
Un arrière-goût sucré après un dessert s’estompe en quelques minutes. Une saveur sucrée qui reste sans rien manger est une altération du goût, souvent une dysgueusie ou une phantogueusie, et peut renvoyer à des cétones, un reflux, un médicament, une infection ORL, une grossesse ou, plus rarement, une hyponatrémie.
Le soir, la sensation survient parfois au brossage, alors qu’aucun bonbon n’a été pris. Jusqu’à 17 % des adultes rencontrent une dysgueusie à un moment de leur vie d’après la Cleveland Clinic (2024), et le National Institute on Deafness and Other Communication Disorders estime à plus de 200 000 le nombre de consultations annuelles pour un trouble du goût ou de l’odorat (données 2023).
Le consensus international de juin 2024 sur les crises hyperglycémiques retient une glycémie à 11,1 mmol/L (200 mg/dL) ou un diabète déjà connu pour poser le diagnostic d’acidocétose, avec un bêta-hydroxybutyrate à 3,0 mmol/L. Le NHS demande un recours urgent si ce taux dépasse 3,0 mmol/L. Le reflux, lui, laisse plus souvent un goût acide ou saumâtre qu’une douceur isolée.
Un arrière-goût sucré n’est pas forcément une maladie
Une douceur brève après un aliment sucré, un sirop ou un dentifrice aromatique n’a rien d’anormal. Elle suit le contact des molécules sucrées avec les cellules gustatives de la langue, du palais et de la gorge, puis disparaît avec la salive. Le problème commence quand la saveur reste, revient plusieurs jours, ou s’installe sans rien avaler.
Le trouble le plus fréquent, d’après le NIDCD, est la perception fantôme d’un goût, c’est-à-dire une saveur persistante alors que la bouche est vide. La dysgueusie, elle, déforme les aliments. Tout peut sembler métallique, amer, rance, salé ou, plus rarement, sucré. L’hypogueusie réduit l’intensité des cinq qualités de base (sucré, salé, acide, amer, umami). L’agueusie, perte complète, est rare.
La plupart des personnes qui se plaignent d’avoir « perdu le goût » ont en réalité un trouble de l’odorat. Sans arôme rétro-nasal, un plat paraît fade. La Cleveland Clinic rappelle que l’odorat porterait environ 80 % de ce que l’on appelle le « goût » au quotidien. Distinguer une vraie dysgueusie sucrée d’une perte d’odorat (rhume, sinusite, COVID-19) évite d’attribuer à la glycémie un phénomène ORL banal.
La sensation isolée, une fois, après un repas, n’impose pas d’examens. Elle justifie un rendez-vous si elle revient, si elle gêne l’alimentation, ou si d’autres signes s’y associent. Un goût faussé peut faire ajouter trop de sucre ou de sel, ce qui complique un diabète ou une hypertension déjà présents, comme le souligne le NIDCD.

Dysgueusie, phantogueusie et part de l’odorat
Le vocabulaire clinique sert surtout à décrire ce que vous ressentez, pas à poser un diagnostic à la maison. La phantogueusie est un goût présent sans aliment. La paragueusie déforme un aliment pendant qu’on le mange. Les trois nerfs du goût (VII, IX et X) se relaient sur la langue, le palais et le pharynx. Une lésion unique suffit rarement à tout effacer, ce qui explique que l’agueusie vraie soit peu fréquente, comme le rappelle l’American Academy of Otolaryngology.
Après 50 ans, le nombre de bourgeons diminue. Le NIDCD indique qu’on naît avec environ 10 000 bourgeons et que la perte s’amorce souvent après cet âge. Les membranes nasales s’assèchent. Les aliments paraissent plus fades, parfois plus amers. Ce vieillissement n’explique pas à lui seul une douceur persistante et isolée chez un adulte jeune.
Une évaluation ORL mesure le seuil de détection d’une qualité gustative, compare des solutions, et examine nez, bouche et oreilles. Un test d’identification des odeurs écarte une anosmie. La Cleveland Clinic cite aussi une numération, le potassium, le calcium, le fer et la vitamine B12, puis une imagerie seulement si l’examen oriente vers une lésion. Scanner et IRM ne sont pas le premier réflexe devant une saveur sucrée isolée.
Quand l’odorat est en cause, un rhume, une allergie ou un COVID-19 suffisent souvent. Le goût revient en général avec le déblocage du nez. Le NIDCD note que la correction d’une infection respiratoire ou d’une allergie rétablit fréquemment la perception. Un entraînement olfactif peut être proposé après une infection virale, selon la Cleveland Clinic.
Le diabète change-t-il vraiment le goût sucré ?
Le diabète figure parmi les causes métaboliques de dysgueusie pour la Cleveland Clinic et l’AAO-HNS, au même titre que l’hypothyroïdie, la maladie rénale ou hépatique. Cela ne signifie pas qu’une bouche sucrée « prouve » un diabète, ni que ce soit le motif le plus fréquent. Les encyclopédies cliniques décrivent surtout une altération du goût, pas un test diagnostique.
Les signes qui doivent faire penser à une hyperglycémie restent ceux que le CDC (2024) et la Mayo Clinic décrivent aussi dans l’acidocétose naissante. Soif inhabituelle, urines fréquentes, fatigue, vision floue. Chez l’enfant, un diabète de type 1 peut aussi se révéler par des nausées, des douleurs abdominales ou une acidocétose. Un diabète apparu pendant la grossesse se dépiste par les tests prescrits au suivi, pas sur le seul goût.
Une glycémie élevée n’équivaut pas à une bouche constamment sucrée. Le NIDCD rappelle plutôt qu’un goût faussé peut pousser à ajouter du sucre, ce qui complique un diabète déjà présent. Une saveur sucrée isolée ne remplace ni une glycémie capillaire, ni une HbA1c, ni un dépistage prescrit par le médecin traitant. Si la sensation s’accompagne des signes ci-dessus, une mesure de glucose, en pharmacie ou au cabinet, est le geste utile.
Acidocétose diabétique, haleine fruitée et seuils
L’acidocétose diabétique n’est pas un « petit goût sucré ». C’est une urgence où le manque d’insuline fait brûler les graisses, accumule des cétones et acidifie le sang. L’acétone expirée donne une haleine fruitée, comparée par le NHS (page révisée en juin 2023) à certains bonbons ou au dissolvant. Cette odeur peut se traduire, pour la personne, par une saveur sucrée ou chimique.
Les symptômes se regroupent. Soif intense, urines très fréquentes, nausées, vomissements, douleur abdominale, respiration ample, fatigue, confusion, vision floue. La Mayo Clinic (juillet 2025) indique qu’ils peuvent s’installer en moins de 24 heures et qu’ils sont parfois le premier signe d’un diabète, surtout de type 1. Le CDC (mai 2024) confirme que l’acidocétose touche surtout le type 1, mais aussi le type 2.
Les seuils d’action diffèrent un peu selon les pays, et aucun ne remplace le jugement du SAMU. Le NHS considère un taux sanguin inférieur à 0,6 mmol/L comme habituel, 0,6 à 1,5 mmol/L comme un peu haut (recontrôler en 2 heures), 1,6 à 3,0 mmol/L comme un risque qui justifie d’appeler l’équipe diabète, et plus de 3,0 mmol/L comme une urgence. L’American Diabetes Association demande un recours immédiat dès 1,6 mmol/L. En bandelette urinaire, un résultat à 2+ ou plus est traité comme élevé par le NHS.
Le consensus ADA, EASD, JBDS, AACE et DTS de juin 2024, résumé dans le Cleveland Clinic Journal of Medicine (mars 2025), a baissé le seuil de glucose. Le texte de 2009 parlait d’une glycémie supérieure à 250 mg/dL (13,9 mmol/L). Le rapport 2024 retient 200 mg/dL (11,1 mmol/L) ou un diabète déjà connu, même si le glucose n’est pas très haut. Ce dernier point couvre l’acidocétose « euglycémique », plus souvent rapportée avec les gliflozines (inhibiteurs du SGLT2). Le trou anionique n’est plus un critère de première ligne. Le bêta-hydroxybutyrate à 3,0 mmol/L (ou urine 2+) et une acidose (pH inférieur à 7,3 et/ou bicarbonates inférieurs à 18 mmol/L) complètent le triptyque.
À l’hôpital, le traitement repose sur des liquides, de l’insuline et le potassium, selon la Mayo Clinic, le CDC et le NHS. Ce n’est pas un ajustement à faire seul à domicile. En France, le médecin ou le pharmacien appliquera le protocole local. Appelez le 15 ou le 112 si l’haleine devient fruitée avec des vomissements, une confusion, une respiration ample, ou si les cétones restent hautes.
Cétose d’un régime pauvre en glucides
Un régime très bas en glucides, un jeûne ou un oubli de repas peuvent aussi produire des cétones. Chez une personne sans diabète, cette cétose nutritionnelle n’est pas une acidocétose. L’acétone expirée peut malgré tout laisser une haleine fruitée ou un goût chimique, le même type d’odeur que le NHS décrit dans l’acidocétose.
La distinction tient aux signes d’accompagnement et aux chiffres. Une cétose alimentaire s’observe souvent après quelques jours de restriction, sans soif extrême, sans vomissements incoercibles, sans confusion. L’acidocétose, elle, s’accompagne d’un malaise net et, en général, d’une glycémie haute, sauf sous gliflozine. Si vous êtes traité par insuline, un régime très pauvre en glucides n’est pas un feu vert. Le CDC et le NHS insistent pour continuer l’insuline même en cas de maladie, et pour tester les cétones dès que le glucose monte ou que l’état général change.
Les personnes sous insuline, sous gliflozine, enceintes, âgées, ou déjà victimes d’une acidocétose, ont un risque particulier. Un lecteur non diabétique qui choisit une alimentation très grasse et très pauvre en glucides a intérêt à en parler à son médecin ou à un diététicien, surtout en cas de maladie rénale, de grossesse ou de trouble alimentaire. Le pharmacien peut aider à choisir un lecteur de cétones si le médecin l’a jugé utile. Le protocole français (bandelettes, seuils, remboursement) se décide sur place, pas d’après un texte américain.
Une haleine d’acétone sous régime, isolée et transitoire, n’est donc pas, à elle seule, une urgence. Elle le devient dès que s’ajoutent nausées, douleur abdominale, soif intense ou trouble de la vigilance. Dans ce cas, une glycémie et, si vous en avez, un dosage de cétones orientent vers le 15 plutôt que vers un simple changement de menu.
Reflux, infections ORL et dents
Le reflux gastro-œsophagien remonte de l’acide et parfois des aliments vers la gorge. La Mayo Clinic décrit un reflux de liquide aigre et une brûlure rétro-sternale, souvent après le repas ou en position allongée. Le NIDDK parle d’un goût d’aliment ou d’acide gastrique. L’AAO-HNS emploie les mots « saumâtre » ou acide. Une saveur sucrée isolée, sans brûlure ni régurgitation, oriente donc moins vers un RGO que vers une autre piste, même si une dysgueusie mixte existe.
Des mesures simples aident souvent, d’après la Mayo Clinic et le NIDDK. Repas plus petits, attendre deux à trois heures avant de s’allonger, surélever la tête du lit, limiter alcool, café, plats gras ou très épicés si vous les identifiez comme déclencheurs, et perdre du poids en cas de surcharge. Un rendez-vous s’impose si les antiacides en vente libre sont pris plus de deux fois par semaine, si la déglutition devient douloureuse, ou si apparaissent un amaigrissement, des vomissements persistants, ou un saignement digestif. Une douleur thoracique avec essoufflement, mâchoire ou bras est une urgence cardiaque, pas un « simple reflux ».
Infections et bouche sont des causes fréquentes de goût faussé. Le NIDCD cite les infections des voies aériennes supérieures et de l’oreille moyenne. MedlinePlus ajoute rhume, grippe, sinusite, angine, gingivite, infection des glandes salivaires. La Cleveland Clinic y ajoute le COVID-19. Rien n’indique, dans ces sources, qu’un rhume « accumule du glucose salivaire » au point de sucrer la bouche. L’inflammation, la sécheresse, les sécrétions et l’odorat bouché suffisent à déformer la perception.
Une visite dentaire a du sens si les gencives saignent, si une dent fait mal, ou si un appareil recouvre le palais. L’hygiène (brossage, fil, hydratation) est le traitement de fond le plus simple, rappelé par le NIDCD pour retrouver un goût utilisable.

Médicaments, tabac et bouche sèche
Beaucoup de médicaments altèrent le goût, parfois de façon métallique, amère ou indéfinissable, plus rarement sucrée. Une revue systématique de Mortazavi et coll. (2018) a recensé 35 molécules dans 34 études. Les classes les plus souvent en cause étaient les kératolytiques, les anticancéreux, les antihistaminiques, les antibiotiques et les inhibiteurs de l’enzyme de conversion. La qualité des preuves était faible, mais le signal clinique est assez net pour revoir l’ordonnance plutôt que d’ignorer le symptôme.
Parmi les molécules nommées par l’AAO-HNS figurent le captopril et le lisinopril, l’amoxicilline, la clarithromycine, le métronidazole, l’acétazolamide, l’hydrochlorothiazide, la bléomycine et les sels de platine. MedlinePlus ajoute notamment le lithium, la griséofulvine, la rifampicine et certains médicaments thyroïdiens. Un point de sécurité, rappelé par le NIDCD, reste inchangé. On ne coupe pas un traitement prescrit sans l’avis du médecin qui le suit. Un remplacement, une baisse de dose ou une simple explication du délai d’apparition suffisent souvent.
La bouche sèche (xérostomie) concentre les saveurs et irrite les papilles. Diurétiques, antihistaminiques, antidépresseurs, radiothérapie ORL, syndrome de Gougerot-Sjögren ou simple déshydratation la favorisent. Boire régulièrement, limiter le tabac, et remplacer parfois les couverts métalliques par de la céramique sont des gestes cités par la Cleveland Clinic. Le tabac lui-même modifie la surface de la langue et la perception, selon l’AAO-HNS.
La chimiothérapie et la radiothérapie des cancers de la tête et du cou restent des causes lourdes. Le goût peut mettre des semaines à revenir, ou rester partiellement altéré. L’équipe d’oncologie, et non un conseil générique, ajuste alors l’alimentation. Des rinçages, une texture variée, des herbes aromatiques plutôt qu’un surplus de sucre, sont les pistes du NIDCD quand le trouble ne peut pas être levé.
Grossesse, carences, nerfs et cerveau
Pendant la grossesse, une dysgueusie est fréquente, surtout au premier trimestre, et tient largement aux hormones. La Cleveland Clinic indique qu’elle s’estompe en général ensuite. La grossesse figure aussi parmi les facteurs de reflux décrits par la Mayo Clinic, ce qui peut ajouter un goût acide. Une saveur sucrée isolée n’est donc pas, à elle seule, un diabète gestationnel. Celui-ci se dépiste par les examens prescrits au suivi. En revanche, soif intense, nausées graves ou vomissements répétés justifient un appel au suivi de grossesse sans attendre.
Zinc et vitamine B12 manquants sont associés à des troubles du goût par MedlinePlus, l’AAO-HNS et la Cleveland Clinic. Une supplémentation ciblée peut inverser le trouble quand une carence est documentée, écrit l’AAO-HNS. Avaler du zinc « au cas où » n’est pas un traitement. Le dosage, les interactions et la durée relèvent du médecin ou du pharmacien. Un fer bas, une anémie, une hypothyroïdie font partie du bilan que le clinicien peut ordonner.
Les nerfs du goût passent près de l’oreille et dans le cou. Paralysie de Bell, chirurgie de l’oreille moyenne, extraction de dent de sagesse, traumatisme crânien, sclérose en plaques, maladie de Parkinson ou d’Alzheimer figurent dans les listes du NIDCD, de l’AAO-HNS et de MedlinePlus. Ces pistes se discutent si le goût s’associe à un déficit neurologique, un traumatisme récent ou une maladie connue, pas en première intention devant une sensation isolée.
Cancer du poumon et sodium bas, un tableau rare
Un cancer du poumon n’est pas une cause « habituelle » de bouche sucrée. Des observations anciennes et précises relient toutefois une dysgueusie désagréablement sucrée à une hyponatrémie par sécrétion inappropriée d’hormone antidiurétique (SIADH), elle-même parfois paranéoplasique. En 2006, Nakazato et coll. ont décrit une femme de 56 ans atteinte d’un carcinome pulmonaire à grandes cellules. Presque tous les aliments avaient un goût sucré. Le sodium sérique était très bas. La restriction hydrique a fait remonter le sodium et a fait disparaître la sensation. La rechute de l’hyponatrémie l’a fait revenir. Dans ce cas, le goût sucré a été le premier et unique symptôme du SIADH.
Le mécanisme retenu n’est pas « une tumeur qui dérègle les hormones du goût », mais le sodium bas, qui fausse la perception. Corriger le sodium a, dans ce récit, levé le symptôme. Cela reste rare. Cela n’autorise pas à conclure à un cancer devant une douceur isolée.
Le signal d’alerte n’est donc pas le goût lui-même, mais le contexte. Tabagisme important, amaigrissement, toux nouvelle, essoufflement, confusion, ou un ionogramme qui montre une hyponatrémie. L’imagerie se discute avec le médecin selon le risque, pas en dépistage de masse. Le sodium, en revanche, est un examen simple, et justifié si la sensation persiste sans cause locale.
Examens, gestes utiles et quand consulter
Le premier filtre est clinique. Depuis quand, en continu ou par vagues, avec ou sans aliment, associé à quoi. Le médecin dresse la liste des médicaments, du tabac, du régime, d’une grossesse, d’un diabète connu, d’une chirurgie ORL, d’une infection récente. L’examen de la bouche, du nez et de la gorge vient avant les scanners. Les analyses les plus utiles, d’après la Cleveland Clinic et MedlinePlus, sont une glycémie, un ionogramme (dont le sodium), un hémogramme, le fer, la B12, parfois la TSH. Un dosage de cétones s’ajoute si le tableau évoque une acidocétose.
Les gestes de confort ne remplacent pas la cause, mais ils allègent le quotidien. Rincer la bouche avant le repas avec une solution de bicarbonate, rester hydraté, brosser dents et langue, éviter les mets très sucrés ou très épicés s’ils renforcent la déformation, et arrêter le tabac, sont des pistes listées par la Cleveland Clinic. Ajouter encore du sucre ou du sel pour « compenser » est déconseillé par le NIDCD. Des herbes, des textures contrastées, des aliments colorés rendent le repas plus lisible. Si un médicament est en cause, seul le prescripteur décide d’un relais.
| Situation | Signes qui l’accompagnent souvent | Conduite |
|---|---|---|
| Arrière-goût après un aliment sucré | Disparaît en quelques minutes, pas d’autres signes | Rien d’urgent, observer |
| Cétose alimentaire probable | Régime très bas en glucides, pas de malaise franc | En parler au médecin si cela dure, mesurer la glycémie si diabète |
| Diabète possible | Soif, urines fréquentes, fatigue, vision floue, amaigrissement | Médecin traitant, glycémie, pas d’autodiagnostic sur le seul goût |
| Acidocétose possible | Haleine fruitée, vomissements, douleur abdominale, confusion, respiration ample | Appeler le 15 ou le 112, ne pas conduire soi-même |
| Reflux | Brûlures, régurgitation acide, pire couché | Mesures de repas, médecin si antiacides plus de deux fois par semaine |
| Origine médicamenteuse ou buccale | Nouveau traitement, bouche sèche, gencives, tabac | Ne pas arrêter seul, pharmacien et prescripteur, dentiste si besoin |
| Contexte à risque de SIADH | Tabagisme, amaigrissement, confusion, sodium bas | Bilan médical rapide, ionogramme, imagerie selon avis clinique |
Quelques questions concrètes aident la consultation.
- Depuis combien de jours la saveur sucrée est-elle présente, et revient-elle à jeun ?
- Quels médicaments, y compris en vente libre, ont été commencés ou changés récemment ?
- Une soif nouvelle, des urines fréquentes ou un régime très pauvre en glucides sont-ils apparus ?
- Avez-vous un lecteur de glucose ou de cétones, et quels chiffres avez-vous notés ?
- Tabac, reflux, infection récente, grossesse ou chirurgie ORL figurent-ils dans le mois écoulé ?
Appelez le 15 ou le 112 sans attendre un rendez-vous de ville si la saveur s’accompagne de vomissements répétés, d’une confusion, d’une respiration ample, d’une douleur thoracique, ou d’une glycémie qui reste au-dessus de 16,7 mmol/L (300 mg/dL) sur plus d’un contrôle, seuil d’urgence cité par la Mayo Clinic. Pour un diabète connu avec des cétones à 1,6 mmol/L ou plus, l’ADA et le NHS demandent un avis urgent, avec un passage aux urgences au-delà de 3,0 mmol/L selon le NHS.
Questions fréquentes
Le goût sucré au réveil signifie-t-il un diabète ?
Non. Une douceur matinale isolée n’établit pas un diabète. Les signes plus parlants restent la soif, les urines fréquentes, la fatigue et la vision floue, que le CDC décrit en 2024. Une glycémie prescrite par le médecin tranchera si le tableau le justifie.
Comment séparer une cétose de régime et une acidocétose ?
La cétose alimentaire survient sous forte restriction de glucides, sans malaise grave. L’acidocétose ajoute nausées, douleur abdominale, haleine fruitée, soif intense ou confusion, et nécessite le 15. Chez une personne diabétique, surtout sous insuline ou gliflozine, le doute se tranche à l’hôpital, pas au régime.
Le reflux donne-t-il plutôt un goût acide ?
Oui, le plus souvent. Mayo Clinic et NIDDK décrivent un liquide aigre ou un goût d’aliment remonté. L’AAO-HNS parle d’un goût saumâtre. Une saveur sucrée sans brûlure ni régurgitation fait chercher une autre cause en parallèle.
Quels examens le médecin demande-t-il en premier ?
Examen de la bouche et du nez, liste des médicaments, glycémie, ionogramme, parfois fer, B12 et TSH. La Cleveland Clinic réserve l’imagerie aux cas où l’examen oriente vers une lésion. Un dosage de cétones s’ajoute si une acidocétose est possible.
Un antibiotique peut-il modifier le goût ?
Oui. Mortazavi et coll. (2018) et l’AAO-HNS citent plusieurs antibiotiques, dont l’amoxicilline, la clarithromycine et le métronidazole. Le prescripteur décide s’il faut changer de molécule. On n’interrompt pas un traitement anti-infectieux de sa propre initiative.
Faut-il supplémenter en zinc sans bilan ?
Non. Zinc et B12 manquants peuvent fausser le goût, mais seulement une carence documentée justifie une supplémentation, d’après l’AAO-HNS. Un comprimé de zinc pris au hasard n’a pas de dose validée dans ce contexte grand public.
Conclusion
Une saveur sucrée brève après un aliment sucré n’a pas de signification médicale. Celle qui s’installe, revient, ou s’associe à la soif, aux urines fréquentes, aux nausées ou à une haleine fruitée mérite un avis. Les documents de 2023-2025 (NHS, CDC, Mayo Clinic, consensus ADA/EASD 2024) ont clarifié les seuils de cétones et abaissé le glucose diagnostique de l’acidocétose à 11,1 mmol/L, tout en rappelant l’existence d’acidocétoses à glucose peu élevé sous gliflozines.
Le plus souvent, la piste est locale ou médicamenteuse. Dent, sinus, reflux acide, xérostomie, tabac, antihistaminique ou inhibiteur de l’enzyme de conversion. Le diabète reste une hypothèse à tester par une glycémie, pas une conclusion tirée du seul goût. Le lien avec un cancer bronchique passe par une hyponatrémie rare, documentée par des observations comme celle de Nakazato en 2006, et ne se dépiste pas à l’aveugle.
Si la sensation dure plus de quelques jours, notez vos traitements, votre alimentation, d’éventuels chiffres de glucose ou de cétones, et prenez rendez-vous avec le médecin traitant. Si vomissements, confusion, respiration ample ou cétones hautes s’y ajoutent, composez le 15 ou le 112.
Sources
- Taste Disorders. National Institute on Deafness and Other Communication Disorders, 31 juillet 2023.
- Dysgeusia (Altered Taste): Causes & Treatment. Cleveland Clinic, 19 avril 2024.
- Dysgeusia – ENT Health. American Academy of Otolaryngology–Head and Neck Surgery, avril 2020.
- Diabetic ketoacidosis. National Health Service, 8 juin 2023.
- Diabetic Ketoacidosis. Centers for Disease Control and Prevention, 15 mai 2024.
- DKA: Signs, Symptoms, and Treatment. American Diabetes Association, mis à jour en 2026.
- Gastroesophageal reflux disease (GERD) – Symptoms and causes. Mayo Clinic, 23 avril 2025.
- Diabetic ketoacidosis – Symptoms and causes. Mayo Clinic, 25 juillet 2025.
- Rodriguez Alvarez P, San Martin VT, Morey-Vargas OL : Hyperglycemic crises in adults: A look at the 2024 consensus report. Cleveland Clinic Journal of Medicine, 1 mars 2025.
- Nakazato Y, Imai K, Abe T et al. : Unpleasant sweet taste: a symptom of SIADH caused by lung cancer. Journal of Neurology, Neurosurgery, and Psychiatry, mars 2006.
- Mortazavi H, Shafiei S, Sadr S et al. : Drug-related Dysgeusia: A Systematic Review. Oral Health & Preventive Dentistry, 2018.
- Taste – impaired. MedlinePlus, 29 janvier 2025.
