Nanoparticules magnétiques : traitement du cancer

Nanoparticules magnétiques : traitement du cancer

Les nanoparticules magnétiques ne remplacent pas la chirurgie, la radiothérapie ni la chimiothérapie comme traitement de référence du cancer. Ce sont le plus souvent des grains d’oxyde de fer, recouverts d’une enveloppe biocompatible, qui s’échauffent dans un champ magnétique alternatif et peuvent endommager une tumeur déjà chargée en particules.

L’idée d’une séance unique de quelques minutes qui « fait fondre » la maladie vient d’expériences chez la souris, pas de patients. Dans un modèle de carcinome épidermoïde, une injection veineuse suivie d’un champ intense a chauffé la tumeur à 60 °C en deux minutes, avec une ablation durable chez 7 animaux sur 9, puis chez 90 % des souris d’une répétition. Chez l’humain, une analyse de 117 publications a trouvé qu’une médiane de 0,7 % de la dose de nanoparticules injectée atteint une tumeur solide.

D’après le National Cancer Institute, l’hyperthermie est un chauffage du tissu jusqu’à 45 °C (113 °F), presque toujours associé à la radio ou à la chimiothérapie, et encore peu disponible. L’essai de phase II le plus cité en hyperthermie magnétique a porté sur 59 glioblastomes récidivants, avec une survie médiane de 13,4 mois après la première récidive, sous chaleur plus 30 Gy. Un essai américain d’injection veineuse a commencé à la Mayo Clinic en décembre 2025.

Comment les nanoparticules d’oxyde de fer chauffent une tumeur

Le principe est un chauffage « de l’intérieur ». On place d’abord des nanoparticules magnétiques dans la tumeur, par injection directe ou par la veine, puis on applique un champ magnétique qui change de sens des dizaines ou des centaines de milliers de fois par seconde. Les grains d’oxyde de fer, souvent superparamagnétiques, absorbent cette énergie et la rendent sous forme de chaleur par relaxation de leur moment magnétique, sans que les tissus voisins dépourvus de particules ne s’échauffent autant.

La revue de 2024 de Szwed et Marczak distingue deux fenêtres. L’hyperthermie proprement dite vise environ 39 à 45 °C, assez pour endommager l’ADN, perturber les protéines et pousser une partie des cellules tumorales vers l’apoptose. L’ablation thermique, plus brutale, dépasse souvent 60 °C et provoque une nécrose de coagulation. La Cleveland Clinic situe le même seuil pratique autour de 45 °C pour fragiliser les cellules, et au-dessus pour les tuer. Le National Cancer Institute, de son côté, parle d’un chauffage jusqu’à 45 °C avec peu de lésion du tissu sain, à condition de rester sous des points trop chauds.

Cette chaleur ne vient pas d’une sonde posée contre la peau. Les micro-ondes, les ultrasons et la radiofréquence chauffent aussi, mais le gradient part de l’extérieur. Avec les nanoparticules, le foyer est le dépôt de fer. Le champ traverse les tissus profonds, ce qui intéresse les tumeurs inaccessibles à une sonde. En contrepartie, il faut assez de fer au bon endroit. Trop peu, et la température reste sous le seuil utile. Trop, ou mal réparti, et l’on crée des points chauds, ou un chauffage de métaux implantés.

Les particules utilisées en clinique ou en essai sont presque toujours de la magnétite (Fe₃O₄) de l’ordre de 12 nm, en suspension aqueuse. Dans le ferrofluide NanoTherm, la concentration en fer atteint 112 mg/ml, avec un enrobage d’aminosilane qui ancre le dépôt dans le tissu. Dans l’essai veineux en cours à Rochester, le revêtement est conçu pour plafonner la température vers 50 °C, et le patient est recouvert d’une couverture refroidissante. Le but n’est pas de « cuire » tout un organe, c’est de limiter la chaleur au volume où les particules se sont arrêtées.

Ce que les essais chez la souris ne disent pas chez l’humain

Une tumeur sous-cutanée de souris n’est pas un cancer humain métastatique. Huang et Hainfeld ont injecté par voie veineuse des particules de magnétite enrobées de polyéthylène glycol, obtenu 1,9 mg de fer par gramme de tumeur, et un rapport tumeur sur muscle supérieur à 16. Avec un champ de 38 kA/m à 980 kHz, la tumeur montait à 60 °C en deux minutes, le muscle voisin restant proche de la température corporelle. L’ablation a été durable dans deux petites séries de souris (7 sur 9, puis 90 % de 10 animaux). Ces chiffres décrivent un modèle de carcinome épidermoïde implanté dans la patte, pas un essai thérapeutique humain.

Le passage à l’humain bute d’abord sur la livraison. Wilhelm et coll. ont compilé 232 jeux de données issus de 117 articles. La médiane de la dose injectée qui se retrouve dans une tumeur solide était de 0,7 %. Autrement dit, la plus grande part des particules va au foie, à la rate et aux macrophages, ou est filtrée par le rein si elles sont très petites. Un rapport 16 pour 1 dans un modèle murin n’annule pas ce goulot d’étranglement. C’est pourquoi les premiers traitements humains ont le plus souvent injecté le ferrofluide directement dans la tumeur, sous guidage, plutôt que de compter sur une perfusion veineuse.

Les récits qui mélangent « nanoparticules », cerveau et champ magnétique ajoutent une deuxième confusion. Les travaux de Hainfeld avec Smilowitz sur des gliomes de souris utilisaient des nanoparticules d’or et une radiothérapie X, pas un chauffage par oxyde de fer. L’or augmente localement la dose de rayons. Le fer, lui, convertit un champ alternatif en chaleur. Les deux approches relèvent de la nanotechnologie, elles ne sont pas interchangeables, et aucune des deux n’est un traitement curatif standard.

Chez l’humain, l’hyperthermie magnétique a d’abord été testée comme faisabilité, toxicité et qualité de vie, pas comme preuve d’une guérison. Johannsen et coll. ont publié en 2005 la première application clinique, dans un cancer de la prostate en récidive locale. Maier-Hauff et coll. ont ensuite rapporté une phase II de glioblastome récidivant. Les essais veineux récents, encore de faisabilité, mesurent surtout la sécurité et des signes initiaux selon les critères RECIST. Lire un taux d’ablation murin comme un pronostic de patient est une erreur de catégorie.

Glioblastome récidivant, l’étude allemande de phase II

Le dossier clinique le plus étoffé concerne le glioblastome en récidive, traité par instillation intra-tumorale d’un ferrofluide puis par un applicateur de champ, en plus d’une radiothérapie stéréotaxique. Dans l’étude bicentrique de Maier-Hauff et coll., 59 personnes avec un glioblastome récidivant ont été analysées pour la survie. Le ferrofluide (noyau de magnétite d’environ 12 nm, 112 mg de fer par millilitre) était injecté dans la tumeur, puis chauffé par un applicateur externe.

Le volume médian instillé était de 4,5 ml. Six séances d’une heure suivaient, dans un champ alternatif à 100 kHz. La température de pic médiane mesurée dans la tumeur a atteint 51,2 °C. Une radiothérapie fractionnée de 30 Gy était délivrée juste avant ou juste après les séances de chaleur. La survie globale médiane à partir du diagnostic de la première récidive a été de 13,4 mois. L’étude n’était pas randomisée. Les auteurs le disent, et comparent leurs chiffres à des séries historiques, ce qui limite la force de la conclusion. Elle reste toutefois la plus grande série humaine d’hyperthermie par nanoparticules d’oxyde de fer publiée à ce jour.

Les effets observés pendant les séances pesaient surtout sur un cerveau déjà opéré et irradié. La transpiration et une sensation de chaleur dans la zone traitée étaient fréquentes. Des convulsions, le plus souvent focales, ont concerné 22,7 % des personnes. Des troubles moteurs, souvent l’aggravation d’une hémiparésie déjà présente, ont concerné 21,2 %. Le dépôt reste local. Rien dans cette série ne décrit une intoxication générale par le fer du ferrofluide.

Deux contraintes pratiques pèsent encore. Tout métal dans un rayon de 40 cm du champ devait être retiré, y compris des soins dentaires. Les dépôts denses de particules créent des artéfacts qui empêchent de suivre la tumeur par IRM au niveau du foyer. Le scanner, le TEP ou le SPECT restent possibles. Ces points ne sont pas des détails de confort. Ils changent le bilan d’imagerie et le parcours dentaire avant le traitement.

Prostate et tumeurs du tronc, des données plus minces

Hors cerveau, le premier patient traité par hyperthermie interstitielle à nanoparticules magnétiques avait un cancer de la prostate en récidive locale. Johannsen et coll. ont injecté le ferrofluide par voie transpérinéale, sous échographie et radioscopie, après un plan fondé sur le scanner. L’applicateur humain fonctionnait à 100 kHz, avec un champ ajustable jusqu’à 18 kA/m. Six séances hebdomadaires d’une heure ont été prévues. Chez le premier patient, à 4,0–5,0 kA/m, les températures intra-prostatiques allaient de 40,0 à 48,5 °C lors de la première séance, puis de 39,4 à 42,5 °C lors de la sixième.

Cette publication de 2005 est un rapport de technique et de faisabilité, pas un essai d’efficacité. Elle a ouvert une phase I sur la toxicité et la qualité de vie. Elle ne permet pas de dire que l’hyperthermie magnétique remplace une prostatectomie, une radiothérapie ou une surveillance active. Le National Cancer Institute, dans sa page générale sur l’hyperthermie, souligne d’ailleurs que l’on ne sait pas clairement si le chauffage fait vivre plus longtemps, même lorsque des essais montrent des tumeurs qui diminuent en association avec d’autres traitements.

La voie veineuse, plus récente, vise des tumeurs profondes ou multiples sans piquer chaque lésion. La Mayo Clinic a installé fin 2025 le premier système américain d’hyperthermie par nanoparticules magnétiques administrées en perfusion, puis activées par un inducteur sur le tronc. Le premier patient des États-Unis a été traité en décembre 2025, dans un essai pour tumeurs solides métastatiques, hors cerveau. Le registre NCT07224464 décrit une injection unique de particules à noyau de fer, puis, environ quatre heures plus tard, un champ alternatif d’environ 300 kHz pendant 12 à 20 minutes selon le palier, sous couverture refroidissante.

Les doses prévues dans cet essai (1,2 puis 1,8 mg/kg) n’ont rien à voir avec les concentrations intra-tumorales obtenues par instillation directe d’un ferrofluide à 112 mg/ml. Un cas rapporté en 2026, issu du même programme, décrit deux personnes atteintes d’un cancer primitif du foie avancé, traitées à 1,8 mg/kg puis 15 minutes de champ pulsé. À 30 jours, la maladie était stable selon RECIST 1,1, sans toxicité de haut grade. Les auteurs sont salariés de la société qui développe le système. Deux patients et un mois de suivi ne fondent pas une indication.

Injection dans la veine ou injection dans la tumeur

Les deux stratégies ne se valent pas. L’injection dans la tumeur place une dose élevée de fer là où l’on veut chauffer. C’est le schéma NanoTherm du glioblastome et de la prostate. Il exige un geste invasif, un planning d’imagerie, et accepte des dépôts irréguliers si l’aiguille rate une zone. Huang et Hainfeld rappelaient déjà, côté préclinique, que les injections directes laissent souvent des régions sous-traitées, d’où les reprises tumorales.

L’injection veineuse vise une distribution plus conforme à la géométrie de la tumeur, y compris des foyers multiples. Elle s’appuie sur l’effet de perméabilité et de rétention accrue des vaisseaux tumoraux, souvent fuyants et mal drainés. En pratique, le foie et la rate captent une grande part des particules. La médiane de 0,7 % de Wilhelm mesure ce décalage entre le récit du « ciblage » et la pharmacocinétique observée. L’essai Mayo exclut d’ailleurs les métastases cérébrales et refuse les implants métalliques ou électroniques conducteurs.

Le tableau ci-dessous résume des ordres de grandeur publiés, sans les transformer en protocole.

Approche Comment la chaleur est produite Ce que montrent les données
Hyperthermie classique (NCI) Sondes, radiofréquence, ultrasons, liquides chauffés, parfois tout le corps Peu répandue, presque toujours associée à radio ou chimio, bénéfice de survie encore incertain
Ablation par radiofréquence Courant électrique dans une aiguille guidée par image Décrite par le NCI comme hyperthermie interstitielle pour des tumeurs profondes
Ferrofluide intra-tumoral (glioblastome) Instillation d’oxyde de fer puis champ à 100 kHz Phase II, 59 patients, survie médiane 13,4 mois après récidive, plus 30 Gy
Ferrofluide intra-prostatique Injection transpérinéale puis champ à 100 kHz Premier cas humain 2005, températures 40,0 à 48,5 °C, essai de faisabilité
Particules veineuses puis inducteur (essai Mayo) Perfusion 1,2 à 1,8 mg/kg, champ vers 300 kHz, 12 à 20 min Faisabilité en recrutement, premier patient américain en décembre 2025
Souris, injection veineuse (Huang, Hainfeld) 1,9 mg de fer/g de tumeur, champ 38 kA/m à 980 kHz 60 °C en 2 min, ablation durable dans de petites séries animales

Choisir la voie, ce n’est pas choisir un « meilleur » nanomatériau. C’est arbitrer entre un geste local lourd, déjà testé sur quelques dizaines de glioblastomes, et une perfusion encore en palier de dose, dont l’efficacité antitumorale humaine n’est pas établie. Cet arbitrage appartient à l’équipe d’oncologie, selon les règles locales.

Radiothérapie, chimiothérapie et réponse immunitaire

L’hyperthermie, magnétique ou non, est conçue comme un adjuvant. Elle est presque toujours associée à d’autres traitements, et plusieurs essais ont montré des tumeurs plus sensibles à la radio et à la chimio une fois chauffées, d’après le National Cancer Institute. Dans le glioblastome de Maier-Hauff, la chaleur n’était pas seule. Une radiothérapie de 30 Gy accompagnait les séances. Les auteurs attribuent une part du résultat à cette association, tout en admettant l’absence de bras contrôle.

Szwed et Marczak passent en revue surtout des travaux sur cellules et animaux. Ces expériences ne se traduisent pas encore par un protocole humain validé qui associerait hyperthermie magnétique et immunothérapie. Ni la revue de 2024, ni la phase II de glioblastome, ni l’essai veineux en cours ne fournissent un taux de réponse pour cette combinaison. Présenter le mélange comme déjà prometteur en clinique serait devancer les essais.

Pour un patient, la question utile n’est pas « la nano remplace-t-elle tout ». C’est « un chauffage local, s’il est disponible dans un essai, s’ajoute-t-il sans compromettre la radio, la chimio ou l’immunothérapie déjà prévues ». Seule l’équipe qui connaît le dossier, les délais depuis la dernière ligne et les contre-indications (métal, pacemaker, métastases cérébrales selon l’essai) peut répondre.

Effets indésirables de l’hyperthermie magnétique et quand consulter

Le chauffage d’un volume vivant reste un geste médical, avec des risques propres. Le tissu sain reste en général indemne sous environ 44 °C (111 °F), d’après le National Cancer Institute, mais des points plus chauds peuvent causer brûlures, cloques, gêne ou douleur. Les techniques de perfusion régionale ajoutent gonflement, caillots et saignements. L’hyperthermie du corps entier, distincte du champ local sur nanoparticules, donne souvent diarrhée, nausées et vomissements, parfois des problèmes cardiaques. Ces effets concernent le chauffage en général, pas seulement le ferrofluide.

Dans la série de glioblastome, les signaux d’alerte étaient neurologiques. Convulsions focales, aggravation d’un déficit moteur, sensation de chaleur, sueurs. Une première crise ou un déficit nouveau pendant ou après une séance de thermothérapie justifie un avis immédiat. En France, une faiblesse brutale d’un hémicorps, une crise comitiale prolongée, un trouble de conscience ou une céphalée explosive relèvent du 15 (SAMU) ou du 112, comme pour tout accident neurologique, que le patient ait ou non reçu des nanoparticules.

L’essai veineux récent a surtout rapporté, chez deux patients, une sensation de chaleur et une douleur lombaire de grade 2, qui cessaient à la fin de l’irradiation. Un essai de ce type exclut les implants électroniques et les métaux conducteurs, parce que le champ peut induire des courants de Foucault et des points chauds hors tumeur. Une personne porteuse d’un stimulateur, d’un défibrillateur, de clips, de prothèses ou de matériel dentaire important n’est pas candidate sans un bilan précis. Ce n’est pas une précaution abstraite. Maier-Hauff exigeait déjà le retrait des métaux dans les 40 cm du champ.

Une brûlure, une douleur qui augmente, un déficit neurologique nouveau ou des sueurs avec malaise après une séance doivent ramener vers l’équipe qui a traité, ou vers les urgences si les signes s’aggravent.

Autorisations européennes, essais américains et accès en France

Le statut réglementaire n’est pas celui d’un médicament de chimiothérapie. D’après la liste des nanothérapies du National Cancer Institute, NanoTherm (nanoparticules d’oxyde de fer, ablation thermique sous champ magnétique) figure parmi les produits autorisés en Europe en 2010 et 2013, pour glioblastome, prostate et pancréas. Cette ligne concerne une autorisation de dispositif, dans le cadre européen. La même liste du NCI ne mentionne pas d’autorisation de la FDA pour ce ferrofluide. L’hyperthermie par nanoparticules n’est donc pas un traitement de première intention que l’on prescrit comme une ligne de chimiothérapie.

L’installation de Rochester, mise en service en 2025, est présentée comme un outil de recherche, encore expérimental, destiné à des cancers métastatiques réfractaires, hors cerveau. L’essai NCT07224464 recrute un petit effectif, avec des paliers de dose, un suivi de sécurité à un mois, puis une surveillance plus longue. Un rapport de cas de 2026, sur deux cancers du foie, montre une maladie stable à 30 jours. C’est un signal de tolérance, pas une preuve d’efficacité.

La pratique en France, l’accès à un applicateur, l’inscription dans un essai et le financement relèvent de l’équipe qui vous suit et du centre. Le médecin ou le pharmacien appliquera la règle locale, qui peut différer des autorisations américaines ou européennes. Personne ne devrait interrompre une radio, une chimio ou une immunothérapie en cours sur la foi d’un résultat murin ou d’un communiqué. Si un essai d’hyperthermie magnétique existe près de chez vous, l’oncologue peut vérifier les critères (type de tumeur, métastases cérébrales, métaux, fonction rénale et hépatique, délai depuis le dernier traitement).

Les nanothérapies déjà utilisées au quotidien sont d’une autre famille. La liste du NCI cite surtout des liposomes et des conjugués (doxorubicine liposomale, paclitaxel lié à l’albumine, entre autres), conçus pour transporter un cytotoxique, pas pour chauffer. Confondre « nano » et « hyperthermie magnétique » donne l’impression que le procédé est déjà banal. Il ne l’est pas.

Quelles questions poser à l’équipe d’oncologie

Avant toute discussion d’essai, trois faits tiennent en quelques phrases. L’hyperthermie par nanoparticules magnétiques reste un adjuvant ou un dispositif expérimental. Les meilleures données humaines portent sur le glioblastome récidivant traité par injection locale plus radiothérapie, pas sur une perfusion unique qui guérirait tous les cancers. La livraison veineuse dépose en médiane moins de 1 % de la dose dans la tumeur.

Vous pouvez demander si votre tumeur entre dans un essai ouvert, et selon quels critères d’imagerie. Vous pouvez demander si un métal, un implant ou un soin dentaire interdit le champ, et comment l’IRM de suivi sera remplacée si des particules restent sur place. Vous pouvez demander si la chaleur est prévue seule ou avec une réirradiation, et quel délai observer après la dernière ligne systémique. Ces questions orientent vers un oui, un non, ou une adresse de centre, sans transformer l’espoir en promesse.

Si aucun essai n’est accessible, les traitements validés pour votre cancer restent le cadre. L’hyperthermie classique par sondes, radiofréquence ou liquides chauffés existe dans certains centres, avec d’autres risques et d’autres indications. Ce n’est pas le même acte que l’injection d’un ferrofluide. Mélanger les deux dans une même attente conduit à des déceptions, ou à des démarches hors parcours.

  • Un essai d’hyperthermie magnétique se discute avec l’oncologue, jamais en remplacement d’une ligne déjà efficace.
  • Les métastases cérébrales, les implants métalliques et un état général trop fragile ferment souvent l’accès aux protocoles veineux actuels.
  • Un résultat chez la souris, même spectaculaire à 60 °C, ne prédit pas votre survie ni votre qualité de vie.
  • Une maladie stable à 30 jours chez deux patients n’est pas une autorisation de mise à disposition.

Questions fréquentes

Les nanoparticules magnétiques peuvent-elles guérir un cancer à elles seules ?

Non. Chez l’humain, elles ont surtout été testées en complément d’une radiothérapie, ou dans des essais de sécurité. Les ablations « durables » à 78–90 % concernent de petites séries de souris, pas des patients.

Ce traitement est-il disponible en France aujourd’hui ?

Il n’est pas un traitement de routine que l’on prescrit comme une chimiothérapie. Un dispositif à base d’oxyde de fer a reçu une autorisation européenne en 2010 et 2013 selon le NCI, mais l’accès réel dépend des centres et des essais. Votre oncologue est l’interlocuteur pour savoir si un protocole existe près de chez vous.

Quelle est la différence avec une chimiothérapie classique ?

La chimiothérapie est un médicament cytotoxique ou ciblé qui circule dans tout le corps. Ici, on dépose du fer dans ou vers la tumeur, puis on le chauffe avec un champ. Les deux peuvent se combiner dans des recherches, ils ne se substituent pas l’un à l’autre.

Peut-on chauffer des métastases profondes avec une simple perfusion ?

C’est l’objectif des essais veineux, comme celui ouvert à la Mayo Clinic pour des tumeurs du tronc. La médiane de 0,7 % de la dose qui atteint la tumeur, et le très petit nombre de patients traités, interdisent d’annoncer un contrôle fiable des métastases.

Le fer injecté est-il toxique pour l’organisme ?

La série de glioblastome n’a pas décrit d’intoxication générale par le fer du dépôt local. Les essais veineux actuels utilisent des doses de l’ordre de 1,2 à 1,8 mg/kg, avec un suivi biologique. Cela n’autorise pas une injection hors essai.

Pourra-t-on encore passer une IRM après une injection dans la tumeur ?

Pas forcément au niveau du foyer. Les dépôts denses d’oxyde de fer créent des artéfacts. Maier-Hauff indiquait que le suivi local passait alors par d’autres examens (scanner, TEP, SPECT). Posez la question avant le geste, car elle change la surveillance.

Conclusion

Les nanoparticules magnétiques transforment un champ alternatif en chaleur là où le fer s’est accumulé. Chez la souris, cela peut ablater une tumeur superficielle en deux minutes. Chez l’humain, le dossier solide reste une phase II de glioblastome récidivant, avec injection locale, six séances d’une heure, 30 Gy et une survie médiane de 13,4 mois après la récidive, sans bras randomisé. La voie veineuse, relancée en 2025–2026, en est au palier de dose.

Si vous vivez avec un cancer et que cette piste circule dans les conversations, apportez à la consultation les faits, pas le récit de la souris guérie. Demandez si un essai correspond à votre tumeur, si un métal ou une métastase cérébrale vous exclut, et comment l’imagerie de suivi serait organisée. En cas de crise convulsive, de déficit brutal ou de signes de détresse, appelez le 15 ou le 112.

Le chauffage a une place réelle en oncologie, surtout comme adjuvant. Il n’efface pas la chirurgie, la radiothérapie ni les médicaments qui ont déjà fait leurs preuves pour votre maladie. Garder cet ordre évite de perdre du temps sur une promesse que les essais n’ont pas tenue.

Sources

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  2. Cancer Nano-Therapies in the Clinic and Clinical Trials. National Cancer Institute, 2022.
  3. Hyperthermia Therapy. Cleveland Clinic, 29 avril 2022.
  4. Mayo Clinic installs first magnetic nanoparticle hyperthermia system for cancer research in the US. Mayo Clinic News Network, 17 février 2026.
  5. Szwed M, Marczak A : Application of Nanoparticles for Magnetic Hyperthermia for Cancer Treatment—The Current State of Knowledge. Cancers, 13 mars 2024.
  6. Huang HS, Hainfeld JF : Intravenous magnetic nanoparticle cancer hyperthermia. International Journal of Nanomedicine, 17 juillet 2013.
  7. Maier-Hauff K, Ulrich F, Nestler D et al. : Efficacy and safety of intratumoral thermotherapy using magnetic iron-oxide nanoparticles combined with external beam radiotherapy on patients with recurrent glioblastoma multiforme. Journal of Neuro-Oncology, 16 septembre 2010.
  8. Johannsen M, Gneveckow U et al. : Clinical hyperthermia of prostate cancer using magnetic nanoparticles: presentation of a new interstitial technique. International Journal of Hyperthermia, novembre 2005.
  9. Wilhelm S, Tavares AJ, Dai Q et al. : Analysis of nanoparticle delivery to tumours. Nature Reviews Materials, 26 avril 2016.
  10. The Sarah Nanotechnology System for Treatment of Advanced Metastatic Solid Tumors Using Hyperthermia. ClinicalTrials.gov, 16 décembre 2025.
  11. Kraus S, Arbib S et al. : Case Report: Treatment with magnetic nanoparticle-based hyperthermia stabilizes metastatic disease in stage IV primary liver cancer patients. Frontiers in Oncology, 15 janvier 2026.

À propos de l’auteur

Pauline Cécile TessierRédactrice médicale

J’ai fait mes études d’infirmière à l’IFSI La Capelette. Après mon congé maternité, je me suis tournée vers la rédaction et la relecture de textes médicaux. Pour chaque article, je lis les recommandations officielles, les études et les guides cliniques, et j’utilise aussi des outils d’IA dans mon travail. Chaque affirmation peut être vérifiée dans les sources citées de l’article.