Anémie par carence nutritionnelle : symptômes et causes

Anémie par carence nutritionnelle : symptômes et causes

L’anémie par carence nutritionnelle est un manque de globules rouges sains, le plus souvent lié à un déficit de fer, de vitamine B12 ou de folate. Le sang transporte alors moins d’oxygène, d’où la fatigue, l’essoufflement et, parfois, des fourmillements ou des troubles de l’équilibre.

En 2023, d’après l’édition 2025 des estimations mondiales de l’OMS, 30,7 % des femmes de 15 à 49 ans étaient anémiées, soit environ 605 millions de personnes, et la cible d’une baisse de moitié d’ici 2030 n’est pas en vue. Une revue de 2023 rappelle aussi que, dans les enquêtes BRINDA, seule une fraction des personnes anémiées, de 30 % à 71 %, est réellement carencée en fer, surtout là où les infections sont fréquentes.

Le guide OMS 2024 fixe l’anémie sous 120 g/L d’hémoglobine chez la femme non enceinte et sous 130 g/L chez l’homme, et abaisse le seuil à 105 g/L chez l’enfant de 6 à 23 mois. Une ferritine inférieure à 30 µg/L oriente vers une carence martiale. La recommandation britannique NICE NG239 (2024) demande de commencer la vitamine B12 sans attendre les résultats si une anémie mégaloblastique s’accompagne de signes neurologiques.

Qu’est-ce que l’anémie par carence nutritionnelle ?

C’est une anémie due au manque de nutriments indispensables à la fabrication des globules rouges, principalement le fer, la vitamine B12 et le folate. D’autres micronutriments, comme la vitamine A, la riboflavine ou le cuivre, peuvent y contribuer, mais le fer reste la cause nutritionnelle la plus fréquente à l’échelle mondiale.

Le fer entre dans l’hémoglobine, la protéine qui capte l’oxygène. Sans réserve suffisante, la moelle produit des globules petits et pâles, dits microcytaires et hypochromes. La vitamine B12 et le folate servent à la synthèse de l’ADN. Leur déficit ralentit la division des précurseurs, d’où des globules trop gros, peu fonctionnels. On parle alors d’anémie mégaloblastique.

Toutes les anémies ne sont pas nutritionnelles. Hémoglobinopathies, paludisme, inflammation chronique ou moelle endommagée relèvent d’autres mécanismes. Hess et ses collègues, en 2023, estiment qu’environ 60 % du fardeau mondial de l’anémie en 2019 tenait à une carence alimentaire en fer. Le reste se partage entre infections, maladies chroniques et variants génétiques des globules. En France, on dit surtout anémie ferriprive, parfois anémie martiale. Pour la B12 liée à une gastrite auto-immune, le nom usuel reste maladie de Biermer.

Un manque de fer ou de certaines vitamines B peut entraîner une anémie.

Quels symptômes doivent alerter ?

Les premiers signes sont souvent discrets, comme une fatigue inhabituelle, un essoufflement à l’effort, une pâleur, des maux de tête ou des vertiges. Ils s’installent en semaines ou en mois. Une carence légère peut rester silencieuse, découverte sur une prise de sang faite pour une autre raison.

Lorsque le fer manque de façon marquée, d’autres indices apparaissent. Le Merck Manual (révision 2025) et la Mayo Clinic décrivent le pica, notamment l’envie de croquer de la glace, une glossite, une perlèche, des ongles concaves (koïlonychie) et un syndrome des jambes sans repos.

Le déficit en B12 ou en folate partage la fatigue, avec souvent une langue rouge, des ulcérations buccales, un teint un peu jaunâtre. Les symptômes de folate peuvent surgir en quelques semaines. Ceux de la B12 s’étalent sur des mois, parfois des années, parce que le foie stocke de 1 à 5 mg de cobalamine, d’après la fiche du NIH ODS mise à jour en 2025.

Les signes nerveux appartiennent surtout à la B12. On observe des fourmillements des mains et des pieds, une démarche incertaine, des troubles de la mémoire, une humeur dépressive ou, plus rarement, une atteinte du nerf optique. D’après NICE NG239, une carence en B12 ne doit pas être écartée au seul motif que l’hémoglobine ou le volume globulaire est encore normal. Des paresthésies peuvent précéder l’anémie.

  • Une fatigue qui dure, une pâleur nouvelle ou un essoufflement en montant les étages méritent une numération prescrite par le médecin traitant.
  • Des fourmillements, une démarche instable ou des difficultés de concentration font chercher une carence en B12 même sans anémie évidente.
  • Des règles très abondantes, des selles noires hors comprimé de fer, ou des dons de sang répétés orientent vers une perte de fer.
  • Une envie persistante de glace, de terre ou d’amidon n’est pas un caprice, c’est un pica à signaler.

Anémie ferriprive, comment le fer vient à manquer

Chez l’adulte, le fer manque le plus souvent parce qu’il sort du corps, pas seulement parce que l’assiette est pauvre. Une fois le diagnostic posé, le Merck Manual demande de suspecter une perte de sang occulte jusqu’à preuve du contraire, surtout chez l’homme et chez la femme après la ménopause. Un ulcère, un polype, un cancer colorectal, des hémorroïdes qui saignent ou un anti-inflammatoire au long cours suffisent à vider les réserves.

Chez la femme qui a ses règles, les menstruations sont la cause habituelle. Une perte moyenne d’environ 1 mg de fer par cycle peut dépasser 5 à 6 mg en cas de ménorragies. La grossesse, l’allaitement et la croissance de l’enfant augmentent les besoins. La malabsorption, par maladie cœliaque, gastrite atrophique, infection à Helicobacter pylori ou chirurgie bariatrique, est moins fréquente mais bien documentée.

Le fer hémique de la viande, du poisson et de la volaille s’absorbe mieux que le fer non hémique des végétaux et des céréales enrichies. D’après le NIH ODS, la biodisponibilité tourne autour de 14 à 18 % dans un régime mixte riche en viande et en vitamine C, contre 5 à 12 % dans un régime végétarien. L’acide ascorbique l’améliore. Phytates et calcium la gênent.

La carence progresse en trois temps. Les réserves de ferritine baissent d’abord, alors que l’hémoglobine reste normale. Puis le fer disponible pour la moelle diminue. Enfin l’anémie s’installe, d’abord avec des globules encore de taille normale, ensuite microcytaire. Une ferritine inférieure à 30 µg/L est spécifique d’une carence d’après le Merck Manual. En cas d’inflammation, une ferritine jusqu’à 100 µg/L peut encore masquer le déficit. Un régime monotone suffit rarement à anémier un homme adulte qui mange à l’occidentale. Il devient décisif chez l’enfant, la femme enceinte, la personne végétalienne ou celle qui saigne déjà.

Anémie par carence en vitamine B12 ou en folate

Ces deux déficits produisent la même anémie mégaloblastique, avec des globules trop grands, un volume globulaire moyen souvent au-dessus de 100 fL et des neutrophiles hypersegmentés. Le mécanisme est commun, l’ADN se fabrique trop lentement. Traiter le folate sans avoir écarté un déficit en B12 peut améliorer le sang tout en laissant progresser l’atteinte nerveuse. Le Merck Manual demande d’exclure la carence en B12 avant toute supplémentation en folate.

La cause classique de B12 grave n’est pas le régime, c’est l’absence de facteur intrinsèque. Cette protéine, sécrétée par l’estomac, permet d’absorber la vitamine dans l’iléon. Une gastrite auto-immune la fait disparaître. Gastrectomie, résection de l’iléon terminal, maladie de Crohn, maladie cœliaque ou bypass gastrique aboutissent au même résultat. NICE NG239 classe aussi parmi les facteurs de risque la metformine, les inhibiteurs de la pompe à protons, les antagonistes H2, certains antiépileptiques et l’usage récréatif de protoxyde d’azote.

Un régime végétalien sans aliments enrichis ni complément expose à un déficit d’apport, la B12 n’existant à l’état naturel que dans les produits animaux. Les réserves corporelles, 1 à 5 mg selon le NIH ODS, expliquent que les symptômes puissent mettre des années à apparaître. Le guide britannique demande toutefois de vérifier qu’aucune malabsorption ne coexiste.

Le folate manque plus vite, en cas d’alcool au long cours, de régime pauvre en légumes verts, de malabsorption, de besoins liés à la grossesse, de méthotrexate ou de certains antiépileptiques. La France n’a pas le programme d’enrichissement obligatoire des farines en vigueur aux États-Unis. Cliniquement, la B12 se distingue par le nerf et la moelle. Une carence prolongée peut laisser des fourmillements durables. Un taux de B12 « limite » peut nécessiter l’acide méthylmalonique, élevé dans le déficit en B12, alors que l’homocystéine monte dans les deux carences.

Qui est le plus exposé et pourquoi

Les femmes en âge de procréer, les femmes enceintes, les nourrissons et les jeunes enfants portent l’essentiel du fardeau. L’OMS, édition 2025, chiffre 35,5 % d’anémie chez les femmes enceintes de 15 à 49 ans en 2023, 30,5 % chez les femmes non enceintes du même âge, et 39,8 % chez les enfants de 6 à 59 mois (données enfants 2019).

Les règles abondantes, la grossesse et l’allaitement accélèrent la perte de fer. Les nourrissons nés prématurés ou de petit poids naissent avec moins de réserves. Après six mois, le lait maternel seul ne couvre plus les besoins. Les enfants qui boivent plus de 720 ml de lait de vache par jour après un an, d’après la Mayo Clinic, laissent trop peu de place aux aliments riches en fer.

Les personnes qui ne mangent ni viande ni poisson absorbent moins bien le fer et n’ont pas de B12 naturelle. Les opérés de l’estomac ou de l’intestin, les malades cœliaques, les donneurs de sang réguliers et les personnes sous aspirine au long cours se retrouvent aussi du mauvais côté du bilan. Metformine, inhibiteurs de la pompe à protons et protoxyde d’azote pèsent sur la B12. L’alcool chronique abîme l’absorption du folate.

  • Les règles très abondantes et la grossesse augmentent les besoins en fer au-delà de ce qu’un régime habituel apporte souvent.
  • Un régime végétalien sans aliments enrichis ni complément de B12 prive le corps de sa seule source naturelle de cobalamine.
  • Une chirurgie de l’estomac ou de l’iléon, ou une maladie cœliaque, bloque l’absorption même si l’assiette est correcte.
  • Metformine, inhibiteurs de la pompe à protons et protoxyde d’azote figurent parmi les facteurs de déficit en B12 retenus par NICE en 2024.

Quels examens confirment le diagnostic ?

Le premier examen est une numération formule sanguine. Elle donne l’hémoglobine, l’hématocrite, le volume globulaire moyen et parfois la largeur de distribution des globules. Un VGM bas oriente vers le fer, un VGM haut vers B12 ou folate. Un VGM normal n’élimine rien, les carences peuvent se combiner, et NICE rappelle qu’une B12 basse existe sans macrocytose.

Le guide OMS 2024 définit l’anémie, sur sang veineux, sous 120 g/L chez la femme non enceinte de 15 à 65 ans et sous 130 g/L chez l’homme. Chez la femme enceinte, les seuils sont 110 g/L au premier et au troisième trimestre, 105 g/L au deuxième. Chez l’enfant de 6 à 23 mois, le seuil passe à 105 g/L. Les laboratoires français appliquent leurs propres intervalles, souvent proches.

Pour le fer, on dose en pratique la ferritine, le fer sérique et la saturation de la transferrine. Une ferritine sous 30 µg/L est spécifique d’une carence. Une endoscopie, une coloscopie, un test de sang occulte dans les selles ou une échographie pelvienne cherchent la source du saignement lorsque l’histoire ne l’explique pas.

Pour la B12, NICE NG239 propose soit la B12 totale, soit la B12 active (holotranscobalamine). Un taux total inférieur à 180 ng/L (133 pmol/L) confirme le déficit. La zone 180–350 ng/L est indéterminée et peut justifier l’acide méthylmalonique. Pendant la grossesse, le guide britannique préfère la B12 active. Les anticorps anti-facteur intrinsèque aident si une gastrite auto-immune est suspectée, un résultat négatif ne l’élimine pas. Une sérologie de maladie cœliaque a sa place si la cause reste floue.

Les symptômes de l'anémie comprennent des étourdissements et de la fatigue.

Aliments utiles et apports de référence

Manger mieux aide à prévenir une carence d’apport et à soutenir un traitement. Cela ne remplace pas le fer médicamenteux lorsqu’une anémie est déjà là, ni la B12 injectable lorsqu’il n’y a plus de facteur intrinsèque. Les apports ci-dessous sont les Recommended Dietary Allowances américaines du NIH ODS. En France, le médecin ou le pharmacien se réfère aux repères locaux.

Pour le fer, le NIH ODS retient 8 mg par jour chez l’homme adulte et chez la femme après 50 ans, 18 mg chez la femme de 19 à 50 ans, 27 mg pendant la grossesse. Les personnes qui suivent un régime végétarien ont besoin d’environ 1,8 fois plus de fer. Pour la B12, l’apport de référence adulte est de 2,4 µg par jour. Pour le folate, la Mayo Clinic cite 400 µg par jour chez l’adulte, davantage pendant la grossesse.

Le fer hémique se trouve dans le foie, le bœuf, les huîtres. Le fer non hémique se trouve dans les haricots, les lentilles, le tofu, les épinards cuits et les céréales enrichies. Une portion de céréales enrichies à 100 % de la valeur quotidienne américaine apporte 18 mg. Le foie de bœuf (85 g) fournit environ 5 mg de fer et 70,7 µg de B12. Ces teneurs, tirées de la fiche ODS 2025, varient selon le produit.

Aliment Portion approximative Fer
Céréales de petit-déjeuner enrichies 1 portion (étiquette) jusqu’à 18 mg
Haricots blancs en conserve 240 ml 8 mg
Huîtres cuites 85 g 8 mg
Foie de bœuf poêlé 85 g 5 mg
Lentilles cuites, égouttées 120 ml 3 mg
Épinards bouillis 120 ml 3 mg
Tofu ferme 120 ml 3 mg
Bœuf braisé, graisse ôtée 85 g 2 mg

La vitamine C du poivron, de l’orange, de la fraise ou de la tomate, prise au même repas, aide à absorber le fer végétal. Un thé noir ou un café pris avec le repas, ou avec un comprimé de fer, a l’effet inverse. La Mayo Clinic conseille d’écarter café et thé pendant environ une heure autour du comprimé. Sans enrichissement ni complément, aucun légume n’apporte de B12 naturelle, d’après le NIH ODS. Le folate, lui, est abondant dans le foie, les épinards, les asperges, l’avocat et, là où elles le sont, les céréales enrichies.

Comment se soigne une carence en fer, B12 ou folate

Le traitement vise à reconstituer le nutriment manquant et, surtout pour le fer, à trouver pourquoi il manque. Avaler du fer sans chercher un saignement digestif chez un homme ou une femme ménopausée est une mauvaise pratique, écrit le Merck Manual. Les doses ci-dessous viennent de sources américaines et britanniques. Le médecin français choisira la spécialité disponible et la posologie adaptée.

Pour le fer, une dose typique citée en 2025 est 65 mg de fer élémentaire, par exemple sous forme de 325 mg de sulfate ferreux, un jour sur deux. Des prises plus fréquentes élèvent l’hepcidine et n’augmentent guère l’absorption, tout en majorant nausées et constipation. La vitamine C, en jus d’orange ou en comprimé d’environ 500 mg, prise avec le fer, peut aider. Le comprimé se prend de préférence à jeun, ou pendant le repas s’il irrite l’estomac. Les antiacides se tiennent à distance, deux heures avant ou quatre heures après d’après la Mayo Clinic. Les selles noires sont attendues et sans gravité.

Chez les personnes qui répondent, l’hémoglobine monte d’environ 1 g/dL (10 g/L) à 14 jours. Le Merck Manual recommande de poursuivre le fer oral au moins six mois après la normalisation pour remplir les réserves. Si la hausse manque, on cherche un saignement persistant, une inflammation, une mauvaise prise ou une malabsorption. Le fer veineux est réservé à l’intolérance, à l’échec du comprimé ou à un besoin rapide. Une transfusion ne corrige que le globule, pas la cause.

Pour la B12, NICE NG239 distingue la cause. En cas de gastrite auto-immune, de gastrectomie totale ou de résection complète de l’iléon terminal, le remplacement intramusculaire est prévu à vie. Pour une autre malabsorption, on privilégie souvent l’injection. Si le déficit vient de l’apport, on peut proposer la voie orale, au moins 1 mg par jour si des comprimés sont prescrits dans un contexte de malabsorption. Les symptômes peuvent bouger en deux semaines, parfois seulement au bout de trois mois. Un suivi à trois mois, à un mois en cas de grossesse, permet d’ajuster. En France, le médecin ou le pharmacien indiquera la forme disponible.

Le folate se donne le plus souvent en comprimés, une fois la B12 contrôlée. Un complément polyvalent acheté sans bilan n’est pas un raccourci sûr. Trop de fer peut léser le foie, et trop d’acide folique peut masquer une B12 basse. La limite supérieure américaine du fer, nourriture et compléments compris, est de 45 mg par jour chez l’adulte, sauf prescription.

  • Un comprimé de fer se prend plutôt un jour sur deux, à distance du café, du thé et des antiacides.
  • Une hausse d’hémoglobine d’environ 10 g/L en deux semaines plaide pour une bonne réponse au fer oral.
  • Une gastrite auto-immune impose en pratique une vitamine B12 injectable au long cours, pas un simple ajustement d’assiette.
  • L’acide folique ne se commence qu’après avoir écarté un déficit en B12, pour ne pas laisser le nerf sans protection.

Grossesse, enfants et alimentation végétarienne

Pendant la grossesse, le volume plasmatique augmente plus vite que la masse de globules, et le fœtus puise du fer. Sans apport supplémentaire, beaucoup de personnes enceintes glissent vers une carence, note la Mayo Clinic. Une anémie martiale marquée a été associée à des naissances plus précoces et à un plus petit poids de naissance. Les documents ne disent pas la même chose sur le dépistage de routine. L’American College of Obstetricians and Gynecologists, cité par le NIH ODS, recommande un fer à faible dose dès le premier trimestre. L’USPSTF, en août 2024, juge les preuves insuffisantes pour ou contre un dépistage et une supplémentation systématiques chez les personnes enceintes asymptomatiques, comme en 2015. Cette position américaine ne s’applique pas aux personnes déjà symptomatiques, malnutries ou atteintes d’une maladie du sang. En France, le suivi de grossesse relève du médecin, de la sage-femme et du pharmacien.

Les chiffres encore cités par l’USPSTF viennent de NHANES 1999–2006, une observation ancienne, environ 18 % de carence en fer au cours de la grossesse aux États-Unis et 5 % d’anémie ferriprive. Une revue Cochrane, rapportée par le NIH ODS, a trouvé qu’un fer quotidien réduisait de 70 % le risque d’anémie en fin de grossesse. Améliorer l’hémoglobine n’est pas le même critère que réduire la prééclampsie ou la mortalité infantile. Pour le folate, l’objectif n’est pas seulement l’anémie, c’est aussi le tube neural.

Chez le nourrisson, la Mayo Clinic recommande lait maternel ou préparation enrichie en fer la première année, et un complément de fer vers 4 mois chez l’enfant allaité. Le lait de vache n’est pas adapté avant un an. Après six mois, céréales infantiles enrichies ou viandes mixées aident à couvrir les besoins. Un régime végétarien bien planifié peut couvrir le fer s’il associe légumineuses, aliments enrichis et vitamine C. Pour la B12, le végétalisme sans enrichissement ni complément n’est pas tenable à long terme.

Anémie par carence, quand voir un médecin

Dès que la fatigue, l’essoufflement ou la pâleur s’installent, une numération prescrite par le médecin traitant est l’étape utile, plutôt qu’un fer en libre-service. Un excès de fer peut s’accumuler et abîmer le foie, prévient la Mayo Clinic. Chez l’homme et chez la femme après la ménopause, une carence martiale est un saignement jusqu’à preuve du contraire. Chez la femme réglée, des menstruations très abondantes, une anémie qui résiste ou des symptômes digestifs justifient le même sérieux.

Les signes neurologiques, fourmillements, troubles de la marche, confusion, baisse visuelle, demandent un avis rapide. NICE NG239 demande de ne pas attendre les résultats pour commencer la B12 si une anémie mégaloblastique s’accompagne de ces signes, en particulier s’il existe une suspicion de sclérose combinée de la moelle. En France, c’est le médecin qui pose cette indication. Une douleur thoracique, un malaise, un essoufflement brutal ou une pâleur extrême avec pouls très rapide relèvent de l’urgence. Appelez le 15 ou le 112.

Situation Conduite
Fatigue, pâleur ou essoufflement qui durent Consulter le médecin traitant pour une numération et une ferritine
Fourmillements, troubles de la marche ou confusion Avis médical rapide, la B12 peut manquer même sans anémie
Douleur thoracique, malaise ou essoufflement brutal Appeler le 15 ou le 112
Selles noires hors fer, sang dans les selles, amaigrissement Consulter sans attendre, un saignement digestif est possible
Homme ou femme ménopausée avec fer bas Ne pas se limiter à un comprimé, chercher la cause du saignement
Grossesse, enfant pâle ou enfant qui boit beaucoup de lait En parler au médecin, à la sage-femme ou au pédiatre

N’ajustez pas vous-même un traitement déjà prescrit. Si les symptômes empirent après le début du fer ou de la B12, ou si de nouveaux signes nerveux apparaissent, contactez le médecin sans attendre la prochaine visite prévue.

Questions fréquentes

L’alimentation seule peut-elle corriger une anémie ferriprive ?

Elle aide à prévenir une carence d’apport et à soutenir le traitement, mais une anémie déjà installée demande en pratique un fer médicamenteux et la recherche de la cause. Le Merck Manual insiste sur ce second volet, surtout s’il n’y a pas de règles abondantes évidentes. Les aliments riches en fer restent utiles ensuite, pour limiter la rechute.

Faut-il prendre le fer tous les jours ?

Une posologie récente souvent retenue est 65 mg de fer élémentaire un jour sur deux, parce que l’hepcidine monte après chaque dose et bloque la suivante. Le schéma exact, le sel de fer et la durée relèvent de la prescription. Si le comprimé est mal supporté, le médecin peut espacer encore, changer de forme ou passer à la voie veineuse.

Une carence en B12 sans anémie est-elle possible ?

Oui. NICE NG239 demande explicitement de ne pas écarter le diagnostic au seul motif que l’hémoglobine ou le volume globulaire est normal. Les fourmillements et les troubles de l’équilibre peuvent précéder l’anémie. Un dosage, parfois complété par l’acide méthylmalonique, tranchera.

Le thé empêche-t-il d’absorber le fer ?

Le thé et le café, pris tout contre un repas ou un comprimé, réduisent l’absorption du fer non hémique. La Mayo Clinic conseille d’attendre environ une heure. Un thé à un autre moment de la journée n’interdit pas de traiter une carence. La vitamine C du repas a l’effet inverse, elle aide.

Peut-on prendre de l’acide folique sans doser la B12 ?

Ce n’est pas prudent. Le folate peut améliorer l’anémie mégaloblastique tout en laissant progresser une atteinte nerveuse liée à la B12. Le Merck Manual demande d’écarter ce déficit avant de supplémenter. Pendant un projet de grossesse, le médecin articule acide folique et bilan selon votre situation.

Les personnes végétaliennes doivent-elles se supplémenter en B12 ?

Sans aliments enrichis ni complément, un régime végétalien n’apporte pas de B12 naturelle. NICE retient ce type d’alimentation parmi les facteurs de risque, tout en demandant de vérifier qu’aucune malabsorption ne coexiste. La dose, la forme et le rythme se discutent avec le médecin ou le pharmacien.

Conclusion

Une fatigue qui s’éternise, une pâleur nouvelle ou un essoufflement inhabituel ne se règlent pas par un comprimé pris au hasard. La piste la plus fréquente reste le fer, surtout s’il y a des règles abondantes, une grossesse ou un saignement caché, mais la B12 et le folate produisent un tableau différent, parfois nerveux, et les seuils d’hémoglobine ont été révisés par l’OMS en 2024, notamment chez le très jeune enfant.

Le geste le plus utile est une prise de sang ciblée, numération, ferritine, et, si le volume globulaire est élevé ou s’il existe des fourmillements, vitamine B12 et folate. Demandez aussi que l’on cherche pourquoi le nutriment manque, qu’il s’agisse des médicaments, de l’estomac, de l’intestin, des règles ou de l’alimentation, plutôt que de combler un chiffre isolé.

Si la fatigue s’accompagne d’une douleur thoracique, d’un malaise ou d’un essoufflement brutal, appelez le 15 ou le 112. Dans les autres cas, un rendez-vous avec le médecin traitant, en apportant la liste des médicaments et le détail des règles ou du régime, permet d’orienter le bilan sans perdre de temps.

Sources

  1. WHO global anaemia estimates: key findings, 2025. World Health Organization, 15 août 2025.
  2. Guideline on haemoglobin cutoffs to define anaemia in individuals and populations. World Health Organization, 2024.
  3. Vitamin B12 deficiency in over 16s: diagnosis and management. National Institute for Health and Care Excellence, 6 mars 2024.
  4. Iron deficiency anemia — Symptoms and causes. Mayo Clinic, 20 septembre 2025.
  5. Iron deficiency anemia — Diagnosis and treatment. Mayo Clinic, 20 septembre 2025.
  6. Vitamin deficiency anemia — Symptoms and causes. Mayo Clinic, 16 septembre 2025.
  7. Iron — Health Professional Fact Sheet. National Institutes of Health, Office of Dietary Supplements, 4 septembre 2025.
  8. Vitamin B12 — Health Professional Fact Sheet. National Institutes of Health, Office of Dietary Supplements, 2 juillet 2025.
  9. Gerber GF : Iron Deficiency Anemia. Merck Manual Professional Edition, avril 2025.
  10. Gerber GF : Megaloblastic Macrocytic Anemias. Merck Manual Professional Edition, mars 2025.
  11. Hess SY, Owais A et al. : Accelerating action to reduce anemia: Review of causes and risk factors and related data needs. Annals of the New York Academy of Sciences, 29 mars 2023.
  12. Iron Deficiency and Iron Deficiency Anemia During Pregnancy: Screening and Supplementation. U.S. Preventive Services Task Force, 20 août 2024.

À propos de l’auteur

Pauline Cécile TessierRédactrice médicale

J’ai fait mes études d’infirmière à l’IFSI La Capelette. Après mon congé maternité, je me suis tournée vers la rédaction et la relecture de textes médicaux. Pour chaque article, je lis les recommandations officielles, les études et les guides cliniques, et j’utilise aussi des outils d’IA dans mon travail. Chaque affirmation peut être vérifiée dans les sources citées de l’article.