
Le bruxisme est une activité des muscles masticateurs. Les dents se serrent ou se frottent, ou la mâchoire se raidit, pendant la veille ou pendant le sommeil, souvent sans que la personne s’en rende compte. Chez beaucoup d’adultes, ce n’est pas une maladie à éradiquer. Le consensus international de Lobbezoo et coll. le décrit comme un comportement, parfois sans conséquence, parfois associé à une usure, une douleur ou un trouble du sommeil.
Le partenaire entend un bruit de meule au milieu de la nuit. Au réveil, les tempes sont lourdes et les molaires semblent trop plates, alors que rien n’a été mâché. Une synthèse de revues de Melo et coll. (2019) place le bruxisme du sommeil des adultes entre 1 % et 15 %, le bruxisme d’éveil entre 22 % et 30 %, et les chiffres pédiatriques beaucoup plus haut, selon que l’on s’appuie sur un questionnaire ou sur un enregistrement du sommeil.
La prise en charge vise surtout les dégâts et la douleur, pas l’arrêt magique du réflexe. Une gouttière faite par le dentiste protège l’émail. Le service de santé britannique (NHS) conseille de consulter si l’usure, la sensibilité ou une douleur de mâchoire apparaissent, ou si un proche décrit le grincement. Certains antidépresseurs et l’apnée du sommeil font partie du bilan, sans en faire la cause unique.
Bruxisme du sommeil et bruxisme d’éveil
Deux formes coexistent et ne se gèrent pas de la même façon. Le bruxisme du sommeil est une activité des muscles masticateurs pendant le sommeil, rythmique (par à-coups) ou soutenue. Le bruxisme d’éveil, le jour, associe un contact dentaire répété ou prolongé, un serrement, ou un blocage de la mandibule vers l’avant ou sur le côté, même sans contact des dents. Ces définitions viennent du consensus de Lobbezoo et coll. (2018), encore la référence de terrain.
Le même groupe a précisé, dans un atelier de 2025 rapporté par Verhoeff et coll., que la mention « chez des personnes autrement en bonne santé » prêtait à confusion. Elle a été retirée pour que tout le monde utilise les mêmes mots. Le fond ne change pas. Chez une personne sans autre maladie, on ne parle plus d’un trouble du mouvement ni d’un trouble du sommeil à « guérir », mais d’un comportement moteur. Il peut rester neutre, devenir un facteur de risque (usure, douleur, échec de restauration) ou, dans certains scénarios encore discutés, accompagner une ouverture des voies aériennes après un micro-éveil.
La fiche Mayo Clinic de décembre 2024 range le bruxisme du sommeil parmi les mouvements liés au sommeil, regard propre à la classification internationale des troubles du sommeil, distinct du vocabulaire dentaire. En cabinet, les deux grilles se rencontrent. Le jour, le serrement survient souvent en travaillant, en conduisant ou en se concentrant. La nuit, la personne n’a aucun levier volontaire. Une gouttière et le traitement d’un trouble du sommeil rendent alors plus service que les consignes du type « arrêtez de serrer ».
Le serrement sans bruit passe inaperçu. Seul le grincement réveille le voisin de lit. Une revue narrative de 2026 (Balasubramaniam, Manfredini et Guan) rappelle qu’environ 80 % des épisodes nocturnes surviennent au voisinage d’un micro-éveil. Le système nerveux central et le système autonome sont en première ligne. L’emboîtement des dents, longtemps accusé, n’est plus considéré comme la cause première.

Quels signes doivent faire penser au bruxisme
Beaucoup de personnes ignorent qu’elles serrent. Le tableau se construit avec le réveil, le miroir et, souvent, le témoignage d’un proche. Le National Institute of Dental and Craniofacial Research (NIDCR, mise à jour 2025) groupe les signes autour des dents, de la mâchoire, puis de la tête et du visage.
Côté dents, l’émail s’aplatit, une cuspide s’écaille, une dent se descelle ou une restauration se fend. La dentine peut se découvrir. Le froid, le chaud ou le sucré piquent alors plus qu’avant. Côté mâchoire, les masséters sont fatigués au réveil, la bouche s’ouvre moins loin, un claquement se fait entendre devant l’oreille. Un muscle trop sollicité peut même paraître plus volumineux.
La douleur n’est pas toujours là où on l’attend. Une otalgie sans otite, une céphalée sourde aux tempes, une nuque raide peuvent venir des muscles masticateurs et de l’articulation temporo-mandibulaire, très proche du conduit auditif. MedlinePlus (révision de février 2026) parle de douleur projetée. Le NHS ajoute le sommeil fragmenté, pour la personne comme pour le partenaire.
Quelques indices visibles aident le dentiste, sans valoir un diagnostic à eux seuls.
- Une ligne blanche à l’intérieur de la joue, ou des indentations sur la langue, témoignent d’un appui répété des tissus mous contre les dents.
- Des facettes d’usure plates sur les molaires, surtout si elles progressent d’une visite à l’autre, orientent vers un frottement nocturne.
- Un masséter ferme et douloureux à la palpation du matin plaide pour un serrement, même si aucun bruit n’a été entendu.
- Des maux de tête temporaux qui cèdent dans la matinée, puis reviennent les jours de tension, accompagnent souvent le tableau.
L’absence de douleur n’élimine rien. Certaines personnes usent leurs dents en silence pendant des années. À l’inverse, une mâchoire douloureuse n’est pas toujours du bruxisme. Carie, sinusite, otite, arthrose de l’articulation ou trouble temporo-mandibulaire d’une autre origine font partie des diagnostics que le dentiste écarte.
Stress, médicaments et apnée du sommeil
La cause unique n’existe pas. La fiche Mayo Clinic de 2024 décrit un mélange de facteurs physiques, psychiques et familiaux. Le bruxisme du sommeil « court dans les familles ». Le jour, l’anxiété, la colère, la frustration ou une concentration intense nourrissent le serrement. La nuit, le même terrain se couple à l’architecture du sommeil.
Les substances du quotidien pèsent. Tabac, alcool et boissons caféinées augmentent le risque, d’après Mayo Clinic et le NHS. La revue de 2026 reprend des observations plus anciennes. Six tasses de café ou plus par jour correspondaient à un rapport de cotes d’environ 1,4. L’alcool se situait vers 1,8 à 1,9, le tabac entre 1,3 et 2,8 selon les études. Ce ne sont pas des certitudes individuelles. Ce sont des pistes à retrancher le soir, surtout si la mâchoire est déjà fatiguée.
Certains médicaments de santé mentale et certains stimulants peuvent déclencher ou amplifier le tableau. Mayo Clinic cite des antidépresseurs, des antiépileptiques et des traitements du TDAH. La synthèse de 2026 associe plus clairement la paroxétine (rapport de cotes 3,63) et des inhibiteurs de la recapture de la sérotonine et de la noradrénaline (IRSN) comme la duloxétine ou la venlafaxine (environ 2,2 à 2,3). Dans la même synthèse, fluoxétine et sertraline n’augmentaient pas le risque de bruxisme du sommeil. Le délai classique, lorsqu’un lien apparaît, est de quelques semaines après l’introduction ou une hausse de dose. On ne coupe pas un antidépresseur seul. On en parle au médecin qui l’a prescrit, qui pourra ajuster ou changer de molécule.
L’apnée obstructive, le ronflement et le reflux gastro-œsophagien reviennent dans les associations. Le rapport de cotes pour l’apnée tourne autour de 1,8 dans les synthèses citées en 2026. La relation temporelle n’est pas linéaire. Une partie des épisodes suit une pause respiratoire, une autre la précède, une autre n’a rien à voir. Traiter l’apnée (pression positive, orthèse d’avancée mandibulaire dans les indications prévues) peut faire baisser l’activité masticatrice à court terme, sans que l’on puisse promettre la disparition du serrement. Parkinson, démence, épilepsie et terreurs nocturnes figurent aussi parmi les terrains listés par Mayo Clinic. Ils n’expliquent pas la majorité des cabinets dentaires, mais ils empêchent de s’arrêter aux dents.
L’occlusion mal ajustée, les dents manquantes ou une « morsure croisée » ont longtemps servi d’explication. La revue de 2026 juge cette idée réfutée comme cause première. L’occlusion peut moduler la façon dont les forces se répartissent. Elle ne génère pas, à elle seule, l’activité musculaire. Plus de la moitié des dentistes, dans certaines enquêtes, s’accrochent encore à ce schéma. C’est précisément le point que les consensus de 2018 et 2025 ont voulu corriger.
Usure des dents, douleurs et articulation de la mâchoire
Le comportement n’est pas dangereux en soi, d’après MedlinePlus. Le risque, c’est l’usure irréversible de l’émail, la fêlure, la mobilité, la casse d’une couronne, et la douleur des muscles ou de l’articulation. S’y ajoutent, dans la fiche Mayo Clinic, les céphalées de tension et les troubles des articulations temporo-mandibulaires, ces charnières situées juste devant les oreilles.
L’usure du bruxisme n’est pas celle du brossage trop dur ni celle des sodas acides. Le dentiste distingue des facettes qui s’emboîtent d’une arcade à l’autre, des éclats d’émail aux bords, des restaurations qui « s’usent plus vite que le patient ». Sur les implants, la synthèse de Melo (2019) juge plausible un surcroît de complications mécaniques. Pour les autres restaurations et pour le parodonte, les données restent hétérogènes.
La douleur musculaire se concentre au réveil après une nuit de serrement, ou en fin de journée après un serrement de bureau. L’articulation peut claquer, craquer, ou limiter l’ouverture. Un blocage vrai, où les dents ne se recoupent plus ou la bouche ne s’ouvre plus, n’est plus un simple inconfort. C’est un motif de voir un dentiste le jour même.
Le partenaire paie aussi sa part. Le bruit du grincement fragmente son sommeil. Ce n’est pas un détail relationnel anecdotique. C’est un argument fréquent pour poser une gouttière, même quand la personne elle-même ne souffre pas.
Tout le monde n’a pas besoin d’un traitement actif, y compris chez l’adulte. Beaucoup de personnes ne serrent pas assez fort pour abîmer les dents. Beaucoup d’enfants passent le cap sans séquelle, comme le souligne la fiche de traitement Mayo Clinic. La décision se prend sur la vitesse d’usure, la douleur, la casse répétée, et non sur le seul mot « bruxisme » écrit dans le dossier.
Comment le dentiste pose le diagnostic
Le diagnostic de routine n’est pas un examen de sommeil. NIDCR décrit d’abord l’histoire et l’examen. Le dentiste demande si le serrement a lieu le jour ou la nuit, si les muscles sont fatigués, si un partenaire a entendu un grincement, quels médicaments sont pris, comment est le sommeil. Il palpe les masséters et les temporaux, écoute l’articulation, cherche l’usure, les fêlures, les marques sur les joues et la langue. Des radiographies peuvent compléter le bilan osseux et dentaire.
Une usure déjà là peut être ancienne. Ce qui compte, c’est de voir si elle s’aggrave d’une visite à l’autre, point sur lequel la fiche Mayo Clinic insiste. Le même examen écarte une carie, une fissure d’origine autre, une otite, un trouble de l’articulation sans bruxisme.
L’enregistrement n’est pas le premier geste. L’électromyographie portable et la polysomnographie (enregistrement du sommeil, parfois avec son et vidéo) servent quand on suspecte une apnée, un autre trouble du sommeil, ou quand la recherche a besoin d’un critère instrumental. NIDCR réserve la polysomnographie à ces situations. Le consensus de 2018 proposait encore une graduation (possible, probable, défini) selon que l’on s’appuie sur le récit, l’examen ou l’instrument. L’atelier de 2025 a assoupli cette hiérarchie. L’auto-déclaration, l’examen et les capteurs sont trois sources, pas trois étages obligatoires. Un outil standardisé d’évaluation (STAB) existe pour les cliniciens et la recherche. Il n’est pas un test que le patient « passe » comme une prise de sang.
Si l’anxiété, un médicament ou un sommeil très fragmenté dominent, le dentiste oriente. Une apnée plausible se discute avec le médecin traitant, éventuellement un médecin du sommeil. Un serrement diurne ancré dans l’anxiété peut justifier un suivi psychologique. En France, dentiste et médecin traitant se partagent ce tri. Les seuils d’orientation vers un centre du sommeil suivent la pratique locale.
À quoi sert vraiment une gouttière occlusale
La gouttière (orthèse ou plaque occlusale) n’arrête pas le cerveau. Elle interpose une résine entre les arcades pour que l’émail et les restaurations ne s’usent plus l’un contre l’autre. Mayo Clinic, NIDCR, NHS et Merck Manual s’accordent sur ce rôle de protection. L’équipe Cleveland Clinic (mars 2026) en fait souvent le premier rempart lorsqu’il y a déjà usure ou douleur.
Le modèle compte. Une gouttière faite sur empreinte, en résine dure ou semi-rigide, peut être équilibrée sur votre occlusion. Les versions « à faire bouillir » du commerce, mal adaptées, protègent moins et peuvent irriter dents, gencives et articulations. Cleveland Clinic les déconseille comme solution principale. Merck Manual accepte un dispositif thermoformable en vente libre seulement si le seul enjeu est une usure déjà évaluée par un dentiste, et que celui-ci juge le dispositif suffisant. Le NHS, de son côté, parle d’un appareil fait pour s’ajuster précisément sur l’arcade du haut ou du bas.
Il faut porter l’appareil toutes les nuits, le nettoyer à l’eau froide et le ranger à l’abri de la chaleur. La chaleur déforme la résine. Un chien la croque. Aux contrôles, on apporte la gouttière. Elle s’use, elle se fend, elle cesse de protéger. MedlinePlus note aussi que la douleur peut revenir dès que l’on arrête le port. Ce n’est pas un échec de la personne. C’est le signe que l’appareil protégeait les conséquences, sans supprimer l’activité.
Les orthèses d’avancée mandibulaire, conçues pour le ronflement et l’apnée, ne sont pas des gouttières de bruxisme. Elles reculent parfois l’activité masticatrice à court terme, mais elles visent d’abord les voies aériennes. La revue de 2026 ne les recommande pas pour un bruxisme isolé. Si apnée et grincement coexistent, le médecin du sommeil et le dentiste formé à ces dispositifs choisissent ensemble. Un appareil de sport n’est pas non plus une gouttière de nuit.
Quand l’usure a déjà détruit trop de tissu, le dentiste peut reconstruire (composite, couronne). La fiche Mayo Clinic présente cela comme une réparation, pas comme un moyen d’arrêter le serrement. Reconstruire sans protéger, c’est souvent recommencer.

Caféine, alcool, tabac et habitudes de jour
Le jour, on peut apprendre à desserrer. Le soir, on peut retirer ce qui fragmente le sommeil. Mayo Clinic et NIDCR encouragent des rappels concrets. Dents légèrement écartées, langue au palais, lèvres jointes, épaules basses. Un minuteur de téléphone, une étiquette sur l’écran, un collègue qui fait un signe. Le chewing-gum prolongé et le rongement de lèvre ou de joue entretiennent la mémoire musculaire du serrement. NHS demande d’éviter le chewing-gum et les aliments très durs tant que la mâchoire fait mal.
Le café après dîner, l’alcool du soir et la cigarette avant le coucher sont les trois leviers les plus cités. Mayo Clinic conseille de ne plus boire de café ou de thé caféiné après le dîner, et de ne pas boire d’alcool le soir. NHS dit la même chose, plus court. Arrêter de fumer se discute avec le médecin traitant. Ce n’est pas une leçon de morale. Nicotine, alcool et caféine agissent sur le système nerveux central, celui-là même qui pilote les épisodes.
Le rituel d’endormissement pèse autant que le matelas. Heure de coucher stable, chambre sombre et calme, moins d’écrans dans l’heure qui précède. Cleveland Clinic ajoute une compresse tiède sur la mâchoire ou une douche chaude, et déconseille de dormir à plat ventre. Cette position pousse la mandibule et charge l’articulation. Le dos ou le côté, tête alignée avec la colonne, repose davantage les muscles.
La relaxation, la méditation, l’exercice, un suivi psychologique, aident surtout le bruxisme d’éveil et le terrain anxieux. Pour la nuit, les preuves d’une thérapie cognitivo-comportementale spécifique restent limitées, d’après la revue de 2026. Cela n’interdit pas de traiter une anxiété ou une insomnie vraie. Cela évite de vendre une « reprogrammation » du grincement nocturne comme si c’était un tic que l’on débranche.
Si la mâchoire est gonflée ou douloureuse, NHS propose du paracétamol ou de l’ibuprofène, selon votre situation médicale, et une poche de glace (ou de petits pois surgelés) dans un linge, 20 à 30 minutes. MedlinePlus accepte aussi la chaleur humide. Ni l’un ni l’autre ne remplacent la gouttière si l’émail part.
Médicaments, relaxants et toxine botulique
Les comprimés n’ont pas fait la preuve d’un bénéfice net. La revue Cochrane de Macedo et coll. (2014) a passé au crible amitriptyline, bromocriptine, clonidine, propranolol, lévodopa et tryptophane. Les effectifs étaient minuscules (7 à 16 personnes par essai). Aucune molécule ne réduisait clairement les épisodes par heure. Somnolence, bouche sèche, hypotension matinale (clonidine) figuraient parmi les effets indésirables. Les auteurs concluaient à une preuve insuffisante. C’est une observation de plus de dix ans, toujours citée parce que les grands essais manquent encore.
Les médicaments restent en général peu efficaces, confirme la fiche de traitement Mayo Clinic de 2024. Un relaxant musculaire peut être proposé un temps court, le soir, par le médecin, pas en automédication. Merck Manual mentionne des anxiolytiques légers, surtout des benzodiazépines, le temps d’obtenir une gouttière, et refuse un usage prolongé. En France, le choix de la molécule, la durée et les contre-indications appartiennent au médecin. On n’improvise pas une benzodiazépine pour « décontracter la mâchoire ».
La toxine botulique dans les masséters et les temporaux réduit l’intensité de la contraction plus que le nombre d’épisodes. Mayo Clinic la réserve à des formes graves qui n’ont pas cédé au reste. Cleveland Clinic souligne que cette indication n’est pas approuvée par la Food and Drug Administration américaine, donc souvent non remboursée outre-Atlantique, et que les injections hors circuit médical exposent à des lots contrefaits. L’effet dure typiquement trois à quatre mois. Atrophie musculaire, sourire modifié, faiblesse. Ce n’est pas un soin de première intention, ni un soin esthétique déguisé.
Quand le bruxisme est l’effet d’un antidépresseur, Mayo Clinic oriente vers un changement de dose ou de molécule, jamais vers l’arrêt brutal. Le prescripteur reste le pilote. La gouttière protège les dents pendant la transition.
Le bruxisme chez l’enfant
Le grincement est fréquent chez l’enfant et recule souvent avec l’âge. Mayo Clinic indique que beaucoup d’enfants le dépassent sans traitement. Melo (2019) explique pourquoi les pourcentages publiés s’étalent de 3 % à 49 %. Questionnaires parentaux, définitions et âges ne se recouvrent pas.
Stress, certains médicaments et un terrain d’hyperactivité figurent parmi les facteurs listés pour le bruxisme en général. Un enfant qui ronfle, qui s’étouffe la nuit ou qui est épuisé le jour n’a pas « seulement » un bruxisme. Il faut parler de respiration et de sommeil au pédiatre, pas seulement de gouttière.
Le dentiste cherche l’usure anormale, la sensibilité, la douleur au réveil. Si les dents souffrent ou si le visage est douloureux, une gouttière pédiatrique sur mesure peut protéger, le temps que la denture change. Elle se renouvelle plus souvent que chez l’adulte. Les médicaments n’ont pas de place de routine. La revue de 2026 insiste sur la surveillance, le réconfort, et le traitement d’un facteur associé (sommeil, stress) plutôt que sur une « correction » de l’occlusion.
Un rituel calme aide. Bain, lecture, chambre sombre, moins d’écrans tardifs. Ce n’est pas une preuve d’essai randomisé. C’est la même hygiène de sommeil que pour l’adulte, adaptée à l’âge. NHS invite à voir un dentiste si l’on s’inquiète du grincement d’un enfant, même sans urgence.
Quand consulter un dentiste pour un bruxisme
NHS pose des critères simples, non urgents dans la plupart des cas. Usure ou dents sensibles, douleur de mâchoire, de visage ou d’oreille, témoignage d’un partenaire, inquiétude pour un enfant. MedlinePlus accélère le calendrier si mâcher ou ouvrir la bouche devient difficile. Mayo Clinic demande aussi un rendez-vous si vous-même vous interrogez sur vos dents ou vos mâchoires.
Le médecin traitant entre en scène pour le stress, l’anxiété, le tabac, l’alcool, un antidépresseur à revoir, ou une suspicion d’apnée (pauses, somnolence au volant, ronflement retentissant). Le 15 ou le 112 concernent l’exception : une mâchoire bloquée qui empêche de respirer ou d’avaler, un traumatisme facial, un gonflement rapide avec fièvre. Le reste se gère au cabinet, éventuellement aux urgences dentaires le jour même si la bouche ne s’ouvre plus.
| Situation | Qui voir | Délai |
|---|---|---|
| Grincement entendu, usure ou dents sensibles | Dentiste | Prochain créneau, sans reporter de mois en mois |
| Douleur de mâchoire, de tempe ou d’oreille au réveil | Dentiste | Quelques jours si la douleur gêne la mastication |
| Enfant qui grince, sans douleur ni usure marquée | Dentiste (contrôle) | Prochaine visite, plus tôt si l’enfant se plaint |
| Ronflement fort, pauses, somnolence diurne | Médecin traitant | Sans attendre que les dents s’usent |
| Bouche qui ne s’ouvre plus, impossibilité de manger | Dentiste le jour même, urgences si besoin | Le jour même |
| Détresse respiratoire ou mâchoire bloquée avec gêne à avaler | 15 ou 112 | Immédiat |
Préparez la liste des médicaments, l’heure des douleurs (réveil ou fin de journée), et, si possible, le récit du partenaire. Apportez l’ancienne gouttière. Ces trois éléments orientent plus vite qu’une recherche d’images sur internet.
Questions fréquentes
Comment savoir si l’on grince des dents la nuit ?
Souvent, c’est un proche qui l’entend. Au réveil, une mâchoire lourde, des tempes douloureuses ou des dents plus sensibles donnent un indice. Le dentiste confirme en voyant l’usure, les muscles et les muqueuses. Un enregistrement du sommeil n’est utile que s’il cherche aussi une apnée ou un autre trouble.
Une gouttière de pharmacie suffit-elle ?
Rarement comme solution principale. Cleveland Clinic privilégie une gouttière en résine dure, réglée par le dentiste. Un modèle thermoformable du commerce n’entre en discussion, selon Merck Manual, qu’après un examen, et seulement si l’usure est le seul problème. Un appareil mal adapté peut faire plus mal qu’il ne protège.
Le bruxisme vient-il d’un mauvais emboîtement des dents ?
Les données actuelles, résumées en 2026, n’en font plus la cause première. L’origine est surtout centrale (sommeil, stress, médicaments, terrain familial). Une occlusion irrégulière peut concentrer les forces. La corriger « pour arrêter le bruxisme » n’est pas le schéma retenu par les consensus de 2018 et 2025.
Un antidépresseur peut-il faire serrer les dents ?
Oui, chez certaines personnes, surtout dans les semaines qui suivent le début ou une augmentation de dose. Paroxétine, venlafaxine et duloxétine sont les plus souvent citées dans la synthèse de 2026. N’arrêtez pas le traitement seul. Demandez au prescripteur si un ajustement est possible, et protégez les dents avec une gouttière pendant ce temps.
Un enfant qui grince doit-il porter une gouttière ?
Pas automatiquement. Beaucoup d’enfants s’arrêtent en grandissant. Mayo Clinic réserve les soins aux formes qui font mal ou qui abîment les dents. Le dentiste décide au cas par cas, et le pédiatre entre en jeu s’il y a un doute sur le sommeil ou la respiration.
Peut-on arrêter complètement de grincer la nuit ?
Aucune méthode n’a démontré qu’elle éteint le réflexe chez tout le monde. La revue de 2026 est nette. On protège les dents, on traite une apnée ou un médicament inducteur, on réduit caféine, alcool et tabac, on travaille le serrement diurne. Viser zéro épisode est rarement réaliste. Viser moins de casse et moins de douleur l’est davantage.
Conclusion
Le bruxisme n’est plus raconté comme une petite maladie du sommeil que l’on pourrait éteindre d’un appareil. C’est une activité musculaire, diurne ou nocturne, parfois banale, parfois coûteuse pour l’émail et pour les articulations. Les fourchettes de 2019 (1 à 15 % des adultes la nuit, davantage le jour, plus encore chez l’enfant selon les enquêtes) rappellent surtout une chose. Le chiffre dépend de la méthode, pas d’une épidémie soudaine.
Le geste utile, cette semaine, est concret. Si un proche a entendu le grincement, si les molaires s’usent ou si la mâchoire réveille, prenez rendez-vous chez le dentiste et apportez la liste des médicaments. Demandez si une gouttière sur mesure est indiquée, et si le sommeil (ronflement, pauses, somnolence) justifie d’en parler au médecin traitant. Le café du soir, l’alcool et la cigarette sont des leviers que vous pouvez tester tout de suite, sans attendre le laboratoire.
La suite se juge sur la douleur et sur l’usure d’une visite à l’autre, pas sur la promesse d’un silence nocturne total. Si la bouche ne s’ouvre plus ou si mâcher devient impossible, ne tardez pas. Dans les cas ordinaires, le couple dentiste–médecin traitant suffit à protéger les dents et à chercher la cause qui, éventuellement, se traite.
Sources
- Teeth grinding (bruxism) – Symptoms and causes. Mayo Clinic, 27 décembre 2024.
- Teeth grinding (bruxism) – Diagnosis and treatment. Mayo Clinic, 27 décembre 2024.
- Bruxism | National Institute of Dental and Craniofacial Research. National Institute of Dental and Craniofacial Research, mis à jour en mars 2025.
- Teeth grinding (bruxism). National Health Service, mis à jour en 2026.
- Bruxism: MedlinePlus Medical Encyclopedia. MedlinePlus, 5 février 2026.
- Hennessy BJ : Bruxism – Dentistry. Merck Manual Professional Edition, mars 2026.
- Macedo CR, Macedo EC, Torloni MR et al. : Pharmacotherapy for sleep bruxism. Cochrane Database of Systematic Reviews, 23 octobre 2014.
- Lobbezoo F, Ahlberg J, Raphael KG et al. : International consensus on the assessment of bruxism: Report of a work in progress. Journal of Oral Rehabilitation, 21 juin 2018.
- Melo G, Duarte J, Pauletto P et al. : Bruxism: An umbrella review of systematic reviews. Journal of Oral Rehabilitation, 7 mai 2019.
- How To Stop Grinding Your Teeth at Night. Cleveland Clinic, 4 mars 2026.
- Verhoeff MC, Lobbezoo F, Ahlberg J et al. : Updating the Bruxism Definitions: Report of an International Consensus Meeting. Journal of Oral Rehabilitation, 1er mai 2025.
- Balasubramaniam R, Manfredini D, Guan G : Sleep Bruxism: A Narrative Review of Current Concepts, Mechanisms, and Clinical Implications. Journal of the Royal Society of New Zealand, 20 avril 2026.
