Verrues génitales : peut-on les traiter à la maison ?

Verrues génitales : peut-on les traiter à la maison ?

Les verrues génitales ne se soignent pas avec un dissolvant de verrues acheté sans ordonnance, ni avec une huile essentielle. Après un diagnostic médical, certaines lésions externes accessibles peuvent être traitées à domicile avec une crème ou une solution prescrite (imiquimod ou podophyllotoxine), tandis que d’autres relèvent d’une surveillance ou d’un geste au cabinet.

Le « remède au thé vert » souvent présenté comme un soin de cuisine est, dans les recommandations américaines des CDC de 2021, une pommade de sinécatéchines à 15 % délivrée sur ordonnance, distincte d’une infusion. Ni l’huile d’arbre à thé ni l’hamamélis n’y figurent, pas davantage dans le document de l’OMS de 2024.

Environ 90 % des verrues anogénitales sont liées aux papillomavirus humains (HPV) de types 6 et 11, non oncogènes. Neuf infections HPV sur dix deviennent indétectables en deux ans d’après la fiche des CDC de 2025. L’OMS estime qu’un traitement bien choisi fait disparaître les lésions chez 380 à 710 personnes sur 1 000, contre 100 sans traitement.

Ce que sont les verrues génitales et le HPV

Les verrues génitales, ou condylomes acuminés, sont des excroissances bénignes de la peau ou des muqueuses de la région anogénitale, dues le plus souvent aux HPV de types 6 et 11. Ces types, dits de bas risque, ne sont pas ceux qui provoquent le cancer du col de l’utérus. Les CDC rappellent que les types responsables des verrues et ceux responsables des cancers sont distincts.

Le virus se transmet surtout par contact peau à peau lors de rapports vaginaux, anaux ou, plus rarement, oraux. Un préservatif diminue le risque mais ne le supprime pas, car le HPV infecte aussi des zones non recouvertes. Le Merck Manual (août 2025) indique que plus de 80 % des personnes sexuellement actives non vaccinées rencontrent un HPV au cours de leur vie, et qu’aux États-Unis environ 13 millions de nouvelles infections surviennent chaque année.

La période entre la contamination et l’apparition des lésions est très variable. Les CDC précisent que des verrues peuvent surgir des mois, parfois des années, après l’acquisition du virus, ce qui rend souvent impossible d’identifier le partenaire à l’origine de l’infection. L’OMS cite des médianes d’incubation d’environ 2,9 mois chez les femmes et 11 mois chez les hommes, avec une grande dispersion autour de ces chiffres.

Cliniquement, les lésions sont souvent petites, molles, de la couleur de la peau, rosées ou plus foncées, isolées ou groupées en chou-fleur. Elles siègent autour de la vulve, du pénis, du scrotum, du périnée ou de l’anus. Beaucoup restent indolores. Un prurit, une brûlure, un saignement au contact ou une gêne lors des rapports peuvent toutefois apparaître. Une même personne peut porter le virus sans jamais développer de verrue visible, et transmettre malgré tout l’infection.

L'hamamélis peut être un remède à la maison pour les verrues génitales.

Peut-on traiter les verrues génitales à la maison ?

Un auto-traitement n’est possible que pour des condylomes externes déjà identifiés par un professionnel, avec un médicament prescrit et un schéma expliqué en consultation. Les CDC classent ces modalités auto-appliquées à part des gestes réalisés au cabinet. L’OMS, dans ses recommandations de 2024, place même en première intention deux options à appliquer soi-même pour les lésions externes non compliquées de l’adulte et de l’adolescent, la podophyllotoxine et l’imiquimod, hors grossesse.

Ce n’est pas un produit de comptoir. MedlinePlus (révision du 15 octobre 2024) insiste pour que les verrues génitales soient prises en charge par un soignant et interdit les médicaments en vente libre destinés aux verrues d’une autre région du corps. La Mayo Clinic (19 décembre 2023) formule la même mise en garde. Le NHS anglais (10 juillet 2023) ajoute que les produits de pharmacie pour verrues ne sont pas conçus pour la peau génitale.

L’abstention est une option réelle, pas un abandon. Les CDC considèrent acceptable, pour certaines personnes, d’attendre une disparition spontanée en moins d’un an, car les lésions non traitées peuvent régresser, rester stables ou s’étendre. La revue Cochrane de 2014 estime qu’environ 30 % des verrues anogénitales régressent sans traitement, sans qu’on puisse prédire le sort d’une lésion donnée. Le NHS évoque une disparition possible en six mois.

Le choix dépend de la taille, du nombre, du siège, du coût, des effets indésirables, de l’expérience du clinicien et de votre préférence. Aucun schéma n’est supérieur à tous les autres pour tous les patients, écrivent les CDC. Un suivi après quelques semaines permet de corriger le geste, de gérer une irritation et de changer de stratégie si la réponse reste faible. Le médecin ou le pharmacien en France appliquera la recommandation locale et vous indiquera le nom commercial disponible.

Produits de pharmacie et huiles à éviter

Les kératolytiques vendus pour les verrues des mains ou des pieds, notamment à base d’acide salicylique, n’ont pas leur place sur la peau génitale ni sur les muqueuses. Ces préparations irritent, ulcèrent et ne sont pas évaluées dans cette localisation, d’après la Mayo Clinic, MedlinePlus et le NHS. Les appliquer « pour gagner du temps » avant une consultation est une erreur fréquente.

Aucune recommandation officielle de l’OMS (2024) ni des CDC (2021) ne retient l’huile d’arbre à thé, l’hamamélis, l’ail ou un régime de choux comme traitement des condylomes. Le HPV 16, souvent cité à propos de l’hamamélis, n’est pas le virus habituel de ces verrues.

Les sinécatéchines, extraits de thé vert, ne sont pas un cataplasme maison. Les CDC les listent comme pommade à 15 % à appliquer trois fois par jour jusqu’à 16 semaines, sans rincer, en évitant tout contact sexuel tant que le produit est sur la peau. Cette option n’est pas recommandée en cas d’infection par le VIH, d’autre immunodépression ou d’herpès génital, faute de données de sécurité. L’OMS ne la place pas en première intention parmi les traitements auto-appliqués. Sa disponibilité et son statut d’autorisation varient selon les pays, et seul le prescripteur local peut dire si elle existe près de chez vous.

Fumer peut diminuer la réponse à plusieurs traitements, selon le NHS. Arrêter le tabac n’efface pas le virus, mais évite un facteur qui complique la cicatrisation. Toute substance caustique artisanale (vinaigre, javel, acide) expose à des brûlures graves de la vulve, du gland ou de l’anus.

  • Un dissolvant de verrues en vente libre n’est pas formulé pour la peau génitale et peut l’ulcérer.
  • Une huile essentielle n’a pas d’essai solide sur les condylomes et irrite souvent les muqueuses.
  • Un extrait de plante « antiviral » lu sur une étiquette ne remplace pas une ordonnance adaptée au siège des lésions.
  • Un saignement, une croûte noire ou une douleur intense après un produit maison justifie un avis médical rapide.

Crèmes prescrites à appliquer soi-même

Trois familles figurent dans les schémas américains des CDC de 2021 pour les verrues anogénitales externes (pénis, aine, scrotum, vulve, périnée, anus externe). L’OMS, document 2024, n’en retient que deux en première intention auto-appliquée. Les doses ci-dessous viennent de ces textes officiels ; le pharmacien confirmera la spécialité et la notice françaises.

Médicament Schéma issu des sources Limites principales
Imiquimod 5 % (CDC 2021, OMS 2024) Un soir sur trois, jusqu’à 16 semaines ; laver à l’eau et au savon 6 à 10 heures plus tard Rougeur, érosion, douleur ; peut affaiblir préservatifs et diaphragmes
Imiquimod 3,75 % (CDC 2021, OMS 2024) Chaque soir, jusqu’à 8 semaines ; même rinçage 6 à 10 heures après Mêmes précautions d’irritation et de contraception barrière
Podophyllotoxine 0,5 % solution ou gel (CDC 2021) ; 0,5 % solution ou crème 0,5–1,5 % (OMS 2024) Deux fois par jour pendant 3 jours, puis 4 jours d’arrêt, jusqu’à 4 cycles Surface ≤ 10 cm² et volume ≤ 0,5 ml par jour (CDC) ; contre-indiquée pendant la grossesse
Sinécatéchines 15 % (CDC 2021, pas en 1re intention OMS) Fine couche 3 fois par jour jusqu’à 16 semaines, sans rincer Non évaluées si VIH, immunodépression ou herpès génital ; grossesse inconnue

L’imiquimod stimule localement la production d’interféron et d’autres cytokines. La revue Cochrane (Grillo-Ardila et coll., 2014, 10 essais, 1 734 personnes) trouve une régression complète plus fréquente qu’avec un placebo (risque relatif 4,03), mais la qualité des preuves est jugée très basse, avec plus de réactions locales et de douleur. Face à la podophyllotoxine, la comparaison de la régression complète reste imprécise.

La podophyllotoxine est un antimitotique qui nécrose le tissu de la verrue. La méta-analyse en réseau de Barton et coll. (BMJ Open, 2019, 37 essais) classe la solution à 0,5 % comme l’option topique auto-appliquée la plus efficace pour une disparition complète en fin de traitement, devant la crème d’imiquimod à 5 %. La qualité globale des essais reste faible. Le premier geste est souvent fait au cabinet afin de montrer quelles lésions traiter et comment laisser sécher le produit.

Ces médicaments n’éradiquent pas le HPV. Ils visent la disparition des lésions visibles et le soulagement. Les CDC notent que l’imiquimod et les sinécatéchines peuvent fragiliser préservatifs et diaphragmes vaginaux. Pendant toute la durée d’application, un contact sexuel sur la zone traitée est à éviter, y compris pour protéger le partenaire d’une irritation chimique.

Comment appliquer un traitement à domicile

Le succès d’un schéma auto-appliqué tient autant au geste qu’à la molécule. Les CDC demandent que toutes les verrues à traiter aient été repérées en consultation, qu’elles soient accessibles, et que les consignes soient données sur place. Traiter « à l’aveugle » une lésion interne, un méat urétral ou une zone que vous ne voyez pas expose à un échec et à une brûlure.

Il faut se laver les mains avant et après. Sur la peau saine autour de la lésion, une couche de vaseline peut limiter le ruissellement de la podophyllotoxine, consigne du Merck Manual, cohérente avec celle des CDC de laisser sécher gel ou solution. Le produit ne s’applique pas à l’intérieur du vagin, de l’anus ou de l’urètre. La Mayo Clinic interdit d’introduire la podophyllotoxine dans le corps. En cas de projection oculaire, un rinçage prolongé à l’eau s’impose, puis un avis médical.

Les pauses font partie du schéma. Quatre jours sans podophyllotoxine ne sont pas des jours « perdus ». Dépasser 0,5 ml par jour ou 10 cm² de surface, d’après les CDC, augmente le risque d’absorption et de toxicité. Pour l’imiquimod, le lavage à 6 à 10 heures n’est pas optionnel, car laisser la crème toute la nuit au-delà de cette fenêtre accroît l’inflammation. Les sinécatéchines, à l’inverse, ne se rincent pas.

Une rougeur, une érosion superficielle ou une douleur modérée sont fréquentes et souvent le marqueur d’un effet local. Une ulcération profonde, de la fièvre, un œdème du prépuce qui empêche de décalotter, ou l’absence de toute réduction après un cycle complet doivent faire revoir le schéma. Les CDC conseillent de changer de modalité si, au terme d’une cure, le bénéfice reste négligeable ou si les effets indésirables deviennent intolérables. Les lésions des plis humides répondent en général mieux aux topiques que les plaques épaisses et sèches.

Traitements réalisés au cabinet

Quand les lésions sont nombreuses, kératosiques, internes, ou que l’auto-application échoue, un geste réalisé par le soignant devient préférable. Les CDC placent sur le même plan que les crèmes la cryothérapie à l’azote liquide, l’exérèse chirurgicale (ciseaux, rasage, curetage, laser, électrochirurgie) et l’acide trichloracétique ou bichloracétique à 80 à 90 %. L’OMS réserve plutôt ces options à l’échec du traitement auto-appliqué, selon les ressources du pays. Cette différence de classement n’est pas un désaccord sur l’innocuité, c’est un choix de priorité et d’accès.

La cryothérapie détruit la verrue par cytolyse thermique. Douleur, nécrose et parfois cloque sont attendues. Plusieurs séances sont souvent nécessaires. Dans le vagin, les CDC déconseillent la cryosonde à cause du risque de perforation et de fistule ; l’azote liquide sans sonde reste possible. Le NHS décrit aussi la congélation comme un traitement parfois douloureux à répéter.

La chirurgie a l’avantage de retirer la plupart des lésions en une visite, sous anesthésie locale. La récidive reste possible, car le virus n’est pas éliminé des tissus voisins. Le laser CO₂, dans la méta-analyse de Barton (2019), apparaît parmi les techniques les plus efficaces pour une disparition des lésions en fin de traitement, au prix d’un plateau technique et d’un risque de cicatrice. L’électrocoagulation exige de contrôler la profondeur pour limiter la fibrose.

L’acide trichloracétique coagule les protéines. Une petite quantité est déposée uniquement sur la verrue et laissée sécher jusqu’à un « givre » blanc. Un excès se neutralise avec du bicarbonate de sodium, précisent les CDC. Le geste se répète chaque semaine si besoin. Il n’est pas un produit à emporter chez soi.

La résine de podophylline (10–25 %), autrefois banale au cabinet, n’est plus un schéma recommandé par les CDC, en raison de toxicités systémiques lorsque de larges surfaces friables étaient peintes et mal rincées. L’OMS la maintient seulement comme solution de repli, moins efficace, si rien d’autre n’est disponible, avec un lavage après 2 à 4 heures. L’interféron intra-lésionnel reste une option alternative, non de première ligne.

Médecin et patient en discussion sur les verrues génitales.

Disparition spontanée, récidives et transmission

Guérir la verrue n’équivaut pas à « tuer le HPV ». Les CDC écrivent que les traitements peuvent réduire, sans probablement l’éliminer, le pouvoir infectieux, et que l’effet de cette réduction sur la transmission future reste inconnu. Les récidives sont fréquentes, surtout pendant les trois premiers mois. Cela n’est pas un échec personnel, c’est l’histoire naturelle d’une infection épithéliale.

La formule « le HPV reste à vie et l’on reste contagieux pour toujours » est trop tranchée. La fiche des CDC de 2025 indique que, dans 9 cas sur 10, le virus disparaît de lui-même en deux ans sans problème de santé. Le Merck Manual (2025) situe la disparition de la plupart des infections entre un et deux ans. Une minorité persiste. Il n’existe pas de médicament antiviral qui cible le virus latent.

On peut transmettre les types responsables des verrues en l’absence de lésion visible. Les partenaires tendent à partager le virus, même si un seul présente des condylomes. Les CDC ne recommandent pas un test HPV du partenaire d’une personne qui a des verrues, car ces tests ne guident pas le traitement des condylomes et, chez l’homme, aucun test HPV clinique n’est validé. Un examen clinique à la recherche de lésions, et un dépistage des autres IST, sont en revanche utiles.

Le préservatif, utilisé de façon constante et correcte, peut abaisser le risque de transmission, sans protection totale. Les CDC conseillent d’interrompre les rapports tant que des verrues sont visibles ; ils reconnaissent ne pas savoir combien de temps une personne reste capable de transmettre le virus après leur disparition. Informer le partenaire actuel fait partie du conseil. Pour les partenaires futurs, aucune consigne ferme n’est formulée, faute de connaître la durée de persistance virale.

Grossesse, immunodépression et lésions internes

Pendant la grossesse, les condylomes peuvent grossir, se multiplier et saigner plus facilement. La podophyllotoxine, la podophylline et les sinécatéchines ne doivent pas être utilisées, d’après les CDC. L’imiquimod semble à faible risque d’après des données animales, mais les CDC recommandent de l’éviter en attendant davantage de données humaines. L’OMS est plus catégorique. Podophyllotoxine, imiquimod, acide trichloracétique et résine de podophylline sont contre-indiqués chez la femme enceinte ; si un traitement est nécessaire, la cryothérapie est l’option la plus sûre. Le NHS indique souvent de reporter le traitement après l’accouchement, car beaucoup de lésions régressent dans les six semaines.

La césarienne n’a pas pour but de « bloquer le HPV ». Les CDC ne la recommandent pas dans cette seule intention. Elle se discute si les verrues obstruent la filière pelvienne ou si un accouchement voie basse ferait courir un risque hémorragique excessif. La papillomatose respiratoire récurrente du nourrisson, liée aux types 6 et 11, est rare ; le mode exact de transmission (périnatal ou autre) n’est pas entièrement élucidé.

Chez les personnes vivant avec le VIH ou autrement immunodéprimées, les lésions sont plus fréquentes, souvent plus étendues, moins sensibles au traitement et plus récidivantes. Les CDC ne justifient pas pour autant un algorithme radicalement différent, mais demandent une biopsie plus facilement devant une lésion atypique, car un carcinome épidermoïde peut mimer un condylome. Les sinécatéchines ne sont pas recommandées dans ce groupe.

Les verrues du méat urétral, du vagin, du col et de l’anus interne ne relèvent pas de l’auto-application. Cryothérapie, chirurgie ou acide trichloracétique, selon le siège, sont les schémas CDC. Un condylome du col impose un avis spécialisé et une biopsie pour exclure une lésion intra-épithéliale de haut grade avant tout traitement. Des verrues anales externes doivent faire discuter un examen du canal anal. Le médecin traitant oriente vers le gynécologue, l’urologue ou le proctologue selon la localisation.

Quand consulter pour des verrues génitales

Toute lésion nouvelle de la région génitale ou anale mérite un regard médical avant le premier tube de crème. Le diagnostic est d’abord visuel. Une biopsie s’impose si la lésion est pigmentée, indurée, fixée, ulcérée, hémorragique, si le diagnostic est douteux, si elle résiste au traitement standard ou si elle s’aggrave sous traitement, surtout en cas d’immunodépression, écrivent les CDC. La syphilis secondaire (condylomes plats) et l’herpès peuvent tromper.

Le NHS recommande une consultation de santé sexuelle devant une ou plusieurs bosses indolores autour du vagin, du pénis ou de l’anus, un prurit ou un saignement, ou une modification persistante du jet urinaire. Un partenaire qui a des condylomes est aussi un motif de rendez-vous, même sans lésion visible de votre côté. Les CDC ajoutent qu’une personne atteinte de verrues génitales bénéficie d’un dépistage des autres IST.

Les femmes qui ont des condylomes n’ont pas besoin de frottis plus rapprochés que les autres, selon le conseil des CDC. Le dépistage du cancer du col suit le calendrier habituel du pays, que le médecin rappellera. Un test HPV n’est pas un outil pour « confirmer » des verrues, car il ne guide pas leur traitement. MedlinePlus rappelle qu’un enfant présentant des condylomes doit faire évoquer, parmi d’autres hypothèses, une possible maltraitance sexuelle.

Situation Conduite
Lésion atypique, qui saigne, s’ulcère ou résiste au traitement Consultation, biopsie possible (CDC 2021)
Grossesse ou désir de grossesse Ne pas commencer podophyllotoxine ni sinécatéchines ; avis du médecin
VIH ou autre immunodépression Avis médical : lésions souvent plus étendues, récidives plus fréquentes
Lésions internes (vagin, col, méat, anus) Pas d’auto-traitement ; orientation spécialisée
Impossibilité d’uriner ou saignement abondant Appeler le 15 ou le 112

Un condylome n’est presque jamais une urgence vitale. L’appel au 15 ou au 112 se justifie surtout devant une rétention urinaire, une hémorragie importante, notamment en fin de grossesse, ou un malaise après application d’un produit caustique.

Vaccin et préservatif contre les verrues génitales

Le vaccin HPV ne soigne pas une verrue déjà là. Il prévient, chez les personnes non encore exposées aux types vaccinaux, la majorité des condylomes, rappellent les CDC. Le vaccin nonavalent couvre les types 6 et 11, responsables de plus de 90 % des verrues visibles, ainsi que plusieurs types oncogènes (Merck Manual, 2025). Aux États-Unis, avant la vaccination, environ 340 000 à 360 000 patients consultaient chaque année pour des verrues génitales. Dans plusieurs pays, dont les États-Unis, les CDC ont observé une baisse des condylomes chez les adolescentes, les jeunes femmes et les hommes hétérosexuels après l’introduction du vaccin.

Les calendriers (âge, nombre de doses) relèvent de la politique vaccinale de chaque pays. Les CDC américains visent une vaccination de routine des filles et des garçons vers 11 à 12 ans, possible dès 9 ans, avec un rattrapage jusqu’à 26 ans, et une discussion individualisée entre 27 et 45 ans. En France, le médecin ou le pharmacien indiquera le schéma en vigueur. Même après des condylomes, la vaccination peut encore protéger contre d’autres types du vaccin que vous n’avez pas rencontrés.

Le préservatif, les rapports avec un partenaire unique mutuellement fidèle et le report des rapports tant que des lésions sont visibles réduisent, sans l’annuler, le risque de transmission. Le NHS déconseille de partager les jouets sexuels, ou recommande de les laver et de les couvrir d’un préservatif neuf. On ne contracte pas ces verrues en embrassant, ni en partageant une serviette, des couverts ou une lunette de toilettes.

Questions fréquentes

Les verrues génitales partent-elles sans traitement ?

Oui, une fraction non négligeable régresse spontanément. La revue Cochrane de 2014 avance environ 30 % de régression, le NHS une disparition possible en six mois, et les CDC une évolution ouverte (régression, stabilité ou extension) avec une attente inférieure à un an acceptable pour certaines personnes. On ne peut pas prédire le sort d’une lésion donnée, ce qui rend le suivi clinique utile même en cas d’abstention.

Peut-on contaminer un partenaire sans verrue visible ?

Oui. Les types HPV des condylomes se transmettent même sans lésion apparente, par contact de peau génitale. Les CDC rappellent que les partenaires tendent à partager le virus et qu’un seul des deux, parfois aucun, développe des verrues. Un préservatif diminue le risque sans le supprimer.

Faut-il prévenir et faire examiner son partenaire ?

Informer le partenaire actuel est recommandé par les CDC, afin qu’il puisse se faire examiner et dépister d’autres IST. Un test HPV n’est pas indiqué chez le partenaire pour cette raison. Il est souvent impossible de dater la contamination, ce qui n’équivaut pas à une infidélité récente.

Le vaccin contre le HPV fait-il disparaître les verrues déjà présentes ?

Non. Les CDC et MedlinePlus sont alignés. Le vaccin prévient les infections par les types qu’il contient, il ne traite ni le virus déjà acquis ni les condylomes visibles. Il peut toutefois encore protéger contre d’autres types vaccinaux.

Les verrues génitales peuvent-elles devenir un cancer ?

Les types 6 et 11, responsables d’environ 90 % des condylomes, ne sont pas oncogènes. Les CDC le formulent clairement. Les HPV des verrues ne sont pas ceux des cancers. Une co-infection par un type à haut risque reste possible, d’où le maintien du dépistage du col selon le calendrier habituel, sans frottis « supplémentaires » du seul fait des verrues.

Peut-on avoir des rapports sexuels pendant le traitement ?

Mieux vaut les reporter tant que des lésions sont visibles et tant qu’une crème est sur la peau. L’imiquimod et les sinécatéchines peuvent fragiliser préservatifs et diaphragmes, et irriter le partenaire. Le NHS conseille l’abstinence jusqu’à disparition des verrues, avec préservatif si un rapport a malgré tout lieu.

Conclusion

Les condylomes se traitent, le HPV latent ne se « purge » pas avec une pommade. Pour des lésions externes peu nombreuses, le vrai soin à domicile est une spécialité prescrite, imiquimod ou podophyllotoxine, appliquée selon un schéma daté (CDC 2021, OMS 2024), pas un flacon de verrues des pieds ni une huile d’armoire à pharmacie. Attendre quelques mois reste légitime si les lésions ne gênent pas, sachant qu’environ un tiers des lésions peut régresser et que neuf infections HPV sur dix deviennent indétectables en deux ans.

Si vous découvrez une bosse génitale, le premier geste utile est un diagnostic visuel, éventuellement une biopsie si l’aspect sort du cadre, et un dépistage des autres IST, plutôt qu’un produit caustique. Demandez clairement si vos lésions sont accessibles à un topique, si une grossesse est possible, et quel geste de cabinet (cryothérapie, acide, exérèse) serait plus adapté. Le professionnel relayera la pratique française, qui peut diverger des textes américains ou de l’OMS sur l’ordre des options.

La vaccination HPV, lorsqu’elle vous est proposée, reste le levier qui a fait chuter les condylomes dans les pays où elle est ancienne. Elle ne répare pas une verrue d’aujourd’hui ; elle réduit le risque des suivantes et celui des cancers liés à d’autres types. C’est une question à poser, avec celle du calendrier de dépistage du col, une fois les lésions identifiées.

Sources

  1. Human Papillomavirus (HPV) Infection – STI Treatment Guidelines. Centers for Disease Control and Prevention, 22 juillet 2021.
  2. About Genital HPV Infection. Centers for Disease Control and Prevention, 31 janvier 2025.
  3. Recommendations for the treatment of Trichomonas vaginalis, Mycoplasma genitalium, Candida albicans, bacterial vaginosis and human papillomavirus (anogenital warts). World Health Organization, 2024.
  4. Grillo-Ardila CF, Angel-Müller E et al. : Imiquimod for anogenital warts in non-immunocompromised adults. Cochrane Database of Systematic Reviews, 1 novembre 2014.
  5. Barton S, Wakefield V et al. : Effectiveness of topical and ablative therapies in treatment of anogenital warts: a systematic review and network meta-analysis. BMJ Open, 31 octobre 2019.
  6. Genital warts – Diagnosis and treatment. Mayo Clinic, 19 décembre 2023.
  7. Genital warts: MedlinePlus Medical Encyclopedia. MedlinePlus, 15 octobre 2024.
  8. Genital warts – NHS. National Health Service, 10 juillet 2023.
  9. Human Papillomavirus (HPV) Infection. Merck Manual Professional Edition, août 2025.

À propos de l’auteur

Pauline Cécile TessierRédactrice médicale

J’ai fait mes études d’infirmière à l’IFSI La Capelette. Après mon congé maternité, je me suis tournée vers la rédaction et la relecture de textes médicaux. Pour chaque article, je lis les recommandations officielles, les études et les guides cliniques, et j’utilise aussi des outils d’IA dans mon travail. Chaque affirmation peut être vérifiée dans les sources citées de l’article.