
Un peu de mucus au coin de l’œil au réveil est banal. Des filaments visqueux qui reviennent dès que vous les retirez signalent presque toujours une irritation de la surface oculaire, le plus souvent une sécheresse, une blépharite, une conjonctivite ou un canal lacrymal bouché. Les tirer avec les doigts, un coton-tige ou un mouchoir agresse la conjonctive, ce qui pousse les cellules caliciformes à sécréter encore plus de mucus et entretient le cercle appelé syndrome de la pêche au mucus.
Le geste est familier. Vous sentez un fil collant au canthus interne, vous le pincez, vous croyez avoir nettoyé l’œil, et le même brin se reforme en quelques minutes. Dans une revue de 59 cas publiés, parue en 2026 dans Ophthalmology and Therapy, 96,6 % des patients avaient déjà une maladie de la surface oculaire, 81,4 % étaient des femmes, et le diagnostic arrivait avec un délai médian de six mois.
Les larmes artificielles sans conservateur, si vous les utilisez plus de quatre fois par jour, figurent parmi les mesures de première intention de l’Académie américaine d’ophtalmologie (AAO) en 2024. Une conjonctivite virale guérit le plus souvent en 7 à 14 jours sans antibiotique, selon les CDC américains (avril 2024). Douleur franche, photophobie, vision trouble qui ne s’éclaircit pas après essuyage de la sécrétion, ou œil rouge intense justifient un avis médical sans attendre.
Pourquoi l’œil fabrique des brins de mucus
Le film lacrymal n’est pas de l’eau. Il comporte une couche huileuse produite par les glandes de Meibomius, une couche aqueuse et une couche de mucines qui ancrent les larmes à la cornée. Ces mucines, dont la mucine gélifiante MUC5AC, piègent poussières et débris. Quand l’eau ou l’huile manque, il reste un résidu filamenteux. Mayo Clinic range ce mucus « en ficelle » parmi les signes de l’œil sec.
La conjonctive, membrane qui tapisse le blanc de l’œil et la face interne des paupières, fabrique ce mucus en continu. Pendant la journée, le clignement l’évacue. La nuit, un peu de chassie crème ou blanche s’accumule au coin des paupières. Ce dépôt matinal n’est pas une infection. Il devient suspect lorsqu’il est abondant, jaune ou vert, collant au point d’empêcher d’ouvrir l’œil, ou lorsqu’il s’accompagne de rougeur, de brûlure ou d’une sensation de grain de sable.
Toute inflammation de cette membrane (infection, allergie, fumée, lentilles mal entretenues) augmente la production de mucus. Les cellules caliciformes répondent à un signal de défense. Tirer le filament enlève le produit de cette défense sans enlever la cause, et le frottement mécanique relance la sécrétion. Un œil « nettoyé » au doigt redevient donc filandreux si vite. Cleveland Clinic (2021) rappelle aussi que le mucus contient des substances qui limitent l’adhésion de bactéries, de champignons et de virus. L’enlever à répétition laisse une surface plus sèche, plus rugueuse, plus exposée.

Qu’est-ce que le syndrome de la pêche au mucus
On parle de ce syndrome lorsque le retrait répété des filaments, et non seulement la maladie de départ, entretient l’inflammation. James P. McCulley, Mary Beth Moore et Alice Y. Matoba l’ont décrit en 1985 dans Ophthalmology chez 25 patients dont les symptômes persistaient malgré le traitement d’un œil sec, d’une blépharite ou d’une conjonctivite allergique. Tous avaient un traumatisme de l’épithélium conjonctival lié à l’extraction mécanique. L’arrêt du geste, associé au soin de la cause, faisait disparaître signes et symptômes dans cette série princeps, observation ancienne à lire comme un point de départ, pas comme une garantie individuelle.
Le tableau clinique a été précisé depuis. Cooper et ses collègues (2026) ont colligé 59 cas. L’âge moyen était de 50,6 ans (16 à 86 ans). Une sécheresse oculaire coexistait dans 59,3 % des dossiers, un dysfonctionnement des glandes de Meibomius dans 23,7 %, une blépharite dans 17,5 %, une allergie oculaire dans 15,8 %. Une comorbidité psychiatrique ou comportementale était notée chez 21,1 % des patients. Le délai moyen avant le bon diagnostic atteignait 18 mois.
Gustavo Ortiz-Morales et ses collègues (série de 29 patients, 2026) décrivent une envie impérieuse d’enlever le mucus chez tous les participants, une sensation de corps étranger chez 96,5 %, un larmoiement chez 51,7 % et un œil rouge chez 41,3 %. Les ongles servaient à l’extraction dans 82,7 % des cas, devant coton-tiges, mouchoirs et, rarement, aiguilles. Une réponse favorable dans le premier mois n’était obtenue que chez 55,1 % des patients, loin de la résolution universelle de la série de 1985.
Ryan L. J. Chiew, Denise T. M. Au Eong et Kah Guan Au Eong ont rapporté en 2022, dans BMJ Case Reports, un homme d’une trentaine d’années dont la conjonctivite traînait depuis trois mois. La fluorescéine montrait une perte épithéliale bien délimitée de la conjonctive tarsale, près du point lacrymal inférieur, des deux côtés, exactement là où les doigts pinçaient le mucus. Après arrêt du geste et une courte cure de collyre antibiotique et corticoïde prescrite par l’équipe, le tableau s’est amendé en un mois. Beaucoup de patients n’avouent pas le geste, par gêne ou parce qu’ils le font presque sans y penser. Tant que le médecin ne pose pas la question, il traite une conjonctivite chronique qui résiste aux collyres.
Conjonctivite, sécrétion claire ou paupières collées
Une conjonctivite est une inflammation de la conjonctive. Elle n’est pas toujours infectieuse et n’est pas toujours contagieuse. Les CDC (avril 2024) distinguent un écoulement plutôt aqueux dans les formes virales, un pus épais qui colle les cils dans les formes bactériennes, un prurit intense des deux côtés dans les formes allergiques, et un mucus possible en cas d’irritant (fumée, poussière, produit chimique).
Environ 80 % des conjonctivites aiguës sont virales, l’adénovirus étant le virus le plus souvent en cause, d’après la revue StatPearls (mise à jour 2024). L’AAO, dans son Preferred Practice Pattern sur la conjonctivite publié en ligne le 12 février 2024, rappelle que la période contagieuse d’une conjonctivite adénovirale dure souvent 10 à 14 jours après le début, et déconseille l’usage indiscriminé d’antibiotiques ou de corticoïdes locaux. Un collyre antibiotique ne raccourcit pas une infection virale.
Une forme virale banale se dissipe le plus souvent en 7 à 14 jours, parfois 2 à 3 semaines, d’après les CDC. Une forme bactérienne légère peut s’améliorer en 2 à 5 jours sans antibiotique, et mettre jusqu’à deux semaines à disparaître complètement. Un antibiotique local peut être discuté en présence de pus, d’immunodépression, ou de certaines bactéries. L’AAO 2024 insiste sur le même point sous un autre angle. Les formes bactériennes légères sont souvent spontanément résolutives, et aucun antibiotique local n’a démontré de supériorité nette. En France, le médecin ou le pharmacien applique la recommandation locale, sans calquer automatiquement un protocole américain.
| Aspect de la sécrétion | Orientation fréquente | Contagieux |
|---|---|---|
| Aqueuse, associée à un rhume | Conjonctivite virale | Oui, souvent |
| Pus épais, paupières collées au réveil | Conjonctivite bactérienne | Oui, souvent |
| Larmoiement, prurit intense des deux yeux | Conjonctivite allergique | Non |
| Mucus avec fumée, chlore ou poussière | Irritation chimique ou mécanique | Non |
| Filaments visqueux qui se reforment après extraction | Surface sèche ou cycle de retrait | Non, sauf infection associée |
| Œil collant du nourrisson sans grosse rougeur | Canal lacrymal encore fermé | Non, sauf surinfection |
Un nouveau-né qui a l’œil rouge ou qui coule doit être vu tout de suite. Les CDC le classent à part. Une infection acquise à l’accouchement peut menacer la vue. Un simple canal encore fermé, très fréquent, donne un œil larmoyant et collant sans le tableau infectieux grave, mais seul un professionnel fait la différence.
Œil sec, blépharite et canal lacrymal
La sécheresse oculaire est, d’après Cleveland Clinic, l’affection la plus souvent associée au cycle d’extraction. Le National Eye Institute (mis à jour le 6 août 2025) estime qu’environ 16,4 millions d’Américains vivent avec un œil sec. Mayo Clinic (2022) range le mucus filamenteux parmi les signes, aux côtés de la brûlure, de la rougeur, de la photophobie et d’un larmoiement paradoxal. Le film peut être trop peu aqueux, trop peu huileux, ou instable. Les glandes de Meibomius bouchées laissent les larmes s’évaporer. Il reste alors le mucus.
La blépharite, inflammation du bord palpébral, va souvent de pair. Les textes de Mayo Clinic (20 septembre 2025) décrivent des paupières gonflées, des cils croûteux, des larmes mousseuses, une sensation de sable, des paupières collées au réveil. Elle ne se transmet pas d’une personne à l’autre et, dans la plupart des cas, elle ne se guérit pas une fois pour toutes. Un soin quotidien des paupières en réduit les poussées. L’AAO place compresses tièdes, hygiène du bord palpébral et larmes artificielles en première ligne.
Frottements, maquillage, acariens des cils, rosacée et lentilles entretiennent ce terrain. Les écrans réduisent le clignement. L’air sec, la climatisation, la fumée de tabac et certains médicaments (antihistaminiques oraux, décongestionnants, antidépresseurs) accélèrent l’évaporation, liste que Mayo Clinic détaille. Ce n’est pas une raison pour incriminer un pourcentage d’adultes « liés au numérique » sans source nommée. Le mécanisme, lui, est clair. Moins de clignements, film plus instable, plus de filaments.
Quand les larmes ne s’écoulent plus vers le nez, elles stagnent et se mélangent au mucus du sac lacrymal. Un œil très larmoyant, des croûtes, un mucus ou un pus sur les paupières, parfois un gonflement douloureux près du canthus interne, et des conjonctivites à répétition figurent parmi les signes décrits par Mayo Clinic (18 août 2025). Chez le nourrisson, le canal n’est souvent pas encore ouvert et l’obstacle se lève en général au cours de la première année. Chez l’adulte, une infection, un traumatisme, un rétrécissement lié à l’âge, plus rarement une tumeur, peuvent boucher la voie. La dacryocystite, infection du sac, se distingue par une tuméfaction rouge et douloureuse au coin interne, parfois de la fièvre. Tirer le mucus qui suinte du point lacrymal n’ouvre pas le canal. Les schémas d’antibiotiques oraux ou de chirurgie se décident en France avec le médecin, sans transposer une liste américaine.
Comment le médecin identifie la cause
Le diagnostic du cycle d’extraction repose d’abord sur l’histoire du geste, pas sur une dilatation systématique de la pupille. McCulley et les séries ultérieures n’ont identifié le phénomène qu’après avoir demandé, parfois à un proche, si le patient retirait le mucus. Chiew et ses collègues ont vu le signe le plus parlant à la lampe à fente. Une tache de fluorescéine bien limitée sur la conjonctive tarsale inférieure, près du point lacrymal, correspond à l’endroit frotté.
Ortiz-Morales a proposé des critères qui regroupent un antécédent d’extraction mécanique, au moins un signe (filaments, hyperhémie, coloration au vert de lissamine ou au rose Bengale, anomalie palpébrale) et au moins un symptôme (corps étranger, rougeur, larmoiement, prurit, flou fluctuant). Cooper souligne que l’amélioration après l’arrêt du geste conforte le diagnostic. Une kératite filamenteuse et une conjonctivite infectieuse se discutent en parallèle. Dans le cycle de retrait, les filaments sont riches en mucine, plutôt inférieurs, et se reforment très vite.
L’examen cherche ensuite la cause de départ. Temps de rupture du film lacrymal, inspection des glandes de Meibomius, retournement des paupières, parfois un prélèvement si le pus est copieux. Le National Eye Institute décrit un examen dilaté dans le bilan d’un œil sec, afin de ne pas manquer une autre maladie. Ce n’est pas l’étape qui prouve le cycle de retrait. Après dilatation, la lumière est gênante. Organiser le retour, lunettes de soleil comprises, reste prudent.
Apportez vos lentilles à la consultation si une infection liée au port est possible. Il faut les arrêter dès les premiers signes de conjonctivite et consulter si aucune amélioration n’apparaît en 12 à 24 heures, selon Mayo Clinic (2025). Un collyre antibiotique pris avant le prélèvement peut fausser la culture. L’AAO le rappelle pour les suspicions de kératite chez le porteur de lentilles.

Que faire à la maison sans tirer le mucus
La mesure qui casse le cercle est d’arrêter de toucher la conjonctive. Cleveland Clinic insiste sur ce point. Le mucus qui reviendra le fera moins si la surface n’est plus grattée. En attendant, vous pouvez rincer le bord palpébral, pas le cul-de-sac, avec une compresse propre imbibée d’eau bouillie refroidie, du coin interne vers l’extérieur, une fois, sans frotter. Les larmes artificielles en unidose, surtout si vous dépassez quatre instillations par jour, remplacent le nettoyage au doigt.
Une compresse froide soulage souvent une conjonctivite allergique ou virale, d’après les CDC. Une compresse tiède, plusieurs minutes, convient davantage à une blépharite ou à des glandes de Meibomius figées, selon l’AAO. Trop chaude, elle brûle la peau fine de la paupière. Le bord des cils se nettoie avec un produit dédié ou, si votre médecin l’a indiqué, un shampooing doux très dilué, sans faire entrer le savon dans l’œil.
- Lavez-vous les mains au savon avant tout soin autour des yeux, et évitez de partager serviettes, taies et flacons de collyre.
- Arrêtez les lentilles jusqu’à l’avis de l’ophtalmologiste, et jetez le boîtier si une infection a été confirmée.
- Remplacez le mascara et le crayon pour les yeux après une conjonctivite infectieuse, sans les prêter.
- Écartez fumée de tabac, vent direct et climatisation soufflant sur le visage, qui dessèchent le film lacrymal.
- Clignez volontairement pendant un travail sur écran, et placez l’écran un peu plus bas que les yeux pour limiter l’évaporation.
Les bracelets qui vibrent lorsque vous portez la main au visage, mentionnés par Cleveland Clinic, n’ont pas été testés spécifiquement pour ce cycle. Ils peuvent servir de rappel si le geste est automatique. Ils ne traitent ni la sécheresse ni l’infection. Les vidéos qui montrent l’extraction de mucus comme un nettoyage confortable, commentées dans la revue de 2026, normalisent un geste qui abîme la conjonctive.
Traitements selon la cause
Le traitement vise deux cibles à la fois. Arrêter le traumatisme, et calmer la maladie qui a mis le mucus en route. Les larmes artificielles et les gels sont la base dans presque toutes les séries. Cooper décrit aussi, dans des cas rebelles, des corticoïdes locaux de courte durée, un mucolytique (N-acétylcystéine à 5–10 % dans une observation ancienne), des larmes de sérum autologue, plus rarement un immunomodulateur. Ces options ne se décident pas au comptoir. Un corticoïde local peut élever la pression intraoculaire et favoriser une cataracte.
Pour une conjonctivite virale courante, les CDC ne recommandent pas d’antibiotique. Un antiviral n’entre en jeu que si un herpès ou un zona oculaire est suspecté. Pour une forme bactérienne, le médecin peut prescrire un collyre ou une pommade. Un pus abondant, une immunodépression ou une suspicion de gonocoque accélèrent le recours au spécialiste. Une allergie se traite en écartant le pollen ou les acariens quand c’est possible, et par des antihistaminiques locaux.
La blépharite se gère au long cours. Compresses, hygiène palpébrale, parfois un antibiotique local ou oral, un antiparasitaire si des Demodex sont en cause. Mayo Clinic et l’AAO convergent. Les symptômes reviennent si le soin quotidien s’arrête. Un œil sec plus marqué peut conduire, aux États-Unis, à la ciclosporine ou au lifitégrast en collyre. La revue Cochrane, citée par l’AAO, juge les preuves sur la ciclosporine encore hétérogènes. En France, le choix du collyre passe par l’ophtalmologiste. Un canal bouché du nourrisson se masse selon la technique montrée par le soignant. Un adulte avec infections répétées peut se voir proposer un sondage ou une chirurgie. Extraire le mucus à l’ongle n’est un traitement dans aucun de ces cas.
Le cycle d’extraction n’est pas, à lui seul, un diagnostic psychiatrique. Cooper le rapproche toutefois des comportements répétitifs centrés sur le corps, parce que le geste soulage un instant puis se répète. Une comorbidité anxieuse ou dépressive apparaissait chez un patient publié sur cinq dans cette revue, et chez 31 % des 29 patients d’Ortiz-Morales. Ce n’est pas « une personne sur vingt dans la population générale ». Le MSD Manual (révision 2025-2026) situe la prévalence vie entière de la trichotillomanie entre 0,6 % et 2,2 %. Cleveland Clinic note que s’arracher les cils traumatise la surface et peut lancer le même cercle. Si le geste persiste alors que la surface a été soignée, une thérapie d’inversion d’habitude peut aider.
Les lentilles ajoutent un facteur mécanique. Port prolongé, hygiène imparfaite, sommeil avec les lentilles. L’AAO décrit une conjonctivite papillaire géante liée aux lentilles, avec un mucus abondant sous la paupière supérieure. L’arrêt du port, le temps que la conjonctive se calme, fait partie du traitement. Reprendre trop tôt, c’est recommencer le cycle.
Mucus dans les yeux, quand consulter
Un avis s’impose dès que la sécrétion sort de la chassie du matin, qu’elle revient après chaque retrait, ou que l’œil reste rouge plus de quelques jours. Les CDC listent des seuils plus nets. Douleur, sensibilité à la lumière, vision floue qui ne s’améliore pas une fois la sécrétion essuyée, rougeur intense, symptômes qui s’aggravent, immunodépression, conjonctivite bactérienne qui ne bouge pas après 24 heures d’antibiotique. Un nouveau-né avec un œil rouge ou collant relève d’une consultation immédiate.
Les porteurs de lentilles n’attendent pas. Mayo Clinic fixe un délai de 12 à 24 heures sans amélioration après l’arrêt des lentilles. Une kératite bactérienne, plus grave qu’une conjonctivite, commence parfois comme un simple œil collant. Une tuméfaction douloureuse au canthus interne, de la fièvre, une baisse brutale de vision ou un produit caustique dans l’œil orientent vers les urgences. En France, le 15 (SAMU) ou le 112 répond à ces tableaux, surtout s’il s’agit d’un enfant ou d’un œil unique fonctionnel.
| Situation | Conduite |
|---|---|
| Chassie blanche du matin, œil blanc, pas de douleur | Hygiène simple, sans extraction au doigt |
| Filaments visqueux qui se reforment, gêne chronique | Consulter médecin ou ophtalmologiste, décrire le geste |
| Paupières collées, pus, rougeur, sans douleur vive | Avis médical dans la journée, arrêt des lentilles |
| Douleur, photophobie, flou persistant, rougeur intense | Avis le jour même, urgences ophtalmologiques si besoin |
| Nourrisson, œil rouge ou collant | Voir un médecin immédiatement |
| Gonflement douloureux au coin interne, fièvre | Urgences, appeler le 15 ou le 112 si l’état s’aggrave |
| Produit caustique dans l’œil | Rinçage abondant puis 15 ou 112 |
Dire au médecin « je retire des fils de mucus plusieurs fois par jour » change l’examen. Cooper et Chiew montrent que, sans cette phrase, le dossier reste étiqueté conjonctivite rebelle pendant des mois. Apportez la liste des collyres déjà utilisés, y compris ceux achetés sans ordonnance. Un conservateur instillé trop souvent peut lui-même entretenir une rougeur.
Questions fréquentes
Les brins de mucus au réveil sont-ils normaux ?
Oui, une petite chassie blanche ou crème au coin de l’œil au réveil est habituelle, car on ne cligne pas pendant le sommeil. Elle devient anormale si elle est abondante, jaune ou verte, si elle colle les paupières, ou si elle s’accompagne de rougeur, de douleur ou de vision trouble. Dans ces cas, il faut un avis plutôt que d’arracher les croûtes en profondeur.
Peut-on propager une conjonctivite en se touchant les yeux ?
Oui, les formes virales et bactériennes se transmettent par les sécrétions, les mains et les objets partagés, d’après les CDC. Les formes allergiques et irritatives ne sont pas contagieuses. Se laver les mains, ne pas partager serviettes ni maquillage, et éviter de se frotter les yeux limite la diffusion. Un œil atteint n’autorise pas à utiliser le même flacon de collyre pour l’œil encore sain.
Les larmes artificielles suffisent-elles à casser le cercle ?
Elles aident souvent si la cause est une sécheresse ou une irritation légère, à condition d’arrêter l’extraction et d’utiliser des unidose sans conservateur au-delà de quatre fois par jour, selon le schéma 2024 de l’AAO. Elles ne remplacent pas un antibiotique si du pus franc est présent, ni un avis urgent en cas de douleur ou de flou visuel. Si rien ne change après quelques jours de lubrification seule, la cause n’est pas seulement un film instable.
Faut-il un antibiotique dès que l’œil colle ?
Non. Les CDC rappellent qu’une conjonctivite virale, la plus fréquente, ne répond pas aux antibiotiques, et qu’une forme bactérienne légère peut s’améliorer seule en 2 à 5 jours. Un pus épais, un terrain fragile, un nouveau-né ou des lentilles changent la décision. C’est le médecin qui tranche, avec la pratique française, plutôt qu’un automatisme calqué sur une notice américaine.
Les lentilles de contact aggravent-elles le mucus ?
Elles le peuvent, par dessèchement, dépôt de protéines et inflammation de la face interne de la paupière. Mayo Clinic demande de les retirer dès les premiers signes de conjonctivite et de consulter si l’état ne s’améliore pas en 12 à 24 heures. Reprendre le port sans l’accord de l’ophtalmologiste expose à une infection de cornée, nettement plus grave que des filaments gênants.
Combien de temps avant que les filaments diminuent ?
Dans le cas publié en 2022, le tableau s’est amendé en un mois une fois le geste arrêté. Dans la série de 2026, un peu plus de la moitié des patients étaient améliorés dès le premier mois, les autres ayant besoin d’un suivi plus long. Une conjonctivite virale isolée dure souvent 7 à 14 jours. Une blépharite, elle, se gère des mois, par à-coups.

Conclusion
Des filaments qui se reforment après chaque retrait ne sont pas un défaut d’hygiène. Ils disent que la surface oculaire est irritée et que le doigt, en voulant aider, relance la mucine. Les séries de 2026 montrent surtout des femmes d’âge mûr, un œil sec ou une blépharite déjà là, et des mois d’errance tant que personne n’a demandé si vous retirez le mucus. L’image d’un syndrome rare et purement comportemental est trop étroite.
Deux gestes tiennent ensemble. Laissez les filaments en place, lubrifiez avec des unidose, soignez paupières et causes éventuelles, et décrivez le retrait au médecin. Si une douleur, une lumière insupportable, un flou qui reste après essuyage ou un œil d’enfant collant et rouge s’invitent, le seuil n’est plus celui de la chassie du matin. Le 15 ou le 112 existent pour les tableaux aigus. Pour le reste, un rendez-vous où l’on dit la vérité sur les doigts dans l’œil fait souvent plus qu’un nouveau collyre pris au hasard.
Sources
- Cooper CM, Sitto MM, Azar NS et al. : Mucus Fishing Syndrome: Case Series and a Narrative Review of Literature. Ophthalmology and Therapy, 23 mars 2026.
- Ortiz-Morales G, Barceló-Cantón RH, Graue-Hernandez EO et al. : Mucus fishing syndrome: clinical spectrum and update on its multifactorial pathogenic mechanisms. International Ophthalmology, 23 janvier 2026.
- Chiew RLJ, Au Eong DTM, Au Eong KG : Mucus fishing syndrome. BMJ Case Reports, 8 avril 2022.
- McCulley JP, Moore MB, Matoba AY : Mucus fishing syndrome. Ophthalmology, septembre 1985.
- What To Know About Mucus Fishing Syndrome. Cleveland Clinic, 13 décembre 2021.
- How to Treat Pink Eye. Centers for Disease Control and Prevention, 15 avril 2024.
- Symptoms of Pink Eye. Centers for Disease Control and Prevention, 15 avril 2024.
- Dry eyes – Symptoms and causes. Mayo Clinic, 23 septembre 2022.
- Blepharitis – Symptoms and causes. Mayo Clinic, 20 septembre 2025.
- Blocked tear duct – Symptoms and causes. Mayo Clinic, 18 août 2025.
- Cheung AY, Choi DS, Ahmad S et al. : Conjunctivitis Preferred Practice Pattern. Ophthalmology, 12 février 2024.
- Dry Eye | National Eye Institute. National Eye Institute, 6 août 2025.
