
Un ongle noir correspond le plus souvent à un hématome sous-unguéal, c’est-à-dire du sang coincé sous la tablette après un choc ou des frottements répétés. La tache avance avec la pousse et s’élimine en plusieurs mois, alors qu’une mycose, une pigmentation ou, plus rarement, un mélanome demandent un autre diagnostic.
La porte se referme sur un doigt, un objet lourd tombe sur un orteil, ou la chaussure de course bute contre le gros orteil à chaque foulée. Le sang n’a alors nulle part où s’échapper entre le lit et la tablette, ce qui donne la couleur bleu-noir et la douleur pulsatile.
La coloration peut mettre six à neuf mois à sortir complètement, d’après la Cleveland Clinic. Un drainage n’a d’intérêt que dans les quarante-huit heures si la douleur est vive, selon la mise à jour StatPearls de 2025. Une mycose unguéale concerne jusqu’à 14 % de la population selon les CDC, et une bande brune d’au moins 3 mm sur un seul ongle, surtout si le pigment déborde sur la peau, justifie un avis dermatologique.
Pourquoi un ongle devient-il noir ?
La couleur noire n’est pas une maladie en soi. Elle traduit un pigment coincé sous ou dans la tablette, le plus souvent du sang, parfois de la mélanine, des débris de champignon ou un colorant bactérien.
Après un coup, les petits vaisseaux du lit unguéal se rompent. Le sang s’accumule dans un espace clos, appuie sur des terminaisons très sensibles et vire du rouge violacé au brun, puis au noir en séchant. DermNet souligne que cette teinte change avec le temps, et qu’une lisière claire apparaît en quelques semaines du côté de la cuticule, preuve que l’ongle neuf pousse derrière la tache.
Quand aucun choc n’est raconté, d’autres pistes restent ouvertes. Une mycose épaissit souvent l’ongle et le teinte plutôt en jaune, blanc ou brun, mais des débris ou une mélanonychie fongique rare peuvent le noircir. Une bactérie du type Pseudomonas donne volontiers un reflet vert-noir. Une bande longitudinale brune peut être une mélanonychie bénigne, surtout si plusieurs ongles sont touchés chez une personne à peau mate. Le mélanome de l’unité unguéale reste peu fréquent, mais c’est lui qu’il ne faut pas ranger trop vite dans le tiroir « j’ai dû me cogner ».
Le médecin s’appuie sur l’histoire (date du choc, chaussures, sport, médicaments, ongles voisins) et sur l’aspect. Une tache ovale qui se décale vers le bord libre n’a pas la même signification qu’une strie qui s’élargit à la racine.

Hématome sous-unguéal après un choc
Un hématome sous-unguéal est un bleu sous l’ongle. Il naît d’un coup unique (porte, marteau, objet qui tombe) ou d’une compression brutale du doigt ou de l’orteil, comme le rappelle la Cleveland Clinic en 2024.
La douleur peut être immédiate, lancinante, aggravée par le moindre contact. L’orteil ou le doigt gonfle parfois. La tablette se teinte en bleu-noir, puis en brun. Si beaucoup de sang s’est collecté, la tablette peut se décoller du lit (onycholyse). Chez l’enfant comme chez l’adulte, le même mécanisme s’applique ; l’examen est seulement plus difficile tant que la douleur domine.
Deux pièges accompagnent le choc. Le premier est la fracture de la phalange distale, fréquente dans les écrasements. Des clichés de face et de profil sont alors utiles (StatPearls), et DermNet propose une radiographie simple dès que le traumatisme est aigu. Le second est une plaie du lit unguéal cachée sous la tablette, qui peut laisser un ongle déformé en repoussant. Une perte de force pour tendre le bout du doigt oriente vers une lésion du tendon (doigt en maillet) et change la prise en charge.
La plupart des hématomes simples guérissent sans geste. La douleur diminue en quelques jours, parfois tout de suite après un drainage médical. La tache, elle, reste visible des semaines. La glace enveloppée dans un linge et la surélévation calment le gonflement. Percer soi-même la tablette avec une aiguille, un trombone chauffé ou un coupe-ongle expose à l’infection et à une blessure du lit ; la Cleveland Clinic déconseille formellement ce geste à domicile.
Si la douleur augmente au fil des heures, si le saignement ne s’arrête pas, si une plaie profonde existe ou si un os paraît cassé, une consultation le jour même s’impose. Le médecin jugera s’il faut drainer, immobiliser, ou réparer le lit.
Chaussures, sport et microtraumatismes
Des frottements répétés suffisent à faire saigner sous un ongle d’orteil, même sans chute mémorable. DermNet décrit ce microtraumatisme comme typique des orteils, souvent lié à des chaussures trop courtes ou trop étroites. La Cleveland Clinic cite aussi la course à pied dans une pointure qui comprime le gros orteil.
Chaque foulée envoie l’orteil contre le bout de la chaussure. Les vaisseaux du lit saignent un peu, le sang sèche, l’ongle vire au noir. Les joueurs de tennis ou de football et les personnes qui marchent longtemps sur un sol dur voient le même tableau. L’absence de souvenir de choc n’élimine donc pas l’hématome ; elle oblige seulement à vérifier que la tache avance bien avec la pousse.
Changer de chaussures et laisser un peu d’espace devant les orteils interrompt souvent la récidive. Couper les ongles droit, sans les arrondir trop court sur les côtés, réduit le choc contre la tige. Des chaussettes qui évacuent l’humidité limitent à la fois le frottement et le terrain des champignons. Si l’ongle se décolle ou se déforme, un avis médical évite qu’un lit cicatriciel guide ensuite une tablette tordue.
Ce mécanisme n’exclut pas un autre diagnostic. Un ongle de sportif peut être à la fois meurtri et mycosé. Une strie qui s’élargit, un pigment sur la peau autour de l’ongle, ou une coloration collée à la cuticule malgré des mois de pousse ne se rangent plus dans le « bleu du coureur ». Dans le doute, une photo datée, toujours sous le même angle, aide le dermatologue à voir si la lisière claire progresse.
Mycose, bactéries et ongle verdâtre
Une mycose de l’ongle (onychomycose) épaissit d’abord la tablette, la rend cassante, déformée, parfois malodorante, et la sépare du lit. La Mayo Clinic décrit un début fréquent par une tache blanc-jaune sous le bord libre, bien plus que par un noir d’emblée. Les CDC estiment qu’elle peut concerner jusqu’à 14 % de la population, surtout les ongles d’orteils, souvent associés à un pied d’athlète.
Le noir apparaît quand des débris s’accumulent, quand un champignon produit lui-même un pigment (mélanonychie fongique, plus rare), ou quand une bactérie se greffe. La Mayo Clinic note qu’une infection bactérienne teinte volontiers l’ongle en vert ou en noir. Ce reflet verdâtre, surtout sur un ongle déjà décollé et souvent mouillé, évoque Pseudomonas plus qu’un simple bleu.
Plusieurs ongles, un historique de douches collectives pieds nus, des chaussures fermées toute la journée, un psoriasis, un diabète ou une circulation médiocre augmentent le risque, d’après la même source. L’ongle mycosé ne « tombe » pas en quelques jours ; il met des mois à être remplacé. Une crème antimycosique en vente libre ne suffit donc pas à « faire disparaître le noir » en une semaine, contrairement à une idée encore répandue.
Avant un médicament oral, un prélèvement (examen direct, culture, parfois coloration) évite de traiter à tort un psoriasis, un lichen ou un simple hématome. L’American Academy of Dermatology, citée dans la revue de l’AAFP de 2021, déconseille de prescrire un antifongique oral sur une simple impression. Le médecin traitant, le dermatologue ou le pédicure-podologue indiqueront le test adapté et le circuit local.
Mélanonychie, bande brune souvent bénigne
La mélanonychie est une zone brune, grise ou noire de l’ongle due à de la mélanine déposée dans la kératine. La forme la plus fréquente est une bande verticale, de la cuticule au bord libre. La Cleveland Clinic, mise à jour en 2025, rappelle que les mélanocytes de la matrice sont d’ordinaire quiescents ; certains stimuli les activent sans pour autant créer un cancer.
Chez les personnes à peau foncée, cette bande est banale et souvent multiple. DermNet l’estime chez la quasi-totalité des personnes afro-américaines vers 50 ans, et autour de 20 % des personnes asiatiques ; la Cleveland Clinic cite aussi près de 20 % des personnes d’origine japonaise, et une fréquence élevée dès 50 ans chez les personnes d’origine caribéenne. Plusieurs ongles, des bandes étroites, stables, au bord net, rassurent davantage qu’une strie unique, large et changeante chez un adulte.
D’autres activateurs existent. Le frottement des chaussures, l’onychophagie, la grossesse, certains médicaments (chimiothérapies, antipaludiques, antirétroviraux), une carence en vitamine B12, une maladie d’Addison ou une thyroïde trop active figurent parmi les causes listées par DermNet et la Cleveland Clinic. Les bandes liées à un médicament peuvent pâlir après l’arrêt, le temps que l’ongle se renouvelle. Une teinture, du henné ou un vernis donnent une couleur externe qui se lime, contrairement à un pigment intra-unguéal.
Aucune de ces listes ne remplace l’examen. Une mélanonychie « ethnique » n’interdit pas un mélanome sur un ongle particulier. Le clinicien compare les vingt ongles, mesure la largeur, cherche un signe de Hutchinson (pigment sur le repli), et décide s’il faut une dermoscopie ou une biopsie de matrice.
Mélanome sous-unguéal et critères ABCDEF
Le mélanome de l’unité unguéale naît des mélanocytes de la matrice, le plus souvent sous la forme d’un mélanome acrolentigineux. Il représente 0,7 % à 3,5 % de l’ensemble des mélanomes dans le monde, selon la Cleveland Clinic. DermNet précise qu’il pèse davantage dans les statistiques des populations à peau foncée, où les mélanomes des zones exposées au soleil sont plus rares, et qu’il est le plus souvent diagnostiqué vers 60-70 ans.
Contrairement aux mélanomes cutanés classiques, il n’est pas lié à l’exposition solaire. Un écran solaire sur les mains ne le prévient donc pas. Le pouce, le gros orteil et l’index regroupent 75 % à 90 % des cas. Un traumatisme répété est discuté comme facteur associé, sans preuve d’un lien causal simple. Jusqu’à 50 % des tumeurs sont peu ou pas pigmentées : un nodule, un ongle fendu, une ulcération ou un décollement sans bande brune peuvent être le seul signal.
Le moyen mnémotechnique ABCDEF, encore enseigné par DermNet et repris en consultation, aide à trier une bande suspecte.
- A comme âge (pic vers 50-70 ans) et origines où cette forme pèse davantage dans les mélanomes.
- B comme bande brune ou noire d’au moins 3 mm, aux bords flous ou irréguliers.
- C comme changement de largeur, de couleur ou d’ongle, ou absence d’amélioration malgré un traitement.
- D comme doigt atteint (pouce, gros orteil, index, main dominante) et atteinte d’un seul ongle.
- E comme extension du pigment sur la peau du repli (signe de Hutchinson).
- F comme antécédent personnel ou familial de mélanome ou de nævus atypiques.
Aucun critère n’est à lui seul une preuve. Le signe de Hutchinson a des imitateurs (pseudo-Hutchinson par transparence chez l’enfant, notamment). La confirmation passe par une biopsie de matrice, souvent après dermoscopie. L’amputation du doigt, longtemps le geste de référence, est devenue un dernier recours. La Cleveland Clinic décrit d’abord l’exérèse chirurgicale, souvent de tout l’appareil unguéal ; DermNet évoque aussi, pour les formes in situ ou très précoces, des approches conservant l’os, réservées à des équipes expérimentées. Le pronostic dépend surtout de l’épaisseur au diagnostic. La Cleveland Clinic cite environ 95 % de survie quand la tumeur est prise tôt, et des chiffres qui peuvent descendre vers 15 % en cas de dissémination ; une méta-analyse rapportée par DermNet situe la survie à cinq ans près de 77 % pour cette localisation, souvent découverte tard.

Comment séparer hématome et mélanome
L’hématome apparaît en heures après un choc, ou s’installe au fil des semaines de sport. Il forme une tache plutôt arrondie, rouge puis noire, qui se décale vers le bout de l’ongle. Le mélanome s’installe en mois, reste ancré à la racine, s’élargit souvent du côté de la cuticule et peut déborder sur la peau.
DermNet insiste sur un détail utile. Un ongle proximal d’aspect normal éloigne une lésion mélanocytaire de la matrice. Si une bande de tablette saine s’intercale entre la cuticule et la tache, et que cet intervalle s’élargit, le sang « sort » avec la pousse. Si la couleur renaît toujours au même endroit sous la cuticule, la source est dans la matrice.
La dermoscopie (onychoscopie) montre, dans l’hématome, des plages homogènes, des globules périphériques, des stries distales, sans le réseau irrégulier du mélanome. Ces signes se lisent au cabinet, pas sur une photo de téléphone. En cas d’incertitude, DermNet recommande un suivi photographique plutôt qu’une conclusion hâtive.
| Élément observé | Hématome sous-unguéal | Mélanome de l’ongle |
|---|---|---|
| Déclenchement | Choc ou frottements, souvent en heures | Installation lente, parfois sans traumatisme |
| Forme | Tache ovale, bords qui s’estompent | Bande longitudinale, bords souvent irréguliers |
| Migration | Avance vers le bord libre avec la pousse | Reste liée à la matrice, s’élargit parfois à la racine |
| Peau autour de l’ongle | Pas de pigment mélanique du repli | Signe de Hutchinson possible |
| Ongles voisins | Un seul doigt ou orteil blessé | Un seul ongle suspect ; les autres souvent indemnes |
| Évolution sans traitement | S’élimine en 6 à 9 mois environ | Persiste, s’élargit, peut fendre ou saigner |
Ces lignes sont des aides, pas un diagnostic. Un mélanome peut saigner et mimer un hématome. Un hématome récidivant au même endroit peut cacher une tumeur. Toute tache immobile par rapport à la racine, ou associée à une dystrophie, mérite un avis spécialisé plutôt qu’une nouvelle couche de vernis.
Drainage, radio et soins après un traumatisme
Le drainage (trépanation de la tablette) consiste à percer un petit trou pour laisser s’échapper le sang et faire chuter la pression. Il s’adresse à un hématome douloureux, tablette et replis encore intacts, dans les quarante-huit heures. Passé un à deux jours, le sang a généralement coagulé : le Merck Manual (révision de mai 2025) indique alors que le geste ne soulage plus.
Les recommandations plus anciennes faisaient enlever la tablette dès que l’hématome couvrait plus de 50 % de la surface, ou plus de 25 % en cas de fracture associée. StatPearls, actualisé le 24 juin 2025, rapporte que plusieurs études ont trouvé des résultats esthétiques comparables avec la seule trépanation dans les cas non compliqués, quelle que soit la taille. L’ablation et la suture du lit se réservent à une tablette arrachée, une plaie du lit, une fracture déplacée ou une atteinte de la matrice germinative. Le Merck Manual continue de citer une surface douloureuse souvent supérieure à 50 % comme indication typique du drainage, et de ne rien percer si l’hématome est petit, peu douloureux ou déjà évacué tout seul. Les deux textes se rejoignent sur l’essentiel : on draine pour la douleur, on n’ouvre pas un ongle « non traumatique » au cas où.
Le geste se fait après désinfection, parfois sous anesthésie locorégionale. Un cautère électrique ou une aiguille de gros calibre crée l’orifice. Les ongles acryliques interdisent le cautère, car le plastique peut s’enflammer. Le soulagement est en général immédiat. Du sang peut suinter un à deux jours. Il faut garder le doigt propre et sec ; faire tremper la main dans l’évier favorise la contamination. Les antibiotiques systématiques n’ont pas d’appui, même en cas de fracture de la phalange distale, d’après le Merck Manual et StatPearls. Une attelle en extension pendant environ quatre semaines concerne les fractures non déplacées, avec un suivi de la main ou du pied selon l’habitude locale.
À la maison, après un choc simple sans drainage, le repos relatif, la glace enveloppée et un chaussage large suffisent souvent. Signalez au médecin une douleur qui revient, une chaleur, une rougeur extensive, du pus ou de la fièvre. Si, des semaines plus tard, la tache ne s’est pas décalée vers le bout, StatPearls oriente vers un dermatologue pour écarter une lésion de la matrice.
Traitement d’une mycose de l’ongle
Traiter une onychomycose n’a rien d’un soin de quelques jours. L’ongle doit être remplacé, trois à six mois pour un ongle de main, jusqu’à dix-huit mois pour un orteil, rappelle l’AAFP en 2021. Même quand le champignon a disparu des prélèvements, la tablette reste laide tant que la kératine malade n’est pas sortie.
Chez l’adulte sans contre-indication hépatique, la terbinafine orale arrive en première ligne dans la revue de l’AAFP de 2021, appuyée notamment sur la revue Cochrane de 2017 (48 essais, 10 200 personnes), parce qu’elle obtient plus souvent une guérison clinique et mycologique que les azolés, pour un risque d’effets indésirables comparable. Le schéma cité aux États-Unis est 250 mg par jour pendant six semaines pour les mains et douze semaines pour les orteils ; le taux de guérison clinique des orteils s’étage entre 38 % et 76 % selon les études rassemblées. La FDA américaine demande un dosage des transaminases avant de commencer ; le suivi biologique ultérieur n’est pas systématique chez l’adulte immunocompétent. En France, le médecin ou le pharmacien appliquent l’autorisation et le protocole locaux : n’achetez pas ce comprimé sans prescription, et signalez nausées, fatigue inhabituelle, urines foncées ou douleur de l’hypochondre droit.
Les laques (ciclopirox 8 % et autres) conviennent surtout aux formes superficielles ou distales limitées, sans atteinte de la matrice, et sur peu d’ongles. Le ciclopirox sur ongle d’orteil n’atteint qu’environ 6 % à 9 % de guérison complète à 48 semaines dans les essais cités par l’AAFP. L’itraconazole reste une alternative ; le fluconazole hebdomadaire est parfois utilisé hors AMM américaine. Les récidives concernent 20 % à 25 % des personnes dans les deux ans. Désinfecter chaussures et chaussettes, traiter un pied d’athlète dès les premières fissures, et éviter de marcher pieds nus dans les douches collectives réduisent ce risque, sur la base d’avis d’experts repris par l’AAFP et la Mayo Clinic.
Les « huiles miracles » et le simple vinaigre n’ont, dans cette revue, que de petits essais. Ils ne remplacent pas un traitement dont l’indication a été confirmée au laboratoire. En cas de diabète, de douleur, de saignement périunguéal ou de difficulté à marcher, la Mayo Clinic conseille de consulter plutôt que d’attendre.
Quand consulter pour un ongle noir
Un bleu évident après un choc, peu douloureux, qui commence à laisser une bande claire près de la cuticule, peut se surveiller. Tout le reste gagne à être vu. L’American Academy of Dermatology demande un rendez-vous pour une bande brune nouvelle, un pigment sur la peau voisine, un ongle qui se fend, se soulève ou se déforme.
Après un traumatisme, il faut consulter sans délai si la douleur s’aggrave, si le saignement continue, ou si une fracture est plausible, d’après la Cleveland Clinic. Un doigt ou un orteil écrasé, ouvert, insensible, ou un saignement que la compression n’arrête pas relèvent du 15 ou du 112. Un diabète connu, une artériopathie ou un déficit immunitaire abaissent le seuil : l’infection d’un pied se propage plus vite.
| Signe | Conduite | Délai |
|---|---|---|
| Douleur pulsatile dans les 48 h après un choc | Avis médical pour un drainage éventuel | Le jour même si la douleur augmente |
| Saignement non contrôlé, plaie ouverte, insensibilité | Appeler le 15 ou le 112 | Immédiat |
| Fracture suspectée, doigt en maillet | Urgences ou médecin, radiographie | Le jour même |
| Bande brune ≥ 3 mm, un seul ongle, bords flous | Dermatologue, dermoscopie | Sans attendre des mois |
| Pigment sur la peau du repli (Hutchinson) | Dermatologue | Rapide |
| Diabète et ongle épaissi, douloureux ou décollé | Médecin traitant | Rapidement |
| Coloration figée à la racine, ou récidive au même endroit | Dermatologue | Contrôle photo puis avis |
| Rougeur chaude, pus, fièvre après blessure | Médecin ou urgences | Le jour même |
Des photos datées, la liste des médicaments (chimiothérapie, antipaludiques, antirétroviraux) et le nombre d’ongles atteints aident le clinicien. Une question utile porte sur la lisière saine sous la cuticule, et sur le pigment qui renaîtrait à la racine. La réponse oriente vers l’attente d’une pousse ou vers une biopsie.
Questions fréquentes
Un ongle noir tombe-t-il forcément ?
Non. Beaucoup d’hématomes restent sous une tablette qui tient. Si beaucoup de sang s’est collecté, l’ongle peut se décoller et tomber dans les semaines suivantes ; le Merck Manual note que cette perte vient de l’hématome, pas du drainage. Un ongle d’orteil met souvent près d’un an à se reconstruire complètement, parfois davantage s’il s’agit d’une mycose.
Combien de temps avant que la tache disparaisse ?
La Cleveland Clinic situe le dégagement visuel d’un hématome autour de six à neuf mois, le temps que la tablette avance. Un ongle de main va plus vite qu’un ongle d’orteil. Tant que la zone sombre s’éloigne de la cuticule, le scénario reste celui d’un bleu. Une couleur qui renaît toujours au même point n’est plus un simple résidu de sang.
Peut-on percer soi-même un ongle noir ?
Non. Le drainage est un geste médical, dans un délai court, sur un hématome douloureux à tablette intacte. Percer à domicile avec un trombone ou une aiguille de couture risque d’infecter le lit et de le blesser. La Cleveland Clinic demande de ne pas l’essayer chez soi.
Une crème antimycosique suffit-elle pour un ongle noir ?
Rarement, et jamais en quelques jours. D’abord, le noir n’est pas toujours une mycose. Ensuite, même confirmée, une onychomycose d’orteil se traite souvent par voie orale après un prélèvement, pendant des semaines, avec une tablette qui met des mois à renaître. Les laques ont des taux de guérison complète modestes (de l’ordre de 6 % à 9 % pour le ciclopirox à 48 semaines dans les essais cités par l’AAFP).
Une bande noire sur un seul ongle est-elle grave ?
Pas forcément, mais c’est le profil qui justifie un examen. Une bande unique, large d’au moins 3 mm, irrégulière, chez un adulte, surtout sur le pouce ou le gros orteil, entre dans les critères ABCDEF. Plusieurs bandes étroites et stables sur plusieurs ongles, chez une personne à peau foncée, évoquent d’abord une mélanonychie bénigne. Seul un clinicien tranche, parfois par biopsie.
Le soleil rend-il les ongles noirs cancéreux ?
Le mélanome de l’ongle n’est pas attribué aux ultraviolets, contrairement à beaucoup de mélanomes de la peau, d’après la Cleveland Clinic et DermNet. L’écran solaire reste utile pour le dos des mains, pas comme prévention spécifique de cette tumeur. Le geste utile est de regarder régulièrement ses vingt ongles.
Faut-il une radio après un gros orteil bleu ?
Pas pour chaque petite tache indolore. Après un écrasement, une douleur persistante ou une suspicion de phalange cassée, une radiographie cherche une fracture de l’extrémité osseuse, d’après StatPearls et DermNet. Une fracture change l’immobilisation, pas forcément le geste sur l’ongle.
Conclusion
La plupart des ongles noirs sont des bleus sous la tablette. Ils font mal le premier jour, puis s’effacent à la vitesse d’une pousse lente, six à neuf mois pour beaucoup d’orteils. Le drainage n’est utile que tôt, pour la douleur, et n’efface pas la couleur du jour au lendemain. Une mycose se confirme au laboratoire et se traite en semaines de médicament, pas en jours de crème. Une bande unique qui s’élargit, un pigment sur la peau du repli, un ongle qui se fend sans choc, ou une couleur figée à la base sortent de ce scénario banal et relèvent du dermatologue.
Le changement pratique des dernières années concerne surtout l’hématome étendu. On ne retire plus automatiquement la tablette au-delà de 50 % de surface. StatPearls 2025 réserve la chirurgie aux plaies du lit et aux fractures déplacées. Pour le mélanome, l’amputation n’est plus le premier réflexe ; l’enjeu reste d’arriver avant l’invasion, avec une biopsie de matrice plutôt qu’avec un vernis couvrant.
Prenez aujourd’hui une photo de l’ongle à côté d’une pièce ou d’une règle, notez la date, et revoyez-la dans trois à quatre semaines. Si une lisière claire s’est élargie sous la cuticule, le sang sort. Si la couleur renaît à la racine, ou si l’un des signes du tableau d’alerte est là, demandez à votre médecin traitant un avis dermatologique et, le cas échéant, une dermoscopie. N’attendez pas que « ça parte tout seul » lorsqu’aucun traumatisme n’explique la tache.
Sources
- Subungual Hematoma: Bleeding & Bruising Under the Nail. Cleveland Clinic, 26 septembre 2024.
- Subungual Melanoma (Nail Melanoma): Symptoms and Treatment. Cleveland Clinic, 2 janvier 2024.
- Melanonychia: What It Is, Causes & Treatment. Cleveland Clinic, 10 novembre 2025.
- Nail fungus – Symptoms and causes. Mayo Clinic, 15 mai 2024.
- Symptoms of Ringworm. Centers for Disease Control and Prevention, 21 octobre 2026.
- Phillips M : Subungual haemorrhage. DermNet, mars 2020.
- Seebacher NA : Melanoma of the nail unit: A Complete Overview. DermNet, février 2022.
- Streitz MJ : How To Do Nail Trephination. Merck Manual Professional Edition, mai 2025.
- Frazier WT, Santiago-Delgado ZM, Stupka KC : Onychomycosis: Rapid Evidence Review. American Family Physician, octobre 2021.
- Kreijkamp-Kaspers S, Hawke K, Guo L et al. : Oral antifungal medication for toenail onychomycosis. Cochrane Database of Systematic Reviews, 14 juillet 2017.
- Sequeira Campos MB, Launico MV : Subungual Hematoma Drainage. StatPearls, 24 juin 2025.
- How to check your nails for melanoma. American Academy of Dermatology, 7 mai 2021.
