
La maladie de Sever, ou apophysite calcanéenne, est une inflammation du cartilage de croissance à l’arrière du talon. Elle concerne surtout les enfants et adolescents sportifs d’environ 8 à 15 ans, fait mal à la course ou au saut, et se calme au repos ; une fois ce cartilage ossifié, la douleur ne revient plus.
Après un match de football ou une séance de gymnastique, beaucoup d’enfants retirent leurs chaussures en boitant, posent le pied sur la pointe et se plaignent du talon. Ce n’est pas une infection ni une fracture typique. Le tendon d’Achille tire sur un point d’attache encore cartilagineux, plus fragile que l’os adulte, surtout au croisement d’une poussée de croissance et d’une reprise de saison.
Une synthèse de 2025 de l’American Academy of Family Physicians la place comme la cause la plus fréquente de douleur au talon chez l’enfant actif, jusqu’à 16 % des motifs musculo-squelettiques en consultation. Le diagnostic repose le plus souvent sur un test de compression du talon. Avec un traitement conservateur, la reprise du sport se situe souvent entre deux et huit semaines, autour de soixante jours en moyenne dans une académie de football.
Qu’est-ce que la maladie de Sever ?
C’est une lésion de surcharge du noyau de croissance secondaire du calcanéum, là où le tendon d’Achille s’insère. Le nom « maladie » prête à confusion. Il s’agit d’une apophysite, c’est-à-dire une irritation du cartilage encore ouvert, décrite en 1912 par le médecin américain James Warren Sever, et non d’une infection ni d’une nécrose osseuse.
Chez l’enfant, l’os du talon se forme à partir de deux noyaux. L’un apparaît à la naissance, l’autre en général après 8 ans, et l’ossification est habituellement achevée vers 15 ans, d’après le Merck Manual professionnel révisé en octobre 2025. Tant que ce second noyau reste cartilagineux, il est le maillon faible de la chaîne muscle-tendon-os. Chez l’adulte, c’est plutôt le tendon qui souffre. Chez l’enfant, la traction répétée se concentre sur l’apophyse.
La douleur naît souvent sans choc unique, au fil des courses, des sauts et des appuis talonniers. Une revue de 2024 dans Journal of Clinical Medicine rappelle qu’il n’existe pas de recommandation unique qui départage le « meilleur » traitement. L’objectif partagé est de calmer la douleur et de laisser le cartilage se fermer. La chirurgie n’a pas de place dans cette affection, selon la fiche StatPearls mise à jour en janvier 2024. Des poussées peuvent se succéder tant que le noyau reste ouvert, puis s’éteignent avec la maturation du talon.

Quels symptômes doivent alerter parents et entraîneurs ?
Le signe central est une douleur au talon, d’un côté ou des deux, qui augmente pendant ou juste après le sport et diminue au repos. D’après la page révisée en mars 2025 de la Cleveland Clinic, la plupart des enfants décrivent une atteinte des deux talons, même si l’un est plus gênant. La gêne se situe à l’arrière ou sur les bords du calcanéum, parfois sous le talon, près de l’insertion d’Achille.
Le tableau s’installe souvent de façon progressive. L’enfant ne se souvient pas d’une chute. La gêne coïncide plutôt avec une poussée de croissance, un nouveau sport, le début d’une saison ou un volume d’entraînements qui grimpe. Le matin, le talon est en général plus calme. Avec les jours, la douleur peut limiter la course, puis la marche.
D’autres signes accompagnent souvent cette talalgie mécanique :
- Une compression manuelle des deux côtés du talon réveille la douleur au même endroit.
- Une boiterie apparaît après l’effort, ou l’enfant marche sur la pointe pour épargner le talon.
- Un gonflement discret, une rougeur ou une chaleur locale restent possibles, mais discrets.
- Une raideur du talon au réveil peut s’ajouter, sans fièvre ni amaigrissement.
L’AAOS OrthoInfo insiste sur la sensibilité sous le talon et sur les côtés de l’os, et le Merck Manual sur une douleur des bords aggravée par la course et la station sur la pointe des pieds. Éviter l’appui talonnier n’est pas une habitude, c’est une stratégie antalgique. Une douleur qui réveille la nuit, une fièvre ou un talon très chaud sortent de ce cadre.
Pourquoi le cartilage de croissance du talon souffre
Pendant une poussée, l’os du talon grandit plus vite que le mollet et le tendon d’Achille ne s’allongent. Le triceps sural se retrouve relativement court. Chaque flexion dorsale de cheville, chaque impulsion de course, tire alors sur une apophyse encore molle. StatPearls résume le mécanisme par un microtraumatisme répétitif du noyau secondaire, sous la traction d’Achille.
La charge verticale s’ajoute à cette traction. Chez des enfants douloureux, une étude de pressions plantaires citée par StatPearls a mesuré un pic d’environ 880 kPa à la marche, contre 88 kPa chez des témoins du même âge. La course et le saut multiplient encore cet impact. Le cartilage, riche en cellules en croissance, tolère mal ce cisaillement répété. D’où la douleur à l’appui talonnier, et le soulagement dès que l’activité baisse.
Un tendon d’Achille peu souple et une flexion dorsale de cheville limitée reviennent souvent dans les dossiers. La revue systématique de Nieto-Gil et coll., publiée en 2023 dans BMJ Open, place cette limitation comme le facteur intrinsèque le plus étudié, devant les pressions plantaires et certains défauts d’alignement du pied. Le lien avec l’indice de masse corporelle reste discuté. Certaines cohortes le retrouvent, d’autres non. Une surcharge du talon, quelle qu’en soit la cause, reste le fil commun.
Les chaussures comptent autant que le volume d’entraînement. Les crampons de football et les chaussures de piste, très plates, n’élèvent pas le talon. Elles mettent le tendon d’Achille en tension supplémentaire, ce que le Merck Manual souligne chez les enfants de 9 à 14 ans très actifs. Un enfant moins sportif, chaussé de ballerines ou de semelles totalement plates, peut présenter le même tableau, comme le rappelle l’AAOS.
Quels enfants sont les plus exposés ?
Le pic se situe à l’âge où l’apophyse est ouverte et les sports d’impact déjà intenses. StatPearls situe le tableau entre 8 et 15 ans, autour de 12 ans chez les garçons et 11 ans chez les filles. Nieto-Gil et coll. (2023) décrivent plutôt 7 à 12 ans chez les filles et 8 à 15 ans chez les garçons, avec un sommet commun entre 10 et 12 ans. Les fourchettes varient selon les études, mais la fenêtre est celle de la croissance pubertaire, pas celle de la petite enfance.
Les sports les plus souvent en cause enchaînent course et saut. Football, basket-ball, gymnastique, athlétisme et cross reviennent dans StatPearls. La revue de 2024 y ajoute le football australien. Une reprise trop brutale après les vacances, un tournoi à matchs rapprochés ou le cumul de deux clubs la même semaine suffisent parfois à faire basculer un talon déjà tendu.
Le sexe reste discuté. StatPearls retient une fréquence deux à trois fois plus élevée chez les garçons. Nieto-Gil et coll. rappellent que des séries plus anciennes allaient de 10 garçons pour 1 fille à une parité complète. La participation croissante des filles aux sports d’impact a probablement rapproché les courbes. Dans une académie de football masculin allemande suivie dix ans, Belikan et coll. (2022) ont observé 0,36 cas pour 100 sportifs et par an, souvent unilatéraux, avec 13,6 % de récidives.
D’autres éléments s’associent, sans qu’aucun ne « crée » à lui seul l’apophysite :
- Un pied plat, un pied creux ou une pronation marquée peuvent concentrer la charge sur le talon.
- Des chaussures usées, trop plates ou trop rigides à l’arrière augmentent le frottement et l’impact.
- Une autre ostéochondrose, comme celle du genou, peut coexister chez le même enfant en croissance.
Nieto-Gil et coll. citent une incidence d’environ 3,7 pour 1 000 patients pédiatriques, et 2 % à 16 % des consultations en clinique du sport. Ce n’est pas une rareté de cabinet.
Comment le diagnostic se pose-t-il ?
Le diagnostic est clinique. L’âge, le sport, la douleur mécanique calme au repos et deux manœuvres simples suffisent dans un tableau typique. Perhamre et coll., dans le Journal of the American Podiatric Medical Association en 2013, ont comparé 30 enfants très douloureux et 15 témoins actifs sans douleur. Se tenir sur un pied, talon levé, était positif chez tous les patients. Le test de compression, qui pince le talon entre pouce et doigts sur les faces interne et externe, l’était chez 97 %. Compression, palpation et appui unipodal étaient spécifiques à 100 % dans cet échantillon.
La mise au point AAFP de 2023 sur les blessures de surcharge retient ces deux tests avec une sensibilité et une spécificité supérieures à 95 %. Le médecin palpe aussi l’insertion d’Achille, teste la flexion dorsale, observe la marche et peut demander à l’enfant de courir ou de sauter. Une douleur reproduite au même endroit, sans fièvre, oriente fortement.
Les radiographies ne « voient » pas l’apophysite de façon fiable. Tous les patients et tous les témoins de Perhamre avaient une apophyse dense. La fragmentation existait chez la moitié des enfants sans douleur, contre près de 90 % des enfants douloureux. Condensation et morcellement font donc partie de la croissance d’un talon sportif. L’AAFP de 2023 le confirme autrement. Jusqu’à la moitié des sportifs sans douleur montrent ces signes, ce qui rend la radio inutilisable pour affirmer le diagnostic.
L’imagerie n’est pas exigée d’emblée. L’AAFP de 2025 réserve la radio, l’échographie ou l’IRM à une douleur qui persiste. La version 2023 vise les tableaux atypiques, intenses, ou qui durent plus de huit semaines. StatPearls propose 4 à 8 semaines de soins conservateurs avant d’aller plus loin, et une IRM si l’on craint une infection ou une tumeur. Comparer les deux talons aide, car l’aspect « normal » d’une apophyse ouverte varie beaucoup.
Le diagnostic différentiel inclut une fracture de fatigue du calcanéum, un kyste osseux, une ostéomyélite, une coalition du tarse, une bursite rétrocalcanéenne, une tendinopathie d’Achille et, plus rarement, une tumeur. Ces pistes deviennent pertinentes si la douleur est strictement unilatérale et d’emblée très intense, si l’enfant ne pose plus le pied, ou si des signes généraux apparaissent.
Quels traitements soulagent vraiment la douleur ?
La prise en charge est conservatrice. On diminue la charge douloureuse, on protège l’apophyse, on assouplit le mollet une fois la crise calmée, et on reprend le sport sans forcer la douleur. Une revue systématique de 2024 (huit essais randomisés, score PEDro moyen 6,75) conclut que semelles, exercices, bandages adhésifs et orthèses plantaires soulagent les symptômes. Aucun protocole unique ne s’impose comme standard mondial.
Le premier levier reste l’activité. L’enfant n’a pas besoin d’un arrêt total de tout mouvement, mais d’arrêter ce qui fait mal, surtout la course et les sauts. Natation, vélo, rameur ou elliptique permettent souvent de rester actif. L’AAOS précise que, si la douleur est modérée et sans boiterie, la poursuite du sport peut rester possible, au cas par cas. Une boiterie nette justifie un repos plus franc, parfois de plusieurs semaines, puis un reconditionnement.
Les talonnettes et coussinets talonniers réduisent à la fois l’impact et la traction d’Achille en élevant légèrement le talon. James, Williams et Haines ont comparé, chez 124 enfants de 8 à 14 ans, une talonnette et une orthèse préfabriquée, avec ou sans changement de chaussures (British Journal of Sports Medicine, 2016). À un et deux mois, la talonnette avait un avantage sur le domaine physique d’un questionnaire de cheville-pied. À six et douze mois, plus aucune différence. Si la gêne dépasse deux mois, le choix peut donc se faire selon le confort, le coût et l’avis du clinicien, plutôt que selon une hiérarchie figée.
Le froid aide la crise. Des applications d’environ 15 minutes, plusieurs fois par jour, poche enveloppée et jamais à même la peau, sont proposées par la Cleveland Clinic. StatPearls mentionne 20 minutes par jour. Les durées varient, le principe est le même. On refroidit après l’effort douloureux, pas pour endormir le talon juste avant un match. Une contention souple peut diminuer le gonflement. Les attelles de nuit, qui maintiennent un étirement passif du mollet, figurent parmi les adjuvants du Merck Manual.
Quand la douleur et la boiterie résistent 4 à 8 semaines, une botte de marche ou un plâtre court peut immobiliser le pied le temps que l’inflammation baisse. Ce n’est pas le traitement de première intention, et ce n’est pas un plâtre de plusieurs mois par principe. Le Merck Manual réserve le plâtre aux cas intenses ou rebelles, à la fois pour calmer et pour étirer le mollet.

Médicaments, kinésithérapie et reprise du sport
Les antalgiques et anti-inflammatoires non stéroïdiens (AINS) peuvent réduire douleur et gonflement au moment de la crise. L’ibuprofène figure dans le Merck Manual, et des AINS en vente libre sur la page de la Cleveland Clinic. En France, le pharmacien ou le médecin traitant indiquent la molécule adaptée à l’âge, souvent le paracétamol ou l’ibuprofène, et la durée. Aucune posologie ne doit être improvisée d’après un texte général. StatPearls déconseille de donner un AINS juste avant le sport pour masquer la douleur et prolonger le jeu. Le kétoprofène topique, parfois utilisé chez l’adulte, n’est pas recommandé avant 12 ans dans cette même fiche.
La kinésithérapie vise deux temps. D’abord calmer. Ensuite restaurer la souplesse du mollet et la force des muscles qui protègent le talon. L’AAOS recommande de commencer les étirements du mollet une fois la douleur mieux contrôlée, pas au plus fort de la crise. Le Merck Manual décrit un étirement passif assis, bande élastique autour de l’avant-pied, genou tendu puis fléchi, puis un étirement du gastrocnémien debout. Des relevés de talon excentriques, d’abord sans charge, peuvent suivre. Un programme trop précoce en flexion dorsale forcée peut au contraire tirer davantage sur l’apophyse.
Un essai repris dans la revue de 2024 (Wiegerinck et coll.) comparait l’attente vigilante, une talonnette et la kinésithérapie. Les trois approches réduisaient la douleur, sans vainqueur statistique clair. Un traitement simple, bien expliqué, suffit souvent. Les orthèses sur mesure gardent un intérêt si un trouble mécanique, pronation ou pied plat, participe à la charge. Un bandage adhésif peut soulager sur le moment, mais les essais restent hétérogènes.
La reprise du sport se fait sans douleur pendant l’exercice, puis sans douleur le lendemain. On réintroduit d’abord les appuis, puis la course en ligne, puis les changements de direction et les sauts. L’AAOS décrit parfois plusieurs mois d’arrêt suivis d’un reconditionnement, parfois une poursuite du sport si la gêne reste légère. Ce qui compte, c’est la douleur et la qualité de la marche, pas le calendrier d’un club.
Douleur au talon de l’enfant : quand consulter
Une talalgie mécanique chez un enfant sportif de 8 à 15 ans relève d’abord du médecin traitant, qui confirmera le tableau et écartera autre chose. Il n’est pas utile d’attendre la fin de saison. Plus le volume douloureux s’accumule, plus la boiterie s’installe, plus la reprise sera longue. Le médecin pourra orienter vers un kinésithérapeute, un podologue ou, si le diagnostic est douteux, vers un orthopédiste pédiatrique. Semelles, arrêt de sport et molécules relèvent de la prescription locale, que le médecin ou le pharmacien adaptera.
Certains signes sortent du schéma d’une apophysite banale. L’AAFP, avant même de parler de surcharge, demande d’éliminer fièvre, amaigrissement, cassure de la courbe de poids, douleur nocturne et gonflement symétrique, qui orientent vers une cause infectieuse, rhumatismale ou tumorale. Un talon très chaud, une impotence totale, un traumatisme franc ou une douleur qui ne cède pas malgré le repos et un antalgique adapté justifient un avis urgent.
| Tableau observé | Conduite adaptée |
|---|---|
| Douleur au talon après course ou saut, calme au repos | Adapter le sport, glace et talonnette, puis voir le médecin traitant si cela dure |
| Boiterie, marche sur la pointe, un ou deux talons sensibles | Consulter le médecin traitant sans attendre la fin des compétitions |
| Douleur unilatérale qui résiste 4 à 8 semaines de soins simples | Revoir le médecin ; une imagerie peut écarter une autre lésion |
| Fièvre, talon chaud et rouge, enfant qui ne pose plus le pied | Appeler le 15 ou le 112, ou se rendre aux urgences |
| Douleur nocturne, amaigrissement, fatigue inhabituelle | Consulter rapidement, car ce n’est pas le tableau habituel |
Le 15 (SAMU) ou le 112 restent les numéros utiles si l’enfant ne marche plus, si le talon est inflammatoire avec fièvre, ou si l’état général inquiète. Dans le cas contraire, le rendez-vous de ville, avec l’histoire sportive et le test de compression, suffit le plus souvent.
Combien de temps avant de rejouer ?
La durée varie, mais l’horizon est celui des semaines, pas des années de handicap. Les synthèses récentes parlent de quelques semaines à plusieurs mois avant un talon indolore. La reprise du sport se situe souvent entre deux et huit semaines. Dans la cohorte de footballeurs de Belikan et coll. (2022), le retour au jeu a duré en moyenne 60,7 jours, avec un minimum de 14 jours et, dans un cas bilatéral, un maximum de 311 jours. L’AAFP de 2023 retient environ 60 jours jusqu’à la récupération complète, tout en soulignant des poussées intermittentes jusqu’à la fusion de l’apophyse.
Une récidive allonge le calendrier. Dans la même académie, les cas récurrents et les atteintes des deux talons ont mis plus longtemps à reprendre. Ni l’âge ni l’indice de masse corporelle n’expliquaient la durée. L’observance du repos pèse davantage. Un enfant qui se ménage à l’entraînement mais continue les matchs, les footings scolaires et les sauts dans la cour cumule la charge. Le repos n’est utile que s’il est réel sur l’ensemble de la semaine.
Le pronostic lointain est favorable d’après la Cleveland Clinic, l’AAOS et StatPearls. Il n’y a pas de séquelle attendue une fois le cartilage fermé, vers 15 ans pour le calcanéum. La récidive est fréquente tant que l’enfant grandit. Elle n’annonce pas une arthrose du talon. Le Merck Manual insiste sur cette réassurance. Les symptômes peuvent durer plusieurs mois, puis céder. Le suivi sert à écarter une autre lésion si le délai dérape, pas à forcer une fermeture du cartilage.
Comment limiter les récidives pendant la croissance ?
On ne ferme pas un cartilage plus vite. On réduit les à-coups qui le surexposent. Après une première poussée, des chaussures de sport à talon un peu relevé, avec un bon amorti et un maintien de voûte, diminuent le retour des symptômes. L’AAOS le place parmi les leviers concrets. Les crampons très plats et les chaussures usées jusqu’à la semelle méritent d’être changés, surtout en début de saison.
Les étirements quotidiens du mollet et d’Achille, une fois la douleur calmée, et un échauffement avant l’effort, font partie des conseils de l’AAOS et du Merck Manual. La glace après une séance un peu trop chargée peut couper une reprise trop vive. StatPearls rappelle de ne pas augmenter le volume d’activité de plus de 10 % par semaine, de dormir suffisamment et d’éviter la spécialisation précoce sur un seul sport toute l’année. Remplacer une séance de course par de la nage ou du vélo allège le talon sans interdire le sport.
Surveiller la douleur plutôt que le calendrier reste la règle la plus simple. Dès que le talon reparle, on redescend d’un cran, moins de sauts, talonnette, glace, au lieu d’attendre la boiterie. Parents et entraîneurs qui relient la gêne à la poussée de croissance adaptent plus tôt. La prévention n’efface pas le risque tant que l’apophyse est ouverte. Elle évite surtout d’empiler charge, chaussure plate, sol dur et saison trop dense.
Questions fréquentes
La maladie de Sever est-elle grave ?
Non, dans sa forme habituelle, c’est une lésion de croissance qui se calme avec le repos et disparaît quand le talon s’ossifie. Elle peut être très douloureuse et interrompre le sport pendant des semaines. Elle n’est pas, à elle seule, une menace pour l’avenir du pied. Une fièvre, un talon chaud ou une douleur nocturne sortent de ce pronostic rassurant et demandent un avis médical rapide.
Faut-il une radiographie pour confirmer l’apophysite calcanéenne ?
Pas dans un tableau typique chez un enfant du bon âge, avec un test de compression positif. La radio ne prouve pas l’affection, car une apophyse dense et fragmentée se voit aussi chez des sportifs sans douleur. Elle sert surtout à chercher autre chose si la douleur est atypique, très intense, unilatérale d’emblée, ou si elle persiste au-delà de quatre à huit semaines de soins simples.
L’enfant peut-il continuer le football avec une douleur au talon ?
Seulement si la douleur reste légère, sans boiterie, et si le volume (course, sauts, crampons) est adapté. Une douleur nette à l’entraînement, une marche sur la pointe ou une boiterie après le match plaident pour un arrêt temporaire des impacts. La natation ou le vélo peuvent remplacer une partie des séances. La reprise se discute avec le médecin, pas seulement avec l’entraîneur.
Les talonnettes suffisent-elles comme traitement ?
Elles aident souvent, surtout les premières semaines, en élevant le talon et en amortissant l’impact. Dans l’essai de 2016 sur 124 enfants, elles avaient un avantage à deux mois sur les orthèses préfabriquées, puis plus aucun à un an. Elles ne dispensent ni du repos relatif, ni des étirements une fois la crise passée, ni d’un avis médical si la douleur s’installe.
Y a-t-il un lien avec la maladie d’Osgood-Schlatter ?
Les deux sont des apophysites de croissance, l’une au talon, l’autre sous le genou, favorisées par les sports d’impact. Avoir l’une n’impose pas l’autre, mais elles peuvent coexister chez le même enfant. Le traitement de fond se ressemble. On règle la charge, on étire, on protège le point d’attache, et on attend la fermeture du cartilage.
L’apophysite calcanéenne disparaît-elle toute seule ?
Elle s’éteint quand l’apophyse fusionne, en général vers 14 ou 15 ans. En attendant, le repos, les talonnettes, le froid et la kinésithérapie raccourcissent les crises et permettent de rejouer plus tôt. « Toute seule » ne veut pas dire « sans rien faire ». Une douleur négligée pendant toute une saison se paie en semaines de boiterie.

Conclusion
La talalgie de l’enfant sportif, entre 8 et 15 ans, est le plus souvent une apophysite calcanéenne. Le tendon d’Achille tire sur un cartilage encore ouvert, la course et les chaussures plates ajoutent l’impact, et le talon se plaint. Le test de compression et l’appui unipodal suffisent en pratique courante. La radio n’est pas indispensable, sauf tableau atypique ou douleur qui dépasse quatre à huit semaines.
Le traitement que les essais récents documentent reste simple. On coupe la charge douloureuse, on glace, on élève un peu le talon, on n’utilise les AINS que pour la crise et jamais pour masquer un match, on étire le mollet une fois la douleur retombée. La talonnette peut gagner du confort les deux premiers mois. À un an, plusieurs stratégies se valent. La chirurgie n’entre pas dans ce parcours.
Si votre enfant boite après le sport ou refuse de poser le talon, prenez rendez-vous avec le médecin traitant en apportant le calendrier d’entraînements, le type de chaussures et la durée des douleurs. Demandez s’il s’agit bien d’une apophysite, s’il faut une talonnette dès maintenant, et à partir de quel signe (fièvre, talon chaud, nuit douloureuse) il faudrait appeler le 15 ou le 112. Tant que le cartilage du talon n’est pas soudé, la surveillance de la charge reste le vrai levier, semaine après semaine.
Sources
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- Lintner LJ, Swisher J, Sitton ZE : Childhood and Adolescent Sports-Related Overuse Injuries. American Family Physician, décembre 2023.
- Smith JM, Varacallo MA : Sever Disease (Calcaneal Apophysitis). StatPearls, 11 janvier 2024.
- Hernandez-Lucas P, Leirós-Rodríguez R, García-Liñeira J et al. : Conservative Treatment of Sever’s Disease: A Systematic Review. Journal of Clinical Medicine, 28 février 2024.
- Nieto-Gil P, Marco-Lledó J, García-Campos J et al. : Risk factors and associated factors for calcaneal apophysitis (Sever’s disease): a systematic review. BMJ Open, juin 2023.
- James AM, Williams CM, Haines TP : Effectiveness of footwear and foot orthoses for calcaneal apophysitis: a 12-month factorial randomised trial. British Journal of Sports Medicine, 25 février 2016.
- Perhamre S, Lazowska D, Papageorgiou S et al. : Sever’s injury: a clinical diagnosis. Journal of the American Podiatric Medical Association, septembre-octobre 2013.
- Belikan P, Färber LC, Abel F et al. : Incidence of calcaneal apophysitis (Sever’s disease) and return-to-play in adolescent athletes of a German youth soccer academy: a retrospective study of 10 years. Journal of Orthopaedic Surgery and Research, 9 février 2022.
- Sever’s Disease (Calcaneal Apophysitis). Cleveland Clinic, 26 mars 2025.
- Apophysitis of the Calcaneus. Merck Manual Professional Edition, octobre 2025.
- Sever’s Disease (Heel Pain). American Academy of Orthopaedic Surgeons, juin 2022.
