
Le lichen scléreux est une dermatose inflammatoire chronique qui amincit, blanchit et fragilise surtout la peau de la vulve, de l’anus ou du prépuce. Il n’est pas contagieux, ce n’est pas une infection sexuellement transmissible, et le traitement de première intention est un dermocorticoïde puissant prescrit par un médecin.
Loin d’une rareté de cabinet, la maladie reste sous-diagnostiquée. Les recommandations européennes EuroGuiderm 2024 estiment la prévalence entre 0,1 % chez l’enfant et 3 % chez les femmes très âgées, avec une incidence d’environ 1,6 % des femmes à l’âge de 80 ans.
Après trois mois de propionate de clobétasol à 0,05 % une fois par jour, 60 à 70 % des personnes concernées voient leurs symptômes disparaître, selon la même ligne directrice. Le risque de cancer vulvaire de novo s’établit à 2,2 % dans une revue systématique de 2022, et un suivi au long cours reste la règle, souvent une fois par an lorsque la maladie est contrôlée.
Quels sont les symptômes du lichen scléreux
Les signes les plus fréquents sont des plaques blanches, lisses ou chiffonnées, qui démangent, brûlent ou se fissurent sur la peau génitale et autour de l’anus. Une forme peu active peut ne donner aucun symptôme et n’être vue que lors d’un examen pour un autre motif, précise la Mayo Clinic.
Au début, de petites taches ivoire, légèrement en relief, peuvent confluer en un placard d’aspect parcheminé. La peau devient fragile, se tache au moindre frottement et peut saigner, se couvrir de bulles ou d’érosions. Des purpuras ou des ecchymoses sont typiques : la recommandation EuroGuiderm 2024 les décrit comme fréquents et sans gravité propre, même s’ils inquiètent.
Chez la femme, le prurit vulvaire et anal domine, souvent pire le soir. Les rapports peuvent devenir douloureux (dyspareunie) parce que l’entrée du vagin se rétrécit, que les petites lèvres s’amincissent ou que le capuchon du clitoris se soude. Le lichen scléreux épargne en général la muqueuse vaginale elle-même, à la différence du lichen plan érosif, ce qui aide le clinicien à séparer les deux diagnostics.
Chez l’homme, les lésions siègent surtout sur le gland, le sillon balano-préputial, le méat et le prépuce. Un phimosis acquis (impossibilité de décalotter un prépuce auparavant souple), un jet urinaire faible ou en éventail, une érection douloureuse ou un écoulement qui n’est ni de l’urine ni du sperme doivent faire penser à cette dermatose. L’atteinte périanale est habituelle chez la femme et l’enfant, rare chez l’homme.
Hors de la région anogénitale, des plaques peuvent apparaître sur le dos, les épaules, le haut des bras, la poitrine, le cou ou les poignets. Le Manuel Merck (mise à jour 2025) situe cette atteinte extragénitale entre 6 et 20 % des patients ; EuroGuiderm 2024 retient plutôt environ 6 % de formes exclusivement extragénitales chez les femmes. Ces plaques hors zone génitale démangent souvent moins.
Les situations suivantes reviennent souvent en consultation :
- Des plaques blanches qui se fissurent au pliage, à la marche ou après un rapport, et laissent une brûlure nette.
- Un prurit génital persistant, avec plaques blanches, que le savon habituel et le repos ne calment pas.
- Une constipation chez l’enfant, liée à la douleur des fissures anales plutôt qu’à un trouble digestif isolé.
- Une modification du jet urinaire ou un décalottage devenu impossible chez un homme non circoncis.

Qui est concerné et à quelle fréquence
Toute personne peut développer un lichen scléreux, mais le pic le plus net concerne les femmes après la ménopause. Le NHS, page révisée en décembre 2024, le dit plus fréquent après 50 ans, sur toutes les couleurs de peau. La Cleveland Clinic (2023) situe aussi un risque accru chez les femmes de 40 à 60 ans et chez les filles avant la puberté.
Les chiffres de prévalence ont vieilli et varient selon le mode de recensement. EuroGuiderm 2024 parle d’une fourchette 0,1 % (enfants) à 3 % (femmes de plus de 80 ans) et d’une incidence d’environ 1,6 % des femmes à 80 ans. Au Danemark, l’incidence du lichen scléreux vulvaire confirmé par biopsie est passée de 5,0 pour 100 000 personnes-années en 1997-1998 à 35,7 en 2021-2022, soit une hausse d’un facteur sept, d’après Baandrup et coll. (2024). Cette hausse reflète surtout un meilleur diagnostic et un recours plus fréquent à la biopsie, pas forcément une épidémie.
Les hommes sont moins souvent diagnostiqués, en particulier s’ils ont été circoncis tôt dans la vie. Un pénis non circoncis, une incontinence urinaire et un indice de masse corporelle élevé figurent parmi les contextes associés, d’après la Mayo Clinic et la Cleveland Clinic. Une ancienne estimation hospitalière américaine citée par EuroGuiderm donnait 0,07 % chez l’homme ; ce chiffre sous-estime probablement les formes vues en urologie.
Un second pic existe avant la puberté, chez la fille comme chez le garçon. Chez ce dernier, un phimosis qui n’existait pas à la naissance est très évocateur. Environ 20 % des femmes ont un début de maladie avant la ménopause, rappelle la partie « introduction » d’EuroGuiderm 2024 : l’âge n’écarte donc pas le diagnostic.
Environ 200 000 personnes seraient atteintes aux États-Unis, d’après une estimation de la Cleveland Clinic en 2023. Le chiffre ne décrit pas la situation en France ; le médecin traitant ou le dermatologue reste le bon interlocuteur pour situer le cas dans la pratique locale.
Causes et facteurs de risque
La cause exacte n’est pas établie. La Mayo Clinic retient un faisceau de facteurs : un système immunitaire trop réactif, un terrain génétique et une irritation ou un traumatisme cutané antérieur. Le NHS ajoute que l’affection n’est due ni à une infection ni à un défaut d’hygiène, et qu’elle ne se transmet pas par contact, y compris sexuel.
Le phénomène de Koebner, apparition de lésions sur une peau jusque-là saine après un frottement, une chirurgie, une radiothérapie ou un grattage répété, est bien documenté dans EuroGuiderm 2024. L’occlusion et le contact chronique avec l’urine, surtout en cas d’incontinence même minime, sont de plus en plus cités comme facteurs d’entretien chez l’homme comme chez la femme.
Une prédisposition familiale existe. Des études britanniques, italiennes et néerlandaises rapportent un antécédent familial de lichen scléreux génital chez 5,4 % à 12 % des patients, parfois davantage. Des associations avec certains groupes HLA de classe II ont été décrites, sans qu’un test génétique soit utile en pratique courante.
Les maladies auto-immunes sont plus fréquentes, surtout chez les femmes (19 à 54 % selon les séries d’EuroGuiderm, contre 3 à 5 % chez les hommes). La thyroïde, souvent une hypothyroïdie plutôt qu’une hyperfonction, arrive en tête, suivie du vitiligo, de la pelade, de l’anémie de Biermer, du diabète de type 1 et de la sclérodermie localisée (morphée). Un bilan n’est justifié que s’il existe des signes cliniques, pas de façon systématique.
Les hormones sexuelles ont longtemps été incriminées parce que la maladie épargne en partie les années de fertilité. Cela n’autorise pas un traitement hormonal local du lichen lui-même. EuroGuiderm 2024 recommande de ne pas appliquer d’œstrogène sur la vulve pour traiter cette dermatose ; un ovule ou une crème vaginale peut en revanche aider une atrophie post-ménopausique associée, problème distinct.
Diabète, tabac et surcharge pondérale (IMC supérieur à 30 pour la Cleveland Clinic) apparaissent dans certaines cohortes masculines, sans que l’on puisse en faire une cause unique. Aucun régime alimentaire n’a démontré d’effet préventif ou curatif.
Comment le diagnostic est posé
Le diagnostic est d’abord clinique : l’aspect des plaques, leur siège anogénital et l’histoire (prurit, dyspareunie, dysurie, phimosis) suffisent souvent, surtout dans les formes avancées. Le Manuel Merck 2025 et EuroGuiderm 2024 s’accordent sur ce point.
Une biopsie cutanée, petit fragment prélevé sous anesthésie locale et lu au microscope, n’est pas automatique. Elle devient utile si le tableau est douteux, si le traitement bien suivi n’apporte rien, ou si une zone s’épaissit, s’ulcère ou évoque une lésion précancéreuse ou un cancer. Chez l’enfant, on l’évite autant que possible, car elle est traumatisante et le risque de dysplasie ou de cancer est nul avant la puberté, d’après EuroGuiderm.
Le clinicien écarte surtout le lichen plan érosif (qui touche volontiers le vestibule et le vagin), l’eczéma de contact, le psoriasis inversé, le vitiligo, la morphée, une candidose, une balanite non spécifique et, surtout, une néoplasie intraépithéliale ou un carcinome épidermoïde. Un prélèvement mycologique ou bactérien n’a d’intérêt que s’il existe des signes d’infection surajoutée.
Selon le siège, le relais peut se faire vers un dermatologue, un gynécologue ou un urologue habitué aux dermatoses génitales. Photographier les lésions (avec l’accord de la personne) aide à juger l’évolution au fil des mois. Un interrogatoire sur les symptômes urinaires et sexuels, souvent passés sous silence, fait partie de l’examen initial.
Aucun bilan sanguin n’est obligatoire pour « confirmer » le lichen scléreux. Rechercher une dysthyroïdie a du sens en présence de fatigue, de prise de poids, d’une boule au cou ou d’antécédents familiaux thyroïdiens. Les tests épicutanés (patch-tests) restent rares, réservés à une allergie de contact suspectée aux topiques.
Traitement de première intention par les dermocorticoïdes
Les dermocorticoïdes puissants ou très puissants, en pommade de préférence, restent le traitement de référence chez la femme, l’homme, l’adulte et l’enfant, associés à un émollient. C’est le socle des recommandations EuroGuiderm 2024, du Manuel Merck 2025 et de la fiche NHS.
Le propionate de clobétasol à 0,05 % est la molécule la plus étudiée. Après un schéma habituel de trois mois à une application par jour, environ 60 à 70 % des patients obtiennent une disparition complète des symptômes. Le furoate de mométasone à 0,1 % une fois par jour pendant douze semaines a donné des résultats comparables dans un essai tête-à-tête. Chez l’enfant et pendant la grossesse, EuroGuiderm privilégie souvent un corticoïde puissant (mométasone) plutôt qu’un très puissant, pour limiter l’absorption.
Les posologies ne sont pas universelles. Aux États-Unis, la Mayo Clinic décrit souvent deux applications quotidiennes au début, puis deux fois par semaine en entretien. En Europe, le rythme le plus cité est une fois par jour pendant la phase d’attaque, puis un espacement. Le médecin français applique la recommandation locale ; le pharmacien peut expliquer le geste (fine couche sur les plaques, pas sur toute la vulve ou tout le pénis « au cas où »).
Une rémission totale sans jamais de rechute est rare. D’où un traitement d’entretien, souvent deux fois par semaine, parfois avec un corticoïde un peu moins puissant (triamcinolone, prednicarbate) lors des poussées modérées. Le prurit cède chez 80 à 90 % des femmes qui suivent réellement le schéma, selon EuroGuiderm. L’objectif n’est pas seulement le confort : calmer l’inflammation réduit aussi le risque de cicatrices et, d’après la revue de Vieira-Baptista (2022), semble abaisser le risque de cancer vulvaire.
Les effets indésirables existent (amincissement supplémentaire, télangiectasies, irritation) et justifient un suivi, mais l’absence de traitement laisse la sclérose s’installer. Les pommades, moins riches en conservateurs que les crèmes, sont en général mieux tolérées sur la peau génitale. Les émollients s’appliquent à distance du corticoïde, pour ne pas le diluer.
Autres traitements et soins au quotidien
Si les dermocorticoïdes sont mal tolérés ou insuffisants, les inhibiteurs de la calcineurine en topique (tacrolimus 0,1 % ou 0,03 %, pimécrolimus 1 %) constituent la deuxième ligne, hors autorisation de mise sur le marché pour cette indication. La Mayo Clinic cite le tacrolimus (Protopic) comme option. Ils n’atrophient pas la peau comme un corticoïde, mais peuvent brûler en début d’application.
La photothérapie par ultraviolet, souvent UVB, est proposée surtout pour les plaques extragénitales, avec un niveau de preuve limité selon EuroGuiderm. Le laser (CO₂ fractionné, Nd:YAG, Er:YAG) fait l’objet d’essais ; la même ligne directrice indique qu’il ne peut pas être recommandé pour l’instant, faute de données de qualité et de recul. Les hormonothérapies locales (testostérone, progestérone, œstrogène vulvaire) ne sont pas un traitement du lichen scléreux.
Chez l’homme, une circoncision complète peut faire disparaître les lésions lorsque la maladie reste limitée au prépuce et au gland. Une série reprise par EuroGuiderm 2024 rapportait une cicatrisation chez 276 hommes sur 287 (92 %). Si le méat ou l’urètre sont déjà rétrécis, un urologue expérimenté discute une méatotomie, une urétroplastie ou, plus rarement, un resurfaçage du gland. Chez la femme, la chirurgie vise les séquelles (introït trop étroit, synéchies) une fois l’inflammation calmée, pas la dermatose elle-même.
Les formes très rebelles relèvent de centres spécialisés. Le Manuel Merck mentionne, dans ce cadre, des rétinoïdes oraux, le méthotrexate ou l’hydroxychloroquine, et des pistes émergentes comme les inhibiteurs oraux des Janus kinases, par exemple le ruxolitinib. Ce ne sont pas des traitements de premier recours.
Les gestes du quotidien, détaillés par le NHS et la Mayo Clinic, réduisent l’irritation :
- Remplacer le savon par un substitut lipidique sans parfum, puis tamponner au lieu de frotter.
- Appliquer une pommade barrière, par exemple de la vaseline, avant d’uriner ou de nager.
- Porter des sous-vêtements amples en coton ou en soie, et éviter les vêtements trop serrés.
- Utiliser un lubrifiant si les rapports restent inconfortables, sur avis du médecin.
Les émollients imprégnant les textiles peuvent favoriser un départ de feu : le NHS rappelle de ne pas fumer ni s’approcher d’une flamme avec des vêtements imbibés.

Complications, risque de cancer et suivi
Sans traitement, la sclérose déforme l’anatomie. Chez la femme, les petites lèvres peuvent s’effacer, le clitoris s’encapsuchonner, l’entrée du vagin se rétrécir ; les rapports, la miction et la défécation deviennent douloureux. Chez l’homme, le phimosis, la sténose du méat et le rétrécissement de l’urètre menacent la miction et l’érection. EuroGuiderm 2024 estime qu’une cicatrice s’observe chez environ 80 % des femmes et 30 % des filles atteintes.
Le lichen scléreux n’est pas un cancer. Il augmente toutefois le risque de carcinome épidermoïde de la vulve, du pénis ou, plus rarement, de l’anus. Une revue systématique de 2022 (Vieira-Baptista et coll., 14 030 femmes sans antécédent de néoplasie vulvaire) a trouvé un cancer vulvaire de novo chez 2,2 % d’entre elles, et 4,0 % si l’on inclut les cancers déjà présents. La néoplasie intraépithéliale vulvaire différenciée (dVIN) précédait une partie de ces tumeurs. Les corticoïdes très puissants étaient associés à un risque plus bas.
La cohorte danoise de Baandrup (2024) donne un autre éclairage, sur des cas biopsés, donc souvent plus graves. Le taux de carcinome épidermoïde vulvaire y était 16,2 fois celui de la population féminine générale, et le taux de lésions précancéreuses de haut grade 8,5 fois plus élevé. Le risque cumulé de carcinome s’établissait à 1,2 % à 10 ans, 2,3 % à 20 ans et 3,7 % à 30 ans. EuroGuiderm 2024 retient encore, pour la pratique, un ordre de grandeur d’environ 5 % de VIN ou de carcinome, d’où un suivi à vie.
Chez l’enfant avant la puberté, ce risque néoplasique n’est pas retenu. À l’âge adulte, le NHS conseille d’auto-surveiller la peau et de consulter pour un nodule, un épaississement localisé ou un ulcère qui ne cicatrise pas. Un carcinome lié au lichen scléreux n’est en général pas dû au papillomavirus : il peut progresser en quelques mois, ce qui justifie de biopsier toute lésion nouvelle hyperkératosique ou ulcérée.
Le rythme de suivi dépend de l’activité. EuroGuiderm propose une visite annuelle si la maladie est longtemps contrôlée, et tous les 3 à 6 mois tant qu’elle est active. La Mayo Clinic situe plutôt un rendez-vous tous les 6 à 12 mois. Le médecin traitant, le dermatologue ou le gynécologue se partagent ce suivi ; en France, l’organisation concrète se discute avec le professionnel qui connaît le dossier.
Lichen scléreux chez l’enfant
Chez l’enfant, le lichen scléreux touche surtout la fille avant la puberté, sous forme de plaques blanc ivoire en « 8 » autour de la vulve et de l’anus. Le prurit, les fissures, la dysurie et la constipation par douleur à la défécation sont les motifs habituels. Les ecchymoses peuvent être spectaculaires et faire évoquer, à tort, des lésions de maltraitance. Les deux situations ne s’excluent pas, mais l’aspect typique oriente d’abord vers la dermatose.
Chez le garçon, le prépuce se blanchit et se sclérose, jusqu’au phimosis. Une sténose du méat peut gêner la miction. Le traitement de première intention reste un dermocorticoïde puissant, souvent le furoate de mométasone chez le jeune enfant, sous la conduite d’un médecin habitué. Si le phimosis résiste après quelques semaines ou mois, l’urologue discute une circoncision complète.
La biopsie génitale n’est pas le geste de première intention. EuroGuiderm la réserve aux diagnostics incertains et aux échecs thérapeutiques. Les symptômes s’atténuent souvent à la puberté, mais la maladie peut persister à l’âge adulte : un arrêt brutal de toute surveillance à l’adolescence n’est donc pas un bon plan. Un relais vers un dermatologue ou un gynécologue d’adultes se prépare avant la fin du suivi pédiatrique.
Les mêmes règles d’hygiène s’appliquent : pas de savon parfumé, pas de talc, vêtements amples, émollient en substitut de savon. Les parents peuvent noter les selles douloureuses et les traces de sang sur le papier, deux signes qui accélèrent la consultation.
Quand consulter pour un lichen scléreux
Des plaques blanches qui démangent sur la vulve, l’anus ou le prépuce justifient un rendez-vous avec le médecin traitant, sans attendre que « cela passe » pendant des mois. Le NHS le formule clairement : une plaque blanche prurigineuse, un traitement qui n’aide pas, une douleur pour aller aux toilettes ou pendant les rapports, sont des motifs de consultation. En cas d’impossibilité complète d’uriner, la Cleveland Clinic indique de se rendre aux urgences ; en France, cela correspond au 15 (SAMU) ou au 112.
Après un diagnostic posé, un rendez-vous plus rapide s’impose si une zone s’épaissit, saigne, s’ulcère ou forme un nodule, ou si le corticoïde bien appliqué ne change rien en quelques semaines. Ces signes font craindre une autre dermatose, une infection de surcroît ou, plus rarement, une lésion précancéreuse.
| Situation | Conduite |
|---|---|
| Plaques blanches prurigineuses sur la vulve, l’anus ou le prépuce | Consulter le médecin traitant pour un examen de la peau |
| Traitement bien suivi pendant plusieurs semaines sans soulagement | Revoir le prescripteur pour vérifier le diagnostic et la posologie |
| Nodule, peau localement épaissie ou ulcère qui ne cicatrise pas | Consulter rapidement un dermatologue ou un gynécologue |
| Douleur pour uriner, déféquer ou pendant les rapports | Prendre rendez-vous, le schéma local pourra être adapté |
| Impossibilité complète d’uriner | Appeler le 15 (SAMU) ou le 112 |
Apporter la liste des crèmes déjà utilisées (y compris sans ordonnance) évite de recommencer un antifongique inefficace. Demander comment appliquer le corticoïde, quelle quantité, combien de semaines, et à quel rythme revenir, oriente mieux la suite que de laisser le tube dans l’armoire dès que la démangeaison cède.
Questions fréquentes
Le lichen scléreux est-il contagieux ?
Non. Il ne se transmet ni par contact ni par rapport sexuel, et il n’est dû ni à une infection ni à un défaut d’hygiène, selon le NHS et la Mayo Clinic. Un partenaire n’a donc pas à « se soigner » pour la même maladie. Les rapports peuvent néanmoins irriter une peau déjà fissurée, d’où l’intérêt d’un lubrifiant et d’une pommade barrière.
Peut-on avoir des rapports sexuels avec un lichen scléreux ?
Oui, la maladie n’interdit pas les rapports, mais la peau fissurée rend souvent le contact douloureux. Un lubrifiant, une pommade grasse et un traitement anti-inflammatoire bien mené réduisent cette gêne. Si l’entrée du vagin s’est déjà rétrécie ou si l’érection est douloureuse, le médecin peut discuter d’un entretien corticoïde plus serré, parfois d’un geste chirurgical une fois l’inflammation calmée.
Le lichen scléreux disparaît-il à la puberté ?
Chez l’enfant, les symptômes s’atténuent souvent à l’adolescence, mais la dermatose peut persister ou réapparaître à l’âge adulte. EuroGuiderm 2024 insiste sur un relais de suivi plutôt que sur un arrêt définitif dès les premières règles ou la pilosité. Chez l’adulte, une disparition spontanée durable de la forme génitale reste rare.
Les corticoïdes locaux abîment-ils encore plus la peau ?
Ils peuvent amincir la peau s’ils sont mal dosés, c’est pourquoi le suivi existe. L’inflammation non traitée amincit et sclérose bien davantage, et 60 à 70 % des patients voient leurs symptômes céder après trois mois de clobétasol à 0,05 % selon EuroGuiderm 2024. La pommade s’applique en couche mince sur les plaques, pas en couche épaisse sur toute la région génitale.
Faut-il une biopsie pour confirmer le diagnostic ?
Pas toujours. L’aspect clinique suffit souvent. Une biopsie se discute en cas de doute, d’échec du traitement ou de lésion suspecte (épaississement, ulcère, nodule). Chez l’enfant, on l’évite sauf nécessité, car le geste est douloureux et le risque de cancer est nul avant la puberté.
Le laser est-il recommandé contre le lichen scléreux ?
Non, pas selon les données actuelles. EuroGuiderm 2024 indique que le laser, toutes longueurs d’onde confondues, ne peut pas être recommandé comme traitement de cette dermatose. Les essais sont hétérogènes, le recul est court, et un effet placebo a été observé. Le corticoïde local reste la référence.

Conclusion
Le lichen scléreux se reconnaît à des plaques blanches, fragiles et souvent prurigineuses, surtout sur la vulve, l’anus ou le prépuce. La maladie n’est ni une infection sexuellement transmissible ni un trouble imaginaire, et l’anatomie n’est pas condamnée si le traitement commence avant que la sclérose n’ait tout figé. Les corticoïdes locaux puissants, le clobétasol en tête, restent l’outil le plus solide, avec un émollient au quotidien et un schéma d’entretien une fois la poussée calmée.
Le risque de cancer reste faible en valeur absolue (2,2 % de cancers vulvaires de novo dans la revue de 2022) mais nettement plus élevé que dans la population générale, surtout après 50 ans et en présence d’une dVIN. Un examen de la peau une fois par an, plus rapproché si la maladie reste active, et une consultation dès qu’un nodule, un ulcère ou un épaississement apparaît, sont la contrepartie raisonnable de ce risque.
Si des plaques blanches démangent depuis des semaines, un rendez-vous avec le médecin traitant, un dermatologue ou un gynécologue permet de poser le diagnostic, d’apprendre le geste du corticoïde et de caler le premier contrôle. En cas de rétention d’urine complète, le 15 ou le 112 restent les numéros à composer.
Sources
- Lichen sclerosus – Symptoms and causes. Mayo Clinic, 18 septembre 2024.
- Lichen sclerosus – Diagnosis and treatment. Mayo Clinic, 18 septembre 2024.
- Lichen Sclerosus: Causes, Symptoms, Diagnosis & Treatment. Cleveland Clinic, 21 août 2023.
- Lichen sclerosus. National Health Service, 9 décembre 2024.
- Lichen Sclerosus – Dermatology – Merck Manual Professional Edition. Merck Manual Professional Version, novembre 2025.
- Kirtschig G, Kinberger M, Kreuter A et al. : EuroGuiderm guideline on lichen sclerosus—introduction into lichen sclerosus. Journal of the European Academy of Dermatology and Venereology, octobre 2024.
- Kirtschig G, Kinberger M, Kreuter A et al. : EuroGuiderm guideline on lichen sclerosus—Treatment of lichen sclerosus. Journal of the European Academy of Dermatology and Venereology, octobre 2024.
- Vieira-Baptista P, Pérez-López FR, López-Baena MT et al. : Risk of Development of Vulvar Cancer in Women With Lichen Sclerosus or Lichen Planus: A Systematic Review. Journal of Lower Genital Tract Disease, 1er juillet 2022.
- Baandrup L, Hannibal CG, Hertzum-Larsen R et al. : Biopsy-verified vulvar lichen sclerosus: Incidence trends 1997-2022 and increased risk of vulvar squamous precancer and squamous cell carcinoma. International Journal of Cancer, 1er août 2024.
