
Oui, un surdosage de nicotine est possible. Chez l’adulte, quelques cigarettes de plus provoquent rarement une intoxication mortelle, mais avaler un e-liquide concentré, superposer plusieurs patchs ou empiler des gommes, une vapoteuse et du tabac peut déclencher des vomissements, des palpitations puis, plus rarement, une détresse respiratoire.
La dose « mortelle » de 50 à 60 mg encore imprimée dans certains manuels remonte à des auto-expériences du XIXe siècle, réévaluées en 2013 par Mayer dans Archives of Toxicology. L’estimation prudente pour un adulte se situe plutôt entre 0,5 et 1 g de nicotine ingérée. Le risque qui pèse aujourd’hui sur les foyers n’est pas cette figure d’école. Entre avril 2022 et mars 2023, les centres antipoison américains ont enregistré 7 043 expositions liées aux cigarettes électroniques, dont 87,8 % chez des enfants de moins de 5 ans, d’après une note du MMWR des CDC.
Les signes commencent souvent par des vomissements dans l’heure. Une intoxication grave peut paralyser les muscles respiratoires avant soixante minutes. Chez le jeune enfant, 1 à 2 mg suffisent parfois à faire apparaître des signes d’intoxication, selon MedlinePlus (mise à jour en 2025).
Peut-on vraiment surdoser la nicotine ?
Un excès de nicotine peut intoxiquer un adulte comme un enfant. La voie compte autant que la quantité. Fumer délivre la nicotine par petites bouffées, avec un vomissement qui arrive souvent assez tôt pour limiter l’absorption. Avaler un liquide de recharge, mâcher du tabac, coller un patch ou laisser un e-liquide sur la peau court-circuite cette barrière.
Tous les produits nicotinés peuvent empoisonner si la dose est trop élevée, rappelle la Cleveland Clinic (fiche de 2026), mais le tabac à mâcher, le tabac à priser et la nicotine liquide des vapoteuses concentrent davantage le toxique. Mâcher ou priser libère plus de nicotine que fumer la même plante. Les substituts nicotiniques (patchs, gommes, pastilles, inhalateurs, sprays) restent des médicaments. Un usage au-delà de la notice, ou un enfant qui croque une gomme, peut produire les mêmes signes.
La mort par nicotine reste rare chez l’adulte tant que la seule source est la cigarette. Elle n’est pas théorique dès qu’un liquide concentré entre en jeu, ou qu’un enfant de un ou deux ans porte le flacon à la bouche. Dans la série américaine de Rosen et coll. (JAMA Network Open, 2026), les deux décès pédiatriques recensés entre 2016 et 2023 suivaient l’ingestion d’e-liquide. Les symptômes légers, eux, sont fréquents et réversibles si l’exposition s’arrête.
- Une cigarette, un cigare ou du tabac à pipe contient de la nicotine, mais la combustion n’en livre qu’une fraction à chaque bouffée.
- Un flacon d’e-liquide peut porter plusieurs dizaines de milligrammes par millilitre, soit une dose pédiatrique dans une gorgée.
- Une gomme ou un patch de substitution reste un médicament, et un enfant qui les mâche ou les applique s’expose comme avec du tabac.
- Les sachets de nicotine sans tabac (pouches) portent le même alcaloïde, parfois à des teneurs plus élevées que les gommes autorisées aux États-Unis.

Quelle quantité de nicotine devient dangereuse ?
Il n’existe pas de seuil unique valable pour tout le monde. Le poids, l’habitude de fumer, la voie (bouche, peau, poumon) et le vomissement précoce changent la dose qui arrive dans le sang. Les manuels et les revues de toxicologie ne disent d’ailleurs pas la même chose, et cette divergence doit rester visible.
Certains manuels citent encore une dose mortelle d’environ 60 mg chez un adulte non-fumeur, 120 mg chez un fumeur, et 10 mg chez un jeune enfant, d’après le Merck Manual (mise à jour en 2025). Cette fourchette de 50 à 60 mg alimente depuis longtemps l’avertissement selon lequel cinq cigarettes ou 10 ml d’une solution diluée suffiraient à tuer un adulte. Mayer a montré en 2013 que ce chiffre vient d’un manuel de Rudolf Kobert (1906), lui-même fondé sur des auto-expériences du milieu du XIXe siècle. Des adultes ont survécu à des ingestions bien plus élevées. En s’appuyant sur les concentrations sanguines post-mortem, Mayer situe la limite inférieure des issues fatales autour de 0,5 à 1 g de nicotine ingérée, soit environ 6,5 à 13 mg/kg par voie orale. Henstra et coll. (2022) reprennent cette estimation et soulignent que la dose avalée prédit mal les symptômes.
La biodisponibilité orale de la nicotine n’est que d’environ 20 %, d’après Mayer. L’acide gastrique limite l’absorption, et les vomissements précoces en retirent une partie. Une cigarette contient environ 8 mg de nicotine, dont à peu près 1 mg passe dans l’organisme en fumant, selon le Merck Manual. Mayer retient plutôt un ordre de grandeur de 2 mg absorbés par cigarette pour ses calculs de plasma. Dans les deux lectures, fumer un paquet n’équivaut pas à ingérer le contenu nicotinique de ce paquet d’un seul trait.
Chez l’enfant, le débat d’adultes sur le gramme ne rassure pas. MedlinePlus indique qu’un apport de 1 à 2 mg a déjà été associé à des signes d’intoxication. Henstra et coll. citent un enfant qui a survécu à environ 1 mg/kg et un décès après environ 4 mg/kg d’e-liquide. Dans l’Union européenne, la revue de 2022 rappelle qu’un flacon de recharge peut contenir jusqu’à 200 mg au titre de la directive sur les produits du tabac. Les concentrations mesurées vont d’environ 0,5 à 100 mg/ml, et l’étiquette a divergé de la teneur réelle dans une grande partie des échantillons étudiés. Le pharmacien français applique les règles locales. Le flacon trouvé par un enfant, lui, n’attend pas le texte réglementaire.
Quels symptômes apparaissent après un excès ?
Les signes suivent souvent deux temps. Une phase stimulante commence en quinze minutes à une heure. Une phase dépressive peut suivre entre trente minutes et quatre heures. Certaines personnes ne présentent que la seconde. La fiche NIOSH des CDC et la Cleveland Clinic décrivent le même enchaînement.
Les vomissements sont le symptôme le plus fréquent. NIOSH les retrouve chez plus de la moitié des personnes déjà symptomatiques. S’y ajoutent nausées, douleurs abdominales, salivation, pâleur, sueurs, vertiges, maux de tête, tremblements, marche incertaine, tachycardie et respiration rapide. Un goût de brûlé dans la bouche ou la gorge est possible après ingestion. La peau peut rougir au contact du liquide.
Plus tard, ou d’emblée si la dose est élevée, le tableau s’inverse. La diarrhée apparaît surtout aux doses plus fortes. La tension baisse, le pouls ralentit, le rythme peut se désorganiser. La respiration devient superficielle, parfois s’arrête. Faiblesse, perte de tonus, paralysie, léthargie et coma relaient l’agitation du début. Les convulsions et l’arrêt respiratoire appartiennent aux formes graves. La mort, lorsqu’elle survient, vient surtout de la paralysie des muscles qui font entrer l’air, d’un encombrement bronchique et d’un collapsus cardio-vasculaire. Elle peut arriver en moins d’une heure après une exposition massive, d’après NIOSH et la Cleveland Clinic.
La durée aide à juger la gravité sans la dramatiser. Une exposition légère se dissipe souvent en une à deux heures. Une exposition grave peut occuper dix-huit à vingt-quatre heures. Henstra et coll. notent que les syndromes graves se déclarent en général dans les quatre heures. Un enfant calme à la quatrième heure n’a pas « gagné » si la quantité avalée reste inconnue. Il a surtout franchi la fenêtre où les signes lourds apparaissent le plus souvent, sous surveillance.
Crampes, agitation, confusion, salive, convulsions, évanouissement, palpitations puis pouls lent, vomissements et faiblesse suffisent à justifier un appel, d’après MedlinePlus. Un dosage urinaire de cotinine, parfois proposé ensuite, confirme l’exposition. Il n’arrive pas assez vite pour guider la première heure.
Pourquoi les e-liquides exposent surtout les enfants
Les flacons de recharge et les vapoteuses jetables ont déplacé le risque d’intoxication vers le salon. Un enfant de un à deux ans explore avec la bouche. Un e-liquide sucré, coloré, dans un petit flacon, ressemble à un sirop. La nicotine passe alors par la muqueuse buccale, l’intestin et, si le liquide coule, par la peau.
Les chiffres les plus détaillés viennent des registres américains récents et montrent cette bascule. Tashakkori et coll. (MMWR, 2023) ont dénombré 7 043 expositions aux e-cigarettes entre le 1er avril 2022 et le 31 mars 2023, en hausse de 32 % sur l’année, dont 87,8 % chez les moins de 5 ans. L’inhalation ou la voie nasale concernait 61,0 % des cas, l’ingestion 40,0 %. Seuls 8,3 % ont été traités dans un établissement de santé et 0,6 % hospitalisés. Un décès a été rapporté, un suicide suspecté chez une personne de 18 ans ou plus.
Rosen et coll. ont suivi 92 973 expositions pédiatriques (1 mois à 5 ans) de 2016 à 2023. Dans 91,2 % des cas, l’enfant avait 2 ans ou moins, et 99,6 % des expositions étaient non intentionnelles. Les appels liés aux e-cigarettes sont passés de 2 044 à 7 009 (+242,9 %), pendant que le tabac traditionnel reculait de 43,0 %. L’ingestion restait la voie dominante, mais les inhalations ont bondi, surtout avec les dispositifs que l’enfant peut déclencher lui-même. Une loi américaine de 2015 sur les emballages d’e-liquides à l’épreuve des enfants avait d’abord fait baisser les appels. La tendance s’est inversée avec les modèles jetables et à cartouches. Deux décès, tous deux après ingestion d’e-liquide, figurent dans cette série.
Olivas et coll. (Pediatrics, 2025) ont isolé 134 663 ingestions non intentionnelles chez les moins de 6 ans (2010-2023). La plupart n’ont eu aucun effet (36,8 %) ou un effet mineur (19,6 %). Les sachets de nicotine, encore minoritaires, ont vu leur taux d’ingestion bondir de 763,1 % entre 2020 et 2023, avec davantage d’issues sérieuses et d’admissions que les autres formes réunies. Ces données ne se transposent pas telles quelles à la France. Elles montrent toutefois que le produit le plus dangereux pour un tout-petit n’est plus seulement le paquet oublié sur la table, mais le liquide et l’appareil laissés à hauteur de main.
Patchs, gommes et cumul de produits nicotinés
Les substituts nicotiniques peuvent provoquer un surdosage s’ils sont mal utilisés, surtout chez un enfant qui les prend pour des bonbons. Ils ne sont pas, pour autant, un piège automatique dès qu’on associe deux formes. Les CDC américains, dans une page revue le 4 octobre 2024, recommandent même d’associer un patch (effet prolongé) et une gomme ou une pastille (effet rapide) pour mieux maintenir l’arrêt du tabac. C’est une consigne états-unienne. En France, le schéma se discute avec le médecin traitant ou le pharmacien.
D’après l’étiquette DailyMed d’une gomme à 2 mg, mise à jour le 27 mars 2026, on ne doit pas dépasser 24 pièces par jour, et le traitement commence le jour prévu pour arrêter. Un surdosage survient si l’on mâche plusieurs pièces d’affilée. Les signes listés sont nausées, vomissements, vertiges, diarrhée, faiblesse et accélération du cœur. Il faut alors arrêter le produit et demander un avis médical. Les gommes usagées se jettent enveloppées. Elles gardent assez de nicotine pour rendre un enfant ou un animal malade.
Plusieurs patchs collés ensemble, ou un patch oublié, entretiennent un réservoir cutané. Henstra et coll. soulignent qu’après le retrait, la peau continue de délivrer de la nicotine pendant des heures. Vapoter tout en portant un patch n’a pas le même dossier que l’association patch plus gomme, qui concerne des médicaments autorisés par la FDA. Si des nausées, des sueurs froides ou des palpitations apparaissent, on retire le patch, on cesse la nicotine, et on demande conseil au pharmacien. L’intoxication grave de l’adulte vient surtout de l’ingestion volontaire de liquide, pas d’une gomme de trop dans un plan d’arrêt.
Intoxication nicotinique, quand voir un médecin
Tout signe d’intoxication justifie un avis médical immédiat, selon la Cleveland Clinic. Pour un enfant, l’ingestion même minime d’e-liquide, ou le simple doute, ne se gère pas à la maison. Aux États-Unis, on appelle le centre antipoison (1-800-222-1222) ou les secours. En France, le 15 (SAMU) ou le 112 joue ce rôle. Le médecin joindra le centre antipoison compétent. N’attendez pas d’avoir le poids exact, la marque et l’heure. Ces éléments aident, mais ils ne doivent pas retarder l’appel.
Le tableau ci-dessous résume des seuils tirés des sources américaines et de la pratique d’urgence. Il ne remplace pas le SAMU.
| Situation | Conduite |
|---|---|
| Enfant qui a pu avaler de l’e-liquide, même une gorgée incertaine | Appelez le 15 ou le 112, flacon à la main |
| Vomissements répétés, pâleur, sueurs, salive abondante, tremblements | Urgences, sans attendre que les nausées cessent |
| Convulsions, respiration difficile ou arrêtée, coma, pouls très lent | 15 ou 112, ne pas laisser la personne seule |
| Liquide répandu sur la peau ou dans les yeux | Laver d’abord, puis avis médical si des signes généraux apparaissent |
| Adulte nauséeux après plusieurs patchs, gommes et vapoteuse | Retirer les patchs, cesser la nicotine, consulter le médecin ou le 15 si le malaise s’aggrave |
| Travailleur au contact de feuilles de tabac mouillées, nausées et vertiges | Sortir de l’exposition, hydrater, consulter, préciser le métier au soignant |
Henstra et coll. jugent en général sûre une sortie après quatre à six heures d’observation hospitalière sans signe grave, parce que les tableaux lourds se nouent surtout dans cette fenêtre. Cette règle appartient à l’hôpital, pas au salon. Un adulte qui avale volontairement un flacon relève d’emblée des urgences. Les cas graves publiés chez l’adulte sont souvent de cette nature, pas un « trop vapoté » au bureau.

Gestes utiles avant l’arrivée des secours
Le premier geste est d’arrêter l’exposition. On éloigne le flacon, on retire les patchs, on sort la personne de l’atmosphère saturée si elle vient d’inhaler. On ne fait pas vomir. MedlinePlus et NIOSH l’écrivent clairement. Les vomissements arrivent souvent tout seuls. Les provoquer expose à une fausse route, surtout si la vigilance baisse ou si une convulsion menace.
Si le liquide a touché la peau, on retire les vêtements souillés et on lave à l’eau et au savon pendant au moins quinze minutes, selon MedlinePlus. NIOSH insiste sur un lavage soigneux, sans abraser la peau. On ne verse pas d’antacide ni de bicarbonate. Un milieu plus alcalin facilite le passage de la nicotine, d’après la fiche NIOSH. Pour les yeux, un rinçage prolongé à l’eau tiède (au moins quinze minutes) précède l’avis médical.
Gardez le contenant. Le soignant a besoin du nom du produit, de la concentration écrite, du volume manquant et de l’heure approximative. Chez un enfant, l’ingestion est rarement vue. Toute quantité d’e-liquide reste potentiellement dangereuse tant qu’elle n’est pas évaluée. N’administrez ni lait, ni charbon acheté en pharmacie, ni « antidote » trouvé sur internet. Il n’existe pas d’antidote spécifique, rappellent la Cleveland Clinic et Henstra et coll.
En attendant le SAMU, allongez la personne si elle est consciente, surveillez la respiration, et notez l’heure des vomissements et des convulsions. Si elle ne répond plus, les gestes de réanimation que vous connaissez déjà s’appliquent. Le 15 guide au téléphone. Un adulte nauséeux après un excès de substituts retire le patch, se rince la zone, arrête les gommes et la vapoteuse, et consulte. Même après le retrait, la nicotine cutanée continue de passer.
Comment se déroule le traitement à l’hôpital
Le traitement est de soutien. On surveille pouls, tension, respiration et glycémie. MedlinePlus liste ce que l’équipe peut proposer. Oxygène, intubation et ventilation si les muscles respiratoires flanchent. Soluté en veine si la tension chute. Médicaments contre les nausées, l’agitation, les convulsions et les troubles du rythme. Un électrocardiogramme cherche une bradycardie ou une arythmie. Des examens d’urine et de sang documentent l’exposition, trop tard pour décider de la première heure.
Le charbon activé n’est pas un réflexe automatique. NIOSH le réserve à une personne dont les voies aériennes sont protégées. Henstra et coll. le limitent, chez l’enfant, à une ingestion de moins d’une heure, si l’enfant est encore alerte. La dose citée dans cette revue est de 1 g/kg, sans sorbitol. Le Merck Manual déconseille de vider l’estomac et n’envisage le charbon que si les symptômes sont graves, la quantité élevée, et que la personne n’a pas déjà vomi.
L’atropine peut servir si le pouls est trop lent ou si les sécrétions bronchiques encombrent, selon NIOSH et le Merck Manual. Les convulsions se traitent par benzodiazépines. Un collapsus qui résiste aux solutés peut nécessiter des vasopresseurs. Rien de tout cela ne s’improvise à domicile. Sans complication, les séquelles durables sont peu fréquentes, d’après MedlinePlus et la Cleveland Clinic. Une intoxication qui a arrêté la respiration peut, elle, laisser des lésions.
Nicotine absorbée par la peau et tabac vert
La peau n’est pas une barrière étanche pour la nicotine. Un e-liquide renversé sur un avant-bras, un patch oublié, des feuilles de tabac mouillées. Trois situations différentes, un même alcaloïde.
La maladie du tabac vert (green tobacco sickness) est une intoxication professionnelle. Le Merck Manual (2025) la décrit chez les personnes qui récoltent ou transforment du tabac cru, surtout mouillé, sans protection. La nicotine dissoute dans la rosée, la pluie ou la sueur traverse la peau. Nausées, vomissements, céphalées et faiblesse dominent. Une forme légère se dissipe souvent en une à deux heures après l’arrêt du contact. Une forme plus marquée peut durer jusqu’à vingt-quatre heures. Changer de habits mouillés, se laver, et dire au soignant que l’on manipule du tabac évite de confondre le tableau avec un coup de chaleur ou un pesticide.
Le liquide de vapoteuse sur la peau n’est pas du tabac vert. C’est de la nicotine déjà extraite, souvent plus concentrée. Le lavage immédiat à l’eau et au savon, quinze minutes, reste le geste de MedlinePlus. Les résidus de vapeur sur un canapé ne sont pas documentés, dans ces sources, comme une cause d’intoxication. Le risque cutané à la maison est le flacon renversé et le patch accessible.
Comment limiter le risque d’intoxication à la maison
La prévention tient à quelques habitudes, pas à un discours moral. Rangez les produits hors de vue et de portée, dans le contenant d’origine, et scellez les flacons usagés, comme le recommande la Cleveland Clinic, pour qu’un enfant ne les récupère pas dans la poubelle. Les appareils eux-mêmes, pas seulement les flacons, finissent dans les mains des tout-petits, d’après Rosen et coll. Rangez la vapoteuse comme un médicament.
Quelques règles tiennent en phrases complètes.
- Refermez toujours le flacon d’e-liquide et posez-le en hauteur, dans une boîte que l’enfant ne sait pas ouvrir.
- Ne rechargez pas une vapoteuse au-dessus d’une table basse, ni pendant qu’un enfant joue à côté.
- Jetez les gommes mâchées, les patchs usagés et les cartouches vides hors d’atteinte, emballés, pas en vrac dans une corbeille ouverte.
- Portez des gants pour manipuler un e-liquide concentré, puis lavez-vous les mains avant de prendre un enfant.
- Demandez au pharmacien comment associer patch et gomme, plutôt que d’ajouter une vapoteuse « pour compenser ».
Les CDC américains encouragent l’association patch plus gomme ou pastille chez l’adulte qui veut arrêter de fumer. Cette stratégie vise le sevrage, pas l’intoxication. Le médecin traitant ou le pharmacien reste le bon interlocuteur pour coller ce schéma aux produits disponibles en France. Les sachets de nicotine méritent la même discipline que les gommes. Olivas et coll. les ont vus progresser très vite dans les ingestions pédiatriques, avec davantage d’issues sérieuses. Un sachet par terre n’est pas un chewing-gum. Traitez chaque produit nicotiné comme un flacon de médicament. Le 15 et le 112 existent pour le doute.
Questions fréquentes
Un enfant a mis de l’e-liquide à la bouche, que faire ?
Appelez le 15 ou le 112, même si la quantité paraît petite et même si l’enfant ne vomit pas encore. Gardez le flacon pour lire la concentration. Ne le faites pas vomir et ne lui donnez ni lait ni charbon. MedlinePlus lie déjà 1 à 2 mg à des signes d’intoxication chez le jeune enfant.
Peut-on s’intoxiquer uniquement en vapotant trop fort ?
Oui, une inhalation trop intensive peut provoquer nausées, pâleur, tremblements et palpitations, surtout chez une personne peu habituée. Les intoxications graves de l’adulte, dans les séries hospitalières, viennent plus souvent de l’ingestion de liquide que d’une soirée de vapotage. Si les signes persistent après l’arrêt, un avis médical s’impose.
Patch et gomme ensemble, est-ce un surdosage ?
Pas automatiquement. Les CDC américains recommandent précisément cette association pour l’arrêt du tabac. Un surdosage reste possible si les doses dépassent la notice, si un enfant avale les gommes, ou si nausées, diarrhée et cœur rapide apparaissent. Dans ce cas, on arrête, on retire le patch, et on consulte.
Combien de cigarettes faut-il pour s’intoxiquer ?
Fumer délivre environ 1 mg de nicotine par cigarette selon le Merck Manual, parfois de l’ordre de 2 mg dans les calculs de Mayer. L’ancien slogan des « cinq cigarettes mortelles » reposait sur la dose de 60 mg, aujourd’hui contestée pour l’adulte. Avaler du tabac ou un e-liquide n’a rien à voir avec fumer ces mêmes milligrammes.
Les sachets de nicotine sont-ils plus dangereux pour un tout-petit ?
Ils restent rares dans les statistiques, mais Olivas et coll. (2025) ont mesuré une hausse de 763,1 % des ingestions entre 2020 et 2023 aux États-Unis, avec davantage d’issues sérieuses que les autres formes. Rangez-les comme des médicaments. En cas d’ingestion, le 15 s’applique comme pour un e-liquide.
Faut-il garder du charbon activé dans l’armoire à pharmacie ?
Non. Le charbon n’est utile que dans des conditions précises, à l’hôpital, voies aériennes protégées, souvent dans l’heure. À la maison, il risque d’être inhalé si l’enfant vomit ou s’endort. Le geste utile est l’appel au 15, le lavage de la peau, et le flacon emporté.

Conclusion
Un surdosage de nicotine n’est pas un mythe de notice. Il est rare et souvent bénin chez l’adulte qui fume un peu plus que d’habitude. Il devient un vrai tableau d’urgence dès qu’un enfant rencontre un e-liquide, un sachet ou une gomme, ou dès qu’un adulte avale un flacon. La vieille dose de 60 mg, encore copiée d’un manuel à l’autre, ne décrit plus ce que les revues de toxicologie tiennent pour un seuil adulte. Elle ne diminue en rien le danger d’un millilitre concentré dans une bouche de deux ans.
Si vous vapotez ou utilisez des substituts, posez une question précise au pharmacien. Combien de milligrammes par millilitre dans ce flacon, où le ranger, et comment associer un patch à une forme orale sans empiler une vapoteuse par-dessus. Apportez le produit à la consultation plutôt qu’une estimation au jugé.
Le seuil d’action est simple. Vomissements répétés, pâleur, sueurs, salive, tremblements, ou le moindre doute qu’un enfant a goûté un e-liquide. Le 15 ou le 112, le flacon dans la main, sans faire vomir. Les séries américaines de 2023 à 2026 montrent que la grande majorité des expositions pédiatriques n’ont pas de séquelle. Les deux décès de la série JAMA Network Open étaient des ingestions d’e-liquide. Ce n’est pas une statistique à relativiser. C’est la raison de fermer le placard.
Sources
- Nicotine Poisoning: What It Is, Symptoms, Causes & Treatment. Cleveland Clinic, 27 mars 2026.
- Nicotine poisoning. MedlinePlus, 8 janvier 2025.
- Nicotine: Systemic Agent. Centers for Disease Control and Prevention, 12 mai 2011.
- Tashakkori NA, Rostron BL, Christensen CH et al. : Notes from the Field: E-Cigarette–Associated Cases Reported to Poison Centers — United States, April 1, 2022–March 31, 2023. Morbidity and Mortality Weekly Report, 23 juin 2023.
- Rosen PE et al. : Pediatric Nicotine Exposures Reported to US Poison Centers. JAMA Network Open, 4 mars 2026.
- Mayer B : How much nicotine kills a human? Tracing back the generally accepted lethal dose to dubious self-experiments in the nineteenth century. Archives of Toxicology, 4 octobre 2013.
- Henstra C, Dekkers BGJ, Olgers TJ et al. : Managing intoxications with nicotine-containing e-liquids. Expert Opinion on Drug Metabolism & Toxicology, 29 mars 2022.
- Smoking and Other Tobacco Use. Merck Manual Professional Edition, octobre 2025.
- How to Combine Quit Smoking Medicines. Centers for Disease Control and Prevention, 4 octobre 2024.
- NICTOINE GUM- nicotine polacrilex gum, chewing. DailyMed, 27 mars 2026.
- Olivas M, Hays HL, Kistamgari S et al. : Nicotine Ingestions Among Young Children: 2010–2023. Pediatrics, 14 juillet 2025.
