
Le trouble borderline, souvent abrégé TPB, est une affection psychique durable qui rend très difficile la régulation des émotions, l’image de soi et les relations, avec une impulsivité marquée. Le diagnostic est clinique ; il s’appuie sur un entretien et, dans le DSM-5-TR, sur au moins cinq critères parmi neuf, sans prise de sang ni imagerie qui le confirmerait.
La crainte la plus fréquente est celle d’un destin figé. Les données du NIMH (enquête NCS-R, 2001-2003) estiment la prévalence sur un an à 1,4 % des adultes aux États-Unis ; le Manuel MSD indique qu’environ 8 à 10 % des personnes concernées meurent par suicide. L’APA, en 2024, rappelle pourtant que le trouble peut entrer en rémission.
La recommandation britannique NICE CG78, revue le 30 juillet 2024, écarte les médicaments comme traitement du trouble lui-même. L’APA place une psychothérapie structurée au centre des soins. Une revue Cochrane de 2020 a rassemblé 75 essais, surtout sur la thérapie comportementale dialectique et la mentalisation, avec un niveau de preuve encore limité.
Qu’est-ce que le trouble borderline ?
C’est un trouble de la personnalité du groupe B, marqué par une instabilité envahissante des relations, de l’image de soi et des affects, avec une impulsivité nette. Le NIMH le décrit comme une maladie mentale qui compromet gravement la capacité à réguler les émotions, ce qui nourrit l’impulsivité, une image de soi vacillante et des liens chaotiques.
Le DSM-5-TR le range parmi les troubles de la personnalité, distincts des épisodes maniaques du trouble bipolaire et des psychoses persistantes. La Cleveland Clinic rappelle qu’il s’agit d’une affection au long cours, mais que le fonctionnement émotionnel n’est pas figé.
Les signes apparaissent le plus souvent au début de l’âge adulte. La Mayo Clinic note que l’intensité est souvent maximale chez le jeune adulte, puis que les colères et l’impulsivité tendent à s’apaiser, alors que la peur d’être laissé peut durer. Le Manuel MSD indique qu’environ 75 % des personnes diagnostiquées sont des femmes, alors que le ratio dans la population générale est proche de un pour un ; les hommes sont plus souvent diagnostiqués à tort comme dépressifs ou comme atteints d’un trouble de stress post-traumatique.
Aucun test unique ne « prouve » le diagnostic. Un psychiatre ou un psychologue clinicien s’appuie sur l’histoire de vie, le fonctionnement dans plusieurs contextes et, au besoin, le regard de proches. En France, le médecin traitant oriente ; les critères utilisés localement relèvent du clinicien, souvent inspirés du DSM-5-TR ou de la CIM.

Quels signes permettent de le reconnaître ?
Les symptômes touchent à la fois ce que vous ressentez, la façon dont vous vous voyez et la manière dont vous vous liez aux autres. Ils ne sont pas les mêmes chez tout le monde ; le NIMH insiste sur cette variabilité de fréquence, de durée et de gravité.
La peur d’être abandonné, même pour un retard banal, peut déclencher une panique, une colère ou des efforts désespérés pour retenir l’autre. Le Manuel MSD décrit des relations qui basculent de l’idéalisation au dénigrement, un clivage en « tout bon » ou « tout mauvais ». L’image de soi peut changer d’un jour à l’autre. Un vide intérieur chronique, une colère disproportionnée puis la honte, des épisodes dissociatifs sous stress font aussi partie du tableau.
Les sautes d’humeur durent en général quelques heures, rarement plus de quelques jours, ce qui les distingue des phases plus longues d’un trouble de l’humeur. Le NIMH le souligne pour éviter la confusion avec un épisode maniaque, où l’énergie et le besoin de sommeil changent de façon soutenue. L’impulsivité se traduit par des dépenses, une sexualité à risque, une conduite dangereuse, des consommations ou des crises alimentaires.
Les neuf critères du DSM-5-TR, repris par le Manuel MSD, aident à poser le cadre. Il en faut au moins cinq, de façon durable et dans plusieurs contextes, à partir du début de l’âge adulte.
- Vous multipliez les efforts pour éviter un abandon réel ou imaginé, hors gestes suicidaires déjà comptés ailleurs.
- Vos relations intimes oscillent entre idéalisation extrême et dévalorisation soudaine de l’autre.
- L’image que vous avez de vous-même reste instable, parfois jusqu’au sentiment de ne plus exister.
- L’impulsivité touche au moins deux domaines potentiellement dangereux, hors automutilation.
- Des menaces, gestes suicidaires ou blessures volontaires reviennent de façon répétée.
- L’humeur bascule en quelques heures, rarement au-delà de quelques jours, selon le stress relationnel.
- Un sentiment de vide intérieur persiste, distinct d’une tristesse passagère.
- La colère explose de façon inadaptée, ou vous n’arrivez plus à la contenir.
- Sous stress, des idées de persécution transitoires ou une dissociation marquée apparaissent.
Ces critères ne sont pas un quiz à s’appliquer seul. Deux personnes qui remplissent cinq items peuvent avoir des visages cliniques très différents ; le retentissement sur le travail, la famille et la sécurité compte autant que la liste.
Comment pose-t-on le diagnostic ?
Il se pose après une évaluation psychiatrique ou psychologique, pas après un questionnaire en ligne. La Mayo Clinic décrit un entretien détaillé, une évaluation de santé mentale, l’histoire médicale et la discussion des symptômes ; un examen physique sert surtout à écarter une cause organique. L’APA (2024) recommande d’y ajouter le motif de consultation, vos objectifs, les troubles associés, le risque suicidaire et un plan de soins écrit, discuté avec vous.
Le point le plus souvent mal compris concerne le DSM-5-TR. La section II, celle qu’utilisent la plupart des cliniciens, exige toujours au moins cinq critères sur neuf, dans un mode envahissant qui commence au début de l’âge adulte. Un modèle alternatif, placé en section III, décrit le fonctionnement (identité, autodirection, empathie, intimité) et des traits. Ce modèle n’a pas remplacé le seuil des cinq critères ; l’APA note qu’elle ne l’a pas intégré dans sa recommandation de 2024, faute d’essais thérapeutiques suffisants.
On diagnostique rarement le trouble chez l’enfant, parce que la personnalité bouge encore. Le NIMH et la Cleveland Clinic acceptent un diagnostic avant 18 ans seulement si les signes sont marqués et durent au moins un an. La NICE, dans le système britannique, demande que les jeunes concernés aient accès aux soins en pédopsychiatrie, sans être exclus à cause du diagnostic ou d’une automutilation.
Le diagnostic différentiel est le piège habituel. Le Manuel MSD oppose les oscillations brèves, déclenchées par un stress relationnel, aux humeurs plus soutenues du trouble bipolaire. Dépression, anxiété, addictions, troubles alimentaires, TDAH et trouble de stress post-traumatique coexistent souvent. Le NIMH chiffre, sur un an, une anxiété associée chez 60,5 % des adultes américains concernés, un trouble de l’humeur chez 34,3 %, un trouble lié aux substances chez 38,2 %, et au moins un autre trouble chez 84,5 %. Traiter seulement la dépression sans voir le fonctionnement borderline laisse souvent les crises relationnelles intactes.
Causes, génétique et facteurs de risque
On ne connaît pas une cause unique. Le NIMH parle d’un croisement entre héritage familial, fonctionnement cérébral et environnement, sans qu’un de ces facteurs suffise à lui seul. Avoir un parent ou un frère atteint augmente le risque ; le Manuel MSD et la Cleveland Clinic retiennent un risque environ cinq fois plus élevé chez les parents au premier degré.
Des maltraitances, négligences, séparations précoces ou un climat familial hostile reviennent souvent dans les récits. Cela ne signifie pas que toute personne abusée développera le trouble, ni que toute personne concernée a été maltraitée ; le NIMH formule ces deux limites. Des études d’imagerie montrent des différences dans des régions liées aux émotions et aux impulsions, sans que l’on sache si elles précèdent le trouble ou en résultent.
Personne ne « choisit » ce fonctionnement. La Mayo Clinic relie le risque à une prédisposition héréditaire et à une enfance stressante, y compris la perte d’un parent, un soignant souffrant d’addiction ou de maladie psychique, ou des conflits familiaux répétés. Il n’existe pas de prévention primaire validée ; la Cleveland Clinic le reconnaît. Ce qui change le pronostic, c’est l’accès à une psychothérapie structurée et le traitement des troubles associés.
Les chiffres de prévalence viennent surtout d’enquêtes américaines et ne se moyennent pas. La Cochrane avance un ordre de grandeur d’environ 2 % des adultes et 3 % des adolescents ; l’APA situe la prévalence vie entière aux États-Unis entre 1,4 % et 2,7 %, et beaucoup plus haut en consultation psychiatrique (10 à 18 % en ambulatoire, 9 à 25 % à l’hôpital). Le clinicien français applique les règles locales.
Automutilation et risque suicidaire, quand consulter
Le risque de se blesser et de mourir par suicide est nettement plus élevé que dans la population générale, et c’est la première raison de ne pas rester seul avec ces idées. Le NIMH le formule sans chiffre unique ; le Manuel MSD retient environ 8 à 10 % de décès par suicide et un risque de l’ordre de quarante fois celui de la population générale. Les menaces, gestes et automutilations (coupures, brûlures) sont fréquents, souvent déclenchés par un rejet, une séparation ou une déception.
Ces actes ne « font pas semblant ». Une blessure non suicidaire peut coexister avec un vrai risque de mort, et le Manuel MSD met en garde contre l’idée qu’une personne qui se coupe ne se tuera jamais. La Mayo Clinic conseille d’agir tout de suite en cas de pensées de mort, de plan ou de scénarios de se blesser. En France, appelez le 15 (SAMU) ou le 112, ou rendez-vous aux urgences, et ne laissez pas la personne seule.
Consulter un médecin traitant, un psychiatre ou un psychologue clinicien a du sens dès que la peur d’être abandonné, les colères, les ruptures en chaîne ou les prises de risque cassent le travail, les études ou les liens. La NICE, pour les médecins généralistes britanniques, propose d’orienter vers la psychiatrie de secteur en cas d’automutilation répétée, de prises de risque persistantes ou d’instabilité émotionnelle marquée, et vers la pédopsychiatrie avant 18 ans. Le même raisonnement s’applique chez nous, via le médecin traitant et les dispositifs locaux.
| Situation | Conduite à tenir | Pourquoi |
|---|---|---|
| Idées de mort, plan suicidaire, scénario de se tuer | Appeler le 15 ou le 112, ne pas rester seul | Mayo Clinic, NIMH |
| Blessure volontaire en cours, intoxication, danger immédiat | Urgences ou SAMU (15) | Mayo Clinic |
| Automutilation répétée, prises de risque qui s’aggravent | Voir un psychiatre ou le médecin traitant sans attendre | NICE CG78 |
| Tempêtes émotionnelles et ruptures depuis des mois, sans urgence vitale | Bilan en santé mentale, pas d’autodiagnostic | NIMH, Cleveland Clinic |
| Crise sans danger immédiat, suivi déjà en place | Plan de crise, rendez-vous rapproché, relais de l’équipe | NICE CG78 |
Un diagnostic n’est pas obligatoire pour demander de l’aide. La Cleveland Clinic rappelle que le risque de suicide augmente nettement si le trouble n’est ni reconnu ni soigné. Si vous êtes un proche, parlez-en à la personne et proposez un rendez-vous ; vous ne pouvez pas forcer un adulte à se soigner, mais vous pouvez refuser de rester seul face à un danger immédiat.
Quelles psychothérapies sont utiles ?
La psychothérapie est le traitement de fond, pas un complément optionnel. L’APA (2024) recommande une approche structurée, étayée par la littérature, qui vise les traits centraux du trouble ; aucun courant n’est déclaré supérieur aux autres. La NICE, dans sa version destinée au public, juge qu’un programme d’environ un an ou plus convient le mieux, avec une équipe qui partage le même cadre, et déconseille les interventions brèves de moins de trois mois hors d’un tel dispositif.
La revue Cochrane de 2020 a inclus 75 essais (4 507 participants, surtout des femmes). Par rapport aux soins habituels, la psychothérapie réduit la gravité d’une ampleur jugée cliniquement pertinente (environ −3,6 points sur une échelle Zanarini de 0 à 36). Les effets sur l’automutilation, les idées suicidaires et le fonctionnement sont favorables, avec une certitude encore faible à modérée.
Deux approches ont le plus d’essais. La thérapie comportementale dialectique (TCD, souvent appelée DBT) mélange séances individuelles et groupe de compétences ; le NIMH y voit un travail de pleine conscience, de maîtrise des émotions intenses, de réduction des conduites autodestructrices et d’amélioration des relations. D’après cette revue, elle peut diminuer la gravité, l’automutilation et améliorer le fonctionnement, toujours sur des preuves de faible certitude. La NICE propose d’envisager un programme complet de TCD chez les femmes pour qui réduire l’automutilation répétée est une priorité. La thérapie basée sur la mentalisation (TBM) vise à mieux lire ses propres états mentaux et ceux d’autrui avant d’agir ; elle peut réduire l’automutilation et les conduites suicidaires par rapport aux soins habituels.
D’autres formats existent. La Mayo Clinic cite la thérapie cognitivo-comportementale, utile pour repérer des perceptions déformées ; la thérapie des schémas, tournée vers des modes de pensée anciens ; la psychothérapie focalisée sur le transfert, qui travaille la relation avec le thérapeute ; et le programme STEPPS, un groupe de vingt semaines qui associe proches et soignants, en plus d’une autre thérapie. L’offre réelle en France dépend des équipes ; demandez quelles approches sont disponibles près de chez vous, plutôt que d’attendre un sigle unique.

Quelle place pour les médicaments ?
Aucun médicament n’a d’autorisation spécifique pour le TPB aux États-Unis ; la Mayo Clinic le rappelle à propos de la FDA. La recommandation APA de 2024 va plus loin ; après revue de la littérature, elle ne retient pas de preuve qu’un psychotrope traite les symptômes centraux, et elle suggère, si un médicament est prescrit, qu’il soit limité dans le temps, visé sur un symptôme mesurable, et toujours associé à une psychothérapie. Un réexamen de l’ordonnance au moins tous les six mois doit permettre d’arrêter ce qui ne sert plus.
La NICE est plus stricte encore dans le système britannique. Elle demande de ne pas utiliser de médicament spécifiquement pour le trouble ou pour ses comportements (automutilation répétée, instabilité émotionnelle, prises de risque, symptômes psychotiques transitoires), et de ne pas prescrire d’antipsychotique au moyen ou au long cours pour cette indication. Un sédatif peut être envisagé avec prudence pendant une crise, pas plus d’une semaine, en évitant d’empiler les molécules. Les comorbidités (dépression, anxiété, stress post-traumatique) se traitent dans le cadre d’un programme structuré, selon les guides propres à chaque affection.
La Cochrane de 2022 a passé en revue 46 essais (2 769 personnes, presque toutes des femmes). Aucune classe (antipsychotiques, antidépresseurs, thymorégulateurs) n’a montré d’avantage clair contre placebo sur la gravité, l’automutilation, les conduites suicidaires ou le fonctionnement. La certitude est très faible ; les effets indésirables sont mal rapportés. Ces résultats ne justifient ni un refus de soigner une dépression associée, ni une ordonnance au long cours « pour le borderline ». Le Manuel MSD juge les inhibiteurs sélectifs de la recapture de la sérotonine peu efficaces sur l’anxiété et la tristesse dans ce contexte, et déconseille benzodiazépines et stimulants (dépendance, surdose, désinhibition).
En France, le psychiatre applique les règles et les spécialités disponibles localement ; ce texte ne fixe pas une posologie. Si plusieurs psychotropes se sont accumulés au fil des crises, la NICE invite à revoir l’ordonnance pour réduire ce qui n’a plus d’indication. Posez la question de l’objectif de chaque comprimé, de sa durée prévue et de la date de réévaluation.
Crise, hospitalisation et plan de soins
Une crise se gère d’abord avec un plan écrit, pas avec une admission automatique. La NICE demande aux équipes d’explorer le point de vue de la personne, de valider la détresse sans minimiser, de chercher des solutions avec elle et d’épuiser les alternatives avant une hospitalisation. Un sédatif, s’il est prescrit, vise des symptômes cibles, à dose minimale, avec peu de comprimés si le risque de surdose est élevé, puis un arrêt prévu, en général dans la semaine.
L’hôpital a une place étroite. La Mayo Clinic et la Cleveland Clinic y voient un recours quand la sécurité est menacée, pour protéger et relancer un plan de soins. La NICE, dans le NHS, n’envisage l’admission en psychiatrie aiguë que si un risque grave ne peut être contenu ailleurs ; elle demande d’abord une équipe de crise ou une alternative à domicile, avec une durée et un objectif convenus. Ces règles britanniques ne s’appliquent pas telles quelles en France, mais le principe demeure ; l’hôpital soigne un danger, il ne « guérit » pas le trouble.
Un plan de crise, partagé avec le médecin traitant, devrait lister les déclencheurs, les stratégies qui ont déjà aidé, et les numéros à appeler quand cela ne suffit plus (15, 112, psychiatre de garde, structure locale). La NICE insiste aussi sur les fins de traitement et les passages d’un service à un autre, souvent vécus comme un abandon ; ces transitions se préparent, avec un relais nommé. Si vous avez des enfants à charge, l’évaluation doit inclure leurs besoins.
Après la tempête, on actualise le plan. On revoit ce qui a aidé, ce qui a nui, et on arrête le traitement commencé « pour la crise » dès que possible. Rester dans une chambre d’hôpital par peur du vide n’est pas un objectif de soin ; retrouver un rythme de thérapie, de sommeil et de liens l’est davantage.
Le trouble s’améliore-t-il avec l’âge ?
Oui, une amélioration est fréquente, surtout pour l’impulsivité et les colères, sans que cela dispense de se soigner en attendant. La Mayo Clinic observe que ces traits s’atténuent souvent avec les années, alors que l’image de soi, la peur d’être laissé et les relations restent plus tenaces. La Cleveland Clinic situe souvent cette atténuation autour de la quarantaine, et déconseille d’attendre ce cap, parce que les dégâts relationnels, professionnels et de santé s’accumulent avant.
L’APA (2024) rompt avec l’idée d’un trouble inéluctablement figé ; il peut entrer en rémission, les symptômes peuvent être réduits et gérés. Des traits comme la peur de l’abandon, l’impulsivité, la colère intense ou une identité instable peuvent toutefois persister, de même qu’un handicap social ou professionnel. Les tentatives de suicide et l’automutilation diminuent avec le temps dans les cohortes suivies, tout en restant plus fréquentes que chez les personnes sans ce diagnostic. Le suicide et la mortalité toutes causes restent plus élevés, surtout chez ceux qui n’ont pas atteint une récupération durable.
« Rémission » et « rétablissement » ne sont pas synonymes. Dans les suivis cités par l’APA, beaucoup de personnes cessent de remplir les critères pendant des années, alors qu’un fonctionnement social et professionnel solide est plus lent et plus fragile. La Mayo Clinic le dit autrement ; la plupart s’améliorent nettement, certaines gardent des symptômes, et le meilleur atout est un clinicien habitué à ce trouble.
Garder le cap compte autant que le choix du sigle. Le NIMH souligne que les personnes sans soins adaptés développent plus souvent d’autres maladies chroniques et des habitudes de vie défavorables. Interrompre une thérapie dès que la crise retombe est un piège classique ; c’est souvent le moment où le travail sur l’identité et les relations devient possible.
Comment accompagner un proche ?
Vous aidez davantage en devenant prévisible et informé qu’en cherchant la réplique parfaite. Le NIMH propose d’apprendre le trouble, d’offrir un soutien patient sans coller à chaque tempête, de prendre au sérieux les propos suicidaires, et de chercher vous-même un espace de parole, chez un autre thérapeute que celui de la personne. Encourager une thérapie familiale, si la personne le souhaite, peut clarifier les besoins des uns et des autres.
Quelques appuis concrets, tirés des pages du NIMH et de la Mayo Clinic, se résument ainsi.
- Apprendre le fonctionnement du trouble évite de lire chaque crise comme une attaque personnelle.
- Prendre au mot une menace suicidaire mène à appeler le 15 ou le 112 plutôt qu’à négocier.
- Tenir un cadre (sommeil, repas, rendez-vous) aide plus qu’un discours moralisateur sur la « volonté ».
- Participer à un groupe de type STEPPS, si l’équipe le propose, donne des outils partagés pour les crises.
- Consulter de votre côté protège votre propre santé et réduit les réactions qui alimentent le clivage.
Vous n’avez pas à tout absorber. La Mayo Clinic rappelle qu’on ne force pas un adulte à changer, et qu’un thérapeute pour vous-même est légitime si le lien devient insupportable. En cas de violence, la sécurité prime sur le maintien de la relation. Demandez à l’équipe, avec l’accord de la personne, comment relayer un plan de crise sans vous transformer en soignant à domicile.
Questions fréquentes
Borderline et bipolaire, est-ce la même chose ?
Non. Les deux peuvent faire varier l’humeur, mais le TPB réagit surtout à un stress relationnel, sur quelques heures, alors que le trouble bipolaire comporte des phases plus durables, avec un changement d’énergie et de sommeil. Le NIMH insiste sur l’absence d’élévation franche de l’humeur de type maniaque pour parler de borderline. Les deux diagnostics peuvent coexister ; seul un clinicien départage.
Un adolescent peut-il recevoir ce diagnostic ?
Parfois, si les signes sont graves et durent au moins un an, selon le NIMH et la Cleveland Clinic. La Mayo Clinic reste prudente, car beaucoup de tempêtes de l’adolescence s’apaisent. Avant 18 ans, l’orientation se fait vers la pédopsychiatrie ; la NICE refuse qu’un jeune soit écarté des soins à cause du diagnostic ou d’une automutilation.
Existe-t-il un médicament qui soigne le trouble lui-même ?
Non. Ni la FDA ni la Cochrane 2022 n’identifient de molécule supérieure au placebo sur les symptômes centraux. La NICE déconseille de traiter le trouble ou ses comportements par un médicament, hors crise brève ou maladie associée. Un comprimé peut aider une dépression ou une anxiété comorbide, sous réévaluation régulière.
Peut-on vivre une vie plus stable avec ce trouble ?
Oui, beaucoup de personnes s’améliorent avec une psychothérapie structurée, et l’APA (2024) affirme que le trouble peut entrer en rémission. Cela n’efface pas toujours la peur d’être abandonné ni les reliquats relationnels. Le rétablissement se mesure à la réduction des crises, à la sécurité et à la reprise d’une vie quotidienne, pas à une disparition magique de tout trait.
La thérapie comportementale dialectique est-elle obligatoire ?
Non. C’est l’approche la plus étudiée, et la NICE la propose surtout aux femmes dont l’automutilation répétée est au premier plan. L’APA ne désigne aucun courant unique. Si aucune TCD n’est disponible près de chez vous, une autre psychothérapie structurée (mentalisation, schémas, transfert, programme STEPPS) reste un objectif raisonnable.
Faut-il se faire hospitaliser à chaque crise ?
Non. L’hôpital sert quand un risque grave ne peut être contenu ailleurs, pas comme routine. La NICE demande d’abord les alternatives (équipe de crise, domicile) et un objectif d’admission convenu. Un plan écrit, un suivi rapproché et le 15 ou le 112 en cas de danger immédiat couvrent la plupart des tempêtes.
Conclusion
Les critères officiels du DSM-5-TR restent un seuil de cinq signes sur neuf. La psychothérapie structurée est le levier que retiennent l’APA en 2024 et la NICE (CG78, revue en 2024) ; les médicaments n’ont pas fait la preuve d’un effet sur le noyau du trouble. Le risque suicidaire, de l’ordre de 8 à 10 % de décès dans les séries du Manuel MSD, justifie une vigilance constante, sans transformer chaque émotion vive en urgence.
Si vous vous reconnaissez dans cette instabilité des liens, du soi et des émotions, un rendez-vous avec le médecin traitant permet d’orienter vers un psychiatre ou un psychologue clinicien habitué aux troubles de la personnalité. Emportez une liste de crises récentes, des traitements déjà essayés et la question concrète de savoir si une thérapie structurée (TCD, mentalisation ou équivalent) est accessible près de chez vous, et sur quelle durée. En cas d’idées de mort, de plan ou de blessure en cours, appelez le 15 ou le 112.
Les proches ont un rôle de relais, pas de sauveteurs permanents. Un cadre prévisible, un plan de crise partagé et un espace de parole pour vous-même réduisent le chaos mieux qu’un débat sur « qui a tort ». Le trouble demande du temps ; les données de suivi montrent qu’il en vaut la peine.
Sources
- Borderline personality disorder: recognition and management. National Institute for Health and Care Excellence, 28 janvier 2009, revue le 30 juillet 2024.
- Keepers GA, Fochtmann LJ et al. : The American Psychiatric Association Practice Guideline for the Treatment of Patients With Borderline Personality Disorder. American Journal of Psychiatry, 1er novembre 2024.
- Personality Disorders. National Institute of Mental Health, 2007.
- Borderline Personality Disorder. National Institute of Mental Health, décembre 2024.
- Borderline personality disorder – Symptoms and causes. Mayo Clinic, 31 janvier 2024.
- Borderline personality disorder – Diagnosis and treatment. Mayo Clinic, 31 janvier 2024.
- Borderline Personality Disorder (BPD): Symptoms & Treatment. Cleveland Clinic, 25 juillet 2025.
- Storebø OJ, Stoffers-Winterling JM et al. : Psychological therapies for people with borderline personality disorder. Cochrane Database of Systematic Reviews, 4 mai 2020.
- Stoffers-Winterling JM, Storebø OJ et al. : What are the benefits and risks of medication for people with borderline personality disorder?. Cochrane Database of Systematic Reviews, 14 novembre 2022.
- Borderline Personality Disorder (BPD). MSD Manual Professional Edition, septembre 2023, mis à jour en janvier 2026.
