TDAH et schizophrénie (schizophrenie) : diagnostic

TDAH et schizophrénie (schizophrenie) : diagnostic

Le trouble du déficit de l’attention avec ou sans hyperactivité (TDAH) et la schizophrénie sont deux diagnostics distincts. Le premier est un trouble du neurodéveloppement, centré sur l’inattention persistante et, souvent, l’hyperactivité ou l’impulsivité. Le second est un trouble psychotique, qui peut altérer le rapport à la réalité par des hallucinations, des idées délirantes et une pensée désorganisée. Ils peuvent coexister, partager une part de vulnérabilité génétique et des difficultés d’attention, mais l’un n’est pas une forme atténuée de l’autre.

Un chiffre aide à situer la crainte que beaucoup de familles formulent trop tôt. Dans une méta-analyse de 2021 portant sur 1,85 million de personnes, un TDAH diagnostiqué avant 18 ans s’associait à un risque de trouble psychotique ultérieur multiplié par 4,74 (intervalle de confiance à 95 % de 4,11 à 5,46). La prévalence médiane de ces troubles atteignait 2,7 % dans les cohortes TDAH, contre 0,5 % chez les témoins. Le surcroît de risque est réel, et la grande majorité des personnes concernées ne développe pas une schizophrénie.

Les psychostimulants utilisés contre le TDAH peuvent, rarement, s’accompagner de symptômes psychotiques, de l’ordre d’un cas sur 660 dans une cohorte américaine de 2019. Le NICE britannique demande d’interrompre le médicament du TDAH pendant un épisode psychotique ou maniaque aigu. Des voix, des convictions irréelles ou un danger pour soi ou pour autrui justifient un avis médical rapide, et l’appel au 15 ou au 112 si la personne n’est plus en sécurité. Le médecin ou le pharmacien appliquera la recommandation en vigueur en France, qui peut différer des guides américains ou britanniques.

TDAH et schizophrénie sont-ils la même affection ?

Non. Le TDAH se définit par un schéma durable d’inattention et, selon les présentations, d’agitation ou d’impulsivité, déjà présent dans l’enfance et gênant dans au moins deux milieux de vie. La schizophrénie se reconnaît surtout à des symptômes psychotiques, à un appauvrissement de la motivation ou de l’expression émotionnelle, et à des troubles cognitifs qui pèsent sur la vie quotidienne. Les deux tableaux peuvent se ressembler sur le terrain de l’attention, ce qui n’en fait pas une seule maladie.

Une enquête parentale américaine de 2024 estime à 7 millions le nombre d’enfants de 3 à 17 ans actuellement diagnostiqués (11,7 %). Chez les adultes du même pays, une enquête de 2023 situe le diagnostic actuel à 6,0 %, soit environ 15,5 millions de personnes, dont la moitié n’a reçu le diagnostic qu’à partir de 18 ans. Ces chiffres décrivent la pratique des États-Unis et ne se transposent pas tels quels à la France. Le NICE souligne aussi que le TDAH reste sous-reconnu chez les filles et les femmes, plus souvent orientées vers un autre diagnostic.

La schizophrénie et les troubles psychotiques apparentés sont beaucoup plus rares. Le National Institute of Mental Health (NIMH) situe leur prévalence aux États-Unis entre 0,25 % et 0,64 %. Le diagnostic intervient le plus souvent entre 16 et 30 ans, après un premier épisode psychotique, un peu plus tôt chez les hommes que chez les femmes. Chez l’enfant, le tableau reste exceptionnel. Environ 4,9 % des personnes vivant avec une schizophrénie meurent par suicide, un risque concentré surtout au début de la maladie.

Le TDAH n’efface pas le rapport à la réalité. Une personne inattentive oublie, décroche, s’éparpille ; elle ne tient pas, en règle générale, pour vraies des voix que personne d’autre n’entend, ni un complot dont elle serait la cible. Quand ce basculement apparaît, le clinicien ne « reclasse » pas le TDAH en schizophrénie par automatisme. Il cherche s’il s’agit d’un épisode psychotique, d’un effet indésirable d’un stimulant, d’une consommation de substances, ou de la coexistence des deux diagnostics.

TDAH écrit sur un tableau noir à la craie.

Un TDAH infantile augmente-t-il le risque de psychose ?

Oui, les études d’observation montrent une association nette, sans en faire une destinée. La synthèse de Nourredine et coll., publiée en 2021 dans JAMA Psychiatry, a regroupé 12 études et 1,85 million de participants. Un diagnostic de TDAH avant 18 ans s’y associait à un effet relatif groupé de 4,74 pour un trouble psychotique ultérieur. Dans les cohortes, la prévalence médiane d’un trouble psychotique était de 2,7 % en cas de TDAH, contre 0,5 % sans TDAH. Le suivi au-delà de 18 ans restait utile, car le risque ne s’éteint pas avec l’adolescence.

Ces chiffres mesurent une association, pas un mécanisme unique. Les auteurs rappellent que TDAH et psychose partagent des traits (déficits d’attention, voies dopaminergiques, susceptibilité génétique) et que les études épidémiologiques étaient parfois discordantes avant cette synthèse. Une personne qui a un TDAH a donc davantage de chances, en moyenne, de recevoir plus tard un diagnostic de trouble psychotique qu’une personne sans TDAH. Elle a surtout, en valeur absolue, de fortes chances de n’en jamais avoir.

Le fardeau psychiatrique associé compte autant que l’étiquette TDAH elle-même. Dans une cohorte coréenne de 2023 portant sur 211 705 enfants et adolescents nouvellement diagnostiqués, la présence d’une autre affection psychiatrique élevait le risque ultérieur de schizophrénie (rapport de risques ajusté 2,14). Ce risque montait avec le nombre de comorbidités, d’environ 1,91 pour une comorbidité à 2,94 pour deux, puis 4,26 pour trois ou plus. Autisme, handicap intellectuel, tics, dépression et trouble bipolaire figuraient parmi les associations les plus marquées.

Personne ne peut donc lire un TDAH de l’enfance comme un pronostic de schizophrénie. Le message clinique est plus prosaïque : garder un suivi si d’autres troubles s’ajoutent, si le fonctionnement se dégrade à l’adolescence, ou si des expériences inhabituelles (voix, convictions irréelles, méfiance envahissante) apparaissent. C’est ce suivi, et non une angoisse permanente, qui permet d’intervenir tôt si un tableau psychotique se dessine.

Quels symptômes se recoupent, lesquels tranchent

L’inattention, la désorganisation et parfois l’agitation se voient dans les deux tableaux ; les hallucinations et les idées délirantes tranchent en faveur d’une psychose. Le TDAH ne « devient » pas une schizophrénie parce que l’enfant se distrait ou parle trop. Le doute naît plutôt quand le rapport à la réalité vacille, quand le discours perd sa cohérence, ou quand le retrait social s’accompagne d’une perte d’hygiène et de motivation qui n’existait pas auparavant.

Les signes de la schizophrénie se rangent, pour le NIMH, en trois groupes. Les symptômes psychotiques comprennent les hallucinations (souvent des voix), les délires et le trouble de la pensée. Les symptômes dits négatifs recouvrent la perte d’élan, le retrait, la pauvreté des mimiques, la voix monotone. Les symptômes cognitifs touchent l’attention, la mémoire de travail et la prise de décision. Chez l’adolescent, un repli, un fléchissement scolaire, une irritabilité ou un sommeil cassé précèdent parfois le premier épisode, mais ces signes existent aussi dans bien d’autres situations, y compris un TDAH non traité.

Du côté du TDAH, la Mayo Clinic rappelle qu’il n’existe pas d’examen unique. Les symptômes centraux doivent avoir commencé avant 12 ans et créer une gêne durable à la maison et à l’école. L’inattention se manifeste par des oublis, une distractibilité, une difficulté à aller au bout des tâches. L’hyperactivité et l’impulsivité se voient dans le besoin de bouger, les interruptions, les décisions trop rapides. Certaines personnes n’ont presque pas d’agitation, ce qui n’élimine pas le diagnostic.

Repère TDAH Schizophrénie
Nature Trouble du neurodéveloppement Trouble psychotique
Début habituel Symptômes avant 12 ans Le plus souvent entre 16 et 30 ans
Rapport à la réalité Conservé Altéré pendant les épisodes
Attention Déficit central, chronique Trouble cognitif fréquent, souvent plus tardif
Signes qui tranchent Impulsivité, agitation, oublis Hallucinations, délires, discours décousu
Traitement de référence Stimulants (souvent méthylphénidate) et mesures éducatives Antipsychotiques et suivi psychosocial au long cours

Quelques situations concrètes aident à départager ce qui se recoupe.

  • Une distraction ancienne, déjà visible à l’école primaire, oriente vers un TDAH plutôt que vers un prodrome tardif.
  • Entendre des voix ou tenir pour vrai un complot sans preuve oriente vers une psychose, pas vers une simple inattention.
  • Un discours qui saute de thème en thème, ou des mots inventés, n’appartient pas au TDAH habituel.
  • Un retrait brutal, une hygiène négligée et une mimique figée depuis quelques mois demandent un avis psychiatrique rapide.
  • Une consommation de cannabis, de cocaïne ou d’hallucinogènes peut mimer ces signes et doit être recherchée.

Gènes partagés et facteurs de risque communs

TDAH et schizophrénie ne tiennent pas à un gène unique. Ils partagent une part de risque polygénique, comme d’autres troubles psychiatriques. Une revue de 2024 dans Translational Psychiatry rappelle que ces affections sont héritables à hauteur de 34 % à 77 %, et que près de 75 % des loci génétiques significatifs identifiés par les études pangénomiques sont pléiotropes, c’est-à-dire associés à au moins deux diagnostics. La même revue montre que le risque observé chez les apparentés au premier degré dépasse ce que la seule corrélation génétique permet de prédire. L’environnement familial, les expositions précoces et le hasard de la vie pèsent aussi.

Du côté de la schizophrénie, la Mayo Clinic décrit un mélange de génétique, de chimie cérébrale (dopamine, glutamate) et d’environnement. Une histoire familiale, des difficultés pendant la grossesse ou à la naissance (nutrition insuffisante, petit poids, exposition à des toxines ou à des virus), des conditions de vie très stressantes, et la prise de substances psychoactives à l’adolescence ou au début de l’âge adulte figurent parmi les facteurs qui rendent le tableau plus probable. Aucun de ces éléments ne « suffit » à lui seul.

Pour le TDAH, le NICE liste des groupes où la prévalence est plus élevée que dans la population générale. Naissance prématurée, parent proche déjà diagnostiqué, épilepsie, autres troubles du neurodéveloppement, antécédents de consommation de substances, ou encore traumatisme crânien acquis font partie de cette liste. Ces recoupements (prématurité, petit poids, expositions prénatales, substances) expliquent en partie pourquoi les deux diagnostics se croisent dans les familles et dans les dossiers, sans que l’un « cause » l’autre de façon mécanique.

La leçon utile pour le lecteur n’est pas un test génétique à demander en ligne. C’est plutôt d’apporter au médecin une histoire familiale précise (TDAH, psychose, trouble bipolaire, suicides) et le calendrier des premiers signes. Un TDAH documenté dès l’école primaire n’a pas la même signification qu’une inattention apparue à 17 ans, quelques mois avant un premier épisode psychotique.

Comment le diagnostic se construit

Aucun examen de sang, aucun scanner et aucune échelle isolée ne pose à lui seul le diagnostic de TDAH ou de schizophrénie. Le clinicien reconstruit une histoire, écarte d’autres causes, et compare les signes aux critères internationaux. Pour le TDAH, le NICE réserve le diagnostic à un psychiatre, un pédiatre ou un professionnel formé. L’évaluation porte sur la vie quotidienne dans plusieurs domaines, une histoire développementale et psychiatrique complète, des observations de l’entourage et l’état mental actuel. Les symptômes d’hyperactivité, d’impulsivité ou d’inattention doivent correspondre aux critères du DSM-5 ou de la CIM-11, entraîner au moins une gêne modérée, et se voir souvent dans deux milieux importants.

Le même seuil d’âge revient dans les fiches de la Mayo Clinic. Les signes centraux du TDAH commencent avant 12 ans. Chez le jeune enfant, un retard de langage ou un autre trouble du développement peut mimer le tableau, d’où l’intérêt d’un avis spécialisé. Dépression, anxiété, troubles du sommeil, problèmes de vue ou d’audition, autisme, épilepsie et certains médicaments font partie des diagnostics différentiels. Les questionnaires (Conners, Strengths and Difficulties Questionnaire) aident, mais le NICE refuse un diagnostic fondé uniquement sur une échelle.

Pour la schizophrénie, la démarche vise d’abord à écarter une cause médicale, un médicament ou une substance. Un examen physique, des analyses, parfois une IRM ou un scanner, et un entretien psychiatrique détaillé (pensées, humeur, hallucinations, risque suicidaire ou de violence, antécédents familiaux) construisent le dossier. Les personnes concernées ne savent souvent pas qu’elles ont besoin de soins. Ce sont alors les proches qui déclenchent la consultation.

Le piège fréquent, à l’adolescence, est de coller trop vite une étiquette TDAH sur une inattention récente. Si les difficultés d’attention n’existaient pas dans l’enfance et qu’elles s’accompagnent d’un repli, d’un sommeil bouleversé ou d’idées étranges, le clinicien doit aussi penser à un prodrome psychotique. L’inverse existe. Un TDAH ancien, bien documenté, n’empêche pas une schizophrénie d’apparaître plus tard. Ces deux hypothèses se discutent sur pièces, pas sur une impression de quelques minutes en consultation.

Un enfant fait un gâchis de ses céréales de petit déjeuner.

Les stimulants du TDAH peuvent-ils déclencher une psychose ?

Oui, ce risque existe, il reste peu fréquent, et il ne doit ni faire interrompre un traitement utile sans avis, ni être minimisé. En 2007, la Food and Drug Administration américaine a exigé un avertissement sur les étiquettes des stimulants, après des essais courts où des symptômes psychotiques ou maniaques apparaissaient chez environ 0,1 % des patients traités, contre aucun sous placebo. En 2019, Moran et coll. ont comparé, chez 221 846 adolescents et jeunes adultes, un premier traitement par méthylphénidate et un premier traitement par amphétamine. Une psychose d’apparition récente, définie par un diagnostic et une prescription d’antipsychotique, survenait chez environ 1 patient sur 660. Le taux était de 0,10 % sous méthylphénidate et de 0,21 % sous amphétamine (rapport de risques 1,65).

Une méta-analyse de 2025, portant sur 16 études et 391 043 personnes, a estimé la survenue de symptômes psychotiques à 2,76 % chez les personnes TDAH exposées à un stimulant, celle d’un trouble psychotique à 2,29 %, et celle d’un trouble bipolaire à 3,72 %. L’hétérogénéité entre études était très élevée. Les amphétamines restaient associées à davantage de psychose que le méthylphénidate (rapport des cotes 1,57). Les auteurs soulignent que ces travaux ne prouvent pas que le médicament est la cause. Ils n’avaient pas de groupe témoin homogène de TDAH non traité, et dans plusieurs pays les amphétamines sont réservées aux cas plus difficiles.

Pendant la phase aiguë, la règle du NICE est simple. Chez l’enfant de 5 ans et plus, l’adolescent et l’adulte qui présentent un épisode psychotique ou maniaque aigu, il faut arrêter le médicament du TDAH, puis discuter de le reprendre ou d’en choisir un autre une fois l’épisode résolu, au cas par cas. Chez l’enfant, le méthylphénidate est le premier choix pharmacologique. Chez l’adulte, le NICE propose la lisdexamfétamine ou le méthylphénidate en première ligne, l’atomoxétine si les stimulants ne conviennent pas. Les amphétamines, fréquentes aux États-Unis, le sont beaucoup moins dans d’autres pays, ce que la cohorte de Moran souligne. En France, le médecin et le pharmacien indiquent ce qui est disponible et adapté.

Dès qu’un enfant sous stimulant a un comportement brutalement modifié, ou s’il voit ou entend des choses qui n’existent pas, la Mayo Clinic demande de contacter le prescripteur sans délai. Ce n’est pas une raison pour jeter la boîte dans l’évier. C’est une raison pour un avis le jour même.

  • Un stimulant peut, rarement, faire apparaître des voix, une manie ou une méfiance aiguë, même sans antécédent psychotique.
  • Le méthylphénidate a été associé, dans les cohortes, à moins d’événements psychotiques que les amphétamines.
  • Pendant un épisode psychotique aigu, le NICE demande d’interrompre le traitement du TDAH.
  • Après la résolution de l’épisode, la reprise se discute selon le bénéfice, le risque et les alternatives non stimulantes.
  • Une atomoxétine, une guanfacine ou un autre non-stimulant peut être envisagé si le stimulant n’est plus tenable.

Deux stratégies de traitement différentes

Les deux affections se soignent, aucune des deux ne se « guérit » au sens d’une disparition garantie et définitive. Le TDAH se traite par une combinaison de médicaments, d’aménagements scolaires ou professionnels, et de thérapies comportementales. La schizophrénie se traite par des antipsychotiques au long cours, un accompagnement psychosocial et, au premier épisode, des programmes spécialisés. Confondre les deux logiques, par exemple en poursuivant un stimulant pendant une psychose aiguë, inverse l’ordre des soins.

Pour le TDAH, les stimulants (méthylphénidate, parfois amphétamines selon les pays) restent les médicaments les plus prescrits. Ils agissent en quelques heures chez beaucoup de patients, en modulant des neurotransmetteurs. Les non-stimulants (atomoxétine, guanfacine, parfois clonidine) mettent souvent plusieurs semaines à produire leur effet. Le NICE refuse que le médecin de premier recours pose le diagnostic initial et commence le médicament chez l’enfant. Après titrage par un spécialiste, le suivi peut être partagé. Si une schizophrénie, un trouble bipolaire ou une autre affection mentale coexiste, le titrage doit être plus lent et la surveillance plus serrée.

Pour la schizophrénie, le NIMH décrit des antipsychotiques quotidiens, parfois en injection mensuelle. Si les symptômes résistent, la clozapine peut être proposée. Elle impose des prises de sang régulières, parce qu’un effet indésirable grave survient chez 1 à 2 % des patients. Les approches psychosociales (thérapie cognitivo-comportementale, entraînement aux habiletés, emploi accompagné, remédiation cognitive, éducation des familles) réduisent le risque de rechute. Les programmes de soins spécialisés coordonnés, destinés au premier épisode, améliorent symptômes, qualité de vie et reprise des études ou du travail par rapport aux soins habituels.

Quand les deux diagnostics sont retenus, l’ordre des priorités est clinique plutôt que théorique. Traiter d’abord la psychose aiguë, interrompre le stimulant le temps de l’épisode, puis réévaluer l’inattention une fois l’état mental plus stable. Un TDAH qui persiste après cette phase peut justifier un non-stimulant, une reprise prudente d’un stimulant, ou un travail éducatif sans médicament. Ces choix se font avec le psychiatre, pas d’après une règle unique trouvée sur internet, et encore moins en ajoutant de soi-même un antipsychotique au méthylphénidate.

Signes qui justifient de consulter un médecin

Des expériences inhabituelles (voix, convictions irréelles), une rupture brutale du fonctionnement, ou un changement de comportement sous stimulant justifient un avis sans attendre le prochain rendez-vous de routine. La Mayo Clinic rappelle que beaucoup de personnes qui développent une schizophrénie ne se savent pas malades. Les proches ont souvent à porter la première alerte. Le NICE, pour le TDAH, envoie d’emblée vers le second recours lorsque la gêne est déjà importante ; une période d’observation d’au plus 10 semaines n’a de sens que si l’impact reste plus limité.

Le risque suicidaire donne l’échelle de l’urgence. Environ 4,9 % des personnes vivant avec une schizophrénie meurent par suicide, surtout au début de la maladie. Un danger pour soi ou pour autrui, l’absence de logement, de nourriture ou de vêtements, ou une agitation incontrôlable relèvent du 15 ou du 112, pas d’un forum. Un médecin, un psychiatre ou un service d’accueil d’urgence pourra ensuite démêler psychose, intoxication, effet d’un stimulant et TDAH ancien.

Situation Conduite à tenir
Distractibilité ancienne, sans rupture avec la réalité Parler au médecin traitant, qui orientera si besoin vers un spécialiste du TDAH
Voix, idées délirantes, discours incohérent, repli brutal Consulter un psychiatre ou les urgences le jour même
Sous stimulant, l’enfant voit ou entend ce qui n’existe pas Contacter le prescripteur immédiatement, sans attendre
Propos suicidaires, violence, personne en danger Appeler le 15 ou le 112
Inattention apparue seulement à la fin de l’adolescence Ne pas conclure trop vite à un TDAH, faire évaluer un possible prodrome
TDAH connu et autre trouble (dépression, autisme, tics) Maintenir un suivi, car le risque ultérieur de psychose est plus élevé

Quelques questions, préparées avant la consultation, accélèrent le travail du clinicien.

  • Les difficultés d’attention existaient-elles vraiment avant 12 ans, à l’école et à la maison ?
  • Un parent, un frère ou une sœur a-t-il déjà eu une psychose, un trouble bipolaire ou un TDAH ?
  • Un stimulant a-t-il déjà provoqué une agitation extrême, une manie ou des perceptions étranges ?
  • Une substance (cannabis, stimulants non prescrits, alcool) entre-t-elle dans le tableau actuel ?
  • Qui, dans l’entourage, peut décrire le comportement dans plusieurs milieux ?

Questions fréquentes

Le TDAH peut-il se transformer en schizophrénie ?

Non, le TDAH ne se métamorphose pas en schizophrénie. Les deux diagnostics restent distincts, même s’ils partagent des gènes et un surcroît de risque statistique. La méta-analyse de 2021 montre une association, avec une prévalence médiane de trouble psychotique de 2,7 % dans les cohortes TDAH, pas une conversion automatique. La plupart des personnes qui ont un TDAH n’auront jamais d’épisode psychotique.

Les médicaments du TDAH provoquent-ils des hallucinations ?

Ils le peuvent, rarement. Dans la cohorte de Moran (2019), une psychose d’apparition récente survient chez environ 1 patient sur 660 sous stimulant, plus souvent sous amphétamine que sous méthylphénidate. Le NICE demande d’arrêter le médicament du TDAH pendant un épisode psychotique aigu. Contactez le prescripteur le jour même si des voix, une manie ou une perte de contact avec la réalité apparaissent, plutôt que d’arrêter seul un traitement au long cours sans consigne.

Peut-on avoir un TDAH et une schizophrénie en même temps ?

Oui. L’inattention d’un TDAH ancien peut persister à côté d’une psychose, et l’inverse n’est pas rare non plus. Le diagnostic de TDAH exige toutefois que les symptômes ne soient pas expliqués uniquement par l’épisode psychotique, et qu’ils aient commencé dans l’enfance. Le plus souvent, on traite d’abord l’épisode aigu, on arrête le stimulant le temps nécessaire, puis on réévalue l’attention une fois l’état mental plus calme.

Comment savoir si l’inattention est un TDAH ou le début d’une psychose ?

Le calendrier tranche souvent mieux que l’intensité du décrochage. Des oublis et une agitation présents dès l’école primaire, dans plusieurs milieux, parlent pour un TDAH. Une inattention neuve à 16 ou 20 ans, jointe à un repli, à des idées étranges ou à des voix, fait plutôt chercher un prodrome ou un premier épisode. Le médecin s’appuie sur les bulletins scolaires, les proches et un entretien psychiatrique, pas sur un seul questionnaire.

Faut-il éviter le méthylphénidate si un parent a une schizophrénie ?

Pas automatiquement. Un antécédent familial de psychose fait partie des éléments que le prescripteur doit connaître, parce qu’il peut justifier une surveillance plus étroite et, parfois, un non-stimulant. Le NICE ne pose pas une interdiction générale. Il demande d’arrêter le médicament du TDAH si un épisode psychotique aigu survient, et d’aller plus lentement lorsque d’autres affections mentales coexistent. La décision se prend avec le spécialiste, sur le rapport bénéfice-risque de la personne, pas sur le seul arbre généalogique.

Un enfant TDAH doit-il rester suivi après 18 ans ?

Oui, au moins le temps d’une réévaluation. Le NICE demande de réexaminer, à l’âge de quitter l’école, le besoin de poursuivre les soins en médecine adulte, en général avant 18 ans. La méta-analyse de 2021 souligne aussi que le surcroît de risque de trouble psychotique ne s’arrête pas à la majorité. Un relais clair, avec le dossier scolaire et le calendrier des symptômes, évite de perdre le fil entre pédopsychiatrie et psychiatrie adulte.

Deux pots de différents types de comprimés.

Conclusion

TDAH et schizophrénie se croisent sur l’attention, sur une part de génétique et, parfois, chez la même personne. Ils ne se confondent pas. Un TDAH de l’enfance s’associe à un risque de trouble psychotique ultérieur multiplié par environ 4,7, pour une prévalence médiane de 2,7 % dans les cohortes concernées. Les stimulants restent un traitement utile du TDAH et un facteur rare, documenté, de symptômes psychotiques. La règle du NICE est nette en phase aiguë. On arrête le médicament du TDAH pendant un épisode psychotique, puis on rediscute.

Le prochain geste utile n’est pas de collectionner les tests en ligne. C’est d’écrire, avant la consultation, depuis quand l’inattention existe, dans quels milieux elle gêne, quels médicaments ont déjà été pris, et s’il y a eu des voix, une méfiance envahissante ou un repli brutal. Si la personne est en danger, le 15 ou le 112 précède tout le reste.

Apportez au médecin les bulletins scolaires, la liste des traitements et le récit d’un proche. Demandez-lui comment distinguer, dans votre cas, un TDAH ancien, un effet indésirable de stimulant et un premier épisode psychotique, et ce qu’il faudra faire dans les 24 heures si des hallucinations apparaissent.

Sources

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À propos de l’auteur

Pauline Cécile TessierRédactrice médicale

J’ai fait mes études d’infirmière à l’IFSI La Capelette. Après mon congé maternité, je me suis tournée vers la rédaction et la relecture de textes médicaux. Pour chaque article, je lis les recommandations officielles, les études et les guides cliniques, et j’utilise aussi des outils d’IA dans mon travail. Chaque affirmation peut être vérifiée dans les sources citées de l’article.