le NHS demande d’éviter l’huile de foie de morue et tout complément portant de la vitamine A / du rétinol, ainsi que le foie lui-même. Mayo Clinic répète le même avertissement et déconseille les « extra » de multivitamines au-delà du besoin quotidien.
L’acide folique a aussi un plafond de bon sens. Les textes américains et britanniques montent à 4 mg ou 5 mg seulement dans des situations à haut risque d’AFTN, et sous contrôle. Avaler plusieurs flacons « au cas où », ou empiler une prénatale, un complexe B et un « folate méthylé », n’est décrit nulle part comme une stratégie anti-TSA. La dose standard de 400 µg n’est pas un appel à empiler les flacons.
Le fer, utile contre l’anémie, constipe souvent. Mayo Clinic propose d’abord plus de liquides, plus de fibres, et une activité physique autorisée par le professionnel, avant d’envisager un assouplissant des selles. Ce n’est pas un motif pour arrêter l’acide folique, qui n’est pas le fer.
Trois réflexes limitent l’empilement inutile :
- Lisez la ligne « folic acid » ou « acide folique » et additionnez tous les flacons du placard avant d’en ouvrir un nouveau.
- Laissez de côté foie, huile de foie de morue et gélules au rétinol tant que la grossesse est possible ou en cours.
- Gardez un seul produit prénatal à la dose de l’étiquette, sauf indication écrite d’un professionnel pour une vitamine isolée.
Suppléments de grossesse, quand voir le médecin
Le bon moment pour en parler n’est pas le jour où le test urinaire vire. C’est dès qu’une grossesse est possible ou désirée, parce que le tube neural n’attend pas le premier rendez-vous. Si vous êtes déjà enceinte et sans comprimé, commencez l’acide folique dès que possible et demandez la conduite locale à votre médecin ou à votre pharmacien.
Certaines situations changent la dose et ne se règlent pas au rayon diététique. Antécédent personnel ou du père d’AFTN, grossesse précédente touchée, diabète de type 1 ou 2, drépanocytose, thalassémie, traitement antiépileptique ou pour le VIH, voilà autant de cas où le NHS et le NICE 2025 orientent vers 5 mg prescrits. Aux États-Unis, la USPSTF exclut ces profils de sa recommandation grand public, et l’ACOG fixe 4 mg après un enfant atteint. En France, c’est le prescripteur qui choisit.
D’autres motifs de consultation tiennent aux effets indésirables ou aux signes d’anémie. Constipation rebelle sous fer, selles noires associées à un malaise, essoufflement nouveau, pâleur, vertiges, autant de motifs pour un dosage et un ajustement plutôt qu’un changement de marque au hasard. Si vous prenez déjà plusieurs compléments, apportez les boîtes. Le professionnel peut repérer un double emploi de vitamine A ou une absence d’acide folique derrière un joli « folate ».
| Situation | Conduite raisonnable |
|---|---|
| Projet de grossesse, aucun acide folique | Commencer 400 µg et confirmer la posologie locale |
| Déjà enceinte, oubli jusqu’ici | Commencer tout de suite, sans attendre la première écho |
| Antécédent d’AFTN, diabète, antiépileptiques, VIH | Consulter pour une dose adaptée, ne pas improviser 4 ou 5 mg |
| Foie, rétinol ou huile de foie de morue au menu | Arrêter ces sources et le signaler |
| Fatigue, pâleur, essoufflement | Demander un dosage du fer, ne pas empiler les prénatales |
| Douleur pelvienne intense, saignement abondant, malaise | Appeler le 15 ou le 112 |
Les numéros 15 (SAMU) et 112 concernent une urgence obstétricale, pas un oubli de vitamine. Un retard de supplémentation se rattrape en consultation, pas aux urgences.
Gènes, mode de vie et limites des comprimés
L’autisme n’est pas une carence vitaminique. Les jumeaux, les familles et les études de génétique montrent une héritabilité élevée, avec des variantes rares à fort effet et un fond polygénique. L’environnement pèse aussi, par l’âge parental, la prématurité, certains médicaments pendant la grossesse et les complications. Un comprimé de B9 ne réécrit pas cette architecture.
Le discours public a parfois glissé de « les folates ferment le tube neural » vers « les folates empêchent l’autisme ». Ce glissement charge les mères d’une faute imaginaire. Une mère n’a pas à se blâmer pour le TSA de son enfant. Association n’est pas culpabilité.
Ce que vous pouvez réellement décider est plus terre à terre. Planifier si possible, ouvrir le flacon avant d’arrêter la contraception, manger des légumes verts, des légumineuses et des œufs, limiter l’alcool, ne pas fumer, et poser les questions de dose si vous avez un diabète ou un traitement chronique. Le reste, dépistage précoce des signes de développement chez l’enfant, appartient à un autre rendez-vous, avec le médecin de l’enfant, pas à la pharmacie des vitamines.
Questions fréquentes
Faut-il de l’acide folique sans projet de grossesse ?
Oui, si une conception est possible, parce que beaucoup de grossesses ne sont pas prévues et que le tube neural se ferme très tôt. Les CDC et la USPSTF adressent les 400 µg (400 à 800 µg pour cette dernière) à toute personne capable de concevoir, pas seulement à celles qui ont un test positif. Le pharmacien peut aider à choisir un flacon qui contient bien de l’acide folique.
Les aliments riches en folates suffisent-ils ?
Rarement pour atteindre la cible de prévention des AFTN. Les folates des feuilles vertes, des légumineuses et des agrumes comptent, mais les CDC notent qu’ils sont moins stables à la cuisson que l’acide folique des comprimés et des aliments enrichis. L’ACOG combine assiette et vitamine prénatale à 400 µg. En France, l’enrichissement des farines n’est pas le même qu’aux États-Unis, si bien que le comprimé pèse davantage.
Un complément peut-il empêcher un diagnostic de TSA ?
Non. Les cohortes et la revue de 2025 décrivent une association, pas une garantie. Levine et Surén le disent, l’observation ne prouve pas la cause, et un enfant peut être autiste malgré une supplémentation correcte. On prend l’acide folique pour le tube neural ; le reste est une piste de recherche, pas un contrat.
Que faire si un premier enfant a un TSA ?
Cela ne crée pas, à elle seule, l’indication de 4 mg ou de 5 mg d’acide folique. Ces fortes doses, dans les textes américains et britanniques, concernent surtout un antécédent d’AFTN, certains diabètes et certains médicaments. Pour un projet suivant, parlez au médecin de votre histoire complète, TSA, malformations, traitements et diabète. Il ajustera selon la pratique française.
Le « folate méthylé » remplace-t-il l’acide folique ?
Pas pour la prévention des anomalies du tube neural, d’après les CDC. Le 5-MTHF n’a pas l’essai qui manque. Un génotype MTHFR, même homozygote TT, n’impose pas de changer de molécule ni de dose dans ces recommandations. Vérifiez que l’étiquette porte « folic acid » / acide folique.
Doit-on arrêter après 12 semaines de grossesse ?
Le bénéfice contre les AFTN se joue surtout jusqu’à 12 semaines, d’où le calendrier NHS et NICE. Continuer plus longtemps « ne nuira pas au bébé », écrit le NHS à propos de l’acide folique. La vitamine prénatale, elle, couvre fer, iode et vitamine D sur toute la grossesse selon l’ACOG. Demandez jusqu’où aller dans votre suivi, plutôt que d’arrêter sans avis.
Conclusion
Le fil solide n’est pas « les vitamines empêchent l’autisme ». C’est « l’acide folique, à dose connue, réduit les anomalies du tube neural, et plusieurs cohortes voient en plus moins de diagnostics de TSA chez les enfants exposés ». La revue parapluie de 2025 (risque relatif 0,70) élargit ce signal à plus de 3 millions de dyades, tout en laissant deux synthèses négatives et l’absence d’essai causal.
La conduite utile tient en un geste et une question. Vérifiez que le flacon contient 400 µg d’acide folique et qu’aucun autre produit n’ajoute du rétinol. Si vous avez un diabète, un antiépileptique, un traitement du VIH ou un antécédent d’AFTN, demandez au médecin ou au pharmacien quelle dose locale s’applique, 400 µg ou une prescription plus haute.
Si le test de grossesse est déjà positif et que le placard est vide, commencez aujourd’hui la dose standard et prenez rendez-vous. Ce n’est pas une course contre un diagnostic de TSA. C’est le rattrapage d’une vitamine dont le bénéfice démontré se joue très tôt, pendant que le tube neural se ferme.
Sources
- Folic Acid: Facts for Clinicians. Centers for Disease Control and Prevention, 15 juillet 2026.
- Data and Statistics on Autism Spectrum Disorder. Centers for Disease Control and Prevention, 27 mai 2025.
- Folic Acid Supplementation to Prevent Neural Tube Defects: Preventive Medication. U.S. Preventive Services Task Force, 1er août 2023.
- Healthy Eating During Pregnancy. American College of Obstetricians and Gynecologists, mis à jour en mars 2026.
- Prenatal vitamins: Why they matter, how to choose. Mayo Clinic, 1er mars 2025.
- Abate BB, Tusa BS, Sendekie AK et al. : The association between maternal prenatal folic acid and multivitamin supplementation and autism spectrum disorders in offspring: An umbrella review. PLOS One, 18 novembre 2025.
- Levine SZ, Kodesh A, Viktorin A et al. : Association of Maternal Use of Folic Acid and Multivitamin Supplements in the Periods Before and During Pregnancy With the Risk of Autism Spectrum Disorder in Offspring. JAMA Psychiatry, 1er février 2018.
- Surén P, Roth C, Bresnahan M et al. : Association between maternal use of folic acid supplements and risk of autism spectrum disorders in children. JAMA, 13 février 2013.
- Pregnancy vitamins and supplements. National Health Service, mis à jour en 2026.
- Maternal and child nutrition: nutrition and weight management in pregnancy, and nutrition in children up to 5 years. National Institute for Health and Care Excellence, 15 janvier 2025.
