
Les tomates ne reconstruisent pas les alvéoles détruites par la fumée. Une cohorte européenne a toutefois associé une consommation plus élevée de tomates à une baisse plus lente de la capacité vitale forcée, surtout chez les personnes qui avaient déjà arrêté de fumer, sans transformer le légume-fruit en médicament.
L’idée d’un aliment qui « répare » les poumons d’un fumeur se répand parce qu’elle est simple. Dans l’enquête ECRHS publiée en 2017, 680 adultes d’Allemagne, de Norvège et du Royaume-Uni ont passé une spirométrie à dix ans d’intervalle. Chaque tertile supplémentaire de tomates correspondait à 4,74 ml de capacité vitale forcée (CVF) perdus en moins par an, et cette association restait significative après correction pour comparaisons multiples. Chez les anciens fumeurs, l’écart sur la CVF atteignait 9,09 ml par an.
Ce n’est pas une preuve d’effet causal, et encore moins une reconstruction du tissu. Le CDC, dans sa page de 2024 sur l’arrêt du tabac, place le sevrage comme le geste qui réduit le risque de bronchopneumopathie chronique obstructive (BPCO) et ralentit la perte de volume. Une analyse de 25 352 personnes publiée en 2020 montre que les anciens fumeurs perdent encore 1,82 ml de volume expiratoire maximal par seconde (VEMS) par an de plus que ceux qui n’ont jamais fumé, pendant des décennies. Les chiffres ci-dessous séparent ce que l’assiette peut accompagner de ce qu’elle ne remplace pas.
Ce que les tomates changent vraiment aux poumons
Elles n’effacent pas un emphysème et n’ouvrent pas des bronches bouchées. Ce que l’étude ECRHS décrit, c’est une pente un peu moins raide de la CVF lorsque l’apport en tomates est plus élevé, avec un signal plus net après l’arrêt du tabac qu’en l’absence de toute cigarette ou chez ceux qui fument encore.
La CVF est le volume d’air que l’on peut chasser après une inspiration maximale. Le VEMS est la fraction de ce volume expulsée pendant la première seconde. Ensemble, ils servent à repérer une obstruction. Garcia-Larsen et ses collègues ont mesuré les deux, avant bronchodilatateur, en 2002 puis vers 2012. Dans l’échantillon entier, la tomate était liée à la CVF ; pommes, bananes, tisanes et vitamine C l’étaient aussi avant la correction statistique, mais seule la tomate passait ce filtre.
Le mécanisme souvent invoqué est le lycopène, caroténoïde sans activité vitamine A dont la tomate est une source alimentaire majeure. Les auteurs le discutent comme hypothèse, pas comme démonstration. Une revue de 2022 (van Iersel et coll.) rappelle que fruits, légumes, fibres, vitamines C et E, polyphénols et bêta-carotène sont associés à un risque plus bas de BPCO dans la population générale, alors que les données sur le déclin une fois la maladie installée restent limitées et peu cohérentes.
Présenter la tomate comme un réparateur est donc un raccourci. L’observation est compatible avec un effet antioxydant alimentaire chez des personnes qui ne s’exposent plus à la fumée, et elle ne dit rien d’un poumon déjà détruit que l’on pourrait reconstruire à table.

L’étude ECRHS et les chiffres de spirométrie
L’enquête a suivi 680 personnes, âgées de 43,8 ans en moyenne au départ, dans trois pays européens, pendant 10,3 ans. Au questionnaire de 2002, 16,9 % fumaient encore, 42,2 % n’avaient jamais fumé, les autres avaient arrêté avant le suivi ou pendant. La perte moyenne de VEMS sur dix ans atteignait 445,6 ml, celle de CVF 381,1 ml.
L’alimentation a été estimée une seule fois, par questionnaires de fréquence, puis découpée en tertiles (tiers bas, moyen, haut). Dans le modèle ajusté (âge, taille, pays, sexe, tabac, classe sociale, indice de masse corporelle, énergie, activité, études), chaque tertile de tomates supplémentaire correspondait à 4,74 ml de CVF perdus en moins par an (intervalle de confiance 1,35 à 8,13). Le VEMS suivait une pente voisine (2,80 ml par an) avant le filtre de Simes.
Les analyses par statut tabagique changent la lecture. Chez celles et ceux qui avaient arrêté avant la fin du suivi, la tomate était liée à 5,15 ml de VEMS et 9,09 ml de CVF préservés par an. Les pommes et le total des fruits montraient aussi un écart chez les anciens fumeurs. Chez les jamais-fumeurs et chez les fumeurs actifs, les mêmes aliments ne donnaient pas d’association statistiquement nette. L’interaction tabac × fruits était significative pour le VEMS et la CVF ; elle ne l’était pas pour la tomate seule.
Quelques limites pèsent sur l’interprétation.
- Le régime n’a été saisi qu’au départ, et l’on a dû supposer qu’il restait assez stable pendant dix ans.
- Un questionnaire alimentaire mélange les habitudes saines entre elles, donc un amateur de tomates mange souvent autrement aussi.
- La spirométrie n’était pas faite après bronchodilatateur, ce qui éloigne le chiffre d’un diagnostic formel de BPCO.
- L’étude reste observationnelle et ne prouve pas qu’ajouter des tomates ralentit, à elle seule, la pente.
Les auteurs écrivent que les antioxydants alimentaires pourraient contribuer à une restauration après l’exposition à la fumée chez ceux qui ont arrêté. C’est une lecture prudente de leurs propres données, pas un essai clinique.
Quelle quantité de tomates et de fruits viser
Il n’existe pas de « dose poumon » officielle. L’ECRHS n’a pas publié, dans l’article principal, un seuil du type deux tomates par jour. Le signal est un gradient par tertile, en grammes, à partir de questionnaires différents selon le pays.
Dans cette cohorte, la médiane de fruits était de 278,5 g par jour, celle de légumes de 114,3 g. L’Allemagne se situait plus bas, la Norvège plus haut. Les auteurs notent un apport fruits-légumes un peu au-dessus de 400 g en moyenne. Ce n’est pas une prescription française, c’est le paysage alimentaire de l’échantillon.
Une autre cohorte, suédoise et masculine, donne des portions plus parlantes pour le risque de BPCO, pas pour la pente de CVF. Kaluza et coll. ont suivi 44 335 hommes de 45 à 79 ans pendant 13,2 ans. Comparés à moins de 2 portions de fruits et légumes par jour, ceux qui atteignaient au moins 5,3 portions avaient un risque de BPCO plus bas de 40 % s’ils fumaient encore et de 34 % s’ils avaient arrêté. Chaque portion quotidienne supplémentaire correspondait à 8 % de risque en moins chez les fumeurs actuels et 4 % chez les anciens.
Les aliments isolés ne racontent pas la même histoire que le total. Dans cette cohorte d’hommes, pommes ou poires, légumes-feuilles et poivrons étaient inversement associés à la BPCO (baisse de 23 %, 32 % et 39 % par portion quotidienne). Les tomates, comme les bananes, les agrumes, les choux ou l’ail, ne l’étaient pas. Deux études, deux critères (pente de CVF versus diagnostic de BPCO), deux populations. Les nommer ensemble évite de faire de la tomate un aliment unique.
Viser plusieurs portions de fruits et de légumes par jour, tomate comprise, reste aligné avec ces observations. Cela ne dit pas combien de tomates « suffisent », et le médecin ou le diététicien adaptera l’assiette si une maladie associée impose un régime particulier.
Lycopène dans l’assiette ou en gélule
Un comprimé de lycopène n’a pas reproduit, dans un essai, ce que faisait un régime riche en fruits et légumes. L’essai de Wood et coll., publié en 2012 dans The American Journal of Clinical Nutrition, portait sur 137 adultes asthmatiques, pas sur d’anciens fumeurs. Il reste la comparaison alimentaire la plus claire entre l’aliment entier et l’extrait de tomate.
Après deux semaines, le groupe à faible teneur en antioxydants (au plus deux portions de légumes et une de fruit par jour) avait un VEMS et une CVF en pourcentage de la valeur prédite plus bas que le groupe à cinq portions de légumes et deux de fruits. Sur la suite de l’essai, ce groupe à faible apport avait 2,26 fois plus de chances de faire une exacerbation. Chez les participants restés sur le régime pauvre, 45 mg de lycopène par jour en extrait de tomate n’apportaient pas de différence clinique ni inflammatoire par rapport au placebo.
Les auteurs concluent que les bénéfices apparaissent avec l’augmentation des fruits et légumes, et que l’intervention « aliment entier » est la plus efficace. C’est un résultat ancien, obtenu dans l’asthme. Il pèse contre l’idée d’avaler un caroténoïde isolé pour « réparer » un poumon de fumeur, idée que l’ECRHS n’a d’ailleurs pas testée.
Van Iersel et coll. (2022) soulignent un autre décalage. Les preuves convergent fortement pour un lien entre qualité de l’alimentation et risque de BPCO dans la population générale. Une fois le diagnostic posé, les essais sur le déclin du VEMS sont rares, souvent courts, et le seul complément pour lequel la revue jugeait alors les preuves « fortes » sur la pente spirométrique était la vitamine D, pas le lycopène. Un pharmacien ou un médecin pourra dire si un dosage de vitamine D a un sens dans votre situation. Ce n’est pas un substitut de tomate.
Fruits, légumes et risque de BPCO
Manger davantage de fruits et de légumes est associé, de façon répétée, à moins de BPCO chez les personnes exposées au tabac. Cela ne protège pas comme le ferait l’arrêt, et cela n’a pas été montré chez ceux qui n’ont jamais fumé dans la cohorte de Kaluza.
Parmi 1 918 cas incidents, l’association fruits-légumes × BPCO était nette chez les fumeurs et les anciens fumeurs, absente chez les jamais-fumeurs (p d’interaction 0,02). Les taux standardisés parlaient d’eux-mêmes. Chez les fumeurs actuels, on passait de 1 166 cas pour 100 000 personnes-années sous 2 portions à 546 au-delà de 5,3 portions. Chez les anciens fumeurs, de 506 à 255. Comparés à des jamais-fumeurs gros consommateurs, les fumeurs à faible apport avaient un risque multiplié par 13,5, les anciens fumeurs à faible apport par 6.
La revue de 2022, qui a examiné 89 articles, classe ce faisceau comme très solide pour le risque. Elle ajoute que le régime de type occidental, riche en viande transformée et pauvre en végétaux, va dans l’autre sens, et que les patients déjà atteints de BPCO ont souvent une alimentation de moindre qualité. Un essai cité dans cette revue a observé un VEMS en pourcentage de la valeur prédite plus élevé après un virage vers plus de fruits et légumes, chez des patients atteints, par rapport à un régime libre. C’est un signal d’intervention, encore trop isolé pour en faire une ordonnance.
Quelques points utiles pour lire ces chiffres sans les forcer.
- Le bénéfice apparent se concentre là où le stress oxydant lié à la fumée a déjà existé, pas chez le jamais-fumeur de la cohorte suédoise.
- Une portion de plus par jour est un levier modeste (4 % à 8 % sur le risque), cumulatif, pas un seuil magique.
- Les tomates seules n’expliquaient pas le risque de BPCO chez ces hommes, alors qu’elles pesaient sur la CVF dans l’ECRHS.
- La viande transformée, dans la synthèse de 2022, va dans le sens d’un risque plus élevé. Réduire charcuterie et produits fumés est cohérent avec ce corpus, sans en faire un traitement.
La BPCO, rappelle le NHLBI (page mise à jour en 2024), n’a pas de traitement curatif. Aux États-Unis, plus de 14 millions d’adultes en sont atteints, souvent sans le savoir, et elle y figure au sixième rang des causes de décès. L’alimentation entre dans la prévention du risque. Elle ne remplace pas le diagnostic ni les inhalateurs lorsque le souffle est déjà limité.
L’arrêt du tabac, le levier mesuré
Arrêter de fumer reste le geste qui a le plus de preuves sur le poumon, à tout âge et quelle que soit la durée du tabagisme. Les tomates n’entrent en ligne de compte qu’après, comme élément d’assiette, pas comme substitut.
S’appuyant notamment sur le rapport du Surgeon General de 2020, le CDC décrit des bénéfices respiratoires concrets. L’arrêt réduit le risque de BPCO. Chez une personne déjà atteinte, il ralentit l’aggravation et la perte de volume. Toux, crachats et sifflements diminuent, de même que les infections de type bronchite ou pneumonie. Entre un et douze mois, toux et essoufflement baissent souvent. L’arrêt peut ajouter jusqu’à dix ans d’espérance de vie, et il reste utile après des années de consommation intensive.
Le calendrier cardiovasculaire et cancérologique aide à tenir le cap quand le souffle tarde à changer. Le rythme cardiaque baisse en quelques minutes. La nicotine disparaît du sang en vingt-quatre heures. Le monoxyde de carbone rejoint le niveau d’un non-fumeur en quelques jours. Le surrisque d’infarctus chute nettement entre un et deux ans. Le surrisque de cancer du poumon est environ divisé par deux après dix à quinze ans. Ce ne sont pas des délais français officiels. Ce sont les repères américains du CDC, utiles pour comprendre que le poumon n’est pas le seul organe concerné.
Côté chiffres de tabagisme, la photographie a changé. Le CDC indiquait encore, en 2024, plus de 16 millions d’Américains vivant avec une maladie liée au tabac, et plus de 480 000 décès par an liés au tabagisme et à la fumée des autres. Le NCHS, avec les données précoces de l’enquête NHIS 2025, place la part d’adultes fumeurs de cigarettes à 9,1 %. Ces pourcentages sont américains. Ils ne disent pas la prévalence en France. Ils rappellent que le sevrage déplace des volumes de maladie, là où une tomate déplace des millilitres de CVF dans une cohorte.
L’accompagnement et les médicaments d’aide à l’arrêt (substituts nicotiniques, varénicline, bupropion aux États-Unis, selon les autorisations locales) relèvent du médecin et du pharmacien. En France, le choix des produits et le remboursement suivent les règles du prescripteur, pas une page américaine.
Le volume pulmonaire après des années sans fumer
Le déclin ne s’annule pas le jour de la dernière cigarette. Il se rapproche de la pente des jamais-fumeurs, tout en gardant souvent un petit surplus pendant longtemps.
Oelsner et coll. ont assemblé six cohortes américaines. 25 352 personnes, âgées de 17 à 93 ans, ont fourni 70 228 spirométries valides, sur un suivi médian de sept ans. À 57 ans, la perte de VEMS était de 31,01 ml par an chez les jamais-fumeurs stables, 34,97 ml chez les anciens fumeurs, 39,92 ml chez les fumeurs actuels. Après ajustement, le surplus des anciens fumeurs était de 1,82 ml par an, soit environ 20 % de l’effet estimé du tabagisme actuel (9,21 ml par an).
Le surplus persistait des décennies après l’arrêt, et il existait déjà pour moins de 10 paquets-années. Fumer moins de cinq cigarettes par jour gardait un effet important sur le VEMS. L’effet estimé sur le VEMS y restait égal à 68 % de celui des gros fumeurs (30 cigarettes ou plus) et environ cinq fois celui des anciens fumeurs. Les auteurs en tirent une phrase nette. Tous les niveaux d’exposition semblent liés à une lésion durable et progressive.
Ces millilitres n’annulent pas l’ECRHS. Ils recadrent l’ordre de grandeur. Neuf millilitres de CVF par an liés aux tomates chez d’anciens fumeurs, dans une cohorte de 680 personnes, restent un signal alimentaire intéressant. Ils ne comblent pas l’écart créé par des années de fumée, et ils ne justifient pas de continuer « un peu » sous prétexte d’une assiette rouge.
La page du NHLBI est nette. La BPCO s’aggrave souvent avec le temps, mais arrêter de fumer peut aider à se sentir mieux, rester plus actif et ralentir l’évolution. Les lésions, précise la Cleveland Clinic, ne se réparent pas, alors que les symptômes peuvent être mieux vécus pendant longtemps si l’on suit le traitement et la réadaptation.
Essoufflement et signes qui justifient une consultation
Un essoufflement qui s’installe, une toux quotidienne ou des crachats répétés méritent un avis médical, surtout après des années de tabac, même si l’assiette est devenue plus verte. La spirométrie se discute avec le médecin traitant. Ce n’est pas un examen que l’on remplace par des tomates.
Les symptômes arrivent souvent tard, d’après la page Mayo Clinic sur la BPCO. On manque d’air à l’effort. Un sifflement apparaît. La toux ramène un mucus clair, blanc, jaune ou verdâtre. La poitrine est serrée. La fatigue s’installe. Les infections ORL ou bronchiques se répètent. Un amaigrissement non voulu et un gonflement des chevilles surviennent plus tard. Une exacerbation, c’est une période où tout cela s’aggrave pendant des jours ou des semaines, parfois avec de la fièvre.
Voici des seuils concrets, tirés des pages Mayo et Cleveland Clinic, à transposer en France avec le 15 ou le 112.
| Situation | Conduite |
|---|---|
| Toux quotidienne, souffle court à la marche, sifflement | Prendre rendez-vous chez le médecin traitant et parler d’une spirométrie |
| Fièvre, crachat plus abondant, plus épais ou qui change de couleur | Consulter rapidement, sans attendre que « cela passe tout seul » |
| Gonflement nouveau des chevilles, amaigrissement inexpliqué, fatigue extrême | Revoir le médecin, y compris si vous vous sentez encore « à peu près » |
| Impossible de parler, lèvres ou ongles bleutés, pouls très rapide, tête confuse | Appeler le 15 ou le 112, ou se rendre aux urgences |
| Fièvre très élevée, propos incohérents, gêne brutale à inspirer | Même conduite d’urgence, sans délai |
Il faut aller aux urgences, indique la Cleveland Clinic, en cas de fièvre au-dessus de 40 °C, de difficulté brutale à respirer, d’agitation ou de confusion, ou de parole brouillée. S’y ajoutent, sur la page Mayo Clinic, l’incapacité à reprendre son souffle, les lèvres ou les ongles bleus, un cœur très rapide, et une impression de brouillard mental. Ces signes ne se gèrent pas à domicile avec un régime.
Si une BPCO est déjà connue, le suivi reste utile même les jours « corrects », avec vaccination grippe et discussion pneumocoque, Covid-19 et VRS, comme le rappelle la Mayo Clinic. L’activité physique, y compris un programme de réadaptation, renforce les muscles de la respiration. L’alimentation y est un soutien de force, pas un inhalateur.
Composer une assiette utile sans miracle
Une assiette colorée, avec des tomates souvent, des pommes ou des poires, des feuilles vertes et des poivrons, est cohérente avec les cohortes. Elle n’est pas un protocole de réparation.
Dans ses conseils au quotidien, la Mayo Clinic écrit qu’une alimentation saine aide à garder sa force. En cas de poids trop bas, des compléments peuvent être proposés. En cas de surcharge, perdre du poids peut soulager le souffle à l’effort. Boire assez, si le médecin ne limite pas les liquides, aide parfois à fluidifier les sécrétions. Rien de tout cela n’est spécifique à la tomate, et tout cela se discute si vous avez une insuffisance cardiaque, une maladie rénale ou un diabète.
Van Iersel et coll. proposent, comme cadre pragmatique, un virage vers un régime de type méditerranéen. Beaucoup de végétaux frais, de céréales peu raffinées, d’huiles végétales et de poisson, moins de produits ultra-transformés, de viandes salées et de boissons sucrées. C’est un motif alimentaire, pas une liste d’aliments miracles. Dans l’ECRHS, le total des fruits pesait aussi, chez les anciens fumeurs, sur le VEMS et la CVF. Dans la cohorte suédoise, le total fruits-légumes pesait plus que la tomate isolée sur le risque de BPCO.
Quelques gestes d’assiette, à tenir sur des mois, pas trois jours.
- Mettre une tomate, crue ou cuite, dans au moins un repas la plupart des jours, sans en faire l’unique légume.
- Garder pommes, poires, feuilles vertes et poivrons dans la rotation, car d’autres cohortes les relient au risque de BPCO.
- Remplacer une partie de la charcuterie par des légumineuses, du poisson ou des œufs, plutôt que d’ajouter seulement un fruit.
- Laisser de côté les gélules de lycopène « poumon » tant qu’aucun essai chez l’ancien fumeur n’a montré un bénéfice clinique.
- Demander au pharmacien ou au médecin avant tout complément, y compris vitamine D, car les doses et les indications ne se copient pas d’une revue.
Si vous venez d’arrêter, l’ordre des priorités est inverse de celui des titres accrocheurs. D’abord rester sans tabac, y compris sans fumée des autres. Ensuite faire mesurer le souffle si la toux ou l’effort posent question. Ensuite seulement, enrichir l’assiette. Les millilitres de l’ECRHS se lisent mieux dans cet ordre.
Questions fréquentes
Les tomates restaurent-elles les alvéoles détruites par la fumée ?
Non. Aucun essai n’a montré qu’elles reconstruisent le tissu. L’ECRHS a observé une CVF qui baissait un peu moins vite lorsque l’apport en tomates était plus élevé, surtout après l’arrêt, ce qui n’équivaut pas à une réparation anatomique.
Combien de tomates faut-il manger pour les poumons ?
Il n’y a pas de dose établie. L’article de 2017 raisonne en tertiles de consommation, pas en nombre de fruits par jour. Viser régulièrement des tomates dans un apport élevé de fruits et légumes est plus fidèle aux données que compter deux pièces comme une ordonnance.
Les sauces et le ketchup remplacent-ils la tomate crue ?
L’article principal de l’ECRHS n’a pas tranché sauce contre fruit frais. L’essai de 2012 sur l’asthme a montré un bénéfice du régime riche en fruits et légumes, pas de l’extrait de lycopène à 45 mg. Mieux vaut l’aliment dans une assiette variée qu’un produit isolé présenté comme « concentré poumon ».
Un ancien fumeur doit-il aussi manger des pommes ?
Chez les anciens fumeurs de l’ECRHS, pommes et total des fruits étaient liés à une pente plus lente, comme la tomate. Dans la cohorte d’hommes suédois, pommes ou poires pesaient sur le risque de BPCO, pas les tomates. Varier les fruits reste plus raisonnable que de miser sur un seul.
Faut-il une spirométrie après avoir arrêté de fumer ?
Pas automatiquement pour tout le monde, mais oui dès qu’une toux, un souffle court ou des crachats s’installent, et plus encore après de nombreuses années de tabac. Le médecin traitant décide de l’examen. La Mayo Clinic rappelle que beaucoup de BPCO se découvrent tard, quand le dégât est déjà là.
Continuer à fumer « un peu » est-il moins grave si l’on mange des tomates ?
Non. Chez Oelsner et coll., moins de cinq cigarettes par jour restait associé à une perte de VEMS proche de celle des gros fumeurs, et très supérieure à celle des anciens fumeurs. L’assiette ne compense pas cette exposition.
Conclusion
Les tomates peuvent entrer dans une stratégie alimentaire après le tabac. Elles ne tiennent pas la promesse d’une restauration. L’ECRHS relie un tertile de plus à quelques millilitres de CVF par an, surtout chez ceux qui ont arrêté. Kaluza relie le total fruits-légumes au risque de BPCO chez l’homme exposé à la fumée, sans isoler la tomate. Wood montre, dans l’asthme, que l’aliment entier fait mieux qu’une gélule de lycopène. Oelsner montre que la pente du VEMS garde une cicatrice mesurable longtemps après la dernière cigarette.
Le geste qui a un calendrier et une littérature de santé publique, c’est l’arrêt. Le CDC décrit une toux et un essoufflement souvent moindres entre un et douze mois, une réduction du risque de BPCO, et un ralentissement de la perte de volume si la maladie est déjà là. Les pages Mayo et Cleveland Clinic donnent les seuils d’alerte. Fièvre, crachat qui change, souffle qui bascule, lèvres bleues ou confusion. Dans ces cas, le 15 ou le 112, pas une salade.
Si vous avez fumé et que le souffle ou la toux vous gênent, demandez au médecin traitant si une spirométrie de référence est utile, et ce que vous pouvez attendre d’une aide au sevrage si la cigarette n’est pas tout à fait derrière vous. Apportez-lui trois jours de repas réels, tomates comprises, plutôt qu’un régime idéal. C’est à partir de cette mesure et de cette assiette, pas d’un titre, que se décide la suite.
Sources
- Garcia-Larsen V, Potts JF, Omenaas E et al. : Dietary antioxidants and 10-year lung function decline in adults from the ECRHS survey. European Respiratory Journal, 21 décembre 2017.
- Kaluza J, Larsson SC, Orsini N et al. : Fruit and vegetable consumption and risk of COPD: a prospective cohort study of men. Thorax, juin 2017.
- van Iersel LEJ, Beijers RJHCG, Gosker HR et al. : Nutrition as a modifiable factor in the onset and progression of pulmonary function impairment in COPD: a systematic review. Nutrition Reviews, 9 mai 2022.
- Wood LG, Garg ML, Smart JM et al. : Manipulating antioxidant intake in asthma: a randomized controlled trial. The American Journal of Clinical Nutrition, septembre 2012.
- Oelsner EC, Balte PP, Bhatt SP et al. : Lung function decline in former smokers and low-intensity current smokers: a secondary data analysis of the NHLBI Pooled Cohorts Study. The Lancet Respiratory Medicine, janvier 2020.
- Benefits of Quitting Smoking. Centers for Disease Control and Prevention, 15 mai 2024.
- Cigarette Smoking | Smoking and Tobacco Use. Centers for Disease Control and Prevention, 17 septembre 2024.
- Cigarette Smoking and Electronic Cigarette Use. National Center for Health Statistics, mis à jour le 25 août 2026.
- COPD – What Is COPD?. National Heart, Lung, and Blood Institute, 8 novembre 2024.
- COPD – Symptoms and causes. Mayo Clinic, 27 juin 2026.
- COPD – Diagnosis and treatment. Mayo Clinic, 27 juin 2026.
- Chronic Obstructive Pulmonary Disease (COPD). Cleveland Clinic, 19 août 2024.
