Eczéma : à propos des symptômes et du traitement

Eczéma : à propos des symptômes et du traitement

L’eczéma est une inflammation chronique d’une peau sèche, qui démange fort et revient par poussées. Il n’est pas transmissible d’une personne à l’autre ; le type le plus fréquent porte le nom de dermatite atopique.

Un nourrisson qui se gratte les joues jusqu’à suinter n’a pas « attrapé » une maladie à la crèche. Aux États-Unis, plus de 31 millions de personnes vivent avec un eczéma, et 10 à 20 % des nourrissons en présentent, d’après la Cleveland Clinic (2022). Chez beaucoup d’enfants, les plaques s’atténuent ensuite ; chez d’autres, la peau reste fragile à l’âge adulte.

La fiche génétique de MedlinePlus estime que 10 à 20 % des enfants et 5 à 10 % des adultes sont concernés. Le gène de la filaggrine (FLG) est altéré chez 20 à 30 % des personnes atteintes, contre 8 à 10 % dans le reste de la population. Les recommandations de l’American Academy of Dermatology (AAD) de 2023 déconseillent les corticoïdes par voie générale au long cours, et le NICE britannique, en 2021, demande de ne pas donner d’antibiotique à titre systématique si la personne n’a ni fièvre ni malaise général.

Qu’est-ce que l’eczéma et la dermatite atopique

Le mot eczéma désigne un groupe d’inflammations de la peau. La National Eczema Association (2025) en distingue sept formes. Dans le langage courant, « eczéma » renvoie le plus souvent à la dermatite atopique, affection de longue durée marquée par une barrière cutanée fragile et un prurit intense.

« Atopique » signale un terrain qui s’associe souvent à l’asthme, au rhume des foins ou à des allergies alimentaires, sans que chaque plaque soit une allergie. La fiche MedlinePlus Genetics indique que jusqu’à 60 % des personnes atteintes développent plus tard un asthme ou une rhinite allergique, et jusqu’à 30 % une allergie alimentaire. Cette séquence, parfois appelée marche atopique, n’est pas obligatoire. Beaucoup de patients n’en parcourent qu’une partie.

La maladie évolue par poussées et rémissions, rappelle le National Institute of Arthritis and Musculoskeletal and Skin Diseases (NIAMS). Entre deux crises, la peau peut paraître presque normale, tout en restant sèche et facilement irritée. Le diagnostic est avant tout clinique. Le médecin s’appuie sur l’aspect, le siège des lésions, l’âge, les antécédents personnels et familiaux. Une biopsie, un bilan sanguin ou des tests allergologiques ne sont pas nécessaires d’emblée ; ils servent à écarter un autre diagnostic ou à chercher une allergie de contact lorsque le tableau résiste.

Aucun médicament n’efface le terrain de façon permanente, précise la Cleveland Clinic. Les soins visent à calmer les symptômes, à limiter les poussées et à réduire le risque d’infection, à condition d’hydrater la peau tous les jours et de traiter tôt les plaques.

Femme appliquant une crème sur une peau affectée par l'eczéma

Quels symptômes selon l’âge

Le prurit est le signe le plus constant, parfois assez violent pour couper le sommeil. La peau est sèche, rêche, parfois fendillée. Les plaques peuvent suinter un liquide clair, former des croûtes, puis s’épaissir (lichénification) si le grattage se répète. La couleur varie selon le teint, rose, rouge ou violacée sur peau claire, gris, brun ou violacé sur peau foncée, avec souvent un assombrissement ou un éclaircissement durable après la poussée.

Chez le nourrisson jusqu’à 2 ans, le NIAMS situe surtout les lésions sur le visage, le cuir chevelu et les plis des articulations. Les joues suintantes, qui démangent au point de réveiller l’enfant, sont un tableau fréquent. La zone sous la couche est en revanche rarement touchée, ce qui aide à distinguer cet eczéma d’un simple érythème fessier. Des griffures répétées ouvrent la peau et préparent le terrain aux infections.

Entre 2 ans et la puberté, les plaques se déplacent vers les plis des coudes et des genoux, le cou et les chevilles. La peau peut épaissir, devenir rugueuse, et changer de couleur de façon durable. À l’adolescence et à l’âge adulte, le NIAMS ajoute les mains, le tour des yeux, les pieds et la nuque. Les adultes qui ont eu des plaques dans l’enfance gardent souvent une peau sèche, facilement irritée, avec un eczéma des mains ou des paupières.

Un pli sous la paupière inférieure (pli de Dennie-Morgan), un halo sombre sous les yeux ou des plis accentués aux paumes aident parfois le médecin, sans poser le diagnostic à eux seuls. Si le sommeil, l’école ou le travail restent perturbés, ou si les soins simples n’apportent rien, un avis s’impose, y compris chez l’adulte dont les plaques traînent depuis des mois.

Causes, gènes et facteurs déclenchants

La cause n’est pas un microbe unique. Les chercheurs et les sociétés savantes décrivent un croisement entre une barrière cutanée poreuse, une réaction immunitaire excessive et l’environnement. Dans ce modèle, l’eau s’échappe trop vite de l’épiderme, les irritants et les allergènes pénètrent plus facilement, et le cercle prurit-grattage-inflammation s’auto-entretient. De nouvelles données, résumées par le NIAMS, suggèrent que l’inflammation elle-même déclenche la sensation de démangeaison, avant même le geste de gratter.

Le gène FLG code la filaggrine, protéine de la couche cornée. MedlinePlus Genetics indique qu’il est altéré chez 20 à 30 % des personnes atteintes, contre 8 à 10 % sans dermatite atopique. Une copie augmente le risque ; deux copies s’associent souvent à des formes plus marquées. Avoir le variant ne suffit pas, et beaucoup de patients n’ont pas de mutation FLG. Des cas très rares tiennent à d’autres gènes, dont CARD11, avec un déficit immunitaire.

Un excès de Staphylococcus aureus à la surface, décrit par la Mayo Clinic en 2024, peut chasser des bactéries utiles et fragiliser encore la barrière. Un eczéma, un asthme ou un rhume des foins chez un parent élèvent aussi la probabilité. Les savons agressifs, les parfums, la laine rêche, la sueur, la chaleur, l’air froid et sec, la fumée de tabac, les acariens, les squames d’animaux, les pollens et le stress reviennent souvent. Identifier les siens, plutôt qu’une liste universelle, reste la démarche utile.

Les principaux types d’eczéma

Plusieurs formes peuvent coexister chez la même personne, à des moments différents ou sur des zones différentes. Distinguer le type oriente l’enquête (un allergène de contact, une insuffisance veineuse, un cuir chevelu gras) et le traitement. Le tableau ci-dessous reprend la classification de la National Eczema Association (2025), complétée par les fiches Mayo Clinic et Cleveland Clinic.

Type Siège habituel Point d’orientation
Dermatite atopique Joues, plis, mains, tour des yeux selon l’âge Terrain atopique, poussées chroniques, barrière fragile
Eczéma de contact Zone touchée par l’irritant ou l’allergène Savons, nickel, plantes ; disparaît si l’exposition cesse
Eczéma dyshidrosique Bords des doigts, paumes, plantes Petites vésicules très prurigineuses, poussées par cycles
Névrodermite Plaque localisée souvent grattée Cercle prurit-grattage, peau épaissie, stress fréquent
Eczéma nummulaire Membres, face externe Taches rondes « en pièce », parfois prises pour une teigne
Dermatite séborrhéique Cuir chevelu, sourcils, plis nasaux, thorax Squames grasses ; « croûtes de lait » chez le nourrisson
Dermatite de stase Chevilles et jambes Œdème, varices, risque d’ulcère si la circulation reste mauvaise

L’eczéma de contact tient soit à une irritation directe (détergent, travail en milieu humide), soit à une allergie retardée, par exemple au nickel. Un test épicutané peut alors identifier l’allergène. La dermatite de stase traduit une mauvaise remontée veineuse des jambes, et se soigne d’abord par la compression. La dermatite séborrhéique, squames grasses du cuir chevelu ou croûtes de lait du nourrisson, relève d’un autre mécanisme, souvent traité par shampooings médicamenteux ou antifongiques locaux.

Émollients, toilette et soins à la maison

La base du traitement n’est pas un médicament de pointe, c’est l’hydratation quotidienne. Dans ses recommandations de 2023 sur les traitements locaux de l’adulte, l’AAD émet une recommandation forte en faveur des émollients, avec un niveau de preuve modéré. Ils réduisent la sécheresse, allongent le temps entre les poussées et s’utilisent seuls dans les formes légères, ou en complément des crèmes prescrites. Aucun ingrédient « miracle » ne s’est imposé dans les essais. Le meilleur produit est celui que la personne applique vraiment, sans parfum ni allergènes de contact évidents.

Hydrater au moins deux fois par jour et poser la crème ou la pommade dans les trois minutes après la toilette, tant que la peau est encore humide, est le conseil de la Mayo Clinic. Douche ou bain tiède plutôt que chaud, limité à environ dix minutes. Un nettoyant sans savon, sans colorant et sans parfum suffit ; chez le jeune enfant, l’eau tiède sans savon est souvent assez. On tamponne, on ne frotte pas. Les pommades, plus grasses, piquent souvent moins que les lotions riches en eau.

Quelques gestes concrets, à adapter avec le médecin ou le pharmacien.

  • Privilégiez le coton large plutôt que la laine, les synthétiques rêches ou les vêtements trop serrés.
  • Gardez les ongles courts, et envisagez des moufles la nuit chez l’enfant qui se gratte au sommeil.
  • Un humidificateur peut aider lorsque l’air intérieur est très sec, sans saturer la pièce.
  • Repérez vos déclencheurs (sueur, lessive parfumée, stress) au lieu d’appliquer une liste toute faite.
  • Continuez l’émollient même lorsque les plaques ont disparu, car la barrière reste fragile.

Les bains d’eau de Javel diluée illustrent les écarts entre guides. Le groupe AAAAI/ACAAI de 2023 les suggère en appoint dans les formes modérées à sévères, et les déconseille dans les formes légères. L’AAD 2023 reste plus réservée sur les antiseptiques locaux, tout en laissant une place possible s’il existe des signes d’infection secondaire. La Mayo Clinic décrit un protocole américain (environ 118 ml d’eau de Javel ménagère dans 151 litres d’eau, 5 à 10 minutes). Ce n’est pas une recette à improviser en France. Si votre médecin l’envisage, il donnera les proportions.

Dermocorticoïdes et autres traitements locaux

Lorsque l’émollient ne suffit plus, le traitement de poussée repose d’abord sur un corticoïde appliqué sur la peau. L’AAD (Sidbury et al., 2023) recommande fortement les dermocorticoïdes chez l’adulte, et, en entretien, un produit d’activité moyenne deux fois par semaine sur les zones qui rechutent. Après échec de la seule hydratation, le groupe AAAAI/ACAAI de 2023 aboutit à la même recommandation forte. La puissance, le véhicule (crème, pommade, lotion) et la durée dépendent de la zone et de l’âge ; le médecin les choisit, le pharmacien explique le geste.

La crainte d’une peau « trop fine » conduit souvent à sous-doser ou à arrêter trop tôt. Les effets indésirables locaux existent, surtout avec des produits très forts, sur le visage, les plis, ou sous un pansement occlusif prolongé. Utilisés comme prescrits, sur la durée d’une poussée, ils restent l’outil le plus documenté. Aux États-Unis, la Mayo Clinic mentionne une hydrocortisone d’au moins 1 % en vente libre, à appliquer au plus deux fois par jour sur la zone, avant l’émollient. En France, le pharmacien indiquera l’équivalent disponible sans ordonnance ou sur prescription ; n’empruntez pas la posologie américaine telle quelle.

Les inhibiteurs topiques de la calcineurine (tacrolimus en pommade, pimécrolimus en crème) sont recommandés fortement par l’AAD 2023. Ils conviennent surtout au visage, aux plis et aux paupières, où l’on évite les corticoïdes les plus puissants. La FDA américaine impose un encadré sur un risque théorique de lymphome ; après plus de dix ans de suivi, la Mayo Clinic indique qu’aucun lien de causalité ni d’augmentation du risque de cancer n’a été établi. Ils se posent avant l’émollient, et l’exposition solaire intense se limite pendant le traitement.

D’autres locaux ont rejoint les guides américains. L’AAD 2023 recommande le crisaborole et le ruxolitinib en crème dans des formes légères à modérées. La mise à jour de 2025 ajoute le tapinarof (formes modérées à sévères) et le roflumilast à 0,15 % (formes légères à modérées). Le groupe AAAAI/ACAAI, plus prudent sur le ruxolitinib topique, suggère de ne pas l’ajouter d’emblée après la seule hydratation, surtout en cas de risque cardiovasculaire ou infectieux. Le dermatologue dira ce qui est accessible en France.

Les antihistaminiques en crème n’ont pas de place selon l’AAD 2023. Par voie orale, un produit sédatif peut aider à passer une nuit, mais il peut gêner les apprentissages scolaires, avertit la Mayo Clinic. Les antibiotiques locaux ne s’ajoutent pas « au cas où ». AAD et AAAAI les déconseillent sans infection bactérienne franche.

Les pansements humides restent une option courte. L’AAD les recommande de façon conditionnelle chez l’adulte en poussée modérée à sévère. Le groupe AAAAI/ACAAI propose un essai de 4 à 7 jours, une heure à une nuit, avec un corticoïde de puissance basse à moyenne sous un tissu humide. C’est un geste à apprendre, pas à improviser sur tout le corps.

Pollen provenant de la floraison des arbres, facteur potentiel de l'eczéma

Biothérapies, comprimés et photothérapie

Quand les soins locaux bien conduits ne suffisent plus, un traitement général se discute avec un dermatologue. Le changement le plus net par rapport aux guides américains de 2014 tient aux biothérapies et aux inhibiteurs de JAK oraux. Dans le document de 2023, Davis et collaborateurs recommandent fortement, chez l’adulte, le dupilumab, le tralokinumab, l’abrocitinib, le baricitinib et l’upadacitinib. Ils recommandent de façon conditionnelle la photothérapie, l’azathioprine, la ciclosporine, le méthotrexate et le mycophénolate, et se prononcent contre les corticoïdes systémiques, à réserver à une exacerbation aiguë et à un relais très court.

La mise à jour AAD de 2025 ajoute le lebrikizumab et le nemolizumab associé à un traitement local. Ces molécules ciblent des interleukines (4, 13 ou 31 selon le produit) ou des voies JAK. La revue vivante de Drucker et collaborateurs (JAMA Dermatology, 2024) a regroupé 97 essais et 24 679 patients. À 8 à 16 semaines, le lebrikizumab se rapprochait du dupilumab, tandis que les doses élevées d’upadacitinib et d’abrocitinib montraient l’effet relatif le plus marqué. Les événements indésirables restaient trop rares pour comparer finement la sécurité.

Ces essais, souvent courts, ne disent pas quel produit vous ira, ni ce qui est remboursé en France. Les inhibiteurs de JAK oraux portent, aux États-Unis, des mises en garde sur les infections graves, les thromboses et certains cancers. L’AAD rappelle que l’upadacitinib et l’abrocitinib y sont indiqués après échec d’un autre systémique. Le dermatologue applique le cadre français. N’arrêtez pas un traitement injecté ou un comprimé de votre propre initiative.

La photothérapie, le plus souvent en UVB à spectre étroit, reste utile lorsque les topiques échouent. L’AAD n’en fait qu’une recommandation conditionnelle. Une exposition prolongée vieillit la peau, laisse des taches et augmente le risque de cancer cutané, rappelle la Mayo Clinic. Elle est rarement proposée au jeune enfant et pas au nourrisson.

Les corticoïdes oraux ou injectés calment vite une crise, puis la peau rebondit souvent. C’est la raison pour laquelle l’AAD 2023 les écarte du traitement de fond. Si une courte cure vous a été prescrite, demandez d’emblée quel relais est prévu.

Aliments et régimes d’éviction

Beaucoup de familles retirent le lait, les œufs, le blé ou les fruits à coque dès les premières plaques. Les données récentes invitent à la prudence. Le groupe AAAAI/ACAAI de 2023 suggère de ne pas recourir à un régime d’éviction pour traiter la dermatite atopique. La méta-analyse liée (10 essais, 599 participants) ne montrait qu’un bénéfice incertain et modeste, avec un risque de carence et, chez le nourrisson, de favoriser une véritable allergie alimentaire en évitant trop tôt un aliment.

Si une allergie alimentaire est déjà documentée, l’aliment en cause peut aggraver la peau et doit rester évité, rappelle la Cleveland Clinic. En l’absence d’allergie, aucun aliment n’est un déclencheur universel. Chez certains enfants, le lait de vache ou l’œuf peuvent participer à une poussée, note la Mayo Clinic ; cette piste se discute avec le médecin, elle ne justifie pas un régime improvisé.

Jusqu’à 30 % des personnes atteintes ont une allergie alimentaire, selon MedlinePlus Genetics, sans que cela signifie que « l’eczéma vient du lait ». Le bon ordre est de soigner d’abord la peau, puis de demander un avis allergologique si le tableau reste mal contrôlé ou si apparaissent urticaire, vomissements ou gêne respiratoire. Un régime d’épreuve, s’il a lieu, se fait avec un professionnel et un plan de réintroduction.

Infection cutanée et quand consulter

Le grattage ouvre la peau. Le NIAMS cite les infections bactériennes, les boutons de fièvre et les verrues parmi les complications. Un avis rapide s’impose en cas de nouvelles stries, de pus ou de croûtes jaunes, et des soins immédiats si une fièvre s’associe à une éruption d’allure infectée, d’après la Mayo Clinic. En France, cela veut dire le médecin traitant ou le pédiatre sans attendre, et le 15 ou le 112 si l’état général s’effondre ou si la douleur est hors de proportion.

Le NICE britannique (NG190, 2021) a changé un réflexe courant. Suintement et croûtes ne prouvent pas une infection bactérienne, car l’eczéma est souvent simplement colonisé. Chez une personne sans fièvre ni malaise, le NICE demande de ne pas prescrire d’antibiotique de façon routinière. Si un antibiotique est malgré tout indiqué, le guide britannique cite l’acide fusidique local 2 % trois fois par jour pendant 5 à 7 jours pour une infection limitée, ou la flucloxacilline orale 500 mg quatre fois par jour pendant 5 à 7 jours chez l’adulte. Ce sont des schémas du Royaume-Uni ; en France, le médecin suivra le protocole local.

Situation Conduite
Plaques sèches, prurit, sommeil un peu perturbé Médecin traitant ou pédiatre pour un plan d’émollient et de dermocorticoïde
Pus, croûtes jaunes, extension rapide, sans fièvre Avis médical sous peu ; l’antibiotique n’est pas automatique (NICE 2021)
Fièvre, malaise, douleur intense, stries, peau très douloureuse Soins urgents ; appelez le 15 ou le 112 si l’état s’aggrave
Vésicules groupées, creusées au centre, sur une poussée (suspicion d’eczéma herpétique) Avis urgent le jour même ; le NICE classe ce tableau à part
Échec d’un traitement local bien mené, retentissement scolaire ou professionnel Dermatologue ; bilan de contact ou traitement général à discuter

L’eczéma herpétique (surinfection par le virus herpès simplex) n’est pas une « poussée un peu plus suintante ». Il s’agit de vésicules groupées, parfois nécrotiques, avec fièvre et altération de l’état général, surtout chez l’enfant. Le NICE insiste pour ne pas le confondre avec une infection bactérienne banale. Évitez le contact étroit avec une personne qui a un bouton de fièvre pendant une poussée. Toute suspicion relève d’un avis médical le jour même.

Un nourrisson qui ne prend plus de poids, un enfant qui ne dort plus, un adulte dont les mains restent enflammées malgré les crèmes, ou une tristesse liée au retentissement visible, tout cela justifie aussi un rendez-vous. La Mayo Clinic relie cette affection à la dépression et à l’anxiété, en partie via le prurit et le manque de sommeil.

Questions fréquentes

L’eczéma se transmet-il au contact d’une autre personne ?

Non. L’affection n’est pas contagieuse, d’après Mayo Clinic, NIAMS, MedlinePlus et Cleveland Clinic. Vous pouvez tenir un enfant atteint dans les bras et aller à l’école ou au travail sans « passer » les plaques. Un virus comme l’herpès, en revanche, peut se transmettre et devient dangereux sur une peau déjà abîmée.

Peut-on guérir définitivement de l’eczéma ?

Aucun traitement n’efface le terrain de façon permanente, indique la Cleveland Clinic. Chez le nourrisson, près de la moitié des enfants voient une nette amélioration en grandissant. D’autres gardent une peau sèche, des poussées de mains ou de paupières, ou une maladie au long cours. L’objectif réaliste est un contrôle, avec moins de prurit, moins de fissures et des nuits plus calmes, grâce aux émollients, aux traitements de poussée et, si besoin, aux traitements généraux.

Faut-il supprimer le lait ou les œufs pour calmer les plaques ?

Pas de façon systématique. Le guide AAAAI/ACAAI de 2023 déconseille les régimes d’éviction comme traitement de la dermatite atopique, parce que le bénéfice cutané est incertain et que l’éviction précoce peut favoriser une allergie vraie, surtout chez le jeune enfant. Si une allergie alimentaire est déjà prouvée, l’aliment reste évité pour cette raison. Dans les autres cas, soignez d’abord la peau et parlez au médecin avant de retirer un groupe d’aliments.

Les crèmes à la cortisone abîment-elles forcément la peau ?

Utilisées comme prescrites, sur une poussée, puis éventuellement deux fois par semaine en entretien sur les zones à rechute (AAD 2023), elles restent le traitement local de référence. L’atrophie et les vergetures surviennent surtout en cas de produit trop fort, trop longtemps, sur le visage ou sous occlusion. Sous-doser par peur allonge la poussée et pousse au grattage, ce qui abîme davantage. Demandez au médecin la puissance, la durée et la quantité à poser sur chaque zone, plutôt que d’arrêter trop tôt.

Comment savoir si une poussée est infectée ?

Le suintement et les croûtes font partie d’une poussée inflammatoire et ne suffisent pas, rappelle le NICE en 2021. Les signes qui doivent faire consulter sont le pus, des croûtes jaunes nouvelles, une extension brutale, une douleur vive, de la fièvre ou un malaise. Des vésicules groupées évoquent plutôt un herpès et relèvent d’un avis le jour même. N’ajoutez pas un antibiotique de votre propre chef.

L’eczéma de l’adulte est-il le même que celui du bébé ?

C’est souvent la même maladie, déplacée. Le nourrisson a les joues et le cuir chevelu ; l’enfant, les plis ; l’adulte, les mains, le cou et le tour des yeux, selon le NIAMS. Une forme qui commence seulement à l’âge adulte existe aussi. Le traitement de fond (émollient, corticoïde local, éviction des irritants) reste le même cadre, avec des puissances et des alternatives adaptées à la zone et à l’âge.

Conclusion

L’eczéma n’est ni une contagion, ni une fatalité esthétique, ni le simple effet d’un aliment. C’est une barrière cutanée poreuse, souvent familiale, qui s’enflamme par poussées et se calme lorsque l’hydratation est régulière et que l’inflammation est traitée assez tôt. Les chiffres de prévalence varient selon les pays et les définitions ; les ordres de grandeur utiles restent ceux de MedlinePlus Genetics (10 à 20 % des enfants, 5 à 10 % des adultes) et, aux États-Unis, plus de 31 millions de personnes concernées.

Deux changements de doctrine méritent d’être connus avant la prochaine consultation. Les corticoïdes par voie générale ne sont plus un palier de fond dans le guide AAD de 2023. Les régimes d’éviction « pour voir » ne sont plus la première idée du groupe de travail allergologique de 2023. À l’inverse, émollients, dermocorticoïdes, inhibiteurs de calcineurine, et, dans les formes étendues, biothérapies ou inhibiteurs de JAK, composent désormais l’arsenal discuté dans les recommandations américaines de 2023 et 2025.

Si vous partez voir un médecin, apportez la liste de ce que vous appliquez déjà (nom, fréquence, tubes utilisés), un calendrier des poussées et, le cas échéant, des photos. Demandez quelle puissance de dermocorticoïde poser, combien de jours, et à partir de quel seuil un avis dermatologique ou un traitement général se discute. En cas de fièvre, de pus, de douleur disproportionnée ou de vésicules groupées, ne tardez pas. Le 15 ou le 112 sont les numéros à composer si l’état général bascule.

Sources

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  2. Atopic dermatitis (eczema) – Diagnosis and treatment. Mayo Clinic, 15 mai 2024.
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  4. Eczema: What It Is, Symptoms, Causes, Types & Treatment. Cleveland Clinic, 25 octobre 2022.
  5. Sidbury R, Alikhan A, Bercovitch L et al. : Guidelines of care for the management of atopic dermatitis in adults with topical therapies. Journal of the American Academy of Dermatology, 11 janvier 2023.
  6. Davis DMR, Drucker AM, Alikhan A et al. : Guidelines of care for the management of atopic dermatitis in adults with phototherapy and systemic therapies. Journal of the American Academy of Dermatology, 7 novembre 2023.
  7. Davis DMR, Frazer-Green L, Alikhan A et al. : Focused update: Guidelines of care for the management of atopic dermatitis in adults. Journal of the American Academy of Dermatology, 17 juin 2025.
  8. Drucker AM, Lam M, Prieto-Merino D et al. : Systemic Immunomodulatory Treatments for Atopic Dermatitis: Living Systematic Review and Network Meta-Analysis Update. JAMA Dermatology, 17 juillet 2024.
  9. Chu DK, Schneider L et al. : Atopic dermatitis (eczema) guidelines: 2023 American Academy of Allergy, Asthma and Immunology/American College of Allergy, Asthma and Immunology Joint Task Force on Practice Parameters GRADE- and Institute of Medicine-based recommendations. Annals of Allergy, Asthma & Immunology, mars 2024.
  10. Secondary bacterial infection of eczema and other common skin conditions: antimicrobial prescribing. National Institute for Health and Care Excellence, 2 mars 2021.
  11. Atopic dermatitis. MedlinePlus Genetics, mis à jour en 2024.
  12. Types of Eczema: Symptoms, Differences, Diagnosis. National Eczema Association, 27 janvier 2025.

À propos de l’auteur

Pauline Cécile TessierRédactrice médicale

J’ai fait mes études d’infirmière à l’IFSI La Capelette. Après mon congé maternité, je me suis tournée vers la rédaction et la relecture de textes médicaux. Pour chaque article, je lis les recommandations officielles, les études et les guides cliniques, et j’utilise aussi des outils d’IA dans mon travail. Chaque affirmation peut être vérifiée dans les sources citées de l’article.