
Pendant l’orgasme féminin, l’imagerie par résonance magnétique fonctionnelle (IRMf) montre une activité qui grimpe progressivement, atteint un pic dans des régions sensorielles, de récompense, frontales et du tronc cérébral, puis redescend. L’étude de Wise, Frangos et Komisaruk, parue en 2017 dans The Journal of Sexual Medicine, n’a pas trouvé de « mise hors circuit » du cortex frontal ou temporal au moment du pic.
Une idée reçue pèse plus lourd que n’importe quelle image colorée. Dans un échantillon américain de 1 055 femmes âgées de 18 à 94 ans, interrogées en juin 2015 par Herbenick, Fu, Arter, Sanders et Dodge, 18,4 % seulement déclaraient que la pénétration vaginale suffisait à elle seule. 36,6 % avaient besoin d’une stimulation clitoridienne pendant le rapport, et 36 % supplémentaires trouvaient l’orgasme plus agréable si le clitoris était aussi stimulé. Attendre un orgasme « automatique » par pénétration, comme on le décrit souvent pour l’éjaculation, ne correspond pas à ce que vivent la plupart des femmes.
Le bulletin de pratique n° 213 de l’American College of Obstetricians and Gynecologists (ACOG), qui remplace en juillet 2019 le bulletin n° 119 d’avril 2011, estime qu’environ 43 % des femmes aux États-Unis déclarent un problème sexuel et que 12 % en éprouvent une détresse personnelle. Dans l’IRMf de 2017, le mouvement de tête a été limité à moins de 1,3 mm ; la stimulation a duré de 87 à 829 secondes et l’orgasme de 10 à 59 secondes. Pour le trouble orgasmique, l’ACOG place encore l’apprentissage de la stimulation, notamment la masturbation dirigée, au premier rang des soins, devant tout médicament.
Ce que l’IRMf enregistre pendant l’orgasme
L’IRMf ne photographie pas un « centre de l’orgasme ». Elle suit, toutes les deux secondes, le signal BOLD, c’est-à-dire la variation locale d’oxygène liée au débit sanguin, pendant que la femme indique le début et la fin de l’orgasme. Wise, Frangos et Komisaruk ont scanné dix participantes dans un appareil Siemens Trio de 3 teslas, avec un masque thermoplastique et un collier cervical qui ramenaient le mouvement de tête à une moyenne inférieure à 1,3 mm.
Quatorze femmes avaient été recrutées. Deux n’ont pas eu d’orgasme dans le scanner, deux enregistrements ont été écartés pour raison technique. Les dix dossiers retenus concernaient des femmes de 29 à 74 ans (moyenne 43,6 ans), toutes décrites comme très facilement orgasmiques. Chaque séance comprenait une stimulation clitoridienne par soi-même et une stimulation par le partenaire, dans un ordre contrebalancé. Faute d’effectif égal et à cause d’effets d’ordre, les auteurs n’ont gardé que le premier orgasme de chaque femme, soit cinq auto-stimulations et cinq stimulations par le partenaire.
La durée de la stimulation a varié de 87 à 829 secondes, celle de l’orgasme de 10 à 59 secondes, celle de la récupération de 23 à 89 secondes. Pour comparer des moments équivalents, l’équipe a découpé des fenêtres d’au plus 20 secondes, au début, au milieu et à la fin de la stimulation, puis au début de l’orgasme et au début de la récupération. L’activité montait progressivement, culminait pendant l’orgasme, puis diminuait. Aucune région n’était moins active pendant l’orgasme que pendant la ligne de base globale, ni dans le cortex frontal, ni dans le cortex temporal.
Cette carte a une limite nette. Elle décrit des femmes qui atteignent l’orgasme dans un tunnel bruyant, la tête immobilisée, en pressant un bouton. Elle ne dit pas ce qui manque chez une femme qui n’y parvient pas. Elle ne mesure pas non plus l’ocytocine dans le sang. Le pic hypothalamique observé au début de l’orgasme est une variation de signal, pas un dosage hormonal.
Quelles régions du cerveau s’activent
Au pic, l’IRMf de 2017 montre une activation étendue, pas une seule tache. Comparé aux vingt premières secondes de stimulation, l’orgasme recrutait le noyau accumbens, l’insula, le cortex cingulaire antérieur, le cortex orbitofrontal, l’opercule (cortex somatosensoriel secondaire), le lobule paracentral (cortex sensoriel génital), le cervelet, l’hippocampe, l’amygdale, l’hypothalamus, l’aire tegmentale ventrale et le raphé dorsal.
Le suivi toutes les deux secondes, sur les dix secondes avant et après le début de l’orgasme, précise le tempo. Dans la plupart des régions analysées, la hausse était d’abord progressive, puis plus abrupte au moment où la participante signalait le début. Le noyau accumbens et l’hypothalamus se distinguaient par une montée marquée dès cet instant. Le cervelet, le tronc cérébral inférieur, le cortex somatosensoriel secondaire et le cortex frontal étaient déjà élevés en fin de stimulation et montaient encore. Le lobule paracentral, l’hippocampe et l’insula grimpaient de façon plus régulière.
| Région | Observation en IRMf (2017) | Lecture prudente |
|---|---|---|
| Noyau accumbens | Pic net dès le début de l’orgasme | Circuit de la récompense, pas une preuve de « plaisir chimique » dosé |
| Hypothalamus | Hausse abrupte au début de l’orgasme | Activation locale ; aucun dosage d’hormone dans cette étude |
| Lobule paracentral | Hausse progressive puis pic | Cortex sensoriel génital, réponse au toucher clitoridien |
| Cervelet | Déjà élevé en fin de stimulation | Cohérent avec les contractions musculaires du bassin |
| Insula et cingulaire antérieur | Pic par rapport au début de stimulation | Intégration sensorielle et émotionnelle, pas un diagnostic |
| Aire tegmentale ventrale et raphé | Activation du tronc cérébral au pic | Voies de la dopamine et de la sérotonine, échantillon de 10 |
Wise et ses collègues rappellent une observation plus ancienne de Whipple et Komisaruk (1985), selon laquelle le seuil de douleur pouvait plus que doubler pendant l’orgasme. Dans l’IRMf de 2017, le raphé dorsal et le noyau cuneiformis, impliqués dans l’analgésie endogène, étaient actifs. Cela peut contribuer à expliquer une baisse transitoire de la douleur perçue. Cela ne fait pas de l’orgasme un antalgique prescrit, ni un traitement d’une douleur pelvienne.
Le gyrus angulaire droit et l’opercule apparaissaient aussi dans une analyse plus exploratoire (seuil statistique moins strict) qui comparait l’orgasme aux vingt secondes juste avant. Les auteurs relient le gyrus angulaire à des états de perception altérée. Cette lecture reste une hypothèse, car le contraste principal, au seuil habituel, ne montrait pas de différence nette entre la fin de stimulation et l’orgasme, tant les deux périodes se ressemblaient.
Pourquoi TEP et IRMf ne dessinent pas la même carte
Deux techniques ont produit deux récits. En 2006, Georgiadis, Kortekaas, Kuipers et leurs collègues ont mesuré le débit sanguin cérébral régional par tomographie par émission de positons (TEP) à l’eau marquée à l’oxygène 15 chez 12 femmes en bonne santé. Quatre conditions étaient comparées, le repos, l’orgasme par stimulation clitoridienne, la stimulation sexuelle sans orgasme, et l’imitation motrice de l’orgasme. L’orgasme s’accompagnait surtout d’une baisse de débit dans le cortex orbitofrontal latéral gauche, le gyrus temporal inférieur et le pôle temporal antérieur.
La TEP a aussi montré des corrélations utiles. La variabilité de la pression rectale, témoin des contractions pelviennes, allait de pair avec le débit des noyaux cérébelleux profonds gauches. Le niveau d’excitation perçue allait de pair avec le mésencéphale ventral et le noyau caudé droit. Georgiadis et coll. interprétaient la baisse orbitofrontale comme une forme de désinhibition comportementale, et la baisse temporale comme un marqueur d’excitation élevée.
La revue et méta-analyse de Stoléru, Fonteille, Cornélis, Joyal et Moulier, parue en 2012 dans Neuroscience & Biobehavioral Reviews, demandait déjà de lire les cartes TEP de l’orgasme avec prudence. La résolution temporelle de la TEP est de l’ordre de la minute, ce qui impose de préparer un traceur radioactif juste avant un événement dont le délai varie. L’IRMf, elle, enregistre en continu. Wise et coll. citent explicitement cet avertissement. Ils avaient d’abord pensé que la discordance venait du mode de stimulation (soi-même contre partenaire). Dans leur propre série, le contraste frontal ou temporal entre les deux modes n’était pas significatif. Ils en concluent que la méthode d’imagerie, plus que la main qui stimule, explique l’écart.
Aucune des deux cartes n’est « la » vérité universelle. La TEP de 2006 reposait sur 12 femmes et un instantané de débit. L’IRMf de 2017 reposait sur 10 femmes très orgasmiques et un signal BOLD. Stoléru et coll. notent aussi que, chez l’homme, l’éjaculation a été associée à une baisse d’activation préfrontale. Confondre orgasme féminin, éjaculation masculine et « cerveau éteint » mélange trois objets distincts.
Après une lésion de la moelle, le nerf vague
Une lésion complète de la moelle épinière au-dessus de T10 n’interdit pas toujours la sensation génitale ni l’orgasme. En 2004, Komisaruk, Whipple, Crawford et leurs collègues ont enregistré en IRMf des femmes présentant une telle lésion pendant une auto-stimulation vaginale et cervicale. Le noyau du tractus solitaire, dans le bulbe, où aboutissent les fibres du nerf vague, s’activait. Le nerf vague contourne la moelle et offre une voie possible pour une information qui n’emprunte plus les racines sacrées.
Pendant l’orgasme, les régions actives rejoignaient en partie celles des femmes sans lésion, notamment le noyau paraventriculaire de l’hypothalamus, l’amygdale, l’accumbens, l’hippocampe, le putamen, le cervelet, le cingulaire antérieur, l’insula, les cortex pariétaux et frontaux, et le tronc cérébral inférieur. L’équipe a aussi utilisé un critère objectif, une hausse du seuil de douleur au doigt pendant la stimulation cervicale, pour vérifier que la voie fonctionnait.
Cette observation n’autorise pas à dire que « tout le monde peut jouir malgré une lésion ». Elle montre qu’une carte unique « moelle puis cerveau » est trop simple. Elle explique aussi pourquoi un examen neurologique et un interrogatoire précis sur le niveau de lésion, les sensations restantes et la douleur font partie de l’évaluation quand l’orgasme change après un traumatisme, une chirurgie pelvienne ou une sclérose en plaques. Le médecin appliquera les recommandations locales ; ces travaux américains ne remplacent pas un avis de neurologie ou de médecine physique en France.
Pourquoi certaines femmes n’atteignent pas l’orgasme
L’anorgasmie, ou trouble orgasmique féminin, n’est pas « un orgasme manqué un soir ». D’après les critères repris par l’ACOG en 2019 et par le Manuel Merck (révision d’octobre 2026), il s’agit d’un retard marqué, d’une rareté, d’une absence ou d’une intensité nettement réduite, sur presque tous les rapports, depuis au moins six mois, avec une détresse personnelle. Si l’absence d’orgasme ne vous pèse pas, la Mayo Clinic (29 février 2024) ne la classe pas comme un trouble.
La Cleveland Clinic, mise à jour le 23 janvier 2023, distingue quatre formes. Dans la forme primaire, ou de toujours, vous n’avez jamais eu d’orgasme. Dans la forme secondaire, ou acquise, vous en aviez et vous n’en avez plus, situation fréquente autour de la ménopause. Dans la forme situationnelle, l’orgasme n’arrive que dans certains contextes, souvent en auto-stimulation. Dans la forme généralisée, il n’arrive dans aucune situation, même avec du désir. Jusqu’à 15 % des femmes déclarent n’avoir jamais eu d’orgasme ; MedlinePlus (révision du 29 mai 2026) situe ce chiffre entre 10 et 15 %, et ajoute que jusqu’à la moitié des femmes ne sont pas satisfaites de la fréquence de leurs orgasmes.
Le Manuel Merck cite, d’après une revue de Davis dans le New England Journal of Medicine (2024), une anorgasmie avec détresse chez environ 8 % des femmes de moins de 40 ans, 7 % entre 40 et 64 ans et 6 % à 65 ans et plus. L’ACOG, elle, décrit une détresse sexuelle (tous domaines confondus) d’environ 10 % entre 18 et 44 ans, 15 % entre 45 et 64 ans, puis 9 % entre 65 et 85 ans. Les dénominateurs ne sont pas les mêmes. Un problème d’orgasme n’est pas toute la sexualité, et un chiffre de prévalence ne dit pas ce que vous vivez.
Plusieurs couches se superposent souvent. Le Manuel Merck range les causes selon un modèle biopsychosocial. Du côté biologique figurent le diabète, la sclérose en plaques, la douleur chronique, une lésion médullaire, une affection vulvaire, la baisse d’œstrogènes à la ménopause, les antihypertenseurs et les antidépresseurs, surtout les inhibiteurs sélectifs de la recapture de la sérotonine (ISRS). Du côté psychologique figurent la dépression, l’anxiété, la distraction (« se regarder de l’extérieur » pendant le rapport) et l’image du corps. Du côté relationnel figurent un lien émotionnel ténu, une colère non dite, une communication pauvre sur ce qui plaît et un trouble sexuel du partenaire. Du côté culturel figurent la honte, une éducation sexuelle limitée, et l’idée fausse que la pénétration devrait suffire.
Médicaments, maladies et ménopause
Un médicament commencé récemment peut suffire à expliquer un orgasme qui s’éloigne. La Mayo Clinic liste les traitements de la tension, les antipsychotiques, les antihistaminiques et surtout les ISRS. La Cleveland Clinic y ajoute les antidépresseurs tricycliques et les inhibiteurs de la monoamine oxydase. La fiche grand public de l’ACOG, mise à jour en janvier 2025, range aussi les anticholinergiques, certains contraceptifs oraux et l’hormonothérapie, l’alcool, le cannabis et les opioïdes parmi les substances qui peuvent gêner la sexualité. N’arrêtez pas un antidépresseur de votre propre chef. Parlez-en à celui ou celle qui l’a prescrit. Un changement de molécule, un ajustement de dose ou, dans certains cas d’effets indésirables des ISRS, l’ajout de bupropion ont été discutés par l’ACOG ; la décision reste individuelle et suit la pratique locale.
Les maladies de longue durée pèsent aussi. Diabète, sclérose en plaques, vessie hyperactive, douleur pelvienne, endométriose, sécheresse vulvovaginale, vaginisme, chirurgie gynécologique ou cancer avec radiothérapie pelvienne figurent dans les listes de la Mayo Clinic et de MedlinePlus. L’alcool peut freiner le système nerveux. Le tabac peut réduire le débit sanguin vers les organes génitaux. Après un accouchement, l’ACOG souligne que déchirures, épisiotomie, césarienne, allaitement (sécheresse) et dépression du post-partum augmentent le risque de douleur et de baisse de désir ; toute tristesse durable après la naissance mérite un avis rapide, indépendamment de l’orgasme.
Jusqu’à 50 % des femmes ménopausées présentent un syndrome génito-urinaire de la ménopause, terme introduit en 2014 par l’International Society for the Study of Women’s Sexual Health et la North American Menopause Society, repris par l’ACOG. Il rassemble sécheresse, brûlure, moins de lubrification, douleur au rapport et urgences urinaires. L’œstrogène vaginal à faible dose est, dans ce bulletin américain, le traitement hormonal préféré quand le trouble sexuel vient de cet état. L’œstrogène systémique à faible dose, seul ou avec un progestatif, peut être une alternative si des bouffées de chaleur s’y ajoutent. Ces produits ne sont pas un traitement de l’anorgasmie en dehors d’un état hypoestrogénique. MedlinePlus rappelle que les compléments hormonaux « pour mieux jouir » restent non prouvés, avec des risques à long terme encore mal cernés.
Ce qui aide selon les recommandations
Aucun comprimé n’a convaincu les essais pour le trouble orgasmique lui-même. La page de traitement de la Mayo Clinic (29 février 2024) le dit clairement, les données ne suffisent pas à recommander un médicament spécifique. L’ACOG réserve la flibansérine au désir hypoactif chez certaines femmes avant la ménopause, avec des précautions sur l’alcool, et déconseille le sildénafil hors essai pour les troubles du désir et de l’excitation. Le premier levier du trouble orgasmique reste l’éducation sexuelle concrète, c’est-à-dire l’anatomie, le rôle du clitoris, le temps de stimulation et le droit de dire ce qui plaît.
La masturbation dirigée, série d’exercices à la maison pour apprendre ce qui produit du plaisir, est le soin le plus solidement cité par l’ACOG et par le Manuel Merck. Le focus sensoriel, pour un couple, commence par un toucher non érotique puis ajoute peu à peu des zones plus intimes, afin de baisser l’anxiété de performance. La thérapie cognitivo-comportementale et les approches de pleine conscience peuvent aider, y compris dans une anorgasmie acquise. Une thérapie de couple ou un suivi spécialisé a du sens si la communication bloque, si un partenaire a lui-même un trouble, ou si un traumatisme sexuel est en cause. L’ACOG demande alors une approche informée par le trauma.
- Une stimulation clitoridienne manuelle, orale ou avec un vibromasseur peut suffire quand la pénétration seule ne produit pas d’orgasme.
- Changer de position pour mieux exposer le clitoris pendant un rapport est une piste citée par la Mayo Clinic.
- Les lubrifiants à base d’eau ou de silicone, compatibles avec un préservatif, réduisent la friction et la douleur.
- Un kinésithérapeute du plancher pelvien peut être utile s’il existe une douleur, une incontinence ou une hypertonie.
- Les produits à base de L-arginine ou d’autres extraits « pour la libido » n’ont pas assez de données, d’après la Mayo Clinic.
Un vibromasseur n’est pas un aveu d’échec. L’ACOG note que la plupart des appareils en vente libre sont à bas risque et que les soignants peuvent encourager à les essayer, d’abord seule, puis à deux si vous le souhaitez. Le Manuel Merck rappelle qu’environ 18,4 % des femmes déclarent un orgasme par pénétration seule. Pour les autres, ajouter le clitoris n’est pas une ruse, c’est l’anatomie. Le médecin ou le pharmacien vous orientera vers ce qui est disponible et adapté en France ; les autorisations de médicaments américains ne s’y transposent pas automatiquement.
Quand parler de l’orgasme à un médecin
Parlez-en si la difficulté dure, si elle vous attriste, si elle pèse sur le couple, ou si elle est apparue avec un médicament, une opération, une ménopause ou une maladie. La Mayo Clinic invite à consulter dès que votre vie sexuelle vous inquiète, sans attendre un seuil « grave ». L’ACOG constate que beaucoup de femmes n’en parlent que si on leur pose la question. Une phrase simple suffit, par exemple « J’ai du mal à atteindre l’orgasme et cela me pèse ».
Le premier rendez-vous est surtout un entretien. On vous demandera depuis quand cela dure, si cela arrive seule et avec un partenaire, s’il y a de la douleur, de la sécheresse, une baisse de désir, un antécédent de violence ou d’agression, les médicaments, l’humeur, le sommeil. Un examen pelvien n’est pas obligatoire à chaque fois ; il le devient s’il y a douleur, saignement, sécheresse marquée ou doute sur une affection locale. Les analyses de sang ne sont pas le premier réflexe, sauf suspicion d’une cause médicale. MedlinePlus note que l’examen est le plus souvent normal, ce qui n’invalide pas votre ressenti.
| Situation | Ce que vous pouvez faire | Qui voir |
|---|---|---|
| Orgasme absent ou très rare depuis 6 mois, avec détresse | Noter contexte, médicaments, douleur, désir | Médecin traitant ou gynécologue |
| Début juste après un ISRS ou un antihypertenseur | Ne pas arrêter le traitement soi-même | Prescripteur du médicament |
| Douleur, sécheresse, brûlure au rapport | Lubrifiant ; éviter savons parfumés et lingettes | Gynécologue ; œstrogène local parfois discuté |
| Jamais d’orgasme, ou seulement en auto-stimulation | Apprendre la stimulation clitoridienne, sans honte | Sexologue ou thérapeute de couple formé |
| Lésion médullaire, sclérose en plaques, chirurgie pelvienne | Décrire les sensations restantes et la douleur | Neurologue, médecin de médecine physique ou gynécologue selon le suivi |
| Violence, agression, peur du partenaire | Se mettre en sécurité d’abord | 15 ou 112 si danger immédiat ; suivi informé par le trauma |
Une douleur pelvienne brutale, des saignements abondants, un malaise, ou une situation de violence relèvent des urgences. Composez le 15 (SAMU) ou le 112. Une tristesse qui empêche de vous alimenter, de dormir ou qui s’accompagne d’idées noires, surtout après un accouchement, relève du même appel. Le reste se discute au cabinet, sans dramatiser. L’anorgasmie est fréquente, souvent multifactorielle, et souvent accessible à une éducation précise plus qu’à une « pilule de l’orgasme ».
Questions fréquentes
L’orgasme féminin se voit-il vraiment sur une IRMf ?
Oui, l’IRMf peut suivre une hausse puis un pic d’activité, à condition que la femme atteigne l’orgasme dans le scanner et que la tête bouge très peu. L’étude de 2017 l’a montré chez dix participantes, avec des fenêtres de 20 secondes et un enregistrement toutes les deux secondes. Cet examen n’est pas un test de routine. Il sert à la recherche, pas à « prouver » que vous avez ou n’avez pas d’orgasme.
Faut-il une pénétration pour atteindre l’orgasme ?
Non. Dans l’enquête de Herbenick et coll. (2018), 18,4 % des femmes déclaraient qu’un rapport avec pénétration suffisait à lui seul. 36,6 % avaient besoin d’une stimulation clitoridienne pendant le rapport. La plupart des femmes, selon MedlinePlus et le Manuel Merck, ont besoin de cette stimulation pour aboutir. Ce n’est pas une exception, c’est le schéma le plus fréquent.
Un antidépresseur peut-il bloquer l’orgasme ?
Oui, les ISRS sont parmi les médicaments le plus souvent liés à un orgasme retardé ou absent, d’après la Mayo Clinic et la Cleveland Clinic. D’autres psychotropes, certains antihypertenseurs et des antihistaminiques peuvent aussi gêner. Signalez-le à celui ou celle qui a prescrit le traitement. Un arrêt brutal n’est pas la solution ; un changement encadré peut l’être.
Combien de femmes n’ont jamais eu d’orgasme ?
Environ 10 à 15 % des femmes n’ont jamais eu d’orgasme, selon MedlinePlus ; la Cleveland Clinic cite jusqu’à 15 %. Beaucoup d’autres en ont de façon inconstante, sans que cela soit un trouble si aucune détresse n’est là. Le diagnostic de trouble orgasmique exige six mois, une fréquence élevée des échecs et une souffrance personnelle.
L’IRMf sert-elle à soigner une anorgasmie ?
Non. Les cartes de 2017 et de 2004 aident à comprendre des circuits, elles ne constituent pas un traitement. L’ACOG et la Mayo Clinic s’appuient sur l’éducation, la masturbation dirigée, le focus sensoriel, la thérapie et, le cas échéant, le traitement d’une cause médicale. Aucun neurofeedback en IRMf n’est un soin validé pour l’anorgasmie dans ces documents.
L’absence d’orgasme à chaque rapport est-elle un trouble ?
Pas à elle seule. Beaucoup de femmes n’ont pas d’orgasme à chaque rencontre et n’en souffrent pas ; la Mayo Clinic ne parle alors pas de trouble. Le trouble suppose une difficulté marquée, répétée, durable, et une détresse. L’ACOG ajoute que certaines femmes ont un orgasme sans le reconnaître comme tel, ce qui se travaille par l’information plus que par un examen.
Conclusion
L’orgasme féminin, vu en IRMf, est une montée coordonnée qui culmine dans le noyau accumbens, l’hypothalamus, le cortex sensoriel génital, le cervelet et une large part du cerveau, puis s’apaise. La TEP de 2006 dessinait surtout des baisses orbitofrontales et temporales ; la revue de Stoléru en 2012 demandait déjà de ne pas figer cette carte. Dix cerveaux très orgasmiques dans un appareil de 3 teslas ne résument pas toutes les femmes, et encore moins celles qui n’atteignent pas l’orgasme.
Si vous cherchez un prochain geste utile, partez de trois questions à poser à votre médecin traitant ou à votre gynécologue. Quel médicament ou quelle maladie pourrait freiner l’orgasme ? Comment intégrer une stimulation clitoridienne sans la vivre comme un échec ? Existe-t-il, près de chez vous, un sexologue ou un thérapeute formé à la sexualité ? Emmenez la liste de vos traitements et, si vous le souhaitez, votre partenaire.
La stimulation qui marche pour vous, le temps qu’il faut, et le droit de ne pas transformer chaque rapport en examen, valent plus qu’une image colorée. L’IRMf a rendu visible une séquence longtemps racontée à l’aveugle. Elle n’a pas créé une obligation de « performer » sous scanner, ni une promesse de médicament miracle.
Sources
- Wise NJ, Frangos E, Komisaruk BR : Brain Activity Unique to Orgasm in Women: An fMRI Analysis. The Journal of Sexual Medicine, 4 octobre 2017.
- Stoléru S, Fonteille V et al. : Functional neuroimaging studies of sexual arousal and orgasm in healthy men and women: a review and meta-analysis. Neuroscience & Biobehavioral Reviews, juillet 2012.
- Georgiadis JR, Kortekaas R et al. : Regional cerebral blood flow changes associated with clitorally induced orgasm in healthy women. European Journal of Neuroscience, 11 décembre 2006.
- Komisaruk BR, Whipple B et al. : Brain activation during vaginocervical self-stimulation and orgasm in women with complete spinal cord injury: fMRI evidence of mediation by the vagus nerves. Brain Research, 14 octobre 2004.
- Herbenick D, Fu TJ et al. : Women’s Experiences With Genital Touching, Sexual Pleasure, and Orgasm: Results From a U.S. Probability Sample of Women Ages 18 to 94. Journal of Sex & Marital Therapy, 2018.
- American College of Obstetricians and Gynecologists : Female Sexual Dysfunction. Obstetrics & Gynecology, juillet 2019.
- Your Sexual Health. American College of Obstetricians and Gynecologists, mis à jour en janvier 2025.
- Anorgasmia in women – Symptoms and causes. Mayo Clinic, 29 février 2024.
- Anorgasmia in women – Diagnosis and treatment. Mayo Clinic, 29 février 2024.
- Anorgasmia: Causes, Symptoms, Diagnosis & Treatment. Cleveland Clinic, 23 janvier 2023.
- Christmas M, Bedell A, Siston A : Female Orgasmic Disorder. Merck Manual Professional Edition, mis à jour en octobre 2026.
- Orgasmic dysfunction in women. MedlinePlus, 29 mai 2026.
