Vitamines essentielles : rôles, sources et carences

Vitamines essentielles : rôles, sources et carences

Les vitamines forment un groupe de treize composés organiques indispensables en petite quantité pour le métabolisme, la croissance et le fonctionnement des cellules. L’organisme humain n’en produit pas assez, ou pas du tout, à l’exception d’une part de vitamine D formée dans la peau sous l’effet du soleil, ce qui rend l’alimentation, et parfois un complément, nécessaires.

Une mégadose n’empêche pas d’attraper un rhume. La fiche de l’Office des compléments alimentaires des NIH, mise à jour en 2025, reprend une revue Cochrane de 29 comparaisons et 11 306 participants. Le risque relatif d’un rhume sous vitamine C régulière s’établit à 0,97 dans la population générale, sans baisse utile du nombre d’épisodes.

Les chiffres utiles pour un adulte en bonne santé, selon les apports américains, se situent autour de 15 µg de vitamine D par jour (20 µg après 70 ans), 400 µg d’acide folique chez toute personne pouvant devenir enceinte, et 2,4 µg de vitamine B12. Une fatigue isolée ne suffit pas à poser une carence. Les signes neurologiques, un saignement inhabituel ou une plaie qui ne ferme pas justifient un avis médical, avec le 15 ou le 112 en cas d’urgence.

Qu’est-ce qu’une vitamine et combien en existe-t-il ?

Une vitamine est un nutriment organique, donc carboné, dont le corps a besoin en faible dose et qu’il ne sait pas fabriquer en quantité suffisante. MedlinePlus en compte treize pour l’être humain. Elles couvrent les vitamines A, C, D, E et K, plus le groupe B (thiamine B1, riboflavine B2, niacine B3, acide pantothénique B5, pyridoxine B6, biotine, folate B9 et cobalamine B12).

La biotine porte le numéro B8 dans l’usage français courant, alors que les textes américains la numérotent souvent B7. Le folate alimentaire et l’acide folique des comprimés ou des aliments enrichis appartiennent à la même famille B9, mais ce n’est pas la même molécule. La choline et la carnitine aident aussi le métabolisme. MedlinePlus les range parmi les nutriments « de type vitaminique », pas parmi les treize vitamines.

L’espèce compte. L’être humain, contrairement à la plupart des mammifères, ne sait pas synthétiser la vitamine C. La fiche NIH 2025 le rappelle. Un chien n’a donc pas le même besoin alimentaire. La vitamine D, elle, peut être formée dans la peau, mais la quantité dépend de la latitude, de la saison, de la pigmentation, de l’âge et du temps passé dehors sans protection solaire.

Sans apport adapté, une carence finit par troubler une fonction précise. L’inverse existe aussi. Un excès, presque toujours lié à des comprimés à forte dose, peut être toxique, surtout pour les vitamines stockées dans le foie et le tissu adipeux. Ni le « plus c’est mieux » ni un flacon acheté pour la fatigue ne remplacent un diagnostic.

Fruits et légumes colorés, riches en vitamines

Différence entre vitamines liposolubles et hydrosolubles

Les vitamines se séparent en deux familles selon le milieu où elles se dissolvent. A, D, E et K sont liposolubles. Elles s’absorbent mieux en présence de graisses alimentaires et se stockent dans le foie, le tissu adipeux et les muscles. C et le groupe B sont hydrosolubles. Le surplus part surtout dans les urines, sauf la B12, que le foie peut conserver plusieurs années.

Cette chimie change le rythme des apports. Une alimentation pauvre en vitamine C pendant quelques semaines peut déjà faire apparaître un scorbut débutant, alors qu’une carence en B12 met souvent des années à s’installer grâce aux réserves. Le Manuel Merck (mise à jour 2026) indique que les déficits en A et D, eux, peuvent mettre plus d’un an à se déclarer.

L’absorption des liposolubles recule si les graisses passent mal dans l’intestin. Maladie de Crohn, maladie cœliaque, mucoviscidose, cholestase, huile de paraffine au long cours ou chirurgie bariatrique font partie des situations où un médecin cherche ces déficits. À l’inverse, cuisson prolongée, trempage et conservation à la lumière entament davantage les hydrosolubles. Le même manuel estime que 50 % à 95 % du folate alimentaire peut disparaître à une cuisson trop poussée.

La B12 reste l’exception hydrosoluble. MedlinePlus précise qu’elle peut rester dans le foie pendant de nombreuses années. Une personne végétalienne sans aliment enrichi ni complément voit ses réserves s’épuiser, parce qu’il n’y a pas de source naturelle dans les plantes. Chez la personne âgée, le problème vient plus souvent d’une mauvaise absorption que d’une assiette trop pauvre.

Rôle de chaque vitamine dans l’organisme

Chaque vitamine a un métier, pas un effet magique transversal. A participe à la rhodopsine de la rétine, à la croissance des épithéliums et à la défense contre les infections. D augmente l’absorption intestinale du calcium et du phosphore, minéralise l’os et intervient dans le muscle et l’immunité. E agit surtout comme antioxydant des membranes. K est indispensable à la formation des facteurs de coagulation et contribue à la santé osseuse.

C, ou acide ascorbique, sert à fabriquer le collagène, à cicatriser, à absorber le fer non héminique et à régénérer d’autres antioxydants. Sans elle, le scorbut apparaît. Les gencives saignent, les dents se déchaussent, des pétéchies et des poils en tire-bouchon se voient, les plaies ferment mal. Une anémie peut accompagner ce tableau, par saignement et moindre absorption du fer. Ce n’est pas le signe central.

Le groupe B travaille surtout comme cofacteurs du métabolisme énergétique, de l’hématopoïèse et du système nerveux.

  • La thiamine (B1) convertit les glucides en énergie et maintient le cœur et les nerfs, d’où béribéri et syndrome de Wernicke-Korsakoff en cas de manque.
  • La riboflavine (B2) soutient la croissance cellulaire et les muqueuses, notamment autour de la bouche.
  • La niacine (B3) entre dans les réactions d’oxydoréduction. Sa carence grave donne la pellagre (dermatite, diarrhée, troubles psychiques).
  • L’acide pantothénique (B5) et la biotine (B8) servent au métabolisme des lipides et des glucides. Leurs carences cliniques sont rares.
  • La pyridoxine (B6) intervient dans le métabolisme des acides aminés, la formation des globules rouges et la fonction nerveuse.
  • Le folate (B9) et la B12 coopèrent pour l’ADN et les globules rouges. Un manque donne une anémie mégaloblastique. La B12 protège aussi la myéline.

Les apports chiffrés pour l’adulte figurent dans le tableau de la section suivante. Ils viennent du Food and Nutrition Board américain, repris par le Manuel Merck en 2026.

Aliments riches en vitamines au quotidien

Une assiette variée reste le moyen le plus sûr de couvrir plusieurs vitamines à la fois. Les fruits et légumes colorés apportent C, folate, caroténoïdes (précurseurs de A) et une part de K. Les légumes-feuilles, les légumineuses et les agrumes tiennent une place particulière pour le folate. Agrumes, fraises, poivrons, brocoli, chou, tomates et pommes de terre couvrent l’essentiel de la vitamine C dans une alimentation courante.

Les produits animaux portent des vitamines que les plantes ne fournissent pas, ou peu. La B12 n’existe à l’état naturel que dans la viande, le poisson, les fruits de mer, les œufs et les produits laitiers. Le foie concentre A, B12 et folate, mais un gros foie de veau répété peut faire dépasser la limite du rétinol. Les poissons gras (saumon, maquereau, hareng) et l’huile de foie de morue sont parmi les rares aliments vraiment riches en D. Le jaune d’œuf et les abats en contiennent un peu.

Céréales, farines et laits enrichis pèsent lourd dans certains pays. Aux États-Unis, l’ajout d’acide folique dans les farines est obligatoire depuis 1998. Les règles d’enrichissement françaises ne sont pas celles des CDC. L’étiquette et le pharmacien indiquent ce qui est réellement ajouté ici.

Les liposolubles voyagent avec l’huile. Amandes, graines, germes de blé et huiles végétales (tournesol, colza, soja) portent E et une part de K. Une salade de feuilles vertes assaisonnée d’huile aide à absorber K et les caroténoïdes. Une cuisine trop longue à l’eau jette une fraction des hydrosolubles avec le bouillon. Réutiliser ce liquide dans une soupe limite la perte.

Personne n’a besoin de prune de Kakadu ni de camu-camu pour couvrir la vitamine C. Un kiwi, une orange ou une poignée de fraises suffisent largement si le reste de la journée n’est pas vide de fruits et de légumes. Les « super-aliments » exotiques n’ont pas d’avantage démontré sur une assiette ordinaire bien composée.

Quels apports viser selon l’âge

Les chiffres ci-dessous viennent du Manuel Merck (2026), qui reprend les apports du Food and Nutrition Board américain. Ils décrivent des besoins pour une personne en bonne santé, pas une posologie française. Le médecin ou le pharmacien applique les références locales.

Vitamine Apport adulte visé (États-Unis) Limite supérieure quotidienne
Vitamine A (rétinol préformé) 700 µg (femmes), 900 µg (hommes) 3 000 µg
Vitamine D 15 µg jusqu’à 70 ans, 20 µg au-delà 100 µg (4 000 UI)
Vitamine E 15 mg 1 000 mg
Vitamine C 75 mg (femmes), 90 mg (hommes) 2 000 mg
Folate 400 µg d’équivalents (600 µg enceinte) 1 000 µg d’acide folique
Vitamine B12 2,4 µg (2,6 µg enceinte) non établie
Niacine 14 mg (femmes), 16 mg (hommes) 35 mg
Vitamine B6 1,3 mg, puis 1,5 à 1,7 mg après 70 ans 100 mg

Le Royaume-Uni vise 10 µg de vitamine D par jour dès 4 ans (Scientific Advisory Committee on Nutrition, cité par la fiche NIH 2025). Les États-Unis visent 15 à 20 µg en supposant une exposition solaire minimale. Ni l’un ni l’autre n’est « la » norme mondiale. La Société d’endocrinologie américaine, dans sa recommandation 2024 citée par la même fiche, ne conseille pas de complément de D en routine chez l’adulte sain de 19 à 74 ans. Elle le réserve surtout aux enfants et adolescents, à la grossesse, au prédiabète et aux personnes de 75 ans et plus.

Les nourrissons allaités forment un cas à part. L’Académie américaine de pédiatrie recommande 10 µg (400 UI) de vitamine D par jour dès les premiers jours, jusqu’au sevrage avec un lait enrichi en quantité suffisante. Les fumeurs ont besoin de 35 mg de vitamine C de plus que les non-fumeurs, d’après le Food and Nutrition Board repris par le NIH. Pendant la grossesse, le folate passe à 600 µg d’équivalents folate alimentaires, et la B12 à 2,6 µg.

Un apport « à 100 % de la valeur nutritionnelle de référence » sur une étiquette n’autorise pas à empiler trois produits. MedlinePlus conseille de ne pas dépasser 100 % de l’apport recommandé sans avis professionnel, surtout pour A, D, E et K.

Signes de carence et personnes à risque

Les signes d’une carence vraie dépendent de la vitamine, mais la fatigue, la pâleur et une gêne à l’effort reviennent souvent. La Mayo Clinic (2025) décrit l’anémie par manque de B12 ou de folate. Fatigabilité, essoufflement, vertiges, teint pâle ou jaunâtre, palpitations, amaigrissement, fourmillements, faiblesse musculaire et troubles de l’équilibre ou du comportement peuvent s’associer. L’anémie à B12 s’installe en mois ou en années. Celle liée au folate peut apparaître en quelques semaines.

D’autres tableaux sont plus spécifiques. La cécité nocturne et la xérophtalmie orientent vers A. Le rachitisme de l’enfant et l’ostéomalacie de l’adulte orientent vers D. Des saignements faciles orientent vers K, une fois les autres causes écartées. Le scorbut oriente vers C. Pellagre, béribéri et glossite douloureuse orientent vers le groupe B. Aucun de ces signes n’est exclusif. Un bilan sanguin ciblé, lu avec l’alimentation, les maladies et les médicaments, tranche.

Certaines personnes sont plus exposées.

  • Les personnes végétaliennes, et les nourrissons allaités de mère végétalienne non supplémentée, manquent de B12 si aucun aliment enrichi ni complément n’est prévu.
  • Après 60 ans, gastrite atrophique, anémie de Biermer et moindre acidité gastrique réduisent l’absorption de la B12 alimentaire.
  • Metformine et inhibiteurs de la pompe à protons, pris longtemps, peuvent abaisser le statut en B12 (fiche NIH 2025).
  • Malabsorption, chirurgie bariatrique, maladie hépatique, alcool à forte dose et régimes très restrictifs touchent plusieurs vitamines à la fois.
  • Une personne pouvant devenir enceinte a un besoin immédiat d’acide folique, même sans projet de grossesse à court terme.

Dans l’enquête américaine NHANES 2007-2018, environ 3,6 % des adultes avaient une B12 sérique inférieure à 200 pg/mL. L’insuffisance (seuil plus haut) concernait environ 12,5 %. Pour la vitamine D, l’analyse NHANES 2011-2014 reprise par le NIH trouve 5 % des personnes de 1 an et plus sous 30 nmol/L de 25(OH)D, et 18 % entre 30 et 49 nmol/L. Ces chiffres décrivent les États-Unis, pas la France. Ils montrent toutefois qu’un déficit biologique n’est pas rare, et qu’il ne se lit pas sur le visage.

La B12 mérite une vigilance particulière. Les signes nerveux (fourmillements, ataxie, troubles cognitifs) peuvent précéder l’anémie. Un traitement tardif laisse parfois des séquelles. Les réserves corporelles, de l’ordre de 1 à 5 mg d’après le NIH, expliquent le délai de plusieurs années. Ce délai n’est pas une protection. Il retarde seulement le diagnostic.

Compléments alimentaires, dans quels cas

Un complément sert à combler un trou identifié, pas à stimuler un organisme déjà couvert. Pour la plupart des adultes qui mangent de tout, fruits, légumes, légumineuses, céréales, produits laitiers ou équivalents enrichis, œufs, poisson ou viande suffisent. Le Manuel Merck le dit nettement. Les multivitamines n’ont pas montré, chez la majorité des personnes, une baisse du risque de cancer ou de maladie cardiovasculaire, ni un allongement de la vie.

La fiche NIH sur les multivitamines (2024) relie les grands essais, dont COSMOS chez des personnes de 60 ans et plus et Physicians’ Health Study II chez des médecins hommes. Ni l’un ni l’autre n’a réduit les événements cardiovasculaires. COSMOS n’a pas non plus réduit les cancers invasifs au total. Un comprimé quotidien ne se transforme pas pour autant en traitement du déclin ou du cancer.

Des situations justifient un produit, souvent après un dosage ou selon un calendrier de prévention.

La première, largement documentée, est l’acide folique. Les CDC (page mise à jour en 2026) recommandent 400 µg par jour à toute personne pouvant devenir enceinte, pour réduire le risque d’anomalie du tube neural (spina bifida, anencéphalie). Ces malformations se forment dans les premières semaines, souvent avant que la grossesse soit connue. Commencer au moins un mois avant la conception, et continuer en début de grossesse, est le calendrier cité. Après un antécédent d’anomalie du tube neural, la dose discutée avec le médecin est de 4 000 µg par jour, un mois avant et pendant le premier trimestre. L’acide folique des comprimés et des aliments enrichis est la forme dont l’effet préventif a été démontré. Les CDC ne considèrent pas le 5-MTHF comme un équivalent validé pour cet usage.

La deuxième situation fréquente est la B12 chez la personne végétalienne, après chirurgie digestive, en cas d’anémie de Biermer, ou chez la personne âgée malabsorbeuse. Le NIH rappelle qu’une revue Cochrane de 2018, sur 153 participants, a trouvé des doses orales très élevées (1 000 à 2 000 µg) comparables aux injections pour normaliser le taux sérique, avec un niveau de preuve faible. La voie (comprimé ou injection) appartient au médecin, surtout s’il existe des signes neurologiques.

La troisième concerne la vitamine D du nourrisson allaité (400 UI par jour dans la recommandation pédiatrique américaine) et les personnes à très faible exposition solaire, à peau couverte, ou atteintes de malabsorption. Ce n’est pas un feu vert pour un dépistage de masse. L’USPSTF, dans sa recommandation finale du 13 avril 2021, conclut que les preuves sont insuffisantes pour peser bénéfices et risques d’un dépistage de la carence en D chez l’adulte asymptomatique, non enceinte, vivant à domicile. En 2018, la même agence déconseillait déjà un complément quotidien de 400 UI de D ou moins, avec 1 000 mg de calcium ou moins, pour prévenir les fractures chez la femme ménopausée vivant à domicile.

Excès, toxicité et interactions médicamenteuses

Trop de vitamine peut nuire, surtout en comprimés. Les hydrosolubles passent en grande partie dans les urines, mais de fortes doses de C (au-delà de 2 000 mg chez l’adulte) donnent diarrhée, nausées et crampes. La niacine au-dessus de 35 mg, surtout sous forme d’acide nicotinique, provoque des bouffées vasomotrices. La B6 au long cours au-dessus de 100 mg peut léser les nerfs périphériques.

Les liposolubles s’accumulent. La limite américaine du rétinol préformé est de 3 000 µg par jour. Au-delà, le risque de malformations (œil, crâne, poumons, cœur) s’élève chez la femme enceinte ou susceptible de l’être. Une intoxication aiguë (doses très élevées) donne céphalées, vision trouble, nausées, vertiges. Une intoxication chronique dessèche la peau, provoque des douleurs osseuses et articulaires, une fatigue, et peut déranger le foie. Le bêta-carotène des légumes ne pose pas le même problème de malformations. La fiche NIH 2025 sur la vitamine A déconseille pourtant les comprimés de bêta-carotène dans la population générale, sauf pour prévenir une carence en A.

La vitamine D au-dessus de 100 µg (4 000 UI) par jour augmente le risque d’hypercalcémie, d’hypercalciurie, d’atteinte rénale et, à l’extrême, de calcifications. La fiche NIH 2025 souligne que la toxicité vient presque toujours des compléments, pas du soleil ni d’une alimentation ordinaire. La vitamine E à très haute dose peut majorer le saignement, surtout avec un anticoagulant. Un changement brutal de consommation de légumes verts sous warfarine fait varier l’effet du traitement, parce que K entre dans la coagulation.

Le Manuel Merck liste d’autres interactions fréquentes. L’alcool entame folate, thiamine et B6. La metformine touche folate et B12. Certains antiépileptiques (phénytoïne, phénobarbital) réduisent folate, B6, D, K et biotine. Le méthotrexate antagonise le folate. Les résines hypocholestérolémiantes et l’huile de paraffine diminuent A, D, E et K. Un nouveau complément, surtout à dose « forte », se discute avec le médecin ou le pharmacien si vous prenez déjà un traitement.

La vitamine C n’est pas un antiviral. La revue Cochrane de Hemilä et Chalker (2013), toujours citée par le NIH en 2025, n’a pas montré de baisse du nombre de rhumes dans la population générale (risque relatif 0,97). Cinq essais chez des marathoniens, skieurs ou soldats en environnement froid ont en revanche presque divisé le risque par deux. Une prise régulière raccourcissait un peu la durée (8 % chez l’adulte, 14 % chez l’enfant). Commencer le comprimé une fois le rhume déclaré n’a pas montré d’effet constant.

Carence vitaminique, quand voir un médecin

Une fatigue de quelques jours après une semaine chargée n’impose pas un cocktail de gélules. En revanche, des signes persistants, qui s’aggravent ou s’accompagnent d’autres alertes, demandent un examen, pas un rayon de parapharmacie.

Situation Conduite
Fatigue, pâleur, essoufflement ou vertiges qui durent Médecin traitant. Numération et, selon le contexte, B12 et folates.
Fourmillements, troubles de la marche, de l’équilibre ou de la mémoire Avis médical rapide. La neuropathie à B12 peut laisser des séquelles.
Gencives qui saignent, plaies lentes, taches purpuriques, alimentation très pauvre Médecin. Le scorbut existe encore si l’apport en C reste sous environ 10 mg par jour pendant des semaines.
Douleurs osseuses, faiblesse musculaire, chutes, enfant exclusivement allaité sans D Médecin. Dosage de 25(OH)D seulement s’il change la conduite.
Saignement inhabituel sous anticoagulant, ou hémorragie grave Médecin sans délai. Appelez le 15 ou le 112 si le saignement est abondant, si une détresse respiratoire ou un malaise brutal apparaît.

D’autres motifs de consultation sont plus discrets. Projet de grossesse, régime végétalien, chirurgie de l’estomac ou de l’intestin, maladie cœliaque, Crohn, insuffisance rénale, alcool à forte dose, metformine au long cours, inhibiteur de la pompe à protons prolongé. Dans ces cas, attendre les « carences visibles » n’est pas une stratégie. Le médecin choisit les dosages utiles (B12, parfois acide méthylmalonique, folates, 25(OH)D) et la forme du traitement.

N’achetez pas une ampoule de vitamine D à très haute dose sur un sentiment de morosité hivernale. N’ajoutez pas du rétinol en mégadose parce qu’un forum parle de peau. Ces pratiques dépassent souvent les limites américaines et relèvent d’une prescription, ou n’ont pas lieu d’être. En France, le médecin et le pharmacien appliquent les références nationales, qui peuvent différer des apports américains cités ici.

Questions fréquentes

Comment savoir si l’on manque de vitamines ?

Les symptômes (fatigue, fourmillements, gencives fragiles, douleurs osseuses) sont peu spécifiques et ont bien d’autres causes. Seuls l’histoire alimentaire, l’examen et, si besoin, des analyses ciblées permettent de parler de carence. Un « bilan de toutes les vitamines » n’est pas un dépistage de masse validé.

Faut-il un complément si l’alimentation est variée ?

Le plus souvent, non. MedlinePlus et le Manuel Merck placent l’assiette en première ligne. Un produit devient pertinent en cas de besoin accru (période périconceptionnelle), d’apport impossible (B12 végétalienne) ou de malabsorption documentée. Empiler plusieurs flacons augmente le risque de dépasser les limites, surtout pour A et D.

La vitamine C empêche-t-elle d’attraper un rhume ?

Dans la population générale, non, d’après la revue Cochrane 2013 reprise par le NIH en 2025. Une prise régulière peut raccourcir un peu la durée. L’intérêt éventuel concerne surtout un effort physique intense de courte durée. Avaler un gramme au premier éternuement n’a pas fait la preuve d’un bénéfice constant.

Les personnes végétaliennes ont-elles besoin de vitamine B12 ?

Oui, sous forme d’aliments enrichis ou de complément, parce qu’aucune plante n’en contient naturellement. Sans cela, les réserves s’épuisent en quelques années. Les nourrissons allaités d’une mère végétalienne non supplémentée peuvent manquer très tôt, avec un risque neurologique.

Le soleil suffit-il comme source de vitamine D ?

Pas de façon fiable. La synthèse cutanée varie avec la saison, la latitude, la pigmentation et la protection solaire, nécessaire contre le cancer de la peau. Les apports américains de 15 à 20 µg par jour sont calculés en supposant peu de soleil. Un dosage de routine chez l’adulte asymptomatique n’est pas recommandé par l’USPSTF (2021).

L’acide folique sert-il seulement pendant la grossesse ?

Non. Les CDC le recommandent à 400 µg par jour à toute personne pouvant devenir enceinte, parce que le tube neural se ferme avant que beaucoup de femmes sachent qu’elles sont enceintes. Pendant la grossesse, l’apport total visé monte (600 µg d’équivalents folate alimentaires côté américain). Après un antécédent d’anomalie du tube neural, la dose se discute avec le médecin (4 000 µg dans la recommandation américaine).

Peut-on prendre plusieurs vitamines en même temps ?

Un seul produit à dose proche des apports, prescrit ou conseillé, est plus sûr que plusieurs « mono-doses » empilées. Additionnez les teneurs en A et D de tous les flacons, y compris l’huile de foie de morue et les gommes vitaminées. Signalez anticoagulants, antiépileptiques, metformine et méthotrexate au pharmacien.

La fatigue d’hiver est-elle une indication à la vitamine D ?

Pas à elle seule. Fatigue, humeur basse et manque de lumière ont de nombreuses causes. La Société d’endocrinologie américaine (2024), citée par le NIH, ne recommande pas de complément de D en routine chez l’adulte sain de 19 à 74 ans. Un médecin juge s’il existe un facteur de risque réel (malabsorption, peu de sortie, peau couverte, âge élevé).

Conclusion

Treize vitamines, deux familles chimiques, et des besoins qui tiennent en milligrammes ou en microgrammes. L’assiette fait le travail pour la plupart des gens. Les exceptions sont précises. Acide folique à 400 µg si une grossesse est possible, B12 si l’alimentation exclut les produits animaux ou si l’absorption est défaillante, D du nourrisson allaité, et produits ciblés quand un déficit est mesuré ou qu’une maladie l’explique.

Le réflexe utile, avant d’ouvrir un nouveau flacon, est de relire ce que vous prenez déjà et d’en parler une fois. Demandez si votre metformine, votre antisécrétoire gastrique ou votre anticoagulant modifie les besoins, si un dosage de B12 ou de 25(OH)D a un intérêt dans votre cas, et quelle forme d’acide folique figure sur l’étiquette. Les très fortes doses de A et de D n’ont rien d’inoffensif.

Si des fourmillements, un essoufflement nouveau, des saignements de gencives ou une plaie qui ne ferme pas s’installent, le bon interlocuteur est le médecin traitant, pas le comparateur de gélules. En cas de saignement abondant, de détresse respiratoire ou de malaise brutal, appelez le 15 ou le 112.

Sources

  1. Vitamins: MedlinePlus Medical Encyclopedia. MedlinePlus, 21 janvier 2025.
  2. Johnson LE : Overview of Vitamins. Merck Manual Consumer Version, juin 2026.
  3. Vitamin D – Health Professional Fact Sheet. National Institutes of Health, Office of Dietary Supplements, 27 juin 2025.
  4. Vitamin B12 – Health Professional Fact Sheet. National Institutes of Health, Office of Dietary Supplements, 2 juillet 2025.
  5. Vitamin C – Health Professional Fact Sheet. National Institutes of Health, Office of Dietary Supplements, 31 juillet 2025.
  6. About Folic Acid. Centers for Disease Control and Prevention, 18 septembre 2026.
  7. Vitamin deficiency anemia – Symptoms and causes. Mayo Clinic, 16 septembre 2025.
  8. Vitamin D Deficiency in Adults: Screening. U.S. Preventive Services Task Force, 13 avril 2021.
  9. Hemilä H, Chalker E : Vitamin C for preventing and treating the common cold. Cochrane Database of Systematic Reviews, 31 janvier 2013.
  10. Multivitamin/mineral Supplements – Health Professional Fact Sheet. National Institutes of Health, Office of Dietary Supplements, 17 juillet 2024.
  11. Vitamin A and Carotenoids – Health Professional Fact Sheet. National Institutes of Health, Office of Dietary Supplements, 10 mars 2025.

À propos de l’auteur

Pauline Cécile TessierRédactrice médicale

J’ai fait mes études d’infirmière à l’IFSI La Capelette. Après mon congé maternité, je me suis tournée vers la rédaction et la relecture de textes médicaux. Pour chaque article, je lis les recommandations officielles, les études et les guides cliniques, et j’utilise aussi des outils d’IA dans mon travail. Chaque affirmation peut être vérifiée dans les sources citées de l’article.