
La malnutrition est un déséquilibre entre les nutriments dont l’organisme a besoin et ceux qu’il reçoit, qu’il s’agisse d’un manque, d’un excès ou d’un mélange inadapté d’énergie, de protéines, de vitamines ou de minéraux. Elle n’est pas réservée aux personnes très maigres ni aux pays à faible revenu, et une personne en surpoids peut être dénutrie si les protéines, les vitamines ou les minéraux manquent.
En 2022, d’après la fiche de l’Organisation mondiale de la Santé datée du 1er mars 2024, 2,5 milliards d’adultes étaient en surpoids, dont 890 millions vivaient avec une obésité, tandis que 390 millions étaient en insuffisance pondérale. Le même mot recouvre donc deux visages opposés, parfois chez une même personne, ce que les nutritionnistes appellent le double fardeau.
Les estimations conjointes UNICEF/OMS/Banque mondiale de 2025 dénombrent 150,2 millions de retards de croissance chez les enfants de moins de cinq ans pour l’année 2024. Une perte involontaire de 5 à 10 % du poids en trois à six mois, retenue par le NHS, justifie un avis médical. Le consensus GLIM de 2019 pose un diagnostic d’adulte dès qu’un critère d’aspect (poids, indice ou muscle) et un critère de cause (apports, absorption ou maladie inflammatoire) coexistent.
Qu’est-ce que la malnutrition
La malnutrition, au sens de l’OMS, rassemble trois grands groupes d’affections. Le premier est la dénutrition, avec l’émaciation (poids trop bas pour la taille), le retard de croissance staturale (taille trop basse pour l’âge) et l’insuffisance pondérale (poids trop bas pour l’âge). Le deuxième recouvre les carences ou les excès de micronutriments, c’est-à-dire de vitamines et de minéraux. Le troisième comprend le surpoids, l’obésité et les maladies chroniques liées à l’alimentation, comme le diabète de type 2, les maladies cardiovasculaires et certains cancers.
En français courant, « dénutrition » désigne surtout le manque d’énergie et de protéines. « Malnutrition » est le terme plus large, celui de l’OMS et de la Cleveland Clinic, qui inclut aussi l’excès. Une alimentation abondante en calories mais pauvre en fer, en vitamine D ou en protéines peut donc mal nourrir sans faire maigrir. À l’inverse, un déficit global d’apports fait d’abord puiser dans la graisse, puis dans le muscle et les organes.
La dénutrition protéino-énergétique grave a des formes cliniques distinctes, décrites par le Merck Manual. Le marasme correspond à un manque à la fois de calories et de protéines, avec fonte du muscle et de la graisse. Le kwashiorkor traduit surtout un déficit de protéines alors que les calories glucidiques restent parfois suffisantes, avec rétention d’eau, visage bouffi et ventre distendu. Un tableau mixte existe. Ces formes se voient surtout chez le jeune enfant exposé à l’insécurité alimentaire, mais un adulte peut les développer si les apports s’effondrent.
L’excès n’est pas un simple « trop manger ». Quand les cellules graisseuses n’ont plus de place pour stocker, elles s’hypertrophient et entretiennent une inflammation de bas grade, liée au diabète, à la maladie coronaire et à l’accident vasculaire cérébral. Un surdosage de compléments peut aussi devenir toxique. Il est rare avec l’alimentation seule, plus plausible avec des mégadoses de gélules, comme le rappelle la Cleveland Clinic.

Quels symptômes doivent alerter
Le signe le plus utile chez l’adulte est une perte de poids non cherchée. Le NHS retient une perte de 5 à 10 % du poids corporel en trois à six mois, un indice de masse corporelle au-dessous de 18,5 (un indice encore sous la barre de 20 peut déjà placer la personne à risque) et des vêtements, ceintures ou bijoux trop larges. Ces seuils n’exigent pas d’être « très maigre » pour consulter.
D’autres signes accompagnent souvent la dénutrition, d’après le NHS et la Cleveland Clinic. La fatigue, la faiblesse, le désintérêt pour les repas, le froid permanent, la concentration difficile, l’humeur basse, les infections répétées et les plaies lentes à fermer reviennent souvent. La peau peut devenir sèche et peu élastique, les cheveux cassants, les ongles fragiles. Un gonflement des jambes, des pieds ou du ventre oriente vers une carence protéique avec rétention d’eau.
Chez l’enfant, le NHS insiste sur une croissance qui décroche, une irritabilité inhabituelle, un ralentissement ou une anxiété, et une fatigue plus marquée que chez les camarades du même âge. Un bras mince avec un ventre gonflé, des cheveux décolorés qui se cassent, des infections à répétition doivent faire chercher une dénutrition grave, pas seulement un « petit appétit ».
Dans les formes avancées, la Cleveland Clinic décrit aussi une température corporelle basse, un pouls et une tension diminués, une apathie. Le Merck Manual ajoute que la famine totale est en général mortelle en huit à douze semaines, avec une durée très variable selon l’état de départ et les maladies associées. Avant d’en arriver là, la personne peut devenir peu réactive. Ce n’est plus un problème de régime, c’est une urgence.
Voici des signes qui, isolés, n’imposent pas le diagnostic, mais qui, associés à une perte de poids, justifient une consultation.
- Les repas sont sautés ou réduits depuis plusieurs semaines, sans régime volontaire.
- Les vêtements flottent alors que la personne n’a pas cherché à maigrir.
- Une plaie, une intervention ou une infection met beaucoup plus longtemps à guérir.
- L’enfant ne suit plus sa courbe de poids ou de taille au carnet de santé.
- Le froid, la fatigue et le désintérêt pour la nourriture s’installent ensemble.
Une personne en surpoids peut présenter les mêmes signes de carence. D’après le NHS, une corpulence dite normale n’élimine pas la malnutrition.
Causes et personnes à risque
La dénutrition naît d’apports insuffisants, d’un besoin augmenté, d’une mauvaise absorption, ou des trois à la fois. Dans les régions où la nourriture manque, la pauvreté, les conflits et les catastrophes restent les moteurs principaux, rappelle le Merck Manual. Dans un pays à revenu élevé, le tableau est plus souvent médical et social qu’une simple « mauvaise cuisine ».
Les maladies qui coupent l’appétit ou élèvent les besoins pèsent lourd. Cancers, infections prolongées, insuffisance cardiaque, bronchopneumopathie chronique obstructive, hyperthyroïdie, brûlures étendues et fièvre durable augmentent la dépense. La dépression, la démence, l’anorexie mentale et la boulimie réduisent ou dérèglent les prises. Un trouble de la déglutition, un appareil dentaire mal adapté, des nausées liées aux médicaments ou une perte du goût rendent le repas pénible. La maladie de Crohn, la rectocolite hémorragique, la maladie cœliaque, une insuffisance pancréatique ou une résection intestinale empêchent d’absorber ce qui est avalé.
L’alcool apporte des calories vides et endommage le foie et le pancréas. Le Merck Manual lie le trouble de l’usage d’alcool à des carences en thiamine, magnésium et zinc. Certains médicaments diminuent l’appétit, provoquent des nausées ou accélèrent le métabolisme. Vivre seul, avoir du mal à marcher jusqu’au magasin, manquer d’argent pour des aliments variés, ou dépendre d’un régime très restrictif ferment la boucle.
L’âge déplace le curseur. Le NHS souligne que les personnes de 65 ans et plus sont particulièrement exposées, et que maigrir n’est pas une fatalité du vieillissement. Le Merck Manual estime qu’aux États-Unis, environ un adulte âgé sur sept vivant à domicile consomme moins de 1 000 calories par jour, et que jusqu’à la moitié des personnes âgées hospitalisées ou en institution n’ont pas un apport suffisant. Une revue Cochrane de 2026, dont les données vont jusqu’au 2 juillet 2024, situe la malnutrition entre 35 % et 64 % des personnes âgées hospitalisées. Ces fourchettes ne se transposent pas telles quelles à la France, mais elles indiquent que l’hôpital et l’Ehpad sont des lieux à haut risque.
Les tout-petits, les femmes enceintes ou qui allaitent, et les personnes dont la maladie élève les besoins (mucoviscidose, grands brûlés, traumatismes) manquent plus vite de réserves. Un nourrisson privé d’allaitement dans un contexte d’eau peu sûre et d’aliments de sevrage pauvres en protéines reste un tableau classique là où l’insécurité alimentaire est forte.
Conséquences sur la santé et le développement
La dénutrition n’épargne aucun organe. Le système immunitaire est parmi les premiers à flancher, d’où des infections plus fréquentes et plus graves. L’OMS relie encore près de la moitié des décès infantiles avant cinq ans à la dénutrition, surtout dans les pays à revenu faible ou intermédiaire. Ce n’est pas une cause unique inscrite sur le certificat, c’est un terrain qui transforme une rougeole, un paludisme ou une gastro-entérite en catastrophe.
Le muscle fond, la marche devient incertaine, les chutes se multiplient. Chez la personne âgée, le Merck Manual associe la dénutrition aux fractures, aux escarres, aux infections et aux suites opératoires plus lourdes. Le cœur ralentit, la tension baisse, la température corporelle chute. À l’extrême, une insuffisance cardiaque ou respiratoire peut s’installer. Les plaies ferment mal, une chirurgie se complique, un séjour à l’hôpital s’allonge.
Chez l’enfant, le retard de croissance staturale n’est pas qu’une question de taille. Les estimations de 2025 rappellent que ces enfants peuvent ne jamais atteindre pleinement leur potentiel physique et cognitif. L’émaciation menace la vie à court terme, surtout dans sa forme grave, qui touchait 12,2 millions de jeunes enfants en 2024. Même après réhabilitation, le Merck Manual note que des difficultés intellectuelles et digestives peuvent persister, parfois jusqu’à l’âge scolaire. L’adulte dont la dénutrition a commencé à l’âge adulte récupère le plus souvent mieux, si la cause est traitée.
Le surpoids et l’obésité tracent une autre piste de dégâts, plus lents. Résistance à l’insuline, hypertension, maladie coronaire, certains cancers. Une carence en fer ou en vitamine D peut coexister avec un indice élevé. Traiter « le poids » sans regarder les apports en protéines et en micronutriments laisse ces carences en place. Un manque de vitamine A peut abîmer la vision. Un manque de vitamine D ramollit les os. Un manque de fer ou de vitamine B12 donne une anémie. Ces tableaux n’attendent pas que la personne soit squelettique.
Comment le diagnostic se fait
Le diagnostic de dénutrition de l’adulte n’est plus seulement un indice bas. Le NICE britannique (recommandation CG32, dernière révision le 4 août 2017) demande un dépistage qui combine l’indice de masse corporelle, le pourcentage de perte de poids involontaire et la durée pendant laquelle les apports ont chuté, ou vont probablement chuter. L’outil MUST (Malnutrition Universal Screening Tool) est cité comme exemple, pas comme unique méthode. Il s’applique aux adultes, pas aux carences vitaminiques isolées.
Ce dépistage vise toute personne hospitalisée dès l’admission, puis chaque semaine, et toute personne vue en consultation externe dès la première visite. En maison de retraite, le dépistage a lieu à l’entrée et dès qu’un signe d’alerte apparaît (vêtements trop larges, plaies, apathie, déglutition difficile, maladie prolongée). En médecine de ville britannique, il est proposé à l’inscription au cabinet et en cas d’inquiétude clinique. Ces rythmes sont ceux du Royaume-Uni. En France, le médecin traitant, le pharmacien et le diététicien appliquent le protocole local, qui peut différer sur les seuils et les outils.
Depuis 2019, le consensus GLIM (Global Leadership Initiative on Malnutrition), publié par Cederholm, Jensen et leurs collègues dans Clinical Nutrition, propose une deuxième étape après le dépistage. Pour parler de malnutrition de l’adulte, il faut au moins un critère phénotypique et un critère étiologique. Côté aspect, une perte de poids de plus de 5 % en six mois (ou plus de 10 % au-delà de six mois), une corpulence trop basse, ou une masse musculaire réduite. Côté cause, des apports ou une assimilation inférieurs à la moitié des besoins pendant plus d’une semaine, toute réduction pendant deux semaines, une maladie digestive chronique qui empêche d’absorber, ou une inflammation liée à une maladie aiguë ou chronique. Le seuil d’indice retenu par le GLIM passe sous 20 avant 70 ans et sous 22 à partir de 70 ans (valeurs plus basses en Asie).
La gravité se classe ensuite sur le phénotype. Une perte de plus de 10 % en six mois, une corpulence sous 18,5 avant 70 ans (sous 20 après 70 ans) ou un déficit musculaire marqué orientent vers une forme grave. L’albumine sanguine aide parfois à juger la sévérité ou une inflammation, elle ne remplace pas la pesée. La Cleveland Clinic rappelle que l’observation, l’histoire alimentaire et, au besoin, des dosages de micronutriments suffisent souvent. Chez l’enfant, le périmètre brachial et les courbes OMS pèsent davantage que l’indice de l’adulte.
Aucun de ces outils n’est un examen que l’on s’administre seul pour « se coller une étiquette ». Ils servent au professionnel à classer le risque et à décider d’un plan, pas à remplacer un examen clinique.
Quand consulter pour une suspicion de malnutrition
Une perte de poids involontaire nette sur quelques mois, un appétit qui s’effondre, ou l’inquiétude pour un enfant ou un proche âgé suffisent à voir le médecin traitant. Le NHS le formule ainsi. Inutile d’attendre d’être « trop maigre » ou de franchir le seuil d’indice de 18,5. Un indice encore sous 20, des vêtements trop larges et une fatigue inhabituelle forment déjà un motif de rendez-vous.
Chez l’enfant, tout décrochage de courbe, une irritabilité nouvelle ou une fatigue hors norme justifient un avis, sans attendre la visite de suivi suivante. Chez la personne âgée, maigrir n’est pas « normal avec l’âge ». Un proche qui saute des repas, qui ne fait plus ses courses, ou dont l’alliance tourne au doigt doit être accompagné vers une consultation, pas seulement « encouragé à se forcer ».
Certains tableaux ne relèvent plus du rendez-vous de ville. Une personne peu réactive, très essoufflée, au pouls très lent, confuse, ou qui ne s’alimente plus du tout depuis des jours, relève du 15 ou du 112. Relancer soi-même des repas très riches après un jeûne prolongé expose au syndrome de renutrition, détaillé plus bas. Dans ce cas, l’urgence est d’être évalué, pas de « rattraper » les calories en une soirée.
| Situation | Conduite à tenir |
|---|---|
| Perte involontaire de 5 à 10 % du poids en 3 à 6 mois | Prendre rendez-vous avec le médecin traitant |
| Indice de masse corporelle au-dessous de 18,5, ou sous 20 avec d’autres signes | Demander un dépistage nutritionnel |
| Enfant dont le poids ou la taille ne progresse plus comme attendu | Consulter un médecin sans attendre la visite suivante |
| Plaies lentes, infections répétées, froid et fatigue durables | Consulter pour chercher une dénutrition associée |
| Indice au-dessous de 16, ou presque rien mangé depuis plus de 10 jours | Ne pas relancer une alimentation abondante seul, avis médical urgent |
| Confusion, essoufflement, pouls très lent, personne qui ne répond plus | Appeler le 15 ou le 112 |
Le médecin mesurera le poids et la taille, fera préciser l’appétit, les maladies, les médicaments et le contexte de vie, puis orientera au besoin vers un diététicien. Un bilan sanguin cherche des carences, une inflammation ou une maladie qui explique le tableau. L’absence de « gros chiffres » anormaux n’élimine pas le diagnostic si la perte de poids est documentée.
Comment se traite la dénutrition
Le traitement vise d’abord à rétablir des apports adaptés et à soigner la cause (infection, dépression, dents, déglutition, malabsorption, isolement). Le NHS commence en général par enrichir l’alimentation à la maison. On ajoute des aliments denses en énergie et en protéines, on fractionne les prises, on propose des collations et des boissons caloriques. Un diététicien construit un plan, pas un régime « santé » hypocalorique. Chez une personne déjà trop légère, le fromage râpé, les œufs, le lait ou une matière grasse dans les préparations ont plus de sens qu’un menu allégé.
Si cela ne suffit pas, des compléments nutritionnels oraux (boissons ou crèmes prescrites) apportent énergie, protéines, vitamines et minéraux en plus des repas, pas à leur place. Ils se prennent sur conseil d’un professionnel. La méta-analyse en réseau Cochrane de Kiesswetter et collègues, publiée le 26 mars 2026, a porté sur 21 essais et 3 309 personnes âgées hospitalisées. Les compléments oraux spécialisés, par rapport aux soins habituels, pourraient réduire la mortalité à 30 jours (57 décès en moins pour 1 000 personnes) et les événements indésirables graves (84 en moins pour 1 000), avec une certitude faible. Les effets sur l’autonomie, la qualité de vie et la durée de séjour restent incertains ou modestes. Ce n’est pas une garantie de résultat, c’est un argument pour ne pas attendre.
Quand avaler devient impossible ou très insuffisant, une sonde nasogastrique, une sonde de gastrostomie ou une nutrition par veine peuvent prendre le relais. Ces voies se débutent à l’hôpital. Le NICE encadre les indications, la surveillance et l’arrêt. Une aide à domicile, un ergothérapeute, un orthophoniste pour la déglutition, ou un portage de repas traitent le versant pratique, souvent décisif chez la personne isolée.
Chez l’enfant, le NHS distingue les causes médicales longues, qui relèvent de l’hôpital, et les situations où la famille a besoin d’un accompagnement sur les repas. Les formes graves ne reçoivent pas d’emblée une alimentation « normale ». La réhabilitation est progressive, sous surveillance du poids et de la taille. Les antibiotiques sont parfois discutés chez l’enfant très dénutri même sans infection évidente, selon certains experts cités par le Merck Manual. Cette décision appartient à l’équipe soignante, pas à un réflexe à la maison. Le médecin et le pharmacien français s’appuient sur les recommandations du pays, qui peuvent différer du NICE.
Réalimentation trop rapide chez la personne dénutrie
Reprendre une alimentation abondante après une dénutrition grave n’est pas sans risque. Le corps s’est adapté au manque. Quand le glucose revient en masse, l’insuline s’élève, le phosphate, le potassium et le magnésium basculent dans les cellules, et le rythme cardiaque peut se dérégler. La Cleveland Clinic souligne que ce retournement est surtout dangereux les premiers jours et peut menacer le pronostic vital. D’où l’intérêt d’une reprise surveillée, pas d’un « rattrapage » à domicile à base de repas très riches d’un seul coup.
La recommandation britannique CG32 classe à haut risque de syndrome de renutrition la personne qui a au moins un des éléments suivants. Un indice de masse corporelle sous 16. Une perte involontaire de plus de 15 % du poids en trois à six mois. Presque aucun apport depuis plus de dix jours. Un potassium, un phosphate ou un magnésium déjà bas avant de réalimenter. Deux éléments parmi un indice sous 18,5, une perte de plus de 10 %, plus de cinq jours sans manger, ou un antécédent d’alcool, d’insuline, de chimiothérapie, d’antiacides ou de diurétiques suffisent aussi.
Dans ces situations, le NICE recommande de commencer le soutien nutritionnel à au plus 10 kcal par kilogramme et par jour, puis d’atteindre les besoins en quatre à sept jours, sous la responsabilité de professionnels formés. Les cas extrêmes (indice sous 14, ou presque rien depuis plus de quinze jours) peuvent partir de 5 kcal/kg/jour, avec surveillance du rythme cardiaque. Une thiamine orale de 200 à 300 mg par jour, un complexe vitaminique B et un apport de potassium (ordre de grandeur 2 à 4 mmol/kg/jour), de phosphate (0,3 à 0,6 mmol/kg/jour) et de magnésium (0,2 mmol/kg/jour par veine, 0,4 par voie orale) figurent dans la prescription britannique, sauf si les taux sont déjà élevés. Le NICE précise qu’il n’est pas nécessaire de « corriger » les ions avant de commencer, à condition de supplémenter d’emblée.
Ces doses sont celles du Royaume-Uni. Elles ne s’improvisent pas avec des comprimés achetés en ligne. En France, le médecin, le diététicien et le pharmacien suivent le protocole du service. Après un jeûne long, une corpulence très basse ou une perte de poids massive, on ne reprend pas seul une alimentation très calorique. On se fait évaluer.
Émaciation et retard de croissance chez l’enfant
Avant l’âge de cinq ans, l’émaciation (poids trop bas pour la taille) signale un amaigrissement récent ou un arrêt de prise de poids, souvent lié à une infection ou à un manque alimentaire aigu. Le retard de croissance staturale traduit un manque chronique, associé à la pauvreté, à la santé de la mère, aux maladies répétées et à une alimentation du nourrisson inadaptée. Les deux peuvent coexister. Les estimations de 2025 parlent de 150,2 millions d’enfants trop petits pour leur âge, 42,8 millions trop maigres pour leur taille et 35,5 millions en surpoids en 2024. Plus de la moitié des retards de croissance se trouvent en Asie, 43 % en Afrique. L’objectif 2030 de ramener ce nombre à 90 millions sera manqué d’environ 46 millions d’enfants si le rythme actuel se poursuit.
La directive de l’OMS du 20 novembre 2023 sur l’émaciation et l’œdème nutritionnel remplace la directive de 2013 sur la malnutrition aiguë grave. Pour les enfants de 6 à 59 mois, le traitement ambulatoire est possible s’ils ont bon appétit, aucun signe de danger du programme de prise en charge intégrée des maladies de l’enfant, pas de problème médical aigu et pas d’œdème nutritionnel grave. L’hospitalisation s’impose en cas de signes de danger, de maladie aiguë, d’œdème +++ ou d’appétit insuffisant.
La sortie du programme nutritionnel, selon cette directive, exige un z-score poids-pour-taille au moins égal à −2 écarts-types des normes OMS et un périmètre brachial d’au moins 125 mm, observés à deux visites consécutives, sans œdème nutritionnel pendant ces deux visites. Le pourcentage de prise de poids et le gain de poids en valeur absolue ne doivent plus servir de critères de sortie. C’est un changement net par rapport à d’anciennes pratiques qui se contentaient d’un pourcentage de kilos repris.
L’allaitement et une alimentation familiale dense en nutriments restent le socle de la prévention et de la prise en charge, souligne l’OMS. Les agents de santé communautaire peuvent délivrer une partie des soins fondés sur des données probantes. En France, un nourrisson ou un enfant qui décroche de sa courbe voit un médecin, qui cherchera une maladie, un trouble de l’oralité, une précarité ou une négligence, et qui décidera du lieu de soins.
Prévenir la malnutrition au quotidien
La prévention, pour une personne sans maladie particulière, tient d’abord à une alimentation variée. Le NHS reprend les groupes habituels. Fruits et légumes, féculents, produits laitiers ou équivalents, sources de protéines (viande, poisson, œufs, légumineuses), matières grasses en quantité raisonnable, et de l’eau. L’idée n’est pas un menu parfait chaque jour, c’est d’éviter qu’une seule famille d’aliments n’occupe toute l’assiette pendant des semaines.
Chez la personne âgée ou malade, prévenir veut surtout dire peser souvent et ne pas banaliser un appétit qui s’étiole. Un régime très pauvre en sel, en sucre ou en graisses, utile à un moment de la vie, peut devenir trop restrictif après 75 ans si la personne ne mange plus. Le Merck Manual suggère alors d’en reparler au médecin et au diététicien pour retrouver du goût sans abandonner le traitement de fond. Des repas livrés, une aide pour les courses, un suivi dentaire et le traitement d’une dépression pèsent autant que les conseils nutritionnels abstraits.
Les carences en fer, en vitamine D ou en B12 existent parfois malgré une alimentation « à peu près normale ». Un dosage se discute avec le médecin, surtout en cas de fatigue, de régime très végétal mal planifié, de maladie digestive ou de peau peu exposée au soleil. Avaler de fortes doses de compléments sans indication n’est pas une prévention, c’est une autre forme de déséquilibre, que la Cleveland Clinic classe du côté de la surnutrition en micronutriments.
Pour l’enfant, la prévention commence avant la naissance, par la nutrition de la mère, puis par l’allaitement quand il est possible, et par une diversification assez riche en fer et en protéines. Dans les contextes d’insécurité alimentaire, l’eau potable, les vaccins et le traitement précoce des diarrhées évitent que l’infection ne bascule vers l’émaciation.
Questions fréquentes
Quelle est la différence entre malnutrition et dénutrition ?
La dénutrition est le manque d’énergie et de protéines, avec ou sans carences associées. La malnutrition, au sens de l’OMS, englobe aussi les carences ou excès de vitamines et de minéraux, ainsi que le surpoids et l’obésité. En conversation, beaucoup de francophones disent « dénutrition » pour le manque. Les deux mots ne sont donc pas strictement interchangeables.
Peut-on être en surpoids et malgré tout dénutri ?
Oui. Le NHS et la Cleveland Clinic soulignent qu’un poids « normal » ou élevé n’exclut pas un déficit de protéines, de fer, de vitamine D ou d’autres micronutriments. La perte de muscle, les plaies lentes, la fatigue et un régime très monotone doivent faire chercher une malnutrition même si l’indice dépasse 25.
Quel indice de masse corporelle doit alerter ?
Le NHS retient un indice sous 18,5 kg/m² comme un risque de dénutrition, et un indice sous 20 comme déjà préoccupant. Le consensus GLIM de 2019 utilise un seuil plus élevé après 70 ans (sous 22). Ces chiffres aident le dépistage. Ils ne remplacent pas la perte de poids récente, qui reste le signal le plus parlant, y compris chez une personne encore dans la « zone verte » de l’indice.
Les vitamines en gélules suffisent-elles à corriger une dénutrition ?
Non. Un comprimé de multivitamines ne remplace ni les calories, ni les protéines, ni le traitement d’une maladie qui empêche d’absorber. Les compléments nutritionnels oraux prescrits, eux, apportent un mélange d’énergie et de nutriments en plus des repas. Les mégadoses de vitamines isolées peuvent même devenir toxiques. Toute supplémentation se discute avec le médecin ou le pharmacien.
La perte de poids est-elle normale en vieillissant ?
Non. Le NHS rappelle que maigrir n’est pas une conséquence inévitable de l’âge. Un adulte âgé en bonne santé ne fond pas sans cause. Dépression, dents, solitude, médicaments, cancer ou simple difficulté à cuisiner sont des pistes plus utiles que « c’est l’âge ». Une perte involontaire justifie une pesée notée et un avis médical.
Comment enrichir les repas à la maison sans danger ?
Le NHS propose d’abord des aliments enrichis, des collations et des boissons caloriques, sous conseil d’un diététicien si la perte de poids est déjà nette. Ajouter fromage, œuf, lait ou matière grasse dans une purée est plus sûr qu’un jeûne suivi d’un repas très copieux. Après une corpulence très basse ou plus de dix jours presque sans manger, la reprise se fait avec un professionnel, à cause du syndrome de renutrition.
Conclusion
La malnutrition n’est pas un verdict réservé aux famines lointaines. C’est un écart, parfois invisible, entre ce que le corps exige et ce qu’il reçoit. Les chiffres de l’OMS pour 2022 (390 millions d’adultes trop maigres, 2,5 milliards en surpoids) et ceux de 2024 pour les enfants (150,2 millions de retards de croissance, 42,8 millions d’émaciations) montrent que le problème a plusieurs visages. Chez l’adulte vu en ville, le fil rouge reste une perte de poids non voulue, un appétit qui s’étiole et des infections ou des plaies qui traînent.
Le dépistage britannique du NICE et le consensus GLIM de 2019 ont déplacé le diagnostic au-delà du seul indice. On croise désormais l’aspect (poids, muscle) et la cause (apports, inflammation, malabsorption). La directive OMS de 2023 a changé la sortie de traitement de l’enfant émacié, en exigeant à la fois un z-score poids-pour-taille et un périmètre brachial, et non plus un simple pourcentage de kilos repris. Les compléments oraux peuvent, avec une certitude encore faible, réduire les décès précoces chez la personne âgée hospitalisée. Rien de tout cela n’autorise à improviser une renutrition massive après un jeûne.
Si la balance a perdu plusieurs kilos en quelques mois sans régime voulu, ou si un enfant quitte sa courbe, notez les poids, les vêtements trop larges et les repas sautés, puis demandez au médecin traitant un dépistage nutritionnel. Apportez la liste des médicaments et signalez tout trouble pour avaler, toute solitude ou toute maladie digestive. C’est cette discussion, plus qu’un conseil vague de « manger mieux », qui ouvre un plan concret.
Sources
- Malnutrition (fact sheet). World Health Organization, 1er mars 2024.
- Levels and trends in child malnutrition. UNICEF / WHO / World Bank Group Joint Child Malnutrition Estimates. Key findings of the 2025 edition. World Health Organization, 2025.
- WHO guideline on the prevention and management of wasting and nutritional oedema (acute malnutrition) in infants and children under 5 years. World Health Organization, 20 novembre 2023.
- Nutrition support for adults: oral nutrition support, enteral tube feeding and parenteral nutrition. National Institute for Health and Care Excellence, 4 août 2017.
- Malnutrition: Definition, Causes, Symptoms & Treatment. Cleveland Clinic, 4 mai 2022.
- Overview – Malnutrition. National Health Service, 23 mai 2023.
- Symptoms – Malnutrition. National Health Service, 23 mai 2023.
- Kiesswetter E, Schwarzer G et al. : Oral nutritional interventions in hospitalised older people at nutritional risk: a network meta-analysis of individual participant data. Cochrane Database of Systematic Reviews, 26 mars 2026.
- Cederholm T, Jensen GL et al. : GLIM criteria for the diagnosis of malnutrition – A consensus report from the global clinical nutrition community. Clinical Nutrition, février 2019.
- Bhupathiraju SN, Hu F : Undernutrition – Nutrition – Merck Manual Consumer Version. Merck Manual Consumer Version, juin 2026.
