
L’érythème palmaire est une rougeur symétrique des deux paumes, surtout sur les éminences thénar et hypothénar et parfois jusqu’aux pulpes, due à une dilatation des capillaires superficiels. Le signe lui-même n’est ni douloureux ni prurigineux et n’est pas une maladie à part entière ; il peut être physiologique, notamment pendant la grossesse, ou accompagner une affection sous-jacente, au premier rang desquelles une maladie du foie.
Beaucoup de personnes remarquent d’abord le changement en se lavant les mains. La couleur pâlit à la pression puis revient, sans squames ni cloques. Ce tableau n’est pas exceptionnel. La revue de Serrao, Zirwas et English (2007), encore citée par DermNet NZ, le décrit chez au moins 30 % des femmes enceintes ; DermNet NZ retient une fourchette de 30 à 70 %. Chez les personnes atteintes de cirrhose, la même revue, confirmée en 2022 par Bhandari et Mahajan, estime la fréquence à environ 23 %.
Le médecin s’appuie moins sur la couleur isolée que sur le contexte. L’Association européenne pour l’étude du foie, dans ses recommandations de 2023, rappelle que ce signe et les angiomes stellaires peuvent être habituels chez une femme enceinte. Une fatigue inexpliquée, un ictère, un ventre qui gonfle ou une fièvre prolongée chez un enfant changent la lecture.
Qu’est-ce que l’érythème palmaire
C’est une rougeur persistante des paumes, le plus souvent des deux côtés, liée à une vasodilatation des petits vaisseaux de la peau et non à une infection locale de la main. On l’appelle parfois « paumes du foie » lorsque le contexte hépatique est évident, mais cette étiquette est trompeuse, car le même aspect existe sans aucune maladie du foie.
DermNet NZ le situe surtout au talon de la main, avec une extension possible vers les doigts. Bhandari et Mahajan, dans une revue de 2022 sur la peau et la cirrhose, précisent que la teinte prédomine souvent sur l’éminence hypothénar, et qu’elle peut gagner le dos des mains, le lit unguéal, rarement la plante des pieds. Dans ce dernier cas, on parle d’érythème plantaire, qui n’est pas obligatoire.
Le mécanisme le plus souvent invoqué est hormonal et vasculaire. Un taux d’estradiol mal régulé activerait l’enzyme oxyde nitrique synthase, d’où une production d’oxyde nitrique et une dilatation des capillaires. La revue narrative de Martínez Jiménez (2024) ajoute le facteur de croissance endothélial vasculaire (VEGF) et la substance P comme médiateurs possibles. Ces hypothèses expliquent pourquoi le signe apparaît dans des situations très différentes qui ont en commun une vasodilatation ou un excès d’œstrogènes.
Une paume très colorée n’égale pas automatiquement une cirrhose avancée, et l’absence de rougeur n’écarte pas une maladie du foie. Le Merck Manual (août 2025) rattache le signe, surtout visible sur les éminences, à la cirrhose mais aussi à la grossesse, à l’hyperthyroïdie, à la polyarthrite rhumatoïde, à certains cancers hématologiques et, de façon possible, à une consommation d’alcool chronique. DermNet NZ distingue une forme primaire, sans maladie d’organe, et une forme secondaire, simple marqueur. L’entretien (grossesse, famille, médicaments, signes généraux) pèse plus que la photographie des mains.

Comment reconnaître une rougeur des paumes
Le tableau typique est une coloration rose à rouge, symétrique, sans douleur et sans démangeaison, avec une peau un peu plus chaude au toucher. La teinte pâlit quand on appuie avec un doigt, puis revient en quelques secondes, ce qui traduit un trop-plein de sang dans les capillaires plutôt qu’une tache pigmentaire.
DermNet NZ insiste sur quatre traits stables.
- Les deux mains sont concernées, de façon à peu près symétrique, et non un seul territoire palmaire.
- Il n’y a ni prurit ni douleur, ce qui écarte d’emblée beaucoup d’eczémas des mains.
- Une chaleur légère est possible, sans gonflement inflammatoire des doigts chez l’adulte.
- L’intensité change avec l’émotion, la position de la main, la température et la pression sur la paume.
La revue de 2024 distingue cet aspect d’une rougeur physiologique banale. Dans le second cas, toute la paume rougit, en lien avec la position, la chaleur ou l’appui. L’érythème dont il est question ici privilégie les éminences et les pulpes. Cette différence n’est pas toujours nette sur une peau mate ou foncée. Le NHS, dans sa page sur la cirrhose, note que les « paumes tachetées de rouge » peuvent être plus difficiles à voir sur une peau brune ou noire. La comparaison avec le dos de la main, l’examen à la lumière du jour et la recherche d’autres signes (angiomes stellaires, ictère des conjonctives, ongles pâles) deviennent alors plus utiles que la seule impression de couleur.
Quelques éléments orientent déjà vers une autre affection cutanée. Des squames, des vésicules, des fissures ou un prurit intense évoquent plutôt un eczéma des mains ou un psoriasis palmaire. Une brûlure, un gonflement douloureux des doigts et une fièvre chez un enfant orientent vers la maladie de Kawasaki, abordée plus loin. Une rougeur strictement unilatérale, après un appui prolongé contre un objet chaud, peut mimer le signe (érythème ab igne), piège déjà signalé dans la revue de 2007.
Le signe, à lui seul, ne fait pas le diagnostic d’une maladie interne. Il attire l’attention. La suite dépend de l’âge, d’une grossesse, des médicaments, de la consommation d’alcool, d’un tabagisme et des symptômes associés.
Causes primaires, grossesse et forme héréditaire
Une forme primaire signifie que le médecin ne rattache la rougeur à aucune maladie d’organe après l’examen et, au besoin, quelques analyses. DermNet NZ et la revue de 2007 en retiennent trois cadres. La hérédité. La grossesse. Une forme dite idiopathique, sans cause identifiée, qui reste un diagnostic d’élimination.
La grossesse est le cadre le plus fréquent dans la vie courante. Serrao et coll. (2007) l’observent chez au moins 30 % des femmes enceintes, en lien avec des modifications de la peau et de sa microcirculation. DermNet NZ élargit la fourchette à 30–70 %. Les recommandations EASL de 2023 sur les maladies du foie pendant la grossesse expliquent pourquoi le signe trompe. Le débit cardiaque et le volume plasmatique augmentent, les résistances vasculaires périphériques baissent, l’état est hyperœstrogénique. L’examen peut alors montrer une rougeur des paumes et des angiomes stellaires, deux signes que l’on associe aussi à une maladie chronique du foie. Les prendre pour une cirrhose, sans autre argument, expose à des examens inutiles et à une anxiété injustifiée.
La recommandation FIGO de 2025 sur le foie et la grossesse sépare ce qui est commun aux deux situations et ce qui ne l’est pas. La rougeur palmaire, les angiomes stellaires et une circulation hyperdynamique existent dans la grossesse normale comme dans une hépatopathie. L’ictère, l’astérixis et l’ascite, en revanche, orientent vers une maladie du foie et ne relèvent pas de la physiologie gravidique. Un prurit intense des paumes et des plantes au troisième trimestre, avec un bilan hépatique perturbé, fait plutôt discuter une cholestase gravidique, distincte de l’érythème palmaire isolé et indolore.
Après l’accouchement, la rougeur liée à la grossesse s’atténue en général lorsque les taux d’œstrogènes redescendent. Si elle persiste plusieurs semaines, ou si d’autres signes apparaissent, le médecin traitant reprend le dossier. La forme héréditaire se voit dès l’enfance, souvent dans la famille, sans anomalie du foie ni de la thyroïde. La forme idiopathique n’est retenue que lorsque l’histoire, l’examen et les examens de première ligne n’ont rien montré. Elle peut durer, sans gravité propre, sous réserve d’un nouveau bilan si le tableau change.
Maladies du foie et paumes du foie
Chez l’adulte, la cause secondaire la plus citée reste la maladie chronique du foie, en particulier la cirrhose, quelle qu’en soit l’origine. Environ 23 % des personnes cirrhotiques présenteraient ce signe, chiffre de la revue de 2007 repris par Bhandari et Mahajan en 2022 et par DermNet NZ. Une revue de 2024 évoque aussi un rapport de vraisemblance positif d’environ 3,7 vis-à-vis d’une maladie hépatique. Cela en fait un indice utile, pas une preuve. Beaucoup de cirrhotiques n’ont pas les paumes rouges, et beaucoup de paumes rouges n’ont pas de cirrhose.
Le NICE Clinical Knowledge Summary sur la cirrhose, révisé en février 2024 à partir notamment de la recommandation NICE de 2023, rappelle qu’environ 40 % des personnes cirrhotiques n’ont aucun symptôme de maladie du foie. Le médecin cherche donc le signe dans un faisceau. Hépatosplénomégalie, hippocratisme digital, angiomes stellaires, ongles pâles, fonte musculaire, gynécomastie ou atrophie testiculaire chez l’homme figurent parmi les autres stigmates de maladie chronique. Le NHS décrit des « paumes tachetées de rouge » parmi les signes précoces possibles, à côté de la fatigue, d’un manque d’appétit et de vaisseaux visibles sur la peau. La Mayo Clinic (page révisée le 7 avril 2026) et la Cleveland Clinic (18 juillet 2025) placent aussi la rougeur des paumes dans la liste des symptômes de cirrhose, souvent avant l’ictère et l’ascite, qui marquent plutôt une phase plus avancée.
Bhandari et Mahajan relient le signe, les angiomes stellaires et, chez l’homme, la gynécomastie à un déséquilibre œstrogènes-androgènes. Le même aspect se voit dans d’autres hépatopathies citées par DermNet NZ, notamment la maladie de Wilson et l’hémochromatose. Un alcoolisme chronique peut y contribuer, parfois au-delà du seul dégât hépatique, comme le Merck Manual le laisse ouvert.
Les signes d’alerte ne sont pas la couleur des mains, mais ce qui l’accompagne. Un ictère des yeux ou de la peau, un ventre qui se distend, des œdèmes des jambes, des bleus faciles, un prurit sans éruption, une confusion ou une somnolence inhabituelle, des selles noires ou des vomissements de sang relèvent d’une décompensation possible. Le NHS, pour les personnes déjà diagnostiquées cirrhotiques, demande un avis urgent en cas d’ictère, de ventre ou de jambes gonflés, et une conduite d’urgence en cas de vomissements de sang, de selles très noires ou de confusion brutale. En France, ces situations correspondent à un appel du 15 (SAMU) ou du 112, plutôt qu’à un rendez-vous différé.
La rougeur des paumes n’est donc ni un test de dépistage ni un thermomètre de gravité. C’est un signe d’examen, à relier à l’alcool, aux hépatites virales, à la stéatose métabolique, aux maladies auto-immunes du foie et aux surcharges en fer ou en cuivre. Le médecin traitant, puis éventuellement un hépato-gastro-entérologue, choisissent les analyses et l’imagerie selon la pratique locale.
Thyroïde, diabète, polyarthrite et médicaments
Hors du foie, plusieurs affections internes et quelques médicaments reproduisent le même aspect. La revue de 2007, reprise par DermNet NZ, donne des ordres de grandeur. Jusqu’à 18 % des personnes en thyrotoxicose. Environ 4,1 % des personnes diabétiques (DermNet NZ arrondit à 4 %). Plus de 60 % des personnes atteintes de polyarthrite rhumatoïde, avec, dans les observations anciennes, une association à un pronostic articulaire plutôt plus favorable. Ces pourcentages sont des observations de long terme, pas des taux français actualisés année par année. Ils suffisent à montrer que chercher uniquement le foie est une erreur.
La thyrotoxicose accélère le métabolisme et s’accompagne souvent d’une peau chaude, de tremblements et de palpitations. C’est la revue dermatologique de 2007 qui en fait un signe palmaire possible. Un TSH bas avec des hormones thyroïdiennes élevées justifie un avis médical, que les paumes soient rouges ou non. Le diabète donne plus rarement ce signe que d’autres manifestations cutanées mieux connues. Serrao et coll. notent toutefois que 4,1 % dépasse déjà la fréquence de la nécrobiose lipoïdique (environ 0,6 % dans leur comparaison).
La polyarthrite rhumatoïde occupe une place à part par sa fréquence. Des paumes rouges chez une personne qui a des articulations gonflées, une raideur matinale et une fatigue doivent faire penser au rhumatisme autant qu’au foie. Le Merck Manual (2025) range d’ailleurs la polyarthrite à côté de la cirrhose dans la liste des causes du signe.
Les médicaments se répartissent en deux groupes dans DermNet NZ.
- Avec un foie qui fonctionne normalement, le topiramate et le salbutamol ont été impliqués dans des observations publiées.
- En cas d’insuffisance hépatique, l’amiodarone, la colestyramine et le gemfibrozil sont les molécules le plus souvent citées.
- Si un médicament est suspecté, son arrêt se discute avec le prescripteur, jamais seul pour un antiarythmique ou un antiépileptique.
- Le tabagisme et, plus rarement, une intoxication chronique au mercure figurent parmi les causes environnementales.
Un cancer cérébral primitif ou métastatique a été associé au signe dans environ 15 % des cas dans la revue de 2007. Ce chiffre ancien n’autorise pas à conclure à une tumeur devant des paumes rouges isolées. Infections, dermatite atopique et bronchopneumopathie chronique obstructive figurent aussi chez DermNet NZ. Le bon réflexe est de faire relire les mains par un médecin qui connaît le reste du dossier.
Chez l’enfant, maladie de Kawasaki et autres causes
Chez l’enfant, une rougeur des paumes n’a pas le même poids que chez l’adulte cirrhotique. DermNet NZ place en tête la forme héréditaire, les intoxications, la maladie de Kawasaki, la syphilis congénitale, la maladie de Wilson et l’hypertension hépatopulmonaire. En pratique de ville, le scénario qui ne doit pas attendre est la fièvre prolongée avec des extrémités rouges et gonflées.
La mise à jour 2024 de l’American Heart Association sur la maladie de Kawasaki confirme que les critères diagnostiques n’ont pas changé depuis l’énoncé de 2017. Le diagnostic reste clinique. Fièvre, adénopathie cervicale souvent unilatérale, éruption, conjonctivite bilatérale sans sécrétion, œdème et érythème des mains et des pieds, langue framboisée et lèvres fissurées. En présence d’au moins quatre de ces signes principaux, le diagnostic de forme complète peut être porté dès quatre jours de fièvre. Sans traitement, environ 25 % des enfants développent une dilatation ou un anévrisme coronaire. Traiter dans les dix jours après le début de la fièvre, idéalement vers le quatrième ou cinquième jour dans les formes complètes, réduit ce risque.
Le traitement se fait à l’hôpital, avec des immunoglobulines par voie veineuse et de l’aspirine prescrite par l’équipe. L’aspirine n’est pas un médicament d’automédication chez l’enfant. En France, une fièvre de plusieurs jours avec des extrémités rouges et gonflées justifie un avis urgent, au besoin via le 15 ou le 112, plutôt qu’une crème sur les paumes.
Les autres causes pédiatriques de la liste DermNet NZ (syphilis congénitale, maladie de Wilson, intoxication) sont plus rares mais graves lorsqu’elles existent. La forme héréditaire, indolore et familiale, rassure davantage, à condition que l’enfant soit examiné au moins une fois. Un nourrisson fébrile sans les quatre critères complets peut malgré tout avoir une forme incomplète de Kawasaki. L’AHA 2024 insiste sur le diagnostic précoce dans cette tranche d’âge, où le risque coronaire est plus élevé.

Quels examens pour chercher une cause
Le diagnostic du signe lui-même est clinique. On regarde les deux paumes, on appuie, on compare au dos de la main, on cherche d’autres stigmates. Les examens servent à classer la rougeur en primaire ou secondaire, pas à confirmer une couleur.
DermNet NZ propose, pour tout patient qui consulte pour ce motif, un socle commun.
- Une histoire complète et un examen physique, y compris médicaments, alcool, grossesse et antécédents familiaux.
- Une numération formule sanguine, un bilan hépatique et un dosage de l’urée et de la créatinine.
- Des sérologies des hépatites B et C, une ferritine, une glycémie à jeun et une TSH.
- Une radiographie thoracique, puis des tests ciblés seulement s’il existe un signe d’appel.
Ce socle couvre le foie, le fer, le sucre, la thyroïde, une anémie ou une inflammation. Il n’est pas un protocole français officiel ; le médecin traitant l’adapte. Selon le contexte, d’autres tests deviennent utiles. Céruléoplasmine si l’on évoque une maladie de Wilson. Albumine pour le retentissement nutritionnel et hépatique. Facteur rhumatoïde et anticorps anti-CCP s’il existe un rhumatisme. Anticorps antinucléaires, SSA, SSB s’il existe un tableau de connectivite. Imagerie cérébrale ou scanner thoraco-abdomino-pelvien seulement si des signes d’appel le justifient. Une biopsie de moelle n’est pas un examen de débrouillage. DermNet NZ la cite parmi les options ciblées, pas parmi le bilan de tout le monde.
Pendant la grossesse, EASL 2023 et FIGO 2025 rappellent que les normes biologiques bougent. Un bilan un peu perturbé ne suffit pas à parler de cirrhose. L’échographie est l’imagerie de première ligne si les tests hépatiques le demandent. Si tout revient normal, le diagnostic d’érythème idiopathique ou héréditaire devient raisonnable, sous réserve de rouvrir le dossier si le tableau change.
Quand consulter pour une rougeur des paumes
Une rougeur des deux paumes, isolée, indolore, chez une personne par ailleurs bien portante, n’est pas une urgence, mais elle mérite un avis du médecin traitant si elle s’installe ou si vous n’en connaissez pas la cause. Le but de la consultation n’est pas de blanchir les mains, c’est d’écarter une maladie qui, elle, a un traitement.
Un rendez-vous s’impose en présence des symptômes de cirrhose décrits par la Mayo Clinic, dont la rougeur des paumes. Le NHS demande un médecin si l’on pense à une cirrhose, et un recours urgent si, chez une personne déjà cirrhotique, apparaissent un ictère, un essoufflement ou un gonflement du ventre et des jambes. Chez l’enfant, l’AHA 2024 fait de la fièvre de plusieurs jours avec des extrémités rouges un motif d’évaluation rapide.
Le tableau suivant résume une conduite possible, à adapter avec le professionnel qui vous connaît. Les numéros 15 et 112 sont ceux de l’aide médicale urgente en France.
| Situation | Orientation |
|---|---|
| Paumes rouges des deux côtés, sans autre signe, grossesse connue | Rendez-vous avec le médecin traitant ou la sage-femme |
| Paumes rouges et fatigue, amaigrissement ou angiomes stellaires | Consultation médicale pour un bilan, notamment hépatique |
| Paumes rouges et douleurs articulaires ou palpitations | Consultation pour chercher un rhumatisme ou une thyroïde |
| Enfant fébrile depuis 4 à 5 jours, mains ou pieds rouges et gonflés | Avis urgent, au besoin en appelant le 15 ou le 112 |
| Ictère, ventre gonflé, vomissements de sang, selles noires, confusion | Appel immédiat du 15 ou du 112 |
| Rougeur apparue après un nouveau médicament | Avis du prescripteur avant tout arrêt de traitement |
Une femme enceinte avec des paumes roses, sans prurit, sans ictère et avec un suivi obstétrical normal n’a généralement pas besoin d’un bilan de cirrhose. La même femme, avec un prurit des paumes et des plantes au troisième trimestre, doit signaler le symptôme sans attendre, car la question n’est alors plus l’érythème palmaire mais une possible cholestase. Un adulte qui boit beaucoup d’alcool, qui a eu une hépatite ou qui vit avec un diabète et un surpoids a davantage intérêt à parler de ses paumes rouges, parce que le signe s’inscrit dans un risque hépatique déjà présent.
Un signe ancien, familial et isolé n’impose pas une consultation répétée. Un tableau nouveau, douloureux, fébrile ou accompagné d’un signe du tableau ci-dessus justifie un avis, pour ne pas retarder une maladie de Kawasaki ou une décompensation hépatique.
Que peut-on faire pour traiter cette rougeur
Il n’existe pas de crème, de laser ou de vitamine dont l’efficacité sur l’érythème palmaire primaire soit établie dans les sources de synthèse. DermNet NZ est net. Aucun traitement n’est indiqué pour la forme primaire. Si un médicament est suspecté, on discute son arrêt. Si une maladie sous-jacente est traitée, la rougeur peut s’atténuer, sans garantie.
Enduire les paumes de dermocorticoïdes « au cas où » amincit la peau sans traiter une cirrhose ou une thyrotoxicose. Une crème hydratante n’a d’intérêt que s’il coexiste un eczéma. Le levier utile est la cause (hépatite C, thyroïde, polyarthrite, alcool, diabète). Les textes de la Mayo Clinic et de la Cleveland Clinic rappellent, à propos de la cirrhose, que la cicatrice du foie ne s’efface en général pas, mais que traiter la cause peut ralentir l’évolution. Martínez Jiménez (2024) note que les signes cutanés vasculaires n’ont pas de traitement propre et qu’ils peuvent régresser si la maladie hépatique s’améliore, sans que cela soit promis pour toutes les paumes.
Les DCI citées plus haut (topiramate, salbutamol, amiodarone, colestyramine, gemfibrozil) ne s’interrompent pas sans le prescripteur, qui pèse le risque de la maladie traitée contre un signe indolore. En attendant le rendez-vous, noter la date d’apparition, les médicaments, une grossesse, l’alcool, un prurit ou une fièvre aide plus qu’une photographie floue. Rien de cela ne remplace la consultation lorsque les signes d’alerte du tableau précédent sont présents.
Comment le distinguer d’autres rougeurs des mains
Tout rouge palmaire n’est pas un érythème palmaire. Le piège le plus fréquent est l’eczéma des mains, très prurigineux, souvent fissuré, parfois vésiculeux. DermNet NZ cite d’ailleurs la dermatite atopique parmi les causes secondaires, ce qui montre le chevauchement. Si vous vous grattez au point de vous réveiller la nuit, le diagnostic de premier abord n’est pas un érythème palmaire isolé.
Le syndrome main-pied des chimiothérapies associe rougeur, douleur, parfois desquamation, chez une personne qui reçoit certains anticancéreux. Ce n’est pas le signe indolore décrit par Serrao et coll. L’érythromélalgie, citée par le Merck Manual, donne des accès de rougeur douloureuse et chaude, souvent déclenchés par la chaleur. Un psoriasis palmaire laisse des squames et des pustules. Une infection locale occupe un seul territoire et fait mal.
La syphilis secondaire et, chez l’enfant, certaines éruptions virales peuvent toucher les paumes dans un tableau fébrile. La revue de 2007 mentionne aussi la syphilis gestationnelle précoce et la myélopathie liée au HTLV-1. Ces diagnostics appartiennent au médecin.
Les angiomes stellaires sont de petits points rouges d’où partent des vaisseaux, qui se remplissent du centre vers la périphérie après pression. Martínez Jiménez (2024) les situe surtout dans le territoire de la veine cave supérieure et cite une prévalence d’environ 33 % dans la maladie du foie, contre 10 à 15 % chez des personnes en bonne santé. Leur coexistence avec des paumes rouges chez un adulte non enceinte augmente la suspicion d’hépatopathie, sans la prouver. Chez la femme enceinte, EASL 2023 les considère, comme la rougeur palmaire, comme potentiellement physiologiques. Le dermatologue tranche si le doute persiste entre une dermatose des mains et un signe vasculaire.
Questions fréquentes
L’érythème palmaire est-il toujours un signe de cirrhose ?
Non. Seulement environ 23 % des personnes cirrhotiques l’ont, d’après la revue de 2007 encore citée en 2022, et le signe se voit aussi dans la grossesse, la polyarthrite, la thyrotoxicose ou sans cause. Il oriente, il ne conclut pas. Le médecin le lit avec le reste de l’examen, les analyses et, au besoin, une imagerie du foie.
Les paumes rouges pendant la grossesse sont-elles dangereuses ?
Le plus souvent, non, lorsqu’elles sont indolores et isolées. EASL 2023 et FIGO 2025 les classent parmi les signes qui existent aussi dans une grossesse normale. Un prurit intense, un ictère, des douleurs ou un bilan hépatique anormal changent la conduite et doivent être signalés sans attendre au professionnel qui suit la grossesse.
Une crème peut-elle faire passer la rougeur des paumes ?
Aucune crème n’a d’efficacité démontrée sur la forme primaire dans les synthèses de DermNet NZ. Traiter une maladie sous-jacente peut atténuer la couleur, sans certitude. Les dermocorticoïdes se discutent seulement s’il existe un eczéma associé, ce qui est un autre problème.
La rougeur peut-elle ne toucher qu’une seule main ?
Le tableau classique est bilatéral et à peu près symétrique. Une atteinte strictement unilatérale, douloureuse ou squameuse fait chercher autre chose, par exemple un eczéma, une brûlure, un érythème ab igne ou une infection locale. Montrez les deux faces des deux mains au médecin.
Faut-il arrêter un médicament si les paumes deviennent rouges ?
Pas de vous-même. DermNet NZ et Serrao et coll. citent surtout le topiramate et le salbutamol si le foie est normal, l’amiodarone, la colestyramine et le gemfibrozil s’il est altéré. L’arrêt, s’il a un sens, se décide avec le prescripteur, car ces molécules traitent des maladies qui ne se mettent pas en pause.
Un enfant avec les paumes rouges mais sans fièvre doit-il aller aux urgences ?
Si l’enfant n’a pas de fièvre, joue, mange, et que la rougeur est ancienne ou familiale, un rendez-vous non urgent avec le médecin suffit en général. Une fièvre de plusieurs jours, un gonflement douloureux des mains ou des pieds, des lèvres fissurées ou des yeux très rouges imposent un avis rapide, au besoin via le 15 ou le 112, à cause de la maladie de Kawasaki.

Conclusion
Des paumes plus roses, des deux côtés, sans démangeaison ni douleur, disent d’abord que les capillaires de la main sont dilatés. Chez une femme enceinte, les recommandations EASL de 2023 et FIGO de 2025 invitent à y voir, tant que le reste va bien, un signe physiologique possible, et non la preuve d’une cirrhose. Chez un adulte, le même aspect justifie de reparcourir le foie, la thyroïde, le sucre, les articulations et la liste des médicaments, parce qu’environ 23 % des cirrhotiques et plus de 60 % des personnes polyarthritiques, dans les synthèses de référence, portent ce signe.
Le geste utile n’est pas d’acheter une crème. C’est de noter depuis quand les paumes ont changé, si la grossesse, l’alcool, un traitement récent ou une fièvre s’y ajoutent, puis d’en parler au médecin traitant. Si un ictère, un ventre gonflé, une confusion, un saignement digestif ou, chez un enfant, une fièvre de plusieurs jours avec des extrémités rouges et tuméfiées apparaissent, le 15 ou le 112 prend le relais. La couleur des mains n’est alors plus un détail de peau, c’est un signal pour soigner autre chose, plus pressé.
Sources
- Palmar erythema. DermNet NZ, septembre 2015.
- Serrao R, Zirwas M, English JC : Palmar erythema. American Journal of Clinical Dermatology, 2007.
- Bhandari A, Mahajan R : Skin Changes in Cirrhosis. Journal of Clinical and Experimental Hepatology, 28 décembre 2021.
- Martínez Jiménez S : Cutaneous Manifestations of Liver Disease: A Narrative Review. Cureus, 27 septembre 2024.
- Cirrhosis – Symptoms and causes. Mayo Clinic, 7 avril 2026.
- Cirrhosis of the Liver. Cleveland Clinic, 18 juillet 2025.
- Evaluation of the Patient With a Liver Disorder. Merck Manual Professional Edition, août 2025.
- Cirrhosis: When should I suspect a diagnosis of cirrhosis?. National Institute for Health and Care Excellence, février 2024.
- EASL Clinical Practice Guidelines on the management of liver diseases in pregnancy. Journal of Hepatology, 30 juin 2023.
- Nana M, Medina V, Maxwell C et al. : FIGO guideline on liver disease and pregnancy. International Journal of Gynaecology and Obstetrics, 29 avril 2025.
- Cirrhosis – NHS. National Health Service, 2026.
- Jone PN, Tremoulet A, Choueiter N et al. : Update on Diagnosis and Management of Kawasaki Disease: A Scientific Statement From the American Heart Association. Circulation, 13 novembre 2024.
