Le regime cétogène : pourquoi il aide, et ses limites

Le regime cétogène : pourquoi il aide, et ses limites

Le régime cétogène peut aider à perdre du poids et à faire baisser les triglycérides sur quelques mois, mais il n’est pas bénéfique par principe. Une synthèse de 27 essais randomisés a mesuré une hausse du LDL-cholestérol d’environ 0,35 mmol/L, le marqueur le plus lié à l’athérosclérose.

Beaucoup de pages grand public affirment encore que ce menu « améliore le cholestérol ». Les essais regroupés en 2024 dans l’American Journal of Clinical Nutrition montrent l’inverse pour le LDL, alors que les triglycérides, le poids et la glycémie évoluent plutôt dans le bon sens. Cet écart entre discours et bilans explique une bonne part de la confusion actuelle.

Entrer en cétose demande en pratique moins de 50 g de glucides par jour, souvent en deux à quatre jours d’après la Cleveland Clinic. Face à d’autres régimes, l’avantage de poids chez 2 821 adultes en surpoids reste de l’ordre de 1,9 kg. Les calculs rénaux concernent environ 6 % des personnes suivies près de quatre ans. L’American Diabetes Association, dans ses Standards of Care de 2025, demande d’éviter ce schéma si vous prenez un inhibiteur du SGLT2.

Cétose et régime cétogène, comment le métabolisme bascule

Le foie produit des corps cétoniques lorsque les réserves de glucose ne suffisent plus à alimenter le cerveau et les muscles. Ce régime cherche cet état, appelé cétose nutritionnelle, en coupant fortement les glucides, pas en « brûlant les graisses » par magie. La Cleveland Clinic situe le seuil usuel sous 50 g de glucides par jour, soit à peu près trois tranches de pain ou deux bananes.

La répartition classique est d’environ 70 à 80 % de lipides, 10 à 20 % de protéines et 5 à 10 % de glucides. Une grande part des fruits, des céréales et de certains légumes disparaît alors du plateau. Les lipides viennent de viandes, poissons, œufs, fromages, beurre, crèmes et huiles. Ce n’est pas le même schéma qu’un simple menu « pauvre en pain ».

Entre 60 et 130 g de glucides chaque jour, la Mayo Clinic parle encore de régime pauvre en glucides. Les versions très restrictives passent sous 60 g. Les Dietary Guidelines for Americans restent autour de 130 g pour les adultes de 19 à 59 ans. Un menu cétogène se situe donc bien en dessous de cette référence, ce qui n’en fait pas une norme universelle.

Deux à quatre jours suffisent le plus souvent à basculer si l’apport reste entre 20 et 50 g de glucides, parfois une semaine ou davantage. L’âge, l’activité, le sommeil, le stress et le menu antérieur pèsent sur ce délai. Une personne qui mangeait beaucoup de féculents met en général plus de temps à vider le glycogène.

MedlinePlus rappelle que les cétones du régime restent le plus souvent à un niveau que le corps peut utiliser, sans acidifier le sang. Une acidocétose reste toutefois possible, surtout en cas de diabète, de jeûne, de maladie intercurrente ou de certains médicaments. Distinguer les deux évite à la fois la panique inutile et le retard de soin.

Le régime cétogène fait-il vraiment maigrir ?

Oui, à court terme, souvent un peu plus qu’un régime plus riche en glucides, mais l’écart s’amenuise avec le temps et tient surtout au déficit calorique. Une méta-analyse de 33 essais (2 821 adultes en surpoids ou obèses) a trouvé une perte de poids moyenne de 1,87 kg de plus qu’avec les régimes de comparaison, pour un apport de glucides inférieur ou égal à 100 g par jour.

Le poids et l’indice de masse corporelle baissaient plus clairement après au moins un mois, et tous les paramètres de composition corporelle s’amélioraient quand les glucides restaient à 50 g par jour ou moins. La masse grasse totale, elle, ne diminuait pas de façon significative dans l’analyse globale. L’hétérogénéité des protocoles était élevée, ce qui limite la précision du chiffre.

Sur la durée, le même constat revient dans la page de la Mayo Clinic. Les régimes très pauvres en glucides peuvent faire maigrir davantage au début qu’un régime pauvre en graisses. À 12 ou 24 mois, le surcroît de perte n’est plus très large, ou n’est plus tenable. Une partie du bénéfice initial vient de l’eau liée au glycogène, une autre de la satiété liée aux protéines et aux lipides.

Chez 1 278 participants de la synthèse cardiovasculaire de 2024, la perte moyenne atteignait 2,59 kg et l’IMC reculait de 1,59 kg/m². Ces chiffres restent des moyennes d’essais souvent courts. Ils ne prédisent ni votre courbe personnelle, ni le maintien du poids une fois les féculents réintroduits. Un avis médical s’impose avant un tel changement en cas de diabète, de maladie cardiaque ou de maladie rénale, précisément parce que la perte de poids n’est pas un marqueur de sécurité.

Cholestérol LDL, triglycérides et risque cardiovasculaire

Le profil lipidique ne s’améliore pas de façon homogène. Les triglycérides tendent à baisser et le HDL à monter, tandis que le cholestérol total et le LDL s’élèvent. Wang et ses collègues ont regroupé 27 essais randomisés. Le LDL montait de 0,35 mmol/L, le cholestérol total de 0,36 mmol/L, le HDL de 0,16 mmol/L, tandis que les triglycérides reculaient de 0,20 mmol/L.

Cette hausse du LDL n’est pas un détail de laboratoire. Les auteurs soulignent qu’un LDL élevé reste un facteur causal d’athérosclérose, d’infarctus et d’accident vasculaire. Un HDL plus haut, à l’inverse, n’a pas démontré de bénéfice causal comparable. Présenter le céto comme un régime « bon pour le cœur » parce que le « bon cholestérol » augmente revient donc à lire le bilan à l’envers.

D’autres marqueurs bougent dans une direction plus rassurante. La glycémie baissait de 0,18 mmol/L, l’insuline de 8,32 pmol/L, la pression diastolique de 1,41 mmHg. Une partie de la baisse des triglycérides peut tenir à la perte de poids elle-même, et pas seulement à la répartition des macronutriments. L’hétérogénéité statistique de ces analyses était forte, signe que les résultats varient beaucoup d’un essai à l’autre.

La qualité des graisses change le contenu du régime. Un menu centré sur viandes grasses et produits laitiers entiers peut augmenter le cholestérol, comme le rappelle la Mayo Clinic. S’appuyer davantage sur l’huile d’olive, les poissons, les noix et les graines n’en fait pas pour autant un menu méditerranéen. Aucun de ces essais n’a démontré une baisse des infarctus. Un bilan lipidique avant de commencer, puis un contrôle après quelques semaines, donne un repère que le sentiment de « mieux manger » ne remplace pas.

Diabète, glycémie et risque d’acidocétose

Chez une personne atteinte de diabète de type 2, réduire les glucides peut améliorer la glycémie à court terme, mais ce n’est pas un régime unique recommandé. Les Standards of Care 2025 de l’American Diabetes Association ne retiennent aucun schéma de macronutriments obligatoire. Ils indiquent qu’une réduction globale des glucides peut aider, à condition que le menu reste individualisé et suivi.

Quelle que soit la classification du diabète, une personne traitée par inhibiteur du SGLT2 (gliflozine) doit éviter un schéma alimentaire cétogène, connaître les signes d’acidocétose, disposer d’un moyen de mesurer le β-hydroxybutyrate sanguin, et ne pas jeûner. Cette recommandation 5.26 répond à des acidocétoses parfois « euglycémiques », c’est-à-dire avec une glycémie peu élevée.

Les insulines et les sulfamides hypoglycémiants exposent à l’hypoglycémie dès que les glucides chutent. Un réajustement des doses par le médecin traitant ou le diabétologue précède le changement de menu, il ne le suit pas. Dans ce document américain, les plans très pauvres en glucides ne sont pas recommandés pendant la grossesse ou l’allaitement, chez l’enfant, en cas de maladie rénale, ni en cas de trouble alimentaire.

Dans la cétose nutritionnelle, le sang n’est pas trop acide, précise MedlinePlus. Dans l’acidocétose, les cétones s’accumulent faute d’insuline suffisante et le tableau devient une urgence. Soif intense, urines très fréquentes, nausées, vomissements, douleur abdominale, haleine fruitée, respiration rapide, confusion ou fatigue brutale ne relèvent plus du mal d’adaptation.

Les CDC décrivent la même urgence. Ils conseillent de chercher des cétones en cas de maladie ou si la glycémie atteint 250 mg/dL (environ 13,9 mmol/L), et d’aller aux urgences si elle reste à 300 mg/dL (environ 16,7 mmol/L) avec des signes d’acidocétose, si les vomissements empêchent de boire, ou si la respiration devient difficile. En France, le 15 ou le 112 joue ce rôle d’appel immédiat. Le pharmacien et le médecin adapteront les seuils et les lecteurs de cétones aux pratiques locales.

Épilepsie pharmacorésistante, le seul cadre recommandé

D’abord conçu pour l’épilepsie, ce régime n’était pas un menu minceur. C’est encore le seul usage où une recommandation nationale le retient, et encore de façon limitée. Le NICE britannique, dans la recommandation NG217 de 2022, ne le propose pas en routine. Le comité n’a pas vu de bénéfice clair dans les essais disponibles, tout en connaissant des réussites individuelles.

La consigne retenue est de l’envisager sous la direction d’un spécialiste d’épilepsie de recours, pour certains syndromes de l’enfant (déficit en GLUT1, déficit en pyruvate déshydrogénase, spasmes infantiles, syndrome de Doose, syndrome de Dravet, syndrome de Lennox-Gastaut) ou pour une épilepsie pharmacorésistante lorsque les autres options ont échoué ou ne conviennent pas. Ce n’est pas un régime à improviser à la maison après une recherche en ligne.

Treize essais et 932 personnes, dont 711 enfants, figurent dans la revue Cochrane de 2020. Chez l’enfant, le régime (classique, triglycérides à chaîne moyenne ou Atkins modifié) pouvait multiplier par trois environ la chance d’une disparition des crises, et par six celle d’une réduction d’au moins 50 %, par rapport aux soins habituels. La certitude de ces estimations est faible à très faible, à cause du faible effectif et de l’absence de mise en insu.

Jusqu’à 55 % des enfants devenaient libres de crises à trois mois avec un régime classique 4:1 dans certaines études, contre des taux plus bas avec l’Atkins modifié, plus facile à suivre. Chez l’adulte, aucune disparition de crises n’était rapportée dans les essais retenus, et la baisse d’au moins 50 % restait très incertaine. Vomissements, constipation et diarrhée étaient les effets indésirables les plus fréquents. Un tel protocole se construit avec neurologue et diététicien formé, parfois une hospitalisation au démarrage chez l’enfant. Copier ce menu pour maigrir n’a ni le même rapport bénéfice-risque, ni le même encadrement.

SOPK et cancer, ce que les essais permettent de dire

Pour le syndrome des ovaires polykystiques, les données se sont étoffées, sans devenir définitives. Une méta-analyse de 2025 dans Clinical Nutrition a regroupé 15 études, dont 10 dans le calcul groupé, surtout chez des femmes avec un IMC supérieur à 25 kg/m². Par rapport au départ, le régime s’accompagnait d’une baisse moyenne de 10,77 kg, de 3,38 kg/m² d’IMC et de 8,93 cm de tour de taille.

L’hormone lutéinisante, la durée des cycles et la résistance à l’insuline reculaient aussi, avec une hétérogénéité parfois très élevée. Face à d’autres régimes, l’avantage sur le poids (environ 5 kg) et l’IMC restait visible, alors que les androgènes et les lipides donnaient des résultats contradictoires. Les suivis ne dépassaient pas environ huit mois. Ce n’est donc pas un traitement du SOPK, c’est une piste alimentaire à discuter avec le gynécologue et le médecin traitant, surtout s’il existe déjà un surpoids.

Le cancer est l’autre grand espoir souvent collé au céto, et c’est là que l’écart avec les essais est le plus net. Une revue de 2024 dans Nutrition Bulletin a retenu 8 essais randomisés chez l’adulte, d’une durée de 4 à 16 semaines. Le glucose baissait. Le cholestérol, l’IGF-1, le poids et la qualité de vie ne s’amélioraient pas de façon groupée. Les auteurs concluent qu’il n’existe pas assez de preuves pour relier ce régime à un bénéfice anticancéreux.

Quelques essais isolés ont décrit une réduction de taille tumorale, parfois en plus de la chimiothérapie. Une observation de ce type ne permet pas de recommander le régime comme traitement d’appoint. Pendant un cancer, une restriction très marquée des glucides peut aussi faire perdre de la masse musculaire et compliquer les traitements. Toute modification passe par l’oncologue et le diététicien de l’équipe. Hors épilepsie sélectionnée, le céto reste un outil métabolique expérimental ou un régime amaigrissant encadré, pas une stratégie de prévention générale.

Grippe cétogène et effets indésirables des premières semaines

Les premiers jours sont souvent les plus inconfortables, sans être forcément dangereux chez une personne en bonne santé. Une « grippe cétogène » avec maux de tête, fatigue et troubles digestifs est décrite par la Cleveland Clinic lorsque le corps passe du glucose aux cétones. S’y ajoutent une haleine caractéristique, de la constipation, parfois de l’insomnie et une déshydratation.

Après une coupe brutale des glucides, la Mayo Clinic décrit le même tableau, constipation, céphalées, crampes, puis, si la cétose s’installe, haleine, fatigue et sensations grippales. Une partie de ces signes tient à la perte d’eau et de sodium qui suit la vidange du glycogène. Boire davantage et ne pas supprimer le sel de façon extrême atténue souvent le malaise, sauf contre-indication (insuffisance cardiaque, régime sans sel strict).

Voici les gênes les plus souvent rapportées au démarrage, à relier à un mécanisme plutôt qu’à une « toxine ».

  • Les maux de tête et la fatigue des premiers jours tiennent souvent à la perte d’eau et de sels minéraux.
  • La constipation apparaît quand le pain, les fruits et les légumineuses, donc les fibres, sortent du menu.
  • L’haleine acétonique signale la production de cétones, pas forcément une infection buccale.
  • Les crampes musculaires peuvent accompagner un manque de magnésium, de potassium ou une hydratation trop faible.
  • Une baisse transitoire de l’endurance à l’effort est fréquente le temps que les muscles utilisent mieux les graisses.

Ces gênes durent en général quelques jours à deux ou trois semaines. Si elles s’aggravent, si des vomissements empêchent de boire, si un malaise, des palpitations ou une confusion apparaissent, le régime n’est plus un simple inconfort d’adaptation. Chez une personne sous insuline, sulfamide ou gliflozine, le même tableau impose un avis médical rapide, car l’hypoglycémie et l’acidocétose se cachent derrière des symptômes voisins.

Calculs rénaux, os et carences nutritionnelles

Sur plusieurs années, le risque le mieux chiffré n’est pas la « grippe », c’est la lithiase urinaire. Une méta-analyse de 36 études (2 795 personnes) a estimé l’incidence des calculs rénaux à 5,9 % après un suivi moyen de 3,7 ans. Chez l’adulte, l’estimation montait à 7,9 %, chez l’enfant à 5,8 %. Les calculs d’acide urique étaient les plus fréquents, devant les calculs calciques.

L’acidose métabolique, la baisse du citrate urinaire, l’augmentation du calcium urinaire, un pH urinaire bas et un apport élevé en protéines animales créent un terrain favorable. Une hydratation suffisante, discutée avec le médecin, fait partie de la prévention. Les équipes d’épilepsie pédiatrique utilisent parfois du citrate de potassium, ce n’est pas un geste à copier sans prescription.

Parmi les effets d’une cétose prolongée, la Cleveland Clinic liste aussi une densité osseuse plus basse, des fractures, une hypercholestérolémie et des calculs. Les risques à long terme d’un régime très pauvre en glucides restent mal connus, selon la Mayo Clinic, et une restriction durable peut manquer de vitamines, de minéraux et de fibres, avec des conséquences digestives.

Les aliments écartés portent souvent le folate, le potassium, le magnésium, la vitamine C et une grande part des fibres. Un complément vendu en ligne ne remplace pas un menu construit avec un diététicien, ni un bilan adapté (lipides, glycémie, fonction rénale, éventuellement ionogramme et acide urique). Les personnes déjà lithiasiques, goutteuses ou insuffisantes rénales n’ont rien à gagner à tester ce régime sans avis. Trop de protéines peuvent aussi sortir de la cétose par néoglucogenèse et alourdir la charge acide pour le rein.

Contre-indications et signes qui imposent de consulter

Ce régime ne convient pas à tout le monde, et certaines situations en font un mauvais choix d’emblée. Les plans très pauvres en glucides sont déconseillés, dans le document américain de 2025, pendant la grossesse et l’allaitement, chez l’enfant, en cas de maladie rénale ou de trouble alimentaire. Un avis médical préalable est demandé par la Mayo Clinic en cas de diabète, de maladie cardiaque ou de maladie rénale.

Un inhibiteur du SGLT2, un schéma d’insuline complexe, un antécédent d’acidocétose, une pancréatite, une insuffisance hépatique, une goutte active, une lithiase à répétition ou un trouble du comportement alimentaire sont des drapeaux rouges à poser sur la table avant le premier menu. En France, le médecin traitant, le diabétologue ou le pharmacien appliquent les recommandations locales, qui peuvent différer des textes américains ou britanniques.

Le tableau ci-dessous résume une conduite à tenir, à partir des seuils et signes décrits par les CDC, MedlinePlus et l’ADA, sans remplacer un examen clinique.

Situation Conduite
Soif intense, vomissements, douleur abdominale, haleine fruitée, respiration rapide Appelez le 15 ou le 112, possible acidocétose
Glycémie qui reste vers 16,7 mmol/L (300 mg/dL) avec des signes d’acidocétose Urgences, ne restez pas à surveiller seul à la maison
Tremblements, sueurs, confusion sous insuline ou sulfamide Resucrage immédiat puis avis médical le jour même
Douleur lombaire, sang dans les urines, fièvre Consultez sans attendre, calcul ou infection possible
Grossesse, allaitement, ou projet de grossesse Ce régime n’est pas indiqué, les textes américains le déconseillent
Traitement par gliflozine (inhibiteur du SGLT2) Parlez-en avant tout changement, l’ADA 2025 demande d’éviter le céto
Fatigue, maux de tête et constipation isolés les premiers jours Hydratation, sel sauf contre-indication, rendez-vous si cela s’aggrave

Un régime très restrictif peut aussi masquer ou aggraver un trouble alimentaire. L’obsession des cétones, la peur des fruits ou la reprise de poids vécue comme un échec moral ne sont pas des signes de discipline. Ils justifient d’arrêter et d’en parler à un professionnel, y compris un psychologue ou un psychiatre si le rapport au corps se tend.

Aliments, bilans et questions à poser au médecin

Si, après cet état des lieux, vous et votre médecin jugez encore utile un essai court, le contenu de l’assiette compte autant que le gramme de glucides. Un menu bâti sur bacon, fromages fondus et charcuterie n’a pas le même profil qu’un menu d’huile d’olive, de poisson, d’avocat, d’œufs et de légumes peu sucrés. La qualité des lipides compte précisément parce que le LDL a tendance à monter.

Les glucides restants viennent surtout de légumes-feuilles, de concombre, de courgette, de chou, parfois d’une petite portion de baies. Pain, pâtes, riz, pommes de terre, fruits sucrés, jus, sodas, légumineuses et la plupart des desserts sortent du cadre. L’alcool sucré et les barres ultra-transformées n’aident ni la cétose ni le cœur. Un diététicien traduit ces consignes en repas possibles dans une journée française, y compris au restaurant.

Avant le démarrage, un minimum raisonnable de bilans comprend un lipidogramme, une glycémie ou une HbA1c, une créatininémie, et, selon le contexte, un ionogramme et l’acide urique. Un contrôle du LDL après quatre à huit semaines évite de découvrir trop tard une envolée. En cas de diabète, la fréquence des glycémies augmente, et un lecteur de cétones sanguines se discute, surtout sous gliflozine, même si l’objectif alors est plutôt de ne pas combiner les deux.

Trois questions concrètes aident la consultation. Première, quels médicaments faut-il baisser, arrêter ou surveiller pendant les quinze premiers jours. Deuxième, quel seuil de LDL, de triglycérides ou de créatinine ferait interrompre l’essai. Troisième, comment réintroduire progressivement des glucides de qualité (légumineuses, fruits, céréales complètes) pour ne pas reprendre tout le poids d’un coup. Le pharmacien peut relire l’ordonnance, en particulier insuline, sulfamides et gliflozines. Hors épilepsie encadrée, le critère de réussite n’est pas une bandelette de cétones, c’est un poids tenable, un LDL acceptable et une alimentation que vous pouvez encore regarder sans anxiété.

Questions fréquentes

Combien de glucides par jour pour entrer en cétose ?

La Cleveland Clinic retient en pratique moins de 50 g de glucides quotidiens, souvent entre 20 et 50 g, pour entrer et rester en cétose. Le délai le plus fréquent est de deux à quatre jours, parfois plus d’une semaine selon l’alimentation antérieure et l’activité. Compter les glucides des sauces, laitages et légumes évite de dépasser le seuil sans le voir.

Quelle est la différence entre cétose et acidocétose ?

La cétose nutritionnelle produit des cétones que le corps utilise, sans acidifier trop le sang. L’acidocétose est une urgence, surtout diabétique, où les cétones s’accumulent faute d’insuline. Vomissements, douleur abdominale, haleine fruitée, respiration rapide ou confusion imposent d’appeler le 15 ou le 112, même si la glycémie n’est pas très haute.

Le régime céto fait-il mieux maigrir qu’un régime méditerranéen ?

À court terme, les régimes très pauvres en glucides font souvent un peu plus maigrir, de l’ordre de 2 kg dans plusieurs synthèses d’essais. À un ou deux ans, l’avantage s’estompe souvent, et aucun schéma n’a démontré une supériorité nette sur les infarctus. Un menu méditerranéen reste plus proche des recommandations cardiologiques habituelles, surtout si votre LDL monte sous céto.

Peut-on suivre un régime cétogène pendant des années ?

Les essais amaigrissants durent le plus souvent quelques mois, rarement au-delà de deux ans. Les calculs rénaux concernent environ 6 % des personnes suivies près de quatre ans, et les effets osseux et vitaminiques d’une restriction durable restent mal connus. Hors épilepsie traitée par une équipe spécialisée, un céto indéfini n’a pas de preuve de sécurité.

Faut-il mesurer les cétones à la maison pour maigrir ?

Pour un adulte sans diabète qui veut seulement perdre du poids, la cétonurie n’est pas un outil indispensable. En cas de diabète, surtout sous insuline ou gliflozine, mesurer le β-hydroxybutyrate sanguin sert à dépister une acidocétose, pas à « optimiser » la cétose. Demandez à votre médecin quel lecteur utiliser et à partir de quel chiffre il faut consulter.

Le régime céto est-il compatible avec un traitement par gliflozine ?

Non, pas selon le document de 2025 de l’American Diabetes Association, qui demande d’éviter le schéma cétogène sous inhibiteur du SGLT2. Le risque est une acidocétose, parfois avec une glycémie peu élevée. Si vous prenez une gliflozine, parlez d’abord au prescripteur, sans couper les glucides de vous-même.

Conclusion

Ce menu très pauvre en glucides peut produire une perte de poids et une baisse des triglycérides, parfois une glycémie plus calme, au prix d’une contrainte alimentaire forte et d’une hausse fréquente du LDL. Son seul usage solidement inscrit dans une recommandation officielle reste l’épilepsie pharmacorésistante, sous équipe spécialisée. Pour le SOPK, les signaux sont encourageants à court terme chez des femmes en surpoids, mais les suivis sont courts. Pour le cancer, les essais randomisés n’ont pas montré de bénéfice groupé au-delà du glucose.

Si vous envisagez ce régime pour maigrir, le geste le plus utile n’est pas d’acheter des bandelettes. C’est d’apporter à votre médecin traitant l’ordonnance complète, un bilan lipidique récent, et la liste de vos calculs rénaux, grossesses éventuelles et troubles alimentaires passés. Ensemble vous pouvez décider d’un essai limité dans le temps, d’un autre menu moins restrictif, ou d’un simple rééquilibrage des glucides raffinés, qui suffit souvent à faire bouger la balance sans cétose.

Un LDL qui s’envole, une glycémie qui dévisse, des vomissements ou une douleur lombaire ne sont pas des effets collatéraux à encaisser. Ils marquent la fin de l’essai. Le 15 et le 112 restent les numéros à composer dès que le tableau ressemble à une acidocétose. Pour tout le reste, un diététicien et un médecin qui connaissent vos traitements valent mieux qu’un ratio 4:1 recopié d’une page de régimes.

Sources

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