Betterave et urine rouge : causes et quand consulter

Betterave et urine rouge : causes et quand consulter

Après un plat de betterave rouge, l’urine et les selles peuvent passer au rose ou au rouge vif parce que la bétanine, pigment du tubercule, n’est pas toujours dégradée et ressort telle quelle. Ce phénomène s’appelle béturie quand il touche l’urine ; il est bénin dans la grande majorité des cas et ne signifie pas, à lui seul, un saignement.

La couleur dans la cuvette arrive surtout aux selles. L’urine rouge, elle, ne concerne qu’environ 10 à 14 % des personnes, d’après la fiche urologique de la Cleveland Clinic révisée le 15 octobre 2025 et une étude britannique de Watts et coll. sur 100 adultes. Beaucoup de lecteurs croient pourtant à une hémorragie dès la première tache écarlate, alors que le pigment alimentaire suffit à expliquer le tableau.

Le pic d’élimination urinaire se situe souvent entre 2 et 4 heures après un jus, avec une demi-vie proche de 7,4 heures dans un essai de 2005. Si la couleur dure plus de 48 heures après la dernière betterave, ou si elle apparaît sans betterave, mûre ni rhubarbe, il faut écarter un vrai sang. Une brûlure en urinant, de la fièvre ou une douleur de flanc sortent de ce cadre alimentaire. Le médecin traitant, au besoin le 15 ou le 112, prennent le relais.

Pourquoi la betterave colore l’urine et les selles

La betterave rouge contient des bétalaïnes, surtout la bétanine, un pigment violet-rouge stable dans une fourchette d’acidité étroite. Quand ce pigment traverse l’intestin sans être décoloré, il teinte les selles. Quand une fraction passe dans le sang puis les reins, il teinte l’urine.

L’estomac détruit une grande partie de la couleur. Watts et coll. ont montré, chez le rat comme chez l’humain, que les bétacyanines sont instables en milieu acide et que ni le foie ni le rein n’expliquent à eux seuls qui a une urine rouge. Si l’acidité gastrique est faible, ou si l’estomac se vide trop vite, davantage de pigment arrive au côlon. C’est pourquoi les selles rouges, sans nom médical dédié, sont beaucoup plus fréquentes que l’urine rouge, car le pigment n’a pas besoin d’entrer dans le sang pour colorer les matières.

Une fois dans le sang, la filtration rénale suffit. Les volontaires de Frank et coll. qui buvaient 500 mL de jus commercial (362,7 mg de bétalaïnes) n’en retrouvaient que 0,28 % dans les urines des 24 heures, sous forme de bétanine et d’isobétanine intactes. La quantité est minuscule, mais l’œil humain détecte très bien le rose. Le NIDDK rappelle qu’il suffit aussi d’un très petit volume de sang pour faire virer l’urine au rose, au rouge ou au brun. La teinte, seule, ne dit pas si l’on a affaire à un pigment ou à une hématurie.

La préparation change l’intensité. La Cleveland Clinic note que les betteraves crues et le jus donnent souvent une teinte plus marquée que les betteraves cuites, et que les poudres ou arômes industriels de betterave colorent rarement l’urine. Les betteraves jaunes, moins spectaculaires dans l’assiette, peuvent malgré tout rosir les selles ou l’urine, car elles portent encore de la bétanine.

Trois aliments voisins font le même tour de passe-passe visuel. La Mayo Clinic, page revue le 11 octobre 2025, range les mûres et la rhubarbe avec la betterave parmi les causes alimentaires d’urine rose ou rouge. Les fèves, en grande quantité, peuvent plutôt brunir l’urine. Rien de tout cela n’est du sang.

Betterave fraîche et colorée

Qu’est-ce que la béturie et qui la présente

La béturie est l’apparition d’une urine rose, rouge ou parfois brune après avoir mangé de la betterave ou un aliment coloré avec son jus. Elle n’est pas une maladie. Elle décrit seulement le passage visible du pigment.

Chez 100 adultes qui avalaient 60 mg d’extrait de betterave, Watts et coll. ont mesuré des récupérations urinaires de bétacyanine 1 entre 0,06 et 0,54 % en huit heures. La distribution était asymétrique, sans deux pics nets qui séparaient « excréteurs » et « non-excréteurs ». Quatre personnes seulement avaient une urine visiblement rouge, et elles se situaient dans le haut de la fourchette. L’idée ancienne d’un trait génétique simple, tout ou rien, ne tient plus devant ces chiffres.

Le même travail, et la fiche de 2025, retiennent pourtant une fourchette de 10 à 14 % pour l’urine rouge visible après une portion suffisante. L’écart entre « pigment dosable » et « cuvette rouge » explique beaucoup de souvenirs contradictoires. On peut excréter un peu de bétanine sans que personne ne le remarque, surtout si l’on a beaucoup bu.

Certaines situations rendent la couleur plus probable. La Cleveland Clinic cite la carence en fer, l’excès de fer (hémochromatose), un intestin qui absorbe mal (maladie cœliaque, maladie inflammatoire chronique de l’intestin), un rein qui filtre mal, et les inhibiteurs de la pompe à protons prescrits pour un reflux. L’allergie à la betterave, longtemps invoquée, n’est plus retenue comme cause de la teinte. Une réaction histaminique reste possible chez de rares personnes, mais elle se juge sur d’autres signes (urticaire, gêne respiratoire), pas sur la couleur des urines.

Les selles rouges après betterave n’ont pas la même valeur d’alerte que l’urine rouge. Elles disent surtout que le pigment a atteint le côlon. L’urine rouge dit qu’une fraction a franchi la barrière intestinale. Les deux peuvent coexister après le même repas.

Bétalaïnes, absorption et élimination

Les bétalaïnes se divisent en bétacyanines rouges-violettes et en bétaxanthines jaunes-orangées. Dans la betterave rouge, la bétanine et son épimère, l’isobétanine, dominent. Ce ne sont pas des anthocyanes, les pigments de la plupart des fruits rouges, et leur destin digestif n’est pas le même.

Eastwood et Nyhlin ont montré que la bétalaïne se décolore sous l’effet de l’acide chlorhydrique, des ions ferriques et de préparations de bactéries coliques, mais pas sous l’effet des enzymes du pancréas ou de la muqueuse. Chez l’animal, le pigment donné par la bouche ne produisait pas de béturie, alors que l’injection péritonéale le faisait. Chez des volontaires sans béturie, le même pigment associé à 1 g d’acide oxalique colorait enfin l’urine. Le mélange passait dans des iléostomies sans béturie. Les auteurs concluent que l’absorption utile a lieu dans le côlon, à condition que la couleur survive jusqu’à là.

Les chiffres plus récents confirment une biodisponibilité très basse. Wang et coll., dans Food Chemistry (30 mars 2024), n’ont récupéré que 0,13 % de la dose dans les urines. Onze composés apparaissaient, surtout (iso)bétanine (64,1 %) puis (iso)bétanidine. Le pic d’excrétion se situait entre 2 et 4 heures pour la plupart des molécules. Les profils urinaires et fécaux étaient liés. Plus le pigment tenait dans l’intestin, plus on en retrouvait dans l’urine. Le microbiote, variable d’une personne à l’autre, explique une bonne part de ces écarts. Ce n’est pas la preuve que la betterave « nourrit les bonnes bactéries » ; c’est la preuve que les bactéries dégradent le colorant.

Frank et coll. avaient déjà décrit, chez six femmes en bonne santé, une élimination rapide, proche d’un modèle à un compartiment, avec un pic médian à 3,0 heures (2,5 à 8,0) et une demi-vie terminale de 7,43 ± 1,47 heures. Au-delà de 24 heures, il ne reste presque plus de pigment mesurable. Une urine encore franchement rouge le surlendemain d’un unique repas de betterave sort de cette cinétique.

Watts et coll. écartent deux fausses pistes. Le foie isolé du rat ne métabolisait pas les pigments de façon détectable. Après injection veineuse, environ 80 % de la dose ressortait dans l’urine, avec une clairance rénale proche de la clairance plasmatique. La béturie n’est donc pas un « foie qui ne sait pas faire » ni un « rein qui laisse tout passer ». Elle naît en amont, dans l’estomac et le côlon.

Fer, oxalate et acidité gastrique

Trois leviers reviennent dans les travaux de terrain, à savoir le fer, l’acidité et l’oxalate. Aucun n’autorise à poser un diagnostic sur la seule couleur de la cuvette.

La série de Watson, Luke et Inall, publiée en 1963 dans le BMJ et encore citée par Watts, trouvait une béturie chez environ 14 % des personnes sans anémie, chez environ 80 % des anémies ferriprives non traitées, et chez environ 45 % des personnes traitées pour anémie de Biermer (anémie pernicieuse). Ce sont des observations anciennes, sur des effectifs d’époque. Elles restent utiles comme ordre de grandeur. Là où l’absorption du fer est accélérée, le pigment passe plus souvent. Une correspondance du Lancet (2001) rappelait que, chez sept patients « affamés de fer », la couleur disparaissait après huit jours de fer. La Cleveland Clinic de 2025, plus prudente, ne s’en sert pas comme test de dépistage. Un urologue qui entend parler de béturie peut regarder le dernier hémogramme ; il ne prescrit pas une betterave pour « voir si vous manquez de fer ».

L’oxalate protège la couleur. Eastwood et Nyhlin ont utilisé 1 g d’acide oxalique, une dose expérimentale, pas une poignée d’épinards. Dans cette condition de laboratoire, des adultes sans béturie se mettaient à excréter le pigment. L’oxalate alimentaire (épinards, rhubarbe, cacao) peut, en théorie, aider le pigment à rester rouge jusqu’au côlon. En faire un couple « betterave + épinards = calcul rénal » dépasse les données. L’étude parle de couleur, pas de lithiase. Les personnes déjà sujettes aux calculs d’oxalate en parleront à leur médecin ou à leur pharmacien, qui appliqueront la conduite locale, plutôt que d’interdire la betterave sur la foi d’un repas isolé.

L’acidité gastrique coupe les deux autres leviers. Un estomac très acide décolore le pigment avant qu’il n’arrive plus bas. Un estomac peu acide, que ce soit par un IPP, une gastrite, ou une anémie de Biermer, laisse passer davantage de rouge. Watts plaçait déjà le pH gastrique et la vitesse de vidange au centre du destin biologique des pigments. C’est cohérent avec la clinique actuelle. La même personne peut avoir une urine rose un jour et pas le lendemain, selon l’heure du repas, les autres aliments et le comprimé antiacide.

Comment distinguer pigment de betterave et sang

Ce qu’il faut trancher n’est pas le décor de la cuvette, c’est la présence de sang. L’œil ne suffit pas. Le laboratoire, si.

Le NHS, page revue le 25 septembre 2026, dit clairement qu’une urine rose après de la betterave peut n’être pas du sang, tout en demandant de faire vérifier toute suspicion d’hématurie, même pour une petite quantité. MedlinePlus ajoute que betteraves et rhubarbe colorent l’urine sans qu’il y ait de globules rouges. La recommandation AUA/SUFU de 2020, amendée en 2025, refuse de définir une microhématurie sur une bandelette seule. Il faut au moins 3 globules rouges par champ à fort grandissement sur un échantillon bien recueilli. La bandelette détecte une activité peroxydase ; elle peut réagir à autre chose que des hématies. La microscopie dit si des cellules sont là.

Chez l’homme de plus de 50 ans, une prostate volumineuse, un calcul ou, plus rarement, une tumeur peuvent saigner sans douleur. La Mayo Clinic insiste sur ce point. Un saignement indolore n’est pas rassurant. Chez la femme, le sang des règles peut contaminer le recueil ; MedlinePlus demande de le signaler et, au besoin, de refaire le test après les règles. Le NIDDK, page d’octobre 2022, estime qu’au moins une personne sur cinq vue par un urologue se voit poser le diagnostic d’hématurie. Ce chiffre décrit les cabinets américains, pas la population française ; il rappelle seulement que le motif est fréquent et qu’on ne le classe pas « alimentaire » sans analyse.

Les selles demandent le même réflexe, avec d’autres pièges. Un rouge vif sur le papier après betterave, sans malaise, oriente vers le pigment ou, parfois, une lésion basse (hémorroïde, fissure). Des selles noires, goudronneuses, un malaise, des vertiges ou une douleur abdominale brutale n’ont rien à voir avec la bétanine. Le médecin, ou le 15, tranchent.

Situation Orientation la plus fréquente Conduite
Urine rose dans les heures après betterave, sans douleur ni fièvre Pigment alimentaire probable Noter le repas et surveiller 48 heures
Urine encore rouge 48 heures après la dernière betterave Hématurie à écarter Consulter le médecin traitant
Urine rouge sans betterave, mûre, rhubarbe ni colorant Sang possible Consulter sans attendre un nouveau repas
Brûlure, fièvre, douleur de flanc ou caillots Infection, calcul ou autre cause Médecin le jour même ; 15 ou 112 si malaise
Selles rouge vif isolées après betterave Pigment colique fréquent Surveiller 48 heures si l’état général est bon
Selles noires, malaise, douleur intense ou rectorragie abondante Saignement digestif possible Appeler le 15 ou le 112

Quatre détails aident le recueil. Dites que vous avez mangé de la betterave, et quand. Apportez un échantillon du milieu du jet, après toilette locale, comme le décrit MedlinePlus. Signalez les médicaments qui colorent, comme la rifampicine, la phénazopyridine et le séné, d’après la Mayo Clinic. N’interrompez pas un traitement anticoagulant de vous-même en attendant le rendez-vous.

Combien de temps dure la couleur rouge

La teinte apparaît souvent quelques heures après le repas et s’estompe en un à deux jours. La Cleveland Clinic retient 48 heures comme seuil pratique. Au-delà, ou sans aliment rouge dans ce délai, il ne faut plus incriminer la betterave.

Cette fenêtre colle aux dosages. Frank et coll. plaçaient le pic vers 3 heures et une demi-vie près de 7,4 heures. Wang et coll. voyaient le maximum entre 2 et 4 heures, puis une chute nette. Après quatre ou cinq demi-vies, il reste trop peu de pigment pour rougir une urine diluée. Une personne qui boit peu aura une urine plus concentrée, donc plus voyante, plus longtemps. Une personne qui boit beaucoup dilue la même quantité de bétanine jusqu’à la rendre presque invisible.

Les selles suivent le transit, pas l’horloge rénale. Un intestin lent peut encore rendre des matières rosées le surlendemain, alors que l’urine est déjà redevenue jaune. Inversement, un transit rapide peut colorer les selles le soir même. Ni l’un ni l’autre n’est un chronomètre de maladie.

Si vous mangez de la betterave plusieurs jours de suite, la couleur peut sembler « permanente ». Ce n’est pas une installation dans les reins. C’est une nouvelle dose chaque jour. La Cleveland Clinic conseille d’interrompre le légume le temps de vérifier que la cuvette redevient normale. Ce « congé betterave » est un test de bon sens, pas un traitement.

Jus de betterave, nitrates et pression artérielle

La betterave n’est pas qu’un colorant. Elle est riche en nitrate inorganique, que les bactéries de la langue transforment en nitrite, puis en oxyde nitrique, un vasodilatateur. Cette voie n’a rien à voir avec la béturie. On peut baisser un peu sa pression sans jamais avoir l’urine rose, et l’inverse.

Kapil et coll. ont tiré au sort 68 adultes hypertendus, naïfs de traitement ou déjà traités, pour 250 mL de jus de betterave par jour ou un jus dépourvu de nitrate, pendant quatre semaines. La pression de consultation baissait en moyenne de 7,7/2,4 mmHg par rapport au placebo, la pression ambulatoire de 24 heures de 7,7/5,2 mmHg. L’essai, financé par la British Heart Foundation, ne remplaçait pas les médicaments. Il montrait un effet additif possible, sur un mois, dans un centre britannique.

Une méta-analyse de 2024 resserre le propos. Grönroos et coll. ont regroupé 11 essais randomisés (349 patients) chez des hypertendus au seuil européen et OMS de 140/90 mmHg. Le jus abaissait la pression systolique de consultation de 5,31 mmHg (intervalle de confiance à 95 %, −7,46 à −3,16 ; I² = 64 %). L’effet sur la diastolique de consultation et sur la pression de 24 heures n’était pas significatif. La certitude GRADE était basse. Les auteurs parlent de 200 à 800 mg de nitrate par jour, sans signe évident de tolérance sur la durée des essais, et demandent de lire le résultat avec prudence.

Aucun de ces travaux n’autorise à « traiter » une hypertension avec un verre de jus, ni à arrêter un comprimé. Le médecin traitant, en France, applique la recommandation locale. Le jus peut, en revanche, colorer fortement l’urine et les selles, précisément parce qu’il apporte beaucoup de pigment et de nitrate d’un coup. Si vous en buvez pour la première fois et que la cuvette vire au rouge, le scénario alimentaire reste le plus probable, à condition que la couleur suive l’horaire décrit plus haut.

Urine ou selles rouges après betterave, quand consulter

La béturie isolée, dans les 48 heures d’un repas identifiable, sans douleur, ne justifie pas une imagerie en urgence. L’incertitude, elle, justifie un avis.

Consultez le médecin traitant dans les cas suivants, tirés des fiches Cleveland Clinic, Mayo, NHS et NIDDK.

  • L’urine reste rose, rouge, brune ou noire plus de 48 heures après la dernière betterave, mûre ou rhubarbe.
  • La même couleur apparaît alors que vous n’avez mangé aucun de ces aliments depuis deux jours.
  • Vous urinez avec une brûlure, une fièvre, des frissons ou une douleur de flanc qui va et vient.
  • Des caillots passent dans l’urine, ou le jet s’interrompt douloureusement.
  • Vous avez déjà une anémie ferriprive, des calculs, une maladie de vessie ou un risque élevé de tumeur urinaire.
  • Les selles restent rouges au-delà de 48 heures, ou deviennent noires, ou s’accompagnent d’un malaise.

Appelez le 15 ou le 112 si un saignement s’accompagne d’un malaise, d’une douleur brutale, de vertiges ou d’une impossibilité d’uriner. Ces seuils valent pour le sang, pas pour le pigment. En attendant, un verre d’eau ne « lave » pas une hématurie ; il peut seulement diluer une béturie et la rendre moins spectaculaire.

Le premier examen utile est une bandelette suivie, si elle est positive, d’une analyse avec microscopie. L’AUA/SUFU de 2025 le rappelle. Une bandelette « sang + » ne pose pas le diagnostic. Si des hématies sont là, le médecin cherchera une infection, un calcul, une cause glomérulaire ou, selon l’âge et les facteurs de risque, une lésion urothéliale. Si aucune hématie n’est là et que le repas de betterave est documenté, l’histoire s’arrête souvent là. Un hémogramme et une ferritine peuvent s’ajouter si la fatigue, la pâleur ou des règles abondantes font suspecter une carence en fer, pas parce que la betterave « impose » ces dosages.

Questions fréquentes

L’urine rose après la betterave est-elle dangereuse ?

Non, la béturie isolée est un pigment alimentaire, pas une lésion des voies urinaires. Elle devient un motif de consultation dès qu’elle dure plus de 48 heures, qu’elle survient sans betterave, ou qu’elle s’accompagne de brûlure, de fièvre ou de douleur. Le NHS demande aussi de faire vérifier toute suspicion de sang, même mince.

Les selles rouges après betterave sont-elles plus fréquentes que l’urine rouge ?

Oui, la Cleveland Clinic les décrit comme bien plus courantes, parce que le pigment atteint le côlon plus souvent qu’il n’entre dans le sang. Elles restent bénignes si elles suivent un repas identifiable et s’effacent avec le transit. Une rectorragie abondante, des selles noires ou un malaise ne rentrent pas dans ce cadre.

Faut-il doser le fer parce que l’urine a rougi ?

Pas automatiquement. Une série ancienne trouvait beaucoup plus de béturie en cas d’anémie ferriprive non traitée, et la fiche de 2025 garde le lien. Le clinicien regarde d’abord s’il y a fatigue, pâleur, règles très abondantes ou un hémogramme déjà bas. La betterave n’est pas un test de dépistage.

Le jus colore-t-il plus que la betterave cuite ?

Souvent oui. Le jus et les betteraves crues apportent davantage de pigment intact, d’après la Cleveland Clinic, alors que les poudres et arômes industriels colorent rarement. Frank et coll. ont précisément utilisé 500 mL de jus pour mesurer l’élimination urinaire. Une portion cuite dans une salade peut ne rien donner de visible.

Les betteraves jaunes peuvent-elles aussi colorer ?

Oui, elles peuvent un peu rosir l’urine ou les selles, car elles portent encore de la bétanine, même si l’assiette n’est pas magenta. L’effet est en général plus discret que celui de la betterave rouge. Le même délai de 48 heures s’applique.

Un comprimé contre le reflux peut-il favoriser la béturie ?

C’est plausible. Les inhibiteurs de la pompe à protons baissent l’acidité gastrique, et un estomac peu acide laisse davantage de pigment intact, selon la fiche de 2025 et les travaux de Watts. N’arrêtez pas le traitement pour « tester ». Signalez-le au médecin qui interprète la couleur.

Peut-on confondre la béturie avec le sang des règles ?

Oui, le sang menstruel peut teinter l’urine recueillie et fausser une bandelette. MedlinePlus demande de le dire avant le test et, au besoin, de le refaire après les règles. La betterave et les règles peuvent aussi coïncider. Seule la microscopie sépare pigment et hématies.

Conclusion

La betterave rouge laisse parfois une trace rose dans l’urine et, plus souvent, dans les selles, parce qu’une petite fraction de bétanine échappe à l’acide gastrique et aux bactéries du côlon. Chez la plupart des gens, cette trace suit l’horaire du repas, disparaît en moins de 48 heures et ne demande aucun régime d’éviction durable.

Le vrai enjeu est de ne pas coller l’étiquette « betterave » sur un saignement. Une urine rouge sans aliment coloré, une couleur qui dure, une brûlure, une fièvre ou une douleur de flanc changent de registre. Il faut une analyse d’urine avec microscopie, pas seulement une bandelette, et un avis médical. Les nitrates du jus peuvent faire baisser un peu la pression systolique de consultation dans des essais courts ; ils ne remplacent pas un traitement de l’hypertension et n’expliquent pas la couleur.

Si c’est la première fois que la cuvette vire au rouge, notez l’heure et le contenu du repas, interrompez la betterave deux jours, et prenez rendez-vous dès que la couleur persiste ou que d’autres signes apparaissent. Apportez la liste des médicaments, y compris les IPP et les laxatifs au séné. La question utile au médecin n’est pas « est-ce grave que j’aime la betterave », c’est « y a-t-il des globules rouges, et dois-je regarder mon fer ».

Sources

  1. Why Beets Turn Poop and Pee Red. Cleveland Clinic, 15 octobre 2025.
  2. Urine color – Symptoms and causes. Mayo Clinic, 11 octobre 2025.
  3. NHS : Blood in urine (pee). National Health Service, 25 septembre 2026.
  4. Blood in Urine: MedlinePlus Medical Test. MedlinePlus, mis à jour en 2024.
  5. Watts AR, Lennard MS et al. : Beeturia and the biological fate of beetroot pigments. Pharmacogenetics, décembre 1993.
  6. Eastwood MA, Nyhlin H : Beeturia and colonic oxalic acid. Quarterly Journal of Medicine, octobre 1995.
  7. Frank T, Stintzing FC et al. : Urinary pharmacokinetics of betalains following consumption of red beet juice in healthy humans. Pharmacological Research, octobre 2005.
  8. Wang Y, Adekolurejo OO et al. : Bioavailability and excretion profile of betacyanins – Variability and correlations between different excretion routes. Food Chemistry, 30 mars 2024.
  9. Grönroos R, Eggertsen R et al. : Effects of beetroot juice on blood pressure in hypertension according to European Society of Hypertension Guidelines: A systematic review and meta-analysis. Nutrition, Metabolism and Cardiovascular Diseases, octobre 2024.
  10. Kapil V, Khambata RS et al. : Dietary Nitrate Provides Sustained Blood Pressure Lowering in Hypertensive Patients. Hypertension, 24 novembre 2014.
  11. NIDDK : Hematuria (Blood in the Urine). National Institute of Diabetes and Digestive and Kidney Diseases, octobre 2022.
  12. Barocas DA, Boorjian SA et al. : Microhematuria: AUA/SUFU Guideline (2020, amended 2025). American Urological Association, 2025.
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