Odeur de poisson dans l’urine : causes et quand consulter

Odeur de poisson dans l'urine : causes et quand consulter

Une urine qui sent le poisson s’explique le plus souvent par une trop grande concentration des déchets, par certains aliments, ou par des pertes vaginales odorantes qui se mêlent au jet. Une infection urinaire, une atteinte du foie ou des reins, ou une triméthylaminurie (incapacité à oxyder la triméthylamine) peuvent produire le même signal, presque toujours avec d’autres indices.

Au réveil, l’urine est plus foncée et plus odorante simplement parce qu’elle a séjourné toute la nuit dans la vessie. La Mayo Clinic décrit ce phénomène comme banal tant qu’aucune brûlure, fièvre ou douleur lombaire ne s’y ajoute. Le piège fréquent consiste à coller l’étiquette « cystite » sur une odeur isolée.

Dans leurs recommandations de 2021, les CDC retiennent l’odeur de poisson des pertes comme un critère de vaginose (test olfactif après potasse). GeneReviews, mise à jour en 2020, pose le diagnostic de triméthylaminurie primaire lorsque plus de 10 % de la triméthylamine urinaire reste sous forme libre. Une fièvre avec douleur du flanc oriente vers une pyélonéphrite, à traiter sans délai d’après le NIDDK (2024).

Pourquoi l’urine peut sentir le poisson

Le composé responsable de l’odeur de poisson pourri s’appelle la triméthylamine (TMA). Les bactéries intestinales la fabriquent à partir de la choline, de la carnitine et de l’oxyde de triméthylamine (TMAO) apportés par l’alimentation. Chez la plupart des personnes, une enzyme du foie, la flavine-monooxygénase 3 (FMO3), transforme cette TMA volatile en TMAO, une molécule sans odeur éliminée dans l’urine.

Quand la TMA n’est pas oxydée, ou quand elle est produite en excès, elle sort dans l’urine, la sueur et l’haleine. GeneReviews (2020) insiste sur un point de laboratoire souvent oublié. Une infection urinaire, une vaginose, une maladie avancée du foie ou des reins peuvent élever la TMA urinaire tout en laissant le rapport TMA/TMAO normal. La triméthylaminurie primaire, liée à un déficit de FMO3, se distingue par un rapport élevé.

L’urine elle-même n’est pas inodore. Diluée, elle sent à peine. Concentrée, elle prend souvent un relent d’ammoniac, précise la Mayo Clinic (2025). MedlinePlus (page révisée en 2025) ajoute que la plupart des changements d’odeur ne signalent pas une maladie et s’estompent. Le relent de poisson n’est donc pas un diagnostic. C’est un indice à recouper avec la couleur, la douleur, la fièvre et, chez les femmes, l’aspect des pertes.

Deux mécanismes se mêlent souvent aux toilettes. Soit la TMA (ou d’autres amines) est vraiment dans l’urine. Soit une sécrétion vaginale très odorante ruisselle au moment de la miction et donne l’impression que « c’est l’urine ». Distinguer ces deux origines évite un antibiotique inutile pour la vessie, ou au contraire un retard si une cystite est bien là.

Un échantillon d'urine pour déterminer pourquoi l'urine sent le poisson

Aliments, hydratation et vitamine B6

Boire trop peu concentre l’urine et renforce n’importe quelle odeur, y compris un relent inhabituel. La Cleveland Clinic (2023) observe qu’une odeur liée à l’alimentation revient souvent à la normale en une vingtaine d’heures. Le NHS britannique, page révisée en octobre 2023, rappelle qu’une urine malodorante isolée n’est en général pas un motif d’inquiétude, et conseille de boire suffisamment pour uriner régulièrement sans soif.

Certains aliments passent dans l’urine des composés soufrés ou amines. Les asperges sont le cas le plus cité (odeur de soufre plutôt que de poisson). Café, ail, oignon, choux de Bruxelles et cumin peuvent aussi modifier le relent, d’après la Cleveland Clinic. Un repas riche en poisson ou en fruits de mer apporte du TMAO. Les bactéries intestinales le réduisent en TMA. Chez une personne dont l’enzyme FMO3 fonctionne, cette charge reste transitoire.

Les compléments comptent autant que l’assiette. Le NHS déconseille de dépasser 10 mg de vitamine B6 par jour à ce sujet, recommandation britannique à faire confirmer par un pharmacien en France. La choline et la lécithine, souvent vendues comme « santé du foie » ou aide sportive, sont des précurseurs directs de TMA. GeneReviews (2020) signale qu’une surcharge en choline (doses orales très élevées, autrefois utilisées dans certaines maladies neurologiques) peut saturer la FMO3 même chez une personne sans variant génétique. Rien n’étaye un rôle spécifique du calcium ou de la vitamine D dans une odeur de poisson.

Quelques gestes simples suffisent souvent si l’odeur est récente et isolée.

  • Buvez de l’eau à un rythme qui clarifie l’urine et fait disparaître la soif pendant la journée.
  • Notez les repas des dernières vingt-quatre heures, surtout poisson, œufs, asperges et ail.
  • Vérifiez la dose de vitamine B6 et de choline sur les étiquettes de compléments.
  • Attendez un jour ou deux seulement si aucune brûlure, fièvre ou perte anormale n’apparaît.

Ces mesures n’excluent pas une infection. Elles évitent surtout de traiter au jugé une urine du matin trop concentrée.

L’odeur ne diagnostique pas une cystite

Une cystite peut rendre l’urine forte, trouble ou teintée de sang. Le NIDDK (avril 2024) cite précisément une urine « à forte odeur » parmi les symptômes possibles d’infection vésicale, aux côtés des brûlures, des envies fréquentes et de la douleur du bas-ventre. L’ACOG (mise à jour en 2024) décrit la même triade. L’odeur n’est pourtant qu’un élément. Elle ne pose pas le diagnostic à elle seule.

Le NHS (2023) oriente vers le médecin si l’odeur s’accompagne d’envies soudaines, de mictions plus fréquentes (y compris la nuit), de brûlures ou d’un aspect trouble. À l’inverse, une urine concentrée sans ces signes relève d’abord de l’hydratation.

Les femmes ont plus d’infections urinaires que les hommes. L’urètre est plus court et plus proche de l’anus, ce qui facilite la montée des bactéries intestinales, rappelle l’ACOG. Les rapports sexuels, les spermicides, un diaphragme, la ménopause et un antécédent d’infection augmentent le risque. Chez l’homme, les mêmes brûlures et envies fréquentes relèvent aussi d’une infection urinaire, rappelle le NIDDK. Une fièvre avec douleur du flanc oriente vers le rein, pas vers une simple irritation vésicale.

Pendant la grossesse, environ 8 grossesses sur 100 s’accompagnent d’une infection urinaire, chiffre de l’ACOG (2024). Les modifications hormonales et la pression sur la vessie favorisent la stase. L’ACOG demande de consulter le jour même en cas de symptômes, sans attendre. Une infection non traitée peut monter vers les reins et compromettre le déroulement de la grossesse. Le médecin ou la sage-femme appliquera le protocole local. Les durées d’antibiotiques citées aux États-Unis (souvent 5 à 7 jours dans la fiche de l’ACOG) ne se transposent pas telles quelles.

Vaginose bactérienne, une odeur souvent prise pour de l’urine

Chez beaucoup de femmes, le « poisson dans l’urine » n’est pas dans l’urine. C’est l’odeur des pertes qui se mélange au jet. La vaginose bactérienne est un déséquilibre de la flore vaginale, pas une cystite, expliquent les CDC (décembre 2023). C’est l’affection vaginale la plus fréquente entre 15 et 44 ans. Beaucoup de personnes n’ont aucun symptôme. Quand ils existent, on retrouve des pertes fines blanches ou grises, une odeur de poisson surtout après un rapport, des brûlures en urinant et des démangeaisons vulvaires.

Le diagnostic clinique selon Amsel, détaillé dans les recommandations CDC de 2021, exige au moins trois signes sur quatre. Pertes homogènes et fluides. Cellules-indices au microscope. pH vaginal supérieur à 4,5. Odeur de poisson avant ou après addition de potasse à 10 %. Le score de Nugent sur un frottis de Gram reste la méthode de référence au laboratoire. La culture de Gardnerella n’est pas recommandée, trop peu spécifique.

Le traitement ne vise que les formes symptomatiques. Les CDC recommandent le métronidazole 500 mg par voie orale deux fois par jour pendant 7 jours, ou un gel de métronidazole 0,75 % (un applicateur de 5 g) une fois par jour pendant 5 jours, ou une crème de clindamycine 2 % au coucher pendant 7 jours. Ce sont des schémas américains. En France, le médecin ou le pharmacien choisit la spécialité et la durée prévues localement. Les CDC ont aussi précisé en 2021 qu’il n’est pas nécessaire d’arrêter l’alcool pendant le métronidazole, contrairement à d’anciennes mises en garde fondées sur des cas isolés.

D’autres points pratiques évitent les allers-retours.

  • Les partenaires masculins n’ont pas à être traités de façon systématique, les essais n’ayant pas montré de bénéfice.
  • Les douches vaginales n’améliorent pas les symptômes et peuvent favoriser une rechute.
  • Pendant le traitement, les CDC conseillent d’éviter les rapports ou d’utiliser un préservatif.
  • Une vaginose symptomatique pendant la grossesse se traite, car elle s’associe à un accouchement prématuré.
  • L’affection peut revenir après un traitement bien suivi, d’où un nouveau prélèvement si l’odeur reprend.

Une mycose donne plutôt des démangeaisons et des pertes épaisses, sans cette odeur d’amine. Une infection sexuellement transmissible peut coexister. Les CDC demandent un dépistage du VIH et des autres IST chez toute femme avec une vaginose. L’odeur seule ne dit pas de quelle flore il s’agit.

Triméthylaminurie, le syndrome de l’odeur de poisson

La triméthylaminurie primaire est rare. Elle donne une odeur de poisson avarié dans l’urine, la sueur, l’haleine et les sécrétions génitales, sans autre maladie physique. GeneReviews (dernière mise à jour le 5 novembre 2020) et NORD (2024) décrivent des personnes en bonne santé apparente, mais exposées à l’isolement, à la honte et parfois à la dépression. Les symptômes existent souvent dès la naissance et peuvent s’accentuer à la puberté. Chez les femmes, l’odeur est plus marquée juste avant et pendant les règles, sous contraceptif oral et autour de la ménopause.

Le diagnostic ne se fait pas au nez. L’odeur est intermittente. Certaines personnes ne sentent pas la TMA. D’autres affections odorantes existent. On mesure dans l’urine, idéalement à deux reprises, la TMA libre et le TMAO. Une excrétion de plus de 10 % de la TMA totale sous forme d’amine libre, en régime habituel, établit le diagnostic de forme primaire. Entre 10 et 39 %, la forme est dite atténuée. Au-delà de 40 %, elle est marquée. Un taux de TMA libre d’environ 10 µg/mL (18 à 20 µmol/mmol de créatinine) correspond, selon GeneReviews, au seuil où l’odeur devient perceptible. On évite de tester une femme pendant les règles, car une triméthylaminurie transitoire peut alors apparaître même sans maladie.

L’héritage est autosomique récessif (variants du gène FMO3). La fréquence des hétérozygotes a été estimée à 0,5 % à 1,0 % dans la population britannique blanche, et jusqu’à 11 % dans une population de Nouvelle-Guinée (observations anciennes reprises par GeneReviews). Les porteurs n’ont en principe pas de maladie. Ils peuvent toutefois présenter des épisodes transitoires. Des formes acquises existent après une hépatite, en cas de cirrhose ou de shunt porto-systémique, en cas d’urémie, chez certains prématurés nourris avec une préparation riche en choline, ou après une surcharge en L-carnitine, choline ou lécithine.

Aucun traitement ne corrige le déficit enzymatique, d’après NORD (2024) et GeneReviews. On réduit les précurseurs (fruits de mer, œufs, abats, légumineuses, soja, choux) et on surveille les apports en choline (550 mg par jour chez l’homme adulte et 425 mg chez la femme, apports adéquats cités par GeneReviews). Un régime restrictif n’a pas sa place pendant la grossesse ou l’allaitement. Des savons de pH 5,5 à 6,5 retiennent la TMA sous forme moins volatile.

Le charbon activé (750 mg deux fois par jour pendant 10 jours) et la chlorophylline cuivrique (60 mg trois fois par jour pendant 3 semaines) ont diminué la TMA libre dans une petite série citée par GeneReviews. Un traitement antibiotique bref (métronidazole, amoxicilline ou néomycine) peut réduire la flore productrice de TMA pour une occasion importante. La riboflavine, 30 à 40 mg trois à cinq fois par jour pendant les repas, peut stimuler l’activité résiduelle de la FMO3. Ces schémas relèvent d’un avis spécialisé.

Foie et reins lorsque d’autres signes s’ajoutent

Une maladie avancée du foie ou des reins peut augmenter la TMA urinaire avec un rapport TMA/TMAO encore normal, toujours d’après GeneReviews (2020). Ce n’est pas la bilirubine qui « sent le poisson ». La bilirubine fonce l’urine. MedlinePlus relie plutôt les maladies du foie à une odeur de moisi. La Cleveland Clinic décrit une urine brun foncé, parfois ammoniacale, en cas d’insuffisance hépatique. Jaunisse, démangeaisons, chevilles gonflées, nausées et fatigue inhabituelle pèsent alors beaucoup plus que l’odeur.

Une infection rénale (pyélonéphrite) commence souvent par une cystite non contrôlée. Le NIDDK (octobre 2024) liste fièvre, frissons, nausées ou vomissements, douleur du dos, du flanc ou de l’aine, et une urine trouble, foncée, sanglante ou nauséabonde. La Mayo Clinic (page de 2026) ajoute brûlures, envies fréquentes et douleur abdominale. Sans traitement, l’infection peut laisser des cicatrices rénales ou passer dans le sang. Le sepsis reste peu fréquent, écrit le NIDDK, mais il met en jeu le pronostic vital. Confusion, essoufflement, douleur intense et pouls rapide ne se discutent pas à domicile.

Les calculs rénaux gênent l’écoulement de l’urine et favorisent l’infection. Ils se manifestent surtout par une douleur en colique, du sang dans l’urine, parfois des nausées. Le NHS cite les calculs parmi les causes moins fréquentes d’urine malodorante, à côté du diabète de type 2. Une urine sucrée oriente vers un diabète mal contrôlé ou des corps cétoniques, pas vers la TMA. Ces pistes se vérifient par une bandelette et une prise de sang, pas par le nez.

Personne tenant son bas du dos en raison de la douleur

Odeur de poisson dans l’urine, quand voir un médecin

Une odeur isolée, apparue après un repas de poisson ou une journée sans assez d’eau, peut attendre vingt-quatre à quarante-huit heures si vous vous réhydratez et si rien d’autre n’apparaît. La Cleveland Clinic (2023) juge qu’un relent fort ou de poisson qui dure plus d’un jour ou deux mérite un avis. Le NHS et MedlinePlus abaissent ce seuil dès que s’ajoutent des signes d’infection.

Le tableau ci-dessous résume une conduite pratique, d’après ces sources américaines et britanniques. Le médecin français reste le seul à trancher.

Situation Odeur et urine Autres signes Conduite
Urine concentrée Relent fort, souvent d’ammoniac, urine foncée Soif, chaleur, sport, pas de douleur Boire de l’eau, revoir le lendemain
Aliments ou vitamine B6 Odeur après asperges, ail, poisson ou complément Disparition en une journée environ Ajuster repas et doses, surveiller
Vaginose Poisson surtout après un rapport Pertes grises fluides, pH élevé Consulter pour un prélèvement vaginal
Cystite Urine forte, parfois trouble Brûlures, envies fréquentes, bas-ventre Prendre rendez-vous sans attendre des jours
Pyélonéphrite Urine nauséabonde, trouble ou sanglante Fièvre, frissons, flanc, nausées Médecin le jour même, 15 ou 112 si malaise grave
Triméthylaminurie Poisson dans urine, sueur et haleine Pas de fièvre, retentissement social Avis, puis dosage TMA/TMAO spécialisé
Foie ou reins avancés Odeur de moisi ou d’ammoniac, urine très foncée Jaunisse, œdèmes, confusion Avis urgent, 15 ou 112 si détresse

Appelez le 15 (SAMU) ou le 112 si une fièvre élevée s’accompagne de frissons, d’une douleur lombaire intense, de vomissements incoercibles, d’une impossibilité d’uriner, d’une confusion ou d’un essoufflement. Le NIDDK et la Mayo Clinic décrivent ces signes comme ceux d’une infection rénale qui ne se discute pas à domicile.

Sans fièvre, une grossesse, un diabète, un cathéter urinaire, une greffe ou des calculs connus justifient un appel plus rapide au médecin traitant. L’ACOG demande de ne pas temporiser en cas de symptômes urinaires chez la femme enceinte.

Quels examens permettent d’y voir clair

Le premier geste au cabinet est souvent une bandelette urinaire, puis un examen cytobactériologique des urines (ECBU) si une infection est plausible. L’ACOG décrit l’analyse comme la recherche de leucocytes, de sang et de bactéries, éventuellement suivie d’une culture. Une bandelette positive n’a de valeur qu’avec des symptômes. L’ACOG rappelle que le diagnostic d’infection urinaire repose d’abord sur le tableau clinique.

Chez une femme, l’examen vaginal compte autant que le recueil d’urine. On y regarde le pH, l’aspect des pertes, le test olfactif à la potasse et la microscopie. Un test moléculaire n’est utile que si des symptômes existent, précisent les CDC. Traiter « au cas où » un partenaire masculin n’a pas d’effet démontré sur la récidive. Si les brûlures dominent sans pertes, l’ECBU reste prioritaire. Si l’odeur de poisson domine avec des pertes grises, le prélèvement vaginal évite un antibiotique urinaire inutile.

Quand l’odeur persiste dans plusieurs liquides biologiques, que l’hygiène est correcte et que cystite comme vaginose sont écartées, se pose la question d’un dosage de TMA et de TMAO. L’examen n’est pas de première ligne. Il se discute avec un médecin, souvent via un laboratoire de biochimie métabolique. GeneReviews recommande deux recueils, un repas riche en choline la veille si besoin (par exemple deux œufs et une large portion de haricots), et une interprétation en pourcentage de TMA libre. Un séquençage de FMO3 confirme la forme primaire une fois le phénotype biochimique établi. Il ne remplace pas le dosage.

Une prise de sang (créatinine, enzymes hépatiques, glycémie) entre en jeu si l’urine est très foncée, s’il existe une jaunisse, des œdèmes ou un diabète connu. Une imagerie (échographie, parfois scanner) se discute après des infections à répétition, une fièvre qui résiste, ou une suspicion de calcul, comme le rappelle l’ACOG. Aucun de ces examens ne se prescrit sur une odeur de vingt-quatre heures isolée.

Ce qui peut atténuer l’odeur, ce qui ne remplace pas un avis

Réhydrater reste le premier levier quand l’urine est foncée et que rien d’autre n’alerte. Le NHS conseille l’eau, plus encore par temps chaud ou à l’effort, et de limiter sodas sucrés, café et alcool qui irritent la vessie. Ce n’est pas un traitement d’infection. C’est une façon de rendre l’urine de nouveau lisible.

Si une cystite est confirmée, l’antibiotique adapté au germe, à la durée prévue et aux allergies, raccourcit les symptômes en un ou deux jours dans la plupart des cystites simples, d’après l’ACOG. Il faut aller au bout de la prescription même si la brûlure cesse. Une pyélonéphrite peut exiger une perfusion à l’hôpital. Le jus de canneberge, évoqué par l’ACOG comme piste de prévention encore étudiée, ne traite pas une infection déclarée et ne fait pas disparaître une odeur de TMA.

Pour une vaginose symptomatique, le schéma des CDC a été cité plus haut. Les probiotiques vaginaux n’ont pas démontré, dans les essais repris par ces recommandations, qu’ils pouvaient remplacer l’antibiotique. La vitamine D à forte dose n’a pas réduit les récidives. Les douches, encore une fois, aggravent le déséquilibre.

En cas de triméthylaminurie documentée, le régime, l’hygiène acide, le charbon, la chlorophylline, la riboflavine et, ponctuellement, un antibiotique intestinal sont des outils de confort. Ils n’annulent pas le variant FMO3. Un diététicien formé aux maladies métaboliques aide à ne pas carencer la choline, surtout chez l’enfant et pendant une grossesse. Un soutien psychologique n’est pas un luxe. L’odeur n’abîme pas les organes, mais elle peut abîmer la vie sociale, ce que NORD et GeneReviews documentent avec insistance.

Questions fréquentes

Une odeur de poisson isolée est-elle grave ?

Le plus souvent, non, si elle est brève et sans fièvre, sans brûlure et sans douleur lombaire. Mayo Clinic et NHS s’accordent sur ce point. Une odeur qui dure plus d’un ou deux jours, ou qui touche aussi la sueur et l’haleine, justifie un avis pour écarter une vaginose, une cystite ou, plus rarement, une triméthylaminurie.

Boire plus d’eau suffit-il à faire partir l’odeur ?

Cela suffit souvent lorsque l’urine est simplement concentrée. L’eau n’élimine pas une vaginose, une cystite ni un déficit de FMO3. Si l’odeur persiste une fois l’urine redevenue claire, le liquide n’est plus le bon levier.

Comment distinguer une vaginose d’une cystite ?

La vaginose donne des pertes fluides et une odeur de poisson accentuée après un rapport, avec un pH vaginal élevé. La cystite donne des brûlures, des envies impérieuses et une urine parfois trouble, sans ces pertes. Seul un examen (prélèvement vaginal, ECBU) tranche quand les deux tableaux se chevauchent.

Faut-il supprimer poisson et œufs tout de suite ?

Pas d’emblée, sauf avis diététique pour une triméthylaminurie confirmée. Un repas de poisson peut modifier transitoirement l’odeur chez n’importe qui. Un régime pauvre en choline n’est pas sans risque pendant la grossesse. GeneReviews déconseille de le restreindre trop chez la femme enceinte ou qui allaite.

Les antibiotiques sont-ils toujours nécessaires ?

Non. Ils sont utiles pour une cystite documentée, une pyélonéphrite, une vaginose symptomatique, ou, parfois, pour réduire la flore intestinale dans une triméthylaminurie. Ils n’ont aucun rôle sur une urine concentrée ou sur un complément de vitamine B6. Les prendre « au cas où » favorise les résistances et les mycoses.

Un test génétique FMO3 est-il le premier examen ?

Non. On écarte d’abord infection urinaire et vaginose, puis on dose TMA et TMAO urinaires. Le séquençage de FMO3 vient confirmer une forme primaire déjà biochimique, pas remplacer ce dosage. GeneReviews rappelle qu’un variant de signification incertaine ne pose ni n’élimine à lui seul le diagnostic.

Conclusion

Le relent de poisson au moment d’uriner est un signal fréquent et, dans la majorité des cas, transitoire. Il vient d’une urine trop concentrée, d’asperges ou de vitamine B6, des pertes d’une vaginose ou d’une cystite. Une pyélonéphrite ou une décompensation hépatique ou rénale s’accompagnent d’autres signes. Une triméthylaminurie, elle, déborde largement l’urine, vers la sueur et l’haleine.

Avant d’imaginer une maladie rare, regardez la couleur de l’urine, les pertes, la température et la douleur. Une bandelette et, si besoin, un ECBU ou un prélèvement vaginal répondent à la plupart des questions en une consultation. Le dosage de TMA n’intervient que lorsque ces pistes courantes sont vides.

Si une fièvre, un flanc douloureux, du sang ou une confusion apparaissent, composez le 15 ou le 112. Dans les autres cas, un rendez-vous avec le médecin traitant, en expliquant depuis quand l’odeur existe, ce que vous avez mangé et si des pertes ou des brûlures l’accompagnent, oriente plus vite qu’une restriction alimentaire improvisée.

Sources

  1. Urine odor – Causes and definition. Mayo Clinic, 29 octobre 2025.
  2. Urine odor: MedlinePlus Medical Encyclopedia. MedlinePlus, 3 juillet 2025.
  3. Changes In Urine: Causes, Symptoms & Treatment. Cleveland Clinic, 28 septembre 2023.
  4. Smelly urine. National Health Service, 16 octobre 2023.
  5. About Bacterial Vaginosis (BV). Centers for Disease Control and Prevention, 11 décembre 2023.
  6. Bacterial Vaginosis. Centers for Disease Control and Prevention, 22 juillet 2021.
  7. Symptoms & Causes of Bladder Infection in Adults. National Institute of Diabetes and Digestive and Kidney Diseases, avril 2024.
  8. Symptoms & Causes of Kidney Infection (Pyelonephritis). National Institute of Diabetes and Digestive and Kidney Diseases, octobre 2024.
  9. Phillips IR, Shephard EA : Primary Trimethylaminuria. GeneReviews, 5 novembre 2020.
  10. Trimethylaminuria. National Organization for Rare Disorders, 15 août 2024.
  11. Urinary Tract Infections (UTIs). American College of Obstetricians and Gynecologists, janvier 2024.
  12. Kidney infection – Symptoms and causes. Mayo Clinic, 13 mars 2026.

À propos de l’auteur

Pauline Cécile TessierRédactrice médicale

J’ai fait mes études d’infirmière à l’IFSI La Capelette. Après mon congé maternité, je me suis tournée vers la rédaction et la relecture de textes médicaux. Pour chaque article, je lis les recommandations officielles, les études et les guides cliniques, et j’utilise aussi des outils d’IA dans mon travail. Chaque affirmation peut être vérifiée dans les sources citées de l’article.