
L’astigmatisme est un défaut de réfraction. La cornée ou le cristallin n’a pas la même courbure dans tous les méridiens, et la lumière ne se concentre pas en un seul point net sur la rétine. La vue devient floue ou déformée de près comme de loin. Des lunettes, des lentilles ou, chez certains adultes, une chirurgie au laser peuvent compenser ce défaut, sans le faire disparaître comme on ferait disparaître une infection.
Beaucoup de gens attribuent ce flou à la lecture dans la pénombre ou au fait de plisser les paupières. Ces habitudes n’en sont pas la cause, d’après la Mayo Clinic. Le défaut est le plus souvent présent dès la naissance, ou apparaît après une blessure, une maladie de la cornée ou une opération. Dans l’enquête américaine NHANES 1999-2004, analysée par Vitale et coll., 36,2 % des adultes de 20 ans et plus avaient un cylindre d’au moins 1,0 dioptrie, et cette part montait à 50,1 % après 60 ans.
Un astigmatisme léger peut rester sans correction s’il ne gène pas. Chez l’enfant, un défaut non corrigé, surtout s’il ne touche qu’un œil, peut entraîner une amblyopie. Aucun laser de LASIK n’est approuvé aux États-Unis avant 18 ans, selon la Food and Drug Administration. Un cylindre d’au moins 3,00 dioptries est jugé élevé par l’American Academy of Ophthalmology. Ces chiffres aident à décider d’un verre, d’une lentille ou d’un bilan cornéen, pas à promettre une vision parfaite.
Qu’est-ce que l’astigmatisme
C’est un trouble de la mise au point, pas une inflammation ni une usure de la rétine. Dans un œil dont la cornée et le cristallin ont une courbure régulière, les rayons lumineux convergent vers un foyer unique sur la rétine. Si l’une de ces deux surfaces est plus bombée dans une direction que dans l’autre, deux foyers se forment, souvent décalés, et l’image paraît étirée ou doublée.
Le National Eye Institute décrit ce mécanisme comme une erreur de réfraction, au même titre que la myopie, l’hypermétropie et la presbytie. Dans l’enquête NHANES 1999-2004, Vitale et coll. estimaient qu’un défaut de réfraction cliniquement important touchait la moitié des adultes américains de 20 ans et plus. On peut être à la fois myope et astigmate, ou hypermétrope et astigmate. Le flou n’est alors pas seulement « de loin » ou « de près », il traverse les distances.
La cornée, couche transparente à l’avant de l’œil, explique la majorité des cas. Le cristallin, lentille interne qui change de forme pour voir de près, peut produire le même effet s’il est irrégulier, basculé ou d’indice inégal selon les méridiens. Gurnani et Kaur (StatPearls, 2023) citent aussi, plus rarement, une origine rétinienne liée à une macula oblique. Des exercices, un éclairage plus fort ou une distance écran « idéale » ne l’évitent pas. L’origine spontanée reste mal élucidée, avec un rôle discuté de la génétique et de la pression des paupières. Seul un examen de la vue le montre de façon fiable.

Quels symptômes doivent vous alerter
Le signe le plus fréquent est une vision floue à toutes les distances, pas seulement au tableau ou au livre. Les contours bavent, les lettres se ressemblent, un panneau reste lisible dans un axe et se brouille dans l’autre. Certains voient un dédoublement léger, comme deux images qui se chevauchent.
D’autres signes accompagnent souvent ce flou, sans le prouver à eux seuls.
- Les maux de tête arrivent en fin de journée, après un écran ou une lecture prolongée.
- Les yeux piquent, brûlent ou se fatiguent, ce que les ophtalmologistes nomment asthénopie.
- Vous plissez les paupières pour gagner un peu de netteté, surtout contre-jour.
- La conduite de nuit devient pénible, avec des halos ou des étoiles autour des phares.
- Un enfant frotte ses yeux, se rapproche de la feuille ou se plaint de maux de tête.
Ces gênes existent aussi dans d’autres défauts visuels et dans la sécheresse oculaire. MedlinePlus insiste sur la difficulté à voir les détails fins, de près comme de loin. Le NHS ajoute que la fatigue apparaît souvent après une concentration longue, par exemple devant un ordinateur. Si vous portez déjà une correction et que ces signes reviennent, la prescription a pu changer. L’astigmatisme n’est pas figé une fois pour toutes.
Un astigmatisme minime passe souvent inaperçu, surtout chez l’enfant, qui n’a pas de point de comparaison. Un adulte peut compenser un temps en plissant les yeux, au prix de maux de tête. Dès que le flou gêne le travail, la lecture ou la route, un bilan chez l’ophtalmologiste mesure le cylindre et l’axe.
D’où vient le défaut, cornée ou cristallin
Le plus souvent, la cornée n’est pas une calotte régulière. Un méridien est plus cambré que celui qui lui est perpendiculaire. On parle alors d’astigmatisme cornéen. Quand c’est le cristallin qui porte l’irrégularité, on parle d’astigmatisme lenticulaire. Les deux peuvent coexister. Au lieu d’une courbure unique, deux courbes mal assorties créent deux images qui se superposent, comme le résume la Mayo Clinic.
La cause première, pour la forme habituelle présente dès l’enfance, n’est pas connue. Un antécédent familial de lunettes augmente le risque de défauts de réfraction en général, d’après le National Eye Institute. Un traumatisme, une chirurgie (cataracte comprise) ou une maladie qui déforme la cornée peuvent l’induire plus tard. Le kératocône, où la cornée s’amincit et se bombe, figure parmi les facteurs de risque listés par la Mayo Clinic.
Chez le nouveau-né, un cylindre d’environ 1 dioptrie est fréquent. Gurnani et Kaur indiquent qu’environ 40 % des nouveau-nés en ont un de cet ordre, et que le globe se remodelant, le chiffre rejoint souvent celui de l’adulte vers un an. Le degré est plus élevé chez les prématurés, avec une relation inverse avec l’âge post-conceptionnel et le poids de naissance. Ces observations ne font pas de chaque bébé un futur porteur de lunettes. Elles expliquent pourquoi un dépistage précoce a du sens.
Avec l’âge, l’axe a tendance à basculer. Dans l’enfance et chez le jeune adulte, un astigmatisme « selon la règle » (méridien vertical plus cambré) est courant. Après 40 ans, un glissement « contre la règle » devient plus fréquent, ce que la revue StatPearls relie à un nouveau raidissement cornéen. Mal voir n’est pas inévitable pour autant. Il faut refaire mesurer la correction plutôt que de garder indéfiniment la même monture.
Astigmatisme régulier, irrégulier ou associé
L’astigmatisme régulier a deux méridiens principaux perpendiculaires, chacun de courbure à peu près uniforme. Le Preferred Practice Pattern de l’American Academy of Ophthalmology (approuvé le 9 septembre 2022) rappelle que la plus grande part est cornéenne, et que l’on peut aussi mesurer une composante lenticulaire. Dans ce cadre, des verres cylindriques ou toriques compensent le défaut de façon prévisible.
L’astigmatisme irrégulier n’a pas cette géométrie simple. Puissance et axe varient d’un point à l’autre de la cornée. Il survient après une cicatrice, un kératocône, une greffe ou certains traumatismes. Les lunettes corrigent alors mal. Des lentilles rigides, hybrides ou sclérales, qui recouvrent la surface irrégulière d’une face optique plus lisse, deviennent souvent plus utiles. Une topographie cornéenne sert à le distinguer d’un simple cylindre régulier.
On classe aussi le défaut selon l’endroit où se forment les foyers. Il est dit simple myopique ou hypermétropique si un foyer est sur la rétine et l’autre en avant ou en arrière, composé si les deux foyers sont du même côté, mixte si l’un est myopique et l’autre hypermétropique.
L’académie américaine définit un astigmatisme régulier « élevé » à partir de 3,00 dioptries. Ce seuil oriente le clinicien vers une réfraction soigneuse, parfois cycloplégique chez l’enfant, et vers des lentilles si les lunettes ne suffisent pas. Un petit cylindre, autour de 0,50 dioptrie, ne se corrige que s’il produit une gêne, selon StatPearls.
Comment se passe l’examen de la vue
Le diagnostic tient dans un examen oculaire complet avec mesure de la réfraction, pas dans un test unique fait sur un téléphone. MedlinePlus précise que des examens spéciaux ne sont en général pas nécessaires. L’ophtalmologiste (ou, selon les pays, un optométriste) évalue l’acuité, la santé de l’œil et la façon dont la lumière est déviée.
La réfraction combine souvent plusieurs outils. Un autoréfracteur estime le défaut. Un phoroptère, grande monture à disques de verres, permet d’affiner en demandant quelle image est la plus nette. La rétinoscopie reste précieuse chez l’enfant ou la personne qui ne peut pas répondre. Un kératomètre mesure la courbure cornéenne centrale. Une topographie, voire une tomographie, cartographie la surface et l’épaisseur quand on suspecte un kératocône ou qu’on discute d’un laser.
Le National Eye Institute recommande un examen avec dilatation pupillaire. Elle donne accès au fond d’œil et réduit l’accommodation, cette mise au point automatique qui masque parfois le vrai défaut chez le jeune. Chez l’enfant et souvent l’adolescent, une réfraction sous cycloplégie améliore la fiabilité, comme le souligne le document de pratique de l’AAO.
L’ordonnance mentionne en général une sphère (myopie ou hypermétropie), un cylindre (puissance de l’astigmatisme) et un axe en degrés (orientation de cette correction). Un changement d’axe mal toléré, surtout si le cylindre est fort, se discute plutôt que de s’imposer d’un coup. L’académie américaine note que les adultes n’acceptent pas toujours d’emblée la correction cylindrique complète, surtout s’ils n’en ont jamais porté, et que de petites modifications chez une personne sans symptômes ne se justifient pas.
Lunettes, lentilles toriques et orthokératologie
Les lunettes restent le moyen le plus simple et le plus sûr de compenser le défaut, d’après le National Eye Institute. Des verres cylindriques ou sphéro-cylindriques (toriques) dévient la lumière de façon inégale selon les méridiens, pour reformer un foyer unique. Elles corrigent en même temps une myopie ou une hypermétropie, sans remanier la cornée. Selon MedlinePlus, les verres corrigent, ils ne guérissent pas.
Les lentilles de contact peuvent corriger la plupart des astigmatismes. Les souples toriques portent un cylindre et doivent rester orientées sur l’œil. Les rigides perméables au gaz masquent une partie de l’irrégularité cornéenne par le film lacrymal et conviennent souvent mieux aux forts cylindres. L’AAO rappelle que les lentilles journalières jetables, portées le jour seulement, sont le schéma le plus sûr parmi les souples, et que le port de nuit augmente le risque d’infection. La Mayo Clinic lie aussi le port prolongé à une hausse des infections. L’eau du robinet, la douche et la piscine avec des lentilles font partie des habitudes à éviter.
L’orthokératologie utilise des lentilles rigides pendant le sommeil pour aplatir temporairement le centre de la cornée. Aux États-Unis, la FDA a autorisé cette méthode pour une réduction temporaire de jusqu’à 6,00 dioptries de myopie, dans des yeux avec jusqu’à 1,75 dioptrie d’astigmatisme, selon le Preferred Practice Pattern de l’AAO. L’effet s’estompe si le port nocturne s’interrompt. Le même document associe cette modalité à un risque de kératite microbienne comparable aux autres lentilles nocturnes, y compris des cas d’Acanthamoeba liés à l’eau du robinet.
| Option | Ce qu’elle fait | Limites documentées |
|---|---|---|
| Lunettes à verres cylindriques ou toriques | Compensent la courbure inégale et, au besoin, la myopie ou l’hypermétropie | Ne changent pas la forme de l’œil ; la prescription peut évoluer |
| Lentilles souples toriques ou rigides | Créent une surface optique plus régulière au contact de l’œil | Infection plus fréquente si le port se prolonge ou si l’hygiène lâche |
| Orthokératologie nocturne | Aplatit la cornée pendant le sommeil, vision plus nette le jour | Effet réversible ; port nocturne à poursuivre ; kératite possible |
| Chirurgie au laser (LASIK, PKR, LASEK) | Remodèle la cornée pour modifier la réfraction | Sous-correction, halos, sécheresse, rarement perte de vision |
Le choix dépend de l’âge, du sport, de la tolérance et de la régularité de la cornée. Chez l’enfant, les lunettes restent la correction de référence. Un opticien exécute l’ordonnance. Le diagnostic et l’adaptation des lentilles relèvent du parcours que votre ophtalmologiste indique.

Chirurgie réfractive, pour qui et avec quels risques
La chirurgie au laser vise à remodeler la cornée pour que la lumière se focalise mieux, et ainsi réduire le besoin de lunettes ou de lentilles. Elle s’adresse à des adultes dont la correction est stable, après un bilan qui vérifie l’épaisseur cornéenne, la topographie et l’absence de maladie évolutive. Il n’existe pas de technique unique adaptée à tous, insiste la Mayo Clinic. La décision se prend après un examen dédié et une discussion des risques.
Le LASIK crée un volet cornéen, sculpte le stroma au laser excimer, puis replace le volet. La PKR (kératectomie photoréfractive) retire l’épithélium, qui repousse ensuite. Une lentille pansement est souvent portée quelques jours, et la douleur est en général plus marquée qu’après un LASIK. Le LASEK décolle l’épithélium à l’alcool avant le laser. L’extraction lenticulaire par petite incision (SMILE) découpe un lenticule dans la cornée. La fiche grand public de la Mayo Clinic, mise à jour le 30 avril 2025, indique encore qu’aux États-Unis cette procédure n’est approuvée que pour une myopie légère. L’indication réelle dépend du laser, du marquage du dispositif et du pays.
Le NICE britannique, dans la recommandation HTG107 (procédure évaluée en 2006, migrée sans changement de fond), juge la chirurgie photoréfractive sûre et efficace chez des patients bien sélectionnés, à condition d’expliquer les risques et d’auditer les résultats. Dans les séries examinées, 77 % des yeux traités par LASIK pour myopie ou astigmatisme étaient à 0,5 dioptrie de la cible et 91 % à 1,0 dioptrie, entre 3 et 12 mois. Une ectasie cornéenne survenait dans une médiane de 0,2 % des yeux après LASIK (40 cas sur 10 806), souvent après une mauvaise sélection. La kératite microbienne était rapportée dans 0 % à 0,16 % des yeux LASIK. Une revue Cochrane (Li, Kang, Wang et Abariga, 2020) n’a pas trouvé de différence importante, à 12 mois, entre un laser guidé par l’analyse du front d’onde et une technique conventionnelle, avec un niveau de preuve faible.
Les complications possibles, listées par la Mayo Clinic, comprennent la sous-correction ou la surcorrection, des halos ou gerbes lumineuses, la sécheresse, l’infection, une cicatrice cornéenne et, rarement, une perte de vision. Le NICE ajoute que l’opération peut fausser plus tard la mesure de la pression intraoculaire et le calcul d’un implant de cataracte.
La FDA américaine (page de 2018) écarte en pratique le LASIK dans plusieurs situations, à relire avec le chirurgien.
- Aucun laser de LASIK n’est approuvé avant 18 ans, ni en cas de prescription encore instable.
- Grossesse, allaitement ou diabète avec hormones fluctuantes rendent la réfraction peu fiable.
- Maladies auto-immunes, immunodépression et certains médicaments (rétinoïdes, corticoïdes) peuvent retarder la cicatrisation.
- Un kératocône, une cornée trop mince, un œil très sec ou des coups au visage augmentent le risque.
Le diabète, ici, est un facteur de cicatrisation et de stabilité à évaluer, pas une interdiction automatique. Une maladie oculaire ancienne (herpès, uvéite, glaucome) entre aussi dans les précautions. En France, l’ophtalmologiste applique le cadre local. Au Royaume-Uni, le NHS rappelle que le laser de confort n’est en général pas proposé par le service public.
Astigmatisme chez l’enfant et risque d’amblyopie
Chez l’enfant, l’enjeu principal est le développement visuel, pas le confort de lecture à 30 ans. Un astigmatisme non corrigé, surtout s’il est fort ou différent d’un œil à l’autre, peut laisser un œil « paresseux ». Le cerveau n’apprend pas à voir net avec cet œil, même si plus tard on met le bon verre. MedlinePlus nomme cette complication l’amblyopie. Le NHS souligne le même risque lorsqu’un seul œil est atteint, à condition de le repérer tôt.
Les enfants ne se plaignent pas toujours. Ils plissent les yeux, se rapprochent de la télévision, évitent la lecture ou sont décrits comme inattentifs. Ces signes justifient un test. La Mayo Clinic recommande un dépistage dès la période néonatale, aux visites de suivi jusqu’à l’âge scolaire, puis tous les un à deux ans pendant les années d’école.
Aux États-Unis, l’American Academy of Pediatrics, dans un énoncé de 2016 réaffirmé en octobre 2021 et cosigné notamment par l’AAO, demande d’examiner les yeux dès la maternité, d’utiliser si possible un dépistage instrumental entre 12 mois et 3 ans, et de tester l’acuité dès que l’enfant coopère, souvent vers 4 ans. Un enfant qui échoue au test, ou qui ne coopère pas à une deuxième tentative, doit être adressé à un spécialiste formé à la pédiatrie. Le même texte cite une réduction de plus de 50 % du risque d’amblyopie persistante à 7 ans lorsque le dépistage de la petite enfance est régulier.
Ce calendrier américain ne se copie pas tel quel. En France, le suivi passe par le médecin traitant, le pédiatre et l’ophtalmologiste. Il ne faut pas attendre que l’enfant « se plaigne d’être flou ». Les lunettes se portent en général en permanence si le prescripteur le demande. Un fort cylindre peut demander des semaines d’adaptation. Les lentilles et le laser ne sont pas le traitement de première intention de l’amblyopie astigmate.
Kératocône et astigmatisme qui s’aggrave
Un cylindre qui augmente vite, une correction qui ne « tient » plus, une vision qui se déforme malgré des lunettes neuves, ce n’est plus le tableau d’un astigmatisme régulier stable. MedlinePlus indique qu’une aggravation peut signer un kératocône. Le NHS invite aussi à des examens réguliers pour cette raison. Le kératocône amincit et bombe la cornée. L’astigmatisme devient irrégulier, et les verres de lunettes corrigent de moins en moins.
Le diagnostic de kératocône s’appuie sur l’examen à la lampe à fente, la kératométrie et surtout une cartographie cornéenne (topographie ou tomographie), pas sur le seul chiffre de cylindre d’une ancienne ordonnance. Un reflet en ciseaux à la rétinoscopie, une cornée amincie, des changements d’axe répétés alertent le clinicien. La Mayo Clinic, dans sa page sur l’astigmatisme, range déjà le kératocône parmi les facteurs de risque. Le bilan cornéen devient alors le sujet, pas le choix entre deux montures.
Les lentilles rigides, hybrides ou sclérales restaurent souvent une image plus nette en lissant optiquement la surface. Le traitement de la maladie elle-même (stabilisation, éventuellement greffe) n’est pas celui d’un astigmatisme régulier. Si votre vue se déforme en quelques mois, surtout à l’adolescence, demandez un avis cornéen sans attendre le prochain renouvellement « de confort ». Un astigmatisme post-greffe ou post-traumatique suit une autre logique. Dans ces cas, le laser de confort type LASIK est en général contre-indiqué, ce que la FDA range sous la précaution « kératocône ».
Quand l’astigmatisme justifie une consultation
Prenez rendez-vous chez un ophtalmologiste si le flou, les maux de tête visuels ou la gêne nocturne gênent vos activités, ou si une correction déjà portée ne suffit plus. Le NHS conseille aussi de consulter un opticien, dans le système britannique, si vous ou votre enfant n’avez pas eu de test depuis deux ans. En France, c’est l’ophtalmologiste qui pose le diagnostic et rédige l’ordonnance. Le médecin traitant ou le pédiatre oriente en cas de doute, notamment chez l’enfant.
Certains seuils demandent d’accélérer, sans en faire un drame à chaque halo.
- Une déformation visuelle qui s’installe en quelques jours ou semaines n’est pas un astigmatisme « habituel ».
- Une baisse d’un seul œil chez l’enfant, un strabisme ou un reflet pupillaire anormal relèvent d’un avis rapide.
- Des lunettes neuves qui n’améliorent pas, ou plus du tout, doivent faire chercher autre chose qu’un simple cylindre.
Une perte brutale de vision, une douleur oculaire intense, des éclairs, une pluie de points noirs ou un voile qui ampute le champ visuel ne sont pas le langage d’un astigmatisme chronique. Appelez le 15 (SAMU) ou le 112, ou rendez-vous aux urgences. Ces signes orientent vers un décollement de rétine, une occlusion vasculaire, un glaucome aigu ou un traumatisme, pas vers un nouveau verre cylindrique.
Entre les deux, le rythme des contrôles se discute avec le clinicien. Un adulte dont la vue est stable, sans maladie de la cornée ni diabète, n’a pas besoin d’un bilan mensuel. Un enfant en cours de traitement d’amblyopie, un porteur de lentilles de nuit, un patient suivi pour kératocône ou un opéré récent du laser ont un calendrier plus serré. Le prochain geste utile, pour beaucoup de lecteurs, est d’apporter l’ordonnance actuelle et de demander si le cylindre et l’axe correspondent encore à la cornée d’aujourd’hui.
Questions fréquentes
Peut-on vivre sans lunettes avec un astigmatisme léger ?
Oui, si le cylindre est faible et ne provoque ni flou gênant ni fatigue. Le National Eye Institute et MedlinePlus indiquent qu’un astigmatisme minime peut rester sans correction. La décision se prend sur l’acuité et les symptômes, pas sur le seul chiffre d’une machine.
L’astigmatisme disparaît-il tout seul avec l’âge ?
Il peut diminuer dans la première année de vie, puis changer d’axe à l’âge adulte, mais il ne « fond » pas comme une myopie transitoire. Vitale et coll. ont même observé une prévalence plus élevée après 60 ans. Une nouvelle mesure reste plus utile qu’attendre une disparition spontanée.
Faut-il absolument corriger l’astigmatisme d’un enfant ?
Un défaut fort, asymétrique ou déjà lié à une baisse d’un œil se corrige, pour protéger le développement visuel et limiter l’amblyopie. Un tout petit cylindre sans gêne se discute au cas par cas. Le pédiatre ou l’ophtalmologiste tranche selon l’âge et l’acuité, pas selon une règle unique lue en ligne.
Lentilles ou lunettes, que choisir quand on est astigmate ?
Les lunettes sont en général plus sûres et suffisent dans la majorité des astigmatismes réguliers. Les lentilles toriques ou rigides aident si le cylindre est fort, irrégulier, ou si le sport rend la monture peu pratique, à condition d’une hygiène stricte. Le port prolongé augmente le risque d’infection, d’après la Mayo Clinic.
La chirurgie au laser guérit-elle l’astigmatisme pour toujours ?
Elle peut fortement réduire le défaut en remodelant la cornée, sans garantir un résultat à vie ni supprimer tout verre. Une sous-correction, une régression, la presbytie plus tard ou une maladie cornéenne peuvent ramener une correction. La FDA et le NICE demandent d’en peser les risques face à ceux des lunettes et des lentilles.
Un astigmatisme qui augmente rapidement, est-ce grave ?
Une hausse nette, surtout chez l’adolescent ou le jeune adulte, doit faire chercher un kératocône ou une autre maladie de la cornée. MedlinePlus le signale comme un motif d’alerte. Le 15 n’est pas le bon réflexe ici, mais un rendez-vous ophtalmologique avec topographie ne doit pas attendre des années.

Conclusion
L’astigmatisme brouille la mise au point parce que la cornée ou le cristallin n’a pas la même puissance selon les méridiens. Dans la plupart des cas, des verres cylindriques ou des lentilles toriques rendent l’image nette, sans modifier durablement l’œil. Un chiffre isolé sur une ordonnance ne dit ni s’il faut opérer, ni s’il faut s’inquiéter. Comptent la gêne, la stabilité, l’âge et la régularité de la cornée.
Le point qui change la conduite, surtout pour un enfant, n’est pas le nom du laser à la mode. C’est le dépistage d’un défaut capable d’amblyopie, et le port réel de la correction prescrite. Pour un adulte tenté par le LASIK ou la PKR, les documents de la FDA et du NICE (HTG107) insistent sur la sélection, une cornée saine, des attentes chiffrées, et l’acceptation d’une sécheresse ou de halos possibles.
Avant le prochain renouvellement de lunettes, demandez que l’on vous montre le cylindre et l’axe, et si une topographie est utile parce que la correction « ne tient plus ». Si un enfant plisse les yeux, se frotte souvent le visage ou a un œil plus faible, avancez la date plutôt que d’attendre une plainte claire. Une perte brutale de vue ou une douleur intense sort de ce cadre. Dans ce cas, le 15 ou le 112, pas un nouveau verre.
Sources
- Astigmatism | National Eye Institute. National Eye Institute, 4 décembre 2024.
- Astigmatism – Symptoms and causes. Mayo Clinic, 30 avril 2025.
- Astigmatism – Diagnosis and treatment. Mayo Clinic, 30 avril 2025.
- Astigmatism: MedlinePlus Medical Encyclopedia. MedlinePlus, 9 juillet 2024.
- Astigmatism – NHS. National Health Service, 19 septembre 2024.
- Photorefractive (laser) surgery for the correction of refractive errors. National Institute for Health and Care Excellence, 22 mars 2006.
- When is LASIK not for me?. U.S. Food and Drug Administration, 11 juillet 2018.
- Li SM, Kang MT, Wang NL et al. : What are the benefits and risks of wave-front excimer laser refractive surgery for common eye disorders?. Cochrane Database of Systematic Reviews, 18 décembre 2020.
- Vitale S, Ellwein L, Cotch MF et al. : Prevalence of refractive error in the United States, 1999-2004. Archives of Ophthalmology, août 2008.
- Visual System Assessment in Infants, Children, and Young Adults by Pediatricians. Pediatrics, 2016 (réaffirmé en octobre 2021).
- Gurnani B, Kaur K. : Astigmatism – StatPearls. StatPearls, 26 juin 2023.
- Refractive Errors Preferred Practice Pattern. American Academy of Ophthalmology, 9 septembre 2022.
