
Ce que beaucoup de lecteurs appellent une « douleur au poumon gauche » naît presque toujours de la plèvre, de la paroi thoracique, du cœur ou d’un organe voisin, pas du tissu pulmonaire lui-même. Le côté gauche n’indique pas à lui seul une crise cardiaque, et le même point vif peut venir d’un cartilage costal irrité comme d’un caillot.
Vous prenez une grande inspiration après une toux, un point pique sous le sein gauche et vous retenez le souffle sans le vouloir. Cette mécanique correspond à une irritation de la plèvre pariétale, la feuille externe innervée par les nerfs intercostaux ; la plèvre viscérale, collée au poumon, n’a pas de récepteurs de la douleur, comme le rappelle la revue de Reamy, Williams et Odom dans American Family Physician en 2017.
Dans les services d’urgences des États-Unis, seuls 5,1 % des patients examinés pour une douleur thoracique ont un syndrome coronarien aigu, d’après le document AHA/ACC publié en 2021. À l’inverse, environ un tiers des embolies pulmonaires non reconnues et non traitées aboutissent au décès, selon la Mayo Clinic en 2022. Une fièvre qui reste à 39 °C avec une douleur à la toux oriente vers une pneumonie et justifie un avis médical le jour même.
Pourquoi le poumon lui-même ne fait pas mal
Le parenchyme pulmonaire et la plèvre viscérale sont peu sensibles à la douleur. Ce que vous localisez « dans le poumon » vient surtout de la plèvre pariétale, des côtes, des muscles, du péricarde, de l’œsophage ou du cœur. D’après Reamy et al., les récepteurs utiles sont dans la feuille externe, pas dans le poumon.
Les nerfs intercostaux desservent la plèvre du pourtour de la cage thoracique et du bord latéral du diaphragme. Une inflammation à cet endroit donne un point bien localisé, souvent d’un seul côté, qui augmente à la toux, à l’éternuement ou au rire. La partie centrale du diaphragme est innervée par le nerf phrénique, et la douleur peut alors se déplacer vers l’épaule ou le cou du même côté, ce qui trompe facilement.
Une infection, un caillot, de l’air ou du liquide dans l’espace pleural excitent ces terminaisons. Vous avez alors l’impression que le poumon gauche se déchire, alors que le poumon, lui, se tait. Les voies aériennes principales peuvent donner une gêne rétro-sternale lors d’une trachéobronchite, un tableau plus médian qu’un point sous le mamelon.
Cette anatomie a une conséquence pratique. Une douleur très localisée, que l’on peut montrer du doigt, oriente d’abord vers la paroi ou la plèvre. Une gêne profonde, étendue, difficile à cerner, reste compatible avec une ischémie myocardique. Ni l’une ni l’autre ne se diagnostique à domicile.

Comment distinguer une douleur de plèvre, du cœur ou de la paroi
La douleur pleurale est brutale, vive, en coup de poignard ou en brûlure, et elle augmente à l’inspiration. Elle s’atténue souvent si vous bloquez votre respiration, détail que la Mayo Clinic décrit pour la pleurésie. Les six causes graves à écarter d’emblée, dans la revue de 2017, sont l’embolie pulmonaire, l’infarctus, la péricardite, la dissection aortique, la pneumonie et le pneumothorax.
La douleur d’origine cardiaque est plus souvent une constriction, une pesanteur ou une brûlure profonde. Elle peut irradier vers le bras, la mâchoire, le dos ou l’épigastre, et s’accompagner de sueurs, de nausées ou d’un essoufflement. Le guide NICE CG95, toujours en vigueur après l’examen de 2019, retient surtout une douleur de plus de 15 minutes, ces signes associés, une instabilité tensionnelle, ou une angine de poitrine qui s’emballe au moindre effort. Une douleur de quelques secondes, elle, est peu évocatrice d’ischémie, précise aussi Gulati et al. en 2021.
La douleur de paroi se reproduit quand on appuie sur le cartilage qui relie les côtes au sternum, ou quand on tourne le buste. Elle peut néanmoins augmenter à l’inspiration, ce qui la fait passer pour une douleur de poumon. C’est un diagnostic d’élimination, rappelle la Cleveland Clinic : on ne l’écrit qu’après avoir écarté le cœur et le poumon.
Trois pièges reviennent souvent. Une embolie distale irrite la plèvre et mime une pleurésie virale. Une embolie centrale peut au contraire donner une douleur d’allure angineuse, parce que le ventricule droit souffre, comme l’expliquent les recommandations ESC/ERS de 2019. Une péricardite s’aggrave allongé sur le dos et s’apaise en se penchant en avant. Le soulagement par un comprimé de trinitrine ne permet pas de conclure à une origine coronaire. NICE comme le texte américain de 2021 demandent de ne pas s’en servir comme test diagnostique.
Embolie, pneumothorax et pneumonie du côté gauche
L’embolie pulmonaire est la cause grave la plus fréquente d’une douleur pleurale aux urgences, retrouvée chez 5 % à 21 % des patients qui s’y présentent pour ce motif, d’après Reamy et al. Un caillot, le plus souvent parti d’une veine profonde de la jambe, bloque une artère pulmonaire. La Mayo Clinic décrit un essoufflement soudain, une douleur vive à l’inspiration profonde, parfois un malaise ou une syncope, une toux éventuellement teintée de sang, un pouls rapide, une jambe douloureuse ou gonflée.
Environ 40 % des personnes avec une embolie n’ont aucun facteur déclenchant identifiable, et jusqu’à 40 % ont une saturation en oxygène encore normale, selon le document ESC/ERS de 2019. L’absence de voyage ou de chirurgie n’écarte rien, pas plus qu’un oxymètre rassurant. Sans traitement, environ un tiers des embolies non reconnues tuent.
Le pneumothorax, c’est de l’air entre le poumon et la paroi, qui comprime le poumon du même côté. La douleur est soudaine, souvent unilatérale, avec un essoufflement dont l’intensité dépend du volume d’air. Un petit décollement peut se résorber ; un volume plus large se draine par une aiguille ou un drain entre les côtes, décrit la Mayo Clinic en 2024. Les hommes de 20 à 40 ans, grands et minces, sont plus exposés au pneumothorax spontané par rupture de petites bulles. Le tabac augmente le risque, même sans emphysème.
La pneumonie enflamme les alvéoles d’un lobe ou des deux poumons. Du côté gauche, la douleur à la respiration s’accompagne typiquement d’une toux, de fièvre, de frissons et d’un essoufflement. Chez les personnes de plus de 65 ans, la fièvre peut manquer, remplacée par une confusion. La Mayo Clinic conseille de consulter en cas de gêne respiratoire, de douleur thoracique, de fièvre persistante à 39 °C ou plus, ou d’une toux qui dure, surtout avec des crachats purulents.
Quelques signes aident à ne pas banaliser le tableau.
- Un essoufflement qui s’installe en quelques minutes, même assis, oriente vers une embolie ou un pneumothorax jusqu’à preuve du contraire.
- Une jambe unilatéralement gonflée, chaude ou douloureuse, augmente la suspicion d’embolie, surtout après un alitement.
- Une fièvre à 39 °C avec une douleur à la toux justifie un avis médical le jour même, plus tôt s’il existe une détresse respiratoire.
- Des lèvres ou des ongles bleuâtres, un malaise ou une chute de tension relèvent du 15 ou du 112 sans attendre.
L’asthme donne surtout une oppression et des sifflements, souvent des deux côtés. Il n’explique pas à lui seul un point gauche brutal chez une personne qui n’a jamais sifflé.
Pleurésie et liquide autour du poumon
La pleurésie est l’inflammation des deux feuillets qui glissent l’un sur l’autre à chaque cycle respiratoire. Inflammés, ils frottent comme deux papiers de verre : la douleur est vive à l’inspiration, à la toux et à l’éternuement, et elle diminue quand on arrête de respirer. Un essoufflement apparaît souvent parce que l’on restreint le volume inspiré pour éviter le point. La fièvre et la toux ne sont présentes que dans une partie des cas, selon la page Mayo Clinic de 2023.
Les causes vont d’un virus (grippe et autres infections respiratoires) à une pneumonie bactérienne, une embolie, une tuberculose, un cancer proche de la surface, un lupus ou une polyarthrite rhumatoïde, un traumatisme costal, voire certains médicaments. « Pleurésie » n’est donc pas un diagnostic final, c’est un mécanisme. Le médecin cherche ce qui a irrité la plèvre.
Quand du liquide s’accumule entre les deux feuillets, on parle d’épanchement pleural. Un volume suffisant écarte les feuillets, et la douleur pleurale peut alors diminuer, alors que l’essoufflement et la toux augmentent. Un grand épanchement comprime le poumon. Si le liquide s’infecte, on aboutit à un empyème, souvent fébrile, qui peut nécessiter un drainage.
Les virus responsables d’une douleur pleurale sont fréquents une fois les urgences écartées (coxsackievirus, virus de la grippe, virus respiratoire syncytial, adénovirus, entre autres), d’après la revue de 2017. Dans ce cadre, la douleur se calme souvent en deux à quatre semaines. Une douleur qui s’éternise, un tabagisme, un amaigrissement ou une radio anormale rouvent le dossier.
Cœur, aorte et estomac derrière le côté gauche
Le cœur occupe surtout le médiastin gauche. Une douleur à gauche peut donc être coronaire, même si le caractère pleural la rend moins probable. Gulati et al. demandent d’abandonner l’étiquette floue de douleur « atypique » et de classer le tableau en cardiaque, éventuellement cardiaque, ou non cardiaque, d’après des traits précis. Une irradiation vers l’épaule ou le bras augmente la vraisemblance d’un infarctus (rapport de vraisemblance d’environ 4 dans une synthèse citée par Reamy et al.).
La péricardite donne une douleur vive, parfois vers l’épaule gauche, pire allongé, meilleure penché en avant, parfois après une infection virale. La dissection aortique, elle, est une urgence rare : douleur maximale d’emblée, en déchirure, vers le dos ou entre les omoplates, parfois une asymétrie de pouls. Le texte de 2021 la range parmi les quatre menaces vitales de la douleur thoracique, avec le syndrome coronarien, l’embolie et la rupture œsophagienne.
L’estomac et l’œsophage savent imiter le poumon gauche. Un reflux gastro-œsophagien provoque une brûlure rétro-sternale, parfois latéralisée, après un repas copieux ou allongé. Un spasme œsophagien serre la poitrine. Une hernie hiatale, une gastrite ou une pancréatite donnent une gêne haute, souvent avec nausées. La Cleveland Clinic, dans sa page de 2023 sur la douleur thoracique gauche, place ces causes digestives au même rang d’attention que les causes pulmonaires.
Chez les personnes diabétiques, âgées ou de sexe féminin, une ischémie peut se présenter sans la constriction classique, avec une gêne latérale, une simple dyspnée ou des nausées. Ce n’est pas une raison de conclure à une indigestion. C’est une raison d’appeler le 15 si la douleur dure, si elle s’accompagne d’un malaise, ou si elle ne cède pas au repos.
Costochondrite, muscles et zona
La costochondrite est l’inflammation du cartilage qui relie les côtes au sternum. Environ un tiers des personnes qui consultent pour une douleur de poitrine ou de côtes auraient ce tableau, d’après la Cleveland Clinic en 2023. La douleur est une pesanteur ou un élancement, qui devient vif en inspirant fort, en toussant, en étreignant quelqu’un, en tendant le bras ou en s’allongeant du côté atteint. Appuyer sur la jonction côte-sternum réveille le même point.
C’est fréquent, ce n’est habituellement pas une crise cardiaque, et cela ne laisse en général pas de séquelle. Cela n’autorise pas à s’auto-diagnostiquer. La Cleveland Clinic et MedlinePlus insistent sur le même ordre : on écarte d’abord le cœur et le poumon, souvent par un examen, un électrocardiogramme et parfois une radiographie. Il n’existe pas d’image qui prouve la costochondrite ; les examens servent à éliminer autre chose.
La durée va de quelques jours à quelques semaines, parfois plusieurs mois. Une fois les urgences écartées, le repos de la cage thoracique, le chaud ou le froid, et un antalgique suffisent souvent. MedlinePlus cite l’ibuprofène ou le naproxène, à la dose indiquée sur la boîte, après avis si vous avez une maladie du cœur, une hypertension, un ulcère, une maladie rénale ou hépatique, ou un antécédent de saignement digestif. Le paracétamol est une alternative si le médecin le juge possible ; il est contre-indiqué en cas de maladie du foie. La Cleveland Clinic demande de ne pas prolonger un antalgique en vente libre au-delà de dix jours sans en parler.
Un claquage des muscles intercostaux, une côte fêlée ou un effort mal dosé donnent le même type de douleur reproductible. Le zona, réactivation du virus de la varicelle, peut précéder l’éruption de quelques jours, sous la forme d’une brûlure strictement unilatérale en bande. Les crises de panique et l’hyperventilation restent des diagnostics d’élimination. Chez des patients à faible risque sans maladie cardiaque démontrée, l’anxiété, la dépression et les syndromes gastro-œsophagiens sont chacun nettement plus fréquents que la maladie coronaire, note le document de 2021. Cela n’empêche pas d’écarter d’abord une embolie ou un syndrome coronarien.

Douleur thoracique gauche, quand consulter
Appelez le 15 ou le 112 si une douleur à gauche dure, s’aggrave, ou s’accompagne d’un essoufflement, d’un malaise, de sueurs, de nausées, d’une irradiation vers le bras ou la mâchoire, ou d’une jambe gonflée. La Cleveland Clinic retient aussi le seuil de cinq minutes sans amélioration au repos. NICE, pour un possible syndrome coronarien, insiste sur une douleur de plus de 15 minutes et sur l’association avec sueurs, nausées ou dyspnée. En France, le médecin de SAMU tranche ; vous n’avez pas à choisir entre ces deux durées.
Une douleur brutale en coup de poignard d’un seul côté, avec un essoufflement qui monte, évoque un pneumothorax ou une embolie. Une douleur en déchirure vers le dos évoque une dissection. Une fièvre à 39 °C avec douleur à la toux, chez une personne de plus de 65 ans, immunodéprimée ou déjà cardiaque ou pulmonaire, ne se gère pas par un simple paracétamol à domicile.
Le médecin traitant reste le bon interlocuteur quand la douleur est reproductible à la pression, sans essoufflement, sans malaise, et qu’elle s’est installée sur plusieurs jours après un effort ou une toux. Même dans ce cas, un électrocardiogramme et parfois une radiographie servent de filet. Si la douleur empêche de dormir ou de respirer tranquillement, ou si elle s’intensifie au fil des jours, la consultation ne se reporte pas.
| Ce que vous ressentez | Orientation possible | Conduite |
|---|---|---|
| Constriction de plus de 15 min, sueurs, nausées, irradiation | Syndrome coronarien aigu (NICE CG95) | Appelez le 15 ou le 112 |
| Point vif à l’inspiration, essoufflement soudain, jambe gonflée | Embolie pulmonaire | Appelez le 15 ou le 112 |
| Douleur unilatérale brutale avec essoufflement | Pneumothorax | Appelez le 15 ou le 112 |
| Déchirure maximale d’emblée vers le dos | Dissection aortique | Appelez le 15 ou le 112 |
| Fièvre à 39 °C, toux, douleur à respirer | Pneumonie | Médecin le jour même ; 15 si détresse |
| Point reproductible sous le sternum, sans dyspnée | Costochondrite possible | Médecin traitant après exclusion des urgences |
Ces lignes ne remplacent pas un examen. Elles évitent surtout de ranger trop vite une douleur gauche dans « un point de côté ».
Quels examens le médecin peut prescrire
L’interrogatoire et l’examen viennent avant les machines. Le médecin fait préciser le début, le caractère (constrictif, pleural, reproductible), les facteurs qui soulagent ou aggravent, les voyages, les chirurgies, le tabac, les traitements hormonaux, un cancer connu, une phlébite. Il ausculte, palpe le thorax, compare les pouls, cherche un gonflement de jambe, une fièvre, une baisse de saturation. Une auscultation normale n’élimine ni l’embolie ni l’infarctus.
L’électrocardiogramme est l’examen de première ligne dès qu’une origine cardiaque est possible. Gulati et al. visent une acquisition et une lecture en dix minutes à l’arrivée dans une structure d’urgences aux États-Unis ; en France, l’organisation locale décide, mais le principe reste de ne pas retarder le tracé. Un ECG normal n’élimine pas un syndrome coronarien débutant. La troponine hypersensible, dosée à l’hôpital, aide à confirmer ou écarter une nécrose myocardique, à condition de réévaluer les autres causes d’élévation (myocardite, dissection, embolie), comme le rappelle NICE.
La radiographie thoracique cherche une pneumonie, un pneumothorax, un épanchement, un œdème. NICE la propose aussi pour écarter ces diagnostics quand un syndrome coronarien est moins probable. Elle ne diagnostique pas l’embolie. Pour celle-ci, le médecin combine une estimation de probabilité (règles de Wells ou de Genève, document ESC/ERS de 2019) et, si la probabilité n’est pas élevée, un dosage des D-dimères. Un D-dimère négatif avec une probabilité faible ou intermédiaire rend l’embolie très peu vraisemblable ; un résultat élevé n’affirme rien et conduit le plus souvent à un angioscanner des artères pulmonaires.
NICE réserve le scanner thoracique précoce à l’élimination d’une embolie ou d’une dissection, pas au diagnostic d’un syndrome coronarien. Une IRM n’est utile que dans des situations ciblées. Une échographie cardiaque peut montrer un cœur droit dilaté en cas d’embolie grave, un épanchement péricardique, une dissection proximale. Les seuils, les scores et les molécules prescrites relèvent de la pratique française que votre médecin ou l’équipe d’urgence applique.
Après une pneumonie, chez un fumeur, une personne de plus de 50 ans ou en cas de symptômes qui persistent, une nouvelle radiographie vers six semaines documente la disparition de l’anomalie, selon la revue de 2017. Une opacité qui reste peut cacher une lésion. Ce calendrier est britannique et nord-américain ; le rythme exact en France est celui que votre médecin retient.
Soulager la douleur en attendant le diagnostic
Tant que la cause n’est pas claire, le premier geste n’est pas un anti-inflammatoire, c’est de décider si le 15 s’impose. Une douleur constrictive, un essoufflement brutal, un malaise, une cyanose ou une douleur en déchirure se gèrent allongé ou demi-assis, sans effort, en attendant les secours. Ne conduisez pas vous-même.
Si le médecin a déjà écarté les urgences et retient une douleur pleurale virale ou une costochondrite, les anti-inflammatoires non stéroïdiens sont le traitement de la douleur le mieux étayé dans la revue de 2017, parce qu’ils n’endorment pas la respiration. MedlinePlus encadre l’ibuprofène et le naproxène : respecter la notice, ne pas dépasser la dose, demander conseil en cas d’ulcère, de maladie cardiaque, rénale ou hépatique. Le paracétamol peut remplacer ces molécules si les AINS sont déconseillés, sauf maladie du foie. Un corticostéroïde n’est pas un réflexe de première intention pour une douleur pleurale banale.
Le repos de la cage thoracique aide une costochondrite. Évitez les développés couchés, les portages lourds et les torsions le temps que le cartilage se calme. Chaud ou froid, selon ce qui apaise, est acceptable. Reprendre le sport trop tôt relance souvent la douleur. La Cleveland Clinic indique que la plupart des personnes récupèrent sans séquelle, avec un risque de récidive.
Une embolie se traite par un anticoagulant prescrit et surveillé. Un pneumothorax se surveille ou se draine. Une pneumonie bactérienne relève d’un antibiotique adapté, choisi par le médecin selon l’âge, les allergies et les recommandations locales ; un virus ne se soigne pas par antibiotique. Dans tous ces cas, l’automédication retarde le diagnostic plus qu’elle ne soulage.
Toux persistante, sang et perte de poids
Un cancer du poumon est rarement la première explication d’une douleur gauche isolée, surtout chez une personne jeune non fumeuse. Il le devient davantage quand la douleur s’associe à une toux qui ne passe pas, un essoufflement, un amaigrissement, une perte d’appétit, une fatigue inexpliquée, un enrouement, des infections à répétition ou des crachats de sang. La Cleveland Clinic note que la douleur d’un cancer proche de la plèvre augmente souvent à la toux, au rire ou à l’inspiration.
Le NICE britannique, dans sa recommandation NG12 de 2015, fixe des seuils d’orientation, pas un diagnostic. À partir de 40 ans, une hémoptysie inexpliquée justifie une orientation rapide pour cancer suspecté, sans attendre le résultat d’une radio. Toujours à partir de 40 ans, deux symptômes inexpliqués parmi toux, fatigue, essoufflement, douleur thoracique, perte de poids et perte d’appétit, ou un seul de ces symptômes chez une personne qui a déjà fumé, conduisent à une radiographie urgente (sous deux semaines dans le système britannique). Une infection thoracique persistante ou récidivante, un hippocratisme digital, des ganglions sus-claviculaires ou une thrombocytose font aussi discuter ce cliché.
Ces délais et ces listes sont ceux du Royaume-Uni. En France, le médecin traitant applique les filières locales. Une douleur gauche qui s’installe, avec du sang dans les crachats, un amaigrissement ou une toux de plusieurs semaines, ne se surveille pas dans l’attente d’une amélioration spontanée. Une radio normale n’élimine pas tout, mais elle est le premier filet.
Questions fréquentes
Une douleur à gauche est-elle forcément cardiaque ?
Non. Le cœur est une cause possible, pas la plus fréquente de toutes les douleurs gauches. Une douleur constrictive avec sueurs, nausées ou irradiation vers le bras reste une urgence jusqu’à preuve du contraire, alors qu’un point reproductible sous le sternum oriente vers la paroi une fois le tracé et l’examen rassurants.
Combien de temps une costochondrite peut-elle durer ?
Le plus souvent quelques jours à quelques semaines, parfois plusieurs mois, d’après la Cleveland Clinic et MedlinePlus. Une douleur qui s’aggrave, s’accompagne d’essoufflement ou de fièvre, ou qui résiste après l’antalgique prescrit, n’est plus un simple cartilage irrité et justifie un nouveau point avec le médecin.
Le reflux peut-il donner l’impression d’un poumon gauche douloureux ?
Oui, une brûlure d’estomac ou un spasme œsophagien peuvent se projeter vers la poitrine gauche. Ce diagnostic ne se pose qu’après avoir écarté un syndrome coronarien, une embolie et un pneumothorax, surtout si la gêne est nouvelle, intense ou associée à un essoufflement.
Faut-il une radiographie si la douleur s’accompagne d’une toux ?
Souvent oui, surtout après 40 ans, en cas de tabac, de fièvre, d’essoufflement ou de douleur pleurale inexpliquée. La radio cherche une pneumonie, un pneumothorax, un épanchement ; elle ne voit pas une embolie, qui demande un autre circuit d’examens.
Une crise d’asthme peut-elle se limiter au côté gauche ?
L’asthme donne surtout une oppression et des sifflements, le plus souvent des deux côtés. Un point strictement gauche, brutal, sans sifflement habituel, doit faire chercher une autre cause, notamment une pleurésie, une embolie ou un pneumothorax.
Les D-dimères suffisent-ils à écarter une embolie ?
Un dosage négatif n’écarte une embolie que si la probabilité clinique n’est pas élevée, dans la stratégie ESC/ERS de 2019. Un résultat élevé n’affirme pas le diagnostic. C’est le médecin qui combine le score, le sang et, si besoin, l’angioscanner ; ce n’est pas un test à interpréter seul.

Conclusion
Une douleur ressentie à gauche de la poitrine dit peu sur l’organe coupable tant qu’on n’a pas décrit son rythme respiratoire, sa durée, les sueurs, l’essoufflement et la possibilité de la reproduire avec un doigt. Le poumon lui-même se plaint rarement ; la plèvre, les côtes, le cœur et l’embolie parlent plus fort, et ce sont eux que les textes NICE et AHA/ACC demandent d’examiner en premier.
Si le point est nouveau, dure plus de quelques minutes, coupe le souffle ou s’accompagne d’un malaise, le numéro utile est le 15 ou le 112, pas un forum ni un antalgique. Si le tableau est plus banal, reproductible, sans dyspnée, le médecin traitant peut faire l’ECG et la radio qui transforment une angoisse floue en hypothèse précise.
Arrivez à la consultation avec trois éléments datés. Notez l’heure de début, ce qui augmente la douleur (inspiration, effort, décubitus, pression) et les traitements déjà pris. C’est souvent ce trio, plus qu’une impression de poumon gauche, qui permet de choisir entre le SAMU, un angioscanner, une simple surveillance de cartilage irrité ou une radio à contrôler quelques semaines plus tard.
Sources
- Recent-onset chest pain of suspected cardiac origin: assessment and diagnosis. National Institute for Health and Care Excellence, 4 septembre 2019.
- Suspected cancer: recognition and referral. National Institute for Health and Care Excellence, juin 2015.
- Gulati M, Levy PD, Mukherjee D et al. : 2021 AHA/ACC/ASE/CHEST/SAEM/SCCT/SCMR Guideline for the Evaluation and Diagnosis of Chest Pain. Circulation, 28 octobre 2021.
- Reamy BV, Williams PM, Odom MR : Pleuritic Chest Pain: Sorting Through the Differential Diagnosis. American Family Physician, 1er septembre 2017.
- Pleurisy – Symptoms and causes. Mayo Clinic, 13 décembre 2023.
- Pulmonary embolism – Symptoms and causes. Mayo Clinic, 1er décembre 2022.
- Pneumothorax – Symptoms and causes. Mayo Clinic, 8 août 2024.
- Pneumonia – Symptoms and causes. Mayo Clinic, 13 juin 2020.
- Costochondritis: What It Is, Causes, FAQs & Treatment. Cleveland Clinic, 30 novembre 2023.
- What Can Cause Chest Pain on the Left Side?. Cleveland Clinic, 6 juillet 2023.
- Konstantinides SV, Meyer G, Becattini C et al. : 2019 ESC Guidelines for the diagnosis and management of acute pulmonary embolism developed in collaboration with the European Respiratory Society (ERS). European Respiratory Journal, 9 octobre 2019.
- Costochondritis: MedlinePlus Medical Encyclopedia. MedlinePlus, 9 octobre 2024.
