Kératose séborrhéique (keratose) : symptômes et traitement

Kératose séborrhéique (keratose) : symptômes et traitement

La kératose séborrhéique est une tumeur bénigne de l’épiderme, formée de kératinocytes immatures. Elle n’est pas contagieuse, n’est pas une lésion précancéreuse, et n’a en général pas besoin d’être retirée.

Beaucoup de personnes découvrent, après 40 ans, une plaque brune d’aspect cireux sur le dos, la poitrine ou le visage, comme posée sur la peau, et craignent un mélanome. Au Royaume-Uni, la British Association of Dermatologists estime qu’environ 30 % de la population a au moins une lésion à 40 ans, et 75 % à 70 ans.

Le diagnostic est le plus souvent clinique, parfois aidé de la dermoscopie. Une biopsie s’impose si l’aspect est douteux. La cryothérapie à l’azote liquide reste le geste de cabinet le plus courant pour une lésion typique et gênante. Une solution de peroxyde d’hydrogène à 40 % a reçu une autorisation de la FDA américaine en 2017 pour les lésions en relief, avec une disparition complète de quatre lésions ciblées chez 4 % et 8 % des participants selon les deux essais de la notice.

À quoi ressemble une kératose séborrhéique

Une kératose séborrhéique se présente comme une papule ou une plaque ronde ou ovale, nettement limitée, d’aspect « collé » à la surface. La couleur va du beige au noir, en passant par le jaune, le gris et le brun. La surface peut être cireuse, squameuse, veloutée ou verruqueuse, parfois fissurée, avec de petits kystes de kératine visibles.

La taille va de quelques millimètres à plus de 2,5 cm, d’après la Mayo Clinic. Une personne peut n’avoir qu’une tache, ou en accumuler des dizaines, parfois des centaines avec l’âge. Les sièges habituels sont le tronc, le visage, le cuir chevelu, le cou, sous les seins, le long de la colonne et les plis. Les paumes, les plantes des pieds et les muqueuses sont épargnées, selon la revue StatPearls mise à jour en 2024.

La lésion grandit d’abord, puis reste souvent stable des années. Elle peut ensuite s’épaissir et foncer. Elle est le plus souvent indolore. Une plaque coincée sous une ceinture, un soutien-gorge ou un collier peut démanger, s’irriter, saigner un peu ou former une croûte. Sur le dos, un grand nombre de taches peut dessiner un motif en sapin le long des lignes de Langer.

Le mot « séborrhéique » prête à confusion. La revue allemande de Barthelmann et collaborateurs (2023) rappelle que ces tumeurs n’ont pas de lien avec le sébum, ni avec la dermatite séborrhéique. L’aspect parfois gras et brillant a fixé le nom, pas la biologie.

Quelques points d’orientation clinique, à confirmer par un médecin et non à utiliser comme auto-diagnostic.

  • La plaque paraît posée sur la peau, avec un bord net, plutôt qu’incrustée en profondeur.
  • Plusieurs taches du même type, d’âges différents, sont plus évocatrices qu’une tache unique atypique.
  • Une surface rugueuse, cireuse ou cérébriforme aide, mais n’exclut pas à elle seule un autre diagnostic.
  • Une lésion isolée, très noire, irrégulière ou d’évolution rapide mérite un examen, même si elle « ressemble à une verrue ».
Illustration d'une kératose séborrhéique sur la peau.

Causes, âge, hérédité et rôle du soleil

La cause exacte n’est pas établie. L’âge est le facteur le plus constant. Le pic d’apparition se situe après 50 ans, d’après la Mayo Clinic. Environ 30 % des personnes ont au moins une lésion à 40 ans et environ 75 % à 70 ans, selon la Cleveland Clinic, des ordres de grandeur proches de la fiche britannique. Une étude australienne ancienne, reprise dans la revue de 2023, trouvait des lésions chez 12 % des 15-25 ans et chez la totalité des plus de 50 ans, avec une médiane de 69 lésions après 75 ans. Ces chiffres australiens, obtenus sous un fort ensoleillement, ne se transposent pas tels quels à la France.

Une tendance familiale est fréquente. Environ la moitié des cas à lésions multiples surviennent dans des familles, estime la Cleveland Clinic, ce qui suggère une prédisposition héritée. Les mutations identifiées dans les tumeurs elles-mêmes sont somatiques, acquises dans la peau, et absentes de la lignée germinale dans les familles étudiées.

Sur le plan moléculaire, ces tumeurs portent souvent des mutations oncogènes, tout en restant bénignes. Dans une série de 175 lésions analysée par Hafner et citée par Barthelmann (2023), des mutations de FGFR3 étaient présentes dans 71 % des cas, de PIK3CA dans 50 %, de KRAS dans 20 %. Les cellules n’ont généralement pas de mutation de p53. FGFR3 est aussi muté dans d’autres tumeurs (myélome, vessie, col de l’utérus). Ce voisinage génétique n’en fait pas un cancer cutané.

Le rôle du soleil reste discuté. Une étude coréenne chez 303 hommes, citée dans la même revue, liait une exposition cumulée de plus de six heures par jour à une prévalence 2,28 fois plus élevée qu’une exposition de moins de trois heures. Une cohorte néerlandaise de 966 personnes ne trouvait pas d’augmentation du risque liée aux coups de soleil douloureux ni à l’exposition vie entière, contrairement aux kératoses actiniques et aux cancers cutanés. Les deux résultats coexistent. On ne peut pas présenter le soleil comme une cause unique, ni l’écarter.

Un virus du papillome humain n’est pas retenu comme cause des lésions habituelles. La friction dans les plis, un coup de soleil ou une poussée d’eczéma peuvent précéder une éruption de nouvelles taches.

Dermatose papuleuse noire et autres formes

Toutes les kératoses séborrhéiques n’ont pas le même visage. La dermatose papuleuse noire, fréquente sur peaux foncées, se compose de petites papules brunes ou noires, souvent autour des yeux, sur les pommettes et le cou. On les décrit aussi, à la Mayo Clinic, comme de très petites excroissances groupées sur le visage. L’histologie est celle d’une kératose séborrhéique. Le diagnostic différentiel avec des nævus ou un mélanome reste du ressort du médecin, surtout si une papule change.

La stucco-kératose se voit surtout sur les chevilles, le dos des pieds et des mains, et les faces d’extension des membres chez les personnes âgées. Ce sont de petites papules blanchâtres ou grisâtres, parfois grattables, sans les kystes cornés typiques. Le mélanoacanthome est une variante très pigmentée, riche en mélanocytes. Il peut imiter un mélanome et justifie souvent une confirmation histologique.

Une kératose irritée, rouge, croûteuse, douloureuse, suit un frottement ou un grattage. Autour d’elle, un eczéma de voisinage peut apparaître. Ces variantes expliquent pourquoi deux taches du même dos peuvent sembler n’avoir rien en commun.

Sur les peaux mates, la cryothérapie et certains lasers exposent davantage à une tache plus claire durable. La revue American Family Physician, en 2024, rappelle de discuter ce risque d’hypopigmentation avant un traitement destructeur.

Comment la distinguer d’un cancer de la peau

Une kératose séborrhéique ne se transforme pas en mélanome, écrit la Cleveland Clinic. Le piège est la ressemblance. Les deux peuvent être brunes ou noires et siéger n’importe où. Les éléments qui orientent vers une kératose sont la multiplicité, la texture, un bord net et une évolution lente. Un mélanome est plus souvent unique, plus lisse, à bord flou, asymétrique, polychrome, et peut changer vite. Aucun de ces contrastes n’est infaillible. Une kératose enflammée peut tromper même un clinicien expérimenté.

Une observation ancienne, utile à condition de bien la lire, vient d’une unité de dermatopathologie de Boston. Izikson et ses collègues ont revu 9 204 comptes rendus (1992-2001) dans lesquels le diagnostic clinique de kératose séborrhéique figurait, seul ou dans le différentiel. Soixante et un (0,66 %) étaient des mélanomes histologiques. Dans 51 % de ces cas, le mélanome était déjà évoqué cliniquement. Dans seulement 3 cas (5 %), la kératose séborrhéique était le seul diagnostic clinique. Ces 0,66 % ne décrivent donc pas toutes les taches laissées en place. Ils concernent des pièces envoyées au laboratoire, souvent déjà douteuses, et plaident pour analyser ce que l’on retire.

La kératose actinique est un autre voisin gênant. Elle est liée au soleil, plus plate, rêche, parfois à peine visible, et la Cleveland Clinic lui attribue un risque d’évolution vers un cancer de la peau de l’ordre de 5 à 10 %. Une tache sèche, rugueuse, en zone exposée n’est pas à traiter comme une verrue séborrhéique de confort. Un carcinome basocellulaire pigmenté, un carcinome épidermoïde, un lentigo malin ou un nævus atypique entrent aussi dans la liste. StatPearls mentionne de rares collisions (un cancer au contact d’une kératose) et une transformation bowénoïde possible en zone solaire.

Observation Interprétation possible Conduite
Plusieurs plaques cireuses, bords nets, évolution lente Aspect habituel d’une kératose séborrhéique Faire confirmer le diagnostic, puis surveiller
Tache unique qui change vite, saigne ou a des bords flous Peut imiter un mélanome Consulter sans attendre un retrait « de confort »
Plaque sèche, plate, rêche en zone solaire Kératose actinique possible Examen médical avant tout geste destructeur
Lésion très noire, isolée, ou « vilain petit canard » Diagnostic clinique insuffisant Dermoscopie, biopsie ou exérèse d’emblée
Frottement répété, démangeaison, petit saignement Irritation d’une lésion souvent bénigne Discuter d’un retrait au cabinet
Très nombreuses taches nouvelles en peu de temps Signe de Leser-Trélat, association discutée En parler au médecin traitant

Examen clinique, dermoscopie et biopsie

Le médecin s’appuie d’abord sur l’histoire et l’aspect. Le manuel MSD (révision d’août 2025) considère le diagnostic comme clinique et juge la dermoscopie très utile pour le confirmer. L’Académie américaine de dermatologie indique qu’un dermatologue reconnaît le plus souvent la lésion à l’œil nu et ne retire pour analyse que si elle ressemble à un cancer.

La dermoscopie montre, dans les formes typiques, de petits kystes blancs de type milium, des orifices comédoniens, des sillons et crêtes cérébriformes, parfois des vaisseaux en épingle à cheveux cerclés de blanc. Une étude de 203 lésions pigmentées, citée par Barthelmann, trouvait une délimitation nette dans 183 cas et un bord « mité » dans 94 cas. Une lésion très pigmentée peut masquer ces indices. L’absence de réseau pigmentaire mélanocytaire rassure, sans garantir le diagnostic.

Si le doute persiste, si la lésion ulcère, grossit vite ou est très volumineuse, une biopsie ou une exérèse est indiquée. Le rasage superficiel permet d’envoyer un fragment. La cryothérapie, le laser et la simple destruction électrique ne laissent rien à analyser. StatPearls réserve donc le froid aux lésions à faible suspicion. En France, le médecin traitant ou le dermatologue choisit le geste selon l’aspect, le phototype et les habitudes locales. Un grand nombre de taches bénignes peut d’ailleurs masquer une lésion différente. Mieux vaut alors examiner l’ensemble de la peau plutôt qu’une seule verrue.

Quand un retrait est utile

Aucun traitement n’est médicalement obligatoire lorsque le diagnostic est clair et que la tache ne gêne pas. Le manuel MSD le formule ainsi. L’Académie américaine de dermatologie propose un retrait si la lésion ressemble à un cancer, s’accroche aux vêtements ou aux bijoux, s’irrite facilement, ou si la personne la trouve inesthétique.

Le motif le plus solide reste le doute diagnostique. Mieux vaut une cicatrice minime et un compte rendu d’anatomopathologie qu’une destruction à l’aveugle d’une tache atypique. Le deuxième motif est mécanique. Une plaque sous la bretelle, au col ou à la ceinture entretient l’inflammation. Le troisième est esthétique, légitime dès lors que l’on a expliqué les limites (tache plus claire, récidive locale si le geste est incomplet, nouvelles lésions ailleurs).

Au Royaume-Uni, la fiche BAD d’octobre 2022 précise que le NHS ne finance pas ces retraits, précisément parce que les lésions sont inoffensives. En France, le remboursement suit des règles locales que le médecin ou le secrétariat du cabinet peut exposer. Ne présumez pas d’une prise en charge automatique pour un geste de confort.

L’Académie américaine de dermatologie indique que la lésion retirée ne revient en général pas au même endroit. La fiche britannique de 2022 note toutefois qu’une repousse au même site est possible, et que de nouvelles taches peuvent apparaître ailleurs. Une disparition spontanée existe, mais elle est peu fréquente. Compter sur elle pour tout faire partir n’est pas réaliste.

Cryothérapie, curetage et laser

La cryothérapie à l’azote liquide est la méthode la plus répandue en cabinet pour une lésion typique. StatPearls (2024) n’indique pas de temps de gel standard. Les plaques épaisses peuvent exiger plusieurs cycles. Une cloque, une croûte, une rougeur et une douleur transitoire sont habituelles. La complication la plus discutée est un changement de couleur, surtout une tache plus claire. Le manuel MSD le mentionne aussi. Comme le tissu est détruit, ce geste ne convient pas si l’histologie est nécessaire.

Le curetage, avec ou sans électrodessiccation, gratte la lésion après anesthésie locale. Un petit saignement est possible, sans suture le plus souvent. Une étude de 33 patients, citée par StatPearls, comparait électrodessiccation et cryochirurgie. À huit semaines, 81 % des lésions étaient cliniquement effacées dans chaque groupe. L’hyperpigmentation résiduelle était plus fréquente après électrodessiccation. Une autre série de 25 adultes trouvait un résultat cosmétique comparable, avec une préférence de 15 patients sur 25 pour le froid, lié à des soins de plaie plus simples.

Le laser ablatif (Er:YAG, CO2) vaporise la lésion. Une comparaison chez 42 personnes, toujours citée par StatPearls, rapportait une cicatrisation plus rapide et moins d’hyperpigmentation qu’avec la cryothérapie. Ces chiffres viennent d’études de taille limitée. Ils ne garantissent pas le même résultat sur votre peau. Le laser, comme le froid, n’offre pas de pièce anatomopathologique.

L’exérèse superficielle au scalpel ou à la lame reste le choix lorsqu’il faut un diagnostic. Tous ces gestes peuvent laisser une marque plus claire, parfois durable. Ils ne « vident » pas le capital de nouvelles lésions futures.

Peroxyde d’hydrogène à 40 % et crèmes

Les crèmes vendues pour faire partir les taches n’égalent pas les gestes de cabinet. La FDA a autorisé en 2017 une solution de peroxyde d’hydrogène à 40 % (poids/poids), sous le nom Eskata, pour les lésions en relief. Le produit se pose au cabinet, pas à la maison. La notice de février 2019 prescrit quatre applications, à environ une minute d’intervalle, sur une lésion propre. Un second cycle est possible vers la troisième semaine si la tache n’a pas disparu. Il ne faut pas traiter une lésion ouverte ou infectée, ni le contour de l’œil, en raison d’un risque de lésion cornéenne, voire de cécité en cas de contact.

Les deux essais randomisés regroupaient 937 personnes (âge moyen 68,7 ans, 98 % de peau claire). La disparition des quatre lésions ciblées à 106 jours concernait 4 % et 8 % des patients traités, contre 0 % sous véhicule. Au moins trois lésions sur quatre disparaissaient chez 13 % et 23 % des participants. Les réactions locales étaient quasi constantes, avec un érythème chez 99 % des sujets et une sensation de brûlure ou de piqûre chez 97 %. Une hyperpigmentation survenait chez 39 %, une hypopigmentation chez 19 %. Ces chiffres viennent de la notice, pas d’un usage libre de l’eau oxygénée de pharmacie, beaucoup plus diluée et non étudiée pour cet usage.

En Allemagne, la revue de 2023 indiquait qu’aucune option topique n’avait d’autorisation de mise sur le marché pour cette indication. La situation française se discute avec le médecin ou le pharmacien. D’autres pistes (tazarotène, analogues de la vitamine D) reposent sur de petites séries, aux résultats modestes ou non confirmés. Rien de tout cela ne remplace un diagnostic clair.

Gestes à éviter à la maison

Aucun essai solide ne valide citron, vinaigre, huiles essentielles ou rasage amateur. Ces gestes peuvent irriter, faire saigner et brouiller l’aspect, donc retarder un diagnostic. Une lésion grattée s’enflamme. L’inflammation imite parfois un cancer.

L’eau oxygénée vendue en pharmacie n’est pas la solution à 40 % de la notice FDA. L’appliquer sur une tache pigmentée n’a pas les résultats, ni le cadre de sécurité, des essais américains. Un décapage agressif, un cautère domestique ou une pince pour « arracher la verrue » exposent à l’infection et à la cicatrice, sans analyse au microscope.

Protéger la peau du soleil reste utile pour d’autres raisons (kératoses actiniques, cancers cutanés), même si le lien avec ces verrues séborrhéiques est controversé. Un écran solaire ne fera pas disparaître les taches déjà là. Surveiller ses lésions connues a plus d’intérêt que d’essayer de les dissoudre. Photographiez une tache douteuse sous une lumière identique, à quelques semaines d’intervalle, et montrez la série au médecin si la forme, la couleur ou l’épaisseur changent.

Si une plaque saigne beaucoup, que le saignement ne cède pas à une compression, ou qu’un malaise s’associe à une éruption brutale de taches avec un état général altéré, appelez le 15 ou le 112. Dans les autres cas, le bon interlocuteur est le médecin traitant ou un dermatologue, pas un forum ni un kit en ligne.

Apparition brutale de nombreuses lésions

Une multiplication lente, année après année, est le scénario banal du vieillissement cutané. Une éruption brutale de nombreuses kératoses, souvent prurigineuses, sur le tronc, a un nom. C’est le signe de Leser-Trélat. La revue American Family Physician retient en 2024, avec un niveau de preuve C (consensus), qu’une augmentation soudaine peut indiquer une tumeur interne. Le manuel MSD (2025) le décrit comme un syndrome paranéoplasique possible, notamment avec un lymphome ou un cancer digestif.

La revue de Barthelmann (2023) est plus prudente. Le signe est rare, sa définition n’est pas standardisée, et son existence même est contestée, parce que kératoses et cancers sont tous deux fréquents après 60 ans. Les tumeurs le plus souvent citées restent les adénocarcinomes digestifs, puis le sein, le poumon et les hémopathies. Dans la majorité des éruptions, aucune tumeur n’est trouvée. On parle alors de pseudo-signe, parfois après une chimiothérapie ou une dermatite inflammatoire.

La conduite n’est donc pas un « dépistage total » automatique, ni un déni. Signalez au médecin une apparition groupée en quelques semaines, surtout avant 30 ans, avec prurit intense, amaigrissement, douleurs digestives ou une pigmentation veloutée des plis. C’est lui qui décidera, selon l’âge et l’examen, des investigations adaptées. Les lésions cutanées elles-mêmes se traitent comme les autres si elles gênent. Le pronostic, lorsqu’une tumeur interne est réellement liée, dépend de cette tumeur, pas de la verrue.

Questions fréquentes

La kératose séborrhéique est-elle un cancer ?

Non, c’est une tumeur bénigne de l’épiderme, sans potentiel malin propre d’après la revue allemande de 2023. Le risque réel est la confusion avec un mélanome, un carcinome ou une kératose actinique, d’où l’intérêt d’un examen si une tache sort du lot.

Est-elle contagieuse ?

Non, elle n’est ni infectieuse ni transmissible, précise la Mayo Clinic. Voir de nouvelles taches n’est pas une contamination d’une lésion à l’autre. C’est le vieillissement de la peau, parfois familial, qui en fait apparaître d’autres.

Peut-elle disparaître sans traitement ?

Parfois, de façon limitée. Une involution spontanée ou après une phase inflammatoire lichénoïde est décrite, mais elle n’est pas la règle. Compter sur une disparition complète de toutes les taches n’est pas réaliste.

Le nom « séborrhéique » signifie-t-il un problème de sébum ?

Non, le terme est historique et n’a pas de lien avec le sébum. Barthelmann et collaborateurs rappellent que ces lésions ne viennent ni des glandes sébacées ni d’une dermatite séborrhéique, même si elles siègent souvent sur le tronc et le visage.

Une lésion retirée peut-elle revenir ?

Souvent non, d’après la page de traitement américaine de 2023. La fiche britannique de 2022 indique toutefois qu’une repousse au même site est possible. Un geste incomplet laisse un reliquat, et d’autres lésions peuvent naître ailleurs.

Faut-il traiter toutes les taches ?

Non, le retrait se discute en cas de doute, de frottement, de gêne ou de souhait esthétique. Au Royaume-Uni, le NHS ne le finance pas. En France, demandez au médecin ce qui est indiqué et ce qui relève d’un geste de confort.

Conclusion

Ces plaques cireuses font partie du paysage cutané de l’âge adulte. Elles impressionnent parce qu’elles foncent, s’épaississent et se multiplient, alors qu’elles restent, une fois reconnues, des tumeurs bénignes. Les chiffres de prévalence varient selon les pays. Les 30 % à 40 ans et 75 % à 70 ans de la fiche britannique donnent un ordre de grandeur utile. Les séries australiennes, beaucoup plus chargées, rappellent que le soleil et la méthode de comptage changent le tableau.

Le vrai enjeu n’est pas de tout faire disparaître. Il est de ne pas rassurer à tort une tache qui n’en est pas une, et de ne pas détruire au froid une lésion qui aurait dû aller au microscope. Les 0,66 % de mélanomes dans la série de Boston portent sur des pièces déjà prélevées, souvent douteuses. Ils justifient d’analyser ce que l’on retire, pas de paniquer devant chaque verrue séborrhéique du dos.

Si une tache change, saigne sans frottement, reste isolée et irrégulière, ou si de nombreuses lésions apparaissent d’un coup, prenez rendez-vous. Posez deux questions précises. Le diagnostic est-il certain sans biopsie ? Si un retrait est proposé, le tissu partira-t-il en anatomopathologie ? La réponse oriente mieux qu’une crème miracle ou qu’un geste à la maison.

Sources

  1. Seborrheic keratosis – Symptoms and causes. Mayo Clinic, 18 janvier 2022.
  2. Seborrheic Keratosis: What Is It, Causes, Risks & Treatment. Cleveland Clinic, 27 août 2021.
  3. Seborrheic keratoses: Diagnosis and treatment. American Academy of Dermatology, 26 janvier 2023.
  4. Seborrhoeic keratosis. British Association of Dermatologists, octobre 2022.
  5. Greco MJ, Bhutta BS : Seborrheic Keratosis. StatPearls, 6 mai 2024.
  6. Barthelmann S, Butsch F, Lang BM et al. : Seborrheic keratosis. Journal der Deutschen Dermatologischen Gesellschaft, 9 mars 2023.
  7. ESKATA (hydrogen peroxide) topical solution. U.S. Food and Drug Administration, février 2019.
  8. Izikson L, Sober AJ, Mihm MC et al. : Prevalence of melanoma clinically resembling seborrheic keratosis: analysis of 9204 cases. Archives of Dermatology, décembre 2002.
  9. Shen-Wagner J, Amidon J, Carek S : Diagnosing Common Benign Skin Tumors. American Family Physician, octobre 2024.
  10. Seborrheic Keratoses. MSD Manual Professional Edition, août 2025.

À propos de l’auteur

Pauline Cécile TessierRédactrice médicale

J’ai fait mes études d’infirmière à l’IFSI La Capelette. Après mon congé maternité, je me suis tournée vers la rédaction et la relecture de textes médicaux. Pour chaque article, je lis les recommandations officielles, les études et les guides cliniques, et j’utilise aussi des outils d’IA dans mon travail. Chaque affirmation peut être vérifiée dans les sources citées de l’article.