Mononucléose : devrais-je m’inquiéter et quand consulter

Mononucléose : devrais-je m'inquiéter et quand consulter

La mononucléose infectieuse est une infection virale, le plus souvent due au virus d’Epstein-Barr (EBV), qui associe une angine, de la fièvre, des ganglions et une fatigue parfois très marquée. Chez la plupart des personnes, l’état s’améliore en 2 à 4 semaines, même si la lassitude peut se prolonger, d’après les pages des CDC mises à jour en 2024.

Un lycéen ou un étudiant consulte pour une angine qui ne cède pas, reçoit de l’amoxicilline, puis voit apparaître une éruption cutanée. Ce scénario oriente souvent vers une primo-infection à EBV plutôt que vers une angine bactérienne isolée. Au moins un adolescent ou un jeune adulte sur quatre développe une mononucléose lorsqu’il rencontre l’EBV pour la première fois, toujours selon les CDC (2024).

La fièvre et le mal de gorge baissent le plus souvent d’ici deux semaines, parfois quatre. La reprise du sport de contact se discute à partir de trois semaines après le début des signes dans la revue de l’American Family Physician (2023), alors que la Mayo Clinic (2022) et le Merck Manual (2026) parlent plutôt d’environ un mois. Une douleur brutale sous les côtes à gauche justifie d’appeler le 15 ou le 112.

Qu’est-ce que la mononucléose infectieuse ?

La mononucléose infectieuse, surnommée « maladie du baiser » ou fièvre ganglionnaire, est le tableau clinique d’une primo-infection, le plus souvent par l’EBV (herpèsvirus humain de type 4). D’autres agents peuvent produire le même syndrome, notamment le cytomégalovirus, responsable d’environ 10 % des tableaux de ce type d’après la revue de Sylvester, Buchanan et Silva (2023). Les CDC (2024) citent aussi, plus rarement, la toxoplasmose, le VIH, la rubéole, certaines hépatites virales et les adénovirus.

L’EBV est l’un des virus humains les plus répandus. Environ neuf adultes sur dix portent des anticorps témoignant d’une infection actuelle ou ancienne, indiquent les CDC (2024). Le Merck Manual (2026) situe la séroprévalence au-dessus de 95 % chez les adultes et autour de 66 % chez les enfants et adolescents américains de 6 à 19 ans. Chez le jeune enfant, le premier contact passe souvent inaperçu ou ressemble à un rhume banal. Le tableau « classique » (angine, fièvre, gros ganglions, épuisement) survient surtout à l’adolescence et au début de l’âge adulte, lorsque la rencontre avec le virus a été retardée.

Dans les pays à revenu élevé, la maladie touche surtout les 15-24 ans, avec 6 à 8 cas pour 1 000 personnes-années, et 11 à 48 cas pour 1 000 dans les internats, campus ou casernes, d’après la même revue de 2023. Après la primo-infection, le virus reste à l’état latent dans l’organisme, surtout dans les lymphocytes B, et peut se réactiver sans toujours donner de symptômes. Les personnes dont l’immunité est affaiblie risquent alors des formes plus graves, rappellent les CDC (2024).

On n’a pas besoin d’un « terrain fragile » pour tomber malade. Un premier contact à 18 ans suffit, parce que la réponse immunitaire de l’adolescent est plus bruyante que celle du petit enfant. L’infection aiguë guérit presque toujours, mais le virus, lui, ne quitte pas l’organisme.

Homme fatigué et épuisé par la mononucléose

Quels symptômes apparaissent et combien de temps durent-ils ?

Les signes commencent en général 4 à 6 semaines après le contact avec l’EBV, selon les CDC (2024) et la Mayo Clinic (2022). La revue de 2023 situe l’incubation entre 32 et 49 jours, le Merck Manual (2026) entre 30 et 50 jours. Chez le jeune enfant, ce délai peut être plus court. Les symptômes s’installent souvent progressivement et ne sont pas tous présents le même jour.

La triade habituelle associe fièvre, angine et adénopathies. La température culmine souvent l’après-midi ou en début de soirée, autour de 39,5 °C, et peut atteindre 40,5 °C d’après le Merck Manual (2026). MedlinePlus (2026) indique que la fièvre baisse souvent en une dizaine de jours. L’angine peut être très douloureuse, avec amygdales gonflées et un enduit blanchâtre, au point d’être prise pour une angine streptococcique. Les ganglions du cou, parfois aussi des aisselles ou de l’aine, sont sensibles. La fatigue est maximale les deux ou trois premières semaines et peut rester au premier plan alors que la gorge s’améliore.

D’autres signes accompagnent souvent ce noyau.

  • Des maux de tête, des courbatures et une perte d’appétit précèdent parfois l’angine de quelques jours.
  • Une rate un peu augmentée de volume se palpe chez environ une personne sur deux, surtout les deuxième et troisième semaines.
  • Une éruption rose, de type morbilleux, peut survenir, plus souvent après de l’ampicilline ou de l’amoxicilline.
  • Un foie un peu sensible, rarement un ictère, traduit une inflammation habituellement transitoire.

La fièvre et le mal de gorge s’atténuent en général en deux semaines, rappelle la Mayo Clinic (2022), alors que la fatigue, les ganglions et la rate peuvent rester anormaux plus longtemps. Les CDC (2024) écrivent que la plupart des personnes récupèrent entre la deuxième et la quatrième semaine, que la fatigue peut durer encore plus longtemps, et qu’elle persiste parfois six mois ou davantage. Le Merck Manual (2026) et la synthèse Cochrane sur les antiviraux (2016) retiennent qu’environ 10 % des patients restent fatigués à six mois. L’hospitalisation reste rare, moins de 1 % des cas dans la revue de 2023.

Chez l’enfant de moins de cinq ans, fièvre, angine et ganglions dominent, souvent avec une éruption et des signes de rhume, sans le grand épuisement de l’étudiant. Chez l’adulte plus âgé, le tableau peut être atypique, avec moins d’angine et moins de ganglions, ce qui allonge le délai diagnostique.

Comment le virus d’Epstein-Barr se transmet-il ?

L’EBV circule surtout par la salive. On le contracte en s’embrassant, en partageant un verre, des couverts, une bouteille ou une brosse à dents, ou au contact de jouets mouillés de salive, décrivent les CDC (2024). Le virus peut aussi passer par le sang et le sperme lors d’un rapport sexuel, par une transfusion ou par une greffe. Il n’est pas aussi contagieux qu’un rhume. Le Merck Manual (2026) estime qu’environ 5 % seulement des patients l’acquièrent auprès de quelqu’un qui a une infection aiguë visible. La source habituelle est une personne déjà infectée, souvent sans symptômes, qui excrète le virus dans la bouche.

La période contagieuse commence avant les signes. Les CDC (2024) indiquent que l’on peut transmettre le virus pendant des semaines, y compris avant de se sentir malade. Le NHS (2023) va plus loin et parle d’une contagiosité possible jusqu’à sept semaines avant les symptômes, puis pendant plusieurs mois après. La Mayo Clinic (2022) et MedlinePlus (2026) confirment que l’EBV peut rester dans la salive des mois après l’épisode. Une fois installé, le virus devient latent. S’il se réactive, une transmission reste possible, même longtemps après la primo-infection, précisent les CDC (2024). Chez l’adulte déjà porteur d’anticorps anti-EBV et dont l’immunité fonctionne, le Merck Manual (2026) retrouve une excrétion oropharyngée intermittente chez 10 à 20 % des personnes.

Aucun vaccin n’existe à ce jour. Les gestes utiles sont concrets et limités dans le temps.

  • Évitez les baisers et le partage de verres, couverts ou brosses à dents tant que la fièvre est là, et plus longtemps si possible.
  • Lavez-vous les mains et lavez ce qui a été en contact avec la salive, comme le recommande le NHS (2023).
  • Le NHS déconseille aussi de donner son sang pendant la période contagieuse.

Vous pouvez reprendre le travail ou l’école dès que vous vous sentez mieux, indique le NHS (2023). La Mayo Clinic (2022) précise qu’une quarantaine n’est pas nécessaire, beaucoup d’adultes étant déjà immunisés. Isoler un adolescent fatigué de tous ses proches n’empêche pas le virus de circuler dans la population, où la plupart des adultes l’ont déjà rencontré.

Comment le diagnostic est-il confirmé ?

Le médecin s’appuie d’abord sur l’histoire et l’examen. Une angine fébrile avec ganglions cervicaux postérieurs, parfois des pétéchies du palais, une rate un peu grande ou un foie sensible, chez un adolescent ou un jeune adulte, suffit souvent à évoquer le diagnostic. Les CDC (2024) indiquent que les tests de laboratoire ne sont pas toujours indispensables dans un tableau typique. Ils le deviennent si le tableau est atypique, si la personne est immunodéprimée, enceinte, ou s’il faut un résultat fiable pour décider d’une reprise sportive.

La numération-formule sanguine cherche une lymphocytose et des lymphocytes dits atypiques. La revue de 2023 retient comme seuils utiles plus de 40 % de lymphocytes et plus de 10 % de lymphocytes atypiques. Les enzymes du foie sont élevées chez une grande partie des patients, autour de 90 % dans le Merck Manual (2026), entre 58 et 100 % selon les séries citées par l’AAFP. Une transaminase un peu haute, devant une angine qui dure, renforce le soupçon.

Le test rapide des anticorps hétérophiles (souvent appelé Monospot) reste largement utilisé. Une revue systématique citée par l’AAFP (2023) lui attribue une sensibilité d’environ 87 % et une spécificité d’environ 91 %. Il peut être faussement négatif chez jusqu’à 25 % des adultes la première semaine, et il l’est souvent chez l’enfant de moins de cinq ans. Il peut rester positif jusqu’à un an et se positiver dans d’autres maladies. En avril 2024, les CDC ont indiqué qu’ils ne recommandent plus ce test en usage général, parce qu’il ne confirme pas l’EBV et qu’il produit des faux positifs comme des faux négatifs. Un résultat négatif tôt dans la maladie n’écarte donc pas le diagnostic.

La sérologie spécifique de l’EBV lève le doute. Un anticorps IgM dirigé contre l’antigène de capside (VCA) sans anticorps contre l’antigène nucléaire (EBNA) signe une infection récente, expliquent les CDC (2024). Les IgG anti-VCA apparaissent tôt et restent toute la vie. Les anticorps anti-EBNA n’arrivent qu’après deux à quatre mois. La présence simultanée d’anticorps anti-VCA et anti-EBNA indique une infection ancienne. Des titres élevés longtemps après ne prouvent pas une réinfection. Le médecin traitant choisit le panel disponible en France ; la lecture dépend du délai depuis le début des signes.

Une angine streptococcique peut coexister. Un test de recherche de streptocoque positif n’élimine pas la mononucléose. Si des facteurs de risque d’infection par le VIH existent, le Merck Manual (2026) rappelle qu’une primo-infection VIH peut imiter le même tableau et justifie un test adapté, car les sérologies VIH classiques peuvent encore être négatives à ce stade.

Que peut-on faire à la maison et quels médicaments éviter ?

Il n’existe pas de traitement antiviral de routine qui raccourcisse de façon fiable la maladie. La revue Cochrane de De Paor, O’Brien, Fahey et Smith (2016) a jugé l’effet de l’aciclovir, du valaciclovir et du valomaciclovir incertain, avec un niveau de preuve très bas. La revue de l’AAFP (2023) en tire la même conduite. Les soins portent sur le repos, les boissons et le soulagement de la fièvre et de la douleur. Le NHS (2023) conseille de boire souvent de petites gorgées si avaler fait mal.

Le paracétamol ou l’ibuprofène, aux doses indiquées par le médecin ou le pharmacien, peuvent aider. L’AAFP (2023) recommande d’utiliser le paracétamol avec mesure et d’éviter l’accumulation d’alcool, de paracétamol et d’autres substances toxiques pour le foie, déjà sollicité. L’aspirine n’a pas sa place chez l’enfant et l’adolescent dans ce contexte grippal, en raison du risque de syndrome de Reye, soulignent la Mayo Clinic (2022), l’AAFP (2023) et le NHS (2023), qui la réserve aux 16 ans et plus. Pour la gorge, la Mayo Clinic (2022) décrit un gargarisme plusieurs fois par jour avec 1,5 g de sel dans 237 ml d’eau tiède.

Les antibiotiques n’agissent pas sur l’EBV. Ils n’ont d’intérêt que si une surinfection bactérienne est documentée, par exemple une angine streptococcique associée. Les CDC (2024) demandent d’éviter les pénicillines du type ampicilline ou amoxicilline. L’AAFP (2023) rapporte qu’une éruption maculopapuleuse survient chez 90 à 100 % des patients exposés à ces bêta-lactamines dans les dix jours. Le Merck Manual (2026) relativise ce lien historique. Il estime qu’une éruption peut toucher jusqu’à environ 20 % des personnes et que l’antibiotique n’augmente pas forcément ce risque. Dans l’un et l’autre cas, l’éruption n’équivaut pas à une allergie durable à la pénicilline. Le médecin choisira, si un antibiotique est vraiment nécessaire, une molécule moins souvent impliquée.

Les corticoïdes ne sont pas un traitement de confort. L’AAFP (2023), s’appuyant sur une revue Cochrane, n’a pas trouvé de preuve suffisante pour les utiliser dans les formes simples. Un bénéfice sur le mal de gorge à 12 heures ne se maintenait pas. La Mayo Clinic (2022) et le Merck Manual (2026) les réservent à des complications précises, notamment une menace d’obstruction des voies aériennes, une thrombopénie grave ou une anémie hémolytique. Cette indication se décide à l’hôpital, pas en automédication.

Le repos aide, sans enfermer la personne au lit des semaines. Reprendre trop tôt un emploi du temps chargé peut faire rebondir la fatigue, prévient la Mayo Clinic (2022). Manger ce que l’on tolère, même par petites quantités, et rester hydraté suffit souvent. L’appétit revient avec la fièvre.

Schéma de transmission du virus EBV

Sport, rate et reprise d’activité : quels délais ?

La rate augmente de volume chez une grande partie des patients. L’examen clinique la sent mal. Sa sensibilité pour la splénomégalie varie de 20 à 70 % dans la revue de 2023, alors que l’échographie la montre presque toujours. Une rate gonflée peut se rompre. Cet accident reste rare, de l’ordre de 0,1 à 0,2 % des cas d’après l’AAFP (2023). Il est atraumatique dans 80 à 86 % des observations, survient pour 73,8 % des cas dans les 21 jours après le début des signes et pour 90 % avant le 31e jour. Des ruptures ont pourtant été décrites jusqu’à huit semaines. La mortalité de cette complication peut atteindre 9 %.

Les délais de reprise ne sont pas identiques d’une source à l’autre. La revue de 2023, alignée sur les avis de médecine du sport, demande d’arrêter toute activité sportive pendant trois semaines à compter du début des symptômes, puis de ne reprendre que si l’on est apyrétique et cliniquement bien, d’abord en exercice léger sans contact. La Mayo Clinic (2022) propose d’attendre environ un mois avant les efforts vigoureux, le port de charges lourdes et les sports de contact. Le Merck Manual (2026) retient un mois après le début et jusqu’à disparition de la splénomégalie, parfois suivie en échographie. Les CDC (2024) se bornent à conseiller d’éviter les sports de contact jusqu’à récupération complète. En France, le médecin qui vous suit applique la conduite locale ; l’essentiel est de dater le premier jour des signes et de ne pas négocier une reprise de plaquage ou de combat « dès que la fièvre est tombée ».

L’échographie systématique pour accélérer le retour au terrain n’a pas de preuve solide, précise l’AAFP (2023). Elle peut entrer dans une discussion individuelle si un sportif de haut niveau demande un retour plus précoce. Une douleur soudaine, vive, sous les côtes à gauche, parfois vers l’épaule gauche, même sans choc, est une urgence. Appelez le 15 ou le 112. Une rupture de rate entraîne une hémorragie interne et peut nécessiter une opération.

Entre-temps, marcher un peu, monter un étage lentement, reprendre un travail de bureau lorsque la fièvre a cédé, n’a rien à voir avec un match de rugby. Le NHS (2023) déconseille simplement les activités pénibles et le port de charges. La fatigue elle-même sert de garde-fou. Si un trajet ou une douche épuisent, le corps n’est pas prêt pour un entraînement.

Quand consulter pour une mononucléose ?

Beaucoup d’épisodes ressemblent d’abord à une grippe un peu longue. La Mayo Clinic (2022) conseille de voir un médecin si rien ne s’améliore en une à deux semaines. Le NHS (2023) envoie vers le généraliste en cas de forte fièvre, de frissons, d’angine intense, de ganglions marqués ou d’épuisement. MedlinePlus (2026) ajoute une fièvre qui reste au-dessus de 38,6 °C, une angine très intense, une faiblesse des membres ou un ictère. Un enfant qui ne boit plus, une personne immunodéprimée, une femme enceinte, un tableau qui s’aggrave après deux semaines, tout cela justifie un rendez-vous rapide avec le médecin traitant.

Certaines situations ne se discutent pas au téléphone le lendemain.

Situation Conduite Seuil ou délai
Douleur brutale sous les côtes gauches, parfois vers l’épaule Appeler le 15 ou le 112 Immédiat, rupture de rate possible
Impossibilité d’avaler la salive ou grande gêne respiratoire Appeler le 15 ou le 112 Immédiat (MedlinePlus, 2026 ; NHS, 2023)
Raideur de nuque, confusion ou grande faiblesse Appeler le 15 ou le 112 Immédiat
Fièvre, angine et ganglions sans mieux Médecin traitant Une à deux semaines (Mayo Clinic, 2022)
Fièvre persistante au-dessus de 38,6 °C, enfant qui ne boit plus Médecin sans délai MedlinePlus (2026) et NHS (2023)
Reprise d’un sport de contact ou de charges lourdes Avis médical Trois semaines après le début (AAFP, 2023) ou environ un mois (Mayo, 2022)

Une gêne pour avaler qui empêche de boire expose à la déshydratation. Un gonflement des amygdales peut, rarement, rétrécir le pharynx, surtout chez le jeune enfant. Les CDC (2024) listent aussi des complications neurologiques (méningite virale, encéphalite, syndrome de Guillain-Barré, paralysie faciale) et des atteintes du sang (anémie hémolytique, thrombopénie, lymphohistiocytose hémophagocytaire). Ces événements restent exceptionnels. Ils expliquent pourquoi une raideur de nuque, une confusion ou des taches jaunes sur la peau changent la conduite.

Le médecin peut prescrire une prise de sang, écarter une autre cause et juger si un arrêt de travail ou une adaptation scolaire sont utiles. Aucune éviction scolaire n’est exigée par le NHS (2023) une fois que l’on se sent capable de reprendre. En France, le médecin traitant fixe la durée selon l’état, pas selon un barème unique.

Fatigue prolongée et suites possibles après l’infection

La fatigue qui reste après la disparition de la fièvre n’est pas un signe que « rien n’a été fait ». Elle fait partie du cours habituel. MedlinePlus (2026) indique qu’elle s’en va souvent en quelques semaines, parfois en deux à trois mois. Les CDC (2024) acceptent des symptômes pendant six mois ou plus chez une minorité. Si la maladie dure plus de six mois sans preuve biologique d’une infection EBV récente, les CDC (2024) demandent de chercher une autre cause, y compris un syndrome de fatigue chronique. Le Merck Manual (2026) est explicite. L’EBV n’est pas la cause de ce syndrome, même s’il peut, rarement, entretenir une infection chronique active avec fièvre, pneumopathie interstitielle ou atteinte viscérale.

L’épisode aigu ne « vaccine » pas contre toute maladie future liée à l’EBV. Le virus latent a été associé à plusieurs cancers (lymphome de Burkitt, certains lymphomes de Hodgkin et non hodgkiniens, carcinome du nasopharynx, maladie lymphoproliférative post-greffe), listés par les CDC (2024) et la revue de 2023. Ces tumeurs restent rares à l’échelle individuelle. Elles expliquent l’intérêt d’un futur vaccin, qui n’existe pas encore. La même revue rapporte qu’une grande étude prospective chez des militaires américains a trouvé un risque de sclérose en plaques environ 32 fois plus élevé après une infection EBV. Des liens sont aussi discutés avec le lupus et la polyarthrite rhumatoïde. Un épisode de mononucléose n’annonce pas ces maladies. Il ne permet pas non plus d’écrire, comme on le lisait parfois, qu’il n’existe aucune conséquence à long terme.

Chez les personnes greffées ou très immunodéprimées, le risque n’est plus celui d’une angine de trois semaines. Les CDC (2024) décrivent des atteintes graves du sang et du système nerveux. La maladie lymphoproliférative post-greffe liée à l’EBV a une létalité élevée dans les séries citées par l’AAFP (2023). Ces situations relèvent de l’équipe qui suit la greffe ou l’immunosuppression, pas d’un simple repos à domicile.

Pour la grande majorité des adolescents et des jeunes adultes, le pronostic de l’épisode aigu reste bon. La mortalité de la mononucléose non compliquée est très basse. Elle tient surtout aux ruptures de rate, aux obstructions des voies aériennes et aux encéphalites, rappelle le Merck Manual (2026). La question utile n’est donc pas « vais-je rester malade toute ma vie ? ». Elle est « quels signes, cette semaine, changent la conduite ? » et « à quelle date puis-je courir ou porter une charge ? ».

Questions fréquentes

Combien de temps reste-t-on contagieux après une mononucléose ?

On peut transmettre l’EBV pendant des semaines, y compris avant les premiers signes, et encore plusieurs mois après, parce que le virus reste dans la salive. Le NHS (2023) parle d’une contagiosité possible jusqu’à sept semaines avant les symptômes. Les CDC (2024) ajoutent qu’une réactivation plus tardive peut à nouveau exposer l’entourage. Éviter baisers et verres partagés pendant la phase fébrile, puis encore quelques semaines, réduit le risque immédiat sans prétendre « stériliser » la salive.

Peut-on retourner en cours ou au travail avant la fin de la fatigue ?

Oui, dès que l’état général le permet, selon le NHS (2023). La fièvre absente, la capacité à s’alimenter et à se déplacer comptent plus qu’une fatigue résiduelle. La Mayo Clinic (2022) précise qu’une quarantaine n’est pas nécessaire. Un aménagement (journées plus courtes, pas de sport) se discute avec le médecin et, pour un élève, avec l’établissement.

La mononucléose peut-elle revenir une deuxième fois ?

Une nouvelle primo-infection à EBV est improbable une fois les anticorps installés. Le virus latent peut se réactiver, surtout si l’immunité baisse, et donner alors d’autres tableaux que l’angine classique, expliquent les CDC (2024). Un second épisode « identique » doit faire chercher une autre cause (cytomégalovirus, VIH, autre virus) plutôt que de conclure à une « récidive de mono ».

Faut-il arrêter l’amoxicilline si une éruption apparaît ?

Une éruption sous amoxicilline ou ampicilline est classique au cours d’une mononucléose et n’équivaut pas, à elle seule, à une allergie définitive, rappellent la Mayo Clinic (2022) et les CDC (2024). Arrêtez le médicament et contactez le médecin qui l’a prescrit. Il jugera s’il faut le remplacer, le suspendre, et s’il y a vraiment une indication d’antibiotique.

Un test Monospot négatif élimine-t-il le diagnostic ?

Non. Le test des anticorps hétérophiles manque une part des cas la première semaine et chez le jeune enfant, d’après l’AAFP (2023). Les CDC (2024) ne le recommandent plus en usage général. Si le tableau clinique reste évocateur, une sérologie EBV (VCA IgM, VCA IgG, EBNA) et une numération-formule ont plus de poids.

La mononucléose laisse-t-elle une immunité à vie contre l’EBV ?

Les anticorps anti-VCA IgG et anti-EBNA persistent en général toute la vie et protègent contre une nouvelle primo-infection, d’après les CDC (2024). Ils n’empêchent pas la latence du virus ni, rarement, une réactivation. Ils n’annulent pas non plus les associations à long terme décrites avec certains cancers et certaines maladies auto-immunes.

Consultation médicale pour la mononucléose

Conclusion

La mononucléose infectieuse reste, pour l’adolescent et le jeune adulte, une angine fébrile épuisante qui se calme souvent en quelques semaines. Le virus d’Epstein-Barr, lui, s’installe pour la vie. Cette distinction évite deux écueils. Ni la panique devant une maladie « qui ne part jamais », ni l’idée qu’une fois la fièvre tombée tout risque a disparu, y compris pour la rate.

Notez le jour où les premiers signes ont commencé. C’est cette date, et non le jour où vous vous sentez « à 80 % », que les avis récents de médecine du sport (AAFP, 2023) prennent pour compter trois semaines sans sport, avant une reprise progressive. Si votre médecin s’aligne sur l’horizon d’un mois de la Mayo Clinic (2022) ou du Merck Manual (2026), demandez-lui comment il surveille la rate. Une douleur brutale à gauche sous les côtes, une impossibilité d’avaler ou de respirer, une raideur de nuque, ce n’est plus une question de rendez-vous. C’est le 15 ou le 112.

Sources

  1. About Infectious Mononucleosis (Mono). Centers for Disease Control and Prevention, 9 mai 2024.
  2. About Epstein-Barr Virus (EBV). Centers for Disease Control and Prevention, 9 mai 2024.
  3. Laboratory Testing for Epstein-Barr Virus (EBV). Centers for Disease Control and Prevention, 10 avril 2024.
  4. Clinical Overview of Epstein-Barr Virus (EBV). Centers for Disease Control and Prevention, 10 avril 2024.
  5. Mononucleosis – Symptoms and causes. Mayo Clinic, 30 novembre 2022.
  6. Mononucleosis – Diagnosis and treatment. Mayo Clinic, 30 novembre 2022.
  7. Sylvester JE, Buchanan BK, Silva TW : Infectious Mononucleosis: Rapid Evidence Review. American Family Physician, janvier 2023.
  8. De Paor M, O’Brien K et al. : Antiviral medication for the treatment of infectious mononucleosis (glandular fever). Cochrane Database of Systematic Reviews, 9 décembre 2016.
  9. Mononucleosis: MedlinePlus Medical Encyclopedia. MedlinePlus, mis à jour le 1er mars 2026.
  10. Glandular fever. National Health Service, 20 décembre 2023.
  11. Kaye KM : Infectious Mononucleosis. Merck Manual Professional Edition, janvier 2026.

À propos de l’auteur

Pauline Cécile TessierRédactrice médicale

J’ai fait mes études d’infirmière à l’IFSI La Capelette. Après mon congé maternité, je me suis tournée vers la rédaction et la relecture de textes médicaux. Pour chaque article, je lis les recommandations officielles, les études et les guides cliniques, et j’utilise aussi des outils d’IA dans mon travail. Chaque affirmation peut être vérifiée dans les sources citées de l’article.