
L’infection par l’ankylostome, appelée ankylostomiase, est une parasitose de l’intestin grêle que l’on contracte surtout en marchant pieds nus sur un sol souillé de selles. Les vers adultes s’accrochent à la muqueuse, se nourrissent de sang et peuvent provoquer une anémie ferriprive, en particulier chez l’enfant et chez la femme enceinte.
Une étude multicentrique française a identifié Ancylostoma ceylanicum comme la deuxième espèce d’ankylostome isolée chez des voyageurs de retour des tropiques. Les CDC estiment, données 2024, que 406 à 480 millions de personnes portent encore ces vers.
Le diagnostic repose sur la recherche d’œufs dans les selles. Les schémas américains prévoient notamment l’albendazole à 400 mg en une prise à jeun. Une éruption en sillon après une plage tropicale relève d’une autre maladie, la larva migrans cutanée, liée aux ankylostomes d’animaux.
Comment se transmet l’infection
La voie principale est cutanée. Les larves infectantes, présentes dans un sol chaud et humide contaminé par des selles humaines, traversent la peau, le plus souvent celle des pieds. Marcher pieds nus, s’asseoir à même la terre ou jardiner sans protection suffit, dans une zone d’endémie, à exposer la peau.
Ancylostoma duodenale peut aussi s’acquérir en avalant des larves, par exemple avec de la terre, de l’eau ou des aliments mal lavés. Necator americanus, l’espèce la plus fréquente à l’échelle mondiale, ne suit pas cette voie orale de façon nette. Les CDC rappellent que les selles humaines utilisées comme engrais contaminent potagers et cultures.
Il n’existe pas de contagion directe d’une personne à l’autre. Les œufs rejetés dans les selles doivent d’abord éclore et se transformer dans le sol ; le contact avec des selles fraîches ne transmet pas l’infection, souligne la fiche de l’OMS sur les helminthes transmis par le sol. Le Manuel Merck indique que les œufs éclosent en un à deux jours si le milieu est chaud, humide et meuble, et que les larves deviennent infectantes après cinq à dix jours. Le laboratoire DPDx des CDC précise qu’elles peuvent alors survivre trois à quatre semaines si les conditions restent favorables.
Les lieux à risque sont les régions tropicales et subtropicales où l’assainissement reste insuffisant. Le Manuel Merck situe A. duodenale aussi au Moyen-Orient, en Afrique du Nord et dans le sud de l’Europe. En France métropolitaine, le tableau vu en clinique est surtout celui du voyageur de retour, pas celui d’une transmission locale soutenue. Le médecin tiendra compte du pays visité, du type de sol et du port de chaussures.

Quelles espèces infectent l’humain
Deux nématodes historiques expliquent la grande majorité des ankylostomiases intestinales humaines. Il s’agit d’Ancylostoma duodenale et de Necator americanus. Une revue systématique publiée en 2021 dans The Lancet Microbe a estimé que N. americanus représentait environ 79 % des infections dont l’espèce avait été identifiée. Les Ancylostoma étaient moins fréquents, avec de nettes différences selon les continents.
Une troisième espèce, Ancylostoma ceylanicum, parasite habituel du chien et du chat, peut achever son cycle chez l’humain et pondre dans l’intestin. Le DPDx des CDC la décrit comme un parasite émergent dans certaines régions d’Asie du Sud-Est et du Pacifique. Chez des patients pris en charge en France après un séjour tropical, Gerber et ses collègues l’ont classée au deuxième rang des espèces isolées, dans une étude multicentrique de trois ans.
La distinction d’espèce ne change pas le premier traitement, car les benzimidazolés visent l’ensemble du groupe. Elle éclaire en revanche le risque et le mode de contamination. Des travaux anciens, rappelés par Clements et Alene, mesuraient une perte de sang plus de quatre fois supérieure avec A. duodenale qu’avec N. americanus. La même revue n’a toutefois pas trouvé de preuve claire d’une différence de morbidité à l’échelle des populations. Les méthodes usuelles, dont le Kato-Katz, ne séparent pas les œufs ; seule une technique moléculaire, peu disponible en routine, identifie l’espèce.
Les ankylostomes de carnivores (A. braziliense, A. caninum, Uncinaria stenocephala) ne deviennent en général pas des vers adultes dans l’intestin humain. Ils migrent sous la peau et produisent la larva migrans cutanée, abordée plus bas. Confondre les deux tableaux conduit à chercher des œufs dans les selles alors que le problème est dermatologique, ou l’inverse.
Cycle de vie, de la peau à l’intestin
Une fois sous la peau, les larves gagnent le sang, le cœur, puis les poumons. Elles traversent les alvéoles, remontent l’arbre bronchique jusqu’au pharynx et sont dégluties. Dans le jéjunum, elles s’attachent à la paroi, muent et deviennent adultes. Le DPDx des CDC indique que la plupart des vers adultes disparaissent en un à deux ans, certains vivant plusieurs années.
Les femelles pondent des œufs qui sortent avec les selles et recommencent le cycle dans le sol. Les vers ne se multiplient pas dans le corps humain, et la charge parasitaire n’augmente que par de nouvelles pénétrations. C’est pourquoi une personne peut rester peu symptomatique si les réinfestations restent rares, et s’anémier si elle marche souvent pieds nus sur le même sol contaminé.
A. duodenale peut, selon le DPDx, entrer en dormance dans l’intestin ou le muscle, puis se réactiver. Une contamination par le lait maternel est jugée possible pour cette espèce, pas pour N. americanus. Ces voies restent mineures par rapport à la peau nue sur la terre.
Pendant la traversée pulmonaire, une toux, une fièvre, un sifflement et une éosinophilie peuvent apparaître, décrit le Manuel Merck. Beaucoup de voyageurs ne relient pas ces signes respiratoires transitoires à une baignade pieds nus survenue deux semaines plus tôt. Le médecin qui recueille le calendrier du voyage et le type de sol fait déjà une grande partie du diagnostic différentiel.
Quels symptômes surveiller
Une grande partie des personnes infectées n’ont presque aucun signe, surtout si la charge en vers reste faible. Le premier indice, lorsqu’il existe, est souvent local. On voit une plaque rouge, surélevée et prurigineuse au point d’entrée, classiquement le pied. Les textes anglophones parlent de ground itch ; en français médical, on retrouve la « gourme des mineurs », souvenir des galeries chaudes et humides.
Quand les vers s’attachent à l’intestin, une douleur de la partie haute de l’abdomen, une perte d’appétit, une diarrhée et un amaigrissement peuvent suivre. La fatigue, la pâleur, l’essoufflement et l’accélération du pouls traduisent surtout l’anémie ferriprive, liée au saignement chronique au point de fixation. Les CDC soulignent que l’anémie et le déficit en protéines sont les effets les plus graves, en particulier chez l’enfant.
Chez l’enfant, une perte de sang prolongée peut aller jusqu’à une anémie profonde, une insuffisance cardiaque et un gonflement diffus des tissus, écrit le Manuel Merck. Le même ouvrage indique qu’une anémie marquée pendant la grossesse peut gêner la croissance du fœtus. L’OMS ajoute que, chez les adolescentes et les femmes en âge de procréer, le saignement intestinal aggrave la carence en fer et pèse sur les risques maternels et néonatals.
La toux et le sifflement de la phase pulmonaire passent souvent pour une bronchite de voyage. Ils ne durent en général que quelques jours. Une éruption en sillon serpigineux, très prurigineuse, sur un pied, une fesse ou le dos après une plage n’est pas le tableau intestinal. C’est la larva migrans, due aux larves d’animaux. Les deux peuvent coexister chez un même voyageur, mais les examens et les médicaments ne sont pas identiques.
Plusieurs signes, retenus par la Cleveland Clinic et le Manuel Merck, justifient un rendez-vous sans attendre.
- Une éruption localisée au pied après un séjour en zone chaude, surtout si vous marchiez pieds nus.
- Une fatigue inhabituelle, des vertiges ou un amaigrissement sans autre explication claire.
- Des selles plus fréquentes, une douleur haute de l’abdomen et une perte d’appétit depuis le retour.
- Une pâleur, un essoufflement à l’effort ou des palpitations qui évoquent une anémie.
Qui risque une infestation plus grave
Le risque suit le sol, pas le passeport. Vivre ou séjourner là où les latrines sont rares, marcher pieds nus, laisser les enfants jouer dans la terre, travailler la terre ou ramper sous des bâtiments exposent la peau aux larves. L’OMS oriente le déparasitage de masse vers les petits enfants et les écoliers, vers les femmes susceptibles d’être enceintes (y compris aux deuxième et troisième trimestres et pendant l’allaitement) et vers certains métiers exposés, mineurs ou cueilleurs de thé.
La gravité dépend du nombre de vers, de la durée de l’infestation et des réserves en fer. Un adulte bien nourri peut porter peu de vers sans s’en apercevoir. Un enfant déjà carencé, une femme enceinte, une personne qui saigne déjà (règles abondantes, autre parasitose) compensent moins bien la même perte quotidienne. Les CDC notent que les infestations massives touchent aussi bien les enfants d’âge scolaire que les adultes, et que le ralentissement de la croissance physique et cognitive est surtout documenté chez l’enfant.
Les voyageurs français concernés sont souvent ceux qui ont séjourné plusieurs semaines en zone rurale, logé près du sol, marché pieds nus sur des plages où les chiens circulent, ou mangé des crudités mal lavées. Un week-end urbain dans un hôtel climatisé expose peu à l’ankylostomiase intestinale. La larva migrans, elle, peut suivre une seule après-midi sur le sable.
Aucune de ces catégories n’impose un traitement « au cas où » en France. Le déparasitage périodique sans diagnostic individuel est une stratégie de santé publique là où le parasite circule en permanence, pas une consigne pour un cabinet de métropole. Ici, on cherche d’abord les œufs, on évalue l’hémogramme, puis on traite.
Comment pose-t-on le diagnostic
La confirmation d’une ankylostomiase intestinale, d’après les CDC, exige de voir les œufs à l’examen microscopique des selles. Un prélèvement unique peut suffire si la charge est élevée ; une infestation légère échappe parfois à un seul examen. Le Manuel Merck demande d’analyser les selles dans les heures qui suivent l’émission, car les œufs peuvent éclore et brouiller la lecture.
Le DPDx décrit la concentration formol-acétate d’éthyle comme méthode de référence, et le frottis direct comme acceptable pour les infestations moyennes ou massives. Les œufs d’Ancylostoma et de Necator sont indistinguables au microscope. Une PCR, utile en recherche et parfois dans les laboratoires de voyageurs, n’est pas l’examen de première ligne.
L’hémogramme oriente avant que les œufs n’apparaissent. Une éosinophilie peut précéder de plusieurs semaines la ponte, notent la Cleveland Clinic et le Manuel Merck, surtout après un retour récent d’une zone d’endémie. La numération recherche aussi une anémie microcytaire hypochrome, classique de la carence en fer. Ni l’éosinophilie ni l’anémie ne « prouvent » l’ankylostome, car d’autres helminthes, une allergie ou une autre cause de saignement existent. Elles justifient toutefois de demander un examen parasitologique plutôt que de s’arrêter à un fer prescrit isolément.
La larva migrans se diagnostique à l’œil. On voit un sillon rouge, serpigineux, très prurigineux, sur une zone qui a touché le sable ou la terre, plus un voyage. Il n’y a pas de test sanguin spécifique, écrivent les CDC, et une biopsie rate souvent la larve, qui n’est pas sous la croûte que l’on voit. Chercher des œufs dans les selles dans ce seul tableau cutané est en général inutile.
Quels médicaments traitent l’ankylostomiase
Le traitement de l’infestation intestinale est un anthelminthique oral, prescrit après confirmation ou, dans les programmes d’endémie, sans diagnostic individuel. Les CDC, page de juin 2024 destinée aux soignants, retiennent trois schémas pour l’ankylostome, identiques chez l’adulte et chez l’enfant dans ce tableau américain.
| Médicament | Posologie selon les CDC (2024) | Point de vigilance |
|---|---|---|
| Albendazole | 400 mg en une prise, à jeun | Non homologué par la FDA pour cette indication aux États-Unis |
| Mébendazole | 100 mg deux fois par jour pendant 3 jours, ou 500 mg en une prise | La dose unique de 500 mg est aussi celle de l’OMS |
| Pamoate de pyrantel | 11 mg/kg par jour (maximum 1 g) pendant 3 jours | Souvent retenu si une grossesse contre-indique les benzimidazolés |
Une méta-analyse en réseau de Moser, Schindler et Keiser, parue dans le BMJ en 2017, a estimé le taux de guérison de l’albendazole en dose unique à 79,5 % (intervalle de confiance 71,5 à 85,6 %) contre l’ankylostome, avec une réduction du nombre d’œufs d’environ 89,6 %. Le mébendazole en dose unique faisait nettement moins bien dans le même travail. L’OMS, pour la chimiothérapie préventive, recommande l’albendazole 400 mg ou le mébendazole 500 mg, médicaments donnés à grande échelle dans les régions où ces vers restent fréquents.
La FDA n’a pas homologué l’albendazole contre l’ankylostome ; c’est une précision américaine, pas une interdiction française. L’autorisation de mise sur le marché, la spécialité disponible à la pharmacie et la posologie exacte relèvent du médecin et du pharmacien en France. Ne prenez pas un vermifuge de vétérinaire, ni un comprimé restant d’un autre voyage.
Si une anémie est présente, les CDC et le Manuel Merck prévoient une supplémentation en fer. Le médicament antiparasitaire vise à éliminer les vers ; il ne reconstitue pas à lui seul les stocks de fer. Un contrôle des selles et de l’hémogramme, selon le calendrier du prescripteur, vérifie que la charge a chuté et que l’anémie se corrige. Sans nouveau contact avec le sol, la réinfestation est improbable.

Grossesse, allaitement et jeunes enfants
Les benzimidazolés ne se prescrivent pas à la légère au premier trimestre. Les CDC classent albendazole et mébendazole en catégorie C américaine, avec des données humaines limitées et un bénéfice à peser. Dans les campagnes de masse des pays où ces helminthes sont fréquents, l’OMS a jugé que le bénéfice l’emporte et autorise l’albendazole et le mébendazole aux deuxième et troisième trimestres. Pour une femme enceinte vivant hors de ces programmes, les CDC demandent de comparer le risque fœtal du médicament au risque d’aggravation de l’anémie si l’on n’enlève pas les vers.
Le Manuel Merck, version grand public révisée en 2025, écrit que seul le pamoate de pyrantel est utilisé chez la femme enceinte, en raison d’effets possibles sur le fœtus. Ce n’est pas la même règle que celle de l’OMS pour les zones d’endémie. Les deux existent ; aucune ne se transplante telle quelle dans un cabinet français. C’est le médecin qui choisit, en s’appuyant sur le terme, le degré d’anémie, le pays de contamination et les recommandations locales.
Pendant l’allaitement, les CDC indiquent que l’albendazole passe peu dans le lait et que l’OMS considère qu’une dose orale unique peut être donnée à une femme qui allaite. Le mébendazole est également jugé compatible avec l’allaitement par l’OMS, selon la même page américaine. Là encore, le pharmacien et le médecin appliquent le résumé des caractéristiques du produit en vigueur.
Chez l’enfant, la sécurité de l’albendazole avant six ans n’est pas établie de façon aussi solide que chez l’adulte, écrivent les CDC, mais des études dès l’âge d’un an et les campagnes de l’OMS, qui traitent des enfants capables d’avaler le comprimé, n’ont pas révélé de signal majeur. Le mébendazole figure sur la liste modèle des médicaments essentiels pour enfants de l’OMS à partir de deux ans. Les doses précises, surtout en dessous de deux ans ou en cas de petit poids, ne se calculent pas à partir d’un article. Elles se décident en consultation.
Chiens, chats et larva migrans cutanée
Les ankylostomes du chien et du chat ne se comportent pas comme N. americanus dans un intestin humain. Leurs larves pénètrent la peau, puis errent dans l’épiderme. Il en résulte des sillons rouges, surélevés, extrêmement prurigineux, le plus souvent sur les pieds, les fesses ou le dos, après un contact avec du sable ou de la terre souillés d’excréments animaux. Les CDC décrivent une infection zoonotique par des ankylostomes d’animaux. Le nom clinique usuel est larva migrans cutanée.
La plupart des personnes guérissent sans médicament en cinq à six semaines, le temps que la larve meure, indiquent les CDC (page de 2026). Un traitement se discute si le prurit est insupportable, si les lésions récidivent ou si une surinfection bactérienne s’installe. Pour les soignants, la page de février 2024 retient l’albendazole 400 mg par jour pendant trois à sept jours chez l’adulte (trois jours au-delà de deux ans chez l’enfant) ou l’ivermectine 200 µg/kg en une prise au-dessus de 15 kg. L’albendazole y est contre-indiqué avant deux ans. Ces schémas sont américains ; en France, le dermatologue ou le médecin traitant pose l’indication.
Rarement, certaines larves, surtout A. caninum, peuvent aller plus loin, vers l’intestin, le poumon, peut-être l’œil. Une douleur abdominale avec éosinophilie après un contact avec des chiens, sans œufs dans les selles, entre dans ce cadre. Ce n’est pas le tableau banal du week-end à la plage.
Ramasser vite les selles des animaux, vermifuger chiens et chats selon le calendrier du vétérinaire, porter des chaussures et interposer un tapis sur le sable diminuent le risque, écrivent les CDC et le Manuel Merck. Un bac à sable découvert où des chats défèquent n’est pas un décor anodin pour un jeune enfant. Ces mesures valent aussi en France, même si l’ankylostomiase intestinale humaine y reste importée.
Comment réduire le risque en voyage
La prévention la plus efficace reste mécanique. Il s’agit de ne pas laisser la peau nue sur un sol qui a pu recevoir des selles. Les CDC conseillent de porter des chaussures là où l’ankylostome circule, d’éviter de s’asseoir à même la terre, de se laver les mains à l’eau et au savon après les toilettes et avant de cuisiner, et de laver, peler ou cuire les fruits et légumes crus. Ils déconseillent d’utiliser des selles humaines comme engrais.
Le Manuel Merck ajoute une bâche ou tout autre écran si l’on s’assoit au sol, y compris là où chiens et chats ont déféqué. Sur une plage tropicale, les tongs ne protègent guère la peau du pied posée dans le sable humide près de l’eau. Une chaussure fermée et un tapis changent davantage l’exposition. Boire de l’eau traitée et éviter la géophagie, parfois observée chez de jeunes enfants, réduisent la voie orale d’A. duodenale.
Ces gestes ne remplacent pas l’assainissement. L’OMS rappelle qu’il n’y a pas de transmission d’humain à humain par les selles fraîches, et que le contrôle durable passe par des latrines, l’éducation et, là où l’infection reste fréquente, un déparasitage périodique des groupes à risque. Un voyageur ne « casse » pas la chaîne à lui seul, mais il peut refuser de marcher pieds nus et de laisser un enfant jouer dans un caniveau.
Au retour, un examen des selles n’est pas automatique après chaque séjour. Il se discute s’il y a eu contact répété avec le sol, des symptômes digestifs, une éruption du pied, une fatigue inexpliquée ou un projet de grossesse. Demandez au médecin si un hémogramme est utile en plus des selles, car l’éosinophilie et l’anémie orientent parfois avant les œufs.
Quand consulter un médecin
Une éruption du pied, un amaigrissement, une perte d’appétit, une fatigue ou des vertiges après un séjour en zone chaude justifient un rendez-vous avec le médecin traitant, indique la Cleveland Clinic. Précisez les pays, les dates, le port de chaussures, les plages, le jardinage et d’éventuels vermifuges déjà pris. Apportez le carnet de vaccination et la liste des médicaments, dont le prescripteur aura besoin pour choisir l’anthelminthique.
N’attendez pas un rendez-vous de routine si l’anémie paraît brutale. Un essoufflement de repos, une douleur thoracique, un malaise avec perte de connaissance, un gonflement rapide des jambes ou, chez un enfant, une grande pâleur avec une fatigue extrême relèvent des urgences. En France, appelez le 15 (SAMU) ou le 112. Ces signes ne « prouvent » pas l’ankylostome ; ils peuvent traduire une anémie profonde, une insuffisance cardiaque ou un autre diagnostic, et se traitent d’abord comme une urgence.
La larva migrans très étendue, suintante ou associée à de la fièvre, mérite aussi un avis rapide, surtout chez un jeune enfant. Une surinfection bactérienne se greffe parfois sur les lésions grattées. Le médecin jugera s’il faut un antiparasitaire, un antibiotique, ou les deux. Donner soi-même de l’albendazole à un enfant de moins de deux ans, « comme pour un adulte », n’est pas conforme à la fiche américaine de 2024 sur la forme zoonotique.
Un test de selles négatif n’élimine pas toute parasitose si les symptômes persistent. D’autres helminthes, une anguillulose, une autre cause d’éosinophilie existent. Le bon interlocuteur reste le médecin, au besoin avec un avis de parasitologie, pas un vermifuge acheté pour un chien.
Questions fréquentes
Peut-on attraper l’ankylostome dans un bac à sable en France ?
Le risque d’ankylostomiase intestinale humaine y est très faible, car les vers de l’humain ont besoin d’un sol chaud durablement souillé de selles humaines. En revanche, un bac à sable où des chats défèquent peut, rarement, exposer à des larves animales et à une larva migrans cutanée. Couvrir le bac et ramasser les selles diminue ce risque ; un sillon prurigineux après le jeu justifie un avis médical.
L’ankylostomiase se transmet-elle entre personnes d’une même famille ?
Non. L’OMS indique qu’il n’y a pas de transmission d’humain à humain, ni à partir de selles fraîches. Les œufs doivent mûrir dans le sol avant de devenir des larves capables de percer la peau. Traiter un membre de la famille n’impose pas, à lui seul, de traiter les autres ; on traite ceux qui ont un diagnostic ou, dans un programme de masse, les groupes visés par les autorités sanitaires.
Combien de temps les vers restent-ils dans l’intestin sans traitement ?
Le DPDx des CDC indique que la plupart des vers adultes sont éliminés en un à deux ans, certains vivant plusieurs années. La Cleveland Clinic note que l’infection peut s’éteindre seule, mais au prix de mois ou d’années de saignement occulte. Un traitement court évite cette attente et limite l’anémie, surtout chez l’enfant.
Faut-il un vermifuge de voyage « au cas où » ?
Pas en routine pour un séjour touristique habituel. Le déparasitage sans diagnostic est une politique de l’OMS dans les zones d’endémie, pour des populations exposées en continu. Pour un voyageur, on préfère les chaussures, l’hygiène des aliments, puis un examen des selles et un hémogramme s’il y a des symptômes. Un comprimé pris à l’aveugle peut masquer un autre diagnostic et pose un vrai problème en début de grossesse.
Les médicaments tuent-ils aussi la larva migrans ?
Les benzimidazolés et l’ivermectine utilisés contre la larva migrans ne sont pas le même schéma que la dose unique d’albendazole de l’ankylostomiase intestinale. Les CDC retiennent, pour la forme cutanée, l’albendazole plusieurs jours ou l’ivermectine en une prise. Beaucoup de lésions disparaissent seules en cinq à six semaines. Seul le médecin choisit s’il faut traiter, surtout chez l’enfant de moins de deux ans ou de moins de 15 kg.
Un examen de sang suffit-il à poser le diagnostic ?
Non. Une éosinophilie ou une anémie ferriprive orientent, parfois des semaines avant les œufs, mais ne confirment pas l’espèce. Les CDC considèrent l’examen des selles comme le seul moyen de savoir s’il s’agit d’une ankylostomiase intestinale. Pour la larva migrans, le diagnostic est clinique, sans test sanguin spécifique.

Conclusion
L’ankylostome de l’humain n’est pas un souvenir de manuel. Les CDC estiment, en 2024, que 406 à 480 millions de personnes en sont encore porteuses, et les voyageurs de retour des tropiques restent le public que voient les laboratoires français, parfois avec A. ceylanicum. La peau nue sur un sol souillé, plus rarement l’ingestion de larves, suffit à démarrer le cycle. Les selles fraîches d’un proche ne transmettent pas la maladie.
Si une éruption du pied, une diarrhée, une fatigue ou une pâleur suivent un séjour en zone chaude, le geste utile est un rendez-vous, un examen parasitologique des selles fait rapidement après l’émission, et un hémogramme. Le traitement, lorsqu’il est indiqué, tient en une à trois jours dans les schémas des CDC, avec du fer si l’anémie est là. Grossesse, petit enfant et forme cutanée zoonotique changent le choix du médicament. Ce n’est pas le moment d’improviser une posologie lue sur un forum.
Avant le prochain départ, emportez des chaussures qui ferment, un tapis de plage, et la question à poser au médecin au retour. Demandez s’il faut chercher des œufs et une anémie, vu le sol sur lequel vous avez marché. Cette phrase oriente mieux la consultation qu’un vermifuge pris au hasard.
Sources
- About Hookworm | Soil-Transmitted Helminths. Centers for Disease Control and Prevention, 13 juin 2024.
- Clinical Care of Soil-transmitted Helminths. Centers for Disease Control and Prevention, 3 juin 2024.
- Soil-transmitted helminth infections. World Health Organization, 18 janvier 2023.
- Hookworm Disease: Symptoms & Treatment, How You Get It. Cleveland Clinic, 17 septembre 2024.
- Hookworm Infection. Merck Manual Consumer Version, révision complète en janvier 2025.
- Moser W, Schindler C, Keiser J : Efficacy of recommended drugs against soil transmitted helminths: systematic review and network meta-analysis. The BMJ, 25 septembre 2017.
- Clements ACA, Alene KA : Global distribution of human hookworm species and differences in their morbidity effects: a systematic review. The Lancet Microbe, 28 septembre 2021.
- About Zoonotic Hookworm. Centers for Disease Control and Prevention, 4 mai 2026.
- Clinical Care of Zoonotic Hookworm. Centers for Disease Control and Prevention, 21 février 2024.
- Hookworm (Intestinal). Centers for Disease Control and Prevention (DPDx), 17 septembre 2019.
- Gerber V, Le Govic Y et al. : Ancylostoma ceylanicum as the second most frequent hookworm species isolated in France in travellers returning from tropical areas. Journal of Travel Medicine, 27 août 2021.
