Graviola : bienfaits, risques et précautions

Graviola : bienfaits, risques et précautions

La graviola, nom souvent donné aux compléments d’Annona muricata, désigne le même arbre que le corossol. La pulpe du fruit se mange ; les feuilles, les extraits et les gélules n’ont pas d’indication validée comme médicament, et aucune preuve n’établit un bénéfice anticancer chez l’humain.

Des vendeurs ont présenté capsules et tisanes comme un « tueur de cancer » dix mille fois plus puissant que la doxorubicine. Une lettre d’avertissement de la FDA, datée du 17 avril 2017, a classé ces produits parmi les médicaments non autorisés, faute de données montrant qu’ils soignent une maladie de façon sûre et efficace.

Un fruit moyen contient environ 15 mg d’annonacine, acétogénine neurotoxique chez le rat ; une canette de nectar en apporterait 36 mg, une tasse de tisane de feuilles environ 140 µg (Champy et coll., 2005). L’évaluation publiée dans l’EFSA Journal en 2020 n’a pas pu fixer un niveau d’apport sûr pour les compléments. Le Memorial Sloan Kettering Cancer Center déconseille aussi la plante avant une tomographie par émission de positons (TEP), car elle peut fausser la répartition du radiotraceur.

Qu’est-ce que la graviola, aussi appelée corossol ?

Le corossol est le fruit d’Annona muricata, arbre de la famille des Annonacées. En français on dit corossol ou graviole ; graviola, soursop et guanabana sont les noms que l’on trouve sur les étiquettes et dans les fiches anglophones d’oncologie.

L’arbre, sempervirent, atteint 5 à 8 m. Le fruit, vert, en forme de cœur, mesure souvent 15 à 20 cm selon la revue de Moghadamtousi et coll. (2015). La monographie professionnelle de Drugs.com, mise à jour le 22 décembre 2025, indique 20 à 30 cm et un poids pouvant aller jusqu’à 2 kg. La pulpe blanche, fibreuse, entoure de nombreuses grosses graines noires. On en tire jus, sorbets, glaces et nectars dans les régions tropicales d’Amérique, des Caraïbes, d’Afrique et d’Asie du Sud-Est.

Toutes les parties de la plante ont un usage traditionnel distinct. La pulpe a servi de remède populaire contre diarrhée, fièvre ou douleurs articulaires. Les feuilles, en décoction, ont été employées pour le sommeil, le diabète, les maux de tête ou, en Afrique et en Amérique du Sud, contre des tumeurs. Les graines broyées ont un usage vermifuge externe, pas alimentaire. Ces usages décrivent une pharmacopée locale. Ils ne valident pas un complément vendu en ligne.

La chimie explique à la fois l’intérêt et le risque. Plus de 100 acétogénines annonacées ont été isolées des feuilles, de l’écorce, des graines, des racines et des fruits (Moghadamtousi et coll., 2015). L’annonacine, la plus abondante, inhibe le complexe I de la chaîne respiratoire mitochondriale. Des alcaloïdes (réticuline, coreximine), des flavonoïdes et des tanins coexistent. Le fruit reste un aliment. L’extrait concentré n’en est pas un.

Graviola fruit coupé ouvert

Quels nutriments contient le fruit ?

La partie comestible, une fois les graines et la peau écartées, est un fruit peu calorique, riche en eau, en fibres et en glucides, surtout du fructose. Une fiche de diététicienne du MD Anderson Cancer Center, revue le 12 février 2026, le décrit comme une source de vitamine C, de vitamines du groupe B, de folate, de potassium, de magnésium, de calcium et de phosphore. Drugs.com confirme la richesse en glucides et en vitamines C, B1 et B2, ainsi que la présence de calcium, magnésium, zinc, potassium et phosphore.

Une portion souvent citée pour un adulte en bonne santé correspond à une tasse de pulpe (MD Anderson, 2026). Rien n’indique qu’il faille se soigner avec plusieurs fruits par jour. Le potassium, utile dans une alimentation variée, ne remplace pas un traitement de l’hypertension. Les fibres aident le transit chez beaucoup de personnes, comme d’autres fruits tropicaux ou tempérés.

Les graines ne font pas partie de la portion. Elles sont considérées comme toxiques et impropres à l’alimentation animale (Drugs.com, 2025). Avaler des pépins en préparant un smoothie concentre des lectines et des acétogénines sans bénéfice nutritionnel. La peau, amère et piquante, se retire.

Manger de la pulpe de temps à autre, dans un repas, n’équivaut pas à avaler un extrait de feuilles titré en acétogénines. La distinction pulpe, feuille et gélule structure tout le reste de la page. Le fruit n’a pas, dans les sources consultées, d’allégation de santé européenne spécifique qui en ferait un produit « santé » réglementé.

La graviola soigne-t-elle le cancer ?

Non. La fiche About Herbs du Memorial Sloan Kettering Cancer Center écrit qu’il n’existe aucune preuve que cette thérapie alternative apporte un bénéfice aux patients atteints de cancer. Cancer Research UK, page revue le 21 octobre 2022, conclut qu’il n’y a pas assez de données fiables pour en faire un traitement, et que les organisations scientifiques reconnues ne soutiennent pas les capsules vendues comme remède.

Les extraits tuent ou ralentissent, en laboratoire, des lignées de cancers du sein, du poumon, du côlon, de la prostate, du pancréas, du foie et de la peau (synthèse MSKCC). Les acétogénines privent la cellule d’ATP en bloquant le complexe I. Certaines études ont aussi décrit un arrêt du cycle cellulaire, une baisse de transporteurs du glucose ou une moindre expression de récepteurs de croissance. Un effet sur une boîte de Petri ne dit pas ce que fait une gélule dans un organisme, ni à quelle dose, ni avec quelle toxicité nerveuse.

La publicité a figé un chiffre spectaculaire. La FDA a relevé, en 2017, l’affirmation selon laquelle un composé serait « 10 000 fois plus puissant » que l’adriamycine (doxorubicine) sur des cellules de côlon, et qu’il épargnerait les cellules saines « contrairement à la chimiothérapie ». Ces phrases transforment un résultat in vitro ancien en promesse de soin. Elles ignorent l’absence d’essai clinique d’ampleur, les interactions possibles et le signal neurologique.

Remplacer une chimiothérapie, une hormonothérapie ou une immunothérapie par une tisane expose à une perte de chance. Cancer Research UK rappelle qu’un traitement évalué ne doit pas céder la place à un produit non autorisé. Les centres d’oncologie demandent d’en parler à l’équipe avant tout achat.

La popularité reste élevée dans certaines îles. Une revue de Chan et coll. (2020) rappelle qu’à Trinité, 80,9 % de 150 patients suivis en clinique d’oncologie pour un cancer du sein, de la prostate ou colorectal déclaraient utiliser Annona muricata. Un usage fréquent n’est pas une preuve d’efficacité.

Que montrent les essais chez l’humain ?

Les essais randomisés sont rares, petits et de courte durée. La monographie Drugs.com, mise à jour en 2025, résume qu’aucune donnée d’essai clinique n’étaye une indication, quelle qu’elle soit.

L’étude la plus citée est celle d’Indrawati et coll., publiée en 2017 dans l’Asia Pacific Journal of Clinical Nutrition. Trente patients opérés d’un cancer colorectal ont reçu, en double aveugle, 300 mg par jour d’une fraction éthanol-soluble d’extrait aqueux de feuilles (ESFAM, titrée à 3,6 mg/g d’acétogénines) ou un placebo de maltose, pendant huit semaines. Vingt-huit ont terminé. Le critère n’était pas la survie ni la réduction tumorale. Les chercheurs ont mis le sérum des patients au contact de lignées DLD-1 et COLO 205. Le sérum du groupe extrait a davantage ralenti la lignée DLD-1 qu’au départ. L’état nutritionnel (énergie, IMC, hémoglobine) est resté stable dans les deux groupes.

C’est un signal ex vivo, sur un échantillon d’une quinzaine de personnes par bras, sans suivi oncologique long. Chan et coll. (2020) soulignent que les essais humains publiés sur la feuille se limitent essentiellement au côlon. Ils jugent le profil de tolérance à court terme plutôt favorable, tout en appelant à d’autres études chez des patients atteints de cancers variés. Cette lecture de tolérance courte ne clôt pas le débat sur un usage de plusieurs mois ou années.

Aucune agence du médicament n’a autorisé un extrait d’Annona muricata comme anticancéreux. La FDA, dans la lettre de 2017, a rappelé que capsules, sachets de thé et feuilles vendus pour « tuer le cancer » étaient des médicaments nouveaux, donc illégaux sans dossier de sécurité et d’efficacité. En France, le pharmacien et le médecin appliquent le cadre local des compléments. Les sources anglophones consultées ne décrivent pas d’autorisation de mise sur le marché européenne pour cette plante.

Tension, glycémie et inflammation

Les baisses de glycémie et de pression artérielle décrites viennent surtout de modèles animaux. Un extrait aqueux de feuilles a réduit la pression de rats normotendus sans accélérer le cœur, par un mécanisme périphérique impliquant le calcium (travaux repris par le MSKCC et par Cancer Research UK). Des extraits ont aussi abaissé la glycémie de rats rendus diabétiques, avec des effets sur les cellules bêta du pancréas. Drugs.com rappelle qu’une revue systématique sur l’hyperglycémie n’a pas identifié d’essai clinique humain répondant à ses critères, et s’est limitée aux rongeurs, à l’in vitro et à l’informatique.

Ces résultats animaliers alimentent deux précautions, pas une posologie. Pris avec un antidiabétique, un extrait pourrait, en théorie, additionner les effets hypoglycémiants. Pris avec un antihypertenseur, il pourrait additionner les effets hypotenseurs. La fiche About Herbs le signale, tout en précisant que la pertinence clinique chez l’humain n’est pas établie. Le MD Anderson ajoute une prudence avec les anticoagulants, au motif que la plante pourrait ralentir la coagulation. Drugs.com, à l’inverse, écrit que les interactions sont « mal documentées ». La fiche new-yorkaise insiste sur la prudence clinique. La monographie Drugs.com souligne surtout le manque d’essais. Ni l’une ni l’autre n’autorise à combiner extraits et médicaments sans avis.

Douleur, œdème et ulcère gastrique ont été étudiés chez le rongeur. Des extraits de fruit ou de feuille ont réduit l’inflammation et la nociception, parfois via les prostaglandines ou les récepteurs opioïdes. Un extrait de feuilles a limité des lésions gastriques induites par l’éthanol chez le rat. Rien de tout cela ne justifie d’abandonner un anti-inflammatoire prescrit, un inhibiteur de pompe à protons ou une prise en charge de l’ulcère. L’herpès n’est pas mieux loti. Une activité in vitro d’extrait d’écorce sur le virus herpes simplex a été publiée en 1998 (Padma et coll., citée par Drugs.com). Ce n’est pas un traitement des poussées.

Le fruit, dans une alimentation habituelle, n’a pas vocation à réguler tension ou sucre. Un jus sucré peut même faire monter la glycémie. Les personnes diabétiques ou hypertendues ont d’abord besoin du traitement validé, du régime conseillé par le médecin et d’un suivi, pas d’un extrait d’étiquette floue.

Parkinsonisme atypique et toxicité nerveuse

Le signal le plus solide ne concerne pas le cancer. Il concerne le système nerveux. En Guadeloupe, le parkinsonisme atypique est anormalement fréquent. Lannuzel et coll. ont classé 160 patients dans une étude parue dans Brain en 2007. Trente et un pour cent avaient une maladie de Parkinson classique, 32 % un tableau proche de la paralysie supranucléaire progressive, 31 % un complexe parkinsonisme-démence, 6 % d’autres tableaux. Les formes atypiques résistaient souvent à la lévodopa. La consommation de corossol y était significativement plus élevée que chez les témoins et que chez les patients atteints de Parkinson idiopathique.

L’annonacine franchit la barrière hémato-encéphalique. Champy et coll. (2004) l’ont perfusée par voie veineuse chez le rat, 3,8 ou 7,6 mg/kg par jour pendant 28 jours. L’ATP cérébral a chuté de 44 %. Les neurones dopaminergiques de la substance noire ont diminué de 31,7 %, les neurones cholinergiques striataux de 37,9 %, les neurones GABAergiques striataux de 39,3 %, sans toxicité générale évidente. La carte des lésions rappelait celle du parkinsonisme atypique humain.

L’année suivante, la même équipe a dosé l’annonacine dans les produits consommés. Un fruit moyen en contenait environ 15 mg, une canette de nectar 36 mg, une tasse d’infusion ou de décoction de feuilles 140 µg. Un adulte qui mangerait un fruit ou boirait une canette de nectar chaque jour ingérerait, en un an, une quantité comparable à celle qui a lésé le cerveau des rats par perfusion. L’extrapolation a des limites (voie veineuse chez l’animal, voie orale chez l’humain, cinétique mal connue). Elle suffit à classer la consommation quotidienne concentrée comme un risque, pas comme un détail.

Drugs.com rapporte qu’environ un patient sur deux présentant un parkinsonisme atypique en Guadeloupe décrivait une forte consommation de fruits et de décoctions de feuilles. Chez certains patients de moins de 65 ans, la marche, la bradykinésie et la rigidité se sont en partie améliorées après l’arrêt. Ce n’est pas un essai contrôlé, mais un argument pour cesser le produit si des signes extra-pyramidaux apparaissent.

Chan et coll. (2020) notent que les doses et durées toxiques chez l’animal ne se traduisent pas mécaniquement chez l’humain, et que quelques études de feuille à court terme n’ont pas montré de catastrophe hépatique ou rénale. L’évaluation EU-FORA publiée dans l’EFSA Journal le 26 novembre 2020 aboutit à une conclusion plus restrictive pour les compléments. Les auteurs décrivent des incertitudes majeures, des indices de neurotoxicité pour certaines préparations, et l’impossibilité de fixer un niveau d’apport sûr, surtout en usage prolongé. Pour un complément quotidien, la lecture de 2020 est celle qui compte.

Suppléments à base de plantes qui sortent du pot

Fruit, tisane ou gélules

Il n’existe pas de dose standardisée, sûre et validée. Drugs.com l’écrit sans ambiguïté. Les fourchettes affichées sur les flacons, souvent inspirées du marketing, n’ont pas l’aval de la FDA. L’EFSA Journal (2020) n’autorise pas davantage à en déduire une quantité quotidienne raisonnable pour un extrait.

La pulpe, sans les graines, peut entrer dans un repas occasionnel chez une personne sans maladie de Parkinson, sans grossesse et sans traitement à risque d’interaction. Cancer Research UK juge peu probable qu’un aliment, dans une alimentation normale, nuise. Une tasse de pulpe, citée par le MD Anderson, donne un ordre de grandeur alimentaire, pas une ordonnance. La consommation quotidienne d’un fruit entier ou de nectar en canette pendant des mois n’a plus rien d’anodin au regard des dosages d’annonacine de 2005.

La tisane de feuilles n’est pas un thé léger. Champy et coll. y ont mesuré environ 140 µg d’annonacine par tasse, donc beaucoup moins que dans un fruit, mais la feuille sert aussi à des extraits hydroalcooliques bien plus concentrés. Drugs.com déconseille les décoctions de feuilles en cas de maladie de Parkinson établie. Un usage long, présenté comme une « cure », n’a pas de schéma validé.

Les gélules mélangent des lots dont la composition n’est pas standardisée. Sans dose sûre, acheter un titrage inconnu n’est pas un geste anodin. L’essai d’Indrawati a utilisé 300 mg par jour d’une fraction particulière pendant huit semaines chez des opérés du côlon. Ce n’est pas une posologie à copier chez soi.

Partie Usage habituel Ce que mesurent les sources Vigilance
Pulpe du fruit Jus, sorbets, fruit frais Environ 15 mg d’annonacine par fruit moyen (Champy, 2005) Retirer les graines ; éviter l’usage quotidien prolongé
Nectar commercial Boisson Environ 36 mg d’annonacine par canette (Champy, 2005) Même logique de cumul annuel que le fruit
Feuilles en tisane Usage traditionnel Environ 140 µg d’annonacine par tasse (Champy, 2005) À éviter si Parkinson, grossesse, usage long
Graines Pas un aliment Toxiques ; lectine ; usage insecticide traditionnel Ne pas avaler ; irritantes pour les yeux
Gélules et extraits Compléments Pas d’indication ni de dose validée (Drugs.com, 2025) Pas de niveau sûr (EFSA, 2020) ; interactions possibles

Un pharmacien peut lire l’étiquette avec vous et croiser la liste de vos médicaments. Le médecin traitant, ou l’oncologue si un cancer est en cours, reste le bon interlocuteur avant tout achat. Le cadre français des compléments peut différer des règles américaines. On ne le déduit pas d’une lettre de la FDA, on le demande sur place.

Interactions, grossesse et personnes à éviter

Les personnes chez qui le rapport bénéfice-risque penche clairement contre les extraits sont déjà identifiées dans les monographies. Drugs.com contre-indique, en pratique, le fruit et les décoctions de feuilles en cas de maladie de Parkinson établie. La même source demande d’éviter la plante pendant la grossesse et l’allaitement, faute de données de sécurité, alors que l’annonacine passe dans le cerveau et que des extraits sont cytotoxiques in vitro. Le MD Anderson range aussi la grossesse et le risque de Parkinson parmi les situations où l’on ne devrait pas en manger de façon concentrée.

Les médicaments de la glycémie et de la tension forment le second cercle. La même fiche d’oncologie new-yorkaise demande d’en parler au soignant si l’on prend un antidiabétique ou un antihypertenseur, parce que la plante a abaissé glucose et pression chez l’animal. Un malaise, des sueurs, une confusion ou des vertiges au moment d’introduire un extrait doivent faire mesurer glycémie et tension, pas attendre que les symptômes passent.

La TEP et, plus largement, l’imagerie nucléaire, forment un piège spécifique. Chez le rat, Annona muricata a réduit la radioactivité dans la vessie, le rein et le sang (étude Holanda 2014, citée par le MSKCC). Le centre new-yorkais demande donc d’éviter la graviola avant ce type d’examen. Un patient en bilan d’extension ou en suivi oncologique a tout intérêt à signaler tisane et gélules avant l’injection du traceur.

Cancer Research UK évoque un possible retentissement rénal ou hépatique en cas de prise fréquente. Chan et coll. (2020) décrivent aussi, dans la littérature animale, des signaux hépatiques à forte dose chronique, à côté d’études de protection du foie. En l’absence de dose sûre, une maladie du foie ou des reins déjà connue n’est pas le bon terrain pour un extrait pris « pour voir ».

Les enfants n’ont pas de schéma étudié. Rien dans les sources retenues n’autorise une tisane de feuilles présentée comme calmante chez le petit enfant. La pulpe, sans graines, reste un fruit, à introduire comme n’importe quel aliment nouveau, en tenant compte du sucre et du risque d’étouffement lié aux pépins.

  • Si vous avez une maladie de Parkinson, n’introduisez ni fruit quotidien, ni décoction de feuilles, ni gélule.
  • Si vous êtes enceinte ou si vous allaitez, écartez les extraits et les tisanes de feuilles.
  • Si un antidiabétique ou un antihypertenseur vous a été prescrit, demandez un avis avant tout complément.
  • Si une TEP est prévue, signalez la plante à l’équipe d’imagerie et cessez le produit selon sa consigne.

Quand la graviola impose de voir un médecin

Des tremblements nouveaux, une raideur, un ralentissement du geste, des chutes, des troubles de l’équilibre ou du regard, un changement de marche après des semaines de corossol ou de tisane, justifient d’arrêter le produit et de consulter. Ces signes recoupent le spectre du parkinsonisme atypique décrit en Guadeloupe. Ils ne prouvent pas que la plante est en cause, mais ils imposent un examen neurologique, pas un second flacon.

Un malaise, une tension très basse, une hypoglycémie (sueurs, trouble de la parole, confusion) sous traitement habituel, surtout après l’arrivée d’un extrait, relèvent du médecin le jour même. En cas de perte de connaissance, de convulsion ou de détresse, appelez le 15 ou le 112.

Avant une chimiothérapie, une chirurgie ou une TEP, la question utile n’est pas de savoir si le produit est « naturel ». Il s’agit de savoir s’il peut changer l’effet du traitement ou l’image. Apportez la boîte. Un oncologue ou un pharmacien hospitalier a l’habitude de cette discussion. Un forum n’en a pas.

Situation Conduite
Tremblements, rigidité, marche instable, regard difficile vers le haut Arrêter le produit et consulter le médecin traitant ou un neurologue
Malaise, tension basse sous antihypertenseur Contrôler la tension ; appeler le 15 ou le 112 si le malaise est grave
Sueurs, confusion, tremblements sous antidiabétique Mesurer la glycémie ; urgence vitale si trouble de conscience
Grossesse, allaitement, Parkinson connu Ne pas commencer d’extrait ni de tisane de feuilles
TEP ou autre examen de médecine nucléaire prévu Signaler la plante et suivre la consigne de l’équipe

Le fruit oublié au fond d’un marché, mangé une fois, n’appelle pas les secours. Le schéma à risque est le cumul. Nectar tous les jours, gélules vendues contre le cancer, décoction de feuilles pendant des mois, chez une personne déjà vulnérable sur le plan neurologique ou métabolique, changent l’échelle du danger.

Questions fréquentes

Peut-on manger du corossol tous les jours ?

Un fruit quotidien pendant un an a été comparé, pour la quantité d’annonacine, à la dose veineuse qui a lésé le cerveau de rats (Champy et coll., 2005). Cancer Research UK juge peu probable qu’une consommation alimentaire ordinaire nuise, ce qui n’équivaut pas à un fruit ou un nectar chaque jour pendant des années. Si vous n’avez ni Parkinson, ni grossesse, ni traitement à interaction, une pulpe occasionnelle, sans graines, reste le scénario le plus raisonnable. Posez la question à votre médecin si vous vivez dans une région où le fruit est quotidien.

Les graines de graviola sont-elles toxiques ?

Oui, on ne les mange pas. Drugs.com les juge toxiques et impropres à l’alimentation animale. Le MD Anderson demande de ne pas les avaler. Elles ont servi, broyées, d’insecticide ou de poudrage contre les poux, avec un risque d’irritation oculaire. Dans un jus, filtrez ou retirez les pépins un par un.

La tisane de feuilles de corossol est-elle sans danger ?

Non, on ne peut pas l’affirmer. Une tasse apporte moins d’annonacine qu’un fruit (environ 140 µg contre 15 mg), mais les décoctions de feuilles font partie du signal épidémiologique guadeloupéen. Drugs.com les déconseille en cas de Parkinson, pendant la grossesse et l’allaitement. L’EFSA Journal (2020) n’a pas fixé de niveau sûr pour les préparations à base de cette plante. Une tisane de temps en temps n’a pas été testée comme un médicament.

Faut-il arrêter un traitement anticancer pour prendre de la graviola ?

Non. Aucune donnée humaine solide n’en fait un substitut, et interrompre un protocole évalué pour une gélule peut faire perdre du terrain à la maladie. Parlez-en à l’oncologue si vous souhaitez un complément, surtout avant une TEP ou en cas de médicaments pour le sucre ou la tension. L’équipe peut dire non. Ce refus protège, il ne ferme pas une piste miracle inexistante.

La graviola est-elle autorisée comme médicament contre le cancer ?

Non, ni aux États-Unis ni, d’après les sources anglophones retenues, comme médicament anticancer autorisé. La FDA a rappelé en 2017 que des capsules et tisanes vendues pour soigner le cancer étaient des médicaments non approuvés. En France, demandez à votre pharmacien le statut exact du produit (complément, denrée, allégation). Un site internet qui promet une guérison n’est pas une autorisation.

Peut-on en donner aux enfants ?

Aucun essai retenu ici n’établit une dose pédiatrique d’extrait ou de tisane de feuilles. La pulpe, sans graines, est un fruit sucré, à manier comme les autres (âge, sucre, risque d’étouffement). Les décoctions destinées à calmer un petit enfant n’ont pas leur place sur la foi des données disponibles.

Conclusion

Le corossol est d’abord un fruit tropical. Sa pulpe, débarrassée des graines, peut figurer dans un repas. Les acétogénines qui ont fait rêver les sites de vente sont les mêmes molécules que l’on incrimine dans un parkinsonisme atypique aux Antilles, avec des chiffres d’exposition publiés en 2005 et une cartographie clinique en 2007. Les extraits n’ont pas de dose sûre selon l’évaluation de 2020 parue dans l’EFSA Journal, et ils n’ont pas démontré qu’ils soignent un cancer.

Si une boîte de gélules ou des feuilles séchées traînent dans votre placard, le geste utile n’est pas de finir le stock pour ne pas gâcher. Apportez l’étiquette au pharmacien, citez la plante à votre médecin traitant, et, en cas de cancer, à l’oncologue, surtout si une TEP, un antidiabétique ou un antihypertenseur font partie du parcours. Demandez si le produit a un intérêt quelconque dans votre situation, et ce qu’il faudrait surveiller (marche, tremblement, glycémie, tension).

Un tremblement nouveau, une rigidité, un malaise ou une hypoglycémie après l’introduction du produit imposent l’arrêt et un avis médical. En urgence, le 15 ou le 112. Le reste du temps, le bon réflexe est plus simple que les allégations du commerce. Traitez le cancer, le diabète ou la tension avec les moyens évalués, et gardez le corossol, s’il vous plaît, dans l’assiette plutôt que dans une gélule.

Sources

  1. Graviola (About Herbs). Memorial Sloan Kettering Cancer Center, mis à jour en 2020.
  2. Graviola (soursop). Cancer Research UK, 21 octobre 2022.
  3. Amazing Sour Sop, Inc. – 512798 – 04/17/2017. U.S. Food and Drug Administration, 17 avril 2017.
  4. Soursop Uses, Benefits & Dosage. Drugs.com, 22 décembre 2025.
  5. Soursop: Does this tropical fruit have health benefits?. MD Anderson Cancer Center, 12 février 2026.
  6. Moghadamtousi SZ, Fadaeinasab M, Nikzad S et al. : Annona muricata (Annonaceae): A Review of Its Traditional Uses, Isolated Acetogenins and Biological Activities. International Journal of Molecular Sciences, 10 juillet 2015.
  7. Lannuzel A, Höglinger GU, Verhaeghe S et al. : Atypical parkinsonism in Guadeloupe: a common risk factor for two closely related phenotypes?. Brain, 15 février 2007.
  8. Champy P, Melot A et al. : Quantification of acetogenins in Annona muricata linked to atypical parkinsonism in guadeloupe. Movement Disorders, 2 août 2005.
  9. Champy P, Höglinger GU, Féger J et al. : Annonacin, a lipophilic inhibitor of mitochondrial complex I, induces nigral and striatal neurodegeneration in rats: possible relevance for atypical parkinsonism in Guadeloupe. Journal of Neurochemistry, janvier 2004.
  10. Raclariu-Manolica AC, Bakhiya N, Hirsch-Ernst KI : Risk assessment regarding the use of Annona muricata in food supplements. EFSA Journal, 26 novembre 2020.
  11. Chan WJ, McLachlan AJ, Hanrahan JR et al. : The safety and tolerability of Annona muricata leaf extract: a systematic review. Journal of Pharmacy and Pharmacology, janvier 2020.
  12. Indrawati L, Ascobat P, Bela B et al. : The effect of an Annona muricata leaf extract on nutritional status and cytotoxicity in colorectal cancer: a randomized controlled trial. Asia Pacific Journal of Clinical Nutrition, 2017.

À propos de l’auteur

Pauline Cécile TessierRédactrice médicale

J’ai fait mes études d’infirmière à l’IFSI La Capelette. Après mon congé maternité, je me suis tournée vers la rédaction et la relecture de textes médicaux. Pour chaque article, je lis les recommandations officielles, les études et les guides cliniques, et j’utilise aussi des outils d’IA dans mon travail. Chaque affirmation peut être vérifiée dans les sources citées de l’article.