Porphyrie cutanée tardive : symptômes et traitement

Porphyrie cutanée tardive : symptômes et traitement

La porphyrie cutanée tardive (PCT) est une maladie du foie dans laquelle des porphyrines s’accumulent et rendent la peau fragile, surtout au dos des mains. Des bulles apparaissent après le soleil ou un frottement minime, et le traitement vise à baisser le fer hépatique, à évacuer les porphyrines ou, s’il existe une hépatite C, à traiter le virus.

Un simple gant, un week-end en terrasse ou le frottement d’un outil peut ouvrir des cloques qui croûtent pendant des semaines. Beaucoup de personnes y voient une allergie solaire, alors que le mécanisme est chimique. Les porphyrines déposées dans la peau s’activent surtout vers 400 nm, dans la lumière visible. Dans une cohorte norvégienne de 2019, le risque de carcinome hépatocellulaire était nettement plus élevé que dans la population générale, même si le risque annuel reste lié surtout à l’état du foie.

Environ 5 à 10 personnes sur 100 000 sont concernées, d’après le National Institute of Diabetes and Digestive and Kidney Diseases. Les saignées visent souvent une ferritine proche de 20 µg/L. Quand une hépatite C chronique est présente, un essai publié en 2023 a observé une rémission clinique de la PCT chez tous les patients dont le virus était éradiqué, sans phlébotomie ni hydroxychloroquine.

Qu’est-ce que la porphyrie cutanée tardive

La PCT est la forme la plus fréquente des porphyries, un groupe de maladies rares liées à la fabrication de l’hème, le noyau de l’hémoglobine. Elle touche surtout la peau et le foie. Elle n’est pas une « maladie du sang » au sens d’une anémie d’emblée, même si l’hème se trouve dans les globules rouges : l’enzyme défaillante, l’uroporphyrinogène décarboxylase (UROD), est inhibée dans le foie.

Huit enzymes transforment des précurseurs en hème. Quand l’UROD, cinquième étape, fonctionne à moins d’environ 20 % de la normale dans le foie, les intermédiaires s’accumulent, s’oxydent en porphyrines et passent dans le plasma, l’urine et la peau. Une revue de 2024 du programme éducatif de l’American Society of Hematology estime la fréquence à 5 à 10 personnes pour 100 000, le plus souvent à l’âge mûr.

La maladie se déclare le plus souvent après 40 ans, plus souvent chez les hommes, d’après le National Institute of Diabetes and Digestive and Kidney Diseases. L’enfance est exceptionnelle. Les porphyries aiguës, elles, donnent des crises de douleur abdominale, de faiblesse ou de confusion. La PCT, à l’inverse, ne provoque pas ces attaques neurologiques. Confondre les deux change le risque, car certains médicaments dangereux pour une porphyrie aiguë restent utilisables ici.

Le médecin traitant, un dermatologue ou un hépatologue pose le diagnostic. En France, le schéma de soins suit la pratique locale ; les chiffres et protocoles cités plus bas viennent de sources américaines et internationales, pas d’une recommandation française que nous n’avons pas lue.

Femme sombre regardant par la fenêtre, représentant la porphyrie.

Pourquoi des cloques apparaissent sur les mains

Les bulles naissent parce que les porphyrines, une fois dans la peau, absorbent la lumière et libèrent des radicaux qui abîment la jonction entre l’épiderme et le derme. Le dos des mains est le siège le plus fréquent, devant le visage, les avant-bras, les oreilles et le cuir chevelu. La phototoxicité est retardée : beaucoup de patients ne relient pas les lésions au soleil.

La peau se déchire au moindre frottement, laisse des cicatrices et des taches plus foncées ou plus claires, s’épaissit par endroits et peut se couvrir d’une pilosité excessive, souvent aux tempes ou au menton, selon la Cleveland Clinic. Après rupture, les bulles croûtent, parfois s’infectent, et laissent des cicatrices atrophiques. De petits kystes blancs, les grains de milium, apparaissent surtout au dos des mains. Une urine plus foncée est possible, car le foie excrète l’excès d’uroporphyrines.

Le tableau n’est pas une brûlure immédiate comme dans la protoporphyrie érythropoïétique, où la douleur survient en minutes. Ici le quotidien ressemble à une peau « en papier » qui cloque après le jardinage, le volant ou une bague. Une conjonctivite est possible, sans atteinte des autres muqueuses, note le Merck Manual (mise à jour 2025).

Quelques signes cutanés accompagnent souvent les bulles.

  • La peau exposée se déchire après un choc minime, puis cicatrise lentement en laissant une tache.
  • Une hypertrichose du visage peut épaissir les poils des tempes, des joues ou du menton.
  • Des plaques cireuses et dures, dites pseudosclérodermie, apparaissent parfois sur les zones photoexposées.
  • Les grains de milium, petites bosses blanches, se groupent surtout après des bulles répétées au dos des mains.

Tant que les porphyrines circulantes restent hautes, de nouvelles lésions peuvent apparaître. Quand les taux baissent sous traitement, les bulles neuves s’arrêtent, mais les cicatrices déjà formées ne s’effacent pas toujours.

Causes et facteurs qui déclenchent la maladie

La PCT survient quand plusieurs facteurs abaissent l’activité hépatique de l’UROD jusqu’au seuil symptomatique. Le fer du foie est au centre. Les radicaux liés au fer oxydent l’uroporphyrinogène et forment un inhibiteur de l’enzyme, souvent décrit comme un uroporphométhène. Sans ce cocktail, une surcharge en fer isolée, même une hémochromatose homozygote, ne suffit en général pas à déclencher la maladie.

Les facteurs les plus souvent retrouvés, d’après la revue ASH 2024, sont la consommation d’alcool, l’infection chronique par le virus de l’hépatite C, le tabac, les œstrogènes (contraception orale, traitement hormonal, parfois œstrogènes prescrits pour un cancer de la prostate), le VIH, un variant pathogène du gène UROD et l’hémochromatose liée à HFE. La plupart des patients en cumulent au moins trois. Jusqu’à 80 % rapportent une consommation d’alcool importante dans certaines séries, alors que seule une petite minorité des gros buveurs développe une PCT.

L’alcool et l’hépatite C abaissent l’hepcidine, hormone qui bride l’absorption du fer. Plus de fer arrive au foie, le stress oxydatif monte, l’UROD s’enraye. Les œstrogènes agiraient par des cycles d’oxydoréduction ; le tabac, peut-être via le cytochrome P450 1A2. Le mécanisme du VIH reste mal élucidé. Une insuffisance rénale terminale favorise aussi la PCT, car les porphyrines passent mal en dialyse et le fer iatrogène s’accumule.

Des toxiques historiques, hexachlorobenzène et hydrocarbures polyhalogénés, ont déclenché des épidémies. Ils restent rares aujourd’hui. Les médicaments qui précipitent une crise de porphyrie aiguë, listés dans les bases dédiées, ne déclenchent pas la PCT, souligne le Merck Manual. Cette distinction évite d’interdire à tort des traitements utiles.

Retirer les facteurs modifiables (alcool, tabac, fer inutile, œstrogènes oraux) réduit le risque de récidive. Cela ne remplace pas, dans la plupart des cas, un traitement spécifique, sauf parfois quand on guérit une hépatite C.

Forme sporadique et forme familiale

Environ 75 à 80 % des cas sont sporadiques (type 1). Le gène UROD est alors normal, l’enzyme n’est inhibée que dans le foie, et la maladie apparaît à l’âge mûr. Les 20 à 25 % restants sont familiaux (type 2). Un variant UROD se transmet sur le mode autosomique dominant, l’activité enzymatique est d’emblée d’environ 50 % dans tous les tissus, et d’autres facteurs doivent encore la faire chuter sous 20 % dans le foie. Un type 3, très rare, est familial sans variant UROD identifié.

Les deux formes principales se ressemblent sur la peau et se soignent de la même façon. La forme familiale peut commencer un peu plus tôt, parfois dans l’enfance. La pénétrance est basse, et la plupart des porteurs d’un variant UROD n’auront jamais de bulles. La prévalence de la seule forme familiale est estimée à environ 8 cas par million dans GeneReviews (mise à jour 2022), en partant d’une PCT globale vers 40 par million.

La porphyrie hépatoérythropoïétique, homozygote ou hétérozygote composite pour UROD, est ultrarare. Elle débute dans la petite enfance, avec une photosensibilité plus grave, parfois une anémie et une splénomégalie. Le zinc-protoporphyrine érythrocytaire, très élevé, la sépare de la PCT de l’adulte.

Tester UROD n’est pas le premier examen. On confirme d’abord le profil biochimique. Si un variant est trouvé, les apparentés peuvent, s’ils le souhaitent, connaître leur statut pour éviter alcool, tabac, fer et œstrogènes inutiles. Le risque que leurs enfants tombent malades reste faible, précisément parce qu’il faut d’autres facteurs.

Quels examens confirment le diagnostic

Le diagnostic est biochimique, pas clinique seul. Une peau fragile et des bulles font penser à la PCT, mais la porphyrie variegata et la coproporphyrie héréditaire donnent des lésions presque identiques. Les traiter par saignées répétées ne sert à rien et, dans la variegata, un médicament porphyrinogène peut déclencher une crise neurologique. Une douleur abdominale inexpliquée ou des signes nerveux dans le passé doivent faire chercher une porphyrie mixte.

Le plasma et l’urine montrent des porphyrines très élevées, surtout uroporphyrine et porphyrine heptacarboxylée. Les selles peuvent contenir de l’isocoproporphyrine, assez spécifique d’un blocage de l’UROD. Le porphobilinogène urinaire reste normal ; l’acide delta-aminolévulinique reste normal ou n’est que modestement augmenté. L’analyse de fluorescence du plasma aide à séparer la porphyrie variegata, dont le pic se situe vers 626 nm, d’un pic vers 615-620 nm plus évocateur de PCT.

Une biopsie cutanée montre une bulle sous-épidermique et des vaisseaux hyalinisés, mais elle ne distingue pas les porphyries bulleuses entre elles. L’activité UROD des globules rouges, diminuée d’environ 50 % dans le type 2, est moins fiable que le génotypage. Les porphyrines des globules rouges restent normales ou à peine élevées, contrairement à la porphyrie érythropoïétique congénitale.

Tout patient avec une PCT confirmée doit être testé pour l’hépatite C et le VIH. On dose fer, ferritine et capacité totale de fixation. Si la surcharge est probable, on cherche les variants HFE de l’hémochromatose. Un bilan hépatique, parfois une élastométrie, cherche une fibrose. La Mayo Clinic rappelle que le diagnostic de porphyrie repose sur un cocktail de sang, d’urine et de selles, pas sur un seul tube.

La pseudoporphyrie mime les bulles sans élever les porphyrines. Furosémide, tétracyclines, sulfamides, naproxène et autres anti-inflammatoires, dialyse et UVA en sont des causes classiques. Traiter une pseudoporphyrie par saignées est une erreur : d’où l’intérêt d’attendre le profil porphyrinique avant la première poche de sang.

Saignées et hydroxychloroquine à faible dose

Deux traitements spécifiques ont une efficacité élevée une fois le diagnostic posé. Les saignées (phlébotomies) retirent le fer qui entretient l’inhibiteur de l’UROD. L’hydroxychloroquine à très faible dose, ou la chloroquine, mobilise les porphyrines hépatiques vers l’urine. On peut les combiner, mais ce n’est en général pas nécessaire. Le médecin choisit selon le fer, l’anémie, l’accès veineux et les maladies associées.

Un schéma fréquent, décrit dans la revue ASH 2024, retire environ 450 mL toutes les deux semaines, jusqu’à une ferritine proche de 20 ng/mL (20 µg/L). Si des symptômes de carence apparaissent, un objectif vers 50 µg/L peut suffire. On arrête souvent après 6 à 8 séances, même si des bulles persistent encore, car pousser plus loin n’apporte rien et finit par provoquer une anémie. Les porphyrines continuent de baisser pendant des mois. Le Merck Manual cite plutôt 6 à 10 séances, parfois hebdomadaires au début, stoppées quand la ferritine passe un peu sous la normale. En cas d’hémochromatose, la cible de ferritine se situe souvent entre 50 et 150 µg/L, et les saignées se poursuivent au long cours.

L’hydroxychloroquine à 100 mg deux fois par semaine a été comparée aux saignées dans un essai pilote de 2012 (Singal et coll., Clinical Gastroenterology and Hepatology). Le délai médian pour normaliser les porphyrines plasmatiques était de 6,1 mois contre 6,9 mois, sans différence statistiquement nette ; la non-infériorité n’était pas démontrée, mais l’observance était meilleure sous comprimés. La chloroquine à 125 mg deux fois par semaine est une alternative. Les doses habituelles d’antipaludéen ou de rhumatisme sont dangereuses ici : elles peuvent libérer un trop-plein de porphyrines et léser le foie. Le traitement s’arrête après normalisation des porphyrines. Un avis ophtalmologique de départ reste souvent demandé, même si le risque rétinien de ce schéma court et minuscule est jugé minime.

Traitement Schéma souvent cité Objectif de suivi Situations fréquentes
Saignées 450 mL toutes les 1 à 2 semaines Ferritine vers 20 µg/L (ASH 2024) Surcharge en fer, première ligne dans beaucoup de centres
Hydroxychloroquine 100 mg par voie orale, 2 fois par semaine Porphyrines plasmatiques normales Phlébotomie difficile, fer peu élevé
Chloroquine 125 mg 2 fois par semaine Même objectif porphyrinique Alternative si l’hydroxychloroquine n’est pas retenue
Antiviraux C Durée usuelle du VHC (8 à 24 semaines dans l’essai) ARN viral indétectable et arrêt des bulles neuves PCT active plus hépatite C chronique
Photoprotection Vêtements, gants, oxyde de zinc ou de titane Limiter les bulles tant que les porphyrines sont hautes Tous les patients en phase active

Les chélateurs du fer sont moins efficaces et plus contraignants. Ils restent une option si l’insuffisance rénale et l’anémie interdisent les saignées. Dans ce contexte, l’érythropoïétine peut soutenir une phlébotomie prudente. L’hydroxychloroquine marche mal en dialyse, car les complexes porphyrine-médicament s’éliminent mal. Le médecin adaptera le schéma ; les doses ci-dessus viennent de publications américaines, pas d’une notice française.

Illustration de photosensibilité liée à la porphyrie.

Hépatite C, fer et autres leviers

Quand une hépatite C chronique accompagne la PCT, la stratégie a changé. L’essai NCT03118674, publié en 2023 dans Digestive Diseases and Sciences, a traité 15 patients (13 hommes, génotype 1) par ledipasvir 90 mg plus sofosbuvir 400 mg seuls, sans saignée ni hydroxychloroquine. Parmi 13 patients évaluables, 12 ont obtenu une guérison virale ; tous ces 12 ont eu une rémission clinique durable de la PCT (plus de bulles neuves). Un patient en rechute virale a ensuite été guéri par sofosbuvir-velpatasvir. La revue ASH 2024 en tire une règle pratique américaine : donner d’abord une combinaison antivirale efficace, et n’ajouter saignées ou hydroxychloroquine que si le virus persiste ou si la surcharge en fer est marquée.

Le manuel Merck, dans sa mise à jour 2025, retient aussi les antiviraux d’action directe, tout en notant que la preuve d’une correction métabolique complète à long terme reste incomplète. Les anciens interférons pouvaient au contraire aggraver la PCT ; cette époque ne doit plus dicter le choix si un antiviral oral est accessible. Le VIH, s’il est présent, se traite en parallèle. En France, l’hépatologue ou le médecin traitant prescrit selon les molécules disponibles et le stade du foie.

Arrêter l’alcool de façon durable et cesser de fumer (y compris le cannabis) fait partie du traitement, pas d’un conseil vague. Les œstrogènes oraux se suspendent pendant la phase active. Après rémission, un patch transdermique à faible dose est parfois repris, avec un risque résiduel d’absorption. Un stérilet au cuivre évite l’hormone. Les compléments de fer n’ont leur place qu’en carence documentée.

La vaccination contre les hépatites A et B est recommandée par plusieurs équipes américaines, car un foie déjà sollicité n’a pas besoin d’une seconde infection. Un régime pauvre en fer n’est pas obligatoire ; GeneReviews le juge raisonnable surtout en cas de variant HFE, avec moins de viande rouge et de foie. Rien de tout cela ne remplace les saignées ou l’hydroxychloroquine quand elles sont indiquées.

Comment protéger la peau au quotidien

Tant que les porphyrines plasmatiques sont élevées, la lumière visible reste l’ennemi, pas seulement les UVB du bronzage. Les écrans solaires classiques qui bloquent les ultraviolets sont inefficaces contre la PCT, écrit le Merck Manual. Les filtres minéraux à l’oxyde de zinc ou de titane, opaques, aident un peu. Les filtres qui absorbent les UVA, notamment certains dibenzoylméthanes, peuvent offrir une protection partielle. Vêtements longs, gants pour le jardinage ou le bricolage, chapeau à large bord et lunettes restent la base.

Percer une bulle neuve avec une aiguille stérile et laisser le toit en place limite l’infection ; arracher la peau l’aggrave. Toute rougeur chaude, pus ou fièvre mérite un avis médical rapide, parfois des antibiotiques. Des dermocorticoïdes peuvent calmer la douleur d’une bulle, au prix d’un amincissement cutané et d’un risque infectieux s’ils sont trop longs. La Mayo Clinic recommande un SPF d’au moins 30 pour une exposition courte et 50 pour une durée plus longue, en plus des vêtements, et des filtres aux fenêtres. Ces chiffres concernent la photoprotection générale des porphyries cutanées, pas un écran « PCT-spécifique ».

Éviter le soleil réduit la vitamine D. Un dosage et, si besoin, une supplémentation se discutent avec le médecin, comme le proposent la Mayo Clinic et le NIDDK, sans que ces pages fixent une dose unique. Les antalgiques oraux soulagent les lésions douloureuses ; le choix du produit, y compris le paracétamol, revient au prescripteur, surtout si le foie est déjà abîmé.

La photoprotection peut souvent se relâcher une fois les porphyrines normalisées, mais les cicatrices et la fragilité résiduelle demandent encore des gants pour les travaux manuels. Reprendre l’alcool « un verre de temps en temps » est le piège le plus fréquent des récidives.

Foie, cirrhose et risque de cancer

La PCT est une porphyrie hépatique. Presque tous les patients ont des signes de foie sollicité, avec des transaminases parfois un peu hautes, une sidérose, une stéatose ou une inflammation portale. Le Merck Manual cite une cirrhose chez au plus 35 % des patients et un carcinome hépatocellulaire dans 7 à 24 % de certaines séries anciennes, surtout chez des hommes d’âge mûr. Ces fourchettes mélangent alcool, virus et fer ; elles ne veulent pas dire qu’un patient traité aujourd’hui a une chance sur quatre d’un cancer.

La cohorte nationale norvégienne de Baravelli et coll. (2019) a trouvé un risque de carcinome hépatocellulaire multiplié par 19,7 (intervalle 8,8-44,0) par rapport à la population générale, et encore 3,1 fois plus élevé qu’une comparaison avec des personnes aux antécédents d’abus d’alcool. Le risque de décès prématuré était accru (rapport de risques 1,5), surtout par maladies du foie, cancers et intoxications aiguës. GeneReviews (2022) situe la cirrhose vers 30 à 40 % des formes familiales quand hépatite C et alcool s’ajoutent, et conseille une surveillance annuelle par alpha-fœtoprotéine et échographie, tous les six mois en cas de cirrhose. Le NIDDK dit la même chose sans figer le rythme : selon le risque, prises de sang et imagerie.

Traiter la PCT et ses cofacteurs (virus, fer, alcool) est déjà une prévention hépatique. Il n’existe pas, dans les sources lues, de consigne unique « PCT sans fibrose = dépistage à vie ». Le dialogue porte sur la fibrose réelle, le virus, l’alcool et l’hémochromatose. Un diabète est plus souvent rapporté ; GeneReviews propose une glycémie à jeun annuelle, surtout si la tension dépasse 135/80 mm Hg. Ce n’est pas une fatalité métabolique, c’est un point de suivi.

Le pronostic cutané est bon quand on va au bout du traitement et qu’on enlève les déclencheurs. Le pronostic vital dépend du foie, pas des cloques. C’est pourquoi une PCT « qui va mieux sur les mains » ne clôt pas le dossier hépatique.

Porphyrie cutanée tardive, quand voir un médecin

Des bulles répétées au dos des mains, une peau qui se déchire, une pilosité nouvelle du visage ou une urine foncée après 40 ans justifient un rendez-vous, surtout s’il existe une hépatite C, une forte consommation d’alcool, un traitement œstrogénique ou une hémochromatose familiale. Apportez des photos des lésions : le jour de la consultation, les cloques peuvent avoir croûté.

Le médecin peut demander des porphyrines plasmatiques et urinaires (idéalement à l’abri de la lumière), un profil fractionné, parfois des selles, plus des sérologies VHC et VIH, une ferritine et un bilan hépatique. N’entamez pas des saignées « au cas où » ni une hydroxychloroquine à dose rhumatismale. Si une porphyrie variegata n’a pas été écartée, un antalgique ou un antibiotique anodin en apparence peut être dangereux.

Certains signes ne doivent pas attendre le créneau de ville.

  • Une plaie bulleuse qui devient chaude, très douloureuse, avec pus ou fièvre, peut traduire une infection des tissus mous.
  • Un jaunissement des yeux, une ascite, une confusion ou un saignement digestif oriente vers une décompensation du foie.
  • Une douleur abdominale intense, une faiblesse des membres ou une urine rouge avec troubles neuropsychiques évoque plutôt une porphyrie aiguë jusqu’à preuve du contraire.
  • Un malaise après une saignée (pâleur, vertige, chute) impose d’interrompre le geste et de s’allonger.

Dans ces situations, appelez le 15 (SAMU) ou le 112. Ce n’est pas le mode habituel de la PCT, qui évolue en semaines, mais l’infection cutanée et la maladie du foie existent. Pour le suivi ordinaire, le médecin traitant coordonne dermatologue, hépatologue ou interniste et, si un variant UROD est identifié, un conseil génétique.

Questions fréquentes

La porphyrie cutanée tardive est-elle héréditaire ?

Dans 75 à 80 % des cas, non. La forme sporadique n’est pas transmise par un gène UROD. Dans 20 à 25 % des cas, un variant UROD familial prédispose, mais la plupart des porteurs restent sans symptômes. Un test génétique se discute après confirmation biochimique, surtout s’il y a d’autres cas dans la famille.

Peut-on reprendre une contraception hormonale après le traitement ?

Les œstrogènes oraux se stoppent pendant la phase active, car ils entretiennent le stress oxydatif hépatique. Après rémission et normalisation des porphyrines, un relais transdermique à faible dose est parfois repris, selon le Merck Manual, avec un risque résiduel. Le choix (stérilet, progestatif, patch) se fait avec le médecin qui suit la PCT.

Les médicaments interdits dans les porphyries aiguës le sont-ils aussi ?

Non. Le Merck Manual indique clairement que les médicaments qui déclenchent une porphyrie aiguë ne déclenchent pas la PCT. La liste « safe/unsafe » des crises neurologiques ne s’applique donc pas telle quelle. Restent à éviter, pendant la maladie active, œstrogènes oraux, fer inutile, alcool et les photosensibilisants de la pseudoporphyrie.

Combien de temps faut-il pour que les cloques s’arrêtent ?

Dans l’essai de 2012, la rémission biochimique médiane demandait un peu plus de six mois, que l’on prélève du sang ou que l’on prenne l’hydroxychloroquine à 100 mg deux fois par semaine. Les bulles neuves cessent souvent plus tôt, quand les porphyrines baissent ; les cicatrices mettent plus longtemps. En cas d’hépatite C traitée par antiviraux d’action directe, la peau peut s’améliorer pendant le traitement antiviral lui-même.

Faut-il tester toute la famille ?

Pas systématiquement. Si un variant UROD a été identifié, les apparentés peuvent choisir un test pour savoir s’ils doivent éviter alcool, tabac, fer et œstrogènes. GeneReviews souligne que la pénétrance est basse : un enfant qui hérite du variant a un faible risque de maladie clinique. Sans variant, le dépistage familial génétique n’a pas d’intérêt.

L’écran solaire classique suffit-il contre les cloques ?

Non. Les crèmes conçues pour les UV ne bloquent pas assez la lumière visible qui excite les porphyrines. Vêtements, gants et écrans opaques au zinc ou au titane sont plus utiles tant que les taux restent hauts. Une fois les porphyrines normalisées, la photosensibilité diminue fortement.

Diagnostic de la porphyrie cutanée tardive, crédit photo : M Lecha, H Puy, JC Deybach.

Conclusion

La PCT n’est pas une fatalité cutanée ni une porphyrie aiguë déguisée. C’est une inhibition acquise de l’UROD dans un foie trop chargé en fer et en oxydants, que l’on peut souvent faire taire en retirant le fer, en évacuant les porphyrines à très petite dose d’hydroxychloroquine, ou en guérissant une hépatite C avec les antiviraux d’action directe. Les mains cicatrisent plus vite que le dossier hépatique ne se referme.

Le geste le plus utile, si des bulles reviennent au dos des mains, est d’obtenir un profil de porphyrines (plasma et urine) avant toute saignée, plus une sérologie d’hépatite C, un VIH, une ferritine et un regard sur l’alcool et les œstrogènes. Demandez aussi comment votre foie sera surveillé (enzymes, fibrose, et imagerie s’il existe une cirrhose). Gardez des photos des lésions.

Si une plaie se surinfecte, si le blanc de l’œil jaunit ou si une douleur abdominale violente s’accompagne de faiblesse, le 15 ou le 112 est le bon numéro. Pour le reste, le rendez-vous chez le médecin traitant, avec les résultats déjà faits s’il y en a, démarre un traitement qui, dans la majorité des cas, arrête les cloques neuves en quelques mois.

Sources

  1. Porphyria Cutanea Tarda. Merck Manual Professional Edition, mis à jour en avril 2025.
  2. Porphyria – NIDDK. National Institute of Diabetes and Digestive and Kidney Diseases, mis à jour en juillet 2020.
  3. Porphyria – Symptoms and causes. Mayo Clinic, 5 avril 2023.
  4. What Is Porphyria? Symptoms, Causes & Treatment. Cleveland Clinic, 10 mars 2025.
  5. Leaf RK, Dickey AK : Porphyria cutanea tarda: a unique iron-related disorder. Hematology. American Society of Hematology Education Program, 6 décembre 2024.
  6. Rudnick S, Phillips J, Bonkovsky H : Familial Porphyria Cutanea Tarda. GeneReviews, 9 juin 2022.
  7. Singal AK, Kormos-Hallberg C, Lee C et al. : Low-dose hydroxychloroquine is as effective as phlebotomy in treatment of patients with porphyria cutanea tarda. Clinical Gastroenterology and Hepatology, décembre 2012.
  8. Bonkovsky HL, Rudnick SP, Ma CD et al. : Ledipasvir/Sofosbuvir Is Effective as Sole Treatment of Porphyria Cutanea Tarda with Chronic Hepatitis C. Digestive Diseases and Sciences, juin 2023.
  9. Baravelli CM, Sandberg S, Aarsand AK et al. : Porphyria cutanea tarda increases risk of hepatocellular carcinoma and premature death: a nationwide cohort study. Orphanet Journal of Rare Diseases, 3 avril 2019.

À propos de l’auteur

Pauline Cécile TessierRédactrice médicale

J’ai fait mes études d’infirmière à l’IFSI La Capelette. Après mon congé maternité, je me suis tournée vers la rédaction et la relecture de textes médicaux. Pour chaque article, je lis les recommandations officielles, les études et les guides cliniques, et j’utilise aussi des outils d’IA dans mon travail. Chaque affirmation peut être vérifiée dans les sources citées de l’article.