
Une fissure anale est une déchirure de la muqueuse qui tapisse le canal anal, le plus souvent après le passage de selles dures ou un effort de poussée. Elle provoque une douleur vive pendant et après la selle, parfois du sang rouge vif sur le papier ou à la surface des selles.
Beaucoup de personnes décrivent une sensation de coupure, comme si l’on « passait du verre », puis une brûlure qui peut durer plusieurs heures. Ce spasme du sphincter interne réduit l’apport de sang à la plaie et explique pourquoi une petite déchirure reste douloureuse bien après l’évacuation, selon les recommandations 2023 de l’American Society of Colon and Rectal Surgeons.
Près de la moitié des fissures aiguës s’améliorent avec des bains de siège et des fibres. Pour une lésion chronique, le trinitrate de glycéryle cicatrise environ 50 % des cas, au prix de maux de tête fréquents. Les inhibiteurs calciques topiques ont une efficacité comparable avec moins d’effets indésirables. La sphinctérotomie latérale interne atteint 88 à 100 % de cicatrisation chez des patients sélectionnés, avec un risque d’incontinence.
Qu’est-ce qu’une fissure anale ?
C’est une déchirure linéaire de l’anoderme, la peau fine du bas du canal anal, qui s’étend en général de la ligne pectinée vers la marge. La lésion est bénigne, mais la région est riche en terminaisons nerveuses, ce qui rend la douleur disproportionnée par rapport à la taille de la plaie.
Deux anneaux musculaires ferment l’anus. Le sphincter externe obéit à la volonté. Le sphincter interne reste en tension permanente. Quand cette tension s’emballe après une déchirure, le spasme comprime les petits vaisseaux de la paroi postérieure, déjà moins bien irriguée. Le manuel Merck décrit ce cercle douleur, spasme et ischémie, qui empêche la cicatrisation et transforme une plaie récente en ulcération persistante.
Les sociétés savantes ne datent pas toutes la chronicité de la même façon. L’ASCRS et l’Association of Coloproctology of Great Britain and Ireland (ACPGBI) parlent de fissure aiguë avant six semaines. La Mayo Clinic et la Cleveland Clinic parlent de fissure chronique au-delà de huit semaines. Une plaie récente ressemble à une coupure nette. Une lésion ancienne a des bords épaissis, des fibres du sphincter interne visibles au fond, parfois une marisque (petit repli de peau) à l’extérieur et une papille hypertrophique à l’intérieur.
Les données de population restent rares, l’ASCRS le souligne encore en 2023. Une cohorte américaine de 1 243 cas, suivie entre 2005 et 2011 et publiée en 2014 par Mapel et coll., a estimé l’incidence annuelle à 1,1 cas pour 1 000 personnes-années, soit un risque cumulé de l’ordre de 7,8 % sur une vie. Ce chiffre, encore cité par l’ACPGBI en 2023, décrit des consultations codées. La Cleveland Clinic indique qu’environ la moitié des personnes concernées ont moins de 40 ans. L’ACPGBI situe le pic entre 15 et 40 ans.

Quels symptômes reconnaît-on le plus souvent ?
Le tableau le plus évocateur est une douleur vive à la selle, suivie d’une brûlure ou d’un élancement qui peut durer des minutes à plusieurs heures. Un peu de sang rouge vif apparaît souvent sur le papier, dans la cuvette ou à la surface des selles, sans que celles-ci soient mêlées de sang sombre.
La Mayo Clinic liste aussi une craquelure visible autour de l’anus et une petite excroissance cutanée près de la plaie. Certaines personnes décrivent des démangeaisons, un spasme du sphincter, une douleur qui irradie vers les fesses, les cuisses ou le bas du dos. Entre deux selles, la gêne peut s’estomper, ce qui n’empêche pas d’appréhender le prochain passage aux toilettes.
Cette peur a des conséquences concrètes. En évitant d’aller à la selle, on laisse les matières se durcir. MedlinePlus insiste sur ce piège. Des selles plus dures rouvrent la plaie et relancent le spasme. La constipation n’est donc pas seulement une cause possible, elle devient aussi une conséquence de la douleur.
Les signes suivants orientent davantage vers une fissure que vers un autre problème anorectal.
- Une douleur en coup de rasoir au passage des selles, puis une brûlure qui se prolonge, correspond au rythme décrit par les encyclopédies cliniques.
- Un saignement rouge vif limité au papier ou à la surface des selles, sans caillots massifs, accompagne souvent cette douleur.
- Un petit capuchon de peau à l’entrée de l’anus, appelé marisque sentinelle, apparaît surtout quand la lésion s’installe dans la durée.
- Un spasme douloureux qui rend l’examen difficile est fréquent et n’empêche pas le médecin de poser le diagnostic à l’inspection.
D’autres manifestations ne font pas partie du tableau habituel. Les troubles urinaires n’apparaissent pas dans les pages Mayo, Cleveland, Merck ou MedlinePlus. Une douleur constante, une fièvre, un écoulement de pus ou un gonflement unilatéral évoquent plutôt un abcès. Un saignement abondant, des selles noires ou un malaise imposent un avis urgent.
Quelles causes expliquent une fissure anale ?
Le mécanisme de départ est presque toujours un traumatisme mécanique de l’anoderme. Des selles volumineuses ou dures, des efforts de poussée, une constipation chronique ou, à l’inverse, une diarrhée prolongée étirent et fendent cette muqueuse fragile. La Mayo Clinic ajoute les rapports anaux et l’accouchement parmi les causes fréquentes.
Moins souvent, la déchirure révèle une autre maladie. La maladie de Crohn et les autres maladies inflammatoires de l’intestin fragilisent la paroi. Le cancer anal, le VIH, la tuberculose et la syphilis figurent parmi les causes rares listées par la Mayo Clinic. Une fissure latérale, multiple, indolore ou qui ne cicatrise pas malgré des soins adaptés doit faire chercher ces affections, rappelle l’ASCRS.
La localisation aide. Environ 73 % des lésions siègent sur la ligne médiane postérieure. Elles sont antérieures chez 13 % des femmes et 8 % des hommes. Les deux sièges coexistent dans 2,6 % des cas, d’après les chiffres repris par l’ASCRS en 2023. Cette prédominance postérieure s’explique en partie par une irrigation plus faible de cette commissure. Quand le sphincter interne se contracte trop, le flux artériel chute encore et la plaie stagne.
Plusieurs facteurs augmentent le risque sans créer à eux seuls la déchirure.
- La constipation et la poussée prolongée étirent l’anoderme et relancent la douleur après chaque selle.
- Un accouchement récent, surtout par voie basse, expose davantage les femmes, même lorsque le tonus sphinctérien a baissé.
- La maladie de Crohn rend la muqueuse plus vulnérable et favorise des lésions atypiques, hors de la ligne médiane.
- L’âge n’épargne personne, mais les nourrissons et les adultes d’âge moyen sont les plus souvent concernés, selon la Mayo Clinic.
Mapel et coll. ont aussi observé plus de constipation chronique, d’hypothyroïdie et d’obésité chez les personnes avec une fissure que chez des témoins appariés. Ces associations décrivent un terrain. Le médecin traitant cherchera d’abord une constipation ou une diarrhée, avant d’élargir le bilan.
Fissure anale ou hémorroïdes, comment les distinguer ?
Les deux affections se confondent facilement, car elles saignent en rouge vif et gênent après un effort de poussée. La Cleveland Clinic rappelle pourtant une différence utile. Les hémorroïdes ne font pas toujours mal. Environ 90 % des fissures, elles, sont douloureuses. La douleur d’une fissure survient par épisodes, rythmée par la selle. Celle d’une hémorroïde thrombosée peut être continue, avec une boule sensible à l’extérieur.
Le sang d’une fissure apparaît surtout à l’essuyage. Les hémorroïdes internes saignent souvent sans douleur, parfois en gouttes dans la cuvette. Un prolapsus, un suintement muqueux ou une irritation cutanée orientent vers la maladie hémorroïdaire. Rien de tout cela n’exclut une fissure associée. Les deux peuvent coexister.
Cette confusion a un coût. Un diagnostic tardif laisse une plaie aiguë devenir chronique, plus difficile à cicatriser. L’ASCRS insiste aussi sur le risque inverse. Attribuer à des hémorroïdes un saignement ou une ulcération atypique peut masquer une infection, une maladie inflammatoire ou, plus rarement, un cancer. Toute lésion hors de la ligne médiane, multiple, indolore ou rebelle aux soins justifie un examen plus poussé.
Le vocabulaire quotidien n’aide pas. Beaucoup de gens parlent d’hémorroïdes pour toute douleur anale. Le médecin distingue à l’inspection une fente de l’anoderme d’un paquet veineux. Si l’examen est trop douloureux, l’histoire clinique suffit souvent à orienter.
Comment le diagnostic est-il posé ?
Dans la grande majorité des cas, l’interrogatoire et l’inspection de la marge anale suffisent. Le médecin écarte doucement les fesses, avec un bon éclairage. La fissure apparaît comme une fente, le plus souvent postérieure. Merck précise que l’examen doit rester doux, mais assez ample pour voir la marge. Un toucher rectal ou une anuscopie en pleine crise est souvent trop douloureux et n’est pas obligatoire si la lésion est visible.
La Cleveland Clinic décrit une attitude pragmatique. Si l’écartement des fesses est déjà insupportable, le clinicien peut s’arrêter là et traiter comme une fissure, plutôt que forcer un geste. Lorsque l’examen est possible, il cherche la plaie, un spasme, une marisque, des fibres musculaires exposées. Une fissure sur le côté, plutôt qu’à l’avant ou à l’arrière, fait suspecter une autre maladie, notamment une maladie de Crohn.
Des examens complémentaires interviennent si le tableau est atypique, si le patient a plus de 45 ans, s’il existe des facteurs de risque de cancer colorectal, ou si d’autres symptômes digestifs s’ajoutent. La Mayo Clinic mentionne l’anuscopie, la sigmoïdoscopie souple chez les plus jeunes à faible risque, et la coloscopie lorsque l’âge ou les antécédents l’exigent. Ces seuils sont américains. En France, le gastro-entérologue ou le proctologue applique les indications locales.
L’ACPGBI 2023 parle de cicatrisation clinique lorsque les symptômes ont disparu, même si une trace reste visible. Une récidive suppose au contraire une disparition franche, puis le retour des signes. Cette distinction évite d’enchaîner les traitements chez une personne déjà soulagée.
Que faire à la maison pour soulager la douleur ?
L’objectif immédiat est de rendre les selles molles, d’éviter la poussée et de détendre le sphincter. L’ASCRS recommande ces mesures en première ligne pour une fissure aiguë (recommandation 1B). Près de la moitié des patients voient alors leurs symptômes s’estomper. Un essai encore cité par cette société a montré que bains de siège et son de blé soulageaient la douleur plus souvent que la lidocaïne ou l’hydrocortisone topiques (91 % contre 60 % et 68 %).
La Mayo Clinic propose d’atteindre environ 25 à 35 g de fibres par jour, via les fruits, les légumes, les céréales complètes ou un complément, en augmentant progressivement pour limiter gaz et ballonnements. L’ACPGBI vise au moins 30 g. Ces cibles sont américaines et britanniques. Le médecin ou le pharmacien français indiquera la quantité adaptée à votre transit. Un laxatif émollient ou du psyllium peut s’ajouter si les selles restent dures, avec une hydratation suffisante.
Les bains de siège tièdes, et non brûlants, occupent une place centrale. Merck conseille 10 à 15 minutes après chaque selle. La Mayo Clinic parle de 10 à 20 minutes, plusieurs fois par jour. Un bassin peu profond qui baigne l’anus suffit. L’ACPGBI reconnaît que la preuve sur la cicatrisation à long terme est plus faible que celle sur le confort, mais le geste reste sûr.
D’autres habitudes réduisent le traumatisme local.
- Ne pas retenir une envie de selle, car l’attente durcit les matières et rouvre la plaie.
- Éviter de rester longtemps assis sur la cuvette et de pousser avec force.
- S’essuyer avec un papier doux, une lingette sans alcool, un bidet ou une douche.
- De la vaseline ou un oxyde de zinc, cités par MedlinePlus et Merck, peut protéger la peau.
- Un anesthésique local (lidocaïne) soulage parfois le passage, sans remplacer les fibres ni les bains.
Le paracétamol ou l’ibuprofène peuvent calmer la brûlure, selon la page Mayo Clinic sur la douleur anale, sous réserve des contre-indications habituelles. Les opioïdes constipent et risquent d’aggraver la lésion, rappelle la Cleveland Clinic. Pour un nourrisson, MedlinePlus insiste sur des changes fréquents et un nettoyage doux, après avis du pédiatre.
Pommades, inhibiteurs calciques et toxine botulique
Lorsque la douleur persiste ou que la plaie ne se ferme pas, le traitement vise à relâcher le sphincter interne et à rétablir le flux sanguin. Trois familles reviennent dans les revues. Aucune n’égale la chirurgie sur le taux de cicatrisation d’une fissure chronique de l’adulte, mais aucune n’entraîne, dans les essais, le risque d’incontinence associé à la section musculaire.
Le trinitrate de glycéryle en pommade dilate les vaisseaux et détend le muscle. Une méta-analyse Cochrane portant sur 75 essais et 5 031 participants a trouvé une cicatrisation de 48,9 % sous dérivé nitré contre 35,5 % sous placebo. Les récidives tardives concernaient environ la moitié des personnes d’abord cicatrisées. L’ASCRS 2023 retient un ordre de grandeur voisin, autour de 50 %. Les maux de tête touchent au moins 30 % des patients et interrompent le traitement chez jusqu’à 20 % d’entre eux. Augmenter la concentration (0,1 %, 0,2 %, 0,4 %) augmente les céphalées sans améliorer clairement la cicatrisation.
Les inhibiteurs calciques topiques, diltiazem ou nifédipine, ont une efficacité comparable et moins de céphalées. C’est l’un des changements nets de la recommandation ASCRS 2023 par rapport au texte de 2017. Ces molécules peuvent être utilisées d’emblée. Une revue de 2013 et une méta-analyse de 2020, reprises dans ce guide, montrent moins de maux de tête sous diltiazem que sous trinitrate, sans différence de cicatrisation. La voie cutanée est préférée. Un essai a observé 73,3 % de cicatrisation en topique contre 49,5 % par la bouche, et moins d’effets généraux (4,3 % contre 38 %).
Les doses citées par le manuel Merck (révision de janvier 2025) sont une pommade de nitroglycérine à 0,2 %, une crème de nifédipine à 0,2 % et un gel de diltiazem à 2 %. L’ACPGBI 2023 propose, pour une fissure chronique, soit du trinitrate de glycéryle à 0,4 %, soit du diltiazem à 2 %, pendant deux mois. Ces schémas sont américains et britanniques. En France, le médecin ou le pharmacien choisit la spécialité disponible, éventuellement une préparation magistrale, selon la recommandation locale.
La toxine botulique injectée dans le sphincter interne bloque transitoirement la contraction, pour environ trois mois d’après la Cleveland Clinic. L’ASCRS la place au même niveau que les topiques en première ligne, avec un gain modeste après échec d’une pommade. Les taux de cicatrisation des méta-analyses s’étalent de 33 % à 96 %. Une incontinence transitoire concerne environ 5 % des patients dans une analyse de 1 577 cas. L’ACPGBI penche pour les plus faibles doses et une injection unique.
Un corticostéroïde local n’est pas le traitement de fond. L’essai déjà cité plaçait l’hydrocortisone derrière les bains et les fibres. MedlinePlus mentionne encore une crème à 1 % parmi des produits calmants. Cela ne remplace pas un myorelaxant sphinctérien lorsque la plaie s’installe.

Quand une opération est-elle discutée ?
La chirurgie entre en jeu si la fissure chronique résiste aux soins, si elle récidive, ou si la douleur reste invalidante. La technique de référence anglo-saxonne est la sphinctérotomie latérale interne. Le chirurgien sectionne une petite partie du sphincter interne, ce qui casse le spasme de façon durable. Ce n’est pas une ablation du muscle. La Mayo Clinic souligne que l’opération est nettement plus efficace que tout traitement médical pour une fissure chronique, au prix d’un risque d’incontinence.
L’ASCRS 2023, sur des essais randomisés, situe la cicatrisation entre 88 % et 100 %, et l’incontinence entre 8 % et 30 % selon la durée de suivi, jusqu’à six ans. Elle peut être proposée d’emblée à un patient sans incontinence de base, surtout si les symptômes durent depuis plus d’un an. En sont écartés en première intention les femmes avec un antécédent de déchirure obstétricale, les personnes avec une maladie inflammatoire, celles déjà opérées de la région anale, et celles qui ont une lésion sphinctérienne documentée. Une sphinctérotomie limitée à la hauteur de la fissure cicatrise aussi souvent (95 à 100 %) avec moins d’incontinence qu’une section poussée jusqu’à la ligne pectinée. Un essai a observé 11 % d’incontinence dans le groupe classique contre 2 % dans le groupe adapté.
L’ACPGBI 2023 est plus prudente chez la femme, dont le sphincter interne est plus court et parfois déjà marqué par un accouchement. Elle discute la sphinctérotomie après échec des laxatifs et des topiques, avec une section minimale chez la femme. Dans les études publiées après 2000, l’incontinence aux gaz après sphinctérotomie serait tombée autour de 3,9 %, contre un ordre de grandeur de 10 % dans des synthèses plus anciennes. Ces écarts illustrent l’effet de la sélection. Ils ne suppriment pas le risque.
Un lambeau cutané cicatrise dans 81 à 100 % des cas dans les séries reprises par l’ASCRS, avec 0 à 6 % d’incontinence mineure. Deux essais randomisés ont rapporté environ 2 à 2,5 % d’incontinence après lambeau, contre 17 % après sphinctérotomie. En France, le choix de la technique (section sphinctérienne, exérèse de la fissure, plastie) relève de l’équipe de proctologie. Les chiffres ci-dessus décrivent surtout la pratique américaine et britannique. Ils servent à poser des questions précises, pas à décider seul d’une opération.
Quand consulter un médecin pour une fissure anale ?
Une douleur à la selle ou du sang sur le papier justifie déjà un avis, même si la plupart des fissures ne mettent pas la vie en danger. Attendre trop longtemps, par gêne, laisse la plaie s’installer.
Il est utile de voir votre médecin traitant si la douleur dépasse quelques jours malgré les fibres, les bains et un antalgique simple, si le saignement se répète, si le transit change, ou si vous avez plus de 40 ans et du sang dans les selles. Ce dernier point vise à ne pas attribuer à une fissure un saignement d’une autre origine, y compris un cancer colorectal. Un enfant dont les symptômes s’aggravent, ou qui ne s’améliore pas, doit aussi être revu.
Certains signes ne relèvent plus du cabinet le lendemain. Ils imposent d’appeler le 15 (SAMU) ou le 112.
| Situation | Conduite |
|---|---|
| Douleur à la selle ou traces de sang rouge vif | Consulter le médecin traitant, sans attendre des semaines |
| Douleur inchangée après quelques jours de soins à domicile | Revoir le médecin, ajuster fibres, laxatif et traitement local |
| Saignement abondant, qui ne s’arrête pas, avec malaise ou vertiges | Appeler le 15 ou le 112 |
| Douleur qui s’étend, fièvre, frissons ou écoulement anal | Appeler le 15 ou le 112, un abcès est possible |
| Selles noires, sang mêlé aux matières, amaigrissement, diarrhée prolongée | Consulter rapidement, le bilan doit aller au-delà de l’anus |
Une fissure très douloureuse, qui empêche toute selle, et une fissure infectée (pus, tuméfaction) sortent du schéma « pommade et attendre ». Le médecin jugera s’il faut un examen sous anesthésie, un drainage ou une orientation vers un proctologue. N’interrompez pas un traitement local trop tôt. L’ACPGBI insiste sur la durée, souvent six à huit semaines de topique, et sur l’observance. Des céphalées sous trinitrate font plutôt changer de molécule que tout arrêter.
Grossesse, enfants et fissures atypiques
Après un accouchement, une fissure est fréquente, parfois antérieure, et n’accompagne pas toujours une hypertonie du sphincter. L’ACPGBI cite une série où 9 % des femmes sans antécédent anorectal avaient une fissure aiguë dans le post-partum. Dans ce groupe, 93 % des lésions ont cicatrisé avec des mesures conservatrices. Les fibres, les selles molles et les bains restent donc le premier geste. Le même guide britannique, s’appuyant sur le formulaire britannique, juge que le trinitrate de glycéryle dispose du plus de données pendant la grossesse ou l’allaitement, que les inhibiteurs calciques manquent d’essais bien contrôlés, et que le fabricant de la toxine botulique déconseille son usage pendant la grossesse. En France, l’obstétricien, le médecin traitant ou le pharmacien tranchera selon le produit disponible.
Chez l’enfant de moins de 16 ans, l’ACPGBI conseille un algorithme distinct. On commence par ramollir les selles, puis un topique, éventuellement la toxine botulique. La sphinctérotomie latérale interne n’est envisagée qu’exceptionnellement, en raison du risque durable d’atteindre un sphincter encore en croissance. MedlinePlus rappelle les changes fréquents chez le nourrisson. Une constipation opiniâtre, des lésions répétées ou un contexte inquiétant relèvent du pédiatre.
Certaines fissures n’entrent pas dans le schéma constipation, hypertonie, commissure postérieure. Une lésion à basse pression, parfois antérieure, se voit autour de l’accouchement. Relâcher encore le sphincter n’aide pas. L’ACPGBI évoque alors la rééducation, éventuellement un lambeau. Une fissure latérale, multiple, indolore, ou associée à une diarrhée chronique, une perte de poids ou une immunosuppression, n’est plus une simple déchirure mécanique. La maladie de Crohn, une infection sexuellement transmissible, la tuberculose ou une tumeur font partie du diagnostic différentiel de l’ASCRS et de Merck. Le bon réflexe est l’orientation, parfois une biopsie.
Comment limiter le risque de récidive ?
Une première fissure augmente la probabilité d’en avoir une autre, préviennent la Mayo Clinic et MedlinePlus. La prévention reprend les gestes qui cicatrisent la plaie aiguë. Un essai en double aveugle, cité par l’ASCRS, a montré que poursuivre les fibres après cicatrisation réduisait les récidives (16 % contre 60 % sous placebo). Le son n’est pas magique. C’est la régularité d’un transit sans poussée qui compte.
Garder des selles molles, formées, sans diarrhée, reste la consigne de l’ACPGBI. L’activité physique aide le transit. Il n’est pas utile d’exclure durablement les noix « par principe ». La Mayo Clinic les classe parmi les aliments riches en fibres. La Cleveland Clinic suggère d’éviter épices et noix pendant les symptômes, par confort, pas comme une règle à vie.
Aux toilettes, le même trio revient. Répondre à l’envie, ne pas s’attarder, ne pas forcer. Un petit marchepied qui surélève les pieds peut aider à se placer plus près d’une position accroupie, suggère la Cleveland Clinic. Après cicatrisation, continuer les fibres quelques semaines encore, plutôt que tout arrêter le jour où la douleur disparaît, reprend la logique de l’essai sur le son. Si une nouvelle brûlure apparaît, reprendre tôt les bains et le ramollissement des selles limite souvent l’installation d’une nouvelle plaie chronique.
Les personnes avec une maladie de Crohn, un accouchement récent, une constipation opiniâtre ou des récidives rapprochées ont intérêt à un suivi. Le pharmacien peut vérifier la tolérance d’un topique. Le médecin peut décider s’il faut changer de stratégie avant une section sphinctérienne.
Questions fréquentes
Une fissure anale peut-elle cicatriser sans opération ?
Oui, la plupart des fissures aiguës s’améliorent avec des selles molles, des bains de siège et, si besoin, une pommade myorelaxante. L’ASCRS estime qu’environ la moitié des lésions récentes évoluent favorablement ainsi. L’opération n’est pas le premier geste, même si une fissure chronique de l’adulte cicatrise moins souvent sous traitement médical.
Combien de temps une fissure anale met-elle à guérir ?
Une lésion récente peut se fermer en quelques jours à quelques semaines. Au-delà de six semaines (ASCRS, ACPGBI) ou de huit semaines (Mayo Clinic, Cleveland Clinic), on parle de fissure chronique. Un topique se poursuit souvent six à huit semaines. Après une intervention ou une injection, il faut encore compter plusieurs semaines avant de juger le résultat.
Le sang sur le papier toilette vient-il toujours d’une fissure ?
Non. Les hémorroïdes, une irritation, un polype ou, plus rarement, un cancer peuvent aussi saigner. Le sang d’une fissure est en général rouge vif, peu abondant, et associé à une douleur en lame de rasoir. Tout saignement répété, surtout après 40 ans, mérite un examen plutôt qu’une autocensure.
Les pommades nitrées donnent-elles mal à la tête ?
Souvent. L’ASCRS 2023 rapporte des céphalées chez au moins 30 % des patients sous dérivé nitré, et un arrêt du traitement chez jusqu’à 20 %. Un inhibiteur calcique topique cicatrise aussi souvent, avec moins de maux de tête, et peut être proposé d’emblée. Signalez ces effets au prescripteur plutôt que de diminuer les applications au hasard.
Une fissure anale est-elle fréquente après un accouchement ?
Elle n’est pas rare. Une série reprise par l’ACPGBI 2023 a trouvé une fissure aiguë chez 9 % des femmes dans le post-partum, avec une cicatrisation conservatrice dans 93 % des cas. Les selles molles et les bains restent la base. Tout médicament pendant la grossesse ou l’allaitement se discute avec le médecin ou le pharmacien.
Faut-il opérer une fissure anale chez un enfant ?
Très rarement. L’ACPGBI 2023 réserve la sphinctérotomie aux exceptions chez l’enfant de moins de 16 ans, et privilégie laxatifs, topiques puis, éventuellement, toxine botulique. Le pédiatre cherche surtout la constipation et écarte une cause sous-jacente si la plaie se répète.
Conclusion
Une fissure anale est une petite déchirure, une grande douleur, et presque toujours un cercle à rompre. Des selles trop dures, un spasme, moins de sang dans la paroi, une plaie qui ne ferme pas. Les fibres, l’eau, les bains de siège et, si besoin, un topique qui relâche le sphincter suffisent souvent tant que la lésion est récente. Les revues Cochrane et les guides 2023 le confirment. Environ une cicatrisation sur deux sous dérivé nitré, des inhibiteurs calciques aussi efficaces et mieux tolérés, une chirurgie très efficace, avec un risque réel pour la continence.
Le point de bascule se situe autour de six à huit semaines, ou plus tôt si la douleur empêche d’aller à la selle. Avant d’accepter une section du sphincter, il est raisonnable de demander si la fissure est bien médiane, depuis combien de temps elle dure, si un topique a été appliqué assez longtemps, et quel risque d’incontinence votre anatomie (accouchements, chirurgies antérieures, maladie inflammatoire) fait courir. Ces questions orientent mieux qu’une recherche d’emblée du geste le plus radical.
Si du sang rouge vif continue d’apparaître, si une fièvre ou un gonflement s’ajoute, ou si la plaie change d’aspect, le bon interlocuteur est le médecin traitant, le pharmacien pour le traitement local, et le 15 ou le 112 en cas de saignement abondant avec malaise. La gêne d’en parler retarde trop souvent des soins simples.
Sources
- Anal fissure – Symptoms and causes. Mayo Clinic, 31 décembre 2024.
- Anal fissure – Diagnosis and treatment. Mayo Clinic, 31 décembre 2024.
- Anal Fissure: What It Is, Symptoms, Causes & Treatment. Cleveland Clinic, 25 avril 2023.
- Anal fissure: MedlinePlus Medical Encyclopedia. MedlinePlus, 11 avril 2026.
- Ansari P : Anal Fissure (Fissure in Ano; Anal Ulcer). Merck Manual Professional Edition, janvier 2025.
- Nelson RL, Thomas K, Morgan J et al. : Non surgical therapy for anal fissure. Cochrane Database of Systematic Reviews, 15 février 2012.
- Davids JS, Hawkins AT, Bhama AR et al. : The American Society of Colon and Rectal Surgeons Clinical Practice Guidelines for the Management of Anal Fissures. Diseases of the Colon & Rectum, 1 février 2023.
- Cross KLR, Brown SR, Kleijnen J et al. : The Association of Coloproctology of Great Britain and Ireland guideline on the management of anal fissure. Colorectal Disease, 5 novembre 2023.
- Mapel DW, Schum M, Von Worley A : The epidemiology and treatment of anal fissures in a population-based cohort. BMC Gastroenterology, 16 juillet 2014.
- Anal pain – Causes and definition. Mayo Clinic, 15 avril 2025.
